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Full text of "Histoire naturelle et morale des Indes, tant Orientales, qu'Occidentales. : où il est traicté des choses remarquables du ciel, des elemens ... qui sont propres de ce pays, : ensemble des murs, ceremonies ... des mesmes Indiens."

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NATURELLE 

ET  MORALE  DES 

Indes,  tant  Orientales, 
qu'Occidentales. 

Ouïleft  traitté  des  chofes  remarquables  du  Ciel,  des  \ 

EUmcns métaux,  plantes,  &  animaux  qui  font 

propres  de  ce  pays,  enfembledes  mœurs ,  cere- 

monies>kix,gouuernemens  &  guerres 

de  s  me/mes  Indiens. 

CompofeecnCaftilIanparlosEPH  A  Costa   Ôc 
tradui&e  en  François  par  Robert 
Regnavld,  Cauxois, 

DEDIEE  AVROY. 

BM^NIX^B    EDITION,    M  Z  r  E  KM , 
0*  corrigée  de  nonnem. 


A    PARIS, 

TlFFAINJB,  ri 

Gril ,  pres  fainéï:  Bcnoifo 


Chez  Adrja-n  Tiffaine,  ru*  Saînd Iacquci ,  t« 


■At^ûS.  XVII. 


?£ 


AV  ROY 'TRES-CHRESTJtfîk 
Hinry  IV.  de  ce  nom.' 


Cet  admirable  <£  inuhcibU% 
guerrier  Alexandre,  iadà  r\  des  *?- 
,  Macédoniens,  qui  par  favak 
&  heureufe  fortune  rangea  fiubs  fin  poule* 
toutes  les  Prouinces  de  Grèce,  auparauantjef. 
mm  en  plufieurs  Cantons  &  Républiques, 
fttspaffknt lamerdefautreeojlé,  /ubtugua  le 
tres-grando-  très- opulent  Royaume  dePerfa 
&  de  l'Uominuantplusoutre^ftretentirfes 
'mestufquti -bien  auam dedans l'Inde  Orien- 
tale, borne  de  [es  dejjeins,  &  pour  lors  la  plus: 
gommée,  &  plu*  heureufe  région  delà  tïrre. 
Hntre  mille  grandes  &  belles  affections  mi  lo- 
gent en  fin  ame  genereufe  &  prière, 
Wttcejle-cy,  qùildeftrott  &  de  vaincre,  À 
vrmontertous  les  autres ,  non pomt feulement 
pâleur  &  réputation  i armes,  maisaufim 
unir  &cognoiffancedeschofes,  &f»rioui 


ËPISTRE 
des  terres  &  régions  efir ange  s.  De  telle  façon 
quilfaifoit  entièrement  rechercher,  &  à  quel- 
que prix  que  cefufi,  tout  les  Hures  rares  &  ex- 
quis que  ton  fournit  recouurir  de  fon  temps. 
Et  luy  encore  fort  ieune ,  comme  les  Ambajfa- 
dturs  de  Perfefufent  venus  vn  iour  deuers fon 
père ,  il  les  cnquiflfi particulièrement  de  la  na- 
ture, grandeur,  &  fituation  du  Royaume  de 
ferfe ,  des  villes  ,fleuues ,  &  montagnes  d'ice- 
luy ,  mefme  des  mœurs  du  peuple ,  &  de  la  gen- 
darmerie, qu'il  apprit  par  leur  bouche  tout  ce 
qu'ils  auoient  en  leur  Royaume  de  plus  grand 
&  de  plut fwgulier  Jont il fçeutbien faire  fon 
profit  par  après,  &  ne  ceffaiamais  depuis ,  tuf- 
que  s  a  ce  qu'il  euft  conquis  ce  grand  &  florifi 
fant  Empire  r\  de  forte  qu  on  pourroit  direauec 
raifon,  que  le  s  propos  é '  aduertifemens  de ces 
Ambaffadeurs  furent  comme  la  première  efiin- 
celle,  ou  caufe  des  grandes  victoires  &  heureux 
fuccelqui  luy  arriuerent  depuis.  Vequoy  me 
reffouuenant  ,SiKBy&dela  comparaifon 
que  plufieur s  font  amour dhuy  de favaleur, clé- 
mence, &  bonne  fortune,  àlavoftre,  voire de 
plufieurs  autres  dons  &  vertus  héroïques  dont 
ileftoitdoue,  qui  vous  font  pareillement  com- 
munes. Outrece,  que  tous  deux puifans  &  re- 
doutez, Princes,  efiesyffus,  quoy  qu'en  diuers 
fmkf)  dvn  mefme  ejlçc  de  noblefe  ,  &  ta* 


€e  d'Hercules  ,  luy  par  Cananus  ]  &  vous* 
Sire,  par  Charlemagne,  qui ,  [muant  Us 
anciens  tefmoignages  ,  en  efloit  au  fi  défen- 
du ,  &  de  la  race  duquel  votts  efles  extrait 
far  le  Royfainff  Loys \>&  Us  autres  Roy 's  de 
France  vos  predeceffeurs ,  yfftu  de  la  race  du 
mefme  Charlemagne  par  fexe  fœminin.  le 
me  fuis  enhardy  de  traduire  en  langue  Iran* 
çoife  l'hifloire  naturelle  &  morale  des  In-» 
des  Orientales  y  nouuellement  cowpofee  enCa- 
ftillanparlofeph  Acofta>  homme  certainement 
doc7e ,  &  fort  curieux  >  pour  la  pre [enter  aux 
pieds  de  vofire  Maiefié7fous  ejpoirque  ce  luyfe- 
roit  chofe  agréable ,  pour  la  dekciable  variété 
&  nouueauté  des  chofes  qui  y  font  contenues-^ 
comme  te  croy  qu'Alexandre  mefme  ï  droit  fort 
volontiers  filviuoit  en  ceprefent  fiecle^  luy  qui 
tant  de  fols  defon  temps  defira  qu'il  fuj}  encore 
vn  autre  monde ,  afin  â'auoir  vmplm.  large 
champ  d exercer fes proue ffes \  Ht  ce  qui  plus  m'a. 
incite  de  ïentreprendre>  a  e fié  que  les  EJpagnols 
ialoux  &  enuieux  de  ce  bien ,  ay  ans  fait  brufer 
par  EdicT;  public  (comme l'on  m' a  aduerty  de- 
puis quelque  temps  )  tous  les  exemplaires  de  ce- 
fie  hifioire,  afin  d'en  prïuerlesautres  nations \ 
&  leur  celer  la  cognoijfance  des  Indes\  i'aypen* 
fé  que  ie  ferais  faute  Jï  ie  laijfoi s  perdre  a  la 
France  (ftcurieufe  des  chofes  rares  &  belles} 

S  iij 


vnfi  riche  ioy  au,  &  v  ne  fi  gentille  hiftoire,  qui 
l'Autheur  a  compofee  ,  la  plus  grande  part  a 
veuedœil,  &  fur  les  me/mes  lieux ,  dvn  tel 
ordre  &  brieuetê,  quauec  bonne  rai  [on  il  peut 
tfire  appelle  ï Hérodote,  &  le  Pline  de  ce  monde 
nouuellement  defcouuert.  Bref  ie  peux  dire  de 
ce  Caftillan ,  Sire,  que  c'efî  vn  prifonnier 
i  entre  vos  ennemis  /lequel  ïay  furpris  en  fa, 
terre,  luy  ayant  appris  tellement  quellement  no- 
Jire  langue  Françoife ,  pour  vous  le  prefenter^ 
afin  qu'ilvotu  conduife,  &  faffe  voir  les ftngu- 
lariîez*  plus  exquifes  de  ce  nouueau  monde, 
fans  crainte  &  danger  de  naufrage.  £)ue  ft 
comme  Alexandre  fouuerain  d'vne grande  ré- 
gion de  l'Europe  en  la  partie  d'Orient,  a  voulu 
tourner fesdefeins  fur  l Inde  Orientale-,  ainfi 
vous,  SiKZ,yffudefamefwerace,  &com- 
meluy,  Prince ,  & poffeffeur triomphant dvn 
grand  &  floriffant Royaume  de  l  Europe  enh 
partie  d Occident,  veuillez,  aufii  voir,  ejr  regar- 
der de  plus  près  ce  s  Inde  s  Occidentales^  encore  s 
plus  riches  &  renommées  àprefent,  que  ne  fu- 
rent oncques  les  Orientales  :  cefiuymejmevoui 
yferuira  de  guide,  &  de  tresfidelle  efpion^ 
pour  vous  aduertir  des  ports,  villes ,  &  monta- 
gnes d'iceluy,  &  de  i  ordre  &  nature  du  peuple, 
dontilvous diradauantage,  que  ne  firent  encq 
les  Ambaffadeurs  de  Per/e  au  Roy  Alexandre* 


Jlplaiu  donc  à  voftre  Maieftê +  S  i  r  e  >  rece- 
voir de  bonne  part  ce  thre for  eflranger  quevjm 
offre  tvnde  vos  humbles  &f de  lies  fubjeâfs, 
ponrtefmoignageduferuice  qu'il  vous  doit,  & 
vous  a  voilé  four  toute/*  vie. 


DuHaure  de  Grâce,  le  premier  tour  de  Dé- 
cembre, iS97* 


Voftretres-humblc,  &  trcs-obeyflàntfubjei 
&feruitcur>  Robert  Regnavlp^ 


*  nii 


ZéDVEKTISSEMENT  DE 

ÏJutheur  aux  LeÛeurs. 

L  v  s  i  e  v  R  s  Autheurs  ont  efcric 
des  liures  ,  &  des  narrations  du 
nouueau  monde ,  &  des  Indes 
Occidentales,  efquels  ils  defcri* 
uent   les    chofes    nouuelles    Se 
eftranges  que  Ton  adefcouuertesen  ces  parties 
là i  les a&es  &  lesaduehtures des  Efpagnols qui 
lesontconqueftees,  &  peuplées.  Maisiuiques 
àprefent  ien>y  veu  aucun  autheurquitraitte, 
&  déclare  les  caufes  Se  raifonsde  telles  nouueau- 
tez  Se  merueiiles  de  nature,  ny  mefme  qui  en 
faflTe  aucun  difeours  Se  recherche.  le  n'ay  point 
veu  auffi  liure  qui  falTe  mention  des  beftes  Se 
hiftoires  des  mefmes  Indiens ,  anciens  Se  natu- 
rels habitans  du  nouueau  monde.  A  la  vérité 
ces  deux  chofes  font  affez  difficiles;  la  première, 
d'autant  que  cefontœuures  dénature  qujfor- 
tent,  &  font  contraires  à  la  Philofopbie  ancien- 
ne ,  receîie  &  pratiquée ,  comme  de  monftrer 
queja  région  qu'ils  appellent  Torride ,  eft  fort 
humide,  Se  en  plufieurs  endroits  fort  tempérée, 
êe  qu'il  pleut  en  icelle  quand  le  foleil  en  eft  plus 
proche,  Se  autres  femblables  chofes.  Car  ceux 


qui  ontefcrit  des  Indes  OccidentaIes,aontpas 
faitprofeflîondetantde  philofophie,  voire  la 
plus  part  d'iccux  efcriuains  ne  fe  font  pas  apper- 
ceus  de  telle  choie.  La  féconde  eft,quelle  traicfce 
des  belles  ,  &  hiftoire  propre  des  Indiens5la- 
quelle  chofe  requeroit  beaucoup  de  commu- 
nication ,  &  de  progrezdansle  pays  auecies 
mefmes  Indiens,  ce  que  la  plus-  part  de  ceux  qui 
ont  traîné  des  Indes  ,  n'ont  peu  faire,  ou  pour 
n'entendre  leur  langue  ,  ou  pour  ne  vouloir  re- 
chercher leurs  antiquicez  ,  tellement  qu'ils  fe 
font  contentez  de  racôter  quelque  chofe  d'eux, 
qui  eftoit  le  plus  commun  &  fuperfîciel.  Déli- 
rant donc  auoir  quelque  plus  particulière  co- 
gnoiflance  de  leurs  chofes,  i'ay  fait  diligence  de 
m'informer  des  hommes  les  plus  expérimen- 
tez^ verfez  en  ces  matières ,  pour  tirer  &  re- 
cueillir de  leurs  difeours  &  relations,  ce  qui  m'a 
femblé  fufhre  pour  donner  cognohTance  des 
faits  &  couftumes  de  ces  peuples.  Et  en  ce  qui 
cft  du  naturel  du  pays,&  dedeurs  proprietez,  ie 
i'ayapprins par  l'expérience  de  plufieurs  amis, 
&  par  la  diligence  que  i'ay  faite  de  chercher,dif- 
courir,  &  confererauec  perfonnes  fages  Se  ex- 
périmentez. Il  me  femble  rnefme  qu  en  ce  fai- 
fant  il  fe  prefente  quelques  aduertiiTements, 
qui  pourront  feruir  &  profScer  à  d'autres  ef- 
prits  meilleurs  ,  afin  de  chercher  la  vérité, ou 
<ie  pafler  plus  outre  ,  en  trouuant  agréable  ce 
qu'ils  trouueront  cy  dedans.  Ainû  combien 
que  le  nouueau  mode  n'eft  plus  nouueau  9  mais 
vieil,  veu  le  beaucoup  que  Ton  a  eferit  d'ice- 
luy,  ce  neantmoins  celle  hiHoire  pourra  eftrc- 


tenue  en  quelque  façon  pour  nouuellcd'autant 
cm  eileeft  en  partie  hiftoire,  &  en  partie  philo- 
fophie  ,&  non  feulement  d'autant  que  ce  font 
amures  de  nature,mais  auffi  celles  du  libéral  ar- 
bitre, qui  font  les  faits  &eouftumes  des  hom- 
mes, ce  qui  m'a  donné  occafion  de  iuy  donner 
nom  d'Hiftoire  Naturelle  &  Morale  des  Indes, 
comprenant  ces  deuxchofes.il  eft  fait  mention 

es  deux  premiers  liures  de  ce  qui  touche  le  ciel, 
température,  ôc  habitation  de  ce  monde  ,  lef- 
qaels  liures  i'auois  premièrement  efcrits  en  La- 
tine maintenant  les  ay  traduits ,  vfant  plus  de 
la  licence  d  autheur,que  de  l'obligation  d'inter- 
prète, pourm'accommoder  mieux  à  ceux  pour 
qui  elle  eft  efcrite  en  vulgaire.  Es  deux  liures 
fuiffans  eft  trai&é  ce  qui  touche  ces  éléments 
ôc  mixtes  naturels,  qui  font  métaux, plantes,  ôc 
*ammaux,&  ce  qui  femble  remarquable  aux  In- 
des, le  refte  des  liures  difeourant  ce  que  i  ay  peu 
difeourir  au  certain ,  ôc  ce  qui  m'a  femblé  digne 
de  mémoire  des  hommes,de  leurs  beftes,  (ie 
veux  dire  des  mefmes  Indiens)dc  leurs  ceremo- 
nies.couftumes.gouuerncment,  guerres,  ôc  ad- 
uentures.Il  fera  dit  en  la  mefme  hiftoire ,  com- 
mei'ay  peu  apprendre  ,&  cognoiftre  les  beftes 
des  anciens  Indiens ,veu  qu'ils  n  auoient  aucune 
efcriture,ny  chara&ere ,  comme  nous  auonsjce 
qui  n  eft  pas  peu  d'induftrie  d'auoir  peu  confer- 
ucr  leurs  anriquitez  fans  i'vfage  des  lettres.  En 
fin  l'intention  de  ce  trauail  eft ,  afin  qu'ayant  la 
cognoiffance  desœuures  naturelles,  que  le  fage 
Autheur  de  toute  la  nature  a  faites ,  l'on  loue  ôc 
glorifie  le  haut  Dieu  ,  qui  eft  merueilleux  eg 


tout  &  par  tout  ;  Se  qu'ayant  cognoifïànce  des 
couftumes&  chofes  des  Indiens,  l'on  leur  avde 
plus  facilement  à  fuiure,&  perfeuerer  en  la  hau- 
te vocation  du  S.  Euangile ,  à  la  çognoifTance  de 
laquelle  leSeigneur  a  voulu  amener  cefte  nation 
il  aueugîee  en  ces  derniers  ficelés.  Outre  toutes 
ces  chofes,  vn  chacun  pourra  mefme  tirer  pour 
loy  quelque  frui^attendu  que  le  fage  tire  touf- 
îours  quelque  chofe  de  bon  de  quelque  petit 
lubieét  que  ce  puifTe  eftre ,  comme  Ton  peut  ti- 
rer des  plus  vils  ôc  petits  animaux  vne  grande 
philof  ophie.  Il  refte  feulement  d'aduertir  le  Le- 
deu^que  les  deux  premiers  liures  de  cefte  hi- 
itoire,oudifcours,  ontefteeferitseftant  auPe-. 
ru,&les  autres  cinq  depuis  en  Europe,  l'obe- 
diençe  m'ayant  commandé  de  retourner  par 
deçà:  ainfiles  vnsparlenr des  chofes  des  Indes 
comme  de  chofes prefen tes,  &  les  autres  com- 
me de  chofes  abfentes.  Ceft  pourquoy  il  ma 
fcmblé  bon  d  aduertir  le  Lecteur  de  cecy  ,  afin 
que  cefte  diuerfité  de  parler  ne  luy  foit  en- 
nuyeufe.  " 


massait 


IN    HISTOKIAM  1N- 

à  Iofepho  jcofta  Hifawco  fermone 
çomplatarn,Mperà  Roherto  Regtnd- 
do  Çallicè  redditam. 

AD    LECTOREMv 

I  luftrare   nonos    retinere  cupidine 

mundos, 
Lataq-,fi  pelagilittoranoiTecupis: 
Hue  curfus  difpone  tuos  ,  non  riau- 
fea  laedet, 

Necftomachus  ciuem  tevetet  eftemans. 
Nil  opus  eft  vélo ,  rimas  farcirc  canms, 

Aut  magnetiaca  pixide,  nil  opus  eft. 
AlterTiphysadeft,extrernas  ire  péroras 

Edocet,&  populos,  iarn  breuiore  via: 
Sidéra  fub  terris  veteri  non  cognita  leclo., 

Ortaq-,  in  occiduo  lirnine  ligna,  refert.      ^ 
TemperiemZonar,qus  non  habitabihs  ante 

Iudicio  veterum,  tunebabitata  tamen: 
Noueris  in  curfu  quo  figno  vtatur ,  &  aura, 

Vendicet  atque  fibi  quidquid  vterq-,  polus. 
Noueris  &  montes,Germanîqj  ora  Ty  phœi 
Igniuoma,&  pifces,flumina  magna,lacus, 
Tempia>facerdotes ,  verique  imitamina  cultus, 
Chrifticolum  ritus  vc  coluiffe  putes. 


Annales,  faftofqj  libros,  elementàq;,  regnaj 

Imperiun^reges^praelia  magna,  duces. 
Terra  ferax  gemmis,  fuluoq;  referta  métallo," 

Se  peregrina  tibi  confpicienda  dabit.  ■ 
Deniq;  quod  luftris>&  fumptîbus  haufît  Ibêrus^ 
Bis  quarto  poteris  parcus  adiré  die* 


An  T  O  N  I  V  S     B  0  KDOR, 


Ad 'Rpbertum  Keginaldùm  TràduSorem. 


TE  Francifcisalit,  quem  nobis  cdidit  vrbs, 
quae 
Velierij  montis  nomine,nomjen.habet. 
Baetica  (demirans  geniurrï)  mutare  loquelam 

InftititjVtpotiusdicercteiTe  iuum. 
Ipfe  tain  en  patrie  reducem  te  reddis,&  illa 

Quse  fecreta  cupit,  cbgnitiora  facis. 
Nontepœniteattant^ReginaldeJaboris, 
Hoctibinam  patrie  pignusamoriserit: 
Paruavidereputasvidorem  pra?fnia  Regedi 

Hemicum,&  facrasçonteruiffe  manus? 
Qui  gratus  patria*3tum  Regi,defcrit  auras, 
Re&ius  ille  fuo  munere  fun&us  abit 

AHTONlVà       BONDOR, 


AdenndeWi  àe  infcriptlone  librii 

TJ  Cquid  id?in  prima  promitcit  fronte  libellus 
£2,   Indos,  éoos,occiduofque  fîmul. 
Atramen  hefperias  tantummododetegit  oras^ 

Nulla  ferè  eoi  eft  roentio  fada  foli. 
Hoc.Reginalde ,  typis  debetur,non  mus  crror. 

(Error  Ci  fuerit  confpiciendus  ibi.) 
Occiduus  nobis?aliis  oriturus  habetur 

Phcebusrnil  prius  eft^pofteriûive  globo* 
Antonivs    Bondor. 


M.  CHARLES  REGNA  VLD, 
a  Robert  Régna vd 
fon  frère  ,  fur  la  tradu&ion  de 
l'Hiftoire  Naturelle  des  Indes  Oc- 
cidentales. 


S  ONN  E  T. 

ON  ditqn^Eta  iadis  ^oy  des  Scythes-Coléeyi, 
<st  qmlamfon  d'or  auoit  eûè  'donnée 
Pour  vngagefittd  défi  vie  honorée, 
lafatfoitd'vngranâfimggardet  dedans  vn  hk. 

rn  drtgn  er  deux  bzufs.de  qui  l'horrMe  vols 
Hemploit  tout  l'air  de  flamme,  en  dtffendoient  ï entrer! 
Mats  lafon  néanmoins,  4 Me  de  Med<ey 
lé  (rit,  CrUfit 'voir  afin  Prince  Grégeois. 

xAmfifais-tu>  B,egnauld\  car  maigre  les  exciT 
Desfeldats  Eflagnols ,  qui  en  gardent acerf, 
Malgré 'tous  leurs canons ,  cr  leur  namharmee, 

Tu  fais  voir  aux  François  ces  Threfers  retenus, 
Et  du  riche  Peru  les  Jecrets  mcogmts, 
2r*f,  (Cim  éHtrs  Olcfos  U  mfon  defree. 


A     M.REGNAVLD,   SVR 

LA      VERSION     DE      £  H  I- 

ftoire  des  Indes  de  l'Efpagnol  de 
Iofcph  Acofta. 

SONNET. 

Ppfydete  imager  burinott  vft  vifagi 
Si  bien  après  le  vif  que  nature  auoit  peu? 
ç£ellefembUftduoirfir  l'image  trmfeur 
Mlle  mefme  imité  les  traitts  de  [on  ouvrage. 

Mais  le  fini  Hiponie  entre  ceu*  de  fin  aage, 
Meftnficeftouimer,defireux  que  l'honneur 
VylntMuuftiU$roitfetmrn*iï  au  donneur i 
Konàïartquel'oneHft  admiré  davantage. 

^infitoutEffagnol  qui  verra  que  tes  doigts 
Ont  d'vn  tmiïfidtmnfait  ^cofla  François  > 
gmdeuancêpar  toy  ne  fait  plus  que  tefmurey 

Craindra  que  ton  labeur  fat  du  [un  le  tombeau, 
Tonrenomfin  oubïy/a  cendre  ton  flambeau , 
Frira  que  t     pinceau  ne  nom  change  fon  hure. 

F     'L'EPARrMEtf  TïEIU 


LIVRE 


LIVRE    PREMIER   DE 

L'HISTOIRE    NATVRELLE  ET 

morale  des  Indes,  tant  Orientales, 
qu'Occidentales. 


De  ï  opinion  que  quelques  Autheurs  ont  eik3 

penfans  que  le  Ciel  ne  fefiendoit  iufques 

au  nonuem  Monde. 

Chapitre    premier. 

Es  anciens  ont  cfté  fi  eiloignèss 
depenfer  qu'il  y  euft  peuple,  ou 
nation  habitante  en  ceftuynou- 
ueau monde,  queplufîcursmef. 
.  me  d'entr'eux  n'ont  peu  ftmagi- 
ner  que  de  ce  cofté  cy  y  euft  feulement  terre ,  ôc 
qui  plus  eft  digne  de  merueille,  f  en  font  trouué 
aucuns  qui  ont  nié  tout  ouuertement  que  le  cie l 
que  nous  y  voyons  à  prefent?  y  peuft  eftre  :  car 
iaçoitque  la  plus  grand' part,  voire  les  plus  re- 
nommez entre  les  Philofophes,  ayent  bien  re- 
cogneu  que  le  ciel  eftoit  tout  rond  (  comme  en 
cfFed  il  l'eft  )  ôc  que  par  ce  moyen  il  entouroit, 
Se  ceignoit  toute  la  terre,  l'enferrant  ôc  compre- 
nant dedâs  foy$  neantmoins  plusieurs  du  nom- 


Çhvyjbft.  ho- 
mtl.  14   W 
Vj.  m  cptft. 
,  Ma  Hebr. 


Fï  eh.  19  • 
jdem  Cbryf 
homil.  6. 15. 
in  Genef.  & 
homil.  it.  ad 
fop.^stntio- 
chenum. 


Tbadarit. 


J-îiftoire  naturelle 
brc  mefme  des  Do&eurs  facrez ,  de  plus  grande 
authorité  ,  ont  eu  fur  ce  point  différentes  opi- 
nions ,  fimaginans  la  fabrique  de  cet  vniuers  à 
la  façon  d'v  ne  maifon,  en  laquelle  le  toid  qui  la 
couure ,  circuit  &  feftend  tant  feulement  en  la 
partie  d'enhaur,  &  non  pas  par  toutes  les  autres 
parties,  alleguans  pour  leur  raîfon ,  que  la  terre 
autrement  demeureroit  fufpenduë  au  milieu  de 
l'air.  Ce  qui  leur  fembloit  chofe  du  tout  hors 
d'apparence  \  &  tout  ainfi  que  l'on  void  en  tout 
baftiment  le  fondement  &  Tafîïette  fituez  d'vne 
part,  &letoi&  &couuerture  drvne  autre  op- 
pofite  &  contraire,  ainfi  qu'en  ce  grand  édifice 
de  lvniueis  tout  le  ciel  demeuraft  en  la  partie 
d'enhaut ,  &  la  terre  en  la  partie  d'embas.  Le 
glorieux  Chryfoitome ,  corne  homme  qui  f  eft 
plus  occupé  en  l'eftude  des  lettres  facrees,  que 
non  pas  aux  feiences  d'humanité  -y  femblc  eftre 
de  cefte  opinion,  quand  il  fe  rit  en  fes Com- 
mentaires fur  l'epiftre aux  Hebrieux,  de  ceux-là 
qui  afferment  la  rotondité  du  ciel.  Etfemble 
que  la  fainde  Efctiture  ne  veuille  fignifier  autre 
chofe,  appellant  le  ciel ,  Tabernacle,  ou  Taudis 
fait  de  la  main  de  Dieu.  Etfurcefubjet  ilpaiTe 
plus  outre,  difant  que  ce  qui  fe  meut  &  chemi- 
ne, n'eft  pas  le  ciel,  mais  que  c'eft  le  foleil,  la  lu- 
ne, &leseitoillesquifemeuuentauciel.  En  la 
façon  que  les  paflereaux  &  autres  oyfeaux  fe 
meuuent  parmy l'air,  tout  au  contraire  de  ce 
quelesPhilofophespenfent,  qu'ils  fe  tournent 
auec  le  mefme  ciel,  comme  les  bras  d'vne  roue 
auec  la  mefme  rôtie,  theodoret  autheur  fort 
graue  fuit  en  ceiU  opinion  ,Chryfoftome,  ôc 


des  fndes.  Liure  L  % 

Théophile  aufù,  félon  qu'il  a  de  couilume  pref-  ^h    h  ^ 
qu'en  toutes  chofes.  Mais  La&ance  Fit mian  de-  g.  adiJlll 
uant  tous  les  deffufdits  ayant  la  mefme  opinion,  Laft  hbr.^ 
fe  mocque  des  Peripateticiens  &  Académiques,  di,iin-  *WM 
qui  donnent  vue  figure  rondeau  ciel,  ccnfti-  CAt:i+% 
tuans  la  terre  au  milieu  du  monde ,  pour  autant 
que  ce  luy  femble  chofe  ridicule  que  la  terre  de- 
meure fuipendué  en  rair,côme  ileftdeuant  dir. 
Par  laquelle  iîéne  opinion  il  fe  conforme  à  cel- 
le d'Epicure ,  qui  tient  que  de  l'autre  part  de  la 
terre  il  n'y  a  autre  chofe  qu'vn  chaos ,  ou  abyf- 
me  inflny.  Etfemble  mefmeque  S.Hierofme      .     , 
s'approche  aucunement  de  cefte  opinion,  eferi-  ^XçaI 
Uant  fur  l'epiftre  auxEphefiens  en  ces  termes:  *.  ùJç,  £ 
le  Philvfcphe  naturel  par  fi  contemplation  pénètre  tu  fanes 
au  haut  du  ciel  i  O"  de  F  autre  part  il  troime  vn  grand 
vmde  aux  profonds  cr  aby  fines  de  la  terre.  On  dit  auflî 
que  Procope  afferme  (  ce  que  ie  n'ay  veu  toute* 
fois)  fur  le  liure  du  Genefe,  que  l'opinion  d'Ari-  A, 
ftote  touchant  la  figure  &  mouuement  circu-p/^L^I 
laire  du  ciel,  eft  contraire  &  répugnant  à  la  fain-  îhu.  *nno.  $, 
cle  Efcriture.  Mais  quoy  que  difent  &  tiennent 
làdefïus  tous  les  anciens,  il  ne  s'en  faut  efrnou- 
uoir ,  pource  qu'il  eft  tout  cogneu  &  approuué 
qu'ils  nefe  font  pas  tant  foutiez  des  fciencesfc 
demonftrotions  de  Fhilofophie  ,  pour  autant 
qu'ils  fe  font  occupez  à  d'autres  de  bien  plus 
grande  importance.  Mais  ce  qui  plus  eft  à  efmer- 
ueiller,  eftqueS.  Auguftinmelme,  tantverle 
en  toutes  les  feiences  naturelles,  voire  fort  do-  ^u^l.%: 
&e  en  l'Aftrologie  &  Phy  fîque,  neantmoins  de-  de  Gtnt^U 
meure  toufïours  en  doute ,  fans  fepouuoir  re»  #*.«*£•*• 
foudre  fi  le  ciel  circuit  la  terre  de  toutes  pans, 


Hifloire  naturelle . 
,    a  •   ou  non:  Me  ««Jîwie-»  (difoit-U  )<{™  ""«  tmT 

peljniefilkfindreau^mren^àfions^dneji 

Au  «efine  Heuq'ue  detus  i  femb  e  demonftrer 
voitcditclaircinent,«lu'.lrfyademonftnnon 
cerraine  pour  affermer  langure  ronde  ducie  , 
£2  feulement  de  fimples  coniedures.  E  fou  es 
heux  alléguez,  &  en  d'autres  endroitsmdmes, 
ils  tiennent  pour  chofe  douteufe  le  «ment 
circulaire  du  ciel.  N  eantmoms  on  ne  fe doit  oF- 
fenfer,  ny  auoir  en  moindre  eftime  les  podeurs 
de  la  fainfte  Eglife ,  fi  en  quelques  pomfts  de  la 
phuofophie  &  feiences  naturelles  ils  ont  eu  diF- 
Lrnreopinionàcequieatenu&receupour 
bonnepSlofophie-.veuquetoureleureftudea 

eRé  de  cognoirfre    prefeher ,  &  fa»,  le  Créa- 
teur de  toutes  ehofes,  en  quoy  ils  ont  e fl «or- 
ients ,  &  comme  ayans  bien  employé  leur  eftu- 
de  en  chofe  plus  importante ,  c'eft  peu  de  chofe 
en  eux  de  n'auoir  cogne,  toutesles  partie.^ 
tez  concernantes  les  créatures  Maisbicn  dauan 
tage  font  à  reprendre  les  Philosophes  vainsdc 
ceSuecle,  quiattaignans  iufques  à  la  cogno.ffan- 
ce  de  lettre ,  &  ordre  des  créatures ,  du  cours  & 
oonuement  des  cieux  ,  ne  font  pas  paruenus 
(  mal -heureux  qu'ils  font)  à  cogno.ftrel Crea- 
Lt  de  toutesïes  chofes.  Et  i^*"^ 
toutenfaœuutes,  n'ont  po.nt  monte  par  leu s 
imaginations  iufques  à >  cognoiftre    A«hear 
i*  *      fouueraind'icelles,  ainfiq.e  nous  enfeignek 


des  Indes.  Liure  I.  3 

iaincle  Efcriture;  ou  bien  s'ils  l'ont  cogneu,  nt 
1'ontpoinc  feruy  8c  glorifié  comme  ils  deuoiér, 
aueuglez  de  leurs  inuentions ,  dequoy  les  accu- 
fe  &  reprend  l'Apoftre. 

Jgue  le  Ciel  efi  rond  de  toutes  parts ,  fe  mou- 
uant  en/on  tour  defoy  -  me  fine. 

Chapitre    IL 

R  venansànoftrefujet,  il  n'y  a  point 
dedouteque  l'opinion  qu'ont  eu  Ari*  „.      ,    , 
itote&:  les  autres  Peripatetieiensauee  cn»bii.  hb, 
ks  Stoïques,que  la  figure  du  ciel  eftoit  %.  cap.  %.  ' 
ronde,  &  fe  mouuoit  circulairement  en  Ton 
tour;  eft  fî  parfaitement  véritable,  que  nous 
qui  fommes,  &:  viuons  à  prcfent  au  Peru,  le 
voyons  de  nos  propres  yeux,  Enquoy  l'expé- 
rience doit  valoir  dauantage,  que  toute  autre 
démonstration  philosophique  ,  dautant  que 
pour  faire  cognoiftre  que  le  ciel  eft  tout  rond, 
&  qu'il  comprend  &  circuit  enfoy  la  terre  de 
touscpftez;  &pourenefc!aircir  tout  îe  doute 
que  l'on  en  pourroit  auoir,  il  fufSt  que  i'aye  yen 
&  contemplé  en  ceftuy  nolhe  hemifphere  h 
partie  &  région  du  ciel  qui  tourne  autour  de  ce- 
fte  terre ,  laquelle  n'a  eftç  cogneiiè  des  anciens, 
oubiend'auoir  veu  &  remarqué ,  comme  i'ay 
fait,  les  deux  pôles  efquels  le  ciel.fe  tourne, 
comme  dans  fes  fiches.  le  dy  le  pôle  Arctique, 
ou  Septentrional  que  voyent  ceux  de  1  Europe^ 
&  l'autre  Antarctique,  ou  Méridional,  duquel  ^kfjx 
faincl;  Auguftin  eft  en  doute,  ôc  lequel  noua  A  â^f.  a 


Hiftoire  naturelle 

Rangeons  &  prenons  pour  leNort  ky auPe- 
ru,  ayanspairékligneeqmnoaiale.Ilfuftitn-  - 
nalement  quei'aye  couru  par  nauiganon  plus 
de  feptantc  degrez  du  Note  au  Sud,  fçauoir, 
quarante  dVn  codé  de  la  ligne,&  vingt-trois  de 
Faune.  LailTant  quant  à  prefent  le  teimoignage 
des  autres,  qui  ont  beaucoup  plasnauige  que 
tnoy,&  en  plus  grande  hauteur,  eftans  parue-  . 

nus  prefque  iufques  à  feptante  degrez  au  Sud. 
Qui  dira  que  la  nauire  appellee  Viûoire,  digne 

certainement  de  perpétuelle  mémoire  ,  tfaye 
cagné  le  prix  &  le  triomphe  d'auoir  le  mieux 
defcouuert  &  circuit  la  rondeur  ^  la  terre,  mef- 
me  le  chaos  vain  &  le  vuide  infiny ,  que  les  an- 
ciens Philofophes  difoient  eftre  au  deffoubs  de 
la  terre,  ayant  fait  tout  le  tour  du  monde  K  cir- 
cuit l'immenfité  du  grand  Occean.  Qui  eft  donc 
celuv  qui  ne  recognoiftra  par  cefte  nauiganon, 
que  toute  la  grandeur  delaterre,  quoy  quelle 
puiffe  eftre  plus  grande  qu'on  ne  la  dépeint  pas 
ne  foit fubjeae  aux  pieds  d'vn  home,  puis  qu  i 
la  peut  mefurer  ?  Ainfi  fans  aucun  doute  le  ciel 
eft  de  figure  ronde  &  parfa.de;  &  la  terre  auffi 
s-embraffant  &  .oignant  auecl eau,  fait  vn glo- 
be ,  ou  boule  tonde  compofee  de  ces  deux  dé- 
mens, ayans  leurs  bornes  &  limites  dans  leur 
propre  rondeur  &  grandeur.  Ce  qui  fe  peut  fuf- 
nfamment  ptouuer ,  &  demonftrer  par  raifons 
de  Philofophie  &  Aftrologie,  lainant  arrière  les 
fubtiles  définitions  que  l'on  peut  alléguer  com- 
munément; ou;au  corps  le  plus  parfait :  (qu» 
eft  le  ciel)  fe  doit  attribuer  la  plus  parfaire  li- 
gure, qui  eft  fans  doute  la  figure  ronde.  Duquel 


des  Jndes.  Liure  I.  $ 

«ncores  le  mouuement  circulaire  ne  pourrok 
cftre  ferme  ôc  égal  en  foy,  s'il  auoic  quelque 
coing,  ou  deftour  en  quelque  part,  ou  s'it  efloit 
tortu,  comme  il  le  faudroit  dire  par  necefiué,  il 
lefoleil,  la  lune  ,  Ôc  les  eftoilles  ne  faifoient  le 
tour,  &  circuifibientTout le  monde.  Maisfans; 
confiderer  toutes  cts  raifons ,  il  me  femble  que 
.  la  lune  feule  eft  fufhTante  en  ce  cas,  comme  vn 
fi délie  tefmorng  du  ciel  mefme  ;  veu  que  fon  ec- 
clypfe  aduient  feulement  lors  que  la  rondeur  de 
la  terre  s'oppofe  diametrallement  entre  elle  ôc 
le  foleil ,  ôc  par  ce  moyen  empefche  que  les 
rayons  du  foleil  ne  donnent  furicelle.  Ce  qui 
ne  pourroit  certainement  aduenir,  fi  la  terre 
n'eftoit  au  milieu  du  monde , -circuit  e  ôc  entou- 
rée de  tout  le  ciel.  Il  y  en  a  eu  aucuns  qui  ont  ^f^*  eff 
douté  iufqueslà,  fi  îarefplendeur  qui  eftenla  10g  Jd '/£ 
lune  ,  luy  eftoit  communiquée  de  la  lumière  du  nuat.  <•.  4. 
folei',  Maisc'efi  par  trop  douter,  puis  qu'il  ne 
fe  peut  trouuer  autre  cauferaifonnable  desec- 
çly  pies,  du  plain,  &  quartiers  de  la  lune ,  que  la 
communication  de  la  refplendeur  ôc  lumière* 
qui  procède  du  foleil.  Auffi  fi  nous  voulons  di- 
ligemment rechercher  eefte  matière,  nous  trou- 
verons que  lobfcurité  de  la  nuiçt  n'eft  caufee 
d'autre  chofeque  de  l'ombre  que  fait  la  terre, 
cmpefchant  la  clarté  du  foleil  depafier  de  lou- 
tre coftédu  ciel,  où  il  neiette  fes  rais.  Si  donc  il 
cft  ainfi  que  lefoleil  n'outrepaiïè  point,  ôc  ne 
iette  fes  rais  fur  l'autre  partie  de  la  terre,  ains 
feulement  fe  deftourne  à  fon  coucher,  faifanj: 
fcfchine  à  la  terre  par  vn  tournoyernent  (  ce  que 
par  force  fera  contraint  d'accorder  çeluy  qui 

À  iiij 


Hiftoire  naturelle 

voudra  nier  la  rotondité  du  ciel ,  puis  qu'à  leur 
dite  le  ciel  comme  vn  plat  feulement  couureJa 
face  de  la  terre.)  Il  s'enfuit  clairement  que  ion 
ne  pourra  remarquer  la  différence  que  nous 
voyons  eftre  entre  les  iours  ôc  les  nui£ts ,  les- 
quels en  quelques  régions  font  courts  ôc  longs 
félon  les  faifons,  &  en  ^autres  perpétuelle- 
ment efgaux.  Ce  que  faind  Auguftin  efcrit  aux 
t4$P-  ti.  limes,  de  Genef.4dLi!ïer*m,  que  i'on  pourra  bien 
deGetief  ^comprendre  les  oppofitions,  conuerfîons,  efle- 
-  " c* IO*      uations ,  defcentes ,  Ôc  tous  autres  afpe&s ,  ôc 
difpofitionsdesplanettes,  &  eftoilles,  quand 
nous  cognoiftrons  qu'ellesTe  meuuent ,  ôc  que 
neantmoins  le  ciel  demeure  ftable,  &  immo- 
bile. Choie  qui  me  femble  bien  ayfeeà  enten- 
dre ,&  le  fera  à  tout  autre,  m'eftant  permis  dç 
feindre  ce!qui  me  vient  en  lafantaiiie.  Car  il 
;  nous  pofons  le  cas  que  chaque  eftoiile  &pla- 
nette  foit  vn  corps  en  foy ,  ôc  qu'elle  foit  déme- 
née ôc  conduitte  parvn  Ange,  en  la  façon  que 
fut  porté  Habacuc  en  Babylone  :  qui  iera,  îe 
V**  H'     vous  prie,celuy  tant  aueuglé,  qui  ne  voye  bien 
que  tous  les  afpeclrs  diuers  qu'on  void  apparoir 
aux  planettes  Ôc  eftoilles,  peuUcnt  procéder  de 
la  diuerfité  du  mouuement  que  celuy  qui  les 
mene&  conduit,  leur  donne  volontairement? 
Cependant  Ton  ne  peut  dire  auec  raifon,  que 
cefte  efpace  Ôc  région ,  par  où  Ion  feint  que 
marchent  ôc  roullerit  continuellemét  les  eftoil- 
les, ne  foit  élémentaire,  &  corruptible,  puis 
qu'il  fediuife&fepare  quand  elles  palfent,  lel- 
quelles  certainement  ne  patient  pas  parvn  heu 
yuide.  Que; fila  région  en  laquelle  les  cftoit- 


des  Indes.  Liure  L  / 

les  Se  planettes  fe  meuuent  ,  eft  corruptible, 
parraifon  donc  les  eftoilles  Se  planettes  ledoi- 
uent  eftre  elles  mefmes  de  leur  propre  natu- 
re ,  ôc  par  confequent  fe  doiuent  changer,  al- 
térer, ôcfînablement  prendre  fin;  pource  que 
naturellement  le  contenu  n'eft  pas  plus  dura- 
ble que  le  contenant.  Or  dire  que  les  corps  ce- 
leftes  foient  corruptibles ,  cela  ne  s'accorde 
point  auec  ce  que  l'Efcriture  dit  au  Pfaime,  Que  pfâm> l^' 
Dten  les fift pour  toujours  :  Et  encore  moins  fe  rap- 
porte à  l'ordre  ôc  conferuation  de  çeft  vniuers. 
le  dy  dauantage  pour  confermer  cède  vérité, 
que  ce  qui  fe  meut  >  font  les  mefmes  Cieux  ,  & 
en  iceux  les  eftoilles  cheminent  en  tournoyant. 
Ghofe  que  nous  pouuons  cognoiftre  auec  les 
yeux,  puis  que  nous  voyons  que  non  feulement 
les  eftoilîesfe  meuuent,  mais  auiîî  les  régions  & 
parties  entières  du  Ciel,  le  ne  parle  point  feu- 
lement des  parties  luifantes  ôc  refplendiiïantes, 
comme  celle  que  l'on  appelle  ,1a  voyelai&ee, 
que  le  commun  appelle  ,ie  chemin  fainct  Iac- 
ques  ;  mais  ie  dy  cela  dauantage  ,  pour  les  autres 
parties  noires  ôc  obfcures  qui  font  au  Ciel. 
Pour-ce  que  nous  y  voyons  reàlement  comme 
des  taches  &obfcuritez,  qui  font  fort  manife- 
fteSjlefquellesien'ay  point  fouuenance  d'auoic 
iam  ais  veùes  en  Europe  :  mais  au  Peru ,  en 
ceft  autre  hemifphere,  ie  lesay  vcue's  plufîeurs 
fois  fort  apparentes.  Ces  taches  font  de  la  cou- 
leur Ôc  forme  de  la  portion  de  la  Lune  èdipfee. 
&  luy  refl'emblent  en  noirceur  Se  obfcurité.  El- 
les marchent  attachées  aux  mefmes  eftoilles,  ôc 
tQufipurs4Vne  mefme teneur  ôc  figure,  corn- 


Hiftoire  naturelle 

me  nous  Panons  cogueu  &  remarqué  par  ex- 
périence tres-claire.  Parauenture  cela  femble- 
ra  à  quelques-vns  chofe  nouvelle ,  &  pourroiét 
demander  d'où  procède  tel  genre  de  taches  au 
CieHie  ne  puis  certes  refpôdre  autre  chofe  pour 
l'heure, fïnon que,  comme  difent  les  Philo  fo- 
phes,  quelavoyela&ee  eft  compofee  des  par- 
ties du  Ciel  les  plus  denfes  &  efpeffes ,  &  qui 
pour  cefte  caufe  reçoiuent  plus  grande  lumière: 
ainiî  par  contraire'raifon  il  y  a  d'autres  parties 
fort  rares,  déliées,  &  tranfparentes,  lefqueiles 
pour receuoir moindre-lumière,  femblent  plus 
noires  &  obfcures.  Que  cecy  en  foit  la  vraye 
xaifon,  ou  non,  (  ie  n'en  peux  rien  affermer 
de  certain)  fi  eft- il  pourtant  véritable  ,  que  fé- 
lon la  figure  que  ces  taches  ont  au  Ciel  ,  elles 
femeuuentauecvne  mefme  proportion  quant 
&  leurs  cftoilles  ,  fans  aucunement  fe  feparer 
d'elles.  Qui  eft  vne expérience  certaine  &  re-i 
marquée  par  pluficurs  fois  tout  exprès.  Il  s'en- j 
fuit  de  tout  ce  que  nousauons  di&  ,  que  fans 
doubteie  Ciel  contient  en  foy  de  toutes  parts 
la  terre,  tournoyant  continuellement  à  l'en  tour 
«ficelle,  fans  que  Ion  puiffe  plus  propofer  que- 
ftionlàdeffus. 


guelafamtfeEfcriturenous  enfeigne  que  Ui 
terre  efi  au  milieu  du  monde. 
Chapitre    III,  \ 

Ombien  qu'il femble à  Procope,à  Ga- 
ze^ à  aucuns  autres  de  fon  opinion, 
que  ce  foit  cotreuenir  à  la  fain&e  Ef-i 


"1 


*t  . 


des  Indes.  Liure  l.  €  , 

i-i  j    &efl*r  13. 

criture>de%urer  la  terre  au  milieu  du  monde,  $a^  u  z>7; 

&  de  dire  que  le  ciel  eft  tout  rond:  fi  eft-ce  que  n.,8. 
à  la  venté  cède  doctrine  non  feulement  ne  luy  Pfalm.9i.7- 
eft  point  contraire,  mais  aufïïfe  trouue  du  tout  ^ #3^/7- 
conforme  à  ce  qu'elle  nous   enfeigne.    Car  £°ffJ^  ^ 
laitfant  à  part  les  termes  dont  vie  la  mefme  Ef- 
criture  en  plufieurs  endroits:  Larodeurde  h  terre: 
(&ce  quen  autre  endroit  elle  dit,  que  tout  ce 
qui  eft  corporel ,  eft  circuit  &  entouré  du  Ciel, 
&  comme  embrafle  de  fa  rondeur  )  à  tout  le 
moins  ne  peut-on  nier  que  le  paiïage  de  l'Ec- 
ciefiafte  ne  foit  fort  clair,  où  il  eft  did  :  le  Soleil 
naiftfe  couche ,  çr  retourne  en  (on  mefme  lieu,  £T  va 
recommençant  a  naiftre  :  dprend  [on  chemin  p4r  le  mt- 
dy,  fi  tournant  wfquesau  Septentrion,  cefi  efpnt  chemi- 
ne firent fant  a  ïentour  toutes  choses  ,  £T  s'en  retourne  « 
fin  mefme endroit.  En  ce  lieu  la  paraphrafe  &  ex- 
poiition  de  Grégoire  Neocefarien,  ou  Nazian- 
zene,dit:  Le  Soleil  Ayant  couru  toute  U  terre ,  ienreuïet 
comme  en  tournoyant  lufynes  À  fin  mefme  point!  O*  ter- 
me. Ce  que  dit  Salomon  interprété  par  Gregoi- 
r e5ne  pourroit  certainement  cftre  vray ,  fi  quel- 
que partie  de  la  terre  delaiflbit  d'eftre  circuite 
du  Ciel.  Etainfi  l'entend  famé*  Hierofme  ef-  H^'^l 
criuant fur lepiftre aux  Bphefiens, de cefte  ma-  *ai      t  eJ' 
niere.  La  plus  commune  opinion  afferme  (  fi  conformât 
4uec  l'Ecclefiafte  )  que  le  Ciel  e f  rond  Je  mouuant  en 
circuit 4  la  manière  d*vne  boule.  Et  cft  choie  certai- 
ne qu'aucune  figure  ronde  ne  tient  ny  latitude, 
ny  longitude,n)  hauteur,ny  profondeur,pour- 
ce  qu'en  toutes  ces  parties  elle  eft  efgalc&  pa- 
reille,   Par  cela  il  appert  félon  fainct  Hierof- 
me, <jue  ceux  qui  tknent  que  le  Ciel  eft  rond, 


Z,hextm. 
pope  finem. 


hexam.  c.  6. 


Hifloire  naturelle 
non  feulement  ne  font  pas  contraires  à  la  fàin-  ? 
été  Efcriture,  ainsau  contraire  fe  conforment 
à  icelie:  attendu  principalement  que  S.  Bafile  ôc 
S  Ambroife  (qui  limite  ordinairement  aux  li- 
ures appeliez  Hexameron)  fe  trouuentvn  peu 
douteux  en  cepoincl:.  En  fin  toutesfois  ils  re- 
uiennent  à  concéder  la  rondeur  de  ce  monde. 
Ileftvray  que  S.  Ambroife  ne  demeure  point 
d'accord  de  cette  quintelTence  qu'Ariftote  at- 
tribue au  Ciel.  Et  certainement  s'efi:  chofe  bel- 
le de  voir  auec  quelle  grâce,  &quel  (îyleac- 
comply  lafain&e  Efcriture  traite  de  la  fîtua- 
tion  de  la  terre  &  de  fa  fermeté,  pour  caufer  en 
nous vne grande  admiration ,  &  non  moindre 
contentement  fur  l'ineffable  puifTance  &  fa- 
geiïe  du  Créateur.  D'autant  quenvnendroi6t 
Dieu  nous  réfère  que  ç'aefté  luy  qui  a  eftably 
Pfalm.74>    i€S  cotomnes  qui  fouftiennent  la  terre ,  nous 
donnant  à  entendre ,  comme  bien  l'explique  S. 
Ambroife  ,  que  le  poids  immenfede  toute  la 
terre  eft  fouftenu  parles  mains  du  diuin  pou- 
uoir.  Lafaincre  Efcriture  a  de  couftume  deles 
appeller  ainfi,&  vferdeceftephrafe  ,  les  nom- 
mant colomnes  du  Ciel  &  de  la  terre  ,  non 
point  celles  de  l'autre  Atlas  ,  qu'ont  feint  les 
Poètes,  mais  celles  propre  de  la  parole  éter- 
nelle de  Dieu  ,  qui  par  fa  vertu  fouftient  les 
Cieux&fa  terre.  Dauantage  la  fain&e  Efcri- 
ture en  autre  lieu ,  nous  demonftre  comme  la 
terre,  ou  grande  partie  d'icelle  ,  eft  ioincle& 
enuironnee  de  Vêlement  de  l'eau,  difant  gene- 
rallement  que  Dieu  mit  la  terre  fur  les  eaux.  Et 
en  ajitre  endroit,  qu'il  fonda  la  rondeur  delà 


t^fmbr.J.he 
xam.  c.  6. 


des  Indes.  Liure  L  7 

terre  fur  la  mer.  Er  encore  que  faind  Auguftin 
n'accorde  pas  que  de  ce  paflage  (comme  de  fen-  «^«£«#- in> 
tencedefoy)  Ton  puifTe  inférer  que  la  terre  ôc  FfaimAÏÏ* 
l'eau  fane  vn  globeau  milieu  du  monde,  prer 
tendant  par  ce  moyen  donner  autre  expofition 
à  ces  paroles  du  PÎalmej  ce  neantmoins  il  eft 
tout  certain  a  que  ce  qui  eft  porté  en  ces  paro- 
les du  Pfalme,  nous  veut  doner  à  entendre  qu'il 
n'y  a  d'occafîon  d'imaginer  autre  ciment,  ou 
liaifon  à  la  terre ,  que  l'élément  de  l'eau,  lequel, 
quoy  qu'il  foit  facile  ôc  muable,  neantmoins 
(ouftient  ôc  enceint  cefte  grande  machine  delà 
terre.  Cequiaefté  faid  par  la  fagefledu  très- 
grand  Architede.  L'on  dit  que  la  terre  eft  fon- 
dée &baftie  fur  les  eaux,  Ôc  fur  la  mer:  mais  au 
contraire  la  terre  eft  pluftoft  au  défions  de  l'eau, 
quenonpasdeiTus,  pour- ce  que  félon  fimagi- 
nation  &  iugement  commun ,  ce  qui  eft  de  l'au- 
tre cofté  de  la  terre  que  nous  habitons,  femble 
eftre  au  defïbus  de  la  terre,  ôc  par  mefme  moyen 
les  eaux  ôc  l'amer  qui  ceignent  la  terre  de  l'au- 
tre part,  font  au  deifous,  ôc  la  terre  au  de  (Tus. 
Neantmoins  la  vérité  eft  feulement ,  que  ce  qui 
proprement  eft  en  bas,  eft  ce  qui  eft  toujours 
plus  au  milieu  de  l'vniuers:  mais  la  fainde  Efcri- 
ture  s'accommode  à  noftre  façon  d'imaginer  Ôc, 
parler.  Quelqu'yn  pourra  demander,  puisque 
la  terre  eft  eftablie  fur  les  eaux  (comme  dit  la. 
fainde  Efcriture)  fur  quoy  font  cftablies  les 
mefmes  eaux,  ou  quel  appuy  les  fouftient  ?  Et  & 
tant  eft  que  la  terre  ôc  l'eau  font  vne  boule  ron- 
de, où  fe  peut  fouftenit  toute  cefte  horrible  ma- 
chine >  A  cela  reipond  en  autre  endroid  la fairt- .. 


Job'lê. 


Pfalm.  3S. 


Hifwire  naturelle 

&eEfcriture,  nous  donnant  bien  plus  grande 
admiration  de  la  puiiTance  du  Créateur:  Et  dit 
ces  propos  :  U.  terre  s>eftend  vers  aquilon  fur  vn 
vuide.  <cr  demeure  fendue  fur  rien.  Ce  que  certes 
efttrefbkndit,  pour-ce  que  realement  il  iem- 
ble  que  cette  machine  de  la  terre  &  de  la  mer 
eft  aflife  fur  rien, quand  on  la  depeindroit  au  mi- 
lieu de  l'air,  comme  en  vérité  elle  y  eft.  Mais 
cette  merueilie  que  les  hommes  admirent  tant. 
Dieu  ne  l'a-il  pas  luy-mefmeefclarde,  deman- 
dant au  mefme  lob  en  ces  termes  :  Vy  moy  fi  tu 
fats  qui  *  tetté  le  flombouU  ligne  four  U  fabrique  du 

monde ,  et  *»"  I™1  cmm  m  $ééP  V10171®5)'* 
fondement  ?  Finalement,  afin  de  nous  faire  enten- 
dre la  trace  &  modelle  de  ce  merueilkux  édifice 
rtfeioi.    an  monde,  le  Prophète  Dauid  accouftumé  de 
*  chanter  &  louer  les  ceuures  diurnes,  dit  fort 

bien  en  vn  Pialme  compofé  fur  cette  matière 
en  ces  propos ,  Toy  qui  m  fonde  la  terre  fur  U  mefme 
Milité  <ct  fermeté  fans  quelle  chancelle ,  ny  tourne  d  vn 
ceflèny d'autre,  four toufours  et  kiamats.  Voulant 
dire  la  caufe  pourquoy  la  terre  eftant  affile  au 
milieu  de  l'air  ne  tombe,  ny  ne  chancelle  d'vn 
coité  ny  d'autre,  eft,  pour-ce  que  defanature 
dk  a  des  fondemens  affeurez,  qui  luy  ontefte 
donnez  pat  fon  treflage  Créateur:  afin  que  de 
foy-mefme  elle  fe  fouftienne ,  fans auoir  befom 
d'autres  appuis,  ou  fouftenemens.  Donc  en  cet 
endroit  fe  trompe  l'imagination  humaine,cher- 
chant  d'autres  fondemens  à  la  terre,  quelesfuf- 
dits:  &  vient  leur  faute  de  mefurerles  choies 
diuines,à  la  façon  des  humaines.  Ainfi  ne  doit- 
on  craindre,  que  quelque  grande  fcpefante  que 


j_ 

des  Indes.  Lime  h  "g 

I  fembie  cefte  machine  de  h  terre  fufpenducen 
I  l'air,  quelle  puilTe  tomber  ,  ou  contourner  s'en 
1  ddlusdefïbus;  nous  eftans  aileurez  fur  ce  point, 
I  par-ce  que  le  mefme  Pfalme  dit,  que  pour  ia- 
;  n»is  elle  ne  fe  renuerfera.  Certes  auec  raifon  T&Imjùi; 
I  Dauid après  auoir  contemplé  &  chanté  I'eftac 
1  de  fi  merueilleufes  ceuures  du  Seigneur  ,  ne 
1  cefTe  de  fe  refiouïr  auec  luy  en  icelJes,  difant: 

I  O  combien  les  œuures  du  Seigneur  [ont  dggrtndies  a* 

II  éccreuës,  il  appert  bien  que  toutes  font  finies  âefonfea- 
||  tmr.  Et  en  vérité  fi  ie  dois  raconter  ce  qui  fepaf- 
|i  ff  ^ur  cc  ProPos  :  *e  <ty  que  fouuentesfois  que 
!  i'ay  voyagé,  paflant  les  grands  golphes  de  l'Oc- 
1  cean,  &  cheminant  par  les  autres  régions  de  ter* 
J|  res  fi  effranges,  m  arreftant  à  côtempler  &con- 
Ijfidererla  grandeur  de  ces  ceuures  du  Seigneur, 
I  ie  fentois  vn  admirable  contentement  de  celle 
|  fouueraine  fagetfe  ôc  grandeur  du  Créateur,  qui 
|  reluit  en  ces  mefmes  ceuures,  en  comparaifoa 

!  defquelles  tous  les  Palais,  Chafteaux,  ôc  bafti- 
ji  mens  des  Roys,  enfemble  toutes  les  inuentions 
I  humaines,  femblent  bien  peu,  voire  chofes  bai- 
fes  ôc  viles ,  au  refpecl:  d'icelles.  O  combien  de 
fois  me  venoit  en  la  penfee ,  ôc  en  la  bouche  cc 
pafiage  du  Pfeaume,qui  dit  ainfi  ;  Grande  recrsmm 
m  aueT^donnêySeigneur , par  vos  œuures,  &  necefferay 
de  me  rejïouyr  en  la  contemplation  des  œuures  de  vos  mains. 
Realement  &  de  fait,  les  ceuures  diuincs  ont  ne 
fçay  quelle  grâce  &  vertu  cachée  ôc  fecrette5qui 
combien  qu'elles  foient  contemplées  plufieurs 
Se  diuerfes  fois ,  neantmoins  caufent  toufiours 
vn  nouueau  gouft  Ôc  côtentement:  &u  contraire 
Us  œuures  humaines,  encor  qu'elles  foient  cen- 


ffifiohe  naturelle 

fttuiâes  auec  vn  exquis   artifice     toutesfoîs 
eftansveuësfouuent,  nefontphiseftimees,  au 
contraire  deuiennent  cnnuyeufes,  foit  que  ce 
foient  lardins  très  plaitans,  ou -Palais,  ou  Tem- 
ples magnifiquement  baftis ,  foit  Pyramides  de 
îuperbe  édifice,  foit  peintures,  factures ,  ou 
pierres  d'exquife  inuention  &  labeur,  quoy 
qu'elles  foient  douées  de  toutes  lesbeautez  qu  il 
eft  poffible :  toufiours  ccft  chofe  certaine  qu  en 
les  contemplant  deux  ou  trois  fois  auec  atten- 
tion ,  les  yeux  fe  dmextiffent  toft  de  cefte  veue 
à  vneautre ,  eftans  incontinent  foulez  dicell es. 
Mais  fi  auec  attention  vous  confiderez  laitier, 
ou  quelque  haute  montagne,  yffante  hots  la 
plaine  d'vne  eftrange  hauteur    ou  les  champs 
reueftusde  leur  naturelle  verdure  ,&  de  belles 
fleurs ,  ou  bien  le  cours  furieux  de  quelque  Heu- 
ue,  qui  fans  ceffer  bat  continuellement  les  ro- 
chersen  bruyant,  finalement  quelques  amures 
dénature  que  ce  foient,  quoy  quelles  foient. 
contemplées  plufieurs  fois,  toufiours caufent 
nouuelle  récréation ,  &  iamais  ne  s  ennuyé  la 
veuë    Ce  qui  refleroble  vn  banquet  manifique 
&  abondant  de  la  diuine  fagefle,  qui  fans  jamais 
ennuyer,  caufe  toufiours  nouuelle  confidera- 


«on, 


Ontemni 


(les  Indes.  Liurel. 


Contenant  U  rejponfi  i  ce  qm  eft  allégué  de  LféùnÛt 

Efcnture  contre  U  rondeur  de  U  terre. 

Chapitre    ïijfj 

Euenant  donc  à  la  figure  du  Citl>ic 
ne  fçay  de  quelle  autorité  de  k 
fain&e  Efcritute  on  ayt  peu  tirer 
qu'elle  ne  foitpas  ronde,  ny  Ton 
■^^^^  mouuement  circulaire,pource  que 
ie  ne  voy  point  que  ce  que  S.  Paul  appelle  le  **&% 
Ciel  tabernacle,ou  taudis,que  Dieu  â  eftably  & 
nonpoint  l'homme,  punTeeftre  appliqué  i ce 
propos.  Car  quoy  qu'il  nous  dife  qu'il  eft  ftiéb 
par  Dieu,l'on  ne  doit  pour  cela  entendre  que  le 
CieJ,  toutainfi  comme  vn  toi&3  couurela  ter- 
re dVne  part  feulement ,  ny  mefme  que  le  Ciel 
ioit  bafty  fansfe  mouiwir,comme  il  femble  que 
quelques- vns  l'ont  voulu  doner  à  entedre.  L'A- 
poftre  en  ce  lieu  traittoit  de  la  coformité  du  ta- 
bernac  e  ancie  de  la  loy,disât  là  deffiis  que  le  ta- 
bernacle  de  la  loy  nouuelle  de  grâce,  eft  le  Ciel 
auquel  eft  entre  le  grand  Preftre  Iisvs-Chris? 
vne  fois  par  fon  fang  .ôcdclk  s'entend  qu'il  y  à 
autant  de  preeminence,du  nouueau  tabernacle 
au  vieil ,  comme  il  y  a  differece  d'entre  l'authcur 
du  no«ieau,qui  eftDieus&  cil  du  vieil  qui  a  efté 
1  nomme  encor  qu'il  foit  vray  que  le  vieil  taber- 
nacle fuftauffi  bien  bafty  par  la  fagefîe  de  Dieu 
qui  I  enfeigna  à  fon  ouurier  Befckd.ôc  ne  doit-  **^3*. 
on  penfer  que  ces  cÔparaifons^paraboies  &  aile- 
gories  fe  puiftent  rapporter  en  tout  &  par  tout  à 
?c  a  quoy  elles  (ont  accommodées,  comme  le 

,        •    b    ■: 


Cbryfoft.  I 
Pfalm.ioy 


deGen.ai 
f  littr.e.y. 


2piytt>66< 


'  Hiftoire  naturelle 
bien- heureux  Chryfoftoroe  a  bien  fceu  dire  à 
ce  propos.  L'autre  authorité  que  rapporte  S. 
Aueuftin  allègues  d'aucuns,pour  monftrer  que 
le  Ciel  n'eft  pas  rond,  eft  telle  en  difant,  Le  Ciel 
s'cjrend  comme  vne  pedu.  Dont  ils  concluent  qu'il 
n'eft  pas  rond,mais  plat  en  la  partie  d'enhaut.  A 
quoy  refpond  fort  bien  &  fort  familieremétlc 
xnefme  S  Dodeur,  mais  donnant  à  entédre  que 
ce  paffaçe  du  Pfalmifte  ne  parle,ny  s'entéd pro- 
prement de  la  figure  du  Cicl,mais  dit  cela  ieuie- 
ment,afin  de  nous  demonftrer  auec  quelle  faci- 
lité Dieu  battit  vn  Ciel  fi  grandie  luy  ayat  efté 
non  plus  difficile  de  baftir  vne  fi  immenfe  cou  - 
uerture,comme  eft  le  Ciel,quil  feroit  à  nous  de 
defployervne  peau  double,ou  bien  prétendant 

le  Pfalmitte  nous  donner  à  entendre ,  la  grande 
majeftéder>ieu,auquelleciel  fert3quieftfibeatt 
&  fi^grad,  de  mefme  façon  que  nous  leruent  les 
tentes  ou  couuertures  aux  champs.Ce  qui  a  elle 
fort  bien  déclare  par  vn  Poete,difant;Z>  uududt* 
cUir  Ciel  Mefme  le  pafiage  d'ifaye  qui  dit.I*  CM 
mefertdecbme,  0<  U terre d'efeabea»  fourmes  pieds. 
Que  fi  nous  enfuiuons  Terreur  desAnthropo- 
mSrphites,  qui  attribuoient  des  membres  cor- 
porels à  Dieu  félon  fa  diuinité,nous  aurions  oc- 
cafion  fur  le  dernier  partage  de  rechercher  corn- 
ment  il  feroit  pofîible  que  la  terre  fuïMefca- 
beau  des  pieds  de  nieu,&  comme  le  mefme  Dieu 
pourroit  tenir  ces  pieds  d'vne  partie  &  d'autre, 
&  plufieursteftestoutàl'entour,  puis  qu'il  eft 
en  tout  &  par  tout  le  monde,  qui  feroit  choie 
vainefc  totalement  ridicule.  Il  faut  donc  con- 
clure qu'aux  fain^es  Efcritures  nous  ne  de: 


des  îndes.  Dure.   I.  15 

uons  pas  fuiure  lalettre  qui  tuëjmaisl  efprit  qui 
viui fie, comme  dit  faihcl:  Paul. 


iXcrlni, 


De  la façon  é  figure  du  Ciel  du  nouueaa 
monde. 

Chàêitkb    V. 

Lufieurs  en  Europe  demandent  quelle 
eft  la  façon  &  figure  de  ce  Ciel   quicfl 
en  la  partie  du  Sud,pource  qu'il  ne  fen 
peut  trouuer  chofe  certaine  aux  liures  des  an- 
ciens,lefquels  encor  qu'ils  accordent  y  auoir  vn 
Ciel  en  celle  autre  part  du  monde  ;  ce  neant- 
moins  n  ont  peu  atteindre  iufques  à  la  cognoif- 
fance  de  la  façon  &  figure ,  quoy  que  à  la  vérité 
ils  fajTent  mention  dvne  belle  &  grade  eftoille,  ptMïïh  h 
qui  le  void  en  ces  parties  cy,laquelle  ils  appcller  «?.ix/ 
Canopus.'Ceux  qui  de  nouueau  ont  nauigé  en 
ces  parties ,  ont accouftumé  d  eferire  &  racoter 
chofes  grandes  de  ce  Ciel,à  fçauoïr  qu'il  eft  fore 
refplcndilTant3y  ayant  grand  nombre  des  belles 
eftoilles.  Et  en  efFed  les  chofes  qui  viennent  de 
loing,fe  défendent  ordinairemét  auec  augmen- 
tation. Mais  il  me  femble  tout  au  contraire ,  te- 
nant pour  certain ,  qu'en  noftre  cofté  du  Nort, 
il  y  a  plus  grand  nombre  d'eftoilles ,  &  de  plus 
illuftre  grandeur,  ne fe voyant  point  par  deçà 
eftoilles  qui  excédent  lapouflîniere,  ny  le  cha- 
riot. Ileft  bienvray  que  la  Croifeededeçàeil 
fort  belle  &  agréable  à  voir.  Nous  appelions 
Croifee  ,  quatre  eftoilles  notables  &  apparen- 
tes qui  font  enti'elles  vne  forme  <$e  Grorxj? 


Hiftoire  naturelle 
affifes  cfgalemcnt  &  auec  proportion.Lesigno* 
rans  croyent  que  cefte  Croifee  eft  le  Pôle  du 
Sùdj  d'autant  qu'ils  voyent  les  mariniers  pren- 
dre leur  hauteur  par  icellc ,  comme  nous  auons 
icy  accouftumé  de  la  prendre  par  le  Nort.  Mais 
ilsfe  trompent.  Et  la  raifon  pourquoy  les  ma- 
riniers lefont  deceftefaçon,  eft,  pource  que 
dececofte  du  Sud  il  n'y  a  aucune  eftoille  fixe, 
qui  marque  le  Pôle,  cbmme  ànoftre  Pôle  le 
faid  Teftoille  du  Nort.  Et  ainfi  ils  prennent 
leur  hauteur  par  I'eftoille  du  pied  de  la  Croifee, 
diftante  du  vray  &  fixe  Pôle  Antarctique ,  de 
trente  degrés,  comme  de  là  I'eftoille  du  Nort 
eft' diftante  du  Pôle  Ardiquc  de  trois  degrez, 
ou  peu  dauantage.  Et  ainfi  il  eft  plus  difficile  de 
prendre  la  hauteur  en  ces  parties ,  pource  que 
ladi&e  eftoille  du  pied  de  la  Croifee  doit  eftrc 
droi&e ,  ce  qui  aduient  feulement  en  vne  heure 
de  la  nui&,qui  eft  en  diuerfes  parties  de  l'an ,  en 
différentes  heures,  &bienfouuent  en  toute  la 
nuicl:  ne  fe  monftre.qui  eft  chofe  fort  mal  corn- 
mode  pour  prendre  la  hauteur.  Par  ainfi  les 
plus  experts  pilotes  ne  fe  foucient  de  la  Croi- 
fee, prenans  la  hauteur  du  foleil  par  l'Aftrola- 
be,'  par  lequel  ils  cognoiftentla  hauteur  où  ils 
fe  trouuent.En  quoy  communément  les  PortUr 
gais  font  plus  experts  ,  comme  nation  qui  a 
grand  difeours  en  Part  de  nauiger  fur  toutes 
les  autres  nations.  Ilyaauffi  decefte  partie  du 
Sud  d'autres  eftoilles,  qui  en  quelque  façon  ref- 
fcmblent  à  celles  du  Nort.  Ce  qu'ils  appellent 
la  voyc  la&ec,  s'eftend  beaucoup,  &  eft  fort 
refplendiffantence  coftéduSud,  fc  voyant  en 


I 



des  Jndes.  Liure  X  H 

icelle  ces  taches  noires  tant  admirables  ,  des- 
quelles cy  deuant  nous  auons  fai&  mention. 
Pour  les  autres  particularitez,d  autres  les  diront 
auec  plus  grande  curiofî  té,  ànous  fuffitpour 
l'heure  de  ce  qu  auons  di&. 

gif  il  y  a  terre  &  merfonbs  les  deux  Tôles. 

Chapitre    VI. 

i  ne  nous  eft  point  peu  de  chofe  fai- 
etc,  d'eftre  fortis  de  celle  matière 
auec  cefte  cognoiifance  &  refolu- 
_  tionquily  avn  Ciel  en  ces  parties 
des  Indes,  qui  k$  couure,  comme  à  ceux  d'Eu- 
rope, d'Afie&  Afrique,  Et  nous  fertee  point 
quelquesfois contre  beaucoup  d'Efpagnols,qui 

par  deçà  foufpirent  pour  leur  Efpagne,  ne  fça- 
ehans  dequoy  parler  que  de  leur  pays ,  lefquels 
i'efmerueillent,  voire  fe  fafchcnt  contre  nous 
autres,  eftimans  que  nous  auons  oublié,  &  fai- 
sons peu  de  cas  de  noftrepatrie.  Aufquels  nous: 
reipondons  ,  que  pour  cela  le  defir  de  retour- 
ner en  Efpagne  ne  nous  trauaille  point.  Pource 
que  nous  trouuons  que  nous  fommes  auflî  pro- 
ches du  Ciel  eftansauPeru,  comme  nous  en 
fommes  eftans  en  Efpagncrcomme  dit  fort  bien 
S.  Hierofme  efcriuant  à  Pauline,  fçauoir  que  la 
porte  du  Ciel  eft  auffi  proche  de  Bretagne,com- 
me  de  Hierufalem.  Mais  encor  que  le  Ciel  cir- 
cuife  le  monde  de  tous  coftez,  il  ne  faut  pas 
pour  cela  penfer,  que  necefTairement  il  y  ayt 
terre  de  tous  coftez  dumonde.  Careftantainfi 

B  iij 


Hiftoire  naturelle 

aue  les  deux  démens  de  la  terre  &  l'eau,  com, 
pofentvnglobe.ou boule  ronde,  félon  que  la 
plus- part, &  les  plus  renommez  autheurs  des 
CbM».Z.  JU  anciens  l'ont  tenu(à  ce  que  rapporte  Plutarque) 
}Udù  phil.  &  comme  on  le  prouue  par  demonlirations 
s.,.&u.    ues -certaines  l'on  pourroic  conjeaurer  que 
lameroccupaft  toute  celle  partie  qui  eft  foups 
le  Pôle  Antarctique  ou  Sud,de  telle  façon  qu  U 
ne  reftaft  aucune  place  en  ces  parties  pour  la 
■tstw.Ut.  tetre;felonqueS.  Auguftinreprentrortdotte- 
ieçim.c.9.  mcnt  contte  ceux  qui  tiennent  les  Antipodes; 
difant ,  qu'encor  que  l'on  faffe  preuue ,  &  que 
l'on croye que  le  monde  foit  défigure  ronde, 
comme  vne  boule.il  ne  faut  inférer  de  cela.que 
en  cefte  autre  partie  du  monde  la  terre :  foit  del- 
couuerte&  fans  eau.  Et  fans  douoteS.  Augu- 
ftin  dit  fort  bien  en  ce  poinct,  ce  neantmoms  le 
contraire  de  ce  ne  fe  prouue ,  &  ne  s  enfuit  non 
plus, fçauoir  qu'il  y  aye  terre  defcouuerte  au 
Pôle  Antaruique.ee  que  l'expérience  nous  a  ,a 
rnonftréa  veuedœileftreainfi corne,  eneftect 
ill'eft.  Car  iaçoit  que  la  plus  grande  partie  du 
monde,  qui  eft  foubsle  Pôle  Antara.que,  foit 
occupée  delà  mer  i  ce  neantmoms  elle  nelelt 
pas  entièrement  :  mais  y  a  terre ,  de  forte  qu  en 
toutes  les  parties  du  monde ,  la  terre  &  1  eaue  (e 
vontembraifans  l'vnl'autre,  quieft  ventab  e- 
ment  vne  chofe  pour  nous  faire  admirer  &  glo- 
rifier  l'art  du  fouuerain  Creareur;  Nous  fçauos 
doncparlafainfte  Efcritute,  qu  au  commen- 
cement du  monde  les  eaux  furent  affemblees, 
Scfeioignirent  en  vn  endroit,  tellementquc 
la  terre  demeura  defcouuerte.  Dauantage,!* 


@tr,e*  %• 


des  fndes.  Lime  I.  il 

rhefme  Efcriture  fatn&e  nous  enfeigne,que  ces 
afTemblemés  d'eaux  s'appelkrent  mer,  &  com- 
me elles  fontplufîeurs  ,  il  eft  de  neçeflîté  qu'il 
y  ay t  plufïeurs  mers.  Et  non  feulement  eft  cefte 
diuerhté  dessers  en  la  mer  Méditerranée,  les 
vnes  s'appellans  Euxine,  les  autres  Cafpie ,  au- 
tre Erythrée,  ou  rouge  ,  autre  Prefique  ]  autre 
dltaiie,&  ainfî  plusieurs  autres. Mais  aufîi  bien 
au  grand  Occean  que  f  Eicriture  fain&e  a  ac- 
couftumé  d'appeller  abyfme,  encore  que  reale- 
ment  &  en  vérité  cenefoît  qu'vnerner,  mais 
en  plufïeurs  bc  différentes  manières:  comme  au 
refpect  de  tout  le  Peru  &  de  toute  l'Amérique, 
ils  appellent  IVne  la  mcrduNort,  &  l'autre  la 
mer  du  Sudjen  l'Inde  Orientale  l'vne  s'appelle 
la  mer  d'Inde,  &l'autredela  Chine.  Et  ay  re- 
marqué tat  en  ce  que  i'ay  nauigé  moy  meime, 
que  par  la  relation  des  autres,  queiamais  la 
mer  ne  fe  fepare  de  la  terre  de  plus  de  mil 
lieues.  Et  quoy  que  fè  puifTe  eftendre  la  gran- 
deur del'Occean,  fi  eft- ce  qu'il  n'outrepàrfeia- 
mais  cefte  mefure.  le  ne  veux  pas  pour  cela  di- 
re que  l'on  ne  nauigé  plus  de  mil  lieues  de  la 
mer  Occeane  :  qui  feroït  contre  la  vérité ,  puis 
que  nous  fçauons  que  les  nauires  de  Portugal 
ont  nauigé  quatre  fois  autant,  voire  dauanta- 
ge ,  que  tout  le  monde  en  rondfe  peut  nauiger 
par  mer,  comme  en  ce  temps  nous  l'auons  défia 
veu ,  fans  que  plus  on  en  puifîe  douter.  Mais  ce 
que  ie  dy  êc  afferme  ,  eft  qu'en  ce  qui  eft  au- 
iourd'huy  dcfcouuert,aucune  terre  n'eft  diitan- 
te  &  eflongnee  par  ligne  directe  de  l'autre  ter- 
referme  j  oulfles,  qui  luy  foient  plus  proches^ 

B  iiij 


ffifloire  naturelle 
au  plus  que  de  mil  lieues ,  ôc  que  par  ainfî  entra 
deux  terres    il  n'y  a  point  plus  grand  efpacc 
de  mer,  le  prenant  par  les  parties  des  terres 

Î>lus  proches  les  vnes  des  autres.  Pource  que  de 
a  fin  de  rEuropc,ou  de  rAfrique,&  de  leur  co- 
pies Canaries,  les  Açores,  les  l lies  du  Cap 
cj.evert,&  les  autres  qui  font  en  ce  pareilles, 
ne  font  disantes  de  plus  de  trois  cents  lieues, 
ou  cinq  cents  de  la  terre  ferme,  Defdites  Ifles 
prenant  fon  cours  vers  les  Indes  Occidentales, 
à  peine  y  a-il  neuf  cents  heue'siufques  aux  Ifles 
S.  Dominique,ies  Vierges ,  la  bien-heureufe  ÔC 
les  autres  ,  &  les  mefmcs  Ifl.es  vont  courant 
par  leur  ordre,  iufques  aux  Ides  de  Barlouentc, 
qui  font,  Cuba,  Efpagnolla,  ôc  Boriquen.  Ex- 
celles iufqu'à  la  terre  ferme  à  peine  y  a-il  deux; 
cents  ou  trois  cents  lieuës,&en  l'endroit  le  plus 
proche  beaucoup  moins.  La  terre  ferme  court 
vnefpaceinfiny,  depuis  la  terre  delà  Floride* 
iufquala terre  des  Patagons,  &  de  l'autre  cofte 
du  Sud,dcpuis  le  deftroit  de  MageHan,iufqu*au 
CapdeMendoce,courtvne  terre  très-longue, 
mais  non  beaucoup  large:  car  le  plus  large  gift 
le  trauers  du  Peru,qui  eft  diftâte  du  Brefilyd'en- 
iiiron  mil  lieues.  En  çefte  mefme  mer  du  Sudt 
çncor  qu'on  ne  fçache  rencontrer  la  fin ,  en  ti- 
xantvers  le  Ponant ,  neantmoins  il  y  a  peu  de 
tieps  que  1  on  defcouurit  les  Ifles ,  qu'ils  ont  ap- 
pellees de Salomon, qui  fon t plusieurs  ôc  gran* 
des,  diftâtes  du  Pcru  comme  huid  cents  lieues, 
Et  pource  que  Ton  obferue ,  ôc  fe  trouue  ainfi, 
que  là,  ou  il  y  a  plufieurs  ôc  grandes  Ifles ,  la  ter- 
çefejge  çneft  peu  eflongnec:  de  là  vient  que 


des  Jnda.  Uure  L  ij 

puifîeurs,  &moy-mefmeaueceux,  ayansopi- 
nion  qu'il  y  a  quelque  grande  terre  ferme  pro- 
che defdkes  Ifles  de  Salomon,  laquelle  refpond 
ànoftrc  Amérique  du  codé  du  Ponent  ;  &  fe- 
roit  poflible  qu'elle  couruft  par  la  hauteur  du 
Sudiufques  au  deftroit  de  Magellan.  On  tient 
que  la  neuue  cuinee  eft  vne  terre  ferme,&  quel- 
ques  dodes  la  peignent  fort  près  des  Ifles  de  Sa- 
lomon; de  forte  que  ceft  chofe  vray-femblable 
de  dire  qu'il  y  a  encor  vne  bonne  partie  du  mon- 
de a  deicouurir,  puis  qu'au jourd'huy  les  noltres 
nauigent  en  cefte  mer  du  Sud  iufques  à  la  Chi- 
ne &  Philippines,  &  difonsque  pour  aller  du 
Peru  en  ces  parties- là,  qu'ils  palïent  vne  plus 
longue  mer,  que  non  pas  allant  d'Efpagneau 
melmePeru.  Dauantage,on cognoift  que  ceft 
par  le  tant  %nalé  deftroit  de  Magellan ,  que  ces 
deux  mers  fe  joignent  &  continuent  lVne  aucc 
l'autre  (ie  dy  la  mer  du  Sudauec  la  mer  du  Nort) 
par  la  partie  duPole  Antardique,  qui  eft  en 
hauteur  de  ;i.  degré.  Mais  c  eft  vne  belle  &  gra- 
de queftion  où  plufieurs  fe  font  employez ,  (ça- 
uoir  iî  ces  deux  mers  fe  joignent ,  ôc  continuent 
auflï  bien  du  coftc  du  Nort.  Maisjen'ay  point 
cognoitfanceque  iufqu'auiourd'huy  aucun  ave 
peuatteindre  àcepoind,  û  ce  ri  eft  feulement 
par  ie  ne  fçay  quels  indices  &  coniedures  ouel- 
qucs-vns  afferment  qu'il  y  a  vn  autre  deftroit 
fous  le  Nort,  à  loppofite  de  ceky  de  Magellan: 
toutefois  pour  noftre  fujet ,  il  fuffift  de  fçauoir 
maintenant  au  vray  qu'il  y  ayt  terre  de  ce  codé 
du  Sud>  ôc  que  c  eft  vne  terre  aulîî  grande  corn- 
ue toute  rE^rope,  rAflcfc  l'Afrique  raefme, 


Hiftoire  naturelle 
que  à  tous  les  deux  Pôles  du  monde,l'on  trouue 
&  récontre  terre,&  mer ,  embrafTees  lvne  auec 
l'autre  Enquoy  les  anciens  ont  peu  entrer  en 
doute  &  le  contre- dir? par  faute  d'expérience. 


Loft.  Uh.  7 
Jnjht.diuin 
cap,  ij 


four  reprouuer  l'opinion  de  Laffdnce*  qui  tient 
qu'il  ri  y  a  point  d'Antipodes. 

Chapitre   VIL 

Vis  doc  que  c'cft  chofe  cogneuë,  qu'il 
y  a  terre  au-cofté  du  Sud,  ou  pôle  An- 
tarctique: refte  maintenât  de  voir  s'il  y 
a  des  hommes  habitans  en  icelle,qui  a 
efté  au  temps  pafîcvnequeftion  fort  debatuë. 
La&anceFirmian&  S.Auguftinfemocquét  de 
ceux  qui  afferment  les  Antipodes  (  qui  vaut  au- 
^€»gnfilih.  tant  à  dire  comme  hommes  qui  ont  leurs  pieds 
u.decinit.  au  contraire  des  noftres.)  Mais  encor  que  ces 
saf' 9*         deux  autheurs  s'accordent  en  cefte  mocquerie, 
ceneantmoinsauxraifonsAmottfs<Je  ^eur  °"' 
pinion,  font  fort  différents  l'vn  de  l'autre,com-  j 
meilseftoientfortdiuersd'efprit,  &  dxnten- 
dément.  La&ance  fuit  le  vulgaire ,  eftimât  cho- 
fe ridicule  de  dire  que  le  ciel  eft  formé  enrond 
&  circuit:&  que  la  terre  foit  au  milieu  enuiron-j 
«ce&enclofed'iceluy  comme  vne  pelotte.Eri 
pourceileferiten  ces  termes.  Qjullemfony  +f 
À  ce  que  quelques  vm  veulent  dire%qutlya  âes^ént^ 
foâes,  qm  ont  leurs  p*s  contraires  aux  mflres  ?  Ep  $lfoft-\ 
bU  quily  Ait  homes fiUurds,er fi  troj?*" ,  1™  croyent 
quily  ait  vn  peuple,  ou  nation  cheminant  les  fieds  en 
Uulh&l*  teftctnbat,  crqutUtcbojès,  qui  fin*  ig 


des  Indes.  Liure  L  x+ 

dfifes>(?'  arrefieesiï  vne  façon,  fient  de  ce  fie  autre  part 
pendantes,  ey  renuerfees,  au  contraire:que  les  arbres  i  O* 
Us  grains  croijfent  la  contre  bas,0"  que  lapluye ,  la  neige, 
CF lagrefie tombent,  O* s'efioulent  de  terre  contremontf 
Puisapresquelques  autres  propos,  le  mefmc 
Ladance  tient  ces  propos:  L'opinion  cr  imagina- 
tion que  quelques  vns  ont  eue  efiimans  le  Ciel  rond ,  4  efii 
la  caufe  ty  le  motif iïmucnter  ces  ^Antipodes  fùfitendus 
en  l'air ,par  atnfi  te  ne  puis  que  dire  de  tels  Philofofbes ,  fi~ 
non  qùayans  vnefois  erréjlspourf muent ,  O*  sobfitnent 
toufiours  en  Lmr  opinion  ,fe  défendons  les  vns  les  autres» 
Iufques  icyfont  les  propos  de  Ladance.  Mais 
quoy  qu'il  die ,  nous  autres  qui  pour  leprefenjt 
çftans  au  Peru ,  habitons  la  partie  du  monde 
contraire  à  l'Afie.,  &  fommes  leurs  Antipodes, 
(ain(î  que  les  Cofmographes  l'enfeignent)  ne 
nous  voyons  pas  cheminans  fufp  en  dus  en  l'air, 
latefteen  bas,  ny  les  pieds  en  haut.  Certaine- 
ment c'eftchofemerucilleufedeconfiderer  que 
l'efprit  &  entendement  humain  ne  peut  attein- 
dre &  paruenir  à  la  vérité ,  fans  vfer  d'imagina- 
tion; &  d'autre  part  qu'il  luy  eft  impofïible  qu'il 
n'erre ,  6c  ne  faille ,  fil  fen  veut  totalement  ab- 
ftenir.  Nous  ne  pouuôs  comprendre  que  le  ciel 
(bit  rond ,  comme  il  l'eft ,  &  que  la  terre  foit  au 
milieu,  fans  l'imagination.  Mais  fi  cette  mefme 
imagination  n'eftoit  corrigée ,  6c  reformée  par 
la  raifon,  &  que  nous  renfuiuifîions  du  tout,  en 
fin  nous  nous  trouuerions  trompez.  D'où  nous 
pouuons  conclure  vne  expérience  aifeurec,  que 
en  nos  âmes  il  y  a  vne  certaine  lumière  ducieï, 
par  laquelle  nous  voyons  Se  iugeons ,  voire  les 
mefmcs  images  ,  &  formes  intérieures  qui  fe 


Hiftoire  naturelle 
prefententànous,  pour  les  cognoiftre ,  &par 
ceflc  mcfme  lumière  nous  approuuons  &r  rejet- 
tons  ce  que  l'imagination  nous  reprefente.  Et 
de  là  voit  on  clairement  comme  l'ame  rationel- 
leéft  par  deflus  toute  la  nature  corporelle  ,  & 
comme  la  force  &  vigueur  éternelle  de  la  vérité 
preiîde  au  plus  eminent  lieu  de  l'homme,  mef- 
nieon  recognoift  facilement  comme  cefte  lu- 
miere  fi  pure  eft  participante^  procède  de  cel- 
le première  &  grande  lumière  ;  que  qui  ne  fçait 
cela,  ou  qui  en  eft  en  doute,  nous  poauons  dire 
deluy,  qu'il  ignore,  ou  doute  fil  eft  homme,ott 
non.  Ainfifinous  demandons  à  noftre  imagi- 
nation ce  qui  luy  femble  de  la  rondeur  du  ciel, 
à  la  vérité  elle  ne  nousrefpondra  autre  chofe, 
finon  ce  que  dit  le  mefme  La&ance,  fçauoir  que 
fi  le  ciel  eft  rond,  le  foleil  &  les  eftoiiles  dc- 
.  uroient  tomber  lors  qu'ils  fe  meuuent ,  &  qu'ils 
changent  de  place,  &  f'efleuent  en  cirant  au  mv- 
dy.  Tout  de  mefmeque  fi  la  terre  eûoit  pendue 
en  Pair,  les  hommes  qui  habitent  en  l'autre  pat- 
rie d'icelle,  doiuent  cheminer  les  pieds  en  haut, 
&  la  tefte  en  bas,  &  que  les  pluyes  ne  tombent 
point  d'enhaut ,  mais  coulent  de  bas  en  amont, 
&  plusieurs  autres  monftruofitez  ridicules.  Mais 
fi  l'on  confulte  la  force  delà  raifon,  elle  fera  peu 
de  cas  de  toutes  ces  peintures  vaines,  &  fera  que 
l'on  n  efeoutera  non  plus  l'imagination,  qu  yne 
vieille  folle.  Maisauec  cefte  fienne  granité  & 
intégrité  ref[    idra  la  raifon,  queceftvn  er- 
reur fort  grand  de  fabriquer  en  noltre  imagina- 
tiontout  le  monde  en  la  façon  dvnemaifon, 
cnluy-donnant  pour  fondement  la  texte,  &1© 


^ , 

des  fades.  Liure  1.  tj 

cieî  pourtoicl:  &couucrture.  Et  dira  dauanta- 
gc ,  que  comme  aux  animaux  la  tefte  eft  la  par- 
tie la  plus  haute  &  la  plus  efleuee  (bien  que  tous 
les  animaux  n'ayent  pas  la  tefte  pofee  en  mefme 
fîtuation  ,  les  vns  l'ayans  au  plus  haut ,  comme 
l'homme*  les  autres  trauerfantes,  corne  hs  bre- 
feisj  les  autres  au  milieu ,  comme  les  fefchcs ,  ôc 
aragnees:  )  ainfi  le  ciel,  en  quelque  endroit  qu'il 
(bit,  eft  toujours  en  haut  ;  &  la  terre  ny  plus  ny 
moins ,  en  quelque  endroit  qu'elle  foit,  demeu- 
re tou/îours  en  bas.Parquoy  cftant  ainfi  que  no» 
ftre  imagination  eft  fondée  fur  le  téps  &  le  lieu, 
lefquels  elle  ne  peut  pas  mefme  comprendre  Ôc 
conceuoir  vniuerfellement,  mais  feulement  en 
particulier;  il  fenfùit  que  quand  on  la  veut  efle- 
uerà  la  confideration  des  chofes  qui  excédent, 
&furpaflent  le  temps   ôc  lieu  qui  luy  font  co- 
gneuz,  auflï  toft  elle  defehet,  ôc  ne  peut  bonne- 
ment fubfifter,  Ci  laraifonnelafouftient,  ôc 
foufleue ,  ôc  elle  ne  peut  bonnement  fe  tenir  en 
pied.  De  mefme  nous  voyons  que  fur  le  difeours 
de  la  création  du  monde  noftre  imagination  ex- 
trauague pour  chercher  vn  temps  auant  la  créa» 
non  d'iceluy ,  ôc  pour  fe  baftir  le  monde  elle  re- 
marque vnlieu:  mais  elle  ne  paiîe  pas  outre  à 
confïdercr  que  le  monde  pouuoit  eftre  fait  dV- 
ne  autre  façon;  corne  ainh  foit  neantmoins  que 
I  la  raifon  nous  appred  qu'il  n'y  a  point  eu  temps 
auant  qu'il  y  ayt  eu  mouuemet,  duquel  le  temps 
|  eft  la  mefure,  Ôc  qu'il  n'y  a  eu  aucun  lieu  aupara- 
|uantrvniuers,qui  comprend  ôc  contient  en  foy 
tout  lieu.  En  quoy  l'excellent  Philofophe  ArU 
ftotc  fatisfait  clairement ,  ôc  en  peu  de  paroles, 


fftfloire  naturelle 

à  iWurhent  qu'on  fait  contre  le  lieu  de  la  tèrf Ci 

Caydant  de  noftre  mefme  y  fage  d  imaginer,  lors 

*£*$' ïJe  qu'il  dit   &  aucc  vérité:  Quémande  cemejmeltet* 

«*«;.}.    2eUterreefîattmlie„o~<»ya*,  Ct ■,* ***** tlm V™ 

Me*tl™»»l«»>tan'tlus  ~'ft-ea"nhdS;  La4uclic 
refponfe  ayant  efté  alléguée,  &mife  enauant 
par  Ladanee  Firfnian,  luy-  mefme neantmoinS 
pafle  fans  la  débattre  fcconfuterd  aucune  rai- 
fon, fepaflant  de  dire  qu'il  ne  f'y  peutarrefter* 
pour  traitter  &  aduancer  d'autres  choies. 

De  la  caufe  fourquoy  faintt  Auguftïn  a  nié 
les  Antipodes. 
Chapitre    VIII. 
A  raifon  qui  ameufaincl  Auguftindé 
nier  les  Antipodes,  a  efté  bien  autre 
que  celle preaileguee,  comme eftant 
à'vii  entendement  plus  fublime-,  pour- 
ee  que  la  raifon  qu'auons  déduite  cy  deuant  (qui 
eft  que  les  Antipodes  chemineroient  au  rcuers) 
eft  deftruite  par  le  mefme  faine*  noéteur  en  ion 
liure  des  prédications,  par  ces  paroles:  Les  *n- 
tsfuguji.  U>  denstiennent queti terre  de tom  coïlel^eft en Us  y 0*  le 
uugonamm  eieipâr  Jgfa  :  um  raifon  decfiioy  les  ^i nttpdes  <p  ils  di- 
"*'  10'  m  Cent  tUmmer  m  contraire  de  nom  ,  ont  de  mefme  mm  le 
ciel  a»  dejfat  de  leurs  tefies.  Puis  donc  que  fai*ct 
Aueuftin  arecogneu  celaainfifivray-femb  a- 
ble;&  conforme  àbonnePhilofophie;  quelle 
fera  la  raifon,  dirons-nous,  pour  laquelle  vn 
perfonnage  fidotte  &fifuffifantqueluy,  aye 
efté  pouffé  d'enfuiure  l'opinion  contraire?  Pour 
€eruin  qu'il  en  a  tiré  le  motif  &  la  caufe,dcs  ens 


x.  tomo. 


é.es  Indes.  Liure  î.  ig 

Il  «ailles  de  la  facree  Théologie ,  félon  laquelle 
les  lettres  diurnes  nousenfeignent  que  tous  les 
hommes  du  monde  defeendent  d'vn  premier 
homme,  qui  fut  Adam.  Et  de  dire  que  les  hom-* 
mes  eufTent  peu  pafler  au  nouueau  monde  tra- 
uerfans  le  grand  Occean,  cela  fembleroit  in- 
croyable, &vnpurmenfonge.  Et  àlaveritcfï 
le  fuccez  &  expérience  de  ce  que  nous  auons 
veu  en  nos  fiedes,  ne  nous  euft  efclaircy  fur  ce 
point ,  l'on  euft  tenu  iufques  à  maintenant  ce- 
tte raifon  pour  bonne.  Maisencores  que  nous 
fçaehions  que  cefte  raifon  n'eft  pertinente ,  ny 
véritable ,  ce  neantmoins  voulons-nous  bien  y 
donner  refponfe ,  en  déclarant  de  quelle  façon, 
&  par  quel  chemin  le  premier  lignage  des  hom- 
mes peut patfèricy;  comment,  &  parquelen- 
droit  ilsvindrent  pour  peupler,  &  habiter  ce* 
Indes.  Or  parce  que  par  cy  après  nous  rrai&e- 
ronscefubjecl:  fortfuccin&emenc,  il  fera  bon 
d'entendre  pourleprefentcequecegrand  Do- 
cteur faind  Auguftin  difpute  fur  cefte  matière, 
aux  liures  de  la  Cite  de  Dieu ,  difant  en  ces  ter-  •£»  ï*<**.*. 
mes:  Ce  rieïl  point  chef? que  l'on  dôme  croire ,  ce  que 
quelques  vns  afferment ,  qu'il  y  a  des  antipodes ,  ces!  i 
dire ,  des  hommes  qui  habitent  de  C  autre  partie  de  la  terre , 
en  la  région  defquels  le  Joleil  fi  leue  lors  cr  au  temps  qu'il 

fe  couche  en  la  nojire,  ey  que  leurs  pas  {ont  au  rehurs,  er 


concluent  que  la  terre  e fiant  au  milieu  du  monde ,  <U 
toutes  parts  enuironnee  ,  çr  couuerpe  également  du 
ft/l,  nttcjfainmtnt  dois  eftrt  le  plus  bas  Im  ttUy  qui 


fîijloire  naturelle 

h  PÎHéifi  au  milieu  dutnonde.  Puis  après  ilcontinueëH 
cesjermesJafamcleEfcriture  n'erre,  nyfe  trompe  en  au- 
cune manière,  la  vérité  de  laquelle  eft  fi  bien  approuueee» 
ce  qu'elle  propofe  deschofes  qmfontpajfees,  Pour  autant  que 
ce  quelle  a  prophetifé  deuoir  adumir ,  eftde  point  en  point 
arriué,  comme  no*  levoyons.   Et  eft  chofe  hors  de  toute 
apparence,  de  dire  que  Us  hommes  ayent  peupajfer  dece 
cYntinenttcy,enl'autrenouueaumonde ,  ertrauer[erce- 
(temmenfitedela  merOcceane,  puis  que  à  ailleurs  il  Je 
trouue  impopible  que  les  hommes  ayent  paffè  en  ces  parties^ 
Il    efiant  chofe  certaine  que  ton  hommes  descendent  de  et 
premier  homme.  En  quoy  l'on  recognoift  que  tou- 
te la  difficulté  que  faine*  Auguftin  y  trouue  n  â 
point  eaé  autte  que  l'incomparable  grandeur 
^      nr      de  ce  large  Occean.  Saine*  Grégoire  de  Nazian- 
SfSÏÏ  zene  a  eu  la  mefme  opinion    afleurant ^cottinc 
rifimùmi.  chofe  fans  doute  )  que  parte  le  dcftroit  de  Gibal* 
tar,  il  eft  impoflible  de  nauiger  plus  outre  5>« 
fur  ce  fu  jet  eferit  en  vne  Tienne  epiftre  :  le  mac- 
corde  bien  auec  le  dire  de  Pmdare ,  qui  dit  que  paJJeCadi^ 
la  mer  efl  innanwable  aux  hommes.  Et  luy-  mefme  en 
loraifon  funèbre  qu'il  M  pour  fainél  Bafile* 
dit:  Qùilna  efié  permis  à  aucun  nautgeantlamer,  de 
paffer  le  defimt  deGibaltar.  Et  eft  véritable  que  ce 
partage  de  Pindare,  où  il  dit  :  Qu  il  efi  défendu  aux 
faes  er  aux  fols  de  feauoir  ce  qmeft  plut  outre  que  le  dé- 
ficit deGibaltar:  a  eftéprins  fcreceu  pour pro- 
uerbe.  AufiT  voyons-nous  par  l'origine  de  ce 
prouerbe,  combien  les  anciens  fe  font  fichez  & 
arreftez  obftinément  fur  celle  opinion,  comme 
auffi  par  lesliures  des  Hiftoriographes  &  Cof- 
mographes  anciens,  que  la  fin  &  borne  de  hM 
terre  aefte  mife  en  Cad»  d'Efpagne,  ouilsfa-  , 
-    —  —  brujuent   ! 


des  Jndes.  Liure  I.  jy 

&  limites  de  l'Empire  Romain,îà  ils  dépeignent 
les  limites  du  monde.  Et  non  feulement  les  let- 
tres prophanes  en  parlét  de  celte  façô,  mais  auf- 
fi  ks  fain&es  Efcritures  pour  s'aecômoder  à  no« 
ftre langage,difen.r  que,  L'tâtft  d'^ugufte  Cefirfut 
fubliéyafin  f*e  tout  le  mode  fut  enregtfiré:&c  d'Alexan- 
dre le  Grand  rqû'U  eftenditfon  Empire  iufques  aux  fins 
CT  limites  de  L  terre.  Et  en  autre  endroit  ils  difent 
que  ÏEuAtigile  *  fructifie  &*  creuentoutle  monde  vni~ 
uerfeLQzx:  la  faincle  Efcriture  par  vn  ftyîe  qui  luy 
eft  commun,  appelle  tout  Je  monde  ce  qui  eft  la 
plus  grade  partie  d'iceluy,  ôc  qui  iufqu'auiour- 
d'huy  a  efté  defcouuert  &cogneu.Et  ont  igno- 
ré les  anciens,que  la  merde  l'Inde  Orientale.ny 
cette  autre  de  rOccidentale,peuft  eftre  nauigee ; 
en  quoy  ils  fe  font  generaiemét  accordez.Pour 
raifondequoy  Pline  eferit  comme  chofecertai-  plln- 
ne,que  les  mers  qui  font  entre  deux  terres,nous  *7° 
ôftét  Tentiere  moy tié  de  la  terrehabitabletpour- 
ce  (dit-il)  que  cTicy  nous  ne  pouuons  aller-là,ny 
de  là  non  plus  venir  icy.  Et  finalement,  Tulle, 
Macrobe,  Pomponie  Mêle,  &  les  anciens  efl 
uains  ont  cefte  mefme  opinion. 

De  l'opinion  d'Ariflote touchât  le  nouueau  mon- 
de ,  &  Ce  qui  Va  deceupour  luy  faire  nier. 
Chapitre    IX, 

Vtre  toutes  les  raifons  fufdi&es,  ilf 
en  a  eu  vne  autre ,  pour  laquelle  mef- 
me les  anciens  furent  efmeuz  à  croire 
qu'il  eftoit  impoffible  aux  hommes  de 
paner  en  ce  nouueau  monde.  C  eft  qu'ils  tenoiér 

G 


,i.ta${ 


f/îfloire  naturelle 

qu'outre  l'immenfité  &  grandeur  de  rOccean, 
la  chaleur  de  la  région  que  l'on  appelle  Torn- 
deoubruflee  ,  eftoit tant exceffiue,  qu'elle  ne 
pouuoit  permettre  aux  hommes ,  quelques  ha- 
sardeux &  laborieux  qu'ils  Ment ,  de  la  pafler, 
ny  par  mer,ny  par  terre,pour  trauerfer  d'vn  Po  - 
le  à  l'autre.  Car  iaçoit  que  ces  Philofophes  ayen  t 
eux-mefmes  affermé  que  la  terre  eftoit  ronde 
(comme  en  effed  elle  l'eft  )  &  que  fous  les  deux 
Pôles  y  a  terre  habitable:  ce  neantmoins  ont-ils 
mefcogneu,  que  la  région  comprenante  tout  ce 
quieft  entre  les  deux  Tropiques  (qui  eft  la  plus 
grande  des  cinqZones  ou  regions.par  iefquelles 
les  Cofmographes ,  &  Aftrologues  diuifentle 
mondeWuteftre  habitée  de  l'humain  lignage. 
La  raifon  qu'ils  donnoient  pour  fouftenir  que 
cefteZonetorride  eftoit  inhabitable,  eftoità 
caufe  de  l'ardeur  du  Soleil,  lequel  fait  fon  cours 
droittement  par  defliis  celle  région ,  &  s  en  ap- 
proche de  fi  près ,  quelle  en  eft  totalement  em- 
brafee  ,  &par  confequent  iuy  cauie  vnderaut 
d'eaucs  &c  de  pafturages.    Decefte  opinion  a 
efté  Ariftote,  lequel  encore  qu  il  fuft  grand  1  hi- 
•     lofophe5neatmoins  s'eft  trompé  en  cet  endroit, 
pourl'efclarciiTement  dequoy  il  fera  bon  de  di- 
re &  remarquer  les  points  où  il  a  bien  dilcou- 
1*9*-     ru  &lesautresoùilafailly.CePhi4ofophedoc 
Metath.cs.  metenauant  vnedifputefur  le  vent  Méridio- 
nal, ou  du  Sud ,  à  fçauoir  fi  nous  douons  croire 
qu'il  prenne  fa  naiffance  du  Midy ,  ou  bien  de 
Tautre  Pôle  contraire  auNort,  &efcnt  en  ces 
termes.  Umfon  mm  en  feigne  que  U  Umude  (T  Ur- 
gent de  U  terre  UUMe ,  eft  bornée  V  déterminée ,  O*, 


des  Indes.  Liure.   I.  ig 

'nuHtrmms  toute  cefte  terre  habitable  ne  peutcftre  ton* 
teinte  CT  commuée  L'vne  a  l'autre;  pour  autant  que  la  re~ 
gion  au  milieu  *ft  trop  wtemperee.    Car  il  eft  certain  que 
enfaltngitude,  qui  eft  d l'Orient  au  P-nent ,  il  n'y  «point 
de  trop  grand  frotdjiy  d'exceftiue  chaleur ,  mais  il  eft  enfk 
latitude  cr  hauteur ,  qui  efî  d'vn  Pelé  a  la  ligne  Equiw- 
cliale.    Et  par  amfi  pourroit-on  cheminer  çr  trauerfer 
toute  la  terre  en  fi  longitude,  ji  la  grandeur  de  la  mer  ,  la  - 
quelle  comoint  les  terres  enfimbUment ,   ne  dmnôit  empefi 
chement.  Iufques  icy  il  n'y  a  rien  a  contredire  en 
ce  que  dit  Ariftote,  8c  a  fort  bonne  raifon  de  di- 
re que  la  terre  par  fa  longitude,  qui  eft  d'Orienc 
au  Ponent ,  court  plus  vniment,  &  eft  toujours 
plus  commode  à  la  vie  &  habitation  humaine, 
que  non  pas  par  fa  latitude,  qui  eftduNortau 
MidyXe  qui  eft  véritable,  non  feulement  pour 
cefte raifon  fufdite  d'Ariftote ,  à  fçauoir pource 
qu'ilyavnemefme  &toufiours  femblable  te- 
perance  du  Ciel,  de  l'Orient  au  Ponent:  attendu 
qu'elle  eft  efgalement  diftante  ,  &  du  froid  Cep- 
tentrional ,  &  de  la  chaleur  du  Midy:  Mais  aufti 
pour  vne  autre  raifon,  qui  eft  qu'en  allât  &  che- 
minant toujours  en  longitude,  Ton  trouue&: 
apperçoit-on  hs  iours  &les  nui&s  fuccedans 
lesvns  aux  autres  alternatiuement.  Ce  qui  ne 
peut  eftre  en  allant  par  la  latitude  ;  d'autant  que 
parneceffitéilferok  befoind'arriuer  iufquesà 
cefte  regio  polacque,en  laquelle  il  y  a  nuidt-  con- 
tinuelle de  lîx  mois,  chofe  grandement  incom- 
mode pour  la  vie  humaine  .Le  Philofophe  patf© 
plus  outre ,  reprenant  les  Géographes ,  qui  def« 
criuoient  la  terre  en  fou  temps  ,  &  dit  ainfa 
Von  peut  bien  cognoiftrt  ce  que  ïay  dit ,  par  les  chemins 

C  ij 


Il 


Hiflc 


itjloire  naturelle 

que  Von  peut  fore  par  terre,  CT  par  les  nauigations  mAritU 
mes.  Car  il  y  a  grande  différence  entre  la  longitude,  0*  U 
latitude,  d'autant  que  l'efpace  £T  interna  lie  qui  efi  de- 
puis les  colonnes  d' Hercules  you  defiroit  de  Gibaltarjufquef 
à  ïlnd*  Orientale ,  excède  de  la  proportion  déplus  de  cinq  À 
trois ,  celle  qui  eft  depuis  l'Ethiopie  ,  iufques  au  lac  Meotis 
CT  derniers  confins  deScythiei  ce  qui  efi  approuué  parle 
compte  des  tournées  des  chemins  y  O"  delà  nauigation  que 
nomfcauorys  aprefent  par  la  mejme  expérience.    D'autre 
partout  auons  aufst  cognoijfance  de  la  terre  habitahle ^iuf- 
ques aux  parties  ficelle,  qm font  inhabitables.  Et  certes 
en  ce  point  Ton  doibt  pardonner  à  Ariftote,  i 
puis  que  de  Ton  temps  l'on  nauoit  point  encore 
defcouuertplus  outre  que  la  première  Ethio-  , 
pie  appellee  extérieure,  qui  eft  ioignat  l'Arabie,  I 
ôc  l'Afrique j  &  que  l'autre  Ethiopie  intérieure  a  j 
efté  totalement  incogneue  de  fon  temps  ,  mef-  j 
me  toute  cefte  grande  terre  que  nous  appelions  j 
auiourd'huy  la  terre  de  Prete-Ian.  Comme  aufîî 
n'ont  point  eu  cognoiffance  du  refte  de  la  terte  j 
qui  gift  foubs  l'Equinoxe,  &  va  courant  iufques 
à  outrepaiTer  le  Tropique  de  Capricorne ,  pour 
s'arrefterau  Cap  de  bonne  efperance,  fi  bien  | 
cogneu  &  renommé  par  la  nauigation  des  Por- 
tugais; que  fi  l'on  mefure  la  terre  depuis  ce  Cap 
iufques  à  la  Scy thie  &  Tartarie,il  n'y  a  point  de 
doubte  que  cefte  efpace  &  latitude  fetrouue- 
ra  auiïï  grande  comme  l'efpace  &  la  longitude  j 
qui  eft  depuis  Gibaltar  iufques  à  l'Inde  Orien-I 
taie,  C'eflchofe  certaine,  que  les  anciens  n'ont 
point  cogneu  les  commencemens  &fourcesdu 
Nil,  ny  la  fin  de  l'Ethiopie-,  ôc  pour  cela  Lucain 
reprend  la  euriofité  de  Iules  Cefar,  de  vouloir 


■i 


Xucan.io. 
PharfaU 


des  Indes,  Liure  l.  19 

rechercher  &  enquérir  lafourcedu  Nil,  difane 
par  ces  vers. 

Que  te  fin-  Humain,  de  prendre  tant  de  peine 
^rechercher  du  Nil  les  faunes  çr  fontaines? 
Et  le  mefme  Poète  parlant  auec  le  Nil ,  dit: 
Fuis  que  ta  prime  fource  efi  fi  cachée  encer, 
Que  qui  tufiis,  o  Nil,  tous  l'vniuers  ignore. 

Mais  par  la  faincte  Efcriture  mefme  l'on  peue 
entendre  que  cefte  terre  eft  habitable.  Car  fî 
elle  ne  l'efloit,  le  Prophète  Sophonias  nedw 
roit,parlantdeces  nationsappellees  à  l'Euan- 
gik:  Les  fils  de  mes  dipr/e^zmû  appelle-il  ks  Apo- 
&lts)m  apporteront  des  prefens  de  plus  outre  que  les  nua- 
ges d'Ethiopie.  Neantmoins,commeilaeftédit, 
il  eft  raifonnable  de  pardonner  au  Philofophe 
d'auoir  creu  les  hiftoriens,  &  Cofmographes 
de  fon  temps.  Pourfuiuons  donc  maintenant, 
&  examinons  ce  qui  s'enfuit  du  mefme  Arifto-  Sophx.^ 
te.  Fne  partie  du  monde  (dil-il)  qui  efi  la  fepteatfio- 
nale,fitueeauNort  outre  la  Zone  tempérée ,  eft  inhabita- 
ble pour  ïexce\de froidure  :  l'autre  partie ,  qui  efi  au  mi- 
dy  ,  de  mefme  ne  peut  efîre  habitée  outre  le  Tropique ,  pour 
iexcefiiue  chaleur  qui  y  ett.  Mats  les  parties  du  monde 
fintergifint outre  ïlnde,  d'vncofté,  <Lr  les  coulomnes 
d Hercules  de  l'autre ,  pour  certain  nefepeuuent  iomdre, 
<T  continuer  Vvne  à  l'autre:  de  telle  façon  que  toute  U  ter- 
re habitable fe  tienne  en  wfeul  continent  a  caufe  de  la  mer 
qutlesfepare.  En  ce  dernier  poind  il  dit  la  vérité, 
puisilpourfuittouchant  l'autre  partie  du  mon- 
de ,  &  dit  :  //  efi  neceffaire  que  la  terre  aye  mefme pro* 
tyrtkn  weefon  Pjle *Am*rftiqueyque ceflenoslre partit 

G  iii 


Hiftoire  naturelle 

hxhiuhle*  duec  le  fie*,  qui  efl  le  mrt ,  &"?}*  point  de 
doute  cm  en  l 'autre  monde  toutes  chofes  doiuent  eftre  difpo- 
fées  comme  en  ceïluycy.ffecialeméi  en  U  naiffance  cr  or- 
dres des  vents. Et  après  auoir  mis  en  auant  d'autres 
raifons  hors  de  propos ,  conclud  le  mefme  An- 
ftote,difant:  Nous  douons  donc  confefîerparnecefitte, 
que  le  Méridional  efl  le  mefme  vent  qui foufjle,£r  procède 
de  cefte  regw  embrafee  de  chaleur:  laquelle  région  four  eftre 
fort  proche  du  S  oleil.de faut  €T  manque  Xemx,  erdepa- 
ffura?es.Cccy  eft  l'opinion  d' Ariftotc ,  &  à  la  vé- 
rité ,  l'humaine  conie&ure  à  grand  peine  a 
peu  pafler  plus  outre.    D'où  fouuentesfois  le 
viens  à  considérer  ,  (  par  vne  contemplation 
Chreftienne)  combien  débile,  &  petite  a  cite 
laPhilofophie  des  fages  de  ce  iicclc,  en  la  re- 
cherche des  chofes  diuines ,  puifque  mefme  aux 
chofes  humaines,  où  ils  femblent  fi  bien  ver- 
fez,ils  ont  rnaintefois  erré.Ariftote  eft  d  opinio, 
&  afferme  que  la  terre  habitable  au  Pôle  An- 
tarctique en  longitude  eft  trei-grande,  qui  eft 
d'Orient  au  Ponent ,  &  qu'en  latitude  du  Pôle 
Antarctique  à  la  ligne  equinoctiale  elle  eft  très- 
petite.  Ce  qui  eft  fi  conrraire  à  la  vérité,  que 
toute  l'habitation  prefque  qui  eft  en  ce  cofte 
du  Pôle  Antardique  ,  afafituation  en  la  latitu- 
de ,  (  i'entens  du  Pôle  à  la  ligne ,  )  &  en  la  longi  - 
tude  d'Orient  au  Ponent  eft  tant  petite,  que  la 
latitude  l'excède  trois  parts,  voire  dauantage. 
L'autre  opinion  eft  ,  qu'il  afferme  que  la  ré- 
gion du  milieu  eft  du  tout  inhabitable ,  pour 
eftre  fous  la  Zone  Torride  embrafee  de  lex- 
ceffiue  chaleur  que  luy  caufe  la  prochainete 
iu  Soleil,  &  par  cefte  raifon  na  point  d  eaux» 


des  fndes.  Liure  I.  20 

nyde  pafturages,  Ce  qui  eft  au/Il  tout  au  con- 
traire, d'autant  que  la  plus  grande  part  de  ce 
nouueau  monde  eft  fltuee  entre  les  deux  Tro- 
piques fous  la  m  efme  ZoneTorride:  &  neant- 
moins  fe  trouue  fort  peuplée, &  habitée  d'hom- 
mes, &  d'autres  fortes  d'animaux,  eftant  la  ré- 
gion la  plus  abondante  de  tout  JYniuers  en 
eaiies  &  pafturages  :  &  qui  plus  eft,fort  tempé- 
rée en  laplus  grande  partie.  Ce  que  la  volonté 
de  Dieu  a  difpofé  de  telle  façon,  afin  démon- 
flrer  comme  mefme  aux  chofes  naturelles  il  a 
renuerfé& confondu  lafagefTe  decefiecle.  En 
refolution  il  faut  croire  que  la  Zone  Torride 
eft  fort  bien  peuplée  &  habitée,  quoy  que  les 
anciés  l'ayent  tenu  pour  chofe  impofîible.  Mais 
l'autre  Zone  ou  région  ,  qui  eft  entre  la  Torri- 
de&laZone  du  Pôle  Antarctique,  encore  que 
en  fon  afliete  elle  foit  fort  commode  pour  la 
vie  humaine  ,  ce  neantmoins  eft  peu  peuplée 
&  habitée,  puis  que  l'on  ne  cognoift  autre  ha- 
bitationenicelle,  que  le  RoyaumedeChiilé,&: 
vne  petite  portion  ioignant  le  Cap  de  bonne  ef- 
perance.  Lerefte  eft  occupé  de  la  mer  Occea- 
ne,  bien  que  plufîeurs  foient  d'opinion  (  la- 
quelle ie  veux  bien  enfuiure  de  ma  part)  qu'il 
y  a  beaucoup  dauantage  de  terre  >  non  encore 
defcouuerte  ,  laquelle  doit  eftre  terre  ferme  à 
l'oppoiitedu  Royaume  de  Chilié,  qui  va  cou- 
rant plus  outre,  que  le  cercle  ou  Tropique  de 
Capricorne.  Que  s'il  y  en  a,  fans  doute  ce  doit 
eftre  vne  terre  d  excellëte  teperature,pour  eftre 
au  milieu  des  deux  extremitez,&  fîtuee  en  mef- 
me climatique  la  meilleure  région  de  l'Europe, 

C  iiij 


ffiftoire  naturelle 
Et  pour  cefte  confédération  eft  fort  bonne  k 
çonie&ure  d' Ariftote:  mais  parlant  de  ce  qui  eft 
auiourd'huy  defcouuert ,  ce  qui  eft  en  cefte  Zo- 
ne eft  peu  de  chofe ,  en  comparaifon  de  la  gran- 
de efpace  de  terre  habitée  eilenduë  fous  la  Zone 
Torride. 


Plia  lib.  l.c. 


9  ne  Pline  &  les  anciens  ont  en  la  mefme 
opinion  qtt  Ariftote. 

Chapitre  X. 

'Opinion  fufdi&e  d' Ariftote  a  efté 
fuiuie&  tenue  par  Pline,  qui  dit 
ainfi:  La  température  de  la  région 
du  milieu  du  monde  ,  par  où  &  à 
:,  l'endroit  de  laquelle  continuelle- 
ment chemine  le  Soleil,  eft  embrafee  &  bruftee 
comme  dVn  feu  prochain,  ioignât  icelle  région 
du  milieu.  Il  y  en  a  deux  autres  aux  deux  coftez, 
qui  pour  eftre  entre  l'ardeur  de  cefte  Torride,& 
le  froid  cruel  des  deuxautres  extrêmes.,  font  fort 
temperees,&ne  peuuent  auoir  communication 
les  vncs  auec  les  autres,à  caufe  de  l'ardeur  excef- 
fiue  du  Ciel. Qui  a  efté  la  mefme  opinion  des  an- 
ciens,generalement  d'efcrite  par  le  Poète  en  ces 

vers. 
Tmtle  Ciel  efi  circuit  de  cinq  Zones  dont  l'vne 
Que  vhebm  ardtoujiours  d'vnebmXe  importune, 
Rend  la  terre  au  de  fus  toute  rougi  d! ardeur. 

ÏEtle  mefme  Poète  en  autre  lieu, 
Oye\fi  ftdjue  gent  habite  en  celle  fart, 


des  Indes.  Liure  L  21 

Qui  fim  la  large  l^one  a  fin  quartier  à  part, 
Que  Phœbus  au  milieu  des  quatre  autres  allume, 
;;  Et  vn  autre  Poète  dit  plus  clairement: 
il  y  a  fur  la  terre  autant  de  régions  y 
Comme  au  ciel  qu'on  diuife  en  ces  cinq  portions  ? 
Dont  celle  du  milieu  par  l'ardeur  excitée 
Des  chauds  rais  dufôled,  efi  toute  inhabitée. 
Les  anciens  ont  fondé  leur  opinion  commune 
fur  vne  raifon  qui  leur  a  femblé  cerraine  ^in- 
expugnable: carvoyans  quêtant  plus  vne ré- 
gion apprôchoit  duMidy,  tant  plus  elleeftok 
chaude  (laquelle  preuue  eft  iî  certaine  en  cds  ré- 
gions ,  que  pour  cette  mefme  raifon ,  en  la  Pro- 
uince  d'Italie  la  Pouilk  eftplus  chaude  que  la 
Tofcane;  &enEfpagne,  l'Andalufie  plus  que 
la  Bifcaye  j  chofe  fi  apparente ,  que  iaçoit  qu'il 
n'y  ait  point  de  différence  entre  l'vne  ôc  l'autre 
de  plus  de  huiét  degrez ,  Se  encores  moins,  on 
void  que  l'vne  eft  fort  chaude,  &  l'autre  au  con- 
traire, bien  froide.  De  là  ils  inferoient  que  la  ré- 
gion il  proche  duMidy,  ayant  le  foleil  droiét 
pourZcnithjneceffairement  deuoit  eftre  conti- 
nuellement embrafee  de  chaleur,  llsvoyoienc 
dauantge,  que  toutes  lesdiuerfîtezdesfaifons 
de  l'année, du  Printemps,  de  l'EftéVde  l'Autône, 
&  de  l'Hyuer,  eftoient  caufees  de  l'approchemér 
&  efloignemét  du  foleil.  Voyans  auilï  que  com- 
bien qu'ils  fuffent  fort  eiloignez  du  Tropique, 
par  où  chemine  le  foleil  en  Elle,  ce  neantmoins 
lors  qu'il  f  approchoit  d'eux  en  la  mefme  faifon, 
ils  fentoient  de  terribles  chaleurs,  ôc  de  là  ils  iu- 
geoient  que  fris  eufTent  eu  le  foleil  fi  proche 
d'eux,  qu'il  cheminait  au  delTus  de  leurs  telles, 


Hifioire  naturelle 

&  tout  le  long  de  la  nuée  la  chaleur  feroit  tant 
infupportable,  que  fans  doute  elle  confumeroit 
&embraferoit  les  hommes  par  fon  excès.  C  a 
cfté  la  mcfmc  raifon  qui  aclmcu  les  anciens  à 
croire  que  la  région  du  milieu  neftoit  point  ha- 
bitable, fcpour  cela  l'appelierent-ils  la  Zone 
bradante.  Et  à  la  vérité  fi  l'expérience  oculaire 
que  nous  en  auons,  ne  nous  euft  efclarcis  fur  ce 
point,  nous  dirions  aujourd'huy  que  cette  rai- 
fon eftoit  fort  peremptoire ,  &  Mathématicien, 
ne  ;  d'où  nous  pouuons  voir  combien  foible  elt 
noftre  entendement,  pour  comprendre  feule- 
ment ces  chofes  naturelles.  Mais  ores  que  nous 
pouuons  dire  qu'il  eft  efcheu  au  grand  heur  & 
félicité  de  noftre  fiecle ,  d'auoir  la  cognoiilance 
de  ces  deux  grandes  merueilles,  à fçauoir que 
Ton  peut  fort  facilement  nauigcr  la  grande  mer 
Occeane,  &  que  fous  la  Zone  lorride  les  hom- 
mes iouy fient  dVn  ciel  fort  tempéré  (choie  que- 
les  anciens  n'ont  peu  iamais  croire.  )  De  la  der- 
nière de  ces  deux  merueilles,  touchant  la  quali- 
té &  habitation  delaZoneTorride,  nous  en 
traitteronsaueçrayde  de  Dieu  fort  amplement 
au  liure  enfumant.  Etpource  mefembie  con-J 
uenahle  de  difcoutir.cn  ce  liure  de  1  autre,  qu« 
eft  de  la  manière  de  nauiger  l'Occean  ,  d  autand 
que  cela  nous  importe  beaucoup  pour  le  fujecï 
de  cet  œuure.  Mais  auant  que  de  venir  a  c^ 
roinct ,  il  fera  bon  de  dire  ce  que  les  anciens  onj 
tenu  de  ces  nouueaux  hommes,  que  nous  appel! 
Ions  Indiens. 


des  Indes.  Dure  I. 


zz 


Sue  ton  troune  quelque  cognoiffance  de  cenou^ 
ne  au  monde ,  dedans  les  Hures  des  anciens. 

Chapit.^e\XÏ. 

Eprenant  donc  Ce  qui  a  efté  mis  en 
anant  cydeiTus,  il  tau  t  n\e  ce  lui  re- 
nient conclure^  ou  que  les  anciens  p^t  g     ^ 
ont  creu  qu'il  n'y  auoit  homes  par^.#  philof. 
delà  le  Tropique  de  Cancer,  corne  cap.  n. 
S.  Auguitin  &  Lactance  Font  tenu;  ou  que  f'il  y 
en  auoit,  à  tout  le  moins  ils  ri habitoient  pas  en- 
tre les  deux  tropiques  (  corne  Tont  affermé  Ari- 
ftote  &  Pline,  6c  deuant  eux  le  Philofophe  Par- 
menides)  dont  le  contraire  eft  a(ïez  prouué cy 
deuant,  tant  pour  l'vn  que  pour  l'autre.  Mais  ce- 
pendant plusieurs  par  curiofitépourroient  de* 
mander,  iï  les  anciens  n  ont  eu  aucune  cognoif- 
fance  de  cède  vérité,  qui  nous  eft  àprefentfi 
claire  &  fi  notoire-,  d'autant  qu'à  la  vérité  cela 
femble  vne  chofe  fort  eftrange,  que  ce  nou- 
ueau  monde  eftant  fi  grand,  comme  nous  le 
voyons  oculairement,  aytefté  neantmoinsin- 
cogneu  des  anciens,  par  tant  de  ftecles  paft'ez. 
D'où  quelques- vns  aujourd'huv,  pretendans 
amoindrir  en  cet  endroit  la  félicité  de  noftre 
fiecle,  &  la  gloire  de  noftre  nation,  f'eftorcent 
de  monftrer  que  ce  nouueau  monde  a  efté  co- 
gneu  des  anciens.  Et  de  fait  l'on  ne  peut  pas  nier 
qu'il  n'y  en   ayt  quelques  apparences.  Sainét 
Hicrofme  efcriuant  fur  l'epiftre aux  Ephefiens, 
dit  :  ^uecqnes  raifort  mm  recherchons  ce  que  veut  dire  filer,  fup  c. 
l'^peflre  en  ces  paroles  au\l  ait  :  Km  mil  chemine  *»  ^  £i)hef' 


'^pofire  en  ces  paroles  f 


Hijioire  naturelle 

*vn  temps  filon  le  cours  de  ce  monde ,  fiauoir fi £ Udutnturi 
%l  nom  veut  faire  entendre  qu'il  y  ayt  vn  autre  fiecle ,  qui 
nefôity  ny  dépende  point  de  ce  monde ,  mais  d'autres  mon- 
des, defqucls  efcrit  Clément  enfin  epiflre,  ÏOccean ,  O*  lu 
mondes  qui  font far  delà  ÏOccean,  Ce  font  les  termes 
de  faind  Hierofme.  Mais  à  la  vérité  ienepeui 
trouuer  quelle  epiftre  foit  celle  de  faind  Clé- 
ment que  cite  faind  Hicrofmq  neantmoinsfans 
doute  ie  ctoy  que  faind  Clément  Ta  efcrite,pui| 
que  faind  Hierofme  Tamis  en  auant.  Etauec  l 
raifon  dit  faind  Clément ,  que  par  delà  la  met  G 
Qcceane  il  y  a  vn  autre  monde  \  voire  plufîeurM 
mondes,  comme  c'eft  la  vérité,  puis  qu'il  y  a  $1 
grande  diftance  d'vn  nouueaumondeàl'autrlj 
nouueau  monde  (  j'entends  dire  du  Peru  Ôc  de*  ) 
Indes  Occidentales,  à  la  Chine  &  Indes  Orien-  [ 
taies.)  Dauantage,  Pline  qui  a  efté  fi  diligent  r  J| 
chercheur  des  chofes  eftranges&  admirables^ 
rapporte  en  fon  hiftoire  naturelle, que  Hannon' 
Capitaine  Carthaginois  nauigea  parTOccean,' 
depuis  le  deftroitdeGibaltar,  coftoyant  touf- 
iours  la  terre,  îufqucs  aux  confins  d'Arabie ,  & 
qu'il  laiiFa  par  efcrit  cefte  fîenne  navigation. qu$| 
f'ileft  ainfi  comme  Pline  l'efcrit,  il  fenfuit  quç 
Hannon  nauigea  autant ,  comme  nauigent  auJ 
jourd'huy  les  Portugais,  trauerfans  deux  fois  pan 
deflous  l'Equinoxe,  qui  eftjvne  chofe  efpoiw 
uentable.  Et  qui  plus  eft,  le  mefme  Pline  rap- 
porte de  Corneille  Nepueu  autheur  fort  graue. 
&  dit  que  le  mefme  chemin  a  efté  nauigé  par  vnj 
autre  homme  ,  appelle  Eudaxius ,  toutefois  paij 
chemins  contraires  i  d'autant  que  cétEudaxiu* 
fiiiuant  le  Roy  des  Latyres,  fprtit  par  la  mcij 


des  Jndes.  Liure  I.  23 

rouge  dans  l'Occean ,  &  en  tournoyant  paruint 
iufqu'au  deftroitde  Gibaltar;  cequelemefme 
Corneille  Nepucu  afferme  eftre  aduenudefoit 
temps.  Comme  auffi d'autres  autheurs  graues 
efcriuent  qu'vnnauire  de  Carthaginois  poulie 
par  la  force  des  vents  dans  la  mer  Occeane ,  ar- 
riua  en  vne  terre  qui  iufques  à  ce  temps  n'auoit 
efté  cogneu ,  &  qu'eftant  de  retour  à  Carthage, 
donna  vn  grand  defir  &  enuie  aux  Carthaginois 
dedefcotmrir,  &  peupler  cette  terre  j  ce  que  le 
Senatvoyant,  par  vn  rigoureux  décret  dépen- 
dit telle  nauigation,  craignant  qu'auec  le  defir 
de  nouuelles  terres  l'on  delaiflaft  à  aymerfon 
pays.  De  tout  cecy  on  peut  tirer  que  les  anciens 
ont  eu  quelque  cognoifTance  du  nouueau  mon- 
de, encores  que  parlant  de  noftre  Amérique,  ôc 
de  toute  cefte  Inde  Occidentale  ,  à  peine  en 
trouue-t'on  chofe  certaine  es  Hures  des  Efcri- 
uains  anciens.  Mais  de  l'Inde  Orientale,  ie  dis 
qu'il  y  en  a  allez  ample  mention ,  non  feuleméc 
de  celle  de  par  delà,  mais  aufli  de  celle  de  par  de- 
çà, qui  anciennement  eftoit  la  plus  elloignee, 
pource  qu'on  y  alloitpar  contraire  chemin,  que 
celuy  qu'on  fait  aujourd'huy.  Pourquoy  n'eft  il 
pas  ayfé  detrouuer  auxliures  anciens  Maîaça, 
qu'ils  appelloicnt  le  doré  Cherfonefe-  le  Cap  de 
Comorni,  quif'appelloitle  PromôtoiredeCo- 
rij  &  la  grande  &  renommée  Ifle  deSumatre, 
tant  célébrée  par  l'ancien  nomdeTaprobane? 
Que  dirons-nous  des  deux  Ethiopies,  des  Brach- 
manes,  &  delà  grande  terre  des  Chinois?  Qui 
doute  qu'aux  liures  des  anciens  il  n'en  foit  faite 
mention  plwfieurs  fois  ?  Mais  des  Indes  Occi- 


rUn.  n.  g, 


$en.  in  Aie- 
dea  au.  1, 
%n  fins. 


Hifioire  naturelle 

dentales  nous  ne  trouuons  point  dedans  Phne 
qu'en  cefte  nauigation  l'on  pafiait  les  Mes  CaJ 
naries,  qu'il  appelle  Fortunées  ,  la  principalJ 
defquelles  il  dit  auoir  elle  nommée  Canari  J 
pour  la  multitude  des  chiens  qui  eftoient  enj 
icelle.  Mais  à  peine  il  y  a  aucune  apparence  aui 
liures  anciens  de  la  nauigation  que  Ion  fait  auj 
jourd'huy  plus  outre  que  les  Canaries ,  par  \j 
golphe,  qu'auecfort  bonne  raifon  ils  appelloiéc 
grand.  Ceneantmoins  beaucoup  ont  opinion 
que  Seneque  le  Tragique  a  prophetifé  de  <r 
Indes  Occidentales,  parce  que  nous  lifons  en 
tragédie  de  Medee,  enversAnapeftiqucs,  q 
réduits  en  vers  François,  difent  ainfi  ; 
//  viendra  fur  le  dernier  aage 
}rn  ftecle  nouueau  bien-heureux y 
Ou  nojire  Gccean  jfacieux 
.    Eflendra  fins  loing  [on  nuage, 
r ne  grand"  terre  fe  verra, 
filauigeant  cefte  mer  profonde, 
Et  lors  vn  autre  nouueau  monde 
sAux  humains  fe  defcouunra. 
La  Tuîlee  far  tout  renommée 
Tour  vn  bout  du  monde  eflotgne  9 
Tantoft  afres  ce  foinft  gagné  , 
Sera  four  voifme  contrée. 
Cecy  raconte  Seneque  en  ces  vers,  &  ne  po 
uons  bonnement  nier  que  la  prenant  à  la  letti 
fa  predi&ion  ne  foit  véritable  :  car  fi  l'on  con 
les  longues  années  qu'il  dit,  à  commencer  dés 
temps  du  Tragique,  l'on  trouuera  plus  de  mil 
&  quatre  cents  ans  partez,  &  fi  c  eft  dés  le  temps 
de  Medee ,  il  y  en  aura  plus  de  deux  nul.  Ce  que 


■ 


des  Jndes.  Liure  1.  24 

nous  voyons  aujourd'huy  à  veiie  d'ceil  telle- 
ment accomply,  veu  qu'il  n'y  a  point  de  doute 
que  l'on  n'aye  trouué  lepaflage  de  l'Occean  fî 
long  temps  caché ,  &  que  l'on  a  defcouuert  vne 
grande  terre  &  nouueau  monde  habitée,  plus 
grande  que  tout  ce  ccntine^r  de  l'Europe.  Ôc  de 
l'Afie.  Mais  ce  que  loupent  en  cela  raifonna- 
blement  difputer ,  efty  à  fç/àuoir  fi  Senéque  a  dit 
cela  par  diuination5ou  fi  c'a  eflé  poétiquement, 
&  à  la  volée.  Et  pour  en  dire  mon  opinion,  1e 
croy  qu'il  l'a  prognoftiqué  auec  la  façon  dedz- 
uiner  qu'ont  les  hommes  fages  ôc  aduliez  ;  at- 
tendu qu'en  Ton  temps  on  entreprenoit  délia  de 
nouuelles  nauigations  &c  voyages  par  mer. Il  co- 
gnoiiïbit  bien  aufïî  comme  Phijofophe,  qu'il  y 
auoit  vne  autre  terre,  contraire.^  ^ppofitea 
nous,  qui  eftoit  celle  qu'ils  appellent  Antich- 
thon.  Et  par  ce  fondement  il  a  peu  confiderer 
que  la  hardiefie  &  induftrie  des  hommes  en  fin 
pourroit  atteindre  iufques  là  que  de  trauerfer  la 
mer  Occeane ,  Se  l'ayant  trauerfee ,  pourroient 
defcouurir  de  nouuelles  terres  ,  8c,  vn  autre 
monde  ;  attendu  que  du  temps  de  Senequel'on 
auoit  cognoifiance  du  fuccés  de  ce  naufrage  que 
Pline  raconte,  par  lequel  on  pnifa  le  grand  Qc- 
cean.  Ce  qui  appert  auoir  elle  le  motif  de  la 
prophétie  de  Seneque,  comme  illedonneà'en- 
tendre  parles  vers cy  deuant recirez  ;  après  lef- 
quels  ayant  acheué  d'eferire  le  foucy  ôc  la  vie 
peu  malicieufe  des  anciens,  il  fuit  en  cette 
façon  : 

KAwourAhuy  cefl  vn  antre  temps  : 
Car  U  mer  contente ,  ou-  forcée  , 


Hifloire  naturelle 

Se  i/otd  de  lharfy  trauerfee , 
Qui  ri  y  prend  que  du  pajfetemps. 
Etplusbasiiditainfi: 

Tout  hatteaufitns  craindre  naufrage 
Seiette  or' fer  la  haute  mer, 
Et  là  le  hciiillant  fajfiger 
Tient  pour  brefvn  fi  long  voyage. 

il  riefi  plu*  rien  k  defcouunr, 
&y  lieux  qui  fient  encor  a  prendre  : 
Celuy>  la  qui  je  veut  défendre , 
J)yvn  nouueau  mur  fe  doit  couunt. 
Tout  efi  renuersépar  le  monde, 
Fjen  riefi  enfin  lieu  demeuré, 
J{ten  fecret,  nynend'ajfeuré 
N'y  aparmy  la  terre  ronde. 

On  void  que  le  chaud  Indien 

Soit  l'isïraxe  en  froideur  extrefme, 

Etïllheicrl^hintoutdemefmè> 

Lauentle  peuple  ferjien. 

*t  de  céte  fi  grande  hardiefte  des  hommes  Séné. 

Mm  a  conje&uté  ce  qu'il  a  eferit,  comme  le  der- 

îiierpointquidoitarriuer,  difanr  :  llviendra  /« 

le  dernier  âge,  cre  ainfi  qu'il  a  efté  mis  cy  demis. 


De  hfwion  que  FUton  d  eue  des  Indes 
Occidentales. 
Chapitre  XI I. 
R  fiquelqu'vn  atrai&é  plusparticu^ 
lierement  de  cefte  Inde  Occidentale* 
*  que  l'honneur  en  doit  cftrcdôné  à  Pla- 
ton, qui  en  Ton  Timee  dit  ainfi  :  En  ce  temps  l'onne 
fournit  nauiger  ce  Golphc  (il  entend  de  la  mer  Atlan- 


des  Indes.  Litire  î.       .     J^ 

tique,  qui  eft  l'Occean  qui  fe  rencontre  au  fouir 
du  deftroit  de  Gibaltar)  fource  que  Te  fajfage  eftoti 
clos  k  U  bouche  des  colomnes  d'Hercules  (  qui  eft  le  m  ef= 
me  deftroit  de  Gibaltar.  )  Et  cefle  iflee^itiomBeerî, 
ce  temps  kU  bouche  fifdtte  ,  &efttt  de  telle  grandeur* 
fi  elle excédait  toute  t^î 'fie  cri Afrique en femblement: 
CT  alors  il  j  auoit  vnptjfage  pour  aller  de  ces  ijles  a  d'au- 
très  y  cr  de  ces  autres  ijles  on  alloit  À  la  terre  ferme  qui  efteit 
froche,  enuironneede  lavuyemet.  Cela  eft  raconté 
■  par  Critias  en  Platon.  Et  ceux  qui  fe  perfuadentî 
que  cette  narration  de  Platon  eft  vne  vraye  hi- 
ftoïre,  déduite  &  contenue  fous  ces  termes  di- 
rent que  celle  grande  Ille  appellee  Atlantique, 
laquelle  excedoit  en  grâdeur  l'Afrique  «5c  l'Aile 
tout  enfemble,  occupoit  alors  la  plus  grande 
part  de  lamerOcceane,  appellee  Atlantique, 
que  les  Efpagnols  nauigent  aujourd'huy,  8c  que 
les  autres  Mes  qu'il  difoit  eftreproches  de  cette 
grande,  font  celles  que  maintenant  nous  appel- 
ions;  Mes  de  Barlouente ,  à  feauoir  Cube,  Efpa- 
gnolle,  fain&  Ieandu  Port-riche,  Iamaïque  ôc 
autres  Mes  de  cette  centrée* mefme  que  1a  terre! 
terme  dont  il  fait  mention,  eft  celle  qu'aujour- 
d'huynoûs  appelions  terre  ferme,  à  feauoir  le 
1  eru  &  1  Amérique, &  que  cefte  vraye  m  er  qu'il 
dit,  eft  joignante  icelle  terre  ferme,  fçauoirla 
mer  du  Sud,  qu'il  appelle  vraye  mer,  pourcë 
quen  comparaifon  de  fa  grandeur ,  ks  autres 
mersMediterranees,  voire  la  mefme  Atlanti- 
que (ont  comme  petites  mers.  Par  cela  à  la  ve- 
nte ils  donnent  vne  interprétation  fort  ingre- 
Jieuie  &  artificieufe  à  ces  propos  de  Platon, 
Mais  h  cefte  interprétation  doit  eftre  tenus 


'jfïfiùire  naturelle 
pour  veritabe ,  ou  non ,  j'ay  délibéré  Mclaircir 
en  autre  lieu. 


Que  quelques  vns  ont  eu  opinion  qu'aux  lieuxi 
de  ÏEfcriture  [ainÏÏe  ,  ouilefifaitmentionW 
yofhir  y  on  le  doit  entendre  de  noftrePcruM 

Chapitre  XIII. 

Velqjes-vns  ontcefteopij 
nion  qu'il  eft  fait  mention  en  lafl 
fainde  Efcriturede  cefte  Inde  Oc* 
cidentale  ,  prenans  la  région  du 
Peru  pour  cet  Ophir  tant  celebréj 
en  icellc  Robert  Eftiénne,  ou  pour  mieux  dire» J 
François  Vatable,  homme  fort  verfé  enlalanj 
eue  Hébraïque  ( comme  ïay  ouy  raconter  à  no-; 
£>      _  *        _._:  r.._  /"~«  Jif^îtil^^  A\r  aux  an- 


me  iiure  ces  ivoys,  4"1-  '  "*r    ;r  ?     ,,    SA 
ttonua Chriftophle Colomb,  eftoit  celle  dQ 

phir  ,  dont  Salomon  faifoit  apporter  quatre 

cents  vingt ,  ou  quatre  cents  cinquante  talents 

d'or  très -fin  &  rres-pur  ;  pource  que  1  or  de  O- 

I»  ^f-r.  bao  quelesnoftres  apportent  de  1  Efpagnolle 

i»B.««.  eft  de  telle  façon  &  qualité.  Et  fe  tiennent  en 

imihdeg  es  cores  plufieurs  autres  gui  afferment  que  cettu 

noftrePeru  eft  Ophir,  d&uifans,  &  titans  vj 

nom  de  l'autre,  lelquels  croyent  que  des  or, 

%.P<*.  9.  que  leliure  de  Paraiipomenon  fut  efcrit    lo 

î,  **  to.   l'appelloit  Peru  (comme  aujourd  huy  ils  le  foi 

dent)  en  ce  que  la  fain<aeEfcriture  rapport 


des  Indes.  Liure  I.  zg 

que  Ton  apportoic  d'Ophir  de  l'or  trcfpur,  de 
des  pierres  fort  precieufes ,  auec  du  bois  qui 
eftoitrort  beau  &  fort  rare:  lefqueiles  chofes 

font  abondantes  au  peru,comme  ils  difent.  Mais 
(à  mon  opinion)  c'eft  chofe  fort  eiloignée  de 
vérité,  que  le  Peru  foit  Ophir  tant  célèbre  par 
les  lettres  facrées.Car  jaçoit  qu'en  ce  Peru  il  y 
ait  afTez  grande  abondance  d'once  neft  pas  tou- 
tesfois  de  telle  façon,  que  Ion  le  doiue  efgaler 
à  la  renommée  des  richeiïes  qu'a  eue  ancienne-  t  ;w9 
ment  l'Inde  Orientale.  lenetreuuepointque  4' *"„ 
ence  Peru  ilyayt  despierres  iTprecieufes,  ny  h  *£.  9' 
de  bois  fi  exquis,  que  l'on  nen  aytiamais  veu 
de  femblables  en  Hierufalem.  Car  encores  qu'il 
yaytdesefmeraudes  exquifes  ,  Ôc  quelques  ar- 
bres d  vn  bois  dur  &  aromatique ,    ce  néant- 
moins  lenj  trouue  point  chofe  digne  de  telle 
louange  que  la  fain&e  sferiture  donne  à  Ophir 
Mefme  il  me  femble  qu'il  n'eft  pas  vray-fembla" 
ble  que  Salomoneuft  laifle  l'Inde  Orietale  très- 
riche  &  opulente ,  pour  enuoyer  Ces  flottes  de 
nauires  à  celle   dernière  terre.  Que  û  elles  y 
eftoient  venues  nmdcfois  (ainfi  comme  il  eft 
elcnt)  certainement  nous  trouuerions  plus  de 
refte,  ôc  de  tefmoignage  d>icdks>  que  nous  n  a- 
uons  pas.  Davantage,  l'etymologie  du  nom 
<i  Ophir,  ôc  le  changement,  ou  réduction  d'ice- 
luy  au  nom  du  Peru ,  me  femble  chofe  peu  con- 
hderable    eftant  aiTeuré  que  le  nom  du  Perû 
nelt pas rort ancien,  ny  commun  àtoutecefte 
contrée.  JL  on  a  eu  de  couftume  ordinairement 
en  cesdefcouuertures  du  nouueau  monde,  de  - 

donner  nom  aux  terres  Sports  de  mer,  (don 

D  ij 


fe*. 


I  ><■ 


J-hjloire  naturelle 

îoccâfion  qui  k  prefentoic  alors  de  l'arriuee ,  &  I 
«S  que  le  nom  du  Peru  a  eftc  ainfi  trouue    & 
rnTsenvfaee-.  carnoustenons  icyquelenoma 
Sldonnl  à  toute  cefteterte  duPetu    acaufe  j 

annuel  les  Elpagnols  arnuerent  quandils  hrent  | 
£  mem  ère  defcouuerte.  Et  de  là  nousdifons  I 
«SteSmes  Indiens  naturels  du  Peru  >gno-  • 
vent   &  ne  fe  feruent  aucunement  de  ce  nom  & 

*rt«r.G».  mentionne  lesnoms  de  Tue  &  Paul, 

ne  pouuons  dire  que  "  dc  ce  peru>| 

,.*.«*  defquels  ont  vfe  '«  £™  nf ^chreftknsj! 
istbnh*  ex  r  icnt  pt0uenus  des  Romains ,  ou  v 

que  quelques-vns  ont  efcrit  que  Tharlis œ 
Onhir  neftoient  envne  mefme  route  &Iro 

Afiongaber ,  pour  aller  queni  a?  1  «  »  OPhK 


des  Indes.  Liure  I.  27 

cft  aufîî  référé  au  Paralipomenon  %  que  cefte 
mefme  flotte  fut  dreflee  pour  aller  à  Tharfis. 
D'où  l'on  peut  facilement  iuger  qu'en  ces  liures 
fufdits,  quand  l'Efcriture  parle  de  Tharïîs,  ôc 
Ophir,  elle  entend  vne  mefme  chofe.  Quel- 
qu'vn  mepourroit  demander  fur  cecy,  quelle 
région  ou  Prouince  eftoit  cet  Ophir,  oùalloit 
de  Salomon ,  auec  les  mariniers  de  Hyram  Roy 
deTyr&  deSidon,  pour  rapporter  de  l'or  ,  ôc 
où  prétendant  aller  la  flotte  du  Roy  îofaphat,     Re 
périt,  &fift  naufrage  en  Afiongaber,  comme  \m&  [l 
rapporte  l'Efcriture.  En  cecy  ie  dis  que  ie  m'ac- 
corde fort  volontairement  à  l'opinion  de  Iofe- 
phe  en  fes  liures  des  Antiquitez,  où  il  dit  que 
c'eft  vne  Prouince  del'Inde  Orientale  ~  laquelle 
fut  fondée  par  cet  Ophir  fils  de  lecW,  duquel 
ileftfaitmentionauGenefedixiefme,  &eftoic  Gene[,iol 
celle  Prouince  abondante  d'or  tres-fin.  De  là  eft 
venu  que  l'on  célèbre  tant  l'or  d'Ophir,  ou  dé- 
plias, ou  félon  qu'aucuns  veulent  dire  que  ce 
mot  d'Obrife  vaut  autant  comme  qui  diroic 
l'Ophirife;  pource  qu'y  voyant  fept  fortes  ôc  ef- 
pecesd'or  (  commereferefainéfcHierofme)  ce- 
luy  d'Ophir  eftoit  tenu  pour  le  plus  fin,  comme 
îcy  nous  louons  &e(timons  lor  de  Valdiuia, 
ou  deCaranaya.  La  principale  raifon  qui  me 
fait  croire  qu'Ophireft  en  l'Inde  Orientale,  ôc 
non  en  cefte Occidentale,  eft,  pource  que  la 
flotte  de  Salomon  ne  pouuoit  venir  icv  fans 
pafler  toute  l'Inde  Orientale ,   toute  la  Chi- 
ne, &  autre  grande  efpace  de  mer,  n'eftantpas 
vray-femblable  qu'ils  eufîent  trauerfé  tout  ie 
monde,  pour  venir  icy  chercher  de  l'or,  princi- 

D  iij 


*.* 


Hiftoire  naturelle 

paiement  éftantcefte  terre  de  telle  façon ,  que 
fon  n'en  peut  auoïr  eu  cognoiffance  par  aucun  - 
voyage  déterre,  &  montrerons  après  que  les 
anciens  n'auoient  cognoiffance  deiatt  de  naui- 
ccr  dont  nousvfonsaujourd'huy,  fans  lequel 
fis  n'euffentpeu  f  engouffrer,  &  auancer  fi  auanç 
dans  la  mer.  Finalement  en  ces  chofes  quand  il 
n'apparoit  indices  certains,  mais  feulement  con- 

ieautes  légères,  l'on  n'eft  obligé  d'en  croire  da- 
vantage quecequ'ilenfembleà  vnctiacun. 

~^J^ifiJn  lafaintfe  Efiritnre,  tharjis, 
&  Ophir. 
Chapitre    XIV. 

I  les  opinions  &  coniedures  d'v 
chacun  doutent  eftre  receiies, 
tiens  quantàmoy,  qu'en  la  fam 
été  Efcriture  ces  mots  deTharii^ 
,  Se  Ophir  le  plus  fouuent  ne  figm- 1 
fient  aucun  lieu  déterminé,  mais  que  c-eftvn 
mot  &  fignification  générale  aux  Hebrieux,| 
comme  en  noftre  vulgaire  ce  mot  des  Indes  | 
nous  eft  général  en  noftre  vfage  &  façon  de 
parler:  car  nous  entendons  par  les  Indes,  des 
terres  fort  riches ,  efloignees ,  &eftrangesdes 
rioftres.    Ainfi  nous  autres  Efpagnols  indiffé- 
remment appelions  Indes,  le  Peru,  le  Mexique, 
laChine,  Malaque,  &  le  Brefil;  &  de  quelcon- 
ques parties  de  celles-cy  que  viennent  lettres, 
nous  difons  que  ce  font  lettres  des  Indes,  eftans 
néanmoins  iefdites  terres  &  Royaumes  de 


28 

,  iaçoit 


desjndes.  Liure  I. 

grande  diftance  &  diuerfité  entr'elles  , 
auflî  qu'on  nepuuTe  nier  que  le  nom  des  Indes 
f  entend  proprement  de  l'Inde  Orientale.  Fc 
pource  qu'anciennement  Ton  parloir  de  ces  In- 
des comme  d'vne  terre  fort  efloignee,  delàcft 
venu  qu'à  la  defcouuerte  de  ces  autres  terres 
aufîi  bien  efloignees ,  a-  t'on  donné  le  nom  des 
Indes  ,  pour  eftre  diftantes  des  autres,  &  te- 
nues comme. le  bout  du  monde.  Et  demefme 
façon  il  me  femble  que  Tharfis  en  la  faincte  £f- 
criture  le  plusfouuent  nefignin^  ny  lieu,  ny 
partie  déterminée ,  mais  feulement  des  régions 
tort  eiloignees,  &  félon  l'opinion  du  peuple, 
fort  riches,  &  fort  effranges:  car  ce  que  ïofephe 
&  quelques- vns  veulent  dire  que  Tharfis  eft 
Tarfo  ,  félon  l'intention  de  TEicriture  ,  il  me 
femble  auec  bonne  raifonauoir  eftéreprouué 
par  fainct  Hierofme ,  non  feulement  dautât  que  HUron.ai 
ces  deux  vocables  f'efcriuent  par  diuerfes  let-  Marcel,  m 
très ,  iVn  auec  vne  afpiration ,  &  l'autre  fans  af-  h 
piration ,  mais  auflï  pource  que  Ton  efcrit  beau- 
coup de  chofes  de  Tharfis,  quinepeuuentpas 
bienconuenir,  ny  fe  rapporter  à  Tarfo  Crtë  de 
Cilicie.  Il  èft  bien  vray  qu'en  quelques  endroits 
del'Efcriture  il  eft  dit  que  Tharfis  eft  en  Cili- 
cie.Ce  qui  fe  trouue  au  liure  de  Iudïth,  quand  il 
eft  parlé  d'Holofernes,  duquel  il  eft  dit  qu'ayant 
pane  les  limites  d'Aflyrie  ,  il  paruint  iufques 
aux  grands  monts  d'Ange  (qui  par  aduenture 
eft  Taurus:  )  lcfquels  monts  font  à  la  feneftre  de 
Cilicie,  &  qu'il  entra  en  tous  les  chafteaux,  où  ?{'*■&:£ 
ilaiïèmbla  toutes  fes forces,  ayant deftruitcel-  " 
le  tant  renommée  Cité  de  Melothi,  defpoiulla^ 

D  iiij 


,tomo, 


Itiâith, 


ca.ij 


LJA. 


^h&L  in  I. 
Joan. 

iSirtafmon. 
ib'tà.  &  i» 
^yflphabeto 
-  i/fpparaw. 


$Iieron>.  ai 
MaictU. 


Hiftoire  naturelle 
Bc  ruina  tous  les  fils  de  Tharfis  6^'lfraël,  qui 
eftoient  ioignant  le  defert ,  &  ceux  qui  eftoienc 
auMidy,  vers  laterredeCellon,  ôcdelàpalTa 
l'Euphrates  :  mais  comme  i'ay  dit,  ce  qui  eft  ain- 
fi  efcrit  de  Tharfîs -,  ne  fe  peut  accommoder  à  la 
Cité  de  Tarfo.  Theodoret  &  autres,  fuiuans 
l'interprétation  des  Septante,  en  quelques  en- 
droits mettent Tharfis  en  Afrique,  vouians  dire 
quec'eftoit  la  ville  mefme,  qui  anciennement 
f'appelloit  Carthage,  &  aujourd'huy  Royaume 
de  Thunes;  &  difent  que  c'eftoit  là  où  Ionas 
youloit  aller,  quand l'Efcriture  rapporte qu il 
fenfuyoit  du  Seigneur  en  Tharfîs.  Autres  veu- 
lent dire,  que  Tharfîs  eft  vne  certaine  région 
des  Indes ,  comme  il  femble  que  fain£t  Hierof- 
me  T'y  veuille  incliner.  le  ne  veux  pas  à  prcfent 
débattre  ces  opinions:  mais  ieveux  bien  dire 
que  l'Efcriture  fur  celle  matière  nefignifîepas 
toufiours  vne  région ,  ou  partie  du  monde  cer- 
taine, &  déterminée.  Il  eft  certain  que  les  Ma- 
ees  ou  Rois  qui  vindrent  adorer  Iefus-Chrilt, 
eftoient  d'Orient ,  &  auffi  dit  l'Efcriture ,  qu  ils 
eftoient  de  Saba,  Epha,  &  Madiam.  Et  quelques 
hommes  do&es  font  d'opinion  qu'ils  eftoienc 
d'Ethiopie,  d'Arabie,  &  de  perfe-,&:  neantmoins 
le  Pfalmifte  &  TEglife  chante  d'eux  :  Les  tys  de 
Tharfis  apporteront  des  frefens.  Nousnous  accordons 
donc  auec  S.  Hierofme,  que  Tharfis  eft  vn  mot 
qui  a  plufîeurs  &  diuerfes  fignifications  en  1  El- 
çriture,  &  que  quelques  fois  il  fignifie  la  pierre 
Chryfolithe  s  ou  Iacinthe  j  tantoft  quelque  cer- 
taine région  des  Indes,  tantoft  la  mer  mefme, 
qui  eft  de  couleur  de  Iacinthe  à  la  reuerberatioç 


- 


desjnâes.  Liure  I.  2.9 

du  Soleil.  Mais  auec  raifon  le  mefme  faind  Do- 
deur  nie  que  Tharfis  foit  région  des  Indes  où 
vouloir  fuyr  lonas,  puis  que  partant  de  Ioppé,il 
iuy  eftoit  impoffible  de  nauiger  iufques  es  In- 
des par  icelle  mer.  Pource  que  loppé  (  qu'au- 
iourd'hny  nous  appelions  lafFe  )  n'eft  pas  vn 
port  de  la  mer  rouge,  laquelle  eft  jointe  auec  la 
mer  Indique  Orientale,  mais  de  la  mer  Médi- 
terranée, qui  n'a  point  d'ifFué  par  la  mer  Indi- 
que. D'où  il  appert  clairement,  que  la  nauiga- 
îion  que  faifoic  la  flotte  de  Salomon ,  partant  de 
Aiîongaber  (où  fe  perdirent  lesnauiresdu  Roy 
Iofaphat)  alloit  par  la  mer  rouge  à  Tharfis  Ôc 
Ophir5ce  qui  eft  expreiTémentatteitç  en  l'Efcri. 
ture.  Et  aeftécefte  nauigation  fort  différente 
de  celle  que  pretendoit  faire  lonas  à  Tharfis, 
puifque  Afiongaber  eft  leport  dvne  CitédT- 
dumee,  afîife  fur  le  deftroit ,  où  la  mer  rouge  fe 
ioint  auec  le  grand  Occean.  Qeceft  Ophirïon' 
apportoit  à  Salomon  de  l'or,  de  l'argent,  du 
morphie}des  monnes ,  ôc  coqs  d'Inde ,  ôc  eftoit 
leur  voyage  de  trois  ans ,  toutes  lefquelks  cho- 
ies fans  doubtedoiuenteftre  entendues  de  l'In- 
de Orientale  ,  qui  eft  féconde  ôc  abondante  en 
tour  ce  que  deiïus,ainfi  que  Pline  l'en  feigne,  ôc 
que  nous  en  auonsà  prefent  certaine  cognoif- 
fance.De  noftre  Peru  certainement  ils  n enflent 
peu  apporter  du  m  orphie ,  d'autant  que  les  elè - 
phansyfontdutoutineogneus:  maisileuflene 
bien  peu  apporter  de  l'or,  de  l'argent ,  ôc  de  fort 
plaifantes  &  gentilles  monines.  Finalement  il 
rnefembîequeJ'Efcriture  faincte  entend  corn- 
nîunem  ent  par  ce  mot  de  Tharfis ,  ou  la  grande 


ffiftoire  naturelle 
mer:  ou  des  régions  fort  cfloignccs  &  eftran^ 
cres.  Parainfiil  fuppofe  que  les  Prophéties  qui 
parlent  de  Tharfis(puifque  l'efprit  de  prophétie 
peut  tout  feauoir)  fe  peuuentbien  fouuentac- 
commoder  aux  chofes  denoftrenouueaumode.J 

Dek  Prophétie  d'Abdias ,  me  quelques -vm 
interprètent  efire  des  Indes . 

Chapitre  XV. 

Lu ficurs  difent  &  afferment  qu  e 

laïam&e  Efcritureila  efté  prédit 

bien  long  reps  dejiant  que  ce  nou^- 

ueau  monde  deuoit  eftre  couertyj 

9  àlESVS-CHRisTpatlanatiÔEfpHj 

Jin^Com.  enolle  &  à  ce  propos  mettét  en  auant  &  explij 

f^ML  in  |uende  tcxtc  Je  la  Prophétie  d'Abdias,  qui  difl 

Wiïtm  ainfi:  ^  î-  mm/^*»  *  cefl  exemtedes  enfans  à  M 

#    M  uelptfedera  «Les  les  chofes  des  Cananéens  tvfreseuà 

S*4tei&'Utr*nfmmàtu>u  de merufiltm  ,  f>"fi*»\ 

BofphorejofZedeu  les  Ote^duMidj 3€T  monterot  les  M 

uiursJmontdeSmpmiugerUmontdyfA^ÇeuM 

Rnéumepiurk  Semeur.  Cecy  a  elle  mis  ainii  en 

Mm      V-j     ircrfuiuantlaiettre.Maislesautheursqu(J 

ff.^Tj  i'entensen  rHebriculifcnr ainfi:  E^^wj^gr*. 

V»..  /«.»  m»  ieceflexemte  des  enfrm  à'ijuel  (qui  font  les)  Ci-, 

**M«-       nt»eh  i«/a»f^Z^U(quieft  France)  cr  «  "«/««- 

**»»  de  SieruUK^  'fi  <»  saphuud  (entedez  pour 

E^sn^ojfâc^fmrhenUgeUsOte^Mdy,^ 

montmnt  ceux  <pi  jument  Ufdumm  m  ment  desm 

fftm. Toutesfois  aucuns  d'eux  n  allèguent  luttiJ 


desjndes.  Liure.  I.  30 

fant  tefmoignage  des  anciens ,  nyraifonper- 
tinentejpourmôftrerqueSapharadjqueS.Hie- 
rofme  interprète  le  Bofphore  ou  deflroit,  Ôc  les 
feptante  Interpretes,i'Euphrate,  doiue  fignîfier 
rÉfpagne,  que  leur  feule  opinion.  Les  autres 
allèguent  le  Paraphrafe  Chaldaïque,  quieftde 
cède  opinion  ,  ôc  mefme  les  anciens  Rabis  qui 
l'expliquent  de  celle  façon ,  comme  aufii  ils  ex- 
pliquent Zarphat  efr,re  France  (  que  noftre  vul- 
gaire &  les  Septante  difent  eîhe  Sarepte.  )  Ec 
laiifant  cefte  difpute,  qui  appartient  aux  gens 
plus  de  loifir  ,  quelle  necefficé  y  a-il  de  croire 
que  les  Citez  de  l'Auftre  ,  ou  de  Mageb(ainii 
qu'efcriuentles  Septante)  foient  les  gens  de  ce 
nouueau  monde?Dauantage5quel  befoing  eft-ii 
de  croire,  &  de  prendre  la  nation  Efpagnolle 
pour  la  tranfmigration  deJHierufalem  en  Sa- 
pharad  ,  fi  ce  n'eft  que  nous  vueillons  prendre 
Hierufalemfpirituellement ,  &,quepouricelle 
nous  entendions  l'Eglife  ?  De  forte  que  par  la 
tranfmigration  de  HierufalemenSapharad  ,  le 
fainéfc  Efprit  nous  demôftre  les  enfans  de  la  fain- 
cte  Eglile ,  qui  habitent  aux  fins  de  la  terre ,  ÔC 
aux  riuageSj  pource  cela  en  langue  Syriaque  eîl 
dict  Sapharad,&  fe  rapporte  bien  à  noftre  Efpa  - 
gne,  qui  félon  les  anciens,  efl  la  fin  ôc  le  bout  de 
la  terre,  eftant  prefque  toute  enuironneéde 
lamer.  Or  parles  Citez  d'Auftre,  ou,  de  Sud, 
l'on  peut  entendre  ces  Indes:attendu  que  la  plus 
grande  part  de  ce  nouueau  monde  eftaffife  au 
-Midy,  ôc  la  meilleure  partie  duquel  regarde  le 
Pôle  Antar6tique.Ce  qui  s'enfuit  eft  facile  à  in- 


H'iftoire  naturelle 

feront  au  mont  de  Ston  four iuger le  mont  <£Efau  :  parc 
qu'on  peut  dire  que  ceux-là  fe  retirent  à  la  do 
àrine,  &  au  fort  de  la  S.  Eglife  qui  prétendent 
rompre  &  diffiper  les  erreurs  profanes  des  gen 
tils ,  car  cela  peut  eftre  interprété  iuger  le  mon 
d'Efau.D'oùils'enfuitbien,  qu'alors  le  Royau 
me  ne  fera  pour  les  Efpagnols  ,  ny  pourceu: 
d'Europe  ,  mais  pour  Iesvs  -Christ  noftre  Sau-, 
ueur.  Quiconque  voudra  expliquer  de  cefte  fa-!  j| 
çon  la  Prophétie  d' Abdiasme  doit  eftre  reprins,  | 
puis  qu'il  eft  certain  que  le  faindb  Efprit  a  fceu  J| 
&cogneu  tous  les  fecrets  long  temps  aupara- 
uant.  Etfemble  qu'il  y  a  grande  apparence  de 
croire  qu'il  eft  faicl: mention  en  la  fain&eEf-  j 
criture  d'vne  affaire  de  telle  importance  5  corn-,  j 
meefUa  defcouuerture  des  Indes  &  nouueau  (1 
monde  >  &  conuerfion  d'iceluy  en  la  foy.  l^YM 
mefmes  dit  ces  termes.  <Ah  les  ailles  des  navires  qui  I 
vont  de  l'autre  fart  d'Ethiopie.  Plufieurs  autheurt  jj 
tresdo&es  déclarent  que  tout  ce  chapitre  eftji 
entendu  des  Indes  ,  &  lemefme  Prophète  erij 
d'autre  endroit  dit:  Que  ceux  qui  efchaperontd  IJraet,  jj 
iront  fort  lomg  a  Tbarfis,0>  en  des  jjles  fort  eflongnees ,  ot*  j 
ils  conuertiront  au  Seigneur  flufieurs  o>  diuerfes  nations,  J 
Entre  lefquelies  il  nomme  la  Grèce  ,  1  Italie  &C  \ 
l'Afrique,  &  beaucoup  d'autres.   Ce  qui  fans 
doute  fe  peut  bien  rapporter  à  la  conuerfion  de 
ces  nations  des  Indes.  Car  eftant  chofe  afleuree 
#iatthM.   que  l'Euangile  doibt  eftre  prefchee  par  tout! 
l'vniuers,  ainfiqueleSauueurnous  la  promis*. 
&  qu'alors  viendra  la  fin  du  monde ,  il  s'enfuit,  ! 
&ainfi  le  doibt-on  entendre,  qu'en  toute  le-, 
{tendue  du  monde  il  y  a  beaucoup^  nauons* 


Ifay.iZ.ittx- 
t*7Q.f nter. 


Jfayét  66. 


des  Indes.  Liure  I.  31 

i  qui ï E s v s-C h r i STn'a efté annoncé. Partant 
nous  debuons  de  là  recueillir,  qu'il  eft  demeuré 
grande  partie  du  monde  incogneuë  aux  anciens* 
ôc  qu'auiourd'huy  il  y  en  a  encore  vne  bonne 
partie  à  defcouurir. 


Par  quel  moyen  ont  peu  arriuer  aux  Indes  les 

premiers  homme  s, &  qtiilri y  font  arriuez* 

degré,  &  félon  leur  intention. 

Chapitre   XVI. 

Aintenant  il  eft  temps  derefpôdre 
à  ceux  qui  difent  qu'il  n'y  a  point 
d'Antipodes,  &  que  cefte  région 
où  nous  viuons,ne  peut  eftre  habi- 
tée. L'immenfe  grandeur  de  l'Oc- 
cean  efpouuenta  tellemit  faind  Auguilin,  qu'il 
ne.pouuoit  penfer  comment  le  lignage  hu- 
main euft  peu  paffer  à  ceftuy  noftre  nouueau 
monde.  Mais  puis  que  d'vne  part  nous  fçauons 
de  certain  que  pafïèz  font  plusieurs  ans,  qu'il  y  a 
des  hommes  habitans  en  ces  parties  cy,  8c  d'au- 
tre part  ne  pouuôs  nier  ce  que  la  fain&eEfcritu- 
res  nous  enfeigne  clairement,  que  tous  les  hu- 
mains font  procédez  d'vn  premier  homme,  que 
fans  doute  ferons  contraints  de  croire  8c  con- 
feffer  que  les  hommes  feront  partez  icy  de  l'Eu- 
rope, dcl'Aficj  ou  de  l'Afrique  :  toutesfoisce 
pendant  il  nous  faut  rechercher  &  difeourir  par 
guel  chemin  ils  y  ont  peu  venir.  Il  n'eft  pas 


'  .        Zfiftoire  naturelle 

vray-femblable  qu'il  y  ait  eu  vne  autre  arche  de; 
Noé,en  laquelle  les  hommes  puiflent  eftre  arn- 
uez  aux  Indes,  '&  moins  encore  que  l'Ange  aie 
tranfporté  les  premiers  hommes  de  ce  nouueau 
monde^attachez  & ïufpenduspar  les  cheueux, 
comme  il  fit  le  Prophète  Habacuc ,  car  nous  ne 
traittons-pas  de  la  toute-  puiiTance  de  Djeu,mais 
feulement  de  ce  qui  eu:  conforme  à  la  raifonôc 
à  Tordre -&difpofuion  des  chofes  humaines. 
Ceftpourquoy  ces  deux  chofes  doiuent  eftre 
tenues  pour  admirables  ,&  dignes  de  merûeil- 
le  ,  voire  d'eftre  comptées  entre  les  fecrets  de 
Dieu.  L  vne  que  le  genre  humain  ayt  peu  pafler 
vne  il  grande  trauerfe  de  mer  5  &  de  terre.  L'au- 
tre qu'y  avant  icy  fi  grand  nombre  de  peuple, 
ils  ayent  efté  neantmoins  incogneus^  par  tant 
de  fiecles.  Pour   celle  caufe  ie  demande  par 
quelle  délibération,  force  &induftrie  ,  le  li- 
gnage des  Indiens  a  peu  pafler  vne  fi  large  mer, 
Se  qiripouuoit  eftre  l'inuenteur  d'vn  palTage  fi 
eftiange.  Véritablement  ie  l'ay  piufieurs  fois 
recherché  &  ruminéà  moy-mefme,  (comme 
piufieurs  aurres  ont  fait,  )  &iamais  n'ay  peu 
"■  trouuerchofequime  peuft  fatis faire.  Toutes- 
fois  l'en  veux  bien  dire  ce  que  l'en  ay  conceu,&: 
qui  me  vient  à  prefent  en  la  fantafie  ,  puis  que 
les  tefmoins  me  manquent  lefquels  ie  puine 
fuiure,  &  melaifier  aller  parle  fil  de  la  raifon, 
(quoy  qu'il  foit  fort  délié)  iufques  à  ce  qu'il  fe 
difparoifle.du  tout  de  deuant  mes  yeux.  C'eft 
vne  choCe  certaine  que  les  premiers  hommes 
font  venus  en  la  terre  du  Perupar  l'vnedeces 
deux  manières,  fermoir  ou  par  terre,  ou  par 


-des  Indes.  Liure.    I.  3^ 

mer.  Que  s'ils  font  venus  par  la  mer,  c'a  efté 
ou  fortuitement  Ôc  par  hazard  ,  ou  de  gré  ôc 
propos  délibéré.  I'entens  par  hazard,eftans  iec- 
tez  par  quelque  orage  &  force  de  tourmente, 
comme  il  aduient  en  temps  rude  ,  ôc  tempe- 
ftueux.  Tentens  auiîî  de  propos  délibéré  qu'ils 
euiTent  dreilc  leur  nauigation,pour  chercher  ÔC 
defcouurirde  nouuelles  terres.  Outre  ces  deux 
manières  ,  ie  trouue  qu'il  n'eft  point poiîible 
d'en  trouuer  d'autres ,  h*  nous  voulons  fuiure  le 
cours  des  chofes  humaines,  &  ne  nous  arrefler 
à  fabriquer  des  fixions  Poétiques  &fabuleu- 
ùs.  Car  il  ne  faut  pas  que  quelquvnfe  perfua- 
dede  trouuer  vn  autre  aigle,  comme  celle  de 
Ganimede ,  ou  quelque  cheual  volant  ,  comme 
celuy  de  Perfeus,  qu'il  maintienne  auoir  ap. 
porté  les  premiers  Indiens  par  l'air ,  ny  que  par 
aduemure  ces  premiers  hommes  fe  foientfer- 
uisdepouTons,  comme  Serenes,  ou  Nicolas, 
pour  les  auoir  partes  là.  Mais  delaiffant  arrière 
ces  propos  de  menfonge,&  dignes  de  rifeesexa~ 
minôs  vn  peu  chacune  de  ce  deux  manières  mi- 
fes  en  auant,attendu  que  celte  difpute  fera  plai- 
fante&vtile.  Premièrement  ilmcfemblc  que 
ceneferoitpas  chofetrop  eilojgnee  de  raifen 
de  dire ,  que  ks  premiers  ôc  anciens  peuples  de 
ces  Indes  font  venu^omdefcouuerr,  Ôc  peuplé 
parla  mefme  façon  que  nous  autres  à  prefenc 
y  venons  iournellement,à  fçauoir  par  Tare  de 
nauiger,  Sdaydedes  pilotes',  lefquels  fecoa- 
duifentparla  hauteur  &cognoiffàncc  du  Ciel, 
&auec  rinduftrie  qu'ils  onc  de  changer '&■  ma- 
merles  voiles, félonie  temps  qui  fe  prefence. 


s.para.9. 


Hifîoire  naturelle 

Pourquoy  cela  ne  pourroit-il  pas  bien  eftr 
faut-il  croire  que  nous  fculs  hommes ,  &  en  ce 
ftuy  noftte  fieclc  tant  feulement ,  ayons  corn 
priL&  cogneu  l'art  de  nauigerl  Occeanî  Nou» 
voyons  que  de  ce  temps  mefme  1  on  nau.ge ,  dtf 
irauerfeencor  l'Occean  pour  defcouunr  nouj 
miles  terrc3,comme  peu  de  temps  y  a  qu  Aluaro| 
Mendana  &fes  compagnôs  o nt  nau.ge   eftan sfl 
partis  du  port  Lima,  &  fu.uy  la  toute  du  PonenJ 
Lut  deicouurir  la  terre  qui  gift  àl'Eft,  ou  eft 
le  Peru ,  &  au  bout  de  trois  mois,  defconunjl 
rentkslflcs  qu'.ls  appelletcnt ,  ^  JSaloJ 
won,  oui  font  plufuurs&  fort  grandes.  Etyj 
a  grande  apparence  qu'elles  gifent  .o.gmn    | 
nouuelle  Guyuee  :  ou  pour  le  moins  quelles, 
font  fort  proches  d'vne  aurre  terre  ferme  Et  en-4 
coreauiourd'huyparkcommandemetduRoy« 
&  de  fon  Confeil,  l'on  délibère  d'appreftervnj 

nouuelle  armée  pour  aller  à  ces  Ifles.  Puis  don" 

qu'il  eft  ainfi,Pourquoy  ne  d.tons  nous  pas  qu 

les  anciens  auffi  bicnn'ayent  peu  auou  le  cou 

rage.&refolutionde  voyager  par  mer  a  me 

me  délibération  de  defcouurir  la  terre  ,  qui 

appellent  AntiSthon ,  oppofite  à  la  leur  A  qu 

fclon  le  difcours  de  leur  ph.lofophie     deuoi 

eftre  auec  deffein  de  ne  s'arrêter  u#« >> •! 

vetie  des  terres  qu'ils  cherchoient  >  Certain^ 

ment  il  n'y  a  aucune  répugnance  ou  contrarie  | 

te ,  que  ce  que  nous  voyons  amourd  huy  artij 

uer^oit  amf.  anciennement  ""«é  :  attendu 

roefme  que  la  faincte  Efcriture  tefinojgne ^que, 

Salomon  print  des  maiftres  pilotes  de  Tyr  & 

de  Sidon  ,  fort  adroits  &  expérimente* à  la| 


Il 

des  Indes.  Liure.  I.  33 

mer  ,&  que  par  leur  induftrie ,  l'on  Et  cette  na- 
uigation de  trois  ans.  A  quel  propos  pefez  vous 
qu'elle  remarque  l'art  des  mariniers  ,  &  leur 
feience,  enfe m ble leur nauigationfi longue  de 
troisansj  fînon  pour  nous  donnera  entendre 
que  la  flotte  de  Salomon  nauigeoit  le  grand 
Occean  ?  Il  y  en  a  beaucoup  qui  font  de  celle 
opinion,  aufqueJsil.femblequefain&  Auguftin 
auoit  peu  de  raifon  de  s'efpouuenter ,  &  efmer- 
ueiller  de  la  grandeur  de  rOcccan.puifq^il  pou- 
uoit  conietfurer  qu'il  n'eftok  fi  difficile  à  naui- 
|er ,  veu  ce  qui  eft  rapporte  de  la  nauigation  de 
Salomo.Mais  pour  dire  la  verité^mo  opinion  eft 
bien  autre,  &  ne  me  puis  perfuader  que  les  pre- 
miers Indiensfoient  arriuez  en  ce  nouueau  mÔ« 
de  par  vne  nauigation  ordonnée, &  faite  à  pro- 
pos. Mefmciene  veux  pas  accorder  que  les  an* 
:iens  ayent  cogneu  l'art  &  induftrie  de  naujger 
>ar  le  moyen  duquel  ks  hommes  auiourd W 
rauerfent  la  mer  Occeane  de  quelque  partie 
luecefoit,  à  quelconque  autre  qu'il  leur  pren- 
iTt  W^ont  a^^ne  incroyable 
'iftefTe&refolunon  ■  a^^«queienetrouue 
■n  toute  1  antiquité*  aucun  refte,  ou  tefmoigna- 
p  à  vne  chofe  fi  notable,  ôedefi  grande impor- 

ance.Etnetrouuequ'auxliuresdesanciensfoit 
a  te  aucune  mention  de  l'vfage  de  la  pierre 

ul'œ  V0™^,  cn  aycnt  «  aucune  co- 
£fc  ^  fi  ^nofteI^ognoiflance  de 
SHt  T'  0»cogn<>«»  facilement 
iUiicftunpoffiblc  qu'ils  ayent  trauerfé  1  cften- 
*  du  grand  Occean,  Ceux  qui  ont  quelque 


Hifioire  naturelle 

cognoilîancedelamer  ,  entendentbienceque 
ie  dis.    Pource  qu'il  eft  auflî  facile  de  croire 
queles  mariniers  eftans  en  plaine  mer  puiffenc 
dre(Ter  la  proue  delanauite  ou  ils  voudront^ 
fi  l'aiguille  de  nauiger  leur  défaut,  comme  d«J 
penftr  que  l'aueugle  puiffe  monftrer  aueç  le 
5oi«  cequieft  proche,  ou  ce  qui  eft  efloigne  en  I 
quelque  endroit.  Et  eftvnechofe  efmerneiUa- 
ble  que  les  anciens  ayent  ignore  par  tant  de 
tempsvne  fi  excellente  propriété  de  la  pierre) 
,t        d'avmant ,  &  qu'elle  ait  efté  defcouuerte  &  ofl 
TA  »:  S  par  1«  modernes.  11  appert  bien  que  1* 
'.&"*     fnctaî  ont  ignoré  cette  propriété  ,  en  ce  que 
J*.7-'-4-     Pline,  quieftficurieuxhiftoriendeschoiesna-i 
tnrellesmeantmoins  parlant  de  cefte  pierre  d  ay,| 
mant,  ne  dit  aucune  chofe  de  cefte  vertu  &  «oj 
nrieté     qu'elle  a  de  faire  toufiours  tourner  daj 
LrsïeNort  lefet  qu'elle  aura  touche ,  qui  c». 
la  vertu  la  plus  admirable  qu'elle  ayt.    Anftorj 
Biofr.Ux.  Theophrafte,  Diofcotide, Lucrèce,  nyaucuij 
■}°\l  6     hiftotiens,nyPhilofophes naturels quei ayveu 
*"**  '■    ïen  font  aucune  mention  ,  encore  qu  ,1s  tra 
-  ,    ied-  dent  delapierre d'aymant. Sainft  Auguftin I 
^1,tr4.aUd'auLpattplufieufs&diuerfespropn| 

Zu  m*     ta ,  &  merueilleufes  excellences  de  la  pieri 

dtm»g>«<'    d'avmant.aux  hures  de  la  Cire  de  Dieu,  nq 

parle  nullement.  Et  eft  certain  que  toutes  1 

Lrueilles  que  l'on  cote  de  cefte  pierre ,  ne  fo 

Sen  ao  ie?peft  de  cefte  propriété  fi  eftran 

ouelle  a  de  regarder  toufiours  au  Nort,  qui« 

£  grand  miracle  de  nature.  Il  y  a  encore  vn» 

Pli»,  t. 7-<-  se  arguwenr.qui  eft  que  Pline  traitant  des p 

$«•  jni«s  inuenteuts  de  la  nauigauon,  &  racontai 


des  Indes.  Liure  I.  34 

tous  les  inftrumens  &  appareils ,  ne  parle  aûcU* 
Bernent  de  l'aiguille  à  nauiger,  nydelapierre 
daymant:  mais  iedy feulement  que  l'art  de  re- 
cognoiftre  les  eftoilles  a  efté  inuenté  d-es  Phéni- 
ciens. Et  n'y  a  point  de  doute  que  ce  que  les  an- 
ciens ont  fçeu  &  cogneu  de  Fart  de  nauiger,  ne- 
ftoit  qu'au  regard  des  eftoilles,  &  remarquas  les 

«uages,Caps,&diffcréccs  des  terres. Qucs'ilsfe 
trouuoient  flauant  en  haute  mer,que  du  tout  ils 
perdirent  la  veaë  de  la  terre,  ifs  ne  feauoient  en 
quelle  part  dreiïerla  proue  par  autre  difcours^ 
[mon  par  les  eftoilles,  foleil,&  la  lune,  &ccla 
leur  defFai!lant,(comme  il  aduient  en  temps  né- 
buleux, &  couuert  5  )  ils  fe  gouuetnoicht  par  là 
qualité  du  vent,  &parconie&ures  duchemiri 
qu'ils  pouuoient  auoir  fai&  ,  finalement  ai- 
oient  conduits  de  leur  inftinft.  Comme  en  ces 
ndes  les  Indiens  nauigentvn  long  chemin  de 
nerxonduits  feulemét  par  leur  induftrie  &  in- 
tiricT:  naturel.  Etfert  beaucoup  à  ce  fubjedc  ce 
[u'eferit  Mine  ,  des  ihfulaires  de  la  Trobane, 
qu'auiourd'huy  nous  appelions  Sumatra  J  di- 
ant  en  cefte  façon  ,  lorsqu'il  trai&e  de  l'art  ëc 
nduftne  dont  ils  vfoient  à  nauiger.  Ceux  de  h  Ta  - 
robane  ne  voyent  point  le  Nort.cr  pour  Muigerjuppleené 
ce  défaut, portas  mec  eux  certains  petits  oyfiM* Je/quels 
s  Uijfent  aller  fitatent,  CT  comme  ces  petits  oy féaux  par 
Murclmpin  voilent  toujours  vers  la  terre  Jes  mariniers 
■refent  leur  proue  a  Uurfuitte.  Qui  doubtc  dpnc  que 
iIseufTenteucognoiftance  de  l'aiguille,  ils  né 
e  ruiset  aydez  pour  guide  de  ces  petits  oyfeaur, 
our  defcouurirla  terre?Bref  il  fuffit  pour  m& 
m  que  les  anciens  n'on?  cogneu  ce  fecret  ste 


f/ïftoire  naturelle 
la  pierre  d'aymant,  de  voir  que  à  chofe  C\  re- 
marquable, il  n'y  a  aucun  mot,  nyvocableLa- 
tin,nyGrcc,nyHebreu5quiluyfoitpropre.Cari 
vne  chofe  de  telle  importance  n'euft  point  ma-i 
que  de   nom  en  ces  langues  ,  s'ils  l'eullent  co-| 
eneu.  De  là  vient  qu'auiourd'huy  les  Pilotes 
pour  faire  drelTer  la  route,  àceluy  qui  tient  W 
gouucrnail,fc  feent  au  haut  de  la  ppuppe  qui  el  1 
afin  qu'il  puîffc  de  ceft  endroit  regarder  1EH 
puille,là  où  anciennemet  ils  feoient  en  la  proucl 
pour  regarder  les  différences  des  terres  &  de 
mers,  8c  duquel  lieu  ils  commandoient  au  gou 
uernaiLCôme  auiourd'huy  l'ô  vfe  encore  à  l'en 
trer  ou  forrir  de  quelque  port  &  haure,  &  pou 
cefteoccafion  les  Grecs  appelaient  les  Pilou 
Troritds,  pource  qu'il  fe  tenoieriten  la  proue. 

De  UfYoprieté&  vertu  admirable  de  laperj 

iaymant ,  pour  le  fait  de  la  navigation ,  & 

que  les  anciens  n'en  ont  eu 

cognoijfance. 

Chapitre  XVII. 

Ar  ce  qui  cft  dit  cy  dclTus,il  appertqfc 

l'on  doit  tenir  la  nauigation  des  lndji 

fi  briefue  &  fi  certaine,que  nous  1  aul 

de  la  pierre  d'aymant.  Comme  1 

iourd'huy  nous  voyons  plufieurs  hommes  ë 

ont  voyagé  de  Lisbonne  à  Goa,  de  SeuiUj 

Mexique ,  à  Panama  ôc  en  toute  cefte  autre  rt 

duSud,  iufques  à  la  Chine,  * au  dcftroi* 


des  Indes.  Liure.   I.  3  j 

Magellan,  &  ce  auiîî  facilement  ÔC  certaine- 
ment, comme  le  laboureur  peut  aller  delame- 
:airie  en  la  ville.  Nqus  auons  veu  aufïi  des 
îommes  qui  ont  faict  quinze  voyages  aux  In- 
les ,  voire  dixhuicl: ,  Ôc  auons  entendu  parler 
i'aucuns  anciens  lefquels  ont  fait  plus  de  vingt 
r°ya£cs  >  palans  ôc  repafTans  la  largeur  de  ce 
rrand  Occean ,  aufqueis  ils  n'ont  apperceus  au- 
:unsreftes,  ny  apparences  de  ceux  qui  auoient 
>affé,  ny  rencontré  voyagers  à  qui  demander  le 
hemin.  Car  (comme  dit  le  Sage)  la  nauirc  cou-  Sttï'  > : 
>e  l'eaiie  ôc  fes  ondes,  fans  laiiîer  vçdigcs  par  où 
lie  paflè,ny  faire  chemin  dans  les  ondes.  Mais 
>arla  vertu  &  propriété  de  la  pierre  daymant, 
l  fe  fai&  en  ceft  Occean  comme  vn  chemin 
tacé  ôc  defcouuert,  le  très  haut  Créateur  de 
outes  chofes  luy  ayant  communiqué  telle  ver- 
u,quepar  fon  attouchement  au  fer,illuy  corn- 
aunique  cefte  propriété,  d'auoirfon  mouue- 
lent  Ôc  regard  vers  leNort,  fans  y  faillir ,  en 
[uelque  partie  du  monde  que  ce  puùîe  eflre. 
^uelques-vns  recherchent  quelle  eft  la  caufe 
c  cefte  propriété  merueilleufe,  &  veulent  di- 
e,  &  s'imaginer  iene  fçay  quelle  fympathie: 
aais  quant  à  moy,ie  prends  plus  de  plai/ïr  ôc  de 
ontentement   confiderant  ces  merueiiles  ,  à 
ouer  la  grandeur  ôc  pouuoir  du  Tout-  puifTan  t, 
kmerehouyren  la  contemplation  defés  ceu- 
Ues  admirables,^  à  dire  auecSalomon,  parlant  .    1 
ur ce props: 0 Pere\ duquel U providence gouuerne  et    **'  4 
maintient  vn  bois  y  lu)  donnant  vn  chemin  afeuré 'fur  U 
W ,  cr  4u  milieu  des  bondifantes  ondes ,  four  montrer 
wàcmefme  façon  tu  fournis fiuuer  cr  deliurer  l'bom* 

£    iij 


ÉJà. 


Il 

j/ïfioire  naturelle 

me  de  tout  perd  CT  mufrtge ,  encor  qu'dfujrfins  **4 
a„md,eu  deUmer.  Mus  îi»unt  cpe  tes  autres  font 
plemestUfateft,  les  hommes  mettent  erh*\*rdent  leur, 
vmfm InpeudeUs^pourtrmerferUmer , s  efcb^i 
tenta- fi  Lifatdert»  vn  btftetu.Et  fur  ce  mefmaJ 
propos  le  Plalmifte  dit  :  Ceuxqu,  montent  fur  mer  \ 
PU.  urf.    ïndïsnauires,  <r  qm  font  leurs  rfanes  e»  trtuerfintle.l 
'■  ttlux,  font  ceux  ,u,aufrffond  de  U  me, ont veules  œu-l 
WesdL,mJ,  a-fismeruedles.  Et  à  U  vente  ce 
n'eft  pas  vne  des  moindtes  merueilles  de  Dieu 
que  la  force  d'vne  piette  fi  petite  commande  à 
la  mer  ,   &  contraigne  l'abyfme  infiny  de  luy 
obéir  &  future  fon  commandement.  Mais  pour 
autant  que  c'efl  chofe  qui  fe  void  tous  les  tours, 
&  femble  fi  facile ,  les  hommes  ne  s'en  efmerH 
ueillent  point,  &  ne  fe  fouuiennét  pas  dy  prenH 
dre  garde:&  d'autant  que  cefte  libéralité  eft  tefc 
le.lesienorans  pour  cela  en  font  moins  deftat 
Neantmoins  ceux  quile  veulent  conliderer  d 
près  ,  font  conduits  parlaraifon  a  bemr  lafaj 
geffe  de  Dieu  ,  &  luy  rendre  grâces  dvn  1 
Irand  bénéfice.  Eftant  donc  ordonne  duCie 
aueces  nations  des  Indes.qui  tant  de  temps  on, 

efté  cachées ,  fuffent  cogneues  &  defcouuertes 
&  quecefte  route  fut  hantée  &  frequentee,afi. 
que  tât  d'ames  vinflent  à  la  cognoiffance  de  H 
svs-Chrwt  ,  &  gaignaflent  le  falut  éternel ,  il 
cfté  pourueu  de  guide  aiTeuree  pour  ceuxqt 
font  ce  chemin.fçauoir  l'aiguille  de  nau.ger  c 
lavertudela  pierre d'aymatit.  Onncpeut  Iça 
uoir  au  certain ,  depuis  quel  temps  ceft  vlage  S 
art  de  nauiger  a  elle  mis  en  lumière  :  mais  quan 
àmoy,  ie  tiens  pour  certain  quilneftpas  fo* 


desjndes.  Liure  I.  36 

ancien ,  d'autant  qu'outre  les  raifons  déduites 
au  chapitre  précèdent ,  ie  n'ay  leu  en  aucun 
autheur  ancien,  traittant  des  horloges  ,  qu'il 
foitfaict  aucune  mention  de  la  pierre  d'ay mat. 
Et  neantmoinsileft  certain  que  le  principal  Se 
plus  neceflaire  instrument  des  cadrans  au  loleil, 
dont  nous  vfons  auiourd'huy ,  eft  l'aiguille  de 
fer  touchée  de  la  pierre  d'aymant.  Quelques  au- 
theurs  approuuez  efcriuent  en  Thiftoirc  des  In- 
des Orientales,  que  le  premier  qui  commen- 
ça à  defcouurir ce fecret  fur  mer,  fut  Vafco  de  jJa  de  lu. 
Gamajequel  à  la  hauteur  de  Mozambique  ren-  ilfoftr.  ngni. 
contra  certains  mariniers  Mores,  qui  vfoient1*-, 
del'aiguille  de  nauieer,&  que  par  le  moyen  d'i-     ^'^'l*! 
celle  aiguille  îlnauigea  ces  mers  :  toutesrois  ils  cap^lt. 
n'eferiuent  point  de  qui  ils  auoient  apprins  ceft  oz^orim  d* 
artifice.-^  quelques- vnsd'entr'eux  mefmesfont rehwi  &$* 
denoftreopinion,quieft,que  les  anciens  ont  £ 
ignoré  ce  fecret.  Dauantage,  ie  diray  vnc  autre 
&  plus  grande  merueille  de  l'aiguille  de  naui- 
ger ,  que  l'on  pourroit  tenir  pour  incroyable ,  fi 
l'onnel'auoit  veu  &  cogneupar  expérience  fi 
afîcuree  &  manifefte.  Le  fer  touche  &  frotté 
de  la  pierre  d'aymant  par  la  partie  d'icelle  pier- 
re, qui  enfa  nahTance  regarde  le  Sud  ouMi- 
dy,  a  cefte  vertu  de  fe  tourner  &  encliner  tou- 
jours &  en  tous  lieux  vers  le  contraire,  qui  efè 
le  Nort  :  toutesfois  en  tous  lieux  ilne  le  re- 
garde pas  directement ,  mais  y  a  certains  points 
&  climats,  où  il  regarde  droitement  k  Nort  &C 
(y  arrefte  :  mais  paffant  ou  changeant  de  ce  cli~ 
mat,il  coftoye  vn  peu,ou  à  l'Orient  ou  Ponent, 
îantplus  qu'il  fe  va  efloignant  de  ce  climaç,  c'eft 

E  iiij 


M.  u 


Hijloire  naturelle 

ce  que  les  mariniers  appellent  nordefter,  ou 
nortoefter.  Nordefter  vaut  autant  à  dire  com- 
me coftoyer,  s'inclinant  au  Leuant,  &  nor- 
toefter s'inclinant  au  Ponent.Et  eft  chofe  de  tel- 
le confequence ,  &  qui  importe  tant  de  fçauou* 
cefte  declinaifon,  &coftoyementderEfguille,  | 
que  fi  Ton  n'y  penfoit,  &  regardoit  de  près,, 
(quoy  qu'elle  foit petite) l'on  s'efgarcroit  mer-J 
ueilleufement  en  la  nauigation  ,  &  arriueroit 
Ton  en  autre  lieu  que  celuy  où  l'on  pretendoU; 
aller.  Vn  iourvn  pilote  Portugais  fort  expéri- 
mente me  difoit  qu'il  y  auoit  quatre  points  en 
tout  le  monde,où  PEfguille  fe  dreiïbit  au  Norr, 
&  me  les  contoit  par  leurs  noms ,  que  n'aytete- 
nus ,  vn  d'iceux  eft  la  hauteur  de  Mie  de  la  Cor- 
ne en  la  Tiercyere,ou  Alçores,  qui  eft  chofe  fort 
cogneuc  à  tous>  mais  tirant  outre  de  là  à  plus  de 
hauteur ,  il  nortoefte ,  qui  eft  à  dire  décliner  an 
couchant.  Mais  tirant  au  contraire  à  moins  del 
hauteur,  vers  l'Equino&ial ,  il  nordefte ,  qui  eft | 
incliner  à  l'Orient,  Les  maiftres  en  ccft  arc| 
pourront  enfeigner  de  combien  &  iufquesoùj 
de  ma  part  ie  demanderois  volontiers  aux  ba- 
cheliers qui  prefumentfçauoirtout  ce  qui  eft, 
qu'ils  me  dùîent  la  caufe  de  ceft  erTed ,  &  pour 
quelle  raifon  vn  peu  Je  fer  frotte  à  la  pierre 
d'aymant,  reçoit  tant  de  vertu  que  de  regar- 
der toufiours  au  Nort  :  mais  encor  auec  telle 
dextérité,  qu'il  cognoit  les  climats  Scdiuerfes 
fituations  du  monde,  &  oùilfe  doit  ficher  & 
dreffer,  où  s'incliner  en  vn  cofté  ou  en  l'autre^ 
suffi  bien  qu'aucun  Philofophe  &  Cofmogra-i 
j>he  qui  foit.  Que  fi  ne  pouuons  bonuemoru; 


àts  Indes.  Liurel.  $? 

<  defcoûurir  la  caufe  &  la  raifon  de  cçs  chofes 

que  nous  voyons  iournellemet  à  l'œil,  qui  fans 

douce  feroient  fort  difficiles  à  croire  ,  fi  nous  ne 

les  voyons  ainfi  ouuertement.  Certes  Ton  co- 

gnoift  bien  par  là  noftre  folie  &  vanité,  de  nous 

vouloir  faire  luges ,  ôc  aflujcttir  à  noftre  raifort 

&  difeours,  les  chofesdiuines,  &  fouueraines. 

Ceft  pourquoy  il  vaut  mieux ,  comme  dit  Gre- 

;  goire  Théologien,  que  la  raifon  f'afïuj  étrille  à  h 

j  foy ,  puis  qu'en  fa  maifon  raefmc  elle  ne  fe  peut 

i  pas  bien  gouuerner.  Mais  cecy  nous  doit  fuffire> 

iretournons  à  noftre  propos,  &  concluons  que 

jl'vfagc  de  l'aiguille  inauiger  n'a  point  ckéco- 

gnciie  des  anciens ,  d'où  l'on  peut  refoudre  qu'il 

|  leur  a  efté  impoiîible  de  faire  voyage  de  propos 

!  délibéré ,  partans  de  l'autre  monde,  pour  venir 

en  ceftuy-  cy  par  I'Occean. 

Refponfe  a  ceux  qui  difent  qu'au  temps  pafse, 
comme  autour d h  uy ,  l'on  a  nauige 
fur  I'Occean. 
Chapitre    XVIIL 

E  que  l'on  allègue  au  contraire  de  ce 
qui  a  efté  dit  que  la  flotte  de  Salomort 
nauigeoit  en  trois  ans^'eft  pas  preuue 
fuffifante,  puisque  les fain&es Ecritures n'af- 
I  ferment  pas  expreflement  que  ce  voyage  duraM 
troisans,  mais  bien  qu'il  fefaifoit  vne  fois  en 
trois  ans.  Et  encore  que  nous  accordions  que  h 
nauigation  duraft  3.  ans,  il  pouuoit  eftre ,  com- 
Ime  ileft  plus  vray-femblabie,  que  cefte  flotte 
Nuigeant  vers  l'Inde  Orientale,  fut  retardée  de 


ÀàÊ> 


ïo».  10. 


; 


Hifloire  naturelle 

fa  route,  pour  ladiuerfité  des  ports  &  région 
qu'elle  alloit  recognoifTant,  côme  aujourd'huy 
en  toute  la  mer  du  Sud  Ton  nauige  depuis  Chi- 
lé  iufqu'à  la  neuue  Efpagne,  laquelle  nauigation 
encore  qu'elle  foit  plus  certaine ,  neantmoirîs 
elle  eft  bien  plus  longue  à  caufe  de  ce  tournoye- 
menr  qu'elle  eft  contrainte  de  faire  par  les  co- 
ites, &  le  retardement  qu'elle  peut  auoir  en  dî- 
uers  ports.  Et  à  la  vérité  ie  ne  trouue  point  es  li- 
mes des  anciens  qu'ils  fe  foient  beaucoup  ad- 
uancez  &  engolphez  enl'Occean,  &  ne  peux 
croire  que  ce  qu'ils  enontnauigé,  ayteftéau-j 
trement,  que  de  la  façon  qu'on  nauige  encore*  j 
aujourd'huy  en  la  mer  Méditerranée.  Qui  don- 
ne occafion  aux  hommes  do&es  de  ctoireque  j 
anciennement  l'on  nenauigeoit  point  fans  ra 
mes,  d'autant  qu'on  alloit  toufiours  coftoyan 
la  terre;  &  femble  que  l'Efcriture  le  veuille  ainl 
donner  à  entendre,  quand  elle  parle  de  cette  iM 
meufe  nauigation  du  Prophète  Ionas,  où  il  eft- 
dit  que  1  es  mariniers  eftans  forcés  du  temps,  r'a* 
menèrent  à  terre.  I 

~~Ôu~e  Ton  peut  conietturer  que  les premiers  peth 
fleurs  des  Indes  y  font  arriue^par  tour- 
mente ,  ejr  contre  leur  volonté. 
Chapitre    XIX. 
Yaht  raonftté  qu'il  n'y  a  point 
d'apparence  de  croire  que  les  pre- 
miers habitans  des  Indes  yfoiens 
venus  de  propos  délibéré,  il ren-t 
_  fuie  doneques  que  fils  y  font  vc«j 
nus  par  mer,  c'a  eftç  par  cas  fortuit ,  &  par  iM 


des  Indes.  Liure  I.  jg 

ce  de  tourmente  8c  tempefte;  ce  qui  n'eftpas 
incroyable  ,  quelque  grande  que  (bit  la  mer 
|  Occeane,  puis  qu'il  enefttout  autant  aduena 
!  de  noftre  temps,  lorsque  ce  marinier  (duquel 
|  nous  ne  fçauons  encores  le  nom,    à  celle  fin 
i  qu'en  vn  ceuure  fi  grand,  S^de  fi  grande  impor- 
tance, ne  T'attribue  point  à  d'autre  autheur  qu'à 
Dieu)  ayant  par  vn  terrible  &  mauuais  temps 
recogneu  ce nouueau monde;  laifTa pour  paye 
de  Ton  logis  où  il  lauoit  receu  ,  à  Chriftophle 
:  Colomb,  la  cognoiffance  d\nc  fi  grande  chofe. 
Ainfi  a-t'ilpeu  arriuer  que  quelques  hommes 
de  l'Europe,  ou  Afrique,  au  temps  p  ailé  ayent 
I  efté  poullèz  par  la  force  &  violence  du  vent,  Ôc 
îiettez  à  des  terres  incogneiies  par  delà,  la  mer 
Occeane.  Qui  eft-  ce  qui  ne  fçait  point  que  plu- 
fieurs,  ou  la  plus  grande  part  des  régions  que 
l'on  a  defcouuertes  en  ce  nouueau  monde,a  efté 
par  ce  moyen ,  defquelles  on  doit  pluftoft  attri- 
buer la  defcouuerture  â la  violence  des  temps 
&  orages,  que  non  pas  à  I'efprit&induftriede 
Ceux  qui  les  ont  defcouuertes?  Et  afin  que  l'on 
recognoifle  que  ce  n'a  pas  efté  de  noftre  temps 
feulement  que  l'on  a  fait,  &  entreprins  de  tels 
voyages,  pour  la  grâdeur  de  nos  nauircs,  valeur 
&  hardiefie  de  nos  hommes,  on  peut  voir  de- 
dans Pline  que  plufieurs  des  anciens  ont  fait  de 
femblables  voyages.  Il  dit  donc  de  cefte  façon: 
•  l'on  raconte  que  Caïus  Cefir  fils  â'^ugu  fie ,  eft  an  t  en  pll  x  ■ 
charge  fur  la  mer  d'Arabie  ,  l'on  vid  çr  recogneut  cap.  6$. 
I  des  pièces  &  refies  de  neutres  Eftagnols  qui  y  tuaient  pe  - 
y.  Et  dit  après:  Nepos  raconte  dit  circuit  Septentno- 
ul9  que  Un  apporta  «  QmntPtf  Metelltn  Celer ,  çompa-, 


PVm.  U.  6, 


Hiftoire  naturelle 

grnn  m  tonfulat  de  Caïtt*  sAjfranm ,  eftant  Un  iïelA 
MeteUm  Proctnful  en  Gaule ,  certains  Indiens  qui  auoient 
efiê prefentès  Par  le  %oy  de  Sueue ,  UfféeU  Indiens  naui- 
geans  de  l'Inde  peur  leur  commerce ,  furent  itttés  en  Ger* 
marne  par  la  force  des  tempefies.  Pour  certain  fi  Pline 
dit  vérité ,  les  Portugais  ne  nauigent  point  au- 
j  ourd'huy  dauantage ,  que  rirent  ceux  là  en  ces 
deux  naufrages,  i'vn depuis l'Efpagne  iufqu'cn 
la  mer  rouge ,  &  l'autre  depuis  l'Inde  Orientale 
iufqu'en  Allemagne.  Le  mefme  Autheur  elcrit 
en  vn  autre  liure,qu'vn  feruiteur  d' Annius  Plo- 
canius,  qui  tenoit  la  ferme  des  droits  de  la  met 
rouge,  nauigeant  la  route  d'Arabie ,  furuint  de» 
vents  du  Nort  furieux ,  tellement  qu'en  quinze 
ïours  il  pana  la  Carmanie ,  iufqu'à  recognoiftre 
Hippures,  port  de  laTaprobane,  qu'aujour- 
d'huy  nous  appelions  Samatre.  Mefme  l'on  ra* 
conte  d'vn  nauire  de  Carthaginois ,  qui  de  la 
mer  de  Mauritanie  fut  poufle  d'vn  vent  de  bize 
iufqu'à  la  veùe  du  nouueau  monde.  Ce  qui  n'eit 
pas  chofe  nouuelle  à  ceux  qui  ont  quelque  ex- 
périence de  la  mer,  d'entendre  que  quelquefois 
vne  tempefte  dure  fi  long  temps  &  obfhnemét  J 
fans  appaifer  fa  fureur.  Il  m'eft  aduenu  allât  aux 
Indes,  que  partant  des  Canaries  i'ay  defcouueff 
$c  apperceu  en  quinze  iours  la  première  terre, 
peuplée  des  Efpagnols.  Et  fans  doute  ce  voyage 
euft  efte  plus  bref,  fi  les  mariniers  euflent  appa- 
reillez toutes  leurs  voiles  àlabizcquicouroitJ- 
Ainfi  me  femble-il  chofe vray-femblable,  que 
au  temps  pafie  les  hommes  foient  arriuezauxj 
Indes  contre  leur  intention,  pouffez,  &  vaincus;! 
de  la  fureur  des  vents.  Ils  font  auPeru  grande 


L 


des  Jndes.  Liure  L  $p 

!  mention  de  quelques  oeansqui  ontefte  en  ces 
quartiers,  lesosdefquelsfevoyentencoresau- 
jonrd'huy  enManta,  &  Port- vieil,  d'vnegran- 
!  deur  énorme,  &  à  leur  proportion  ces  hommes 
deuoient  eflre  trois  fois  plus  grands  que  les  In- 
diens d'aujourd'huy.  Ils  racontent  que  cesceans 
vindrent  par  mer,  &faifoient  laguerreàceux 
du  pays,  qu'ils  battirent  de  fomptueux  édifices, 
dont  ilsmonftrent  encore  aujourd'huy  vn  puits 
fait  de  pierre  de  grand  valeur.  Us  difent  dauan- 
rage,  que  ces  hommes  cômettans  péchez  énor- 
mes, &  fpecialement  celuy  contre  nature,  fu- 
rent embrafez  &  confumez  du  feu  qui  vint  du 
ciel  MeCme  racontent  les  Indiens  d'Yca  &  d'A- 
rica,  qu'ils  fouloient  anciennement  nauiger  fort 
loing  à  des  lfîes  du  Couchant,  ôc  faifoientleur 
nauigation  en  des  cuirs  de  loup  marin  enflez; 
defaçon  qu'il  n'yapoint  faute  de  cefmoigna- 
gespour  monftrer  qu'on  aytnauigé  la  mer  du 
Suddeuantque  les  Efpagnols  y  virulent.  Ainfi 
pouuons-nous  penfer  que  le  nouueau  monde  a 
commencé  d'eure  habité  par  des  hommes  qui  y 
ont  eftéiettezpar  iatempefte  des  vents,  &  la 
force  du  Nort,  comme  finalement  on  la  veiic 
defcouuerte  en  noftrc  temps.  Il  cft  ainfi  (  cfcofe 
bien  confidcrable  )  que  les  œuurçs  de  nature  de 
grande  importance ,  pour  la  plus  grade  par  t  ont 
cfté  trouuees  fortuitement  fans  y  penfer,  &  non 
paspar  Tinduftrie  &  diligence  humaine.  La  plus 
part  des  herbes  médicinales,  des  pierres,  des 
plantes,  des  métaux,  des  perles,  del'or.aymant, 
ambre,  diamant,  &laplufpartdechofesfem- 
|blabie«,  &  leurs  propriété*  &  vertus  font  plu- 


Hifloire  naturelle 

ftoft  venues  enlacognoitfance  des  nomes  paff 
accident ,  que  par  art,  &  par  leur  induftrie  -,  afin* 
que  l'on  voye  que  la  gloire  &  louange  de  celle» 
rnerueilles,  fe  doit  pluftoft  attribuer  à  la  proui-  I 
dence  du  Créateur  ,  que  non  pas  à  rentendemétl 
humain,  pour  autant  que  ce  qui  nous  femblel 
arriuer  fortuitement,  procède  toufiours  de  l'or-I 
donnance  ôtdifpofition  deDieu,  qui  fait  touJ 
tes  chofes  auec  raiion. 


mte  néanmoins  tout  ce  qui  a  e  fié  dit  cy  deJfasjL 
efiflus  vrayfemblable  de  f  enfer  que  lespreM 
mïers  peupkurs  des  Indes  y  font  venum 
j?ar  terre. 


Chapitre    XX, 


E  coclus  donc  qu'il  eft  bien  vray4 
femblable  depenfer  quelesprë| 
miers  qui  arriuerenc  aux  lndesj 
fut  par  naufrage,  &cempefted^ 
9  mer  :  mais  il  le  prefente  fur  cl 
poinct  vne  difficulté,  laquelle  me  trauaille  gran- 
dement, qui  eft,  qu'encores  que  nous  accor- 
dions que  les  premiers  hommes  (oient  venus  à 
des  terres  fi  efloignees  que  celles-  cy ,  &  que  les 
natiôs  que  nous  voyons  îcy,  foient  forties  d'eux, 
&  fe  foient  tellemét  multipliez  comme  ils  font 
àprefent  -,  neantmoins  ie  ne  me  pui;  imaginée 
par  quel  moyen,  ny  de  quelle  façon  les  belles 
&  animaux ,  dont  ilîe  txouue  grande  abondant 


des  Indes,  Lîure  L  ^o 

Ce  aux  Indes,  yayentpeuarriuer,  n'eftantpas 
;  croyable  que  l'on  les  y  ayt  embarquez ,  &  por- 
;  tez  par  mer.  La  raifon  pour  laquelle  nous  fora- 
ines contraints  de  dire  que  les  premiers  hom- 
;mes  des  Indes  font  venus  de  l'Europe,  oude 
il'Afîe,  eft  pour  ne  contredire  à  la  fain&eEfcri-  Cm.  ?2 
1  ture,  qui  nous  enfeigne  clairement  que  tous  les 
hommes  font  fortis  d'Adam*  Parainfinousne 
pouuôs  donner  autre  origine  aux  hommes  qui 
font  es  Indes,  veu  que  la  mefme  Efcriture  nous 
dit  que  toutes  les  belles  &  animaux  de  la  terre 
périrent,  finon  celles  qui  furent  referuees  en 
l'arche  deNoé,  pour  la  multiplication  ôc  en- 
tretien de  leurefpece.  De  façon  que  nous  dé- 
lions neceiïairement  référer  la  multiplication 
de  tous  les  animaux  fufdits,  à  ceux  qui  formant 
de  l'arche  de  Noé  aux  monts  d'Araraat  où  elle 
f  arrefta ,  &:par  ce  moyen  nous  deuons  recher- 
cher, tant  pour  les  hommes  que  pour  les  belles, 
le  chemin  par  lequel  ils  font  paiïèz  du  vieil 
monde  au  nouueau.  Saine!  Auguftin  traidfcanc 
celle  quefîion,  pour  quelle  railon  Ion  trouue  ^'im 
en  certaines  Mes  desloups,  des  tigres,  &au-  "*'**  '*7~ 
très  belles  rauifTantes,  qui  n'apportent  aucun 
profit  aux  hommes,  veu  qu'il  n'y  a  point  de  dou- 
te que  les  elephans,cheuaux,  bœufs,  chiens,  ôc 
autres  animaux  dont  fe feruent les  hommes,  y 
ont  elle  portez  tout  exprès  en  des  nauires,  com- 
me nousvoypns  aujourd  huvque  l'onîespor- 
te  depuis  l'Orient  iufques  en  l'Europe,  &de 
rEurope  au  Peru,  encores  que  les  voyages  en 
foientfi  longs.  Et  par  quel  moyen  ces  animaux 
«jui  font  de  nul  profit,  au  contraire  font  dorn- 


Hifioire  naturelle 

maeetbles  côme  les  loups,  &  autres  de  telle fl- 
eure farouche  ,  ayent  peu  paOer  aux  Indes ,  fup- 
pofe  (comme  il  efteerrain)  que  le  déluge  noya 
toute  la  terre.Sur  lequel  traidté*  ce  dofte&  faing 
homme  etfaye  à  fe  démefler  de  ces  difficultez,di. 
fant  qu'ils  peurent  patfer  à  nage  en  ces  Mes ,  ou 
quequelqu'vn  lesyaportez  exprès  pour  le  dej 
duitde  lachaiîe-,  oubienque  parla  volonté  de 
Dieu  ils  euiïent  efté  cteez  toutde  nouueau  de  1* 
terre,  enlamefme  forte  &  manière  de  la  pre- 
mière création ,  quand  Dieu  dift  :  Que  U  terre  m- 
Gtntï   i.     àmfe  tout  animal  vtuant  enfin  genre    animaux  reptiles, 
*'  Crbefies  fauuages  deschamps  filon  leureflecc.  Mais  II 

nous  voulons  appliquer  cette  folutiôn  a  no-  , 
ftre  propos,  la  chofe  en  demeurera  plus  amba- 
raljbe  :  car  cômençant  au  dernier  point ,  il  n'eitti 
pas  vray-  fcmblable ,  félon  l'ordre  de  nature ,  nf\ 
n'eft  pas  chofe  conforme  à  1  ordre  du  gouuerne* 
ment  que  Dieu  a  eftably ,  que  les  animaux  par-,1 
faits,  comme  les  lyons,  les  tigres,  &leslouPs^ 
f'engendrent  de  la  terre  fans  leur  génération^ 
comme  l'onvoid  quelesrats,  les grenouilles! 
les  abeilles ,  &  tous  autres  animaux. împarraict* 
f' engendrent  communément.  Dauatage,  à  quefl 
propos  eft-ce  que  l'Efcriture  dit ,  &  répète  tarif 
de  fois  •  Tu  Prendras  de  teu*  les  Animaux  tr  ojfeaux  dt* 
Geneî.j.      cul 9feft & 'fift ^afies & femelles   afin ^eleurgen^ 
ration  s  entretienne  fur  la  terre  :  fi  tels  animaux  après 
le  déluge  deuoienteftre  créez  derechef  par  vne1 
nouuelle  manière  de  création,  fanslaconjon-; 
aion  dumafle  &  femelle?  Ëtfurce,  pourroit 
encores  fe  faire  vne  autre  queftion;  -pour quoy 
tels  animaux  naiffans  de  la  terre,  félon  cette  opi- 
nion, 


des  Indes.  Dure  î.  Z} 

hioh  )  il  n'y  en  a  pas  auffi  bien  en  toutes  ïe&au- 
très  parties  de  la  terre  ferme  ,  &  es  autres  m  es 
fmifque  nous  ne  deuonspas  confiderer  l'ordre 
naturel  de  là  génération,  mais  feulement  la  libé- 
ralité du  Créateur.  Dautrepart,  que  Ion  ayt 
pafïéquelques-vns  deces  animaux  pour  le  dé- 
duit de  lachafTe  (quieftfon  autre  refolution)  ie 
ne  le  yeux  pas  tenir  du  tout  pour  clïofc  incroya- 
ble, d'autant  que  nous  voyons  fouuentefois  que 
'es  Princes  &grads  Seigneurs  tiennent &=-hour- 
ifïent  en  leurs  cages,  pour  Ieur^laifu:^gran« 
leur  tant  feulement ,  des  lyons,  des  oûr^Sc  au- 
tes  bettes  fauuages,  principalemet  quand  elles 
ont  amenées  de  terres  Iôingtaines.  Hais  de  dire 
eïa  des  loups,  renards,  &  autres  animaux  qui 
l'apportent  aucun  profit,  ôc  qui  n'ont  rien  de- 
are,  nydebort,  que  de  faire  dommage  au  be- 
:ial$  &  de  dire  aufîi  qu'ils  ontprinslapeinede 
es  apporter  par  la  mer  pour  la  chatte ,  certaine- 
ient  c'eft  chofe  qui  n'a  point  de  raifon.  Qui 
ft  ce  qui  pourra penfer  qu'en  vne  nauigation  fi 
)ngue  &  infinie  il  y  ay  t  eu  des  homes  qui  ayent 
rins  la  peine  de  porter  au  Peru  des  renards, 
rincipalement  de  ceux  qu'ils  appellent  anas, 
m  eft  vneefpecé  des  plus  ords  ôc  infects  que 
lye  ïamaisveu?  Qui-voudra  dire  an ffi  qu'ils  y 
yent  apporté  des  tigres  &  des  lyons,  certaine- 
lent  c'eft  chofe  digne  de  rifee  ôc  mocquerie  de 
;  vouloir  penfer  :  car  c'eftoit  âifez  ,  voire  beau- 
aup  aux  hommes,  pouffez  malgré  eux  par  1  a- 
igc  &  latempefte  en  vn  fi  loingtain  ôc  inco- 
leu  voyage,  depouuoirefchapper  dudange* 
i  la  mer  leurs  propres  vies,  fans  f  amufer  à  pot* 


jltfioire  naturelle 
ter  des  renards  &  des  loups ,  &  les  nourrir  par  la 
îner.  Si  donc  ces  animaux  font  venus  par  mer  il 
fout  croire  que  ç'aefté  à  nage;  ce  qui  le  peut  fai- 
fe  en Telques  lues  peu  distantes  &  efio.gnees 

des  autres  ou  delà  terre  ferme,  comme  1  on  ne 
feeutnler.veufexperiencecertainequenous 

en  auons,  &  que  nous  voyons  que  ces  animaux 
Sans  prêlfe^nagenr  iour  &  nui£t  ^s  fe  kffe  , 
&  en  fin  ils  fefchappenr  delafaçon.  Mais  cela 
Femend  en  de  petits" golphes  &  trauerfes,  pour- 
ce  qu'en  noftreOccean  l'on  fe  mocqueroi M 
tels  nageurs;  veuque  les  ailles  faillent  aux  oy- 
Seaux ,  mefme  de  grand  vol ,  fur  le  paffage  d  vi 
f  grand  abyfmeAt  combien  qu'il  fe  uouuc 
bifn  des  petits  oyreaux  qui  volent  plus  de  cen,| 
Es,  comme  nous  l^ns  y  eu  plufieursfo.se  J 
voyageant,  toutefois  ceft  enofe  impolfible  au 
ovfeaux  ,  à  tout  le  moins  fort  difficile,  depou^ 
Sir  paffer  toute  la  merOcceane.  Or  tout  cj 
^e  nPous  auons  dit  cy  deffus  eftant  véritable  p 
quelle  part  ferons-nous  le  chemin  acesbeft 
Luages  &  aux  oy  filions  pour  les  paffer  aux  I 
des  ;  &  comment  dirons-nous  qu  ils  font  paflt 
d'vn  monde  à  l'autre;  le  conjecture  donc  par 
difeours  que  j'ay  fait,  que  le nouueau raond 
Îue  nous  appelions  Indes,  n'eft  point  du  to 
S-ny&-del'autremonde,&pour. 

dire  mon  o/ni°n .  ^  f  'à  fort  lonStetnPS^, 
i'ay  penfé  que  l'vne  &  1  autre  terre  feio.gnei 
&  continuent  en  quelque  part,  ou  à  tout» 
moins  f  auoifinent  &  approchent  de  bien  pi< 
Et  toutefois  encor  iufques  a  prefenr  n  y  a  au  j 
ne  certitude  du  contraire,  poureeque  versg 


des  Indes.  Liure  I.  "72 

Pôle  Aréique,  que  nous  appelions  le  Noîr* 
toute  la  longitude  de  la  terre  n'eft  pasdefcou! 
«rtc  &  cogneuc    8c y  en  aplufieurs  qui  affer- 
ment qu  au  deffus  de  la  Floride  f eftend  au  Sep- 
tentrion vne  terre  fort  large ,  qu'ils  difent  fe  ve- 
n  r  rendre  mfqu a  la  mer  Scy  tique,  ou  Germani. 
que.  D  autres  adjouftent  qu'il  yaeuvnnauire, 
qui  nauigeanr  en  ces  parties ,  raconte  auoir  veu 
acofte  deBacaleos,  quifeftend  quafiiufques 
»ux  fins  de  l'Europe  Dauantage,  l'on  neLit 
ion  plusiufques  où  [> eftend  la  terre  qui  court 
m  deinrs  du  cap  de  Mendoce,  en  la  mer  du  Sud 
monquelonditque  c'eftvneterre  fortgran' 
e  &  qm  court  vne  longueur  infinie;  &  retour. 
ma  1  autre  Pôle  du  Sud,  il  n'y  a  pas  homme 
|u.fçacheoùParrefte  la  terre  qui  e*  de  l'autre 
ofte  du  deftroit  de  Magellan.  Vn  nauire  de  l'E- 
efque  de  Plaifance  qui  pafTa  le  deftroit,  racon- 
=  nauo,r  perdu  laveuç  de  la  terre,  Je  mefme 
JtHetnandeLamer  pilote,  quipar  tourmen- 

Xï  /■"  r°?  tr°,is  der&ez  au  defrus  d"dift 
eft  oit.  Ainfi  n  y  a-il  raifon ,  ny  expérience  qui 
ontredife  mon  imagination ,  ou  opinion ,  fea- 
onreft    que  toute  la  terre  fe  ioint  &  continue 
n  quelque  endroit,  ou  à  tout  le  moins  qu'elle 
approche  fort  1  vne  de  l'autre.  Si  cela  eftvray 
omme  en  effet  il  y  a  de  l'apparence,  la  refponf  ê 
ftayfee  au  doute  fi  difficile  que  nous  auions 
ropole  ,  comment  peurenr  pafTer  aux  Inde» 
a  premiers  peupleurs  d'icelles  ;  pource  que 
on  doit  croire  qu'ils  ne  peuuent  pas  tant  y 
•tre  venus  nauigeans  par  la  mer,  comme  che- 
unanspar terre,  &auroientpeu  faire  ceche- 

Fij       - 


Il 

Wftbire  naturelle 

langues  que  nous  y  voyons . I . 

Chapitre   XXI. 

Es  lignes 8c  argumens  q«ife/eH 
Tent  à  ceux  qui  font  curieux  d  examd 

que  les  anciens  ne  nau.geoien    qu  aux  c 

™oes  7ad  toutes  font  moindres  que  challoj 
/.Ses  fortes  de  vailTeaux  feuleme. 
&  efSlÏ,  auLlefquelsilsnepourroK 
f  ngolpher  envne  fi  grande  trauerfe,    ans 
Î3efte  dan-et  de  naufrage,  &  ores  qu  ils  e 


desjndes,  Liure  II  »1 

de  laiguille^flrolabe,  ou  cadran.  Que  fils  euf- 
fent  efté  8.  ou  lo.iours  fans  voir  la  terre,  il  eftoit 
impofîîble  qu'ils  ne  fe  perdirent ,  fans  pouuoir 
recognoiftre  où  ils  euflent  efté.  nous  recognoif- 
fens  plufieurslfles  fort  peuplées  d'Indiens,  Se 
leur  nauigation  fortvfitee:  mais  c'eftoit  celle 
qu'ils  pouuoient  faire  en  canoës  &  barquettes 
fans  l'aiguille  denauiger.  Quand  les  Indiens  du 
Peru  qui  demeuroient  en  Tombes, virentlapre- 
mierefois  nos  nauires  Efpagnolsnauigeans  au 
Peru,  &  recogneurent  la  gradeur  des  voiles  ten- 
dus ,  &  du  corps  des  nauires ,  demeurèrent  fort 
eftonnez,  &  nepouuans  fe  perfuader  que  ce 
fuffent  nauires ,  pour  n'en  auoiriamais  veude 
telle  forme  &  grandeur,  f'imaginoient  que  ce 
fuilent  des  roches.  Maisvoyans  qu'ils  aduan- 
çoient  fans  f  enfoncer ,  demeuroiem  tous  raui$ 
&tranfportezd'efpouuentement,  iufquesàcç 
que  regardans  de  plus  près,  ils  recogneurent  des 
hommes  barbus  qui  cbeminoiét  en  iceux,qu  ils 
eftimerent  alors  deuoir  eftre  quelques  dieu^ 
ou  gens  du  ciel.  D'où  il  appert  combien  c'eftoit 
chofe  încogneiie  aux  Indiens  d'auoir  de  grands 
nauires.  Il  y  a  encore  vne  autre  raifon  qui  nous 
fait  croire,  &  tenir  pluftoft  l'opinion  fufdite, 
fçauoir  que  ces  animaux ,  defquels  nous  difons 
n'eftre  pas  croyable  qu'ils  ay ent  efté  embarqués 
par  aucuns  horam  es  pour  p'orter  es  Indes;ne  fe 
tiennent  qu'en  la  terre  ferm  e ,  &  non  point  aux 
Iiles  qui  font  à  quatre  iournees  de  terre  ferme. 
I'ay  fait  cefte  recherche  pour  faire  preuue  de  cen 
7i  d'autant  qu'il  m'a  femblé  que  c'eftoit  vn> 
point  de  grande  importance,  pour  merefou^ 


Hijtoire  naturelle 

dre  eh  l'opinion  que  i'ay  dite,  que  la  terre  des 
Indes,  d'Europe,  d' Afie  &  d'Afrique ,  ont  quel- 
que communication  enfemble  ,  ou  a  tout  le 
moins  qu'elles  Rapprochent  fort  par  quelque 
partie.  Il  y  a  en  l'Amérique  &  Peru  beaucoup 
debeftesfauuages,  comme  deilyons, encore* 
qu'ils  ne  foient  femblables  en  grandeur,  fierté, 
ny  en  la  mefme  couleur  de  roux,  aux  renommes 
lvons  de  l'Afrique.  Il  y  a  auffi  grand  nombre  de 
tygres  qui  font  fort  cruels,  &  plus  commune- 
ment  aux  Indiens ,  que  non  pas  aux  Efpagnols. 
Ilyaanflidesouts,  non  pas  toutesfms  en  tort 
grande  abondance.  Des  fangliers  &  des  renards 
vn  nombre  infiny.  N  eantmoins  fi  nous  voulons 
chercher  de  toutes  ces  efpeces  d'animaux  en 
l'IfledeCuba.Efpagnolle,  Iamaïque ,  la  Mar- 
guerite, oulaDominicque,  il  ne  f'en  trouuera 
lucuns  Tellement  qu'efdites  Ifles ,  quoy  qu  el- 
les fuffent fertiles,  &  degrandeeftendue,ilny 
auoit  aucune  forre  d'animaux  de  feruiçe,  quand] 
les  Efpagnols  y  arriuerent.  Mais  pour  le  prefend 
il  y  a  fi  grand  nombre  de  rrouppeaux  de  chej 
«aux,  bœufs ,  vaches ,  chiens  &  pourceaux  ,  qui 
ont  multiplié  de  telle  façon,  que  jà  les  troupe 
peaux  de  vaches  n'ont  plus  demaiftre  afleurc 
mais  appartiennent  au  premier  qui  les  rue,  Si 
iartiere,  foit  en  la  montagne ,  ou  aux  champs 
ce  que  les  infulaires  font  feulement  pour  auoi 
le  cuir  dont  ils  font  grand  traffic,  laifians  perdr 
lachair  fanslamanger.  Les  chiens  y  onttellej 
ment  multiplié,  qu'ils  marchent  en  trouppes.fi 
endommagent  fort  le  beftial ,  &  font  autant  d. 
dégaft  que  les  loups ,  qui  eft  vne  grande  incon 


des  Indes.  Liure  1.  ^ 

moditc  en  ces  Ifles  là.  Il  n  y  a  pas  feulement 
faute  debeftes  fauuages  en  ces  Ifles,  mais  en  la 
plus  grande  part,  d'oy  féaux ,  &  oy  (liions.  Pour 
les  perroquets,  ily  enabeaucoup  qui  ontvn 
grand  voj,  ôc  vont  par  bandes:  mais  il  y  en  a  peu 
comme  i'ay  ait,  &  d'autres  fortes d'oyfeaux.  De 
perdrix  il  ne  me  fouuientpas  d'yen  auoirveu, 
ny  entendu  qu'il  y  en  aye  comme  au  Peru.  Auflî 
peu  y  a-il  decesbeftes  qu'ils  appellent  au  Peru 
guancos,&  Vicunas,  qui  font  comme  chèvres 
fauuages,  fort  viftes,  en  l'eftomac  desquelles  fc 
trouue  la  pierre  bezaar ,  que  plufieurs  eftiment 
de  grand  prix,  Se  f  en  trouue  quelquefois  d  aufîî 
grofles  quvn  œuf  de  poulie,  voire  la  moitié 
dauantage.  Ils  n'ont  non  plus  d'autre  forte  de 
beftial,  que  de  ceux  que  nous  appellonsmou- 
tons  d'Inde,  lefquels,  outre  la  laine  &  la  chair, 
de  laquelle  ils  fenourriflent,  &feveftent,  leur 
feruent  d'afnes ,  &  de  voi&ures  à  porter  charge. 
(ls portent  la  moitié  delà  charge  dvne  mule, 
&  font  de  peu  de  frais  à  leurs  maiftres ,  pource 
qu'ils  n'ont  befoin  ny  de  ferrures ,  ny  dp  bas,  ny 
i'auoine  pour  leur  viure ,  ny  en  fin  d'autre  har- 
lois,  d'autant  que  de  tout  cela  ils  en  font  pour* 
neuz  de  nature  ,  qui  a  voulu  en  ce  fauorifer  ces 
pauures  Indiens.  De  tous  ces  animaux,  &  de 
plufieurs  autres  fortes,  dont  ieferay mention 
en  fon  lieu ,  la  terre  ferme  des  Indes  cft  fore 
abondâte  &  remplie.  Mais  il  ne  f'en  trouue  aux 
Ifles  que  ceux  que  les  Efpagnols  y  ont  appor- 
tez. Il  eft  bien  vray  qu'vn  de  nos  Frères  vid  vn 
iouryntygre  envnelfle,  comme  il  nous  a  ra- 
conte fur  le  propos  d'vnefienne  pérégrination 

F  iiij 


Hifloire  naturelle 
&  naufrage.  Mais  interroge  combien  cède  Me 
eftoit  efloignee  de  terre  ferme ,  rcfpondit  com- 
me de  fix  à  huit  lieues  pour  le  plus,  laquelle  ira- 
uerfe  de  mer  les  tygres  peuuent  alternent  palier 
à  nacre.  On  peut  inférer  par  ces  argumens  &  au-, 
tresïemblables,  que  les  premiers  Indiens  ont. 
pafle  pour  peupler  ces  Indes  plus  par  le  chemin! 
He  terre  que  de  mer;  ou  ('il  y  a  eu  nauigation,J 
quelle  naefte  ny grande,  ny difficile,  pource 
que  c'eft  chofe  indubitable  qu'vn  monde  doit 
eftre  ioint  ÔC  continué  auec  l'autre ,  ou  à  tout  le 
moins  eftre  en  quelque  endroit  fort  proche  1  vrt 
de  l'autre. 


gue  le  lignage  des  Indiens  ri  eft point  p  appât 
'  iljle  Atlantique,  comme  quelques-vus 
simaginent. 
Chapitre  XXII. 

PA  Lyenaquelques-vnsquifuiuansrol 
g?  pinionde  Platon,  mentionnée  cy  deP 
|é  fus,  rapportent  que  cts  gens  là  par- 
$  tirent  de  l'Europe,  ou  bien  d' Afrique* 
pour  aller  en  cefte  tant  fameufe,  &  tant  re- 
nommée Ifle  Atlantique,  &  que  delà  ilspafl** 
jfcnt  d'Ifle  en  autre,  iufques  à  paruenir  à  la  terre 
me  des  Indes  \  pource  que  le  Crifias  de  Platon 
çA  fon  Timee  ,  en  difeourt  de  cefte  manière, 
Car  fi  Me  Atlantique  eftoit  auffi  grande  com- 
me toute  r  A  fie  &  l'Afrique  enfemble ,  ou  bieri 
encore  plus  grande,  comme  veut  dire  Platon, 
çlle  deuroit  par  neceflïtc  comprendre  tout 
l'Occean  Atlantique ,  &  paruenir  préface  wf 


des  Indes.  Liure.  T.  4j 

quesauxlslesdunouueau  monde.  Et  dit  dauan- 
■  tage  Platon,  que  par  vn  grand  &  eftrangedelu- 
<  gefonlsle  Atlantique  fe  noya,  &  parce  moyen 
i  rendit  cefte  mer  innauigable  ,  pour  la  grande 
j  abondance  des  bancs,  rochers,  &impetuofite 
àes  vagues  qui  y  eftoient  encore  de  Ton  temps. 
Mais  qu'en  fin  les  ruines  de  cefte  Isle  noyée,  Te 
raflîrent  &  rendirent  cefte  mer  nauigabie."  Cecy 
aeftéfortcurieufementtrai&é&  difeouru  par 
aucuns  nommes  doctes,  &  de  bon  entende- 
ment i  &  neantmoins  eftant  de  près confid ère, 
a  vray  dire  fe  treuuent  chofes ridicules, qui  ref- 
femblent  plus  les  fables,  pu  contes  d'Ouide, 
qu'vne  hiftoire,ou  Philofophe  digne  d'eftre 
mile  en  auant.  La  plus  part  des  interprètes  & 
expofîteurs  de  Platon,  afferment  que  c'eft  vne 
/raye  hyftoire  tout  ce  que  Crifias  raconte  de 
.  cftrange  origine  de  liste  Atlantique  ,  de  fa 
grandeur  &profperité,  des  guerres  qu'ils  ont 
mes  contre  ceux  de  l'Europe,&plufieurs  autres 
rhofes.   Ce  qui  fait  croire  dauantage  que  c'eft: 
îiftoirevraye  font  les  paroles  de  Crifias,  que 
?laton  introduit  en  Ton  Timee,  difant,  que  le 
ubied  qu'il  veut  traiter  eft  de  chofes  eftran- 
>es>  ma*s  qui  font  neantmoins  véritables.'  Les 
Mttes  difciples  de  Platon  confiderans  que  ce 
iifcours  a  plus  d'apparence  de  fable ,  que  non 
3as a'niitoire,  difent,  que  l'on  doit  entendre  ce- 
a  par  allégorie,  &  que  ça  elle  l'intention  de 
eurdiuin  Philofophe.  De  cefte  opinion  eft 
rocle,& Porphyre,  voire Origene ,  lefqueîs 
ituxicnt  rant  ks  eferits  de  Platonique  quand 
??0|*arlent,il  fembleque  ce  foientles  liurès 


jjtfloire  naturelle 
de  Moyfe,ou  d'Efdras,&  là  où  il  leur  femble  que 
les  efcrits  de  Platon  ne  font  pas  vray  Semblables,  t 
difent  qu'on  les  doit  entendre  en  fens  allégorie 
&  myftic.  Mais  pour  dire  la  venté,  «neporte 
point  tant  de  refpeft  i  l'authorite  de  Platon, 
cuoy  qu'ils  l'appellent  diuin,  qu  il  me  lemble 
trop  difficile  de  croire  qu'il  ayt  peu  efcnre  ces 
chofesde llsle  Atlantique ,  pourvne  vraye hi- 
ftoire.lefquellespourcelanelaiffentpointde- 

ftre  de  pures  fables  :  veu  qu'il  confeffe  ne  1  auoir| 

appris  que  de  Critias  qui  eftoit  petit  enfant ,  & 

entre  autres  chanfons  chantoit  celle  de  1  Isle  At-, 

lantique.Quoy  que  c'en  foit,que  Platon  1  ayt  efl 

crit  pour  hiftoire.ou  pour  fable ,  quant  a  moy, 

ie  croy  que  tout  ce  qu'il  a  efcntde  cefte  Isle., 

commençant  au  dialogue  du  Timee ,  &  pour 

fuiuant  à  celuy  de  Critias ,  ne  peut  eftre  tenj 

pour  chofe  vraye  ,  finon  entre  les  enfans  &  e 

vieilles.  Qui  ne  tiendra  pour  fable,  dédire  qui 

Neptune^  amoura  de  Clyté,&  eut  d  elle  an 

fois  des  gémeaux  d'vne  ventrée  ,  &  que  d  vnl 

montagne  il  tira  trois  pellottes  rondes  de  raeri 

&  deul  de  terre  ,  qui  fe  reffemblo.ent  fi  bied 

que  l'on  euft  dit  qu'elles  euflent  efte  faift 

toutes  en  vntour  ?  Que  dirons -nous  dauantj 

ge  de  ce  temple  de  mil  pas  de  long,  &de  ciri 

cents  de  large,  duquel  les  parois  par  cfehoi 

eftoienttoutes  couuertes  d  argent    toutle  laq 

bris  d'or  ,  &  le  dedans  d'yuoire  c.felle  &  entid 

lafTéd'or.d-argent.&de  perles;  Enfin  parlant 

fa  ruine  finale ,  il  conclud  ainfi  au  Timee  :  En 
mt  CT  vne  miS  furent  vn  guni  Muge  ,  f  «  Uf 
nmm  fMttsfwtnt  ufrmu  *  mmut»  f™«fi 


'" 


des  Indes.  Lime.   F.  4<î 

I O*  de  cefte  façon  l'ijle  ^tUntijueeftdntfi&metvee, 
Ifamt  entamer.  Pour  certain  ce  fut  bien  à  pro- 
osque  cette Iflc  difparut  fi  fubitement,  veu 
ueJie  cftoit  plus  grande  que  l'Afie  &  l'Affi- 
ne enfemble,   ôc  qu'elle  eftoit  fai£te  par  en- 
untement.  C'eftchofe  auffi  demefme  fort  à 
•opos  ,  dédire  que  les  ruines  de  cette  Me  iî 
■aiïde  fe  voyent  au  fonds  de  la  mer,&  que  ceux 
n  les  voyent,  qui  font  ks  mariniers  ;  ne  peu- 
^ntnauigerparlà.  Jïuis  il  adioufte  ;  Pour  cette 
éfe-iufittes  amouMuy  cefte  mer  ne  fe  nature  point, 
nef  eut  eflre  namgee  pour  raifon  du  Une  Jm peu  l 
tseflformi en  ce  fie  ijle  fubmergee.  le  demandé- 
es volontiers  quelle.mer  apeu  engloutir  vne 
Je  infinité  de  terre,  qui  ettoit  plus  grande 
e  toute  l'Afie&  l'Afrique  enfembie  ,  &  qui 
confinoitiufques  aux  Indes,  &  encore  l'en- 
>utirde  telle  façon,  qu'il  n'en  foit  demeuré  à 
"lent aucuns  reftes,  ny  apparences  quelcon- 
es  :  veu  qu'il  eft  tout  cogneu  ôc  efprouué 
e  les  mariniers  ne  trouuent  aucun  fondCquoy 
e  longue  foit  leur  fonde)  en  la  mer  ou  ils  di- 
tauoir  efté  cefte  Me.  Toutesfbis  ce  pourra 
flbler  chofe  indiferete  ôc  eiloignee  de  rai- 
E  de  vouloir  difputerferieufement  les  cho- 
qui  ont  efté  racontées  par  paiTetemps  feule- 
nt, ou  bien  fi  Ion  doit  auoir  tant  de  refpeft 
authorité  de  Platon  (comme il  eft  bien  rai- 
gable)  on  les  doit  pluftoft  entendre  ,  pour 
niher  fimplement ,  comme  en  peinture  la 
)fperité  dVne  ville ,  ôc  quant  &  quant  fa  per- 
(on.  Car  l'argument  qu'ils  font  pour  prou- 
que  réellement  ôc  defai&ceftelfie  Atland- 


_ 

ffifioire  naturelle 

oue  ayt  eue ,  difans  que  la  mer  en  ces  parties  1| 

retient  encor  auiourd'huy  ce  nom  d'Atlantique, 

eftde  peu  d'importance-,  veu  que  nous  fçauons 

*Biir*<î-  que  le  mont  Atlas,  duquel  Pline  ditcefte  mer 

&  l>  *■  *'  3 T  *  auoir  pnns  Ton  nom  ,  eft  aux  confins  de  la  met 

de  Mauritanie.  Et  fi  le  mefme  Pline  raconte  quef 

ioi^nant  le  mont  fufditily  avnelflenommecf 

Atlantique,  qu'il  dit  eftre  fort  petite  &  de  fonj 

peu  de  valeur. _— 

^  f  opinion  de plu/leurs  qui  affament  que  il 

^première  race  des  indiens  vint  des  îuif s, 

neji point  véritable. 

Chapitre    XXIII. 

Aintenant  que  nousauons  mofti 

i  qu  il  n'eft  point  vray-séblabk  qi 

les  premiers  Indiens  ayent  paf 

!  aux  Indes  par  l'Ifle  Atlantique,il 

1  ena  d'autres  qui  difent  &  ont  op 

niô  que  ce  fut  par  ce  chemin  dont  parle  Efdr 

4.Ï/&.13.    Iiurequau-iefme,difantainfi:  Et fource quetu m 

quihJfembUitvne  autre  troufe  &  multitude  dhwt 

parles  Jufauras  que ceux-là  font  les  dix  tributs  qui j 

rtnt  mene\en  captiuitè  au  temps  du  Ksy  O^que  Sain 

nalar  I{oy  des  Syriens  mena prifinmers ,  CT  UtfW 

ï  autre  (art  du  fleuue,  &>  furent  tranftorte\envnei 

tu  terre,  ils  arrefterent  <tr  refolurent  entreux  de  IdtJJe 

multitude  des  Gentils,  0-de  fafer  en  autre  rewnf 

efioignee,  ou  ïamais  les  humains  n'habitèrent ,  afin  de£ 

derleurloy  quils  riauoient  feu  conpruer  en  leur  te 

ils  payèrent  donc  [4t  deschemins  efimts  du  fient*  i 


des  Jndes.  Liure  t.  ^ 

hite.tar  alors  Dieu  monfira  fis  merueilles  en  leur  en- 
(royrrtjfant  le  cours  du  fient  lufques  k  et  quds  eujfent 
>afe,  d'autant  que  le  chemin  four  aller  en  ceftere?ion, 
fitt très-long,  o*d'vnan  erdemy,  <&> appelle  ce  fie 
mon  ^trfaretb.  ^ilors  tlsy  dtmturerent  iufques  aux 
Urmtrs  temps.  Maintenant  quand  ils  commenceront  à 
tutmr ,  le  Tout-puiffant  retiendra  derechef  W  autrefois 
f  cours  dufiettue,  afin  qu'ils  put tfntpafer,  erpour  cefit 
mfe  tu  04  veucefie multitude  aucepaix.  Quelques- 
'ns  veulent  accommoder  cefte  eferiture  d'hf- 
!ras  aux  Indiens,  difans  qu'ils  furent  conduits 
'.eDieu  ou  iamais  n'habita  genre  humain,  ôc 
juc-Ia  terre  où  ils  demeurèrent  eft  il  efioignee, 
[u'ilyavn  an  &demy  de  chemin  pour  y  aller,* 
(tant  celte  nation  naturellement  paifible  ,  & 
mil  y  a  de  grands  indices  &  argument  entre 
:  vulgaire  de  ces  Indiens  ,  pour  faire  croire 
u'ils  defeendent  de  la  race  des  Iuifs,  d'autant 
ue  lonles  voit  communément  efchars,rabaif- 
:z,  cérémonieux,  &fubtils  enmenfonge.  Et 
îfent  dauantage  que  leurs  habits  refTemblene 
m  à  ceux  dont  vfoient  les  Iuifs ,  pour  ce  qu'ils 
ortent  vne  tunique  ou  chemifolle ,  &  vn  man- 
:au  brodé  tout  au  tour,  vont  les  pieds  nuds, 
u  feujemeut  auec  des  femelles  attachées  de 
Durtoyesfur  lepied  ,  qu'ils  appellent  Ojotas. 
t  dncnt  qu'il  appert  par  leurs  hiftoir es^comm* 
ufli  par  ks  anciennes  peintures ,  qui  les  repre- 
nnent en  cefte  façon  ,  que  ccit  habit  eftoic 
ancien  veftement  des  Hebrieux  ,  &que  ces 
eux  fortes  d'habits  dont  les  Indiens  vfent  tant 
élément,  eftoient  ceux  dont  vfoit  Samfon, 
ne  lïfcriturc  appelle  ,  Tumcam,  &  Swdwm, 


J^floire  naturelle 


qui  eftlemefme  que  les  Indiens  appellent  che..  (| 
mifollc  &  manteau.  Mais  toutes  ces  conieftu- 
res  font  légères  ,  &  pluftoft  contr'eux,que  pour 
eux-  car  nous  (canons  bien  que  les  Hebneux  1 
vfoient  de  lettres,  &  il  n'y  en  a  aucune  appa- 
rcnce  entres  les  Indiens.    Les  autres  eltoientl 
fort  amy  s  de  l'argent,  &  ceux-cy  n'en  ont  point 
de  cure.  Les  Iuifs  s'ils  nettoient  circoncisse  s'c-J 
ftimeroient  pas  Iuifs,&  les  Indiens  au  contraire 
ne  le  font  ny  peu ,  ny  point,  &  iamais  n'ont  vi 
de  cérémonie  qui  en  approche ,  corne  pluiieun 
des  Orientaux.  Mais  quelle  apparence  y  ail  dd 
coniedurer  cecy,veu  que  les  Iuifs  font  tant  dili- 
gens  à  conferuer  leur  langue  &  leurs  antiquitezjj 
de  forte  qu'en  toutes  les  parties  du  monde  01 
ils  font,ils  différente  les  cognoit-on  toufiour 
d'auec  les  autres  ,  Ôc  neantmoins  qu'aux  Inde 
feulement  ils  avent  oublié  leur  lignage,leur  lof1 
leurs  ceremonies,leur  Mcffie,&  finalement  tôt 
leur  ludaïfmeîEnce  qu'ils  difent  que  les  Indiel 
font  efchars,rabaiffez,fuperfticieux&  fubtils  ej 
menfonge-  pour  le  premier  c'eft  chofe  qui  n  e 
point  commune  à  tous:car  il  y  a  des  nations  ei 

rre  ces  Barbares  exemptes  de  ces  vices.  Il  yen 
d'autres  généreux.  &  hardis  ,  il  y  en  a  auffi  < 
oroffiers,&  fort  lourds  d'entendement.  Quai 
aux  cérémonies  &fu perditions,  les  Gentils < 
ont  toufiours  fortvfé.  De  leur  façon  d'habit 
comme  il  a  efté  deferitcy  deuant,  ils  en  vfe 
ainfi,  pour  ce  que  c'eft  le  plus  fimple  &  natuij 
du  monde,fans  artifice,  &  qui  ptefque a  efte  c 
mun5non  feulement  aux  Hebrieux ,  mais  a  toj 
tes  les  autres  nations.  Veu  mefme  que  l'hiftoi 


desjndes.  Liure.  I.  48 

|i'£fdras  (  Ci  nous  deuons  adiouftcr  foy  aux  Ef~ 
:ritures  apocryphes)  eft  plus  contraire,  qu'elle 
!ie(e  rapporte  à  leur  intention.  Car  il  dit  en  ce 
Pliage,  que  les  dix  tributs  sefloignerencdela 
nultitudedes  Gentils,  pour  garder  leur  foy  ôc 
:eremomes3&  l'on  voit  que  ks  Indiens  font  ad- 
tonnez  à  toutes  les  idolâtries  du  monde.  Et 
:eux  qui  ont  celte  opinion  mefme, voyent  bien 
îles  entrées  du  fleuue  Euphratc  vont  iufques 
ux  Indes  &s'il  eft  neceiïaire  aux  Indiens  de  re- 
•aller  par  la,  comme  il  eft  dit  au  lieuprealleçué. 
Dutrece,ienevoy  point  comme  ilsfepui&nt 
lommer  pacifiques,  veu  qu'ils  feTont  connue!- 
ement  guerroyez  ks  vns  ks  autres.  En  conclu- 

lonienevoypointquerEuphratedelapocry- 
•hc  Eldras,  foit  vn  pafTage  plus  propre  pour  al- 
er  au  nouueau  monde,que  l'enchantée  ôc  fabu- 
°u(e  lue  Atlantique  de  Platon. 

Four  quelle  raifon  l'on  ne  peut  bien  trouver 
l'origine  des  indiens. 

Chapitre    XXIV. 

Leftplusayfc-de  réfuter  &  contredire 
-  es  huiles  opinions  mifesen  auantfur 
- 1  origine  des  Indiens,que  non  pas  d'en 
dire  &  arrefter  vne  refolution  certai- 
ne &  véritable:  pour  autant  qu'il  nva  aucune 
renture  emreles  Indiens  ,  ny  mémoires  cer- 
âmes  de  leurs  fondateurs;  Et  que  mefme  il 
*  eu  fait  aucune  mention  de  ce  nouueau  mon- 


fc 


I 


tiifloire  naturelle 

deésliuresdeeeux  q*  «»"*'%,  cespartie, 
|ettres  :  nos  aucuns  ont  tenu  qu  en        p  , 

là  n'y  auoit  ny   ^Cfo  < téméraire  ", 

iondequoy  «W ^fembJ«° oi  defcouutit &  ic 

&  pre^nptuetn qui > -^L,&des  ' 

rnonftrer  la première  origine  lndes.Mais  *■ 

r«»i«h0»ïîr.°ï     nelu-entpatle;; 
nous pouuons de  lolnSa°  .  £nt  «.défia*   ' 

difcousirareftru:":duanÇa[Pea  », 

que  ce  peuple  ciesin  nouueatf   . 

monde,&  eePar  ' a?     ftres    ou  bien  par  quel- 
que ou,vo.f.nage  de««es    o        ^  eft , 

que  nau.gation    Ce  ^  nie  &  non  ^ 

moyen,  parlequeiusj 

qui  ayent  ^.^^Zi^JM 
délibéré ,  ny  qn  >1  le*,  fo*  «  ;  combie 

ge  ,  ou  ternpefte ^qu  lesj  ay  p  ^  ^ 

qu'en  quelque  partie  des  ina  ce, 

régions  eftans  h  grandes  qu  r  u 

«"elles  des  nations  fans  nombre    no     p 

ÇerdVnfiÏrme«Sàcepoint)quelavray« 

plufieurs  mihers  d  année  ,  ,  qu^  0cdJ 

Latent  ce  -^^^rn'ieïhornrnesqui 
dentales ;  mefme  que  les  prenne  ^  ^ 


des  Indes.  Livre.  I.  49 

Vf  entrèrent,  &  eftoient  pluftoft  hommes  fauua- 
ges,&  chafTeurs,  que  non  pas  efleucz  &  nourris 
en  Republique  ciuile&  policée,  &  qu'ils  arri- 
vèrent au  nouueau  monde ,  pluftoft  s'eftans  per- 
dus de  leur  terre,  ous'yeftans  trouuez  en  trop 
jgrand  nombre,  &  en  neceffitc  d'en  chercher 
jvne  autre,laquelle  ayant  trouuee ,  ils  commen- 
cèrent peu  à  peu  à  la  peupler^  ayans  point  d'au- 
tre loy,  qu  vnpeu  d'inftinci:  naturel ,  &  encor 

fort  obfcur,&  pour  le  plus,quelquescoufhimes 
qui  leur  font  demeurées  de  leur  première  patrie. 
Et  bien  qu'ils  fuffent  fortisde  terres  policées  & 
bien  gouuernees,(î  eft-ce  qu'il  n'eft  pas  incroya- 
ble de  penfer  qu'ils  eutfent  oublié  le  tout  pour 
la  longueur  du  temps,  &  le  peu  d'vfagerveu  que 
l'on  fçait  qu  en  Efpagne  &  en  Italie  mefme,l'on 
trouue  des  compagnies  d'hommes  qui  n'en  ont 
rien  que  la  figure  &  gefte  feulement,  d'où  l'on 
peut  coniedturer  que  de  la  façon  les  mceurs  bar- 
barefques  &  inciuils,  font  venus  en  ce  nouueau 
nonde. 

De  ce  que  les  Indiens  racontent  de  IcurirMne* 

Chapitre    XXV. 

E  n'eftpas  chofe  de  grande  important 
ce  de  fçauoir  ce  que  les  mefmes  Indies 
ont  accouftumé  de  raconter  de  leur 
commencement  &  origine,  veu  qu'ils 
eflemblent  plus  leurs  fonges  que  vray es  hiftoi  - 
es.IIs  font  entr'eux  grande  mention  d  vn  delu. 
;eaduenu  en  leurs  pays,  mais  Ion  ne  peut  pas 

G 


Il 

Hijloire  naturelle 

bien  iùger  fi  ce  déluge  eft  l'vniuerfel,  dont  par 
le  PEfcriture ,  ou  fi  ça  efté  quelque  autre  delu 
ce  ou  inondation  particulière  des  régions  01 
ils  font.  Ancuns  hommes  experts  difent  qnl 
l'on  voit  en  ces  pays.là,plufieurs  notables  appa 

rences  dequelque  g«"dt  :!n°ndatïon>f J^d. 
l'opinion  de  ceux  qui  penfent  que  les  veft.ge 
marques  qu'il  y  a  de  ce  déluge ,  ne  font  de  ce  lu 
de  Noé,  mais  de  quelqu'autre  particule 
comme  de  celuy  que  raconte  Platon,  ou  cek 

eue  les  Poètes  chantent  de  Deucahon.  Que 
qu'il  enfoit,  les  Indiens  difent  que  tous  1 
hommes  furent  noyez  en  ce  déluge  ,&  raco 
tent  que  du  grand  lacTiticaca,  fortit  vn  Vu 
cocha  qui  s'arrefta  en  Tiaguanaco  ,  ou  Ion  v< 
auiourd'huy  des  ruines  &  yelhges  d  anciens  e 
fices  fort  eftranges,  &  delà  vint  à  Cufco  :  ai 
recommença  le  genre  humain  1  femjH 
Us  monftrent  en  ce  mefroe  lac  vn  petit  Met , 
ilsfei-nent  que  lefoleil  fe  cacha  &  s  y  conf 
ua    &Pour  cefte  raifon  ils  luy  fafoient 
grands  facrifices  en  ce  lieu ,  non  Seulement 
brebis,  mais  d'hommes mefmes.  D  autres] 
contét,  que  fix,oune  fçay  quelnombre  d  hd 
mes  fortirentd'vne  cerraine  cauerne ,  par 
feneftre,  qui  donnèrent  commencement  j 
mu  tipHcation  des  hommes,  &  àcefte  occai 
Us  appellent  Pacaritampo.  C  eft  pourquo 
font  d'opinion  que  les  Tambos  eft  la  rac 
plus  ancienne  des  hommes.  Ils .difent  que* 
goCapa,lequel  ils  recogno.nentpoutfoi 
feur  &  chef  des  Inguas .  eftoit  y  (Tu  de  cefte 
là,&  que  de  kiy  fottirent  deux  familles  &  W 


ii 

âesJndes.Liurel.  jo 

i    ges,lVn  de  Hauâ  Cufco,  Ôc  l'autre  de  Vrni  Cuf- 
!    co  Ilsdifentdauantage,  que  quand  les  Roys  ïn-  ' 

guas  entreprenoient  guerre,  Ôc  conqueftoienc 
I  diuerfes  Prouinces,  iis  donnoient  couleur;  ôc 
I  prenoient  prétexte  de  leur  entreprinfe,  difans 
!  que  tout  le  monde  les  deuoit  recognoiflre: 
pour  autant  que  toutle  mondes'eftoit  renou- 
uellé  de  leur  race&  de  leur  patrie.  El  mefme 
que  la  vraye  Religion  leur  auoit  eflé  reuelee 
du  Ciel.  Mais  que  fert  d'en  dire  dauantage ,  veu 
que  tout  y  eft  plein  de  menfonge  Ôc  de  vanité, 
ôc  du  tout  efloigné  de  raifon  ?  -Quelques  hom- 
ines  do&es  efenuent  3  que  tout  ce  dont  ks  In- 
diens font  mention,  Ôc  n'eft  plus  ancien  que  de 
quatre  cents  ans,  ôc  tout  ce  qu'ils  difent  du  pa* 
xauant, n'eft: qu'vne  confufion  embrouillée  de 
fi  obfcures  tenebres,qu'on  n'y  peut  trouûer  au- 
cune vérité":  Ce  qui  ne  doit  fembler  eftrange, 
d'autant  que  les  lîures  ôc  eferitures  leur  déf- 
aillent, au  lieu  defqu  elles  ils  fe  féru  en  t  de  leur 
conte  de  leurs  Quipocamay os,  qui  leur  efl  par- 
ticulier. Par  lequel  conte  tout  ce  qu'ils  peu- 
vent rapporter  ne  peut  eftre  plus  long  que 
de  quatre  cents  ans.  M'informant  diligemment 
d'eux,pour  fçauoir  de  quelle  terre,  ôc  de  quelle 
nation  ils  parlèrent  autres  fois  là  où  ils  font,  ôc 
viuent  à  prefent ,  ie  les ay  trouué  Ci  efloignez  de 
pouuoir  donner  raifon  de  cela,  qu'ils  tiennent 
pour  certain  qu'ils  font  créez  de  leur  première 
origine  en  ce  nouueau  monde ,  où  ils  habitent. 
Mais  nous  leurauons  ofté  cefte  erreur  par  no-  .„  ■'■* 
ftrefoy,  qui  nous  enfeigne  que  tous  les  hom>  ** 
fnes  procèdent  d'vn  premier  homme.  Il  y  a     J 

G  ij 


Cen-io. 


j/iftoire  naturelle 

grande  coniectae  &  fottappatente  ',  que  cesi 

hommes  pat  longue  efpace  de  temps  ,  nom 

point  eu  de  Roy  s,ny  de  Repubhques,ma.s  que 

Liuoient  pat  ttouppes.comme  font  amour- 

d'huy  ceuxdelaFlot.de,  de  Chmquanas ,  dt 

Btefil,&  plufieurs  auttes  nations  qui  n  ont  au 

cuns  Roy  s  affeutez  ,  finon  félon  1  occafion  qu 

s'offre,  ou  en  paix ,  ou  en  guette ,  qu >  s  efofen 

leuts  Capitaines,  comme  .1  lent  plaift.  M» 

quelques  hommes  futpaffansles  auttes  en ,  fore 

&induftrie,auec  le  temps  commencetent  à  fei 

gneutier  &  commander  -,  comme  fit  ancienne 

lient  Nembtot  :  puis  croiffant :  peu  a  peu   for, 

venus  à  fondet  les  Royaumes  du  Petu  &  de  m< 

xique,  que  nos  Efpagnols  ttouuetent ,  &  corn, 

bien  qu'ils  fuffent  batbates,futpafToient  nean 

moins  de  beaucoup  les  autres  Indiens.  Vo.l 

Comment  la  raifon  fufdifte  nous  demonft 

que  la  race  des  Indiens  a  commence  àmul 

plier,  pour  la  plus  grande  patt ,  d  hommes  fai 

sge&  *»&*>  &**  d°itfu,ffire  îsa 

l'origine  def  gens  dont  nous  nations ,  biffant  I 
fotplus  quand  Ion  ttaitteta  leur  hiftoire  plud 
loifir. 


1 


LIVRE    SECOND    DE 

L'HISTOIRE     NATV- 
relie  &  morale  des  Indes. 


gue  ce  tf  eft  pas  hors  de  proposants  neceffairey 

de  trait  ter  de  la  nature  de  ÎEquinoxe* 

Chapitre    premier. 

O  v  r  bien  comprendre  les  chofes  des 
Indes,  il  eft  neceflàire  de  cognoiftre  la 
nature  &  diipoiîtionde  cette  région, 
&  que  les  anciens  appelloient  Zone  Torride,& 
latenoienc  pouf  inhabitable,  veu  quelaplus 
grande  part  de  c^  nouueau  mode  que  l'on  a  der- 
nièrement defcouuert,gift  &  eft  fitué  fous  cefte 
région  du  milieu  du  Ciel,  Et  me  femble  chofe 
fort  à  propos  ce  que  quelques- vns  difent  que  la, 
çognoifTance  des  chofes  des  Indes  dépend  de 
bien  entendre  la  nature  de l'Equinoxe:dautanc 
que  la  différence  qu  il  y  a  prefque,  entre  lVn  & 
l'autre  monde  ,  procède  des  proprietezdeceft 
Equinoxe.  Et  faut  noter  que  toutceft  efpace 
qui  eft  entre  les  deux  (Iropiques,  fe  doit  tenir  $ç 
entendre  propremét  pour  cefte  ligne  du  milieu, 
qui  eft  TEquïnoxe,  ainfï  appellee  pource que  le 
foieilfaifantfon  cours  en  icelle,  rend  par  tour 

G  U} 


- 


Hiftoire  naturelle 

le  monde  les  iours  &  les  nuifts  efganx  j  mefine 
que  ceux  qui  habitent  au  deffous  d  icelie.touy 
Lt  tout  le  lôg  de  l'année  de  cette  mefme  e  ga 
té  des  iours  &  des  nuias.Or  en  cefte  henc  Equ. 
noxialle,  nous  trouuons  tant  d  admirables  po 
prierez  que  c'eft  auec  bône  raifon  que  lenten 
dément  humain  fe  tefueille  &  ttauaille  pour  e 
rechercher  les  caufes,  n'eftant  point  tant  efme 
àceparladoârinedesanciensrhilofophes.qu 

par  la  mefme  raifon  &  certaine  expérience.  _ 

~^q~^7alfin  les  anciens  ont  tenu  que  / 
Zone  Torride  pour  certain  efiott 
inhabitable. 

Chapitre  II. 
Echerchantàprefentcefujed  d 
fon  cÔmencement.aucun  ne  pou 
ranier  ce  que  nous  voyons  clair 
mét.que  le  foleil  en  s'approchar 
,  efchauffe,&  refroidit  en  s  eflc 

gnant.  Tefmoinsenfont  lesiouts& :l«nuitf 
fefmoinsrhyuer  &l'efté)lavanetcdefquels 
le  froid&l/chaudeftcaufépatlapprochen 
&  efloigneme't  du  foleil  D'autre  pareil  eft au  i 
certainfque  plus  le  foleil  s'approche,&iete_  ; 
rayons  directement ,  plus  la  terre  en  eft  arfe 
embrafee,ce  qu'on  void  c  airemet en  U chai* 
du  midy  ÔC  en  la  force  de  l'efté.  D  ou  1  on  p 
iuger  (àecqu'ilmefemble)  que  tant  plosv. 
teïre  eft  efloignee  du  cours  du  foleil ,  tant  p  s 
eft-elle  froide. Ainû  nous  expérimentes  que  s 
terres  &  régions  qui  s'approchet  dauantagei 


des  Indes.  Dure.  II.  52, 

Septentrion  ou  Nort,font  les  plus  fr  oides,&  au 
contraire  celles  qui  s'apprbchent  du  Zodiaque, 
où  chemine  le  foleil ,  (e  trouuent  les  plus  chau- 
des. Pour  cefte  caufe  l'Ethiopie  furpafle  l'Afri- 
que &  Barbarie  en  chaleur,  la  Barbarie  furpatfe 
FAndalouzie,rAndalouzie,  Caftille  &  Arrago, 
&  Caftille  Se  Arragô  furpaiïent  aufti  la  Bifcayc 
&  la  France.  Et  d'autant  plus  qu'elles  (ont  Sep- 
tentrionalles,  d'autat  moins  font  elles  chaudes: 
par  confequent  celles  qui  s'approchent  le  plus 
du  foleil,  Se  font  plus  à  plomb  frappées  de  fes 
rayons,fe  rerTentent  dauantage  de  la  chaleur  du 
folei|.  Quelques- vns  mettent  en  auantvne  au- 
tre raifon  à  cefte  fin ,  qui  eft  que  le  mouuement 
du  Ciel  eft  fort  foudain  &  léger  deuers  les  Tro~ 
piques  j  mais  qu'à  l'endroit  des  Pôles  au  con- 
traire il  eft  fort  lent  Se  pefanr.d'où  ils  concluent 
que  la  région  que  le  Zodiaque  circuit  éccon- 
tienr5eft  embrafee  de  chaleur^pour  trois  caufes 
&  raifons;  l'vne  pour  le  voiirnage  du  foleil, 
l'autre  pour  receuoir  directement  fes  rayonsja 
troiilefme,pource  qu'elle  participe  Se  fe  retient 
aucunement  de  ce  plus  vifte  &  foudain  mouue- 
mentdu  Ciel.  Voila  ce  que  la  raifon  &  le  dif- 
cours  nous  enfeignent ,  touchant  la  caufe  du 
froid  Se  chaleur  des  régions  de  la  terre. Mais  que 
dirons^nous  des  deux  autres  qualitez  5  qui  font 
l'humidité  Ôc  la  fechereiTe  ?  tout  le  mefrne.  Car 
la  fecherelfe  femble  eftre  caufee  par  l'appra- 
chement  du  foleil ,  Se  l'humidité  de  fon  cûoig-* 
nement ,  d'autant  que  la  nui&  eftantplus  froi- 
de que  le  iour ,  eft  aufii  plus  humide  3  &  le  io.ur 
eft  piusfec^comme  eft  an  t  le  plus  chaud.  L'hyuex. 

G    iiij 


- 


» 


Hifioire  naturelle 

pendant  que  le  foleil  eft  plus  efloignc ,  fe  voi. 

plus  froid  ôc  pluspluuieux,  ôc  TEftc  au  contrai 

re,auquel  Soleil  eft  plus  proche ,  certainemer 

eft  plus  chaud  &  plus  fec.Pource  que  tout  ain 

que  le  feu  a  la  propriété  de  cuire  &de  bruflei 

auflî  la-il  pareillement  de  deflècher  l'humidité 

Confiderans  donc  ce  que  deflus,  Ariftote  ôc  i< 

autres  Pfeilofophes  attribuent  à  la  région  d 

Midy ,  qu'ils  appellent  Torride ,  vne  exceflîi] 

chaleur ,  ôc  vne  fecherefle  tout  enfemble.  Ce 

pourquoy  ils  difent  que  cefte  région  eftoit  me 

ueilieufement  embrafee  &  defechee:  ôc  que  p; 

confequent  elle  n'auoit  point  d'eaux,  ny  de  p 

fturages ,  caufe  pour  laquelle  elledeuoit  eft 

par  necefîité  fort  contraire  ôc  fort  incommo< 

à  la  vie  humaine. 

^ue  la  Zone  Torride  eft  fort  humide ,  cent 
F  opinion  des  anciens. 
Chapitre   III. 

O  v  t  ce  que  nous  auons  prope 
cy  deflus,  femble  certainement  eft 
vray  Ôc  bien  à  propos,  ôc  neantmoi 
laconclufion  qu'ils  en  veulent  tir< 
fetrouueappertement  faufle  :  d'autant  que  t 
région  du  -Mfdy  ,  qu  ils  appellent  Torric 
eft  peuplée  ôc  habitée  d'hommes  realement 
de  faiâ:  ;  Ôc  nous-mefmes  y  auons  demei  : 
long  temps  :  aufli  eft-elle  fort  commode,  pli  - 
fante&  agréable.  Si  donc  il  eft  ainfi,  comij: 
on  ne  le  peut  nier ,  que  dVne  propofition  vej  • 
table  l'on  ne  peut  tirer  vne  conclufion  fauf 


des  Jndes.  Lîure  IL  fj 

êc  que  neantmoins  cefte  conclufîonfoîtfau(Te8 
comme  elle  1  eft,  il  nous  eft  befoin  de  retourner 
arrière  par  les  mefmes  pas ,  pour  confiderer ,  ôc 
regarder  vn  peu  de  pluspres  cefte  propofïtion, 
&  d'où  procède  Terreur  &  la  faute.  Nous  di- 
rons donc  premièrement  quelle  eft  la  vérité,  fé- 
lon que  l'expérience  certaine  nous  le  monftre, 
puis  après  nous  le  prouuerons  (combien  que  ce 
foit  chofe  fort  difficile)  omettrons  peiné  d'en 
donner  la  raifon,  fuiuant  les  termes  de  Philofo- 
phie.  Le  dernier  point  que  nous  auonspropofé 
çydefTus,  que  la  fecherelfe  eft  plus  grande  lors 
que  lefoleil  eft  plus  prochain  de  la  terre,  fem- 
bie  chofe  certaine  &  véritable,  &  ne  l'eftpas 
toutefois,  au  contraire  eft  totalement  faufle: 
car  il  n'y  a  Jamais  plus  grande  abondance  de 
pluyesen  laZoneTorride,  que  lors  quelefo- 
leil  patte  par  deffus,  &  en  eft  fort  proche.  Ceft 
certainement  chofe  admirable ,  &  digne  d'eftre 
remarquée  ,  que  l'air  eft  plus  ferain,  &  fans 
pluyes,  fous  cefte  Zone  Torride,  lors  que  le  fo- 
leilen  eft  plus  efloigné;  &  au  contraire  qu'il  y  a 
plus  de  pluyes ,  de  neiges ,  6c  de  brouillards ,  au 
temps  quele  foleil  en  eft  plus  proche.  Ceux  qui 
n'ont  point  efté  encenouueaumonde,  parad- 
uenture  tiendront  cecy  pour  chofe  incroyable, 
&  femblera  eftrange  mefme  à  ceux  qui  y  ont 
efté ,  fils  n'y  ont  prins  garde  :  mais  les  vns  &  les 
autres  f  y  accorderont  volontiers,  en  remarquât 
l'expérience  certaine  de  ce  qui  a  efte  dit  en  ce 
çoftéduPeru,  qui  regarde  le  Pôle  du  Sud,  ou 
Antarctique,  le  foleil  en  eft  plus  efloigné  lors  6c 
au  mefme  temps  qu'il  eft  plus  proche  de  l'Euro- 


* 


Hifioire  naturelle 

pe ,  à  fcauoir ,  en  May ,  Iuin ,  Iuillet ,  &  Aouft 
qu'il  fait  fon  coûts  au  Ttopique  de  Cancer  du  t 
rant  lefquels  mois  au  Peru  y  a  vne  grande  1ère 
nitc  &  tranquillité  de  l'air,  &ny  tombealor 
aucuneneige,  nypluye.  Tous  les  fleuues&r 
mères  y  diminuent  fort,  &  quelques-vns  y  ta 
riflent  du  tout.  Mais  comme  l'année  f'aduance 
&  que  le  foleil  f'apptoche  du  Tropique  de  C 
pricome,  alors  commencent  les  eaux  ,  pluye 
&  neiges,  &  fe  font  les  grandes  cteiies  des  nuu 
res ,  qui  eft  depuis  Oftobre  mfques  en  Dece 
bre;  puis  après ,  lefoleil  fe  retirant  du  Capnc 
ne,  lort  que  fes  rays  donnent  droittement 
les  teftes  de  ceux  du  Petu,  c'eft  alors^ue  la  ta 
&  fureur  des  eaux  eft  grande ,  ceft le  temps  d 
pluyes ,  neiges ,  Se  grands  débordements  des , 
uieres,qui  eft  en  la  mefme  fa.fon  de  1  année  qc 
y  a  plus  grande  chaleur,  fçauoir  depuis  lanm 
lufquesà  la  my-Mars.  Et  eft  chofe  fi  vraye,  & 
certaine,  que  perfbnne  ne  le  peut  contredire, 

tout  le  contraire  alors  fe  rencontre  esregio: 
du  Pôle  Ardtique  outre  ÏEquinoxe,  ce  qui  pr 
cède  d'vne  mefme  raifon.  Mais  voyons  main' 
nant  de  la  température  de  Panama ,  &  de  to' 
ceftecofte,  tant  delà  neuueEfpagne    des  1 

de  Barlouente,de  Cuba,  Efpagnolle,  Iamaïqt , 
que  de  faind  Iean  de  Port-  riche ,  nous  trouu  • 
rons  fans  faute  que  depuis  le  commencement  > 
Nouembre  iufques  en  Apuril,  ils  y  ont  lui  &  - 
ciel  fort  clair  &fort  ferain,  dont  la  railon  < , 
pour  autant  que  le  foleil  paftant  par  1  Equmc  ; 
pour  aller  au  Tropique  de  Capricorne,  il  le 
elloignant  de  ces  régions  plus  qu  en  autre  lull  ï 


des  Indes.  Dure  IL  j* 

de  Tannée.  Et  au  contraire,  ils  y  ontdegrofïès 
pluyes  ,  8c  de  fort  grands  rauages  d'eaux,  quand 
lefoleil  retourne  vers  elles,  8c  qu'il  en  eft  plus 
proche ,  qui  eft  depuis  luira  iufques  en  Septem- 
bre ,  pource  qu'alors  Tes  rayons  donnent  plus 
fort  fur  eux.  Onvoid  aduenirlefemblable  en 
l'Inde  Orientale,  comme  nous  l'apprenôs  iour- 
nellement  par  les  lettres  qui  en  viennent.  Par 
ainfî  c'eft  vne  règle  générale  (bien  qu'en  aucuns 
lieux  il  y  ayt  exception  )  qu'en  la  région  du  Mi  - 
dy,  ou  de  iaZoneTorride,  quieftvncmefne 
chofe,  l'air  y  eft  plus  ferain,  8c  y*a  plus  de  feche- 
refle  alors  que  lefoleil  en  eft  plus  efloigné;  8c 
au  contraire,  que  quand  il  fen  approche ,  il  y  a 
plus  de  pluyes  8c  d'humiditez-,  8c  tout  ainft  que 
le  Coldl  Paduance,  ou  fe  retire  peu,  ou  plus;  ain- 
fi  la  terre  abonde,  ou  manque  d'eaux,  ou  d'hu- 
midité. 


Quau  régions  qui  font  hors  des  Tropiques  il  y 
apius  d'eaux  lors  que  le  foleil  en  efi  plus 
efloigné,  tout  an  contraire  decequiefi  fou^ 
la  Zone  Torride, 

Chapitre   IV. 

S  régions  qui  font  hors  les  Tropiques 
<f  Ton  void  tout  le  contraire  de  ce  qui  eft 
p  dit  cy  deiïus,  pource  que  îa  pîuye  fe 
m  elle  auec  le  ft  oid,  8c  la  fechereffb 
auec  la  chaleur  -,  ce  qui  eft  fort  bien  cogneu  en 
toute  l'Europe,  8c  en  tout  le  vieil  monde,  corn- 


Hiftoire  naturelle 
me  onle  void  de  mefme  façon  en  tout  ce  nouj 
ueair,  dont  eft  tefmoing  tout  le  Royaume  d 
Chillé,   qui  pour  eftre  dehors  le  Tropique  d 
Capricorne,  &en  mefme  hauteur  quel'Efp; 
gne ,  eft  fujet  aux  mefmes  loix  de  l'hyuer,  Ôc  c 
l'efté ,  excepté  que  l'hy uer  eft  là  quand  l'efté  e 
en  Efpagne,  d'autant  qu'ils  font  en  diuers  pôle 
Par  ainfi  quand  le  froid  eft  en  ces  Prouinces,  1<| 
eaux  y  font  en  fort  grande  abondance ,  qui  efl 
quand  le  foleii  fen  efloigne  le  pins,  depuis 
commencement  d'Auril  iufques  à  la  fin  de  Sej 
tembre.  Finalement  la  difpofition  des  faifons 
eft  telle  qu'en  Europe,  fçauoir,  quelachalei 
&  fecherefte  y  viennent  quand  le  foleii  y  r<j 
tourne.  De  là  vient  que  ce  Royaume  de  Chili 
approche  plus  de  la  température  deTEuropl 
qu'aucun  autre  des  Indes,  tant  aux  fruicts  de  1 
terre,  qu'en  la  difpofition  du  corps  ôc  de  1'efpil 
des  hommes.  Ce  qu'ils  difent  eftre  de  la  mefnï 
façon  en  cefte  partie  de  terre  qui  eft  deuant  l'ii 
thîopie  intérieure,  laquelle  fe  va  eflargiflant  e| 
faconde  pointe,  iufques  au  Cap  de  bonne  efp<| 
rance.  Ce  qu'ils  tiennent  pourvraye  caufedl 
inondations  du  Nil  qui  font  en  efté ,  defquelhl 
les  anciens  ont  tantdifputé  i  d'autant  qu'en  cl 
fie  région  là  l'hyuerôc  les  pluyes  y  commence! 
au  mois  d'Auril ,  quand  le  foleii  palle  défia  le  il 
gne  d' Aries.  Et  ces  eaux  qui  en  partie  procédai 
des  neiges,  ôc  en  partie  des  pluyes,  faffemblenl 
&font  de  grands  lacs  &eftangs,  defquelsprl 
cède ,  par  bonne  ôc  vraye  Géographie ,  le  fleuj 
duNiL  Et  parce  moyen  va  peu  à  peu  eflargil 
fant  fon  cours,  iufques  à  ce  qu  après  auoir  coujf 


des  Indes.  Liure  IL  jf 

|vn  long  chemin,  il  vient  finalement  au  temps 
jde  l'etté  inonder  l'Egypte,  qui  femble  chofe 
i contre  nature,  &neantmoins  eft  chofe  qui  T'y 
^apporte:  caraumefme  temps  qu'il  eft  eux  en 
jEgypte  fîtuee  au  Tropique  de  Cancer ,  l'hy  uer 
ieftaux  fources  du  Nil ,  qui  eft  en  l'autre  Tropi- 
ique  de  Capricorne.  Il  y  a  en  l'Amérique  vne  au- 
jtre  &  femblable  inondation  que  cdle  du  Nil,  au 
jParaguey,  ou  autrement,  riuiere  de  laPlatte 
|(qui  vaut  autant  à  dire  comme  riuiere  d'argent:) 
lequehous  lesansreceuant  vne  infinité  a  eaux 
qui  tombent  des  montagnes  du  Peru ,  vient  à  fe 
déborder  fi  terriblement  de  fon  cours,  &  va  ga- 
gnant tellement  celle  région ,  queleshabitans 
lont  contraints,  durant  ces  mois  là,  de  fe  retir  er 
&  fe  tenir  en  des  barques  &  cano  es,  &  de  quit- 
ter l'habitation  de  la  terre. 

gu  "entre  les  deux Tropiques  en  Efté,  ou  temps 
de  chaleur  9  eft  Ufaifon  où  il  y  a  plus  grande 
abondance  de  pluyes  ;  auec  <vn  dif cours  de 
tHyuer,  &  de  t  Efté. 

Chapitre    V. 

Ovr  refolution,  l'efté  efttouf- 
jours  fuiuy  ,  &  accompagné  de 
chaleur  Se  de  fecherefte  es  deux 
régions ,  ou  Zones  tempérées ,  de 
Thyuer  auflï  de  froidure  ôc  d'hu- 
nidité.  Mais  en  la  Zone  Torride  ks  fufdites  qua* 
itez  ne  fe  trouaient  point  enfemble  de  lamef- 


Hiftoire  naturelle 

me  façon,  d'autât  que  les  pluyes  y  fuiuét  la  ch| 
leur ,  ôc  le  froid  y  eft  accompagné  de  fecherefl  I 
&  d'vn  air  ferain.  l'entends  par  le  froid  ,  le  d  I 
faut  de  chaleur  exce(£wg9  d'où  vient  que  l'hyu  I 
fe  prend  en  noftre  Europe  pour  Je  froid,  &| 
temps  pluuieux  &  tfté  pour  le  temps  de  chale  j 
&  ferenité  de  l'air.  Nos  Efpagnols  qui  font  i 
Peru  8c  en  la  neuueEfpagne,  voyans  quecf 
deux  qualités  ne  fe  trouuoient  point  enfemb  1 
comme  elles  font  en  Efpagne,appellent  l'hyu  I 
la  faifon  en  laquelle  il  y  a  beaucoup  d'eaux  & 
pluyes;&r£tïccclleoùilyenapeu,  ou  poil 
En  quoy  ils  fe  trompent  euidément,  quoy  qu  l 
veuillent  dire  par  v ne  règle  cômune,  que  Te  : 
eft  aux  montagnes  du  Peru  depuis  le  mois  d'  ■ 
uril  iufqu'en  Septembre  ,pource  que  les  plu;  ; 
cefTcnt  en  ce  temps-là,  &  que  l'hy uer  efl  dep  I 
le  mois  de  Septembre  iufques  au  mois  d' Au;  f 
pource  qu'alors  elles  y  reuiennent,  6V  par  ai  i 
ilefthyuer  &  efté  au  Peru  ,  lors,  &  aumef  I 
temps  qu'il  l'eft  en  Efpagnej  de  forte  que  que  1 
lefoleil  chemine  au  defïus  de  leurtefte,  al  s 
ils  croyent  que  c'eft  le  fond  del'hyuer,  po  - 
ce  qu'à  y  a  plus  grande  abondance  de  plu\  !. 
Mais  c  eft  chofe  digne  de  rifee,  comme  ven  t 
de  gensignorans  &  fans  lettres  :  car  tout  a  (i 
comme  la  diuerfité  qui  eft  entre  le  iour  <5  a 
nuict,  procède  de  la  prefence  ou  abfence  du  i- 
leilennoftrehemifphere,  félon  le  mouuem  ît 
du  premier  mobile,  qui  eft  la  caufe  du  iou  k 
de  la  nuict  i  ainû  la  différence  que  nous  voy  is 
entre  l'hyuer  &i'efté,  procède  del'approc  ï 
ment,ouefloignementdufoleil,  félon  le  m  i- 


des  Jndes.  Liure  II.         }g 

tiement  du  mefme  foleil,  qui  eft  en  la  propre 
caufe.  Doncquesàvraydire,  iîeftifté  lorsque 
le  foleil  eft  plus  proche ,  &  hyuer  quand  il  elt  le 
plus  efloigné.  La  chajjgj*,  le  froid ,  &  toute  au- 
tre température,  fontcaufees  par/ne^eiijté  de 
rapprochement  ,  ou  efloigne-merit  du  foleil: 
mais  lepleuuoir  &nonpleuuoir,  qui  eft  l'hu- 
midité &  la  fecherefTe,  ne  fen  enfument  pasne- 
cefTairement.  Ceft  pourquoy  il  eft  aifé  de  iuger 
(outre  cefte  opinion  vulgaire)  qu'au  Peru  l'hy- 
uereftferain,  &fanspluyes,  ôc  que  le  (té  y  eft 
pluuieux,^:  non  pas  au  contraire ,  comme  plu- 
fîeurs  penfent  que  l'hyuer  foit  chaud ,  &  l'eftc 
foit  froid.  Us  tombent  en  la  mefme  erreur  fur 
la  différence  qu'ils  font,  entre  la  plaine,  Scks 
montagnes  du  Peru,  difans  que  quand  il  eft  Efté 
en  la  montagne ,  l'hyueroeft  en  la  plaine,  qui  eft 
en  Auril ,  May \  Iuin,  Iuillet,  &  Aouft  $  pource 
qu'alors  l'air  eft  fort  clai^  ôpïemnen  la  mon- 
tagne, fans  aucunes  pluyès/ny  bruines,  ôc  en  ce 
temps.-là  neantmoins  l'on  void  ordinairement 
en  la  plaine  des  brouillards  qu'ils  appellent  gua- 
nia,  qui  eft  comme  vne  rofee  fort  douce ,  de  la- 
quelle eft  couuert  le  foleil:  mais  l'hyuer  &  l'e- 
ftc, comme  il  eft  dit ,  font  caufçz  de  rapproche- 
ment &  elloignement  du  foleil.  Puisdoncquil 
cftainfi,  qu'en  tout  le  Peiu ,  tant  en  la  monta- 
gne, comme  en  la  plaine,  le  foleil  f'en  appro- 
che, &•  efloigné  en  vn  mefme  temps  j  il  n'y  a 
donc  point  deraifon  dédire,  que  quand  il'eft 
ifté  en  vne  partie ,  l'hyuer  foit  en  vne  autre. 
Toutesfois  c'eft  chofe  de  peu  d'importance  de 
^ebatre  fur  la  fignificatiarj  des  mots,  qu'ils  l'ap- 


fjifloire  naturelle 

sellent  comme  ils  voudront,  &  difent  qu'il  foi 
ï&é quand  tlnepleutpoint,  encore* qu ,il fatt 
dauantage  de  chaleur.  Mais  ce  ou  1  on  doit  auoi 
plus  d'efeard,  eft  à  la  v«^  dufubjet  qui  eft  de 
claré ,  à  Luôir  que  la  fecWffe ,  ou  défaut  d 
pluyes,  ne  font  pastoufiours  eh  plus  grand 
Loldance,  quand  le  foleil  f  approche  le  plus 
ainfi  que  l'on  void  en  la  Zone  Torride. 

QuelaZoneTorride  abonde  en  eau  &  pa(?A 
"^ages,  contre  [opinion  d'Aripte,  qm  * 
■mis  en  auant  le  contraire. 

Chapitre   VI. 

'O  k  peut  facilemeht  entendre  pari 

difeours  precedenr,  que  la  Zone  To 

ride  n'eft  feche ,  mais  abondante  e 

eaux;  ce  qui  eft  tellement  vray,  qu'e 

le  furpaffè  les  aurres  régions  du  mode  en  abor 

dance  d'eaux ,  fi  ce  n'eft  en  quelques  endroict 

où  il  V  a  des  fablons,  ou  terres  déferres,  comrr 

l'on  trouue  meftne  es  autres  parries  du  mond 

Quant  eft  pour  les  eaux  du  ciel,  l'on  a  del 

mSnftré  qu'il  y  a  grande  abondance  de  pluye 

neiges  &  grefles,  qui  fpecialement  abondent  c 

laProuince  duPeru:  mais  pour  les  eaux  de 

terre ,  comme  fontles  riuieres ,  fontaines ,  rui 

féaux,  puits,  torrents  &  lacs ,  ie  n  en  ay  rien  d 

iufquiicy,  toutesfois  eftant  chofe  ordina 

que  les  eaux  d'embas  fe  rapportent  a  cell 

d'enhaut ,  l'on  doit  entendre  qu'it^e  peur  y  < 

auoir  feute.  Et  de  vray  il  y  a  vne  telle  &  h  ff» 

deapo; 


" 


des îndes.  Littre  tt  fi 

;  de  abondance  de  fources ,  &  de  fontaines,  Ji\ 

■  aI^TT^'  re«ion'  «contrée de- 

1  lt<    T  freftC  dunîon,de'  oùiIy^ttantde 

acs    marefeages    &  de  jî  grandes  riuieres  :  car 

nËKT     Pame  lel  Ame«'q«c  eftprefque 
inhabitable,  pour  cefte  trop  grande  abondan- 
ce &quannte  d'eaux,  d  autant  que  les  riuieres 
enflées  de  grandes  pluyes  de  l'efté  ,  fortent  à 
tous  couple  leurM ,  auec  vne  telle  furie  & 
impe  uofite,  qu-elles  rompent  &  brifenttout 
ce  qu  elles  rencontrent ,  &  ne  peut  on  en  aucu, 
ne  façon  cheminer  en  plufieurs  endroits,  à  eau- 
fe  de  la  boue  &  fange  des  marefeages  &  vallons. 
A  cette  occafion  ceux  qui  demeurent  proche  & 
joignantle  Paraguev ,  duquel  nous  auons  fai* 
mention  cy  deffus ,  preuoyans  la  creue  du  fleu- 
ue  auparauant  qu'elle  aduienne,  fe  mettent  en 
leurs  canoës  auec  leurs  meubles  &  leurs  hardes, 
fcprefque  parleipace  detroismois,  ou  enui- 
ton,  ilsguarantiflentleursvies  &  leursmoyens 
en  nageant.  Puisapres ,  lefleuue retournanten 
lonhcl,  ilsremennent  enleursmaifons  com- 
ZtTTl-  enc°restoutcsmoittes,  &degou- 
tantes  dehnondation.  Ereft  cefleuue  delelle 
wmdeur,  quele  Nil,  le  Gange,  &  fÉophrate, 
ils  efto.ent  amaflez  tous  enfemble,  ne  le  pour  ' 
ment  pas  efgaler  à  beaucoup  près.  Mais  que 
lirons-nous  de  la  gramieriniere  delaMagde- 
wTr^  qUi  {'™&°tyhe  en  la  «et  entre  fairtde 

S6'  r  Carthagfne>  &  ^  appellee  auec 
)onne  ralfon  de  riuicrc,  >£\  ^  en 

«P«aes.la,  j'eftois grandement  efmerueillé 
?mmefon?au,  quiefttres-elaire,  demeuroie 

H 


.-•WJ. 


I 


» 


Hiftoire  naturelle 

&  s'efcouloit  dans  h  «net  plus  de  dix  Ue3« 

►    „^nr  en  fa  largeur  deuxhcues,  &  da- 

S ï        sC;.5lc  &  mefiaft    ny  oeuft  eftre 

S  des  vagues  impetueufes  de  lamerOc- 

ceane   4e  s-iîcftqueftion  de  parler  plus  Ion- 

CuemenTdes  fleuues,  ce  grand  fleuue  appelle 

Esvnslariuiere  des  Amazone.,  parlesau. 

£es  Maranou,&parlesautres,riU«ere  dOreU 

anâ   laquelle  nos  Efpagnols  nau.gcrent  lors  de 

leurs  defcouuertes ,  doit  efteindre  la  renommée 

dcouîUaurres.Etàlaverhéufu.sendouti 

fi  ie  le  do1S  appeller,  ou  tiuiere ,  ou  mer  II  nue 
■  ££, t  montagnes  du  Peru .  dcfqu dta  i r* 
cou  vne  abondance  infime  d  eaux,  de  pluyes  « 
Sde  iukres,  qu'il  va  recueillant,  &  attuant 
?oy ,  puis  pâlfant  1«  grandes  campagnes  &  pla 
ne.  dePotiti,  du  Dorado,  &  des  Amazone 
ventenfins'emboucherdanslOccean    pre 

«U  trauers  des  lues  de  la  Marguerite    &  de 
Trin^é.  Il  afacouche  fi  large,  &  fi  fpaceufe 
princ  paiement  au dernier  tiers  de  alongueu 
Ç  contient  au  milieu  de  foy  plufieurs     l 
Lndeslfies.Etcequifemblemcroyablelo 

Le  Von  lenauige  par  le  milieu ,  1  on  nev« 

le  du  ciel  &  de  l'eau.  L'on  dit  bien  dauant 

le   quede  ce  milieu  l'on  ne  peut  pas  voir,  « 

lefcouurir  à  l'œil  plufieur.  grandes  Se  haut 

montagnes  quifont  àfonriuage,  àcaufede 

randeglargeu<-  Nous  auons  appris  de  bon 

fan  *  a  grfndeur  &  largeur  ****&H 

ce  fleuue (  qui  doit  bien,  ce  me  femble,  men. 

îe  nom  d'Empereur  &  Monarque  de.  fleua 

quUurparlerapportdVnneredcnoftreCo 


des  Jndts.  Liure  /  /.  j^ 

fjàgnie,  lequel  eftantieune  pour  lors,  le  nauigca 
en  la  compagnie  de  Pierre  d'Orfua,  auec  lequel 
ilfetrouua  à  toutes  les  aduentùres  de  cefte  C\ 
eftrange  entrée  &  defcouuerte  ,&  aux  feditions 
k  pernicieux  a&es  decemefehant  Diego  d'À- 
}uirre,  d'où  Dieu  luy  fift  la  grâce  de  fortir,  &  en 
;ftr  e  deliurc ,  pour  le  mettre  de  noftrc  Compa- 
gnie. Telles  donc  font  les  riuieres  qui  font  en 
a  région  qu'ils  appellent  Zone  Torride,  cV  la 
cgion  feche  &  bruflee,  en  laquelle  Ariftote  Se 
es  anciens  difent  qu'il  n'y  a  point  d'eaux ,  ny  de 
.afturages.  Mais  d'autant  que  j'ay  fait  mention 
a  fleuue  Marannon ,  afin  de  monftrer  labon- 
ance  des  eaux  qui  font  en  la  Torride ,  il  ne  fera 
aal  à  propos  de  toucher  quelque  chofe  de  ce 
rand  lac  qu'ils  appellent  Titicaea,  qui  eft  an 
nlieude  la  Prouincc  de  Collao.  Il  y  a  plus  de 
ix  flcuues  fort  grands,  quife  perdent  en  en- 
ant  dans  ce  lac,  6c  ncantmoins  n'a  pour  fa  vui- 
equ'vnfeul  courant  d'eau,  qui  eft  petit,  bien 
iTon  dife  qu'il  eft  très-profond,  &  de  telle  fa- 
>n,  qu'il  eft  impoffible  d'y  baftir,ou  faire  pont, 
3ur  la  profondeur  defoneau,  &  qu'on  ne  le 
eut  non  plus  pafTer  par  batteaux,  pour  la  gran- 
froideur  &  rapidité  du  courant.  L'onlepaïïe 
ir  vn  gentil ,  &  remarquable  artifice ,  propre, 
particulier  aux  Indiens  y  qui  eft  auec  vn  ponc 
î paille  poféfur  lamefmeeau;  lequel,  d'au- 
nt  qu'il  eft  fait  dVne  matière  fi  légère,  ne  f'eh- 
nce  point,  &neantmoinSeft  ce  paffage  foré 
ur,  &fortayfé\  Ce  lac  contient  prefquequa- 
t  vingts  lieues,  trente  cinq  en  fa  longueur   & 
unze  lieues  au  plus  large,  llvapluûearslfles 


" 


Hiftoire  naturelle 

«u  anciennement  eftoient  habitées,  &  culd- 

S.    Sais  aujourd'huy  elles  font  defettes  II 

™Vnfc  wieerande  abondance  de  joncs,  que 

SaasspaSS 

aux  pourceaux ,  aux  chenaux ,  &  aux  bonma 
Ses  Ils  en  font  des  maifons ,  du  feu ,  &  des 
melroes.  lis  en  trouuent  en  ceftuy  leutl 

bMqtttt;out«?ont£o«dcbefoing,&fon| 
rv"ôsvnpupkfibr»tal&f1lourd,qu'eux 

d'eux  qu'eftans  interrogez  Séquelle  nation" 
eftoknt    ils  refpondirent  qu'ils  n'eftoient pa 

îouuent  changent  ainfi  de  lieu  à  autre  tout 
£  enLble.  Par  ainfi  qui  voudroit  a, 
3h«yles chercher  oùilseftoienthier      c 

£  rouueroit  aucun  refte ,  ny  apparenc d  eu 
nv  de  leur  village.  Lecours  &  vuidedecegra 
hcavant  couru  enuiron  cinquante  heues ,  fa. 
SrÏvn  autrelac,  moindre  toutesfois  que 
pS"  qu'ils  appellent  de  Pary  a  &  conne 
£  foy  quelques  Mette,  :  mais  l'on  n  y •  vo 

délïbus  terre,  6c  qu'il  va  donner  en  la  mer 
Sud,  mettant  en  auant  acefte  fin  ,  quUya 
bras  de  ffoue  que  l'on  void  naiftre  &  entrer 
£me7,  fort  proche  du  nuage,  fans  en  çogn 
ftr?&igine.PAuconuaireiecroyqueUse^ 


des  Indes.  Liure  IL  /j> 

decelacferefoluent,  ôc  diiïïpent  danslemef- 
jme  lac,  par  l'ardeur  ôc  chaleur  du  foleil.  Ce  dif- 
cours  mefemble  fuffifantpour  monftrer  qu'à 
;  tort  les  anciens  on:  tenu  la  région  du  milieu în- 
,habitable  par  faute  d'eaux ,  d'autant  qu'il  y  en  a 
grande  abondance  ôc  du  ciel ,  &  de  la  terre. 


TraiSi  delaraifon  pourquoy  le  foleil  h  or  s  des 
Tropiques,  engendre  plus  grande  quantité 
d'eaux  quand  il  ejl pin  ejloigne  :  &  pour- 
quoy au  contraire,  au  dedans  dueux  il  en 
engendre  moins  quand  il  en  efi  plus  proche. 

Chapitre    VII. 

Ensant  plufîeurs  fois  à  part 
j  moy  d'oùpouuoitprocederqùci 
l'Equinoxe  eu  fi  humide,  com- 
me j'ay  die,  pour  réfuter  l'opi- 
nion des  anciens ,  ie  n'en  trouue 
point  d'autre  caufe,  que  la  gran- 
le  force  du  foleil  en  ces  parties-là ,  par  laquelle 
lefleuc  ôc  attire  à  foy  vne  grande  abondance  de 
japeurs  de  tout  TOccean ,  qui  en  cet  endroit  eft 
on  grand,  ôc  fort  eftendu  ;  &  ayant  tiré  à  foy 
:efte  grande  abondance  de  vapeurs,  aufîj  toft 
csrefoult,  ôc  conuertit  en  pluyes,  ôc  eftap- 
>rouué  par  plufl eurs  expériences  certaines,  que 
:es  pluyes  ôc  ces  torrens  celeftes  prouiennent 
les  plus  grandes  chaleurs  du  foleil.  En  premier 
ieu,  comme  nous  auons  défia  dit-par  cy  deuant, 

H  iij 


~ 


Il 


Hiftoire  naturelle  j 

il  pleut  en  ces  pays  là  au  temps  que  le  foleil 
ette  fes  rayons  oireftement  fut  la  tette ,  &  que  , 
'encefaifant,  ilaplus  de  force  =  mais  quand^ 
foleil  s-en  efloigne  ,  la  chaleur  fe  tempête    & 
peut  lotsil  n'y  fombe  point  de  pluye  D  ou 1  on 
Lut  bien  inférer  que  la  force  &  ardeur  dufoJ 
feileft  cequicaufelespluyes  en  telles  régions 
Auffi  1-onobfctue,  tantauPeru,  neuueEfpaJ 
g„e    qu'en  toute  laTorride,  que  les  p hryesj 
fiennent  ordmairement  aptes  nndj ,  lo«  jl 
les  rayons  du  foleil  fontaupomd  de  leurpluj 
Î3e  force    &  que  e'eft  chofe  rare  de  voil 
|    uui?u^C-eftpourquoyleSrVoyJ 

Luts  y  pteuoyent ,  &  commencent  lent  .ou  j 
fee  de  gtand  matin,  afindel'acheuer,  &fe«l 

Jofet  fmidy,  pource  q^T^ouiorl 
Lrement  il  y  pleut  •^■^^3 
hanté  &  cheminé  par  ce  pay    là  ,  en  peuue 
parler  fumfamment:  car  mefmes  .1 >y en 
Lus  qui  y  ayans  fait  quelque  tefîdence,  difer 
ou"  k  plis  grande  abondance  des  pluyes  e 
land  la  lune  eft  en  fon  plein   encore,  que  »« 
3irela  vérité,  ien'en  aypeu  fiurepreoa    fufl 
(knte ,  bien  que  j'y  ay  e  prms  garde  q™^™ 
Dauantage ,  les  iours  \  l'an,  &  les  mors  donne, 
à  entendre  la  vetité  deeeque  deffu ,  affano 
qu'en  laTotride  lexcemue  chaleur  du  fol. 
Jaufe  les  pluyes.  L'expérience  nous  enfe.g, 
le  mefme  aux  chofes  artificielles ,  comme  al 
llambics,  aufquel.ondifti.te  «-««  *H 
be$ ,  ou  des  fleurs  :  car  la  véhémence  du  feu  e 
(être,  &  contraint,  pouffe,  &  efleu |  enhj 
W  abondance  de  vapeur.,  lefquelles  eftal 


des  Indes.  Liure  II.  £0 

preflèes  ,  &  ne  trouuans  y  (Tuë ,  font  conuerties 
en  liqueur  &  en  eaux.  L'on  voici  tout  le  mefme 
en  lor  ôc  en  l'argent  que  l'on  tire  &  affine  par  le 
vif  argent,  d'autant  que  fî  le  feu  eft  lent  &pe* 
tit,  l'on  ne  tire  quafi  rien  du  vif- argent:  mais  fil 
eft  afpre  &  violent ,  il  euapore  beaucouo  le  vif- 
argent,  lequel  fe  rencontrant  en  haut  contre  le 
chapiteau  qu'ils  appellenr ,  le  tournent  inconti- 
nent en  liqueur  ,  &  commence  à  dégoutter  en 
bas.  Ainfi  la  grande  ardeur  du  foleil  produit  ces 
deux  effets,  quand  elle  trouue  matière  difpofee, 
qui  eft  de  leusr  les  vapeurs  en  haut;  &  l'autre  de 
les  refoudre  incontinent,  &  les  tourner  en  li- 
queur, lors  qu'il  y  a  quelque  obftacle  pour  les 
confumer  &  refoudre.  Et  bien  qu'il  femble  que 
ce  foient  chofes  contraires,  qu'vn  mefme  foleil 
dans  la  Zone  Torride,  eftant  proche,  caufelcs 
pluyes ,  &  que  hors  la  Torride ,  eftant  efloigne, 
il  caufe  vn  mefme  effecl:  ;  fi  eft-ce  que  tout  bien 
confideré  ,  il  ne  l'eft  pas  réellement ,  &  de  fai&. 
Mille  cffe<5ts  es  chofes  naturelles  procèdent  de 
chofes  contraires  par  vn  moyen  diuers.  Nous 
mettons  fecher  le  linge  au  feu  &  à  l'air,  dcC- 
quels  neantmoins  l'vn  efchauffe,  &f  autre  re- 
froidit.  Les  partes  font  fechees  &  endurcies 
par  le  foleil  &  par  la  gelée.  L'exercice  modè- 
re prouoque  le  dormir,  f'il  eft  trop  violent,  il 
I  cmpefchei  fi  Ton  ne  met  du  bois  au  feu ,  fina- 
lement ilPefteintj  fi  l'on  y  en  met  beaucoup, 
&  trop,  il  Pefteint  auflî  :  car  la  feule  proportion 
l'entretient,  &  le  fait  durer.  Pour  bien  voir  vue 
chofe  ,  elle  ne  doit  eftre  ny  trop  proche  des 
i$W*>ny  trop  îoing ,  maiseadiftancerajfoiira^ 

H  iiij 


il 


Efiftoire  naturelle 

fele&  proportionnée;  eftanttropefloignédV- 
nechofe,  Ton  en  perd  laveiie,  &  trop  proche 
aufli ,  ne  la  peut  voir.  Si  les  rayons  du  foleil 
font  foibks,  ils  n'attirent  pas  les  bruines  des 
riuieres;  fils  font  violens,  auflî  toft  qu'il  a  attiré 
les  vapeurs,  il  les  refoult  &  confomme,  mais  la 
chaleur  modérée  les  attire  &  conferue.  Pour  ce- 
fleraifon  les  vapeurs  ncs'efleuent  point  com- 
munément de  nuid ,  ny  à  midy,  mais  au  matin, 
quand  le  foleil  commence  à  entrer  en  fa  force. 
Sur  ce  fubject  il  y  a  mille  exemples  dechofes 
naturelles,  que  Ton  void  procéder  fouuent  de 
chofes  contraires;  qui  doit  faire  que  nous  ne 
nous  deuons  pas  efmerueiller ,  file  foleil  pour 
eftre  fort  proche,  engendre  les  pluyes ,  &  qu'il 
en  fait  tout  autant  eftant  fort  efloi^né  :  mais 
qu'eftant  fon  approcheraient modéré,  &  pro- 
portionne, il  n'en  produit,  ny  caufe  aucune- 
ment. Cependant  il  refte  encore  vn  poinft  que 
Ion  peut  demander,  pour  quelle  raifon  en  la 
Zone  Torride  rapprochement  du  foleil  caufe 
lespluyes,  &  hors  d'icelle  fonreaufeesparfon 
efloignement.  A  cequeiepuisiuger,  laraifon 
eft ,  que  hors  des  Tropiques  en  hyuer ,  le  folei 
n'a  point  tant  de  force ,  qu'il  foit  fuffifant  poui 
confumer  les  vapeur^quif'efleuent  de  la  terre 
&  de  la  mer  :  car  ces  vapeurs  f  amaffent  en  gran- 
de abondance  en  la  région  froide  de  l'air,  où 
elles  font  congelées,  &efpaiflies  par  la  grande 
froideur,  puis  après  eftans  preffees,  fe  refoluen 
&  conuertiffent  en  eau.  Ceft  pourquoy  en  et 
temps  d'hyuer,  que  le  foleil  eft  plusefloigne 
que  les  iours  font  courts ,  &  les  nui&s  plus  WM 


* 


des  Indes.  Lime.  II.  <fx 

|gues,  la  chaleur  du  foleii  a  peu  de  force ^  mais 

Hquand  le  foleii  s'approche  de  ceux  qui  font 

[hors  des  Tropiques,  qui  cft  au  temps  d'efté,  la 

[Force  du  foleii  cft  deira  telle,  qu'elle  efleue  les 

l/apeurs ,  &  tout  enfemble  les  confomme ,  les 

[liflîpe  &  refoult  :  car  la  chaleur  &  la  longueur 

■lès  jours  font  caufees par  rapprochement  du 

l.oleil.  Mais  au  dedans  des  Tropiques  ,  en  la 

région  Torride,  l'efloignement  du  foleii  a  tout 

liutantdeffe&jque  le  plus  grand  approchement 

Ijui  foit  aux  relions  defdits  Tropiques.  Au 

Inoyen  dequoy  il  ne  pleut  pas  en  la  Torride, 

jilors  que  le  foleii  e/t  elloigné,  non  plus  que 

liors  les  Tropiques,quand  le  foleii  e(t  plus  pro  - 

jhe,*  d'autant  qu'en  ceft  approchement  &et 

loigncment,  le  foleii  demeure  toujours  en 

|ne  mefme  diftance  ,  .d'où  procède  vn  mefme 

ffect  de  ferenitc.  Mais  quand  le  foleii  eft  au 

>eriodcï  de  fa  force  en  la  Zone  Torride,&  qu'il 

ettefes.rayons  dire&ementfurla  teftedesha- 

»itans,  il  n'y  a  ny  ferenitc^iyfechereffe,  com- 

ne  il  femble  qu'il  deuroit  y  auoir,  mais  pluftoft 

le  grandes  àc  effranges  pluyes,d'autant  que  par 

a  force  excefîîue  de  fa  chaleur ,  il  attire  &  efle- 

leprefque  en  vn  inftant  vne grande  abondan- 

e  de  vapeurs  de  la  terre,  c^merOcceane,  lef- 

{ueltes  îontfiefpaiflescV  en  fî  grade  abondan- 

c ,  que  le  vent  ne  les  pouuant  diflîper ,  ny  re- 

oudre  facilement,   elles  viennent  à fe fondre 

neaiie,  quicaufe  les  plûyes  fi  froides,&  en  fi 

rande  abondance:  car  la  grande  véhémence 

ela  chaleur  peut  attirer  en  peu  de  temps  beau  - 

oup  de  vapeurs,  lefquelles  elle  ne  peut  fitoil 


Il 


l/tjloke  naturelle 
confumer  &  refoudre,  &eftans  attirée**  af- 
iemblees  par  leur  grande  abondance  fe  fon- 
dent &  tournent  en  eaiie.  Ce  que  1  on  cognoi- 
ftrafort  bien  par  ceft  exemple  domcftique  Se 
familier.  Quand  l'on  met  roftirvn  morceau  de 
porc.de  moutô.ou  de  veau,  fi  le  feu  eft  violent, 
&  la  viande  en  foit  fort  proche  ,  nous  voyons 
que  la  graiffe  fc  fond  toft  &  dégoûte  en  bas, 
qui  vient  de  ce  que  la  grande  chaleur  attire  & 
efleiieceft  humeur  &  gtaifle  de  la  chair,&  pour: 
eftre  en  grande  abondance  ne  la  peut  refoudre,; 
&  ainfi  diftille  &  rombe  dauantage.  Mais  quand 
le  feu  eft  modéré  ,  &  ce  que  l'on  roftit  eft  en  di- 
ftance  proportionnerons  voyons  que  lâcha" 
fe  roftit  proprement ,  fans  que  la  graine  diftillfl 
trop  à  coup,  pource  que  la  chaleur  modère, 
attire  l'humidité,  quelle confomme&  refoui 
en  vn  inftant.C'eft  pourquoy  les  cuifiniers  fom 
le  feu  modéré,  &  n'en  approchent  la  viande,  n] 
tro-p  pres.ny  trop  loin.de  peur  qu  elle  ne  fe  Fon 
de.  On  le  peut  voirpar  vne  autre  cxperiéce  au: 
chandelles  de  fuif  Se  de  cire:  car  fi  la  mefche :  ei 
eft  grofle ,  elle  fait  fondr  e  Se  découler  le  futf  Ô 
la  cire,  pource  que  la  chaleur  ne  peut  confom 
mer  ce  qui  s'efieue  d'humeur  :  maisfilatlam 
eft  proportionnée.^  cire  ne  fe  fond.ny  decoul 
le,  pource  quetafiame  va  consommant  peu 
peuce  qui  s\fieue.  Cequimefemblelavray 
raifon  pourquoy  en  l'Equinoxe,  &  en  laTorr 
de,la  gtand'force  de  la  chaleur  caufeies  pluy« 
lefquellesenda-utres  régions  font  caufeesps 
la  foiblefle  &  peu  de  chaleur. 


I 

des  ^ndes.  Liure  IL  6% 

^Comment  ton  doit  entendre  ce  qui  a  efii  diçi 
cy  dejfus  de  la  Zone  torride. 

Chapitre   VIII. 

'Il  eft:  ainfi  qu'es  chofes  naturelles  8c 
phyfiques  l'on  ne  doit  rechercher  de 
règle    infaillible   &c  mathématique, 
mais  ce  qui  eft  ordinaire,  &  ce  qu'on 
Ivoid  par  experiéce,  qui  eft  la  pi9  parfai&e  regîej 
il  faut  croire  que  ce  que  nous  auons  dit,quM  y  a 
■plus  d'humiditc  en  la  Torride  qu'aux  autres  re- 
Igions ,  &  qu'en  icelle  il  ne  pleut  point  lors  que 
lie  foleii  en  eft  plus  proche,  fe  doit  prédre  &  en- 
tendre de  mefme,  &  de  vray  c'eft  bien  ce  qui  eft 
le  plus  cômun  &  le  plus  ordinaire.  Mais  ce  n'en: 
pas  pour  empefeher  les  exceptiôs  que  nature  a 
voulu  mettre  à  cefte  regle,rendant  quelques  re~ 
giôs  de  la  Torride  extrememét  feches.Cc  qu'on 
racptederEthiopie,&  nous  louons  veu  en  vne 
|  grande  partie  du  Peru ,  où  toute  la  terre  ou  co- 
Jne,qu'ils  appellent  plaines,  maqueht  de  pluyes, 
Ivoire  d'eaux  de  la  terre  ,  excepté  quelques  val- 
Ilees  où  il  y  a  âcs  eaues  de  riuiercs  qui  defeen- 
fltient  des  montagnes ,  le  furplus  font  fablons  de 
I  terres  fteriles,  où  à  grande  peine  l'on  trouue  des 
(fontaines,  mais  bien  quelques  puits  très-pro- 
fonds.   Mais  nous  dirons  (Dieu  aydant)  en 
fon  lieu,quelle  eft  la  caufe  pourquoy  il  ne  pleut 
point  en  ces  plaines(chofe  que  pluileurs  demâ- 
dent  )  car  à  prefent  ie  prétends  de  monftrer  feu* 
lement  qu'il  y  a  plufieurs  exceptions  aux  règles 


Il 


Hifioire  naturelle 
naturelles  ,  d'où  vient  qu'il  peut  aduenir  en 
quelque  patrie  de  la  Torride,  qu'il  ne  pleutpas 
lors  que  le  foleil  eft  plus  proche ,  mais  quand  il 
eft  plus  efloigne.  Bien  que  iufquesauiourdhuy 
ienerayeveu,ny  entendu>toutesfois  s'il  y  en  a, 
on  le  doit  attribuer  à  la  qualité  particulière  de 
îa terre; mais  auffi  quelquesfois  s'il aduientle 
contraire ,  Ton  doit  auoir  efgard  qu  en  ces  cha- 
fes  naturelles  il  arriue  plufieurs  contrarierez  &i 
empefehemens ,  par  lefquels  elles  fe  changent 
êc  déffont  les  vnes  les  autres.  Pour  exemple ,  îlj 

1>eut  eftre  que  le  foleil  caufera  les  pluyes,  &  que 
e  vent  les  empefehera ,  ou  bien  les  rendra  plus 
abondantes  quelles  n'ont  accouftumé  d'eftre. 
Les  vents  ont  leurs  proprietez  &  diuers  corn- 
mencemens,  par  lefquels  ils  opèrent  dediffe- 
ïens  effe&s,qui  font  le  plus  fouuent  contraire* 
à  ce  que  Tordre  &  la  faifon  requièrent.  Puii 
donc  qu  en  chacun  endroit  l'on  void  arnuer  d< 
grandes  varierez  en  l'annce,qui  prouiennent  dt 
ladiùerfitédes  mouuemens&afpe&sdes  pla 
nertes,ce  neft  point  chofe  mal  à  propos  de  dm 
qu'en  la  Zone  Torride  Ton  peut  voir  &  remar 
quer  quelques  chofes  conrrairesàcequenou 
auons  expérimenté.  Mais  pour  refolution ,  c 
que  nous  auons  conclu , eft  vnevetité  bien  cer 
taine  &  expérimentée,  à  fçauoir  la  grande  fe 
cherelTe  que  les  anciens  ont  penfé  eftre  en  la  re 
gion  du  milieu  ,  que  nous  appelions  Torride 
n'y  eftre  point  du  tout ,  &  qu'au  contraire  il  y 
beaucoup  d'humidité ,  &  que  les  pluyes  y  fon 
^lors  que  le  foleil  en  eft  plus  proche. 


- 


des  Indeft  Linre.  II. 


6} 


guela  Torride  nejl  point  exe efôuemeni 
chaude ,  mais  plu ftoft  modem* 

Chapitre   IX. 

Vfques  icy  nous  auons  traité  de  l'hu* 
midité  de  la  Zone  Torride,maintenat 
il  fera  bon  de  parler  de  deux  autres 
qualitez \  qui  font  le  chaud  &  lefroid. 
INous  auons  demonftré  fur  le  commencement 
de  ce  difcourSjComme  les  anciens  ont  tenu,que 
jla  Zone  Torride  eftoit  chaude,  &  feche  excelîî- 
uement,cc  qui  n  eft  pas  ainfi  toutesfoisj  car  elle 
eft  chaude  &  humide ,  &  en  la  plus  grande  par- 
|tie,fa  chaleur  n'eft  pasexceffiue,  mais  pluftoft 
tempérée  ;  de  que  Ton  tiendroit  pour  incroya- 
ble^ nous  ne  Kauions  alTez  experimétc.  Quand 
ie  paiîay  aux  Indes  (  ie  diray  ce  qui  m'arriua) 
ayant  Jeu  ce  que  les  Poètes  &  Phiîofophes  di- 
set  de  la  Zone  Torride,  ie  me  perfuadois  qu'ar- 
riuant  à  l'Equinoxe,  ie  ne  pourrois  y  fupporter 
celle  exceffiue  chaleur. Mais  il  m  aduint  tout  au 
contraire,  car  au  temps  quei'ypaiTay,  qui  fut 
alors  que  le  foleiîy  Çftoitpour  Zenith,  citant 
entre  au  figne  d'A ries^à  fçauoir  au  mois  de  Mars, 
iy  fenty  fï  grand  froid  que  i'eilois  contraint 
(me  mettre  au  foleil  riour  m'efehauffer  :  que 
pouuois-ie  moins  faire  ajors ,  que  de  me  rire  êc 
me  mocqœr  des  météores  d'Ariftote,  &defa 
Philofophie ,-  voyant  qa'ato  lieu ,  &  en  la  faifon 
que  tout  y  debuoit  eftreVmbraf&de  chaleur, 
fuiuant  fes  règles,  moy  6&  tous  mes  coropa- 


ffijïoire  nafêrellé 
gnons  auions  froid  ?  Il  n'y  a  à  la  vérité  région 
au  monde  plus  douce,  ny  tempérée,  que  fous 
î'£quinoxe,combien  qu  elle  ne  foit  pas  en  tous 
endroits  d'efgale  ou  femblable  température,  ôc 
qu'ily  ait  beaucoup  de  diuerfitez.La  Zone  Tor- 
ride  en  quelques  endroits  eft  fort  tcmperec.cô- 
me  en  Quitco,&  aux  plaines  du  Peru  ;  en  quel- 
ques endro  ts fort Fioide,comme  en  Potozi -,  ÔC 
aux  autres  fort  chaude,  comme  en  l'Ethiopie, 
Brefil,&auxMollueques.  Cette  diuerfuedonc 
nous  eftant  certaine,  &  toute  cogneue,nous  de- 
uons  par  force  réchecher  vne  autre  caufe  du 
froid  ôc  du  chaud,  quelesrayôsdu  foleily  font 
riaiftre,  veu  qu'en  vne  mefme  faifon  de  l'année* 
&  en  lieux  qui  font  d'vne  mefme  hauteur  &  di- 
{lance  du  Pôle  &  de  l' Equinoxe  i  on  y  retrouuc 
vne  fi  grade  diuerfité, que  les  vns  sot  embrafez 
de  chàleur.ies  autres  de  froidure,  &  les  autres  fc 
trouuent  tempérez  d'vne  chaleur  modcree.Pla- 
JrJilu  ton  met  fa  tant  renommée  lue  Atlantique  fous 
^  la  Zone  torride,  puis  dift  qu'en  certain  temps 

de  l'année  elleauoit  le  foleil  pour  Zenith,  ôc 
neantmoins  qu'elle  eftoit  fort  tempérée ,  fort 
abondâte,&  fort  riche.  Pline  dit  que  Taproba- 
ne,  rquilsappellentauiourd'huySamatre)  eft 
fousÏEquinoxe,  comme  en  effecT:  elle  y  eft  cf- 
eriuant  qu'elle  neft  pas  feulemet  riche,  &  heu- 
reufe  ,  mais auffi  peuplée  d'hommes  fcd'ani- 
maux.D'oùl'on  peutfacilemét  cognoiftre,qu'€- 
cor  que  les  anciens  ayent  tenu  la  chaleur  de  la 
Torride  infupportable,neâtrnoinsils  pouuoiêc 
bien  entendre  qu'elle  ne  l'eftoit  pas  tant  corne 
ils  difoient.Le  tres-excellct  Aftrologuc  &  Cég 


Plat.inTim 


fUn.lib.6 


- 


des  Indes.  Dure.  IL         64 

jiiOgraphePtolomee,  ôcVinfignc  Philofophe 

Ile  médecin  Auiccnnc.cn  curent  meilleure  rc- 

blurion,eftanstous  deux  d opinion»  quefous 

iquinoxey  auoit  de  fort  cômodes  habitatiôs. 

$>ue  la  chaleur  de  la  Totride  ejl  tempérée  four 
{abondance  despluyes,eJrpourl* 
brie fueté des  tours. 

Chapitre    X* 

Epuis  que  le  nouueau  monde  àefté 
dcficouuertj'ô  a  cogneu  &  sas  doute, 
ce  que  les  derniers  autheurs  ont  tenu 
eritable.Maisceft  chofe  naturelle,  que  quand 
mclquc  chofe  qui  eft  hors  de  noftre  opinion, 
ious  vient  à  eftrc  cogneiie  par  rexperiéce,  nous 
oulôs  incôtinent  en  rechercher  la  caufe,  Ceft 
>ourquctynous  defïrôs  fçauoir  pour  quelle  cau- 
eiaregiô,de  laquellele  Soleil  eft  plus  proche* 
à'eft  pas  fculemét  tempérée ,  mais  eft  froide  en 
)luficurs  endroits.  Confîderant  cefte  madère 
jeneralemét ,  ic  trouue  deux  caufes  generalles, 
>our  rendre  cette  région  tempereejrvne  eft  cêl- 
c  cy  deuant  déclarée,  d'autant  que  cefte  région 
:ft  fort  humide,  &  fu  jette  aux  pluies,  &n'ya 
>oint  de  doute  que  la  pluye  ne  rafraïchifle, 
>ource  que  l'efleuement  de  l'eaûe  eft  de  fon.na- 
urel  froid,  &cncot  que  l'eaûe  par  la  force  du 
eus*efcauffc,ce  neâtmoins  ne  lajflepas  detepe^ 
cr  l'ardeur  caufec  des  rayons  dufbleil  pure- 
nent.  Ce  qu'on  void  par  expérience  en  l'Ara- 
>ieiatcriciirc,  laquelle  eft  «rnbrafee  du  foleil, 


— __ll 

Hifloire  naturel 

pour  n  y  auoir  aucunes  pluyes  qui  tempèrent  j 

fa  furie.  Les  nuages  &  bruines  empefehent 

que  les  rayons  du  5fc>leil  n  offenfent  tant , &  les! 

pluyes  qui  procèdent  d'icelles  mefmes ,  rafrai-I 

chifTent  l'air  de  la  terre,  &lJhume&ent  aufïî,| 

quelque  chaude  qu  elle  puifle  eftrc.  L'on  boira 

l'eaùe  de  la  pluye,  &  elle  eftanche  la  foif ,  com  J 

me  les  noftresl'ont  bien  efprouué ,  ayant  faut  J 

d'eaue  pour  boire.  De  forte  que  la  raifon  ôâ 

l'expérience  nous  enfeigne,  que  la  pluye  de  foyl 

appaifela  chaleur  ,  &  parce  moyen  ayant  jà 

monftré  comme  la  Zone  Torride  eft  fort  plu- 

uieufe,  ilappertauffiqu'ilyaenicelle  ,  chofc 

qui  peut  rendre  fa  chaleur  tempérée.  A  cecy  l'en 

diray  encor  vne  autre  raifon,  qui  mérite  bien! 

qu'on  entende ,  non  feulement  pour  cefte  ma- 

tiere>maisauflipour  plusieurs  autres  :  carpoui 

le  dire  en  peu  de  paroles  j  lefoleil  quoy  qu'ii 

foit  fort  chaud  &  bruilant  en  l'Equftioxe ,  ce 

neantmoinsceft  pour  peu  de  temps,  de  forte 

que  la  chaleur  du  iour  y  eftat  plus  briefue  &  de 

moindre  duree,ne  fait  pas  tant  d'embrafement, 

Ce  qu'il  conuient  déclarer  &  entédre  plus  par* 

ticulieremét.Ceuxquifontverfezàlacognoif 

fancedela  Sphère,  enfeignent  fort  bien,  qu( 

doutant  plus  que  le  Zodiaque  eft  oblique  & 

trauer  fant  fur  noftre  hemi  (phere ,  d'autant  plui 

les  iours  &  les  nui&s  font  inégaux  -,  &  au  con< 

traire  où  la  Sphère  eft  droitte,  &  les  fignes  mô- 

tent  droitement,  lesiours  &  les  nui&s  y  foni 

égaux.  Ceft  pourquoy  en  toute  la  région  qu 

eil  entre  les  deux  tropiques ,  il  y  a  moins  d'iné-i 

calité  aux  iours  &  aux  nui&s,  que  hors  Vieeux, 

h  ■-  &pta 


des  Indes.  Lime  II.  £j 

fcpîus  approche  de  la  ligne,  moins  y  trouue-ori 
l'mcgalit£,ce  que  nous  auons  experirriété  en  ce* 
orties.  Ceux  de  Quitta,  pource qu'ils  fontau 
iefloubsde  la  ligne,  n'ont  point  en  toute  l'an- 
eelesiours,ny  les  nuids  plus  courts  en  vne  far- 
an  qu'en  l'autre,  mais  y  font  continuellement 
fgaux.Ceuxde  Lyma,  pource  qu'ils  font  di- 
ans  de  la  ligne  prefque  de  douze  degrez  ,aper- 
oiuent  quelque  différence  entre  les  iours  &je s 
uids, mais  c  eft  fort  peu,  d'autant  qu'enDecé- 
:e&enIanuierlesioursy  crdiflent.d'vne  heure* 
u  peu  moins.  Ceux  de  Potozi  y  recognoiiTent 
îaucoup  plus  de  différence,  tant  l'Hyuerque 
ifté  ,  pource  qu'ils  font  prefque  foubs  le  Tro- 
que.Mais  ceux  qui  font  du  tout  hors  des  Tro- 
ques, remarquent  d'autant  plus  la  briefueté 
•sioursderHyuer,  &  la  longueur  de  ceux  de 
ifté,  qu'ils  font  esloignez  de  la  ligne,  &  font 
oches  du  PoIe;  comme  l'on  void  qu'en  Atte- 
igne &  en  Angleterre  les  iours  font  plus  longs 
Efté,  qu'en  Italie  8c  Efpagne.  C  eft  chofe  qui 
void ,  que  la  Sphère  enfeigne,  8c  l'expérience 
monftre  clairement.  U  fautadioufter  vneau- 
propofition ,  qui  eft  aufsi  vraye,  &  bien  con- 
érable  pour  tous  les  effeds  de  la  nature ,  fça- 
ir  la  perfeuerance  &  continuation  de  fa  caufè 
içiente  a  opérer  8c  agir.  Cela  fuppofé,  fi  l'on 
demande,  pourquoy  enl'Equinoxe  il  n'y  a 
ntdefi  violentes  chaleurs  enÈité,quily  a 
quelques  autres  régions,  (  comme  eh  An.da- 
ie  es  mois  de  Iuillet  &  Aouft  )  ie  refpondray 
irce  que  les  iours  d'Efté  font  plus  longs  en 
y!ïïz5^. les  wi&s  y  font  plus  courtes,  &  lé 


^fiftoire  naturelle 

iour  comme  chaud  qu'il  eft ,  enflame  &  caufe  là 
chaleur,la  nuicl:  aufsi  comme  froide  &  humide, 
donne  du  rafraichiiîement.  Suiuant  quoy,au 
Féru  il  n'y  a  point  tant  de  chaleur  ,  pource  que 
les  iours  d'Efté  n'y  font  pas  fi  longs,ny  les  nuids 
fi  courtes,  qui  caufe  que  la  chaleur  du  ioureft 
beaucoup  tépere'e  par  la  fraifeheur  de  la  nuicl:. 
Mais  là  où  les  iours  font  de  quinze,  oufeize  heu- 
res, par  raifon  il  doit  y  auoir  plus  de  chaleur, 
que  là  où  ils  ne  font  que  de  douze,  ou  de  treize, 
&  où  il  en  demeure  autantdela  nuicl:  pour  ra- 
fraifchiffement.Et  bien  que  laZoneTorride  foil 
plus  proche  du  Soleil ,  que  toutes  les  autres  ré- 
gions, fi  eft- ce  toutesfois  que  la  chaleur  du  So 
leii  n'y  demeure  pas  fi  long  temps:  car  c'eft  cho- 
ie naturelle  qu'vn  feuencor  qu'il  foit  petit ,  s'i 
perfeuere ,  efchauffe     dauantage    qu'vn    plu 
grand  qui  durera  peu,  principalement  s'il  ; 
furnient  du  rafraifchiiïemét.  Qiji  voudra  mettr 
donc  ces  deuxproprietezdelaTorride  en  vn 
balance,  fçauoir  qu'elle  eft  plus  pluuieufe  au  té j 
de  fa  plus  grande  chaleur,&  que  les  iours  y  for 
plus  courts,  on  pourra  bien  parauanture  trou 
uer  qu'elles  feront  efgales  à  ces  deux  autr< 
contraires  qui  font  que  le  Soleil  y  eft  plus  pr< 
che  &r  plus  droit  qu'es  autres  régions ,  à  tout 
moins  que  l'on  n'y  recognoiftra  pas  beaucou 
dauantage. 


- 


I' 


des  Indes.  Liurell.  66 


£>uilya  d'autres  rai  fins  outre  les  de f dûmes 
cy  dejjus,  qui  monfirent  que  la  Torride  eft 
tempérée,  principalement  en  la  cofte  de 
la  mer  Occeàne. 
Chapitre  XL 

rStant  chofe  refoluë  que  les  deux 
.propriere-z  fufdides  font  commu- 
nes &  vniuerfellesi toute  la  région 
orride,  &  qu'en  icelle  heantmofns 
il  fe  trouue aucûs  lieux  fort  chauds 
rlesautres  ou  il  y  a  fort  grand  froid-Bref  la  tçn- 
erature  n'y  eft  efgale  eh  tous  lieux,  mais  en  vn 
îefme  climat,  vne  partie  eft  chaude,!  autre  froi- 
e,&  l'autre  tempérée  tout  en  vn  mefme  temps; 
dus  fommes  contraints  de  rechercher  d'autres 
ifonsjd'ou  procède  cefte  grande  diuèrfîté  qui 
trouue  ainfi  en  la  Torride.  Difcourant  donc- 
Jes  fur  cefte  queftion,  j'en  trouue  trois  caufes 
parentes  &  certaines  >&r  vnè  quatriefme plus 
>fcure  &  cachée.  Les  caufes  apparentes  &  cer- 
ines  font,  la  première  l'Occean,  la  féconde 
tfsiete  &  fituation  de  la  terre ,  &  la  troifefme 
naturel  &  propriété  de  plufieurs  &  dîners 
;nts.   Outre  ces  trois  que  je  tiens  pour  mani-t 
ftes,  ie  croy  qu'il  y  en  a  vne  autre  quatriefme,*  - 
chée  &  moins  apparente  ,  qui  eft  la  propriété 
:  la  mefme  terre  habitée  -,  &  la  particulière  in- 
lencedefonCieh  Qui  voudra  confiderer  de 
ez  les  caufes  &  raifons  générales,  cy  defïïis 
fduites3  ontrouuera  quelles  ne  font  fùffi* 

1  M 


Il 

Hiftoire  naturelle 

fantes  pour  la  refolutiôft  totale  de  cefte  m* 
Se  veu  ce  quiarriue  Journellement  en  d» 
ùe!  ÛeusderEquinoxe-ManomotapaA  gran- 
de prtie  du  Royaume  de  Prefte-Iean,fontf- 

les  régions  ils  endurent  de  ternbles  chaleur 

&  v  biffent  les  hommes  tous  noirs  ;    Ce  qui 

K  pas  feulement  en  ces  parues :  de  terre  fer j 

me  eLignées  de  la  mer,  maisaufsieneft   1  d  ; 

S^Islesenuironnéesdelamer.  L Isle  d< 

^Thomas  eft  foubs  la  ligne,    les  ste J 

Cap  de  vert  en  font  prochaines,  fit  en  1  vne  ^ 

«,  l'autre  y  regnentde  furieufes  chaleurs    & 

font  mefmes  tous  les  hommes  noirs.  Soubs  1 

mefme  ligne ,  ou  bien  proche  d  icelle ,  gilt  vn 

ïanTe  du  Pe  u,  &  du  nouueau  Royaume  d 

Eade  qui  neantmbins  font  terres  fort  tenj 

peXs  binantes  pluftoftà  froidure ;  quenJ 

Là  chaleur,  &  les  hommes  oui  habitent  d 

kelles    fontblancs.   Laterre  du  Brefileftenl 

Smdiftancedela  ligne,  quelePeru&nead 

ïoinsle  Brefil  &  toute  cefte  cofte  eft  extr 

mement  chaude,  encore  quella  foiten  la  m 

Sort,  &  l'autre  coftédu  Peru  qui  eft  en  I 

mer  du  Sud,  eft  fort  tempérée.  le  dis  donc  qj 

quivoudra  confiderer  ces  d.fferences,  &  do  J 

net  la  raifon  d'icelles,  ne  fe  pourra  contend 

desgeneralles  cy   deffustraittees,  pour  decll 

.  «r  comme  la  Torride  peut  eftre  ^  terre  M* 

perée.  Entre  les claufes  &  ra.fons  fpeciales.l 

mis  pour  la  première  la  mer,  poureeque fl 

doutefonvoifinageaydeà  tempérer,  &  refrd 

dir  h  chaleur.    Car  combien  que  fon  eau  1" 


des  Indes.  Liure,  II. 


*7 


faltee,  elle  eft  toufiourseau  toutesfois,  &  leau 
de  fa  nature  eft  froide ,  &  fi  encore  eft  remar- 
quabIe,quepourlaprofonditédel'Occean,reaU 
n'en  peut  eftre  efchauffee  pjr  la  chaleur  du  So* 
leil,  comme  les  eaux  des  rînieres.  Finalement 
tout  ainiï  comme  le  fel  nitre  (  quoy  qu'il  foit  du 
naturel  du  fel  )  a  la  propriété  de  refroidir  l'eau  1 
ainfî  voyons-nous  par  expérience  en  quelques 
ports  &  haures  que  l'eau  de  la  mer  y  rafraifehit, 
cequenousauons  veu  en  celuy  de  Cailaq,  ou 
l'onmettoitrafraifchir  l'eau  ou  vin,  pourboi- 
re dedans  des  cruches  ou  flafeons  mifes  en  la 
mer.  D'où  Ton  peut  fans  doute  recognoiftre 
quel'Occean  a  cefte  propriété  de  tempérer  5c 
rafraifehir  l'excefsiue  chaleur  Pour  cefte  occa- 
fion  l'on  relfent  dauantage  la  chaleur  en  la  terre, 
qu'en  la  mer,  cxtensfmbus,  &  communément 
les  terres  (ituees  fur  la  marine,font  plus  fr  aifches 
que  celles  qui  en  font  esloignees,  cdtem pdrtbtu 
commei'ay  di<5L  Ainfi  la  plus  grande  partie  du 
nouueau  monde  eftant  fort  proche  de  la  mer 
Occeane,  nous  pouuons  dire  auec  raifon,  encor 
qu'il  foit  foubs  la  Tornde,qu*il  reçoit  de  la  mer 
vn  grand  bénéfice,  pour  tempérer  fa  chaleur. 

J>)ue  les  plus  hautes  terres  font  le  s  plus  froide sx 
&  quelle  en  efi  la  raifon . 

Chapitre    XII. 
ffînBAis  fi  nous  voulons  encor  rechercher 
fparticulierement,noustrouuerons  qu'en 
_* toute  cefte  terre  il  n'y  a  pas  vne  chaleur 
totalement  elgale ,  quoy  qu'elle  foit  en  pareille 


i 

j/ïftoire  naturelle 
diftance  de  la  mer,  &  en  mefme  degré,  veii 
qu'en  quelques  parties  d'icelle  il  y  a  beaucoup 
de  chaleur ,  &  en  d'autres  y  en  a  fort    peu. 
Il  n'y  a  point  de  doute  que  la  caufe  de  cecy 
ne  foit  pourautant^ue  l'vne  eft  plus  baffe,  & 
que  l'autre  eft  plus  haute  &  plus  esleuee,  d'où 
vient  que  l'vne  eft  chaude,  &  l'autre    rroide, 
C'eft  chofe  certaine  que  le  Commet  des  mon- 
tagnes eft  plus   froid    que    le  profond    des 
vallées,  ce  qui  ne  procède  point  feulement  de 
ce  que  les  rayons  du  Soleil  ont  plus  dereper- 
cufsion  auxlîeux  bas  &  profonds,  encor  qu >l 
en  foit  vne  grande  raifon,  mais  il  y  en  a  vne  au- 
tre, qui  eft  que  la  région  de  l'air  eft  plus  froide, 
d'autant  plus  qu'elle  eft  haute  &  eskwgnee  de 
la  terre.  Les  plaines  de  Collao  au  Peru,  &  de 
Fopajan  en  la  neuue  Efpagne,  font  preuue  lut- 
fifante  de  cecy.  Car  fans  doute  toutes  ces  par- 
ties font  terres  hautes,  &  pour  cefte  raifon  aufsi 
font-elles  froides ,  combien  qu'elles  foient  tou- 
tes enuironnees  de  hauts  pics  de  montagnes 
fort  expofees  aux  rayons  du  foleil.  Mais  fi  nous 
demandons  pourquoy  au  Peru  &  en  la  neuue 
Efpagne,  les  plaines  de  la  cofte  font  terres  chao- 
dess&  les  plaines  de  la  mefme  terre  du  Peru& 
de  la  neuue   Efpagne  font  au  contraire  terres 
froides:  Ma  vérité  ie  ne  voy  point  quil  s  en 
puiffe  donner  autre  raifon,  finon  que  les  vnes 
font  en  terre  baffe,  &  les  autres  en  terre  nau- 
te.  L'expérience  nousenfeigne  que  la  moyens 
ne  région  de  l'air  eft  plus  froide  que  l  intérieu- 
re :&pource  tant  plus  les  montagnes  s*ppro- 
chent  d'icelle  région  moyenne ,  tant  plus  elles 


des  Indes.  Liure.    1 1.  68 

font  froides,  couuertes  déneiges  &  dégelées* 
La  raifon  mefme  f y  accorde,  pource  que  s'il  y  a 
vne  fphere  ou  région  du  feu,  comme  Ariftote  & 
Jesautres  Philofophes  difent ,  la  région  moyen- 
ne de  l'air  doit  eftre  plus  froide  parantiperifta- 
fe,!a  froidure  eftant  reposée,  &fereiTerrant 
en  icelle,  comme  en  temps  d'Efté  nous  voyons 
aux  puits  qui  ont  de  la  profondité.  Pour  cefte- 
occafion  ,  les  Philofophes  afferment  que  les 
deux  extrêmes  régions  de  l'air,  celle  d'enhaut, 
&  celle d'embas, font  les  plus  chaudes,  &  la 
moyenne  plus  froide.  Que  s'il  eftainfi  comme 
de  fait  l'expérience  le  monftre,  nous  en  tirerons 
encor  vri  argument  ôc  raifon  remarquable3pour 
monftrerquelaTorride  eft  tempérée;  fçauoir 
que  la  plus  grande  partie  des  Indes  eft  vne  ter- 
re haute,  remplie  de  beaucoup  de  montagnes, 
qui  par  leur  voifïnage  rafraifchirTent  les  terres 
prochaines.  L'on  Void  continuellement  e'sfom- 
mets  des'montagnes  dontie  parle,  de  la  neige ■> 
de  la  gresle,  &  des  eaux  toutes  glacées ,  &  le 
froid  qu'il  y  fait  eft  fi  afpre,  que  l'herbe  en  eft 
toute  grefil/onnee,  tellement  que  les  hommes 
fccheuaux  cheminans  par  là  ,y  font  tous  en- 
Çourdisde  froid.Cecy3commei'ay  défia  di<5t5eft 
en  la  Zone  Torride ,  Ôç  aduient  le  plus  fouuent 
quand ilsont  le  Soleil  pour  Zenith.  Ainfi  eft- 
ce  chofe  notoire  &  conforme  à  la  raifon  ,  que 
les  montagnes  font  plus  froides  que  ne  font  les 
vallées  &  les  plaines,  d'autant  qu'elles  partici- 
pent de  la  région  moyenne  de  l'air,  qui  eft  très* 
froide.  Or  la  caufe  pourquoy  la  région  moyen- 
ne de  l'air  eft  plus  froide,  a  çfté  mefme  dicle  cy 

î  i:i-j 


~ 


-*.^_ 


JF/ïftoire  naturelle 
deuant,  qui  eft  que  la  région  de  l'air  prochaine 
de  l'exhalation  ignée,  laquelle  (félon  Ariftote) 
eft  fur  la  fphere  de  l'air,  repoufle  &  reiette  ar-  j 
rieie  toute  la  Froidure ,  laquelle  fe  retire  &  re  • 
ferre  en  la  moyenne  région  de  l'air  par  antipe- 
riftafe,comme  parlent  les  Philofophes.En  après 
fiquelqu'yn  me  demande  &  veut  interroger  de 
ygnUMa.^  €efte  façon ,  s'il  eft  ainfi  que  l'air  foit  chaud  & 
humide,  comme  tient  Ariftote,  &  comme  l'on 
dit  communément,  d'où  procède  ce  froid  quife 
retire  en  la  moyenne  région  de  l'air,  puis  qu'il 
ne  peut  venir  de  la  fphere  du  feu  ?  Car  s'il  pro- 
cède de  l'eau  ou  de  la  terre,  par  cefte  raifon  la 
baffe  région  de  l'air  deuroit  eftre  plus  froide 
que  celle  du  milieu.  Certes  a  refpondre  au 
vray  ce  que  i'en  penfe,  ie  confefleray  que  ceft 
argument  &obie&ion  m'eft  tant  difficile,  que 
le  fuisprefque  difpofé  de  fuiure  l'opinion  de 
ceux  qui  reprouuent  les  qualitez ,  fymboles  & 
diffymboles  que  met  Ariftote  aux  éléments, 
difant  que  ce  font  imaginations,  lefquels  pout 
cefte  occafion  tiennent  que  l'air  de  fon  nature 
eft  froid,  &  à  cefte  fin  iisfe  feruent  de  plulîeur; 
argumens  &  raifon?,  du  nombre  defquels  noui 
en  propoferons  vn  aflez  vulgaire  &  cogneu 
lailfans  les  autres  a  part,  fçauoir  qu'es  iours  ca- 
niculaires nous  auons  accouftumé  nous  don- 
ner de  lairauecvnefuentàil,  &  trouuons  qui 
nousrafraifchit:  de  forte  que  ces  Autheursaf- 
ferment quela  chaleurn'eft  vne  propriété  par- 
'^pionyf.ap  ticuliere d'aucun  autreelementquedu  feulfeu 
u.decœl.  qui  eft  efpars&meslé  parmy  toutes  les  choies 
(félon  que  le  grand  Denysfiousenfeigne)  mag 


hUw. 


des  Indes.  Liure.    1 1.  6$ 

,  qu'il foit ainfi, ou qu'il en  foit autrement ( car ïe 

|  ne  veux  pas  contredire  a  Ariftote,  ficen'eft  en 

1  chofe  fort  certaine  )  en  fin  ils  facordent  tous 

que  la  moyenne  région  de  l'air  eft  plus  froide, 

quelaplus  baflfe  prochaine  à  la  terre,  comme 

mefme  l'expérience  le  monftre,  puis  qu'en  cette 

région  du  milieu,  les  neiges,  les  gresles/fnmats 

&  autres  indices  d'extrême  froid  s'engendrent» 

Or  donc  la  région  du  milieu  qu'ils  appellent 

Toçride.ayant  d?vn  cofté  la  mer,  &  de  l'autre 

les  hautes  montagnes ,  l'on  doit  tenir  cela  pour 

caufes  fuffifantes  pour  tempérer  &  rafraifêhir 

fa  chaleur.  ^ 


Jg-ue  les  vents  froids  font  la  principale  cau/è 

de  rendre  la  Tonide  tempérée* 

Chapitre,  XIII. 

A  température  de  celle  région  fe 
doit  principalement  attribuer  a  la. 
propriété  du  vent  qui  court  en 
cette  terre  là,  lequel  eft  fort  frais  ôc 
gi-cieux.La  prouidéce  du  grand  Dieu,Createur 
de  toutes  chofes  a  efte  telle,qu'il  a  ordonne'  qu'il 
y  euft  des  vents  merueilleufement  frais  en  la  ré- 
gion où  le  Soleil  fait  fon  cours  (  qui  femble  de- 
voir eftre  du  tout  embrafee)  afinquepar  leur 
firaifcheurj'excefsiue  chaleur  duSoleil  fuit  tem- 
pérée. £t  ne  font  pas  ceux-là  trop  esloignez  d'ap. 
parence  de  raifon,  qui  ont  eu  opinion  que  le  Pa- 
radis terreftre  eftoit  fous  TEquinoxe  ,  s'ils  ne  fe 
FufFent  trompez  eux  mefmes  par  la  caufe  de 
Wfor  opiniorj,  en  ce  qu'ils  difojent  que  légalité 


" 


ififtoire naturelle 
3es  iours  &  des  nui&s  cftoit  feule  fufnTante 
caufe  de  rendre  cefte  Zone  tempérée,  à  laquelle 
opinion  toutesfois  plufieurs  autres  ont  eflé 
contraires,  dunombredefquelsa  efté  le  Pccce 
renommé,  difant. 

--- excelle  région 

Sembr^le  mcejftmment aux  chaleureux  rdjons 

Vu  Soleil,  quid'illec  tarnais  ne  Ce  retire* 

Donques  la  fraifcheur  de  la  nuicfc  n'eft  pas  telle  * 

quelle  foit  feule  fufflfante  pour  modérer  ôç 

corriger  de  fi  afpres  &  furieufes  ardeursduScn 

leil,  mais  pluftoft  cefte  Torride  reçoit  vne  fi 

douce  température  parle  bénéfice  de  l'air  frais 

&gracieux,de  telle  forte  que  combien  qu'elle 

ait  elle  tenue  des anciens,  plus  embrafee  qu'vn« 

fournaife  ardente,  &ceux  qui  l'habitent  à  pre- 

fent,  la  tiennent  pour  vn  Printemps  délicieux, 

Il  appert  par  argument  &  raifons  fort  euiden- 

tes,  que  la  caufe  de  cecy  gift  principalement  enS 

la  qualité  du  vent.  Nous  voyons  en  vn  mefmê 

climat  quelques  régions  &  villes  mefmes  plus 

chaudes  les  vnes  que  les  autres ,  pource  feule- 

ment  qu'ils  fe  relTentent  moins  des  vents  qui 

rafraifchiiTent.  De  mefme  eneiVil  en  d'autre; 

terres,  où  le  vent  ne  court  point ,  lefquelles  foni 

toutes  embrafees  comme  vn  fourneau ,  Se  y  eft- 

on  fi  fatigué  delà  chaleur,  que  d'y  eftre,c'ef 

autant  que  de  fe  voir  dans  vne  fournaife.  Il  y; 

beaucoup  de  ces  bourgades  &  de  cesterresai 

Brefil,en  Ethiopie  &  au  Paraguay,çomme  cha 

cun  fçait  :  &  ce  qui  eft  plus  confiderable  ,  c  ef 

que  1  on  void  ces  différences ,  non  feulemen 

parmy  ks  terres,  mais  aufft  en  la  meï.Ilya.d< 


des  Indes.  Dure   I  I.  70 

i  mers,  ou  l'on  fent  beaucoup  de  chaleur,  comme 
;  ils  racontent  de  celle  de  Mozambique  &  Or- 
t  mus,  &  en  l'Orient,  &  de  la  mer  de  Panama  5  en 
;  Occident  (laquelle  pour  celle  occafion  engen- 
dre &  produit  en  foy  des  Cayamans)côme  aufsi 
lenJa  mer  du  Brefil.  Hya  d'autres  mers,  voire 
!en  mefme  degré  de  hauteur,  fort  froides ,  corne 
eft  celle  du  Peru,  en  laquelle  nous  eufmes  froid, 
comme  i'ay  raconté  cy  deffus,  quand  nous  la  na- 
uigeafmes  la  première  fois,  quieftoiten  Mars, 
i&  au  temps  que  le  Soleil  cheminoit  par  deffus. 
I A-la  vérité  en  ce  continent,  où  la  terre  &  l'eau 
font  de  mefme  forte,  l'on  ne  peut  imaginer  au-. 
Ère  occafion  de  (i  grande  différence ,  finon  la 
propriété  du  vent  qui  les  rafraifchit.  Que  il  l'on 
veut  de  près aduifer  à  cefte  confideratiô  du  vét, 
dont  nous auôs  parlé,  l'on  pourra  refoudre  plu- 
(îeurs  doutes  qu'aucuns  mettent  en  auant ,  &qui 
(èmblent  choies  effranges  &  merueilleufes,fça- 
ioir  pourquoy  le  Soleildonnant  de  fes  rais  fur  la 
?egion  Torride ,  de  particulièrement  au  Peru, 
^oire  beaucoup  plus  violemment  qu'il  ne  fait 
pas  en  Efpagne  es  iours  caniculaires ,  néant- 
noinsfon  refifle  à  fa  chaleur  auec  vne  fort  lé- 
gère couuerture  ,  fi  bien  qu'au  couuert   d'vne 
latte,  ou  d'vn  fimple  toid  de  paille  ,  l'on  eft 
îïieux  contregardé  de  la  chaleur ,  que  l'on  n'eft 
?as  en  Efpagne  deffous  vn  toict  de  bois ,  &  mef- 
ne d'vne  voûte  de  pierre.  Dauâtage  pourquoy 
esnuids  d'Efléne  font  chaudes ,nyennu vou- 
es au'Peru,  comme  en  Efpagne?  Pourquoy  aux 
)lus  hauts  fommets  des  montagnes ,  &  mefme 
intre  les  monceaux  de  neige,  il  y  fait  quel- 


~ 


^jitdk 


frfifloire  naturelle 
ques-fois  de  grandes  &  infup portables  cha-; 
leurs.  Pourquoy  en  toute  laProuincede  Col- 
lao,  quandl'on  fetrouueà  l'ombrage,quelque 
petit  qu'il  puiffe  eftre,  Ton  y  fent  du  froid,  mais 
quand  l'on  vient  a  en  fortir  aux  rayons  du  So-j 
leil ,  incontinent  Ton  vient  à  y  fentir  vne  excef- 
fme chaleur.  Pourquoy  toute  la  cofteduPeru 
eftant  pleine  de  Tablons,  neantmoins  fe  trouuc 
fort  tempérée,  &  pourquoy  Potozidiftantdela 
cité  d'Argent  tant  feulement  de  dixhuid  lieues 
&  en  vn  mefme  degré,  eft  toutesfois  de  fi  diffé- 
rente température,  que  Le  pays  eftant  très- froid, 
îleftfterille&fec  a  merueilles:  au  contraire  la 
ville  d'Argent  eft  tempérée,  déclinant  à  la  cha- 
leur &  à  vn  terroir  fort  gracieux  &  fertile. 
C'eft  donc  pour  certain  le  vent ,  qui  principale- 
ment caufe  toutes  ces  eftranges  diuerfttez  :  cai 
fans  le  bénéfice  du  vent  frais,  l'ardeur  du  Solei 
eft  telle,  quencor  queccfoit  au  milieu  des  nei 
ges,  elle  brusle  &  embrafe ,  mais  aufsi  quand  1« 
fraîcheur  de  fair  reuient,  aufsi  toft  toute  la  cha- 
leur s'appaife,quelque  grande  qu'elle  foit:  &  oi: 
ce  vent  frais  eft  ordinaire,  &  règne  fouuent ,  i 
empefche  que  les  vapeursterreftres&grofsie 
res  qu'exhale  la  terre,  ne  fe  ioignent ,  &  caufen 
vnepefante&-  ennuyeufe  chaleur,  dont  leçon 
traire  aduient  en  Europe;  d'autant  que  par  l'ex 
Jialation  de  ces  vapeurs,  la  terre  demeure  corn 
mebrusîeeduSoleildu  iour,qui  eft  caufe  qu 
les  nui&s  y  font  fi  chaudes  &  ennuyeufes,  telle 
ment  qu'il  femble  plufieurs  fois  que  l'air  fort 
comme  d'vne  fournaife.  Pour  cefte  mefme  rai 
fon,  au  Pçru  cefte  fraiïcheur  du  vent  caufe  cp 


i 


des  Indes.  Lime   I  I.  71 

par  le  moyen  de  quelque  petit  ombrage  au  cou- 
cher &  déclin  du  Soleil,  Ton  y  eft  allez  fraifche- 
ment:  au  contraire  en  Europe  le  temps  le  plus 
doux  &  plus  agréable  en  Efté  eft  le  matin ,  &  le 
foireftleplus  froid,  &  le  plus  ennuyeux.  Mais 
au  Peru,  en  tout  l'Equinoxe  il  n'en  eft  pas  de 
mefme,  d'autant  que  tous  les  matins,  que  le  vent 
de  la  mer  y  celle,  &  que  le  Soleil  y  commence  à 
ietter  fes  rayons,  pour  cefte  raifon  l'on  y  fent  la 
plus  grande  chaleur  aux  matins,  iufqu  es  aure^ 
tour  dudit  vent  qu'ils  appellent  autrement,Ma- 
rée,  ou  vent  de  la  mer,  qui  fait  qu'on  commen- 
ce a  fentir  le  froid.  Nous  auons  expérimenté 
tout  cecy  du  temps  que  nous  eftionsauxlsles 
qu'ils  appellent  de  Barlouente  ,  où  au  matin 
nous  fuyons  de  chaud ,  &  à  midy  nous  fentions 
vn  bon  frais  pour  ce  que  la  bize  ordinaire; qui  eft 
vn  vent  frais  &  gracieux,  y  fouffie  alors. 

gueceux  qui  habitent  foubs  l'Equinoxe  >  vï- 
uent  dvne  vie  fort  douce  &delicieufe. 
Chapitre.      X  V. 
jl  ceux  qui  ont  eu  opinion  que 
1  Paradis  terreftreeftoit  en  l'Equino 
!xe ,  fe  fuffent  conduits  par  ce  dif 
^cours,  encor  ne  fembleroient-ils 
tpoint  eftre  du  tout  hors  <îu  chemin 
non  que  ie  vueille  refoudre  que  le  Paradis  délice 
eux,  dot  parle  l'Efcriture,  foit  en  ce  lieu  li5d'au- 
tant  que  ce  feroit  témérité  de  l'affermer  pour 
ch  ofe  certaine;  mais  ie  dis,  que  fil  on  peut  dire 
qu'il  y  ait  quelque^  Paradis  en  la  terre  ce  doit 


Viues.Hb.Tf 
le  deci.ii,  c.xl. 


**", 


i 


Hifioire  naturelle 
eftreenlieu,  où  l'on  ioûift  d'vne  température  I 
fort  tranquille  &  fort  douce.  Car  il  n'y  a  chofe 
fi  fafcheufe  &  répugnante  i  la  vie  humaine,  que 
die  viure  fous  vn  Ciel ,  ou  vn  air  contraire ,  en* 
nuycux&  maladif,côme  il  n'eft  chofe  plus  agréa-  j 
ble  que  de  iouyrd'vn  Ciel&  d'vn  airquifoitj 
fain.  doux ,  fubtii  &  gracieux.  Il eft  certain  que  | 
nous  ne  participons  point  d'aucun  des  éléments, 
ny  n'en  auonslvfage  fi  fouuent  en  l'intérieur  du 
corps,  que nousauons  deTair.  C'eft  celuy  qui 
enuironnenos  corps  de  toutes  parts,  qui  nous 
entre  iufques  dans  les  entrailles,  &  à  chaque 
moment   nous  va  vifitant  le  cœur  *  auquel  il 
imprime  fes  propriété*.  Si  l'air  eft  tant  foit  peu) 
corrompu,  il  caufe  la  mort:  s'il  eft  pur  &  falu* 
bre,  il  augmente  les  forces  ,     Finalement  nous 
nouuonsdire,  que  l'air  feui  eft  toute  la  vie  àt%\ 
hommes-,  dé  forte  que  combien  que  l'on  aye  des 
biens  &•  des  richeffes,fi  eft-ceque  fi  le  Ciel  eft 
fafcheux&malfain,lonnepeut  viure  à  l'ayjeJ 
n  v  auec  du^contentement:  mais  fi  l'air  &  le  Ciel 
eftfalubre  gracieux  &plaifant,  encôr'  que  l'on 
n'ait  d'autres  richeifes,ne  laiife  de  donner  du 
contentement  &  du  plaifir.  Confiderant  à  part 
moy  l'agréable  température  de  plufieurs  terres 
des  Indes,  où  Ion  ne  fçait  que  c'eft  de  l'hyuer, 
qui  par  fon  froid  gelle  &  eftraint  ,ny  de  l'efté,] 
qui  ennuyé  par  fes  chaleurs,mais  auec  vne  natte ,  | 
l'on  fe  guarantit  de  quelque  iniure  du  temps | 
que  ce  foit,  &  où  il  eft  à  peine  befoin  de  changer 
d'habit  en  toute  l'année:  le  dis  certes  que  confi- 
derant cela  plufieurs  fois ,  ie  trouue  &  me  fern- 
ble  cncor  auiourd'huy,  cjue  fi  les  hommes  fe 


des  Indes.  Liure,   11.  *£ 

vouloient  vaincre  eux^mefmes ,  &  fe  deslief 
deslacsquela  cupidité  leur  dreffe,  fe  defiftans 
ideplufieurs  inutiles  &  pernicieux  defTeings; 
i  fans  doute  qu  ils  pourroient  viu  re  aux  Indes  fort 
doucement  &  heureufement  .-car  ce  que  les  au- 
tres Poètes  chantent  des  champs  Elifées,  &  Je 
hfameufe  Tempe,  ou  ce  que  Platon  raconte, 
ou  font  de  fonlsle  Atlantique,  certes  les  hom- 
mes les  trouueroient  en  ces  terres ,  fi  d*vn  cœur 
généreux  ils  aymoient  mieux  eftrefeigneursde 
leur  argent  &  de  leur  conuoitife ,  que  d'en 
demeurer  efclaues  comme  ils  font.  Ce  que  nous 
auons  tra.tte  iufques  icy.fuffira  touchant  les 
quahtez  de  1  Equinoxe,  du  froid.chaud, feche- 
refle  pluyes,&  des  caufes  de  fa  température. 
Le  difcours  en  particulier  des  diuerfitez  des 
vents,  eaux ,  des  terres,  des  métaux ,  plantes  & 
animaux  qui  y  font.&dont  y  a  aux  Indes  grande 
abondance  reftera  pour  d'autres  liures,  caria 
difficultede  ce  qui  eft  traittéen  ceftuycy , 
quoy  qu  au  bref  Ie  fera  parauanture  trouuer 
plus  long  qu 'il  n  eft. 


Aduertiffement  au  Lefteur, 


LE  Lecteur  doit  efire  aduerty,  que  tejcriuy 
les  deux  Hures precedens  en  Latin,  lors 
que  ieftoisau  Veruy  &  pourceparlem-ils  des 
chofes  des  Indes ,  comme  de  chofes  pre fentes  : 
depuis  eflant  venu  en  Efpagne ,  mejembla  bon 
de  les  traduire  en  langue  vulgaire  3&  ne  voulus 
changer  la  façon  déparier  qui  y  efloit  couchée: 
mais  aux  cinq  liuresfuiuan s, parce  que  te  les 
ay  faits  en  Europe y  i'ay  efie  contraint  de  chan- 
gerla façon  de  par  1er >&  de  traitteren  iceux  les 
chofes  des  ïndes .comme  terres  é*  chofes  abfen- 
tes  y  &  parce  que  cesie  diuerfttc  de  parler 
pourroït  auec  raifon  ojfenfer  le  Lecteur  yilm* a 
femblê  bontaducrtirdececy. 

LIVRE 


UVRE    TROISIESME 

D  E  L'H  I  S  T  Ô  I  R  E    N  A  T  V- 

rellè  &    morale  des  Indes*      ' 


$ue  l'hififm  naturelle  des  liides^fl pUifanti 
&  agréable. 

Chapitre    premier.. 
tt&  O  v  t  e  IfiHSrre  naturelle  de  foy 
cft  agréable,  &  mefme  eft  vtiJe,& 
de  grand  prioffi  t  à  ceux  qui  veuîec 
eflcuer  Jeur  difcours  &  contem- 

platJonen  haut,  en  ee  qu'elle  les 
cite  à  glorifier  1  Autheur  de  toute  la  nature 
mme  nous  voyorn  que  font  les  fages  &  Mtm 
rfonnages,  principalemet  Dauid  en  plufieurs 
d.uers  f  feaumés,  où  il  célèbre  l'excellence  W  m 
sœuuresdeDieu.  Et  lob  auffi  traitant  des  fe-  1"'S,J"* 

nd  à  lob  fi  amplement.  Celuy  quife  plaira  M  lt    « 

le  fêîfiï  VTSœmieS  dC  CC«e  nat«re  »      4    4^ 
i«le&  fiabondante.auravrayementleplai- 
&  contentement  del'hiftoire,  &  plus  encoc 
and  ,1  cognoiftt.  que  ce  ne  font  point  fim- 

■L7*  "4"  £°*T?  '  ffia's  * 'Createu, 
**«A  <&  il  paireraplus  eutreî&f.aruiend«* 

J5 


n 

Hiftoire  naturelle 

à  comprendre  les  caufes  naturelles  de  ces  œ* 
ures  ,  5  fera  occupé  en  vn  vray  exercice  de  Phi- 
lofophie.  Mais  qui  efleuera  plus  haut  façon- 
fideration,  regardant  augtand  &  premier  Ar- 
chitecte de  toutes  ces  merueilles ,  cognoiltra  la 
fapience  &  grandeur  infinie  diceluy,  pourrons; 
dire  qu'il  traidera  vne  excellente  Theoogie,& 
par  ainfi  la  narration  des  chofes  naturelles  peu. 

Uuconp  feruir  pour  pla»™"  b°  n"« '^l 

fiderations.combienquela  foibleffe  &  debili, 

té  deplufieurs  appétits  ayt  accouftume  ordii] 

«airernent  de  s'arrefter  au  moins  profitable ,  qu  : 

eft  le  défit  de  fçauoir  chofes  nouuelles ,  appell.1 

emiofité.   Ledifcours&  hiftoire  des  chofes  naj 

tutelles  des  Indes,  outre  le  commun  content  ()l 

ment  qu'il  donne.il  en  a  encore  vn  autre.qu.  etl 

de  rraitter  de  chofes  tfloignées,  la  plus-part  de| 

quelles  ont  eftéincogneucs  aux  plus  exceller! 

autheurs  de  relie  profefllon.quiayent  efteej 

tre  les  anciens.  Que  s'il  falloic  efenre  ces  chofl 

naturelles  des  Indes,  auffi  amplement  comnl 

elles  le  requièrent  bien ,  eftans  chofes  fi  remal 

quables,  ie  ne  doute  pas  qu'on  n  en  peuii  rail 

desœuures    qui  neferoient  pas  moindres  ql 

celles  de  Pline.Theophrafte  &  Anftote.Mais 

ne  me  repute  point  aflez  fuffifant,&(encor  qj 

ie  le  fufïe)  ce  ne  feroit  mon  intention ,  ne  tej( 

dat  à  autre  fin  que  de  remarquer  quelques  cM 

fesnaturelksque  i'ay  veuës&  cogneues  efti 

aux  Indes  ,  ou  bien  que  i'ay  entendues  de  P 

fonnes  Agnes  de  foy  ;  lefquelU  s  me  fembl 

«ftrerares,&  peu  cogneues  en  1  Europe.  A  l 

fondequoy  iepaflaay  fuccinftementfur  bel 


des  Indes.  Liure.  II I.  74 

i  coup  d'icelleSjtantpource  qu'elles  font  ià  eferi* 
i  tes  par  d'aunes,  ou  bien  qu'elles  requièrent  da~ 
!  uantaged'efciarciflcment  &  de  difeours,  que  ce 
!  queie  leur  pourrais  donner» 


\Des  vents  3  de  leurs  différences , propriétés  # 
eau  fi  s  en  général. 

Chapitre    Ife 

Y  a  n  x  traitte  aiix  deux  îiures  pre- 
cedens  ce  qui  concerne  le  Ciel ,  ôà 
l'habitation  des  Indes  en  gênerai, 
il  nous  conuient  parler  des  trois 
elemens,rair,Peau,  &la  terre  ±  ôc 
de  leurs  compofez,  qui  font  les  métaux ,  plantes 
&  animaux  ;  car  pour  le  regard  du  feUiie  ne  voy 
phofe  fpeciale  aux  Indes  qui  ne  Toit  es  autres  re- 
giôs/iquelquvn  nevouloit  direquelafaçôdê 
[tirer  du  feu  en  frottant  deux  ballons  l'vn  contre 
autre,  comme  en  vfent  quelques  Indiens  \  de 
luire  quelque  chofe  en  des  courges,  y  iéttât  vne 
pierre  ardente  ,  &  d'autres  choft s  femblables 
fufTent  à  remarquer,auflî  en  ây-ic  eferit ,  ce  que 
l'onenpouuoitdire.Mais  de  ceux  qui  font  aux 
Vulcans  ou  bouches  de  feu  des  Indes,  dignes 
:ertainement  de  remarque,  i'en  diray  à  leur  or- 
Jre,  en  trâittant  de  h  diuerflté  des  têrres,ef- 
buclles  l'oh  trouue  ces  feux  ou  Vukâs.Parquoy 
bour  commencer  par  les  vents,ie  diray  premiè- 
rement, que  c'eft  à  bonne  caufe  que  Salomdïfc 
tntre  les  grades  fciêces  que  Dieu  luy  auoit  doii- 
Wes ,  eftime  beaucoup  la  cognoifîance  de  U 

Kij 


:r 


riÉ^k 


Hiftoire.  naturelle  x 

force  des  vents,&  de  leurs  proprietez  certaine^  j 
ment  admirables.  Pourcequeles  vns  font  p lu-  | 
uicux,&  les  autres  fecs ;  les  vns  maladifs  &  les  j 
autres  fains-,les  vns  chauds,  &  les  aunes  ttoidsj , 
ks  vns  doux&gratieux,  &  les  autres  ludesfc  . 
rempeftueuxyles  vns  fteriles&  les  autres  fetules, 

auecvne  infinité  d'autres  différences.  H  y  ad*; 
vents  qui  courent  en  certaines  régions  &  lont  I 
comme  teigneurs  d'icelles  ,  fans  fouffnr  1  en- 
trée ou  communication  de  leurs  contraires.  En  L 
d'autres  parties  ils  foufflent  de  telle  façon.que, 
tantoft  ils  font  vainqueuis,&  tantoft  font  vain-k 

eus  ,  &  bien  fouuent  il  y  a  des  vents  <huets& 
contraires,  kfquels courent  enfemblerout  en 
v„  mefme  temps.diuifans  le  chemin  en»  eux  & 
«uelquesfoislesvns  foufflent  en  haut  dvne  fit- 
çon,&  les  autres  par  le  bas  d'vne  autre  ;  quel, 
ouesfoisfe  rencontrent  violemment  les  vns  la 
autres  ,  qui  fait  courir  de  grandes  fortunes  à 
ceuxquifontlors  fur  mer.  Il  y  a  des ^entsqu 
ay dent  à  la  génération  des  animaux,  &  d  autre! 
quil'empelchent.&yfont  contraires.  Il  yav 
certain  vent  de  telle  propriété^  que  quand  i 
(buffle  en  quelque  contrëe,.l  y  fait  pleuuo.r  de* 
pulces,  non  point  par  manière  de  dite,  maisej; 
l  grande  abondance.qu'ils  en  troublent  &  obj 
(curciflent  l'air,&  en  couutent  tout  le  riusge  dé 
la  mer ,  &  en  d'autres  endroids  il  fait  pleuuoj 
des  petits  crapaux.    Ces  diuerfitez  &  dan, 
très  qui  font  alfezcogneues.s  attribuent  corn, 
munement  au  lien  par  où  patient  ces  ven   t 
pource  qu'ils  diient  ,  que   de  ces  lieux  J: 
prennent  leurs  qualuez  d'eftre  froids,  chauds, 


des  Indes.  Liuré.  III.  75 

;  fées, ou  humides  ,  maladifs,  ou  fains,&ain{î 
i  de  tout  le  refte  ,  ce  qui  eft  en  partie  verira- 
;  ble  ,  cV4îe  le  peut-on  nier  ,  d'autant  qu'en 
l  peu  de  diftance  Ton  void  en  vn  mefme  vent 
!  beaucoup  de  diuerfitez.  Pour  exemple  ,  en 
lEfpagneJeSoltnusouventdeLçuant  cftcom- 
j  munement  chaud  &  ennuyeux^en  Murcia,  c'eft 
i  le  plus  frais  Se  plus  fain  qui  y  foit ,  pource  qu'il 
j  pafle  par  ces  vergers ,  &c  celle  C\  large  campagne 
j  qu'on  void  aftèz  fraifehe.  En  Carthagene,  qui 
jn'eft  gueres  eiloignéedelà,  Je  mefme  vent  eft 
ennuyeux  &  mal  fain.  Le  Méridional  ,  que 
) ceux  delà  mer  Occeane  appellent  Sud,  &  ceux 
de  la  mer  Mediterranee,Meziozorne,  commu- 
nément eft  pluuieux&  molette  ,  &  en  la  mef- 
me ville  que  ie  dis ,  eft  fain  &  gracieux.    Pline  &**  #£.*• 
raconte  qu'en  Affrique  il  pleut  du  vêt  de  Nort, ca?' 47# 
&  que  le  vent  de  Midy  y  eft  ferain.  Qui  voudra 
donc  confiderer  de  près  ce  que  i'ay  di&decss 
Vents,  il  pourra  bien  comprendre  qu'en  peu  de 
diftance  &  efpace  de  terre  ou  de  mer,vn  mefme 
vent  a  plufîeurs  &  diuerfes  proprietez,  voirç 
quelquesfois  toutes  contraires.  D'où  Ton  peut 
inférer  qu'il  tire  «5c  acquiert  fa  propriété  &  qua- 
lité du  lieu   par  où  il  pa(Te.  Cequieftvrayde 
telle  façon ,  que  l'on  ne  peut  pas  toutesfois  dire 
infailliblement  que  ce  foie  la  feule  Ôc  princi- 
palle  caufe  des  diuerfîtez  &  proprietez  des 
vents.  Car  c'eftehofeque  l'on  apperçoit&re- 
cognoitrort  bien,  qu'en  vne  région  qui  con- 
tienne cinquante  lieues  de  circuit ,  ie  le  mets 
lainfi  pour  exemple ,  le  vent  qui  fouffle  d'vn  co- 
|fté  eft  chaud  &  humide  ,  ôc  celuy  qui  fouffle 

K  iîj 


É^LMik 


Jififtoire  naturelle 

dVn  autre,  eft  froid  &  fec    Toutesfois  cède  di*  | 
uerfiténefetrouuepointéslkuxpar  où  iipaf-  i 
fe,qui  me  fait  dire  pluftoft,que  les  vents  d'eux-  | 
mefmes  apportent  quant  &  eux  ces  quahtez,  j 
Souvient  que  Ton  leur  approprie  les  noms  de  ! 
cesqualitez.  Pour  exemple  Ton  attribue  au  vet  j 
deSeptentrion,aUtrement  appelle  Cierço  ,  ou  U 
Nort.la  propriété  d'eftre  froid  Ôc  (ec  &  de  con- 
fommer  les  bruines.  Afon  contraire,  qui  eft  le 
vent  de  Midy ,Leuéche  ou  Sud,e(Uuffi  attribue  I 
tout  le  côtrairequi  eft  d'eftre  humide  ôc  chaud,  « 
&  d'engendrer  des  brouillars.  Cccy  donc  eftant 
gênerai  &  commun  ,  l'on  doit  rechercher  vne 
autre  caufevniuerfelle,  pour  donner  raifon  de 
ceseffeds,  &  ne  iuffit  pas  de  dire  que  les  lieux 
par  où  ilspaiTentJeur  donnent  ces  propriété* 
qu'ils  ont  ,   puis  que  paffans  par  de  mefmeft 
lieux  ,  on  void  qu'ils  ontappertement  effects 
tous  contraires.    Tellement  que  nousdeuons 
confefler  par  force,que  la  région  du  Ciel  ou  ils 
foufflent,  leur  donne  ces  proprietez  &  qua* 
litez.  Comme  le  Septentrional  de  foyeft  froid, 
pource  qu'il  procède  du  Nort ,  qui  eft:  la  région 
plus  eftoignée  du  Soleil.   Le  Sud  qui  fouffle 
du  Midy,ettchaud,&  pource  que  la  chaleur  de 
foy  attire  les  vapeurs  ,  il  eft  aufli  humide  & 
pluuieux:  au  contraire  le  Nort  eft  fec  ôc  fubtil, 
d'autant  qu'il  ne  laifle  efpaiflir  les  vapeurs  ,  ôc 
de  cefte  façon  Ton  peut  difeourir  des  autres 
vents  ,  leur  attribuans  les  proprietez  des  ré- 
gions de  l'air  deuils  foufflent.Mais  confiderant 
cela  de  plus  près,  cefte  raifon  encores  ne  me 
peut  fetisfaiue.   Parquoy  ie  veux  demander, 


-1 


des  Indes.  Liure.   III.  7  <S 

:  que  fait  la  région  de  Pair  par  où  paffent  ces  vé rs, 
fi  elle  ne  leur  attribue  point  fa  qualité.  le  le  dy, 
pourautant  qu'en  Allemagne  le  Méridional  eft 
chaud  &  pluuieux  ,  &  en  Afrique  le  Nort  eft 
froid  &fec.  Neantmoîns  il  eft  très  certain  que 
de  quelconque  région  d'Allemagne  où  s'engen- 
idrele  Sud, doit  eftre  plus  froide  qu'aucune  d'A- 
jfrique  où  s'engendre  le  Nort.  Que  s'il  eftainfl 
jdonques,  pour  quelle  raifon  eft- ce  que  le  Nort 
eft  plus  froid  en  Afrique,que  n'eft  le  Sud  en  Al- 
jlemagne  ,  veu  qu'il  procède  d'vne  région  plus 
Ichaudc  ?  L'on  me  pourra  refpondre  que  c'eft  à 
icaufe  qu'il  fouille  du  Nort  qui  eft  froid,mais  ce- 
jla  n'eft  pas  chofe  fuffifante,  ny  véritable  •,  Car 
[s'il  eftoit  ainfi ,  lors  que  le  Septentrional  foufflc 
en  Afrique  il  deuroit  auflî  courir  &  continuer 
fon  mouuementen  toute  la  région . iufqu.es au 
Norttcequi  n'eft  pas  toutes  Fois,  cartnvnmef- 
jme  temps  il  court  des  vents  de  Nort  fort  froids 
les  terres  qui  font  en  moins  de  degrez ,  &  des 
ivents  d'embas  ,  qui  (ont  fort  chauds  çs  terres 
fitueesenplus  de  degrez  ,  ce  qui  eft  tout  ccr- 
tain,couftumier&  notoire.  D'où  l'on  peut ,  à 
poniugement,  inférer  que  ce  n'eft  pas  raifo» 
(pertinente,  de  dire  que  les  lieux  paroùpaflent 
les  TentSjleur  donnent  ces  qualitez,  ny  mefmc 
qu'ils  font  diueriîfiezjpourcc  qu'ils  foufflent  de 
diuerfes  régions  de  1  air,  encor  quel'vn  &  l'au- 
Itre  en  fpit  quelque  rai(on,comme  i'ay  di&.Maiç 
il  eft  befoin  de  s'enquérir  plus  auant,  pour  fça* 
luoir  quelle  eft  la  vraye  &  originelle  caufede 
|ces  différences  fi  cftranges  qu'on  void  entre  les 
vems.ie  m  en  peux  imaginer  d'autre ,  linon  que 

K  iiij 


- 


H 


Hiftoire  naturelle 

la  mefme  caufe  efficiente  qui  produit  Se  fait  nak  j 
lire  les  vents,  leur  donne  ôc  imprime  quant  ôc  \ 
quant  cette  première  &  originelle  propriété.  | 
Car  à  la  vérité,  la  matière  de  laquelle  les  vents 
font  formez(qui  n'eft  autre  choie  félon  Arifto-  | 
te,querexhalation  des  elemens intérieurs)  peut  i 
bien  caufer  en  efFedrvne  grande  partie  de  celle  j 
diuerfité  poureflte  plus  grotte  ,  plus  fubtile, 
plus  feche,  ou  plus  humide    Mais  ce  n'eftpas  j 
pourtant  vneraifon  pertinente  ,  veu  que  nous, 
voyons  en  vne  mefme  région  où  les  vapeurs  & 
exhalations  font  d'vne  mefme  forte  Ôc  qualité 
qu'il  s'y  eïleue  des  vents  &  effets  tous  contrai- 
res. Parquoy  Ton  en  doit  référer  la  caufe  à  l'ef- 
ficient fuperieur  ôc  celefte ,  qui  doit  eftre  le  So-j 
leil,&au  mouuement  &  influence  des  Cieux/ 
Iefquels  par  leurs  mouuemens  contraires  don-u 
nent&caufent  de  diuerfes  influences.  Mais  les 
principes  de  ces  mouuemens  ôc  influences  fontf 
fi  obfcurs&  cachez  aux  hommes,  &  d'ailleurs) 
fi  puiiTans  &  de  il  grande  efficace ,  que  le  fair,6fc 
Prophète  Dauiden  efprit  prophétique  ,   &  le 
Prophète  Hieremiecelebrans  les  grandeurs  dit 
pfali^'.c.  Seigneur,  en  parlerrt  ainfi  :  Qt*ifrofertventosdë\ 
■gtier,  io.     thcftmisfnisxc^\ii  tire  les  vents  de  Ces  threfors .   \ 
la  vérité  ces  principes  ôc  commencemensfont 
des  threfors  bien  riches  ôc  bien  cachez  :  car 
l'Autheur  déroutes  chofes  les  tient  en  fa  main- 1 
Se  en  fa  puiffance ,  quand  il  luy  plaifl  les  tire  ÔC  j 
les  met  dehorSjpourle  bien,ou  pour  lechafti-  | 
rnent  des  hommes  ,  ôc  enuoye  tel  vent  qu'il 
veut,nonpasenlafaçondeceftEolus  ,   lequel 
|e$  Poètes  ont.  follement  feint  auoix  la  charge 


des  Indes.  Liure  III.  77 

i  <fe  tenir  les  vents  arreftez  &  enfermez  dans  vn 
p  antre,  tout  ainfi  que  des  beftes  fauuages.  Nous 
:  ne  voyons  point  Je  commencement  de  ces 
■i  vents,  fcnefçauons  non  plus  combien  ilsdoi- 
uent  dureY,  d'où  ils  procèdent,  ny  iufques  où  ils 
doiuent  aller.  Mais  nous  voyons  &  cognoûîons 
l^rt  bien  les  diuerseffeéfc  &  opérations  qu'ils 
Itent,  ain/i  que  la fupreme vérité,  Aurheurd® 
toutes  chofes,  nous  l'a  appris,  diCantiSpiritasvki 
vultjfiw  ,  CT  vocem  nm  aUdis ,  <&>  nefeis  vnàe  venir 
m <mo  vadtr.  L'efprit  ou  vent  fouffîe  où  bon  luy 
lemble,  &  bien  que  tu  fentes  fon  foufflement, 
tu  ne  fçais  pas  toutefois  d'où  il  procède ,  ny  iuf- 
ques où  îldoitarriuer;  afin  de  nous  enfeigner 
que  comprenans  fi  peu  es  chofes  qui  nous  font 
l^relentes,  &  communes,  nous  nedeuons  pas 
'Wfumer  d'entendre  ce  qui  eitfi  haut  &  fi  ca- 
che, que  les  caufes  &  motifs  du  fainct  Efprit. 
teftpourquoy  ilfufïïftque  nous  cognoiffion* 
les  opérations  &  effets,  lefquels  nous  font  fuf- 
Ifemment  defcouuerts  en  fa  grandeur  &  perfe- 
jtion,  &d'auoir  en  gênerai  philofophé  ce  peu 
es  vents,  ôc  des  caufes  de  leurs  différences;  pro- 
jetez &  opérations  que  nous  auons  réduites 
In  trois,  qui  font  le  lieu  par  où  ils  partent,  les  rc 
rions  où  ils  foufflent,  &  la  vertu  celefte,  princi- 
er motif  des  vents. 


Hiftoire  naturelle 


Aiet.ct.  c. 


D'aucunes  profrieteT^de  vents  qui  coûtent 
au  nouueau  monde. 
Chapitre    III. 

'Est  vne  queflion  fort  difputec  pat  | 

Ariftote ,  fçauoir  fi  le  vent  Aufter,  que 

nous  appelions  Abrcguo  ,  ou  Sud,  i 

A  fouffle  depuis  le  Pôle  Antarctique,  oui 

bien  tant  feulement  depuis  l  Equmoxe  &  Ml-  \ 

dy,  qui  eft  proprement  demander  h  par  dettr 

l'Equinoxe  il  a  &  retient  auffi  la  meimc  qualité  I 

de  chaud  ôc  pluuieux  q»e  nous  voyons  icy,c  ett 

vn  poincl:  fur  lequel  Ion  peut ,  non  fans  railon,  j 

entrer  en  doute  :  car  encores  qu'il  pafle  1  Equi- 

noxe ,  il  ne  lailTe  pas  toutefois  d'eftre  vent  d  Au- 

lier  ou  Sud ,  puis  qu'il  vient  du  melrae  coite  du 

Blonde ,  comme  le  vent  de  Nort ,  qui  court  <M 

cofté contraire,  nelaiflepas  aufTideftreNortJ 

encor  qu'il  pafle  outrelaTorride  &  ligne  Equij 

noxiale.  Etfemble  bien  par  cela  que  cesdeu* 

vents  doiuent  retenir  leurs  premières  propricj 

tez;  lVn  d'eftre  chaud  &  humide,*  1  autre  froid 

&  fec;l'Aufter  de  caufer  les  bruines  &  les  pluy  cs| 

&leBoree,  ouNortdelesconfommer,  &dd 

rendre  le  ciel  ferain,  &  tranquille.  Toutesroi 

Ariftote  f'encline  à  la  contraire  opinion,  pou 

autant  qu'en  Europe  le  Nord  eft  froid ,  pourcj 

qu'il  vient  du  Pole,region  extrêmement  rroidq 

&  le  Sud  au  contraire,  eft  chaud,  pourceqpj 

vient  du  Midy,qui  eft  auflï  la  région  que  le  folei 

efchauffe  dauantagcPar  céte  raifon  donc  îlrau 

droit  croire  que l'Auftcr  fcroitfroii  àceuxqui 


-i 


desjndes.  Liure  III.  y  2 

jhabitent  l'autre  partie  de  la  ligne,  &  que  le  Norc 
leur  feroit  chaud  :  car  en  ces  parties  l'Aufter  viét 
du  Pôle,  &leNortvientduMidy.  Et  combien 
qu'il  femble  par  cefte  raifon,  que  l'Aufter,  ou 
Sud,  doiueeltreplus  froid  par  delà ,  que  neft 
ipas  leNort  par  deçà,  attendu  que  l'on  tient  la. 
jregion  du  Pôle  du  Sud  plus  froide ,  que  celle  du 
Pôle  du  Nort.  à  caufc  que  le  foleil  demeure  fept 
ours  dauantage  par  an,  au  Tropique  deCan- 
;er,  qu'il  ne  faict  pas  au  Tropique  de  Capricor- 
îe,  comme  il  appert  par  ks  Equinoxes  &  fol- 
lices  qu'il  fait  es  deux  cercles.  En  quoy  il  fem- 
ble que  la  nature  ayt  voulu  monftrer  la  préémi- 
nence &  excellence  que  cefte  moite  du  mon- 
Se  qui  eft  au  Nort,  a  fur  l'autre  moitié  qui  eft  au 
Uud;  d'où  il  femble  qu'il  y  ayt  raifon  de  croire 
ue  cesqualitez  des  vents  fe changent  enpaf- 
ne  la  ligne ,  mais  à  la  vérité  il  n'en  eft  pas  ainfî, 
ce  que  i'ay  peu  comprendre  par  l'expérience 
e  quelques  années  que  i'ay  efte  en  ces  parties 
es  Indes ,  qui  gifent  au  Sud ,  de  l'autre  cofté  de 
ligne.  Il  eft  bien  vray  que  le  vent  du  Nort 
eft  pas  iî  communément  froid  &  ferain  par 
elà ,  comme  il  eft  icy.  En  quelques  endroits  du 
>eiu,  comme  en  Ly ma,  &  aux  plaines,  ils  expe- 
jimentent  que  le  Nort  leur  eft  maladif,  &en- 
pyeux ,  &  par  toute  cefte  code ,  qui  dure  plus 
te  cinq  cents  heu  es,  ils  tiennent  le  s;ud  pour  vn 
lent  fain  &  frais ,  &  qui  plus  eft ,  tres-ferain ,  ôc 
tracieux ,  mefme  que  iamais  il  n'en  pleut ,  tout 
ju  contraire  de  ce  que  nous  voyons  en  Euro- 
pe, &en  cefte  partie  de  la  ligne.  Toutesfoisce 
ui  eft  en  lacofteduPeru,  n  eft  pas  vne  regiç 


Hiftoire  naturelle 
générale,  mais pluftoftvne exception,  &vne 
merueille  dénature,  de  ne  pleuuoir  iamaisen 
cefte  code  là,  ôc  qu'il  y  règne  toufiours  vn  mef- 
mevent,  fans  donner  lieu  à  fon  contraire  -,  de- 
quoy  nous  dirons  après  ce  qu'il  nous  en  femble- 
ia.  Maintenant  demeurons  à  ce  point,  queic 
Nort  n'a  point  de  l'autre  cofté  de  la  ligne,  lest." 
proprietez  que  T  Aufter  a  par  deçà .  encores  que 
tousdeuxfouftlétduMidy,àdesregions&paf 
ties  du  monde  oppofites&  contraires:  car  o 
n'eft  pas  règle  générale  par  delà,  que  le  a  ort  { 
chaud,  ny  pluuieux,  comme  l'Autter  l'eft  par 
çà-,  au  contraire  il  pleut  là  aufli  bien  lors  que  n 
lire  Aufter  y  règne,  comme  l'on  void  en  toute 
laSierre,  ou  montagne  du  Peru,  enChillé,& 
en  la  terre  de  Gongo ,  qui  eft  de  l'autre  cofté  dr 
la  ligne,  &bienaduanceeenlamer.  EtenP< 
tozimefme,  le  vent  qu'ils  appellent  Tomah 
ni  (  qui  eft  noftre  Nort ,  fi  j'ay  bonne  mémoire 
eft  extrêmement  froid,  fec,  &  mal  plaifant 
comme  il  nous  eft  par  deçà.  Il  eft  vrayqueo 
H'cft  pas  chofe  couftumiere  par  delà  que  ce  n  or 
diflîpe  les  nuages  comme  icy;  au  contraire  (  fi  i< 
ne  me  trompe)il  caufe  fouuentefois  de  la  pluye 
Et  n'y  a  point  de  doute  que  les  vents  ne  tirent, 
&  n'empruntent  cefte  grande  diuerfné  d'effeâ 
contraires,  des  lieux  par  où  ils  partent,  ôc  de 
prochaines  régions  d'où  ils  naitfent ,  corne  cha 
'  ,que  iour  Ton  expérimente  en  mille  endroits 
Mais  parlant  engeneralde  la  qualité  des  vents 
l'on  doit  pluftoft  regarder  aux  coftes&  partie 
du  monde,  d'où  ils  nailTent&  procèdent,  ' 
non  point  pour  eftreducoûç  de  deçà  UU 


ligne! 


des  Indes.  Liure  III.  ?$ 

m  autrement  ,  comme  il  me  femble  que  le  Phi- 
■ilofophe  en  a  eu  opinion.  Ces  vents  capitaux* 
qui  (ont  le  Leuant  &  le  Ponent ,  n  ont  point  de 
jqualitez  il  vniuerfelles,  nyfi  communes  en  ce 
continent,  ny  en  l'autre,  comme  les  deuxfuf- 
|dits.  Le  Soîanus ,  ou  Leuant ,  efticy  ordinaire- 
jment  ennuyeux,  Ôc  mal  fain;  &  le  Ponent,  ou 
jZephyre,  eft  plus  doux,  &  plus  fain.  Aux  ïndes 
&  en  toute  laTorride,  lèvent  d'Orient  qu'ils 
appellent  brife  ,  eft  au  côtraire  d'icy  fort  fain  ôc 
délicieux.  Du  Ponent,ie  n'enpoùrray  dite  cho- 
fe  certaine,ny  générale,  d  autant  qu'il  ne  fouffl  e 
jpoint  du  tout,  ou  bien  fort  rarement,  en  la  -ror- 
iride:  car  en  tout  ce  que  Ion  nauige  entre  ces 
$eux  Tropiques,  le  vent  de  la  brife  y  eft  ordinal- 
(re,  mais  pource  que  c'eft  vnedesmerueilleufes 
jruures  dénature,  ilferabon  d'en  entendre  la 
pufe  &  l'origine. 

£hte  les  brife  s  courent  toufiours  enlaTorride% 

&  hors  tticelle  les  vents  d'abas  &ks 

brifes y  font  touftour  s  ordinaires. 

Chapitre   IV. 

E  chemin  de  la  mer  n  eft  pas  .comme 
celuydelaterre,  pour  retourner  par 
|  bu  l'on  apafTc,  il  y  a  vnmefme  che- 
min, ditlePhilofophe,  d'Athènes  à  \ 
(Thebes,  que  de  Thebes  à  Athènes  :  maisil  n'efl: 
|>as  ainfi  en  la  mer ,  pource  que  Ton  va  par  vr* 
fhemin,  &  retourne- on  par  vn  autre.  Les  pre- 
miers qui  defcouurirent  les  Indes  Occidenca- 


r 


Mifloire  naturelle 

les,  voire  Orientales,  trauaillerent  beaucoup  & 
TinlZîa  curent  de  grandes  difficulté  àtrouuer  larou-  ; 
î./.4.  c.6.   te,  iufques  à  ce  quel  expérience,  mailtreHede| 
ces  fecrets ,  leur  euft  enfeigné ,  que  de  nauiger 
par  l'Occean ,  n'eft  pas  choie  femblable ,  que  de 
palier  en  Italie  par  la  mer  j^^ttërranee ,  où  l'on  ! 
varecognoiijant  âuretou^ïesrnefmespOrts  &j 
caps,  que  Ion  a  veuz  à  l'aller*  Ôc  ne  fait-on  touf- 
iours  qu'attendre  la  faueur  du  vent  qui  f  y  chan. 
ge  en  vn  inftant,&  encor  quâd  il  leur  deffaut,  ils 
ont  recours  i  ôc  fe  feruent  fort  bien  de  la  ramcJ 
&  ainfi  vont  ,&  viennent  les  galères  toufioursd 
en  cofloyant  la  terre.  En  certains  endroits  de  la! 
mer  Occeane  on  ne  doit  efperer  autre  vent  que 
celuy  qui  court  ,  parce  qu'ordinairement  il  y| 
dure  longtemps.  En  fin  celuy  qui  eft  bon  pour 
aller,  ne  left  pas  pour  retourner:  car  en  la  met 
outre  le  Tropique, ôc  dedans  la  «rorride,  les  vents 
cte  Leuant  y  régnent  toufiours,  foufflans conti- 
nuellement fans  permettre  leurs  contraires ,  en 
laquelle  région  y  a  deux  chofes  merueilleufesj 
l'vne,  qu'en  icelle  (qui  eft  la  plus  grande  derf 
cinq  en  quoy  ils  diuifent  le  monde  )  régnent  ki 
vents  d'Orient  qu'ils  appellent  brifes ,  fans  qud 
ceux  du  Ponent  ôc  Midy,  qu'ils  appellent  vend 
d'abas,  ayent  lieu  de  courir  en  aucune  fàifon  àè 
Tannée.  L'autre merueille  eft,  que  ces  brifes  d 
celTent  iamais  de  foufïler ,  &  lepluscommune^ 
ment  es  lieux  qui  font  plus  proches  de  la  ligne! 
éfquels  ilfemble  que  les  calmes  deullcnt  eftrd 
plus  ordinaires,  d'autant  que  c'eft  la  partie dd 
monde  plus  fnbjette  àl'ardeur  dufoleil.  Mair 
gfeft  au  contraire  ;  car  à  peine  on  y  void  des  cal 


des  Indes.  Liure  111.  Su 

j  nies ,  &  fi  la  brife  y  eft  beaucoup  plus  froide ,  6c 
\y  dure  plus  longtemps;  ce  qui  a  eflérecogneu 
;en  toutes  les  nauigations  des  Indes,  C  eft  donc 
là  l'occafion  pourquoy  la  nauigation  que  l'on 
(Fait  allant  d'fcfpagne  aux  Indes  Occidentales, 
eft  plus  briefue,  &  plus  facile,  voire  plus  aiîcu- 
}rec,  que  celle  que  l'on  faict  au  retour  d'icdles 
jen  Efpagne.  Les  flottes  fortans  de  Seuille ,  ont 
le  plus  de  peine  &  de  difficulté  à  paiîer  &  arri- 
uer  iufques  aux  Canaries ,  d'autant  que  ce  Gol- 
phe  desYegues,  ou  desiuments,  eft  variable, 
êftant  battu  de  plusieurs  &diuersvents:  mais 
ayant  parte  les  Canaries ,  elles  vont  baifTans  iuf- 
ques à  entrer  en  la  Torride ,  où  ils  trouuent  in- 
continent la  brife,  &  y  nauigét  vent  en  pouppe 
de  telle  forte ,  qu'à  peine  eft  befoing  en  tout  Iç 
voyage  de  toucher  aux  voiles.  Pour  cefte  raifort 
ils  appelèrent  ce  grand  Golphc,  le  Golphe  des 
Dames,  pour  fa  douceur &ferenitc.  En  après, 
fuiuant  leur  route,  elles  arriuent  iufques  aux  Ik 
les  de  la  Dominique,  Guadelupe,  Defîree,  Ma- 
rigualante,  6c  les  autres,  qui  font  en  cet  endroit 
Comme  les  fauxbourgs  des  Indes.  Là  les  flottes 
fe  feparent  &  fe  diuifent,  dont  les  vns  (qui  vont 
en  la  neuue  Efpagne)  tirent  à  main  droite,  pour 
recognoiftre  l'Efpagnolle ,  &  ayans  recogneu  le 
Cap  fainét-  Antoine,  donnent  iufques  àfaindl 
Ican  Delua,  leur  feruant  toufiours  la  mefme 
brife  Celles  de  terre  terme  prennent  la  main 
I  gauche,  &vont  recognoiftre  la  haute  monta- 
jgne  de  Tayrone  /puis  ayanr  touché  en  Car- 
j  thagene,  palFentoutreà  Nombfede  Dios ,  d'où; 
par  terre  on  Ya  à  Panama,  &  de  là  par  la  mer  du 


fftfîoire  naturelle 

Sud  auPeru.  Mais  lors  que  les  flottes  retout- 
îient  en  Efpagne,elles  font  leur  voyage  en  cefte 
façon.  La  flotte  du  Peru  varecognoiftreleCap 
fain£  Antoine,  puis  entre  en  la  Hauane,  qui  eft 
vn  fort  beau  port ,  de  fille  de  Cube ,  &  cellede 
la  neuue  Efpagne  vient  mefme  toucher  en  la 
Hauane ,  eftant  fort-e  de  la  v raye  Croix ,  ou  de 
Tlfle  de  fainé*  Iean  Delua; toutefois  ce  n'eft  fans 
trauail,  pource  que  là  ordinairement  ventent 
les  brifes,  qui  eft  vn  vent  contraire  pour  aller  à 
ce  port  de  la  Hauane.  Ces  flottes  eftans  join&es 
pour  retourner  en  Efpagne,  vatft  chercher  leur 
hauteur  hors  des  Tropiques,  où  incontinent  ils 
trouuent  des  vents  d'abas,  qui  leur  feruentiufc 
ques  à  la  veiie  des  Ifles  des  Açores ,  ou  Ty erce^ 
res,  ôc  de  là  à  Seuille.  De  forte  qu'ils  font  le 
voyage  de  l'aller  en  peu  de  hauteur,  nef'eflow 
gnans  point  de  la  ligne  de  pi  us  de  vingts  degrez* 
quieft  }à dans  les  Tropiques   Maisle  retour  fé 
fait  par  le  dehors  d'iceux  Tropiques,  en  28.  ou 
trente  degrés  de  hauteur  pour  le  moins;  ce  qu'ils 
font  pour  la  raifon  fufdite,  d'autant  que  dans  les 
Tropiques  continuellement  régnent  des  vents 
d'Orient ,  lefquels  font  propres  pour  aller  d3Ef- 
pagne  aux  Indes  Occidentales,  pource  que  la 
route  eft  d'Orient  au  Ponent,  &  hors  les  Tropi- 
ques, qui  eft  en  i3.degrez  de  hauteur,  l'on  trou- 
lie  des  vents  d'abas,  lefquels  font  plus  certains, 
&  ordinaires,  plus  l'on  fefïoigne  de  la  ligne^qui 
font  propres  pour  retourner  des  Indes,  d'au- 
tant que  ce  font  vents  de  Midy  &  dePonenr^ 
quiferuent  pour  courir  à  l'Orient  &auNort.i 
Le  mefme  difeours  eft  aux  nauigations  que  l'on 

fais  ei* 


Jesfndes.  Liure  ÏJI.  $t 

lit  en  la  mer  du  Sud,  allant  de  laneuucÉfpa- 
ne  &  du  Peru,  au*  Philippines,  ou  à  la  Chine; 
:  retournant  des  Philippines,  ou  Chine,  à  la 
euueEfpagnè:  car  cela  leur  eft  facile,  pourec 
u'ils  nauigent  toujours  d'Orient  ail  Ponentj 
roche  de  la  ligne,  ou  ils  trouùent  continuelle- 
tel :  le  vent  de  brife ,  qui  leur  donne  en  pouppe. 
n  I  an  quatre  vingts  quatre  forcir  de  Gallao  eri 
ymavn  nauire  pour  aller  aux  Philippines,  le- 
jel  courut  Se  rtauigea  deux  mille  fept  cents 
nies  fans  voir  terre  *  &  la  première  qu'il  def- 
mdrit,  fuftTlfle  dcLiïflbn,  où  ilalloit,  ôcy 
int  port,  ayant  fait  fon  voyage  en  deux  mois, 
nsauoir  eu  aucune  faute  de  vent,  ny  foufrert 
cune  tourmente,  &  fut  fa  route  prefque  touf- 
urs  tous  laligne  5  pource  que  de  Lyma  qui  eft 
louze  degrez  au  Sud,  il  vint  àrriuer  à  Menilla; 
11  eft  quafi  autres  tant  au  Nort.  Le  mefme 
ur  accompagna  Aluaro  de Mandana,  quand 
ut  àladefcouuerte  deslfîes  appellees  de  Sa- 
mon,  pource  qu'il  eut  toujours  le  vent  en 
•uppe  iufques  à  la  veùé  de  ces  Iflcs ,  Iefqudlesî 
ment  eftrediftantesdulieudu  Peru,  d  où  ils 
tuent  3  corrtmemil  Jieties,  ayant  fait  fa  route 
inours  en  vne  mefme  hauteur  au  Sud.  Le  re- 
ir  eft  comme  le  voyage  des  Indes  en  Efpa- 
t:  car  ceux  qui  retournent  des  Philippines  oii 
une  à  Mexique,  afin  de  trouuer  les  vents  d'à-' 
\>  montent  à  beaucoup  de  hauceur,  iuïqués  |t 
nettre  au  droit  des  Mes  de  Iappon,&  venant? 
îcognoiftrc  les  Calliphornes,  retournent  par 
ofte  de  a  neuue  Efpagne ,  au  port  d'Acapui- 
»  d  ou  ils  eftoient  fortis.  De  forte  qu'il  e& 

L 


-    .        M 


H 

Hiftoire  naturelle 

mcfmc  prouué  parceftenauigation,  que  d'O- 
rient au  Ponent  l'on  nauige  fort  bien  dans  les 
Tropiques  ,  d'autant  qu'il  y  règne  des  vents 
Orientaux:  mais  retournas  du  Ponét  en  Orient, 
l'on  doit  chercher  les  vents  d'abas ,  ouduPo- 
nent ,  hors  des  Tropiques  en  hauteur  de  17.  de- 
grés. Les  Portugais  expérimentent  le  mcfme  en 
la  nauigation  qu'ils  font  à  l'Inde  d'Orient ,  bien; 
qu'au  rebours ,  pource  qu'allant  de  Portugal,  le 
voyage  eft  ennuyeux ,  &  de  trauail ,  mais  le  rc-r 
tour  eft  plus  ay  fé ,  d'autant  qu'à  l'aller  leur  r  ou, 
te  eft  du  Ponent  à  l'Orient  j  tellement  qu'il  leu 
conuient  monter  iufqu'à  ce  qu'ils  ayent  trouu<i 
les  vents  généraux  qu'ils  difent,  qui  font  au  delj 
fus  de  vingt- fept  degrez.  Et  au  retour  ils  reca; 
gnoiflent  les  Tyercieres,  mais  c'eft  plusayfct! 
ment,  pource  qu'ils  viennent  d'Orient,  enquoj 
les  brifes  ou  Norts  leur  feruent.  Finalement Jd 
mariniers  tiennent  jà  pour  règle  &  obferuatiof 
certaine,  que  dans  les  Tropiques  régnent  cont^ 
nucllementlcs  vents  deLeuant,  parquoy  il  y  e|j 
très-facile  de  nauiger  au  Ponent.  Maisdchoj 
iceux  Tropiques,  il  y  a  en  quelques  faifons  d|j 
brifes ,  en  d'autres  ,  &  plus  ordinairement ,  d| 
vents  dabas;  à  raifon  dequoy  ceux  qui  nauigq 
du  Ponent  en  Orient ,  procurent  toufiours  fd 
tir  de  la  Torridc ,  &  fe  mettre  en  hauteur  de  J 
degrez ,  &  pour  cefte  raifon  les  hommes  fe  fo 
ia  hazardez  d'entreprendre  des  nauigatio| 
eftrangcs ,  &  à  des  paxtics  efloignees  >  &  inq 
gneucs. 


— 1 


dés  Indes.  Liure  ///. 


$& 


Dt  la  différence  des  hrijes ,  rjr  vents  dUbas* 
wfetnble  des  autres  vents. 

Chàpiïre    V* 

I  e  n  que  ce  qui  a  efté  dit  cy  deflus ,  foif 
vncchofefiapprouuee,  ôc  C\  vniuerfei- 
kj  neantmoins  il  me  refte  toûfîouis  vn 
dtfir  d'enquérir  la  caufe  de  cefecret, 
jpourquoycn  laTorride  l'on  nauige  toujours 
i  d'Orient  en  Occident  aucc  telle  facilité,  &  non 
au  contraire  ,  d'Occident  en  Orient*  Qui  eft  le 
roefnc  que  il  l'on  demandoit  pourquoy  les  bri- 
fes  régnent  là ,  &  non  les  vents  d'abas,  puis  que 
félon  bonne  Phiiofophie,  ce  qui  cftpcrpetuel, 
Vniuerfel  &  de  par  foy  (comme  difent  les  l'hilo- 
fophcs)doit  auoirvne  caufe  propre,  &  de  pat 
foy.  Orauant  que  m'airefler  à  ceftequeftion, 
qui  me  femble  remarquable,  il  fera  befoing  de 
déclarer  ce  que  nous  entendonspar  les  brifes  & 
vents  d'abas ,  à  caufe  que  cela  feruira  beaucoup 
pour  ce  fujet ,  &  pour  plusieurs  autres  ehofes  & 
matières  des  vents  ~&  nau 'gâtions.  Les  pilote* 
mettent  trente-deux  différences  de  vents,  par- 
ce  que  pour  conduire  leur  proue  au  port  defî- 
ré ,  ils  ont  befoing  de  faire  leur  Conte  fort  pun- 
c^uellement,  &  le  plus  diftin&ement,  &  au  me- 
ftu  qu'ils  peuucnt,  veu  que  pour  peu  qu'ils  ti- 
râflcnt  en  vn  code,  ou  à  l'autre,  enfin  deleut 
chemin ,  fe  trouueroient  grandement  eiloigne^ 
d'où  ils  penferoient  aller,  &  ne  content  plus  d« 
ttente-deux  ycms5  d'autant  que  ces  diuihou$ 


i 

Hiftùirè  naturelle 

fumfent,  &nepourroit-on  auoir  la  mémoire 
pour  en  retenir  dauantage.  Mais  à  langueur,  : 
comme  ils  mettent  trentre  deux  vents,  l'on  en 
pondit  conter  64.  "8.  &  aj<5.  finalement  al- 
ler multipliant  ces  parties  îufques  à  l'mnny: 
car  le  lieu  où  fetrouue  lenauire  eftant  comme  | 
îe  centre,  &  rout  hemifpherc  en  circonférence, 
quieft  cequiempefche  quel'onnepuiflecon* 
ter  des  lignes  fans  nombre,  lefque  les  fortans 
de  ce  centre,  tirent  droiéï  à  ce  cercle  hnealen 
tout  autant  de  parties,  qui  ferôt  autant  de  vents 
diuers,  puifque  ainfieft,  que  le  vent  vient  de 
toutes  les  parties  de  l'hemifphete ,  &  qu'on  le 
peut  diuifer  en  autant  de  parties  que  nous  vou- 
drons imaginer  ?  Toutefois  la  fageiïe  des  nom- 
mes  fe  conformant  à  la  fainfte  Efcnture ,  re- 
marque quatre  vents,  qui  font  lesptincipauï 
de  tous ,  &  comme  quatre  coings  de  1  vnmers, 
que  l'on  ferme,  en  faifant  vne  croix  aueedeux  i 
ligne»,  dontl'vnevadvnPoleàlautre,&lau- 
tred'vn  Equinoxe  à  l'autre,  &  font  d  vn  cofte  le 
Nort ,  ou  Aquilon ,  &  l' Aufter ,  ou  vent  de  Mi- 
dy  ,  fon  conrraire  ;  &  de  l'autre  cofte  l'Orient, 
qui  procède  d'où  forr  le  foleil,  &  le  Ponem  d  ou 
ilfccouchc.  Et  combien  que  l'Efcnturefainae 
parle  en  quelques  endroirs  d'autres  dmerfites  de 
vents,  comme  de  l'Eurus ,  &  Aquilon  que  ceux 
de  la  mer  Occeane ,  appellent  Norr  d  eft,  &  ceux 
de  la  mer  Méditerranée  Gregual    duquel  ileit 
feit  mention  en  la  nauigation  défaut  Paul,  h 
eft-ce  que  lamefmeEfcriturefaincte  rapporte 
&s  quatre  différences  remarquables  que  tout  le 
monde  cognoir,  qui  font  comme  il  eft  du ,  Sep-, , 


des  Indes.  Liure  IIL  S 3 

Itentrion,  Midy,  Orient  ôc  Ponenr.  Mais  d'autant 
que  I  on  trouue  trois  différences  au  leuer ,  ôc 
naiflance  du  foleil  (  d'où  vient  le  nom  d'Orient  ) 
à  fçauoir  ,  les  deux  plus  grandes  deçlinaifons 
iqu'ila  accouftumé  de  faire,  ôc  le  milieu  d'icel- 
jles,  félon  qu'il  naift  endiuers  lieux  en  hyuer, 
jl'eftc ,  ôc  en  celle  qui  tient  le  milieu  de  ces  deux 
jfaiions.  Pour  cefte  raifon  l'on  conte  deux  autres 
(vents,  qui  font  l'Orient  d'e  (lé,  &  l'Orient  de 
l'hyuer,  &  par  confequent  deux  autres  Ponents 
id'hyuer  &  d'efté ,  contraires  aux  deiîufdits.  De 
forte  qu'il  y  a  huit  vents  en  huit  points  notables 
du  ciel ,  qui  font  les  deux  Pôles ,  les  deux  Equi- 
Inoxes,  les  deux  folftices,  6Y  leurs  oppofites  au 
mefme  cercle,  lefquelsfont  appeliez  de  diuers 
noms  ôc  appellatiôs  en  chacun  heu  de  la  mer  ÔC 
te  la  terre.  Ceux  qui  nauigent  POcceatiront  ac- 
:ouft  umé  les  appeller  ainii.  Ils  dônnct  le  nomde 
Mort  aux  vents  foufïlans  de  noftre  Pôle,  qui  re- 
lient le  mefme  nom  de  Nort,  &  de  Nordeft,  Ce- 
uy  qui  luy  eft  prochain  ôc  qui  vient  de  l'Orient 
îftiual,  ils  l'appellent  £ft$  celuy  qui  fort  du  vray 
prient,  Equinoxialj  ôc  vSueft,  celuy  qui  vient  de 
l'Orient  d'hyuer.  Au  Midy,  ou  Pôle  Antarctique 
jlsdonnent  le  nom  de  Sud,  &  à  celuy  du  Cou- 
chant d'hyuer,  le  nom  de  Suroeft;  au  vray  Cou- 
rbant Equinoxial,  le  nom  de  Oeft,  &  au  Cou- 
phant  d'efté,  celuy  de  Nort-oeft.  Ils  diuifent  en- 
:feux  le  refte  des  vents  ,  Ôc  leur  donnent  les 
jioms,  félon  qu'ils  participent,  &  f  approchent 
ies  autres,  comme  Nortnortoeft,nortnoitdeft, 
Ht  nordeft ,  eft  fueft ,  fur  feroeft ,  fufueft ,  oeft, 
rur-oeft,  oeft,  nortoeft  j  de  forte  que  parleurs 

L  iij 


j/ifloire  naturelle 
dénominations  l'an  cognoit  d'où  ils  procèdent. 
En  la  mer  Méditerranée  encor  qu'ils  fument  la 
mefme  diuifion  &  façon  de  conter,  neantmoins 
Us  leur  donnent  d'auttes  noms  différents  Ils  ap-  , 
pelientle  N or t,  Tramontane,  &  fon  contraire, 
qui  eft  le  Sud,  Mezojorne,  ou  Midy.  L  Lit  ils 
rappellent  Leuant,  &  l,OwftPuncnt>  &  ceux 
qui  trauerfent  ces  quatre,  ils  les  nomment  ainir, 
le  Sueft  eft  par  eux  dit  Xirocque  ,  ou  Xalocque, 
&  fon  oppofitc  qui  eft  le  Nortoeft,  Mettrai  Ht 
appellent  Grec,  ouGregual,  lcNordeit,  6c  le 
Surocft  fon  contraire ,  Leuefchc ,  Lybique ,  ott 
«Afriquain.  En  latin  les  quatre  cogneus  font,  St- 
ptentm ,  ^£rfer9  StihfoUnm,  Umnms  :  Et  les  entre- 
meilwz  font,  ^mh,  V*kwnm%  ^tfhtm  cr  Cor*. 
Selon  Pline,  VHUurnw&Eww,  fontvnmefmc 
vent,  qui  eft  le  Sueft,  ou  Xalocque  :  Uumrn*  eft 
le  mefme  que  l'Oeft,  ou  Ponent  :  *4yuU ,  &*H 
r^,  le  mefme  que  Nortcft,  ou  Gregual,  &  Tra- 
montane: jtfmm,  &  Lybique,  eft  ce  Suroeft, 
ou  Leuefchc:  *A»ft*9  Sc&tm9ek  le  Sud    ou 
Midy  :  Or ** ,  ScZephir*  n'eft  autre  que  le  Norf 
oeft,  ou  Meftral,  &  à  fon  prochain  qui  eft  Norc 
deft ,  ou  Gregual ,  on  ne  luy  donne  autre  nom 
que  Phénicien.  Queiqu es  autres  les  diuifentd  y- 
ne  autre  manière:  mais  parce  que  cen'cft  pas  à 
prefent  noftre  intention  de  raconter  les  noms! 
Latins  &  Grecs  de  tous  les  vents  y  difons  feule- 
înet  qui  foat  ceux  d'entre  ces  vents  que  nos  m* 
tiniers  de fOccean dinde  appellent bnies,  & 
yentsdabas.  Iayeftc  fort  longtemps  en difh 
çuité  fur  ces  noms,  voyant  qu'ils  en  vfoient  ton 
différemment ,  iufqucs  à  ce  que  j'aye  recogneu 


des  Indes.  Liure  111.  $4. 

que  ces  noms  font  plus  généraux,  que  propres, 
&  particuliers. Ils  appellent  brifes,  ceux  qui  fer- 
uent pour  aller  aux  Indes ,  &  qui  donnent  quafî 
enpouppe,  lefquclspar  ce  moyen  coprennent 
tous  les  vents  Orientaux,  &  ceux  qui  en  dépen- 
dent y  &  appellent  vents  d'^bas ,  ceux  qui  font 
près  pour  retourner  des  Indes ,  &  qui  fouftlent 
depuis  le  Sud  iufques  au  Ponent  eftiual  ;  de  ma- 
nière qu'ils  font  comme  deux  efcoiiades  des 
vents  de  chacun  cofté ,  les  Caporaux  defquelles 
font  d'vne  part  le  Nortdeft,  ouGregual;  &dc 
l'autre  le  Suroeft,  ouLeuefche.  Mais  Ton  doit 
entendre  que  du  nombre  des  hui&  vents  ou  dif- 
férences que  nous  auons  cottez ,  il  y  en  a  cinq 
qui  font  propres  pour  nauiger ,  &  non  les  trois 
autres.Ie  veux  dire  que  quand  vn  nauire  nauige 
en  la  mer,  il  peut  aller  &  faire  long  voyage  auec 
l'vn  de  ces  cinq  vents,encorqu'ils  ne  luy  feruent 
pas  cfgalement:  mais  il  ne  fepeut  point  feruic 
d'aucuns  des  trois ,  côme  fi  le  nauire  va  au  Sud, 
il  nauigera  auec  le  Nort ,  le  Nortdeft ,  le  Nort- 
oeft,  &  auec  l'Eft,  &  l'Oeft  :  car  ceux  des  coftez 
feruent  efgalement  pour  l'aller,  &  pour  le  ve- 
nir. Mais  du  Sud ,  il  ne  f'en  pourra  feruir,  pour- 
ce  qu'il  luy  eft  directement  contraire ,  ny  de  fes 
deux  collatéraux  qui  font  Sueft  &  Suroeft,  qui 
cft  vne  choie  fort  triuiallc,  &  commune  à  ceux 
qui  nauigent .Ceft  pourquoy  il  n'eftoit  befoing 
de  le  déduire icy,  finon  pour  fignifier  queles 
vents  latéraux  du  vray  Orient,  font  ceux  qui 
communément  foufïlent  en  laTorride,  qu'ils 
appellent  brifes,  &  les  vents  de  Midy  declinans 
au  Ponent,  qui  feruent  pour  nauiger  4'Occi- 

L  iii) 


Hiftoire  naturelle 
4ent  à  l'Orient,  nefpntpoint  ordinaires  en  la 
To rride ,  parquoy  l'on  les  va  chercher  hors  des 
Tropiques ,  6c  les  appellent  les  mariniers  des 
Indes  communément  vents  d'abas. 


«: 


Quelle  eft  la  caufe  pûtirquoy  nauigeant  en  la 
Torrzde,  ilya  tofifiotirs  des  vents  d'Orient. 

Chapitre    VI. 

I  s  o  n  s  maintenant  ce  qui  touche  la 
queftion  proppfee,  fçauoir,  quelle  eft 
la  caufe  ppurquoy  Ton  nauige  bien  en 
la  Torride  d'Orient  au  Ponét ,  8c  non 
au  contraire.  Sur  quoy  nous  deuôs  prefuppofer 
deux  fondemés  certains  :  l'vn  eft  que  le  mouue- 
ment  du  premier  mobile,  qu'ils  appellent  rauif* 
fant ,  ou  diurnel ,  non  feulement  tire  ôc  efmeut 
quant  &  iuy  les  fpheres  celeftes  qui  luy  font  in- 
férieures , corne  il  fe  void  chacun  iour  au  foleil, 
lune  &  eftoilles ,  mais  auffi  ks  éléments  partici- 
pent de  ce  mouuement ,  entant  qu'ils  n'en  font 
point  empefchess.  La  terre  ne  fe  meut  à  caufe  de 
îa  grande  peianteur  qui  la  rend  mobile,  &  qu'el- 
le  eft  auflî  beaucoup  éloignée  de  ce  premier  mp» 
bile.  î.  élément  de  l'eau  ne  fe  meut  non  plus  de 
ce  mouuement  diurnel,  d'autant  qu'il  eft  joinék 
&  afTemblé  auec  la  terre ,  &  font  enfemble  vna 
flpherej  de  façon  que  la  terre  l'empefçhe  dcfe 
mouuoir  circulairement  ;  mais  les  deux  autres, 
clemens,  le  feu  &  l'air ,  font  plus  fubtils,  &  plus 
proches  des  régions  celeftes,  d'où  vient  qu'ils 
participent  de  Jeuxmçuuement,  &foi*tmeus 


des  Indes.  Liure.  III.  s$ 

<&  agitez  circulairement  ,  comme  les  mefmes 
!  corps  celeftes.  Pour  le  regard  du  feu ,  il  n'y  a 
point  de  doute  qu'il  n'ait  fa  Sphere,ainfi  qu'A- 
riftote&les  autres  Philofophes  font  tenurmais 
pour lair  (qui eft  le  point  de  noftre fubiet )  il  eft 
très-certain  qu'il  fe  meut  du  mouuementdiur- 
nel,quieft  d'Orient  à  l'Occident,  ce  que  nou$ 
voyons  clairement  es  Comètes  qui  fc  meuuét 
d'Orient  à  rOccident,montan$,  defcendans,  & 
finalement  tournoyansen  noftre  hemifphere, 
idelamefme  façon  queleseftoilles  femeuuenc 
lau  firmament.  Car  autremét  ces  Comètes  eftas 
en  la  région  &  Sphère  défaire  ù  elles  s'engen- 
drent,apparoiirent  &  fe  c  Ji^fomment,}!  leur  fe- 
roit  impoffible  defe  mouuoir  circulairement 
comme  ils  fe  meuuent3fi  l'élément  de  l'air  où  ils 
font,ne  femouuoit  du  mefme  mouuemcnt  du 
(premier  mobile.  Careftansces  Comètes  d'vne 
jmatiere  enflammée  ,  parraifon  deuroient  de- 
imeurer  arreftees  fans  fe  mouuoir  circulaire- 
imenr,fî  la  Sphère  où  elles  font,demeuroitfans 
jfe  mouuoir,  fi  ce  n'eft  que  nous  faignions  que 
quelque  Ange  ou  Intelligence  chemine  auecla 
jCometc  ,  la  menant  circulairement.    En  Tan 
JJ77.  apparut  cefte  merueilleufe  Comète  (  de 
(figure  reflemblant  vn  plumage) depuis Thori- 
ifon  prefqueiufques  àla  moitié  du  Ciel,  &  dura 
idepnis  le  premier  Nouembre  iufques  au  hui- 
i&iefme  de  Décembre.  le  dis  depuis  lepremier 
|de  Nouembre  j  cariaçoit  qu'en  Efp3gneonla 
preid  &  remarqua  premièrement  au  9.  de  No- 
vembre (fuiuant  le  récit  des  Hiftoriens  de  ce 
réps)neantmoinsauFeru,  où  i'eftoispourlors^ 


\    ififtotre  naturelle 

il  me  (buuienc  bien  que  nous  la  vifmes  êc  re-  j 
marqaafmes  hui&  iours  deuant,&tous  les iours  j 
cnfuiuans.Pour  la  caufe  de  cefte  diuerfité,quel-  t 
ques-vns  la  pourront  dire  particulièrement,  , 
mais  ie  veux  dire  qu'en  ces  quarâte  iours  quel-  \ 
le  dura,nous  remarquafmes  tous ,  tant  ceux  qui 
eftoient  en  Europe,  que  nous  autres  aufliqui 
cftions  alors  aux  Indesjqu'ellcfc  mouuoit  cha- 
que iour  du  mouuement  vniuerfel ,  d'Orient  au 
Ponent,  comme  la  Lune  &  les  autres  eftoilles. 
D'où  il  appert  que  la  Sphère  de  l'air  eftantfa 
région,  il  faut  que  le  mefme  élément  femeuuc 
de  cefte  façon.  Nous  recogncufmes  auflî,quc 
outre  ce  mouuement  vniucrfcl,elle  en  auoit  en» 
cor  vn  autre  particulier ,  par  lequel  elle  fe  mou- 
uoit auec  les  plancttesd'Occidét  en  Orient:  car 
chaque  nui&  elle  deuenoit  plus  Orientale,  ainfi 
que  font  la  Lune  ,  le  Soleil ,  &  Y  t  ftoille  de  Ve- 
nus. Nous  remarquafmes  dauantage  vn  troi- 
ficfme  mouuement  particulier,  dot  elle  le  mou- 
uoit au  Zodiaque  vers  leNort  ,  d'autant  que 
paflees  quelques  nuitts  ,  elle  fe  trouuoitplus 
(5on jointe  aux  fignes  Septentrionaux.  fct  para- 
uanture  cela  fut  caufe  pourquoy  cefte  grande] 
Comète  fuft  pluftoftveucdeceuxquieftoient| 
plus  Méridionaux  ,  corne  le  font  ceux  du  Peru.) 
Et  d'autre  part,ceux  de  l'Europe  commccercnd 
à  la  voir  plus  tard ,  à  caufe  que  par  ce  troiiiefmej 
mouuement  que  i'ay  dit ,  elle  s'approchoit  plus 
des  Septétr ionaux.  Toutesfois  vn  chacun  a  peu; 
remarquer  les  différences  de  ce  mouuement,  de 
façon  que  l'on  peut  bien  voir  que  plusieurs  & 
4iuers  corps  celcftc*,  donnent  leurimpreflîon 


àeslnàes.  LiureAll.  86 

USpHeredei'air.ainfieft-il certain  que  l'air  fe 
ticuc  du  mouuemét  circulaire  du  Ciel/TOrient 
u  Ponent,qui  eft  le  premier  Fondement  misen 
uant  cy  délias  Le  fecôd  neft  pas  moins  certain, 
,iy  nocoire,qui  eft  que  le  mouuemét  de  l'air  aux 
Parties  qui  font  fous  la  ligne,  ou  proches  d"iccl- 
je,eft  tres-vifte  &leger,&d'autât  plus  qu'ils  ap- 
Coche  de  l'Equinoxe ,  par  confequent  ce  mou- 
icmcnt  eft  d'aueât  plus  lent  Se  pefan  t,qu*il  s'ef- 
oigne  de  la  ligne  en  Rapprochant  des  Pôles. La 
•aifon  de  cecy  eft  manifefte ,  parce  que  le  mou- 
vement du  corps  celefte.eftât  la  caule  efficiente 
le  ce  mouuement  de  l'air,  il  doit  par  neceflîte 
fcftre  plus  prompt  6c  plus  léger  à  l'endroit  où  le 
fcorps  celeffe  a  Ton  mouuement  plus  vifte.Or  de 
Couloir  enfeigner  la  raifon  pourquoy  le  Ciel  a 
|vn  plus  vifte  mouuemét  en  la  Torridc,qui  eft  la 
iugne,plus  qu'en  autre  partie  du  Ciel,  ceferoie 
(peu  citimer  les  hommes  ,  puis  qu'il  eftaifé  de 
Voir  en  vneroiic  que  Ton  mouuement  eft  plus 
tardif  &  pefant  à  l'endroit  de  (a  plus  grande  cir- 
iconference.qu'à  l'endroit  de  fa  plus  petite  ,  & 
quelle  acheue  (on  grand  tour  au  mefme  efpacc 
de  temps,que  la  moindre  acheuc  fon  petit.  De 
•ces  deux  fondemens  procède  la  raifon  pour  la- 
| quelle  ceux  qui  nauigent  grands  Golphes,d'0- 
1  rient  au  Ponent,ttouuct  toufiours  vent  en  pou- 
!  pejallans  en  peu  de  hauteur,  6V  tant  plus  ils  font 
1  proches  de  l'Equinoxc^ant  plus  leur  eft  certain 
i  cV  durablele  vent  Etau  contraire nauigeans  du 
IPonent  à  l'Orient,  ils  trouuent  toufiours  vent 
I  en proue, &  contraire.   Pourcc que lcmouue- 
!  ment  ires-vifte  de  lEquinoxe  ,  tire  après  foy 


Jjîftoire  naturelle 
l'élément  de  l'air  ,  comme  il  fait  le  furplusclef 
Sphères  iuperieures.Parainfi  l'air  fuit  toufiours 
le  mouuement  du  iour  allant  d'Orient  au  Po- 
nant,fans  iamais  varier ,  &  le  mouuem  et  de  l'air 
vifte  amené  mefme  après  foy  les  vapeurs  &  ex- 
halations qui  s*efleuent  de  la  mer  ,  ce  qui  caufe 
en  ces  parties  &  régions  vn  continuel  vent  de 
brife  qui  court  de  Leuant.  Le  Père  Alonfo  San- 
chez,qui  eft  vn  Religieux  de  noftrc  Côpagnie, 
qui  a  voyagé  en  l'Inde  Orientale  &  Occiden- 
tale^omme  homme  ingénieux  &  expérimen- 
té ,  difoit,  qu'en nauigeant deiTous la ligne,oi| 
proche  d'icelîe,auec  vn  temps  continu  &  dura/ 
ble,  il  luy  fembloit  que  c*eftoit  le  mefme  air^ 
meu  du  Ciel}qui  conduifoit  les  nauires ,  &  n'e- 
ftoft  pas  proprement  vn  venr,  ny  exhalation^ 
maisceft  airefmeu  du  cours  iournalier  duSo< 
leiljpour  preuue  dequoy  il  mettoit  en  auant  que 
le  temps  eft  toufiours  égal  &  femblablc  au  Gol* 
phe  des  Dames  ,  &  es  autres  grands  Golphc* 
que  l'onnauigeenlaTorride.  Pour  raifon  de- 
quoy lesvoiles  des  nauires  y  font  toufiours  de 
mefme  façon, fan?  aucune  impetuofité  ,  8c  fan* 
qu'il  foit  befoing  les  changer  prefque  en  tout  le 
chemin.  Que  fi  l'air  n'effoit  efmeu  du  Gel,  il 
pourroit  quelquesfois  défaillir  >  quelquesfois 
le  changer  au  côtraire,  8c  quelquesfois  y  auroic 
des  tourmentes.  Toutesfois  combien  que  cecjr 
foit  dit  doctement ,  Ton  ne  peut  pas  nier  que  ce 
ne  foit  vent,&  qu'il  n'y  en  aye ,  attendu  qu'il  y  a  i 
des  vapeurs  8c  exhalations  de  la  mer  ,  &  que 
nous  voyons  quelquesfois  que  tantoft  la  brife 
eft  plus  forte,  &  tantoft  plus  foible,  &remife,  | 


des  Indes.  Liure.  II  î.         %y 

h  telle  façon  qu'il  aduient  quelquesfois  que 

>n  ne  peut  porter  toutes  les  voiles.  L'on  doit 

t,  >nc  entendre,&eft  la  verité,que  l'air  efmeu  at- 

:e  quant  &foy  les  vapeurs  qu'il  trouue,  dau- 

int  que  la  force  eft  grande  ,  &  qu'il  ne  trouue 

pintderefiftance,  pourraifondequoy  lèvent 

(Orient  &  Ponent  eftaum*  continuel ôc pref- 

|ie  toufiours  femblable  es   parties  qui  font 

I  oches  de  la  ligne ,  &  prefcjue  en  toute  la  Tor- 

Hie ,  qui  eft  le  chemin  que  fuit  le  Soleil  entre 

h  deux  cercles  du  Cancer  àc  du  Capricorne. 

j i ; . „ 

hurquoy  fort  ans  delà  Torride  enfin  de  hau~ 

tcuYjïontrouuefluôfouuent  des 

vents  iâbas. 

Chapitre    VIL 

V  i  voudra  bié  regarder  de  près  ce  qui 
a  efté  dit,  pourra  aufli  bien  entendre, 
qu'en  allant  du  Ponent  à  l'Orient ,  en 
hauteur  plus  outre  que  lcsTropiques, 
n  trouue  des  vents  d'abas }  d'autant  que  le 
ouuemcntdel'Equinoxeeftant  il  vifte,  il  eft 
ufe  que  l'air  fc  meut  deflbus  luv/uiuant  fon 
ouuement ,  qui  eft  d  Orient  au  Ponent,atti- 
nt quant  &  foy  les  vapeurs  qui  s'efleuent  de 
mer,  de  forte  que  les  vapeurs  Ôc  exhalations 
i  s'efleuent  des  coftes  de  l'Equinoxe,  ou  Tor- 
le,  venansà  rencontrer  le  cours  &mouue- 
:nt  de  la  Zone,  font  contraintes  par  la  reper- 
flîon  de  retourner  quafî  au  contraire  ,  d'oà 
:nnent  les  vents  d'abas,&  Suroeft ,  communs 
(1  ordinaires  en  ces  parties  là.  Tout  ainfî  que 
rus  voyons  au  cours  des  eaùes,  lesquelles  fi  et- 


}jifloife  naturelle 
les  font  rencôtices  dWrcs  qui  foient  plus  for- 
tes ,  retournent  quafi  au  contraire.    Et  fcmble 
qu'il  en  foit  ainfî  des  vapeuts  &  exhalations, 
d'où  vient  que  les  vents  (e  tournent  &  fefepa- 
itntd'vnepait  à  l'autre.  Ces  rents  d'abas  ré- 
gnent le  plus  communemet  cnlamoyéhehau-; 
teur,qui  eft  de  17  i  37.  degrez!  combien  qu'ils. 
ne  foient  pas  fi  certains  &fi  réguliers  que  lest 
brifes  le  font  en  peu  de  hauteur.  Laraifon  e(U 
poureeque  les  vents  d'abas  ne  font  pascaufei 
de  ce  mouuement  propre  &  égal  du  Ciel,  com4 
rne  les  brifes  le  font ,  cftans  proches  de  la  ligne.i 
Mais  comme  i'ay  dit ,  ils  y  font  plus  ordinaires, 
&   bien  fouuent  plus  furieux,  &  plus  tempe- 
ftueux.  Mais  en  allant  en  plus  grande  hauteurJ 
comrfl€  de  quarante  degrez ,  il  y  a  auffi  peu  d'af- 
ieuranec  es  vents  eh  la  mer ,  comme  en  kterrd 
car  tantoft  les  brifes ,  ou  Norts  y  foufflent ,  m 
tantoft  les  vents  d'abas ,  ou  Ponents,  d  où  vientt 
que  les  nauigations  y  font  plus  incertaines  ôà 
plus  dangereufes. 

Des  exceptions  quily  a  enU  règle  fufditeM 
des  vents  &  calmes  qùily  aenU 
mer  &  en  la  terre \ 
Chapitre   VIIL 
E  que  nous  auons  dit  des  vents  qui 
courét  ordinairement  dedans  &  deJ 
horslaTorridc,fc  doit  entendre  ert 
„  la  haute  mer  cVaux  grâdsGolphetf 
car  en  la  terre  ,  c'eft  tout  autrement ,  en  là* 
quelle  l'on  trouue  de  toutes  fortes  de  vents,à 
caufe  de  l'inégalité  qu'il  y  a  entre  les  montagnes 


des  fades.  Dure  III.  8% 

t  les  valléesjc  grand  nôbre  des  ruiieres&de* 
ics,Ôc  les  diueries  fîtuatiôs  des  pays,  d'où  s'efle- 
tét  les  vapeurs  grofîes,&efpaifles,lefquelles  soc 
fmeuës  de  rvne,ou  de  l  autre  part ,  félon  la  di<- 
icriité  de  leur  origine  &  commencement,  qui 
ait  ces  vents  diuers,  fans  que  le  mouuemrentdc 
airjCaufcduCieljayttantde  puiiTàncc,quede 
es  attirer  &  mouuoir  quant  ôc  foy.  Et  celte  di- 
lerfucdc  vents  ne  fc  trouuc  point  feulement 
tn  la  terre  ,  mais  auffi  es  codes  de  la  mer  qui 
"ont  enlaTorride,  pource  qu'il  y  a  des  vents 
brains  qui  viennent  de  la  terre,  &  marins  ,  qui 
bufflent  de  la  merjiefquels  vents  de  la  mer  font 
ordinairement  plus  fains,&  plus  gratieux ,  que 
ion  pas  ceux  de  la  terre  ,  lefquels  fontaucon- 
:rairc  ennuyeux  ôc  mal  fains,  bien  que  ce  foit  la 
îirTerenCedes  coftec  qui  caufe  cefte  diuerfitc. 
Communément  les  forains  ou  terriens  fauf- 
ilent depuis  la  minuidfc,iufques  au  Soleil  leuanr, 
Sciceuxde  la  mer  ,  depuis  que  le  Soleil  com- 
mence à  s'efchaurTer,iufques  après  qu'il  eft  cou- 
ché. Dequoy  la  caufe  eft  parauanture  que  la 
terre,commc  matière  plus  grolTe ,  fume  dauan- 
rage  alors  que  la  âame  du  Soleil  ne  donne  plus 
defTus ,  tout  ainfî  que  le  bois  vert,  ou  mal  fec, 
fume  dauantage  en  eftaignant  la  (lame,  Mais  la 
mer  comme  elle  eft  compofee  de  parties  plus 
fubtileSjn'cngendre  point  de  fumées,  finô  quâd 
Ton l'efehauffe  5  de  mcÇflc  que  la  paille, ou  le 
foing,eftant humide,&'Cn  petite  quantité,  en- 
gendre de  la  fumée  ,  quand  on  les  brufle;  ôc 
lors  que  la  flame  cette ,  la  fumée  deffaut  tout 
aufli  toft.Quoy  qu'il.en  foit^il  cfl  certain  que  le 


JHifloire  naturelle 
vent  delà  terre  foufïlepluftoftJanuidt ,  &ce- 
luy  dé  îa  mer  au  contraire  durantle  iour.Telle- 
ment  que  toutaihfî  qu'ilya  fouaemesfois  des 
vents  contraires,  violents  ,  cV tempeiïueux es 
conSesdelamer  ,  ainfî  y  voit-onde  très-grands 
calmes.  Quelques  hommes  fort  expérimentez 
racontent  qu'ayans  hauigé  plufîeurs  grandes 
trauerfesde  mer  fous  la  ligne,  ils  n'y  ont  neant- 
moinsiamais  Veu  de  calmcs,mais  que  toujours 
peu  ou  beaucoup  l'on  y  fait  chemin ,  à  caufe  de 
l'air  efmeu  du  mouuementcelefte,qui  fuffiti 
conduire  la  nauire  donnant  en  pouppe,commc 
il  fait.lay  deiîa  dit,comme  vne  nauire  de  Lyma, 
allât  à  Manilla,  nauigea  &  courut  deux  mil  fept 
cens  lieues  tôufîours  fous  la  ligne  ,  à  tout  le 
moins  n'en  eftant  efloigné  que  de  douze  degrez 
&  ce  au  mois  de  Feurier,&  de  Mars,  qui  eft  lors 
que  le  Soleil  y  eft  pour  Zenit,  &  en  tout  ceii  ef- 
pacene  trouuerent  aucuns  calmes  ,maistouf- 
ioursvn  vent  frais,  tellement  qu'en  deux  mois 
ils  firent  ce  grand  voyage.Mais  en  la  Torride,& 
hors  d'icelle  ,  Ton  a  accouftumé  de  veoir  de 
grands  calmes  es  codes  où  arriuent  lesvapeurS 
des  lïks ,  ou  de  la  tetre  ferme.  C'eft  pourquoy 
les  tourbillons  &  tempeftes  ,  cVles  inefperees 
efmotions  de  l'air  font  plus  certaines  &  ordi- 
naires auxeoftes  où  arriuent  les  vapeurs  deiat 
terre,que  non  pas  en  la  plaine  mer.  I'entensert 
la  Torride,  car  hors  d'icelle,  cV  en  la  haute  mer^ 
l'on  y  trouue  des  calmes  ,  &  des  tourbillons  de 
vents.Toutesfois  il  ne  lailîè  pas  d'y  auoir  quel- 
ques fois  entre  les  deux  Tropiques,  voire  en  la 
mefmeligne^des  grands  vents  &  des  pluyes  fu- 

bites^ 


des  Indes.  Lime.  III.  g9 

il ïites ,  encor  que  ce  foit  bien  auant  dans  la  mer: 
lar  pour  ce  fairejes.  vapeurs  &  exhalations  de 
amer  font  afîez  fuffifantes ,  lefquelless'efmoa- 
ans  aucunefois  haftiuement  en  l'air  9  caufent 
es  tonnerres  ôc  tourbillons ,  mais  cela  eft  plus 
rdinairepresdela  terre,&  defïùs la  terre. Quad 
:nauigeaydu  Peru  en  la  neuue  Efpagne  ,ie 
îmarquay  qu'en  tout  le  temps  que  nous  fuf- 
les  en  la  code  du  Peru,noftre  voyage  fut(com- 
ie  toufîours  a  acco uftumé)  fort  doux  &  facile, 
caufe  du  vent  de  Sud  qui  y  court,  &  auec  le* 
l  uel  l'on  va  vent  en  pouppe,retournant  d'Efpa- 
pe&delaneuueEfpagne.  Comme  nous  tra- 
-rfionsleGolphe,  &  allions  toufîours  auanc 
mslamer  ,  prcfque  toufîours  fous  la  ligne, 
?us  trouuafmes  vn  temps  frais^paifibleAgra- 
eux,ventenpouppe  :  mais  arriuant  comme 
oche  de  Nicaragua  ,  &  de  toute  cefte  cofte, 
)useufmes  des  vents  contraires,auec  grande 
iantitëdepIuyes&brouïllars,qui  quelouès- 
is  bruyent  horriblement.  Toute  cefte  nauiga- 
)n  fut  dans  la  Zone  Torride>  car  de  douze  de- 
ez  au  Sud  qu'eu:  Lyma  ,  nous  nauigeafmcsà 
sfept,oùgiftGuatulco,  port  delà  neuueEf- 
gne,&croy  que  ceux  qui  auront  prins  garde 
xnauigations  qu'ils  ont  faites  dans  laTorri- 
^rouueront  à  peu  près  ce  que  l'en  ay  dit ,  qui 
Era  pour  la  raifon  des  vents  qui  régnent  par 
tnerenlaZoneTorride. 


M 


m 


oire  na 


tureîlt 


D'aucuns  effecis  merueilleux  des  vents  qui  j 
font  en  quelques  endroitts  des  Indes. 

Chapitre    IX. 

E  feroitchofefort  difficile  de  racon- 
ter par  le  menu  les  effeds  admirables 
que  caufent  aucuns  vents  endiuerfes 
^  régions  du  monde,  ôrd'en  donner k 
raifon.  Il  y  a  des  vents  qui  naturellement  trou^ 
'blentreaue  de  la  mer,  &  la  rendent  verte- noire 

de  d'autres  qui  la  rendent  claire  comme  vn  mi- 
roir ,les  vm>  efgayent  &  refiouyiïent  defoy , g 
les  autres  apportent  de  l'ennuy  &  de  la  trifteflc 
Ceux  qui  noutrilTent  des  vers  à  foye  ont  gran 
foins  de  fermer  les  feneftres ,  lors  que  lester. 
.     d  abas  foufflent  ,  &  de  les  ouurir  quand  leurs 
contraires  courent,  ayans  trouuepar  certaine 
expérience  que  leurs  vers  fe  meurent  &  dimi- 
nuent par  les  vns  ,  s'engraiffent  &  deuiennent 
meilleurs  par  le  moyen  des  autres  ,  &  qui  y 
voudra  prendre  garde  de  près ,  il  pourra  remar- 
quer en foy-meCme  que  les  diuerfitez  des  vents 
caufent  de  notables  impreffions  &  changemens 
en  la  difpofition  des  corps,  principalement  aux 
parties  dolentes  &  indifpofees  ,  &  lors  qu'el  ei 
**.«U  io-  font  plus  tendres  &  debiles.L'Efcriture  appelle 
«"*•        Pvmventbruflant,  &  l'autre,  vent  de  rofee  & 
W  I71       plein  de  douceur.  Et  n'eft  ?*&ofe£m^± 
l°T'  4#      UU\e  nue  Ton  apoerçoiue  de  C\  notables  efteas 
gR      dt  ^ELfi ,  Limaux,  fc  es  homme, 


des  Indes.  Dure.  1 I  f .  $  q 

puis  que  l'on  en  cognoift  vifiblemct  au  fer  mef- 
me,qui  e/l  le  plus  dur  de  tous  ks  métaux.  Pav 
veu  des  grilles  de  fer  en  quelques  endroits  des 
Indes,de  telle  façon  moulues  ôc  confommccs, 
qu'en  ks  preflanc  encre  les  doigts,  dks  Ce  refoU 
uoient  en  poudre ,  comme  fi  c'euft  eftc  du  foin, 
ou  de  la  paille  feche.  Ce  qui  procède  tant  feu- 
lement du  venr,qui  le.  corrompt  du  tout,  &  fans 
qu  on  lepuitfe  empefcher.  Mais  laûTantà  parc 
piuheurs  autres  grands  ôc  merueiileux  cffe'&s* 
i'en  veux  feulement  raconter  deux  -,  l'vn  dcd 
quels5encor  qu'il  caufe  des  douleurs  plus  gran- 
des que  la  mefme  mort,nJapporte  point  de  -mal* 
ny  d'incommodité  dauantage-  l'autre  deftruitl 
&ofte  la  vie  fans  le  feu  tir.   Le  mal  de  la  mer^ 
dont  ceux-là  font  trauaillez  qui  commencent  à 
nauiger,eft  vnechofeforc  ordinaire  ,  ôc  neant- 
moinsil  ionignoroit  fon naturel,  qui  efttanc 
cogneu  à  tous  les  hommes  ,  l'on  penferoit  que 
ce  fuit  le  mal  delamort,de  la  façon  qu'il  afflige 
&  tourmente  pendant  le  temps  qu'il  dure,  par 
le  vominement  d'eftomach,douleurs  de  tefte  Ôc 
autres  mil  accidensfafcheux.  Mais  à  la  verité,ce 
mal  Ci  commun  Ôc  Ci  ordinaire,  vient  aux  horn- 
mes  pourlanouueautédeJ'air  de  la  mer  :   car 
combien  qu'il  foit  vrayqueiemouuementdu 
nauire  y  ayde  beaucoup3en  ce  qu'il  s'efmetn  pi* 
ou  moins  5  &  mefme  l'infection  Ôc  mauuaife. 
odeur  des chofes  des  nauires,neâtmoinsla pro- 
pre ôc  naturelle  caufe  eft  l'air  Ôc  ks  vapeurs  de  h 
^^quel  débilite^  trauaille  tellemet  le  corps 
&reftomach  qui  n'y  font  point  accouftumez, 
qu  ils  en  font  merueilkufemem  efmeus  Se  châ- 

M  i j 


ffifloire  ridturtlle 
gczï  car  Pair  eft  l'élément  par  lequel  nous  vl- 
uons&refpironsj'attirant  dedans' nos  mefmes 
entrailles,  lefquelles  nous  baignons  fcarrou- 
fonsd'iceiuy  :  c'eft  pourquoyiln'y  a  choie  qui 
altère  fi  toft  &  auec  tant  de  force,  que  le  chan- 
gement de  l'ait  que  nousrefpirons,  comme  l'on 
void  en  ceux  qui  meurent  de  pefte*  C'eft  chofe 
approuueepar  plufieurs  expériences ,  que  l'air 
de  la  mer  cft  principal  moteur  de  ccftc  eftrange 
indifpofuion ,  i'vne  eft,que  quand  il  court  de  la 
mer  vn  air  fort,  nous  voyons  que  ceux  qui  font 
en  terre,  fe  Tentent  du  mal  de  la  mer,comme  il 
m'eft  aduenu  ploficuis  fois.  Vne  autre.que  tant 
plus  auant  l'on  entre  dans  la  mer  ,  &  que  l'on 
s'eOoigne  de  terre ,  plus  on  eft  atteint  &  eftour- 
dy  de  ce  mahvnc  autrc,quallas  le  long  de  quel- 
que Iile,&  venans  par  après  à  emboufcher  en  la 
plaine  mer  ,  l'on  ytrouue  enceft  endroit  l'air 
plus  fort.  Encore  que  ie  ne  vueilte  pas  nier  que 
le  mouuement  &  agitation  ne  puuTecauferce 
mal ,  puis  que  nous  voyons  des  hommes  qui  en 
font  épris ,  paiTans  desriuicres  en  des  barques, 
6c  d'autres  qui  en  font  de  mefme  en  allant  dans 
deschariots  ou  carolTes,  félon  les  diuerfescom- 
plexions  d'eftomacs:comme  au  contraire  y  en  a 
d'autres  ,  qui  pour  groiTe  &cfmeuc  que  puilTe 
cftrela  mer  ,  ne  s'en  fentent  iamais.  Parquoy 
c'eft  chofe  certaine  &  expérimentée ,  que  l'air 
de  la  mer  caufe  ordinairement  ceft  effed  en 
ceux  qui  de  nouueau  entrent  fur  icelle.  I'ay 
voulu  dire  toutcecy',  pour  déclarer  vn  effe& 
eftrange  quiaduient  en  certains  endroits  des 
Indes,  où  l'ait  &  lèvent  qui  y  court  eftourdxc 


des  Indes.  Liure.    III,  91 

les  hommes,  non  pas  moins,  mais  dauantage 
qu'en  la  mer.   Quelques-vns  le  tiennent  pour 
fable,d7autresdifentquec'eft  addition  ,  de  ma 
part,iediraycequim'eftaduenu.  Il  y  a  au  Fera 
vne  montagne  haute ,  qu'ils  appellent  Pariaca- 
ca,  &  ayant  ouy  dire  &  parler  du  changement 
qu'elle  caufoit ,  i'allois  préparé  le  mieux  que  ie 
pouuois,felon  l'enfeignement  que  donnent  par 
delà  ceux  qu'ils  appellent  Vaquianos,  ou  ex- 
perts :  mais  neantmoins  toute  ma  préparation, 
quand  ie  vins  à  monter  les  cicalliers  qu'ils  ap- 
pellent, qui  eft  le  plus  haut  de  cefle  montagne, 
ie  fus  fubitement  atteinte  furprins  d'vnmalfi 
mortel  &  eftrange  ,  que  ie  fus  prefque  fur  le 
poinct  de  me  laifler  choir  de  la  monture  en  ter- 
re, &  encor  que  nous  fullîons  plufieurs  de  com- 
pagnie, chacun  haftoit  le  pas  fans  attendre  fon 
compagnon  ,  pour  fortirviftement  de  ce  mau- 
vais palfagc.  Me  trouuant  donc  feul  auec  vn 
Indien,lequel  ie  priay  de  m'ayder  à  me  tenir  fur 
la  monture,  ie  fus  épris  dételle  douleur,dc  fan- 
glots  &  de  vomiiremens,  que  ie  pehfay  iettcr  Se 
rendre  lame.  D'amant  qu'après  auoir  vomv  la 


viande,  les  phlegmes  ôc  h  colère,  l'vne  ïaune  Se 
l  autre  verde,ie  vins  iufques  I  ietter  le  fang  de 
la  violence  que  ie  fentois  en  l'eflomach,  ie  dis 
en  fin,que  fi  cela  euft  duré ,  i'eutfe  p éfé  certaine- 
ment  eftrc  arriué  à  la  mort.  Mais  cela  ne  dura 
que  comme  trois  ou  quatre  heures,  iufques  à  ce 
que  nous  fuilîons  defeendus  bien  bas  ,&  que 
nousfuflîonsarriuezen  vne  température  plus 
conuenable  au  naturel  ,  où  tous  nos  compa- 
gnôsa  qui  eftoient  quatorze  ou  quinze,  eftoient 

M   iij 


Hifioire  naturelle 

fatiguez,quelques-vnscheminansdemandoient  j 
confeiîïon,penfans  reallement  mourir, Us  au-  j 
tresmettoientpiedàterrre,  &eftoient  perdus,  j 
de  yomiITement,&  de  force  d'aller  à  la  felle,  ôc  | 
mefutditquautresfois  quclquesvnsy  auoient 
perdu  la  vie  de  ceft  accident.  le  veis  vn  homme 
quifedefpitoit  contre  terre,  s'efcriantde  rage  | 
ôc  douleur  que  luyauoitcaufé  le  paflage  de  Pa- 
riacaca.  Mais  ordinairement  il  ne  fait  point 
aucun  dommage  qui  importe,  autre  que  ceft 
ennuy  àc  fafcheux  defgouft  qu'il  donne  pen- 
dant qu'il  dure ,  ôc  n'eft  pas  feulevment  le  pas  de  | 
la  montagne  Pariacaca  >  qui  a  cette  propriété,  | 
mais  aufli  toute  cefte  chaîne  de  montagnes  qui 
court  plus  de  cinq  céts,  lieues  de  lôg$&  en  quel- 
que endroit  que  l'on  la  pafle  ,  l'on  fent  cette  ! 
eftrange  intemperature,  combien  que  ce  foit  en  ! 
quelques  endroits  plus  qués  autres  ,  &  plus  à] 
eeux  qui  montent  du  cofté  de  la  mer ,  qu'à  ceux  I 
qui  viennent  du  cofté  des  plaines.   Iei'aypaf-I 
fee  mefme  outre  de  Pariacaca,  par  Lucanas&j 
Soras,  ôc  en  autre  endroit  par  Colleguas,  ÔC\ 
en  autre  par  Cauanas  ,  finalement  par  quatre  J 
lieux  differens  en diuerfes allées  &  venues,  &l 
toufîours  en  cet  endroit  ay  fenty  l'altération  j 
Ôc  eftourdifTement  que  i'ay  dit,  encor  qu'en 
nul  endroit ,  ce  n'a  efté  tellement  que  la  pre- 
mière fois  en  Pariacaca ,  ce  qui  a  efté  expéri- 
menté par  tous  ceux  qui  y  ont  paflTé.  Et  n'y  a 
point  de  doute,  que  la  caufe  de  cefte  intempe- 
rature &  fi  eftrange  alteratiô,  eft  le  vent,  ou  l'air 
qui  y  règne,  pource  que  tout  le  remède  (  &  le 
meilleur  qu'ils  y  trouuent)  eft  de  fe  bouCcher, 


des  ^ndes.  Liure  III.  92, 

eant  que  l'on  peut,le  nez,  les  oreilles  &  h  bou- 
che. &  de fecouurir d'habits,  fpecialement  le- 
ftomachj  d'autant  que  laireft  Ci  fubtil  &  péné- 
trant, qu'il  va  donner  iufques  aux  entrailles  :  ôc 
non  feulement  les  hommes  Tentent  cette  alté- 
ration ,  mais  aufïl  les  belles,  quiquelquesfois 
s'arreftent  ,  de  forte  qu'il  n'y  a  efperon  qui  les 
puiiTe  faire  aduancer.  Pe  ma  part,  ie  tiens  que 
ce  lieu  eft  vn  des  plus  hauts  endroits  de  la  ter- 
re qui  foit  au  monde:  car  l'on  y  monte  vneef- 
pacedémefuree  ,  &  me  femble  que  la  monta- 
gne Neuade  d'Efpagne ,  les  Pyrénées  &  les  Al- 
pes d^Italie ,  font  comme  maifons  communes  à 
Fendroit  des  hautes  tours.  Parquoy  iemeper- 
fuade  que  l'élément  de  l'air  eft  en  ce  lieu  là  fi 
fubtil  &  11  délicat  ,  qu'il  ne  fe  proportionne 
point  à  la  refpiration  humaine ,.  laquelle  le  re- 
quiert plus  gros  &  plus  tempéré  ,  Ôc  croy  que 
c'eft  la  caufe  d'altérer  fi  fort  l'eftomach,&  trou- 
bler toute  la  difpofkion.  Les  pafTagesdes  mon- 
tagnes Neuades  &  autres  de  l'Europe ,  que  i'ay 
veuès,  combien  que  l'air  y  foit  froid  ,&  qu'ii 
trauaille  &  contraigne  ceux  qui  y  pa(Tent,de  fe 
veftir,  neantmoins  ce  froid  n'ofte  pas  l'appétit 
démanger  ,  au  contraire  il  le  prouoque,ny  ne 
caufe  point  de  vomifTemem  en  reftomach,mais 
feulement  quelque  douleur  aux  pieds  >  &aux 
mains.  Finalement  leur  opération  eft  extérieu- 
re ,  mais  c  il  des  Indes  que  ie  dy,fans  trauailler, 
ny  les  pieds,ny  les  mains ,  ny  aucune  partie  ex- 
térieure, brouille  toutes  les  entrailles  au  de- 
dans^ ce  qui  eft  plus  admirable  ,  il  aduient  au 
rnsfmc  endroit  que  le  Soleil  y  eft  chaud  ,  qui 

M  iiij 


Hifloire  naturelle 

me  fait  croire  que  le  mal  que  Ton  en  reçoit, 
vient  de  la  qualité  de  l'air  que  Ton  y  refpire, 
d'autant  qu'il  eft  tres-fubtil  &  tres-delicat  ,  & 
quefon  froid  n'eft  pas  tant  fenfible  comme  il 
cft  penetrant-Toute  celte  chaîne  de  montagnes 
cfl:  communément  deferte  ,  Tans  aucuns  villa- 1 
gtSytiy  habitations  des  hommes  ;  de  forte  qu'à  I 
peine  l'on  y  trouuc  des  petites  maifons  oure-j 
traittes  pour  y  loger  les  pafîans  de  nui&.Il  n'y  a 
non  plus  d'animaux,ou  bons,  ou  mauuais ,  fi  ce 
n'eft  quelques  Vicunos  ,  qui  font  des  moutons 
du  paysjefqueis  ont  vne  propriété  eftrange  & 
merueilleufe,  comme  ie  diray  en  fon  lieu.  L'her- 
be y  eft  fouucntesfoisbruflee,  &  toute  noire  de 
l'air  que  ie  dis ,  &  ce  defert  dure  comme  vingt- 
cinq  à  trente  lieues  de  trauerfe  ,  &  contient  de 
longueur  ,  cpmmci'ay  di6fc,  plus  de  cinq  cens 
lieuës.Il  y  a  d'autres  deferts  ou  lieux  inhabitez, 
qu'ils  appellent  au*Peru ,  Punas  (pour  parler  du 
fécond  poin&  que  nous  auons  promis  )  où*  là 
qualité  de  l'air  trenche  les  corps  &  la  vie  des 
homes  fans  le  fentir.  Au  teps  pafTé  les  Efpagnols 
cheminoient  du  Peru  au  Royaume  deChillé, 
par  la  montagne:auiourd'huy  l'on  va  ordinaire- 
ment far  mer ,  &'quelquesfois  le  long  de  la  co- 
ite :  &  combien  que  le  chemin  y  foit  ennuyeux 
Ôc  fafcheux ,  il  n'y  a  pas  toutesfois  tant  de  dan- 
ger qu'en  l'autre  chemin  de  la  montagne ,  où  il 
y  a  des  plaines,  au  pafïagc  defquelles  plusieurs 
hommes  font  morts  &  peris,&  d'autres  en  font 
tfchappez  par  grande  aduenture  ,  dont  les  vns 
font  demeurez  eftropiez.  Il  court  en  ccft  en- 
droit ?n  petit  ak ,  qui  n  çft  pas  trop  for  t,ny  vio- 


des  Indes.  Liure  III.  $$ 

lent:  mais  il  pénètre  de  telle  façon,que  les  nom- 
mes  y  tombét  morts  quafi  fans  fefentir,  ou  bien 
ks  doigts  des  pieds  &  des  mains  y  demeurent^ 
ce  qui  pourra  fembler  chofe  fabûleufe,  &tou- 
i  tefois  c'eft  chofe  véritable.  I'ay  cogrteu ,  &  long 
•temps  fréquenté  leGenerafHierofmeCoftilla, 
j  ancien  peupleur  de  Cufco,qui  auoit  perdu  trois 
-ou  quatre  doigts  des  pieds,  qui  luy  tomberont. 
i  en  paffànt  les  deferts  de  Chillc  ,.  parce  qu'ils 
îfauoient  efté  atteints  &  pénétrez  de  ce  petir  air; 
i&  quand  il  ks  vint  à  regarder ,  ils  eftoient  défia 
i  tous  morts ,  &  tombèrent  d'eux-mcfmes  t  fans 
•  îuy  faire  aucune  douleur,  tout  am  fi  que  tombe 
îdel'arbre  vne  pomme  gaftee.  Ce  Capitaine  ra- 
:  contoix  que  d'vne  bonnearmee  qu'il  auoit  con- 
duite, &  pafiTee  par  ce  lieu  les  années  précéder* - 
i  tes ,  depuis  la  defcouuerte  de  ce  Royaume  faite 
,par  Almagro,  vne  grande  partie  des  hommes  y 
demeurerêt  morts,  &qu'ilyvid  les  corps  eîlen- 
dus  parmy  le  defert ,  fans  aucune  mauuaife  cor- 
ruption &  odeur.   Adjouftant  dauantage  vne 
smofeforteftrange,  qu'ils  y  trouuerent  vnieu- 
,(îc garçon  viuant,  lequel  eftantenquis  comme 
-iauoit  vefcu  en  ce  lieu ,  dift  qu'il  feftoit  caché 
•m  vne  petite  caue^ne ,  d'où  il  fortoit  pour  coa- 
i  Per  auec  vn  petit  coufteau  de  la  chair  d\m  che- 
■Jal  mort,  &  quilf'eftoit  ainfi  fubftanté  long 
i:emps,  auecnefçay  combien  de  compagnons 
pu  fe  maintenoient  de  cefte  façon:  mais  que 
:  îefîa  ils  y  eftoient  tous  demeurez,  l'vn  mourane 
juijourd'huy,  &  demain  Pautre,  difant  qu'il  ne 
jlefiroic  autre  chofe  que  de  mourir  là  auec  les' 
liutrcs ,  veu  qu'il  ne  fentoit  délia  plus  en  luy  au^ 


Hifloire  naturelle 
cune  difpofîtion  pour  aller  en  vn  autre  endroit,, 
«y  pour  prendre  gouft  en  aucune  chofe.  Fayj 
entendu  le  mefme  d'autres,  &  parriculierementj 
dvn  qui  eftoit  de  noftre  Compagnie  ,  lequel; 
pour  lors  eftant  feculier ,  auoit  palïc  par  ces  de-i 
ferts,  de  eft  vne  chofe  merueilleufe  que  la  qualij 
té  de  cet  air  froid,  quituë,  &  conferue  aufli 
tout  enfemble  les  corps  morts  fans  corruption] 
le  l'ay  aufli  entendu  d'vn  vénérable  Religieux) 
de  Tordre  de  fainft  Dominique,  &  Prélat  d'icel 
le,  qui  Pauoit  veu  paflant  par  ces  deferts ,  &  qui 
plus  eft ,  me  conta  qu'eftant  contraint  d'y  patfd 
lanuicl:,  pour  fe  defFendre  &  remparer  contre 
ce  vent  il  mortel  qui  court  en  ce  lieu,  netrouj 
uant  autre  chofe  à  propos,  aflembla  vne  grande! 
quantité  de  ces  corps  morts  qui  eftoient  là ,  &| 
£ft  cficeux  comme  vne  muraille,  &cheuetdj 
li&,  de  celle  façon  il  dormit,  lesmorts iuy  don 
nans  la  vie.  Sans  doute  c'eft  vn  genre  de  froid 
queceftuy-là  11 pénétrant,  qu'il  efteint  lâcha) 
leur  vitale  en  coupant  fon  influe  nce;  &  d'autan 
qu'il  eft  auflj  tres-froid,  il  ne  corrompt,  ny  dort 
ne  putréfaction  aux  corps  morts,  parce  que  1 
putréfaction  procède  de  chaleur  &  d'humiditéj 
Quanta  l'autre  forte  d'air  que  l'on  oyt  refonne 
fous  la  terre,  &  qui  caufe  des  tremblemens  plu 
aux  Indes  qu'es  autres  régions,  j'en parleray  ej 
traittant  des  qualitez  de  la  terre  des  Indes- 
Maintenant  nous  nous  contenterons  de  ce  qq 
eft  dit  des  vents  &  de  l'air ,  &  pafl'crons  à  ce  qtj 
fe  prefente  du  fujet  de  l'eau. 


des  Indes.  Lime  III. 


U 


De  lOccean  qui  circuit  les  Indes  de  Umerdtt 
Nort^  ejr  celle  du  Sud. 

Chapitre    X. 
■Kj©  N  t  r  e  les  eaux  la  mer  Occeane  a  îa 
IRKfè  principauté,  par  laquelle  les  Indes  ont 
Ijjj^^^eiteclelcouutrtes,  qui  toutes  ionten- 
uironneesd'elie-meime:  car  ou  ce  font 
[fies  de  la  mer  Occeane,  ou  bien  terre  ferme, 
laquelle  mefme  en  quelque  endroit  qu'elle  ff- 
liffe,  &facheue,  eft  toufîours  bornée  de  cet 
Dccean.  fufques  au jourd'huy  Ton  n'a point  de£ 
:ouuert  au  nouueau  monde  aucune  mer  Medi- 
:erranee,  comme  il  y  en  a  en  Europe,  Afîe,  ôc 
Afrique ,  efquelles  il  entre  quelque  bras  de  ce- 
te  grande  mer ,  ôc  font  des  mers  diftin&es,  pre- 
lans  les  noms  des  Prouinces  &  terres  qu'elles 
'ont  baignant,  &prefque  toutes  les  mers  Me- 
literranees  fe  continuent ,  ôc  fe  joignent  entre 
ux  ôc  auec  le  mefme  O  ccean ,  par  le  deflroit  de 
îibaltar ,  que  les  anciens  nommèrent,  Colom- 
les  d'Hercules  ,  encores  que  la  mer  rouge  / 
:ftant  feparee  de  ces  autres  Mediterranees ,  en- 
te toute  feule  en  TOccean  Indique,  Ôc  la  mer 
-afpie  ne  fe  joint  auec  aucune  autre.  Donc 
lùx  Indes,  comme  j'ay  dit,  l'on  ne  trouue  point 
(l'autre  mer  que  cet  Occean,  lequel  ils  dîuifenr 
m  deux  j  l'vnqu  ils  appellent  mer  duNort,  & 
fautre  mer  duSud,pourceque  la  terre  des  In- 
les  Occidentales ,  qui  fut  premièrement  def- 
louuertepar  i'Occean,  qui  arriueiufques  à  l'Eu 
uagne,  eft  toute  fhueeauNort,  &pariceli-e 


r 


g$eri>ctot. 


Hifioire  naturelle 

terre  on  adefcouuertdepuisvnemerderautri 
cofté,  laquelle  ils  ont  appellee  mer  du  Sud,d'auj 
tant  qu'ils  dépendirent ,  iufqu'à  pafTer  la  ligne 
ôc  ayans  perdu  le  Nort,  ou  Pôle  Ar&ique,  qu'il! 
appellerent  Sud  ;  pour  cefte  caufe  l'on  a  appellj 
la  mer  du  Sud  tout  cet  Occean  qui  eft  de  Fautr j 
cofté  des  Indes  Occidentales,  encotes  quvnj 
grande  partie  d'icelle  foit  fituee  au  Nort ,  coml 
me  l'eft  toute  la  coiie  de  la  neuue  Efpagne,  Nua 
îagna,  Guatimala,  &  Panama.  L'on  dit  que  il 
premier  defcouureur  de  cefte  mer  futvnBlad 
conunes  deBalboa,  ôc  qu'il  la  defcouurit  pd 
l'endroict  que  nous  appelions  aujourd'huy  Tci 
re  ferme ,  où  la  terre  f'eftre-ffit ,  &  les  deux  mer 
T'approchent  de  Ci  près  l'vne  de  l'autre  ,  qu'il  n 
a  que  7.  lieues  de  diftance:  car  bien  quel  on  ej 
chemine  18.de  Nôbre  de  Dios à  Panama,  neanJ 
moins  c'eft  en  tournoyant,pour  chercher  la  ce] 
modité  du  chemin  :  mais  tirant  par  la  droicle  U 
ghe ,  vne  mer  ne  fe  trouuera  diftante  de  l'autrd 
de  plus  que  j'ay  dit.  Quelques-vns  ont  difeour 
&:  mistn  auât  de  rompre  le  chemin  de  7.  lieiiea 
#fîn  de  joindre  vne  mer  auec  l'autre,  pour  reii 
dre  le  paflage  du  Peru  plus  cômpde  &  plus  ayfd 
parce  que  ces  18.  lieues  de  terre  qu'ily  a  entn 
nombre  de  Dios  &  Panama,  emportent  plus  cU 
defpenfe  Ôcdetrauail,  que  deux  mil  trois  cenfl 
qu'il  y  a  de  mer.  Sur  quoy  toutefois  quelques 
vns  ont  voulu  dire  que  ceferoit  pour  noyer  i| 
terre ,  difans  qu'vne  mer  eft  plus  bafle  que  l'aq 
tre.  Comme  au  temps  pa(Té  l'on  trouue  parle 
hiftoires,  que  pour  la  mefme  confideration  l'o: 
delaifla  l'entreprife  de  vouloir  joindre  &  contii 


des  Jnâes .  Liure  III.         j>J 

itiuer  la  mer  rouge  auec  le  ml ,  du  temps  du  Roy 
iSefoftris  ,  ô^depuis  de  l'Empire  d'Gthomam 
Mais  de  ma  part ,  ie  tiens  tel  difcours  &  propo- 
sition pour  chofc  vaine ,  encore  que  cet  incon- 
vénient allégué  n'y  deuft:  point  efcheoir,  lequel 
Uufliie  ne  veux  pas  tenir  pour  certain,  &croy 
iju'il  n'y  a  puiifance  humaine  qui  fuft  fufEfante 
oour  rompre  &  abattre  ces  très- fortes  &  impé- 
nétrables montagnes  que  Dieu  a  mifes  entre  les 
(Jeux  mers ,  &  lésa  faites  déroches  très- dures,  à 
in  de  fouftenir  la  furie  des  deux  mers.  Et  quand 
|)ien  ce  feroit  chofe  poflîble  aux  hommes,  il  me 
ièmble  que  l'on  deuroit  craindre  le  chaftiment 
lu  ciel,  en  voulant  corriger  lesceuures  que  le 
Créateur  par  fa  grande  prouidence  a  ordonnées 
fcdifpofees  enlafabriquedecétvniuers.  Laif- 
ant  donc  ce  difcours  d'ouurir  la  terre,  &vnir 
es  deux  mers  enfemble,  il  y  en  a  vn  autre  moins 
!cmeraire,mais  bien  difficile  &  dangereux  de  re- 
chercher ,  fi  ces  deux  grands  abyfmes  fe  j oigne t 
|n  quelque  partie  du  monde,  qui  fut  l'entrepris 
fe  de  Fernâde  Magellan,  gentilhôme  Portugais, 
uquel  la  grande  hardiefïe  &  confiance  en  h  re- 
|herche  de  ce  fujet,  &  heureux  fuccez  qu'il  euft 
nletrouuant,  donna  le  nom  d'éternelle  me- 
aoire  àcedeftroit  que  iuftement  Ton  appelle 
unomdefon  defcouureur,  Magellan.  Duquel, 
leftroit  nous  traitterons  quelque  peu ,  comme 
l'vne  des  grandes  merueiiles  du  monde.  Qj^el- 
!ues-vns  ont  creu  que  ce  deftroit  que  Mageifan 
rouua  en  la  mer  du  Sud,  n'eftoit  point,  ou  qu'il 
leftoit  rerTerré,comme  nom  Alonfe  d'Ariîlla  cf. 
fit  en  fon  Auracane,  &  aujourd'huy  y  en  a  qui 


I 

Hifîoire  naturelle 

ditent  qu'il  n'y  a  point  de  tel  deftroit ,  mais  qn!j 
ce  font  des  Mes,  entre  la  mer  &  là  terre,  pourd! 
que  la  terre  terme  prend  fin  en  cet  endroit,  &  ai 
boutd'icelle  font  toutes  Ifles,  outre  lefquelie! 
vne  mer  fe  joint  plainement  auec  l'autre,  o] 
pour  mieux  dire,  eft  toute  vne  mefme  meij 
JVÎais  àlaverité  cedchofe  certaine  qu'il  y  a  v| 
deftroit,  ôc  de  L  terre  fort  longue,  ôc  fort  efteni 
due  d Vn  cofté  ôc  d'autre, bien  qu'on  n  ayt  encofl 
peu  cognoiftre  iufquesou  iepeut  eften'dre  celfe 
qui  eft  de  l'autre  cofté  du  deftroit  au  Sud.  Apre! 
Magellan  pafta  le  deftroit  vnnauire  de  l'Eue!) 
que  de  Plaifance ,  Dom  Guitieres  Caruajal ,  cfl 
laquelle  ils  difent  que  le  maft  eft  encores  à  LyJ 
ma,  à  l'entrée  du  Palais ,  l'on  alla  depuis  parlj 
colté  du  Sud  pour  defcouurir  ce  deftroit ,  parlj 
commandementdeDomGuarciadeMendocd 
qui  pour  lors  auoitle  gouuernement  de  ChilM 
Suiuant  quoy  le  Capitaine  Ladrillero  le  troud 
ôc  le  palîa  I'ay  leule  difcours  &  lanarratiô  qui 
en  a  faite,  où  il  dit  qu'il  ne  fe  hazarda  de  déferai 
barquer  le  deftroit^  mais  qu'ay  at  défia  recognej 
la  mer  du  N  ort ,  il  retourna  arrière  pour  rafprd 
té  du  temps,  &  que  l'hyuer  eftoit  défia  entré,  cj 
qui  cauloit  que  les  vagues  venans  du  Nort ,  ella 
eftoient  grottes  ôc  bondiffanteSj  ôc  les  mers  tcn| 
tes efeumantes  defurie.  De  noftre  temps  Fran 
çoisDrachAnglois,  apaiîece  mefme  d  eft  roil 
Depuis  luy ,  le  Capitaine  Sarmiento  le  paiïàpal 
le  cofté  du  Sud ,  ôc  tout  dernièrement ,  en  l'ai 
ijc?7.  d'autres  Anglois  l'ont  parte  par  l'infini) 
clïon  deDrach,  lefquels  de  prefent  rodentli 
code  du  Peru,  &  pource  que  le  rapport  qu'en  ! 


desfndes.  Liùre  Ht.  $g 

i  fait  le  maiftre  pilote  qui  le  pafTa,  me  femble  no« 
|  table,  ie  l'infereray  icy. 

Du  définit  de  Magellan ,  &  comme  on  le  paj/i 
du  cofiê  du.  Sud. 
Chapitre    XL 

N  Tan  de  noftre  falut  mil  cinq  cents 
foixante  &  dix-neuf,  ayant  François 
Drach  paffe  ledeftroit  de  Magellan* 
&  couru  la  cofte  de  Chillé,  &  de  touc 
lePerû,  &prins  lenauire  de  fain&Ieand'An- 
thona,  où  il  y  auoit  grande  quantité  de  barres 
d'argent,  le  Viceroy  Dom  François  deTollede, 
arma,  ôc  enuoya  deux  bons  nauires,  pour  re- 
cognoiftre  le  deftroit  ,  allant  pour  Capitaine 
d'icelles,  Pierre  Sarmiente,  homme  do&e  en 
Aftrologie.  Ils  fortirent  de  Callao  de  Lyma ,  au 
commencement  d'Ô&obre  ,  &  pource  qu  en 
cefte  cofte  il  court  vh  vent  contraire,qui  fouffîe 
toufîours  du  Sud  5  ils  f'aduancerent  beaucoup 
en  la  mer,  &  ayans  nauigé  vn  peu  plusde  trente 
iours,  auecvn  temps  fauorable,  fe  trouuerenc 
en  la  hauteur  du  deftroit.  Mais  d'autant  qu'il  eft 
fort  difficile  de  le  recognoiftre ,  ils  rapprochè- 
rent de  terre,  où  ils  entrèrent  en  vne  grande 
Anfe ,  en  laquelle  il  y  a  vn  Archipelague  d'iûzs. 
Sarmiento  f'obftinoic  que  là  eftoit  ledeftroit, 
&  tarda  plus  d'vn  mois  à  le  chercher  par  diuers 
endroits ,  montant  fur  de  très-hautes  monta- 
gnes en  terre.  Mais  voyant  qu'il  ne  letrouiioit 
point,  àlarequeftequeceux  del'àrmee  luy  fi- 
rent, retournèrent  en  fin  à  fortir  en  la  mer,  où  il 


Hiftoire  naturelle 

fift  largue.  Lemefmeiour  furuint  vn  téps  aïîez 
rude,  aucc  lequel  ils  coururent,  ôc  au  cômence- 
ment  de  la  nui<5fc  virent  le  feu  de  la  Capitaine, 
qui  auffi  toft  difparut  ^tellement  que  l'autre  na. 
uirene  la vidiaïnais depuis.  Le  îour  enfin  uantJ 
durant  toufiours  la  force  du  vent  qui  eltoit  tra- 
uerfain,  ceux  de  la  Capitaine  recogneurent  vnc 
cuuerture  que  faifoit  la  tei  re,  &  trouuerét  bon 
de  fy  retirer  à  l'abiy ,  iufqu  à  ce  que  la  tempefte 
fuft  appaifee.  Ce  qui  leur  fucceda  de  telk  façon, 
quay  ans  recogneu  l'ouuerture ,  ils  virent  qu'el- 
le alloit  de  plus  en  plus  entrant  dans  la  terre  ,  Ôi 
foupçonnans  quecefuft  le  deftroit  qu'ils  ^cher- 
choient,  prindrent hauteur  aufoleil,  oùilsfc 
trouncrent  en  ji.  degré  &  demy ,  qui  eft  la  pro- 
pre hauteur  du  deftroit;  &  pour  f'affeurer  dauâ^ 
rage,  mirent  le briguantin  hors,  lequel  ayant 
couru  plufieurs  lieues  dans  ce  bras  de  mer,  fana 
en  voir  la  fin,  recogneut  que  c'efloit  là  le  dé- 
croît. Et  pource  qu'ils  auoient  ordre  delepaf- 
fer,  ils  lailTerentvne  haute  croix  plantée  là,  & 
des  lettres  au  bas ,  afin  que  fi  l'autre  nauire  arri- 
uoit  là ,  elle  euft  nouuelles  de  la  Capitaine,  &  la 
fuiuift.  Us  payèrent  donc  ledeftroit  entemps 
fauorable,  &  fans  difficulté ,  Scfortisenlamer 
duNort,  arriuerenten  ie  ne  fçay  quelles  Ifles, 
où  ils  recueillirent  de  l'eau,  &  fe  rafraifehirent. 
Delà  prindrent  leur  route  au  Cap  de  vert ,  d'où 
le  pilote  majeur  retourna  au  Peru  par  la  voye  de 
Carthagene  &de  Panama,  &  apporta  au  Vict- 
roy  ledifeours  dudeftroit  &  de  tout  le  fuccez, 
dont  il  fut  recompéfé  félon  lebonferuice  qu'il, 
auoit  fait.  Mais  le  Capitaine  Pierre  Sarmiento, 

du  Cap, 


desîndes.  Liure  ÏIÎ.  $? 

jàu  Cap  de  vert  pafTa  en  Seuille  au  meime  nauire 
iqu'il  auoitpaflé  le  deftroit ,  &  fut  à  Ja  Court,  où 
h  Majeftc  le  recOmpenfa ,  &  à  Ton  inftance  fift 
jcommandement  de  drefïer  vue  grolTe^rmee, 
qu'il  enuoya  fous  la  conduite  de  Diego  Flore* 
jde  Valdez,  pour  peupler  &  fortifier  ce  deftroit* 
Toutefois  cefte  armée ,  après  diuers  fuccez ,  fift 
beaucoup  de  defpenfe  ôc  allez  peu  d'effet.  Reue- 
nant  donc  à  l'autre  nauire  Viçadmiralle ,  qui  al- 
(oit  en  la  corn  pagnie  de  la  Capitaine ,  l'ayât  per- 
due, auec  le  Temporal  que  j'ay  dit ,  elle  fe  mit  à 
prendre  la  mer  le  plus  qu'elle  peut  :  mais  cômç 
!e vent  cftoit  trauerfain  ôc  tempeftueux,  ils cui- 
lerent  certainemét  périr,  de  forte  qu'ils  fe  con- 
férèrent tous  >  fe  preparans  à  la  mort.  La  tem- 
jefte  leur  continua  trois  iours  fans  f'appaifer,  6V: 
t  chaque  heure  ilspenfoient  deuoir  donner  en 
:érre ,  mais  il  leur  aduint  bien  au  contraire  :  car 
h  0 alloient  plus  eiloignans  de  la  terre ,  iufqu'à 
à  fin  du  troifîefme'iour  qae  la  tempefte  f'appai- 
a ,  Ôc  lors  prenanshautcur ,  ils  fe  trouucrent  en 
6.  degrez  :  toutefois  voyans  qu'ils  n'auoient 
lonné  au  trauers,  Ôc  au  contraire  eftoient  efîoi- 
;nez  de  la  terre,  fe  trouuerët  tous  efmerueillez* 
)  où  ils  iugerent  (comme  Hernâde  Lamero  pi- 
ote  dudit  nauire  me  le  Conta)  que  la  terre  qui 
ft  de  l'autre  cofte  du  deftroit,  comme  nous  aU 
ons  par  la  mer  du  Sud  >  ne  couroit  pas  mefma 
umb  que  iufques  au  deftroit ,  mais  qu'elle  fe 
purnoit  vers  leLeuant:  car  autrement  c*eu(l 
ftéchofe  impoflible  qu'ils  n'eufîent  abordé  la 
erre ,  ayans  couru  tant  de  temps  pouffez  de  ce 
uuerfain:  gais  ils  ne  paflerent  point  plus  ©à* 


I 


J 

Hiftoire  naturelle 

tre,  Se  ne  virent  non  plus  fi  la  terre  f acheucrit  là 

(  corne  quetques-vns  vculenr  dire  )  que  c'eft  vnc 

Iflecme  la  terre  de  l'autre  codé  du  deftroit,  & 

que  là  les  deux  mers  deNort&Sudfe  joignent' 

enfembie,  ou  fi  elle  alloit  courant  vers  l'Eft,  juG 

qu'àfeioindre  aueclaterrede  Vifta,  qu'ils  apJ 

pellent,  qui  refpond  au  Cap  de  bonne  Efperanj 

ce,  comme  c'eft  l'opinion  d'autres.  La  vérité  ddi 

cecy  n'eft  encore  aujourd'huy  bien  cognciie ,  ôi 

ne  fe  trouue  aucun  qui  ay  t  couru  cefte  terre.  LA 

Viceroy  Dora  Martin  Henricque  me  dit  qu'il  tej 

noit  pour  inuention  del'Angiois,  le  bruit  quj 

auoit  couru,  de  ce  que  ce  deftroit  faifoit  ineon-j 

tinentvnelile,  &  fe  joignoient  les  deux  mern 

pource  qu'eftant  Viceroy  de  la  neuue  Efpagne| 

il  auoit  diligemment  examiné  le  pilote  Portuj 

gais  que  François  Drach  y  lailTa ,  &  neantmoin: 

ji'auoit  aucunement  entendu  telle  chofe  de  luy 

Mais  c'cftoitvnvray  deftroit  &  terre  ferme dtj 

deux  ceftez.  Retournant  donc  ladite  Viçadml 

ralle,  ilsrecogneurent  le  deftroit,  comme ledij 

Hcrnande  Lamero  me  raconta,  mais  par  vne  auj 

tre  bouche  ou  entrée  qui  eft  en  plus  de  hauteur' 

à  caufe  de  certaine  grande  Iile  qui  eft  à  l'embort 

cheure  du  deftroit  qu'ils  appellent  la  Cloche 

pourlaformequ'ellea;  &  comme  il  di (bit,  îil 

voulut  paffer:  mais  le  Capitaine  &  les  (oldatj 

ne  le  voulurent  point  contenir,  &  leur  fera 

bloit  que  le  temps  eftoit  jà  bienaduanec,  ff 

qu'ils  couroient  grand  danger;  parainfi  îisrd 

tournèrent  à  Ghilic  ,  ^  au  Peru,  fans  l'aud 

paffe* 


des  Indes >  Liure  Ht  pi 


Vu  définit  que  quelques  vns  afferment  ejln 
en  h  Floride* 

Chapitre    XIÎ. 

Ôvt  ainfî  que  Magellan  rrouuâ 
cedeftroitqui  eftau^ud,  il  y  en  a 
eu  d'autres  qai  ont  prétendu  de£ 
couurir  vn  autre  deftroit  qu'ils  di- 
fent  eftreauNort,  ôc  l'imaginent 
:n  la  Floride,  dont  la  cofte  court  de  telle  façon, 
taue  l'on  ne  fçait  la  fin.  L' Adelantade  Pierre  Me- 
.endez,  homme  fçauant  &  expérimenté  en  la 
lier,  afferme  que  c'eft  chofe  certaine  qu'il  y  a  là 
;h  deftroit ,  &  que  le  Roy  îuy  auoit  commandé 
le  le  defcouurir ,  en  quoy  faire  il  monftroit  vn 
res-grand  defir.  Il  raettoit  en  auant  ces  raifons 
lour  prouuer  fon  opinion,  ôc  difoit  que  Ton 
tuoitveu  en  la  mer  du  Non  des  reftes  de  naui- 
esfemblables  à  ceux  dont  vfoient  les  Chinois, 
:c  qui  euft  efté  impoflible  fil  n'y  euft  eu  paflage 
l'vne  mer  à  l'autre  ;  &  racontoitmefme  qu'en 
lertame  grade  baye  qui  eft  en  la  Floride,  laquel- 
e  entre  trois  cents  lieues  dans  la  terre ,  on  y  voie! 
les  baleines  en  certain  téps  de  l'année,  qui  vien- 
jient  de  l'autre  mer.  Apportant  outre  ce ,  quel- 
lues  autres  indices ,  concluoit  finalement  eue 
reftoit  chofe  côuenabic  à  la  fageffe  duCreateuç 
K  au  bel  ordre  de  la  nature ,  que  corne  il  y  auoit 
fommunication  &  partage  entre  les  deux  mers, 
«PoJe Antarctique,  il  yen  euft  auffi  toutds 

K  ii 


-  ffiftùire  naturelle 

rîiefme  au  Pôle  Ar&ique ,  qui  eft  le  principal  j 
Pôle.  Quelques-vns  veulent  direqueDrachaj! 
eu  cognoiffance  de  ce  deftroit ,  &  qu'il  a  donné; 
occaffon  de  le  iuger  ainfi ,  quand  il  paffa  le  long 
de  la  cofte  dclanéuueEfpagne,  par  la  mer  du i; 
Sud.  Mefme  on  a  opinion  que  d'autres  Angloish 
qui  cette  année  1587.  prindrétvnnauire  venant;, 
des  Philippines,  auec  grande  quantité  d**r,  & 
autres  richefTes  ,  ayent  aufïî  pafle  ce  dcftroitj 
Laquelle  prifeils  firent  joignant  les  CalliphorJ 
nés,  que  les  nauires  retour  nans  desPhilippine» 
ëc  de  la  Chine  en  la  neuue  Efpagne ,  ont  accouJ 
ftumé  de  recognoiftre.  L'on  Patfèure  que  com- 
me au jourd'huy  cfVgrande  la  hardieffe  des  ho  tn-l 
mes ,  &  le  defîr  de  trouuer  nouueaux  moyensl 
ty  f'àggrandir ,  tel ,  qu'auant  peu  d'années  Ton 
aura  defcouuert  ce  fecret.  Et  eft  certes  vne  cho- 
fe  digne  d'admiration,  que  comme  lesformis 
vont  toujours  fuiuant  le  chemin  &  la  trace  des! 
autres  \  aufïi  les  hommes  en  la  cognohTance  8â 
recherche  des  chofes  nouuelles,  ne  farreftend 
iamais  iufques  à  ce  qu'ils  ayent  atteint  le  but  dej 
fîré  pour  le  contentement  8c  gloire  des  homJj 
mes.  Et  la  haute  &  éternelle  fageffe  du  Crcateui 
fcTcrt  decefte  naturelle  curiofîté  des  hommesj 
pour  communiquer  la  lumière  de  fon  faindj 
Euangile,  aux  peuples  quitoufîours  viuent  cjj 
ténèbres  obfcures  de  leurs  erreurs.  Maisenfuj 
le  deftroit  du  pôle  Ar&ique,  f'il  y  en  a  n'a  poinj 
encores  efté  defcouuert  iufques  auiourd'huy 
Ceft  pourquoy  ce  ne  fera  point  chofe  hors  eu 
propos  de  dire  ce  que  nous  cognoiifonsdes  par 
ticularitez  du  deftrok  Antalgique  jà  defcou| 


des  Indes.  Liureîîl.  y? 

açrt  &  recogneu  par  le  rapport  de  ceux  qui 
l'ont  veu  &  remarqué  oculairement. 

Des  fropriete^dtt  deftroit  de  Magellan. 

Chapitre    XIII. 

E  deftroit,  comme  j'ay  âk,  eft  à  50, 
degrez  iuftesau  Sud ,  &  y  a  dVne 
mer  en  l'autre ,  1  efpace  de  quatre 
vingts  dix,  ou  cent  lieues.  Au  plus 
eftroit  il  eft  dVnelieue,  ou  quel- 
que peu  moins  >  auquellieu  ainfi  eftroit  ils  pre- 
tendoient  que  le  Roy  fift  baftir  vne  foiterelfe 
jpourdefrendre  lepaiïage.  Le  fond  en  quelques 
endroits  eft  fi  profond,  qu'on  ne  le  peut  fonder, 
&  en  d'autres  l'on  trouue  fonds  à  18.  voire  à  ij* 
jbraiïees.  De  cent  lieues  qu'il  contient  de  Ion- 
igueur  d'vne  mer  à  l'autre,  l'on  recognoift  claire- 
jmentque  les  vagues  de  la  mer  du  Sud  courent 
jiufques  à  30.  lieues ,  &  les  autres  70.  lieues  font 
occupées  des  ondes  &  des  flots  de  la  mer  du 
Nort.  Mais  il  y  a  celte  différence,  que  les  trente; 
lieues  du  cofté  du  Sud  courent  entre  des  roches 
&rnontagnes  très-hautes  ,  les  fommets  def- 
quelles  font  continuellement  couuerts  des  nei- 
ges; tellemét  qu'il  femble  (  à  caufe  de  leur  gran- 
de hauteur)  qu'elles  fe  joignent  les  vnes  auec  les 
autres ,  cerqui  rend  l'entrée  du  deftroit  du  cofté 
du  Sud ,  fi  difficile  à  recognoiftre.  En  ces  trente 
lieues  la  mer  y  eft  très- profonde,  fi  bien  qu'on 
n'y  peut  trouuer  fonds ,  toutefois  Ton  y  peut 
amarcr  les  nauires  en  terres ,  d'autant  que  le  ri- 

N  iij 

| ._ 


-i 


Hjtt 


Ujtotre  naturelle 

Uigc  yeftdroK  &  coupé:  mais  aux  autres  foi- 

xante  &  dix  lieiies  qui  viennent  de  la  met  du 

Nort,  Ton  ytrouuefonds,  &  y  a  d'vn  cofté  & 

d'autre  de  grandes  campagnes,  qu'ils  appellent 

Cauanas.  Plufîeurs  grandes  riuieres  d'vneeauj 

belle  &  clait e ,  entrent  dans  ce  deftroit,  &  y  a  es 

enuirons  d'iceluy  de  grandes  &  merueilleufes 

forefts  ,  où  Ton  trouue  quelques  arbres  d'vn 

bois  exquis  &  de  bonne  odeur,  lefqueh  font  iiu| 

cogneuz  par  deçà,dont  apportèrent  pour  mon«| 

ftre  ceux  qui  y  palîcrent  du  Peru.  Il  y  a  de  granJ 

des  prairies  auant  dedans  la  terre,  &y  aplu4 

fleurs  Ifles  qui  fe  font  au  milieu  du  deftroit.  Lest 

Indiens  qui  habitent  aucoftéduSud,  fontpe-j 

tits  &  mefehans  ;  ceux  qui  habitent  du  cofté  du! 

Mort  font  grands  &  vaillans,  ils  en  apportèrent, 

en  Efpagne  quelques  vns  qu'ils  prindrent .  Us  y 

trouuerent  des  morceaux  de  drap  bleu ,'  &  au-! 

très  enfeignes  ,   &  apparences  que  quelques! 

hommes  de  l'Europe  auoient  pafieparlà.  Les! 

Indiens  faliierent  les  noftres,  au  cqueslenomi 

de  I  e  s  vs.  Ils  font  bons  arcners,&  vont  veftusj 

de  peaux  debeftes  dechallè,  dont  il  y  en  a  là 

grande  abondance.  Les  eaux  du  deftroit  croif-j 

fenfr&  décroilîènt ,  comme  les  m.avees,  &  void-| 

on  à  l'œil  que  les  marées  d'vn  cofté  viennent  dd 

la  mer  du  Nort,  &  les  autres  de  la  mer  du  Sud 

Au  lieu  où  elles  fe  rencontrent ,  lequel  comme 

j'ay  dit ,  eft  à  trente  lieues  du  Sud ,  &  à  foixante 

Se  dix  du  Nort,  combien  qu'il  femblc  qu'il  deufl 

y  auoir  plus  de  danger  qu'en  tout  le  r  eft  e,  neanfc 

moins  quand  le  nauirt  du  Capitaine  Sarmien- 

?©,  dont  j'ay  parlé  cy  deflus,  lapaila,  ils  n'eurent 


1 


desjndes.  Dure  III.  100 

point  de  grande  tourmente,  au  contraire  ils  y 
trouuerent  beaucoup  m  oins  de  difficulté  qu'ils 
ne  penfoient,  parce  qu'alors  le  temps  eftoit  fort 
doux  &  gracieux,  &  dauantage,  les  vagues  de  la 
merduNort  y  venoientdefia  fort  rompues  ,  à 
caufe  du  grand  efpace  defo.xante  &  dix  lieues 
qu'ils  cheminent ,  &  les  flots  de  la  mer  du  Sud 
n'y  font  non  plus  furieux ,  à  caufe  de  la  profon- 
deur qui  eft  en  cet  endroit,  dedans  laquelle  pro- 
fondeur ces  mefmes  flots  fe  rompent ,  &  fe 
noyent.  Il  eft  bien  vray  qu'en  temps  d'hyuer  le 
deftroit  eft  innauigable  pour  les  tempeftes  ôc 
furies  des  mers  qui  y  font  alors.  Ceft  pourquoy 
quelques  nauires  qui  fe  font  ingérez  de  pafler  ce 
«deftroit  au  temps  d'hyuer,  fe  font  perdus.  Vn 
feul  nauirel'a  paflé  du  codé  du  Sud ,  qui  eft  la 
Capitaine  que  j'ay  ditte ,  &  ay  efté  bien  ample- 
ment informé  de  tout  ce  que  j'ay  dit ,  par  le  pi- 
lote d'iceluy ,  appelle  HernandeAlonfe,  &ay 
veu  la  vraye  description  &  cofte  du  deftroit 
qu'ils  firent  &  tracèrent  en  le  partant,  de  la- 
quelle  ils  apportèrent  la  copie  au  Roy  d'Efpa- 
gne ,  &  l'original  à  leur  Viceroy  au  Peru. 

Du  flux  ér  reflux  de  la  mer  Occeant  es  Indes. 

Chapitre   XIV. 

N  des  plus  admirables  fecrets  de  natu- 
re eft  le  flux  &  le  reflux  de  la  mer ,  no'n 
pas  feulement  pour  cefte  eftrange  pro- 
priété de  croiftre  Se  décroiftre,  mais 
encores  beaucoup  dauantage  3  pour  la  dirTe- 

N  iiij 


Hiftoire  naturelle 
rcnce  qu'il  y  a  en  cela  en  diuerfes  mers ,  voiîe 
en,  diuerfes  coftes  d'vne  mefmemer.  Il  y  a  des 
mers  qui  n'ont  ny  flux,  ny  reflux  iournel,  com-i 
me  l'on  void  en  la  Méditerranée  intérieure  qui; 
eft  en  la  mer  Thyrrene,  &  toutefois  il  y  a  flux  & 
reflux  par  chacun  iour  en  la  mer  Me&iterra-I 
née  fuperieure,  qui  eft  celle  de  Venile^  qui  don- 
ne occafïon  à  bon  droit  de  f'en  efmerueiller  en 
ce  que  toutes  ces  deux  mers  eftans  Mediterra- 
nées,  &  celle  deVenife  non  plus  grande  que 
l'autre,  il  eft -ce  qu'elle  a  du  flux  &  reflux  com- 
melOccean,  &  cefte  autre  mer  d'Italie  n'en  a 
point.  Il  fe  trouue  quelques  mers  Mediterra- 
nees  qui  manifeftement  croiflent,  &  diminuent 
chaque  mois,  &  d'autres  qui  ne  croisent,  ny 
au  iour,  ny  au  mois.  Il  y  a  d'autres  mers  comme 
l'Occeand'Efpagne,  quj  ont  le  flux  &  reflux  de 
chaque  iour  ;  &  outre  ceft uy-là ,  ils  ont  auflî  ce- 
luy  de  chaque  mois ,  qui  vient  deux  fois ,  à  f  ça- 
uoir  à  l'entrée ,  ôc  au  plein  de  la  lune,  &  l'appel- 
lent grande  mer.  Or  de  dire  qu'il  y  ayt  quelque 
mer  qui  aye  le  flux  &  reflux  de  chaque  iour ,  & 
n'aye  celuy  du  mois ,  ie  n'en  fçache  point.  Ceft 
chofe  efmerueillable ,  que  la  diuerfîte  que  l'on 
void  es  Indes  fur  ce  fubjecV.  car  il  y  a  des  en- 
droits où  la  mer  chaque  iour  monte  &  dimi- 
nue deux  lieues  ,  comme  Ton  void  en  Panama, 
Se  au  haut  de  l'eau  elle  monte  beaucoup  da- 
vantage ;  il  y  en  a  d'autres  où  elle  monte  Ôc  f'ab- 
bailTe  fi  peu ,  qu'à  peine  en  cognoift-on  la  dirre- 
rence.  C'eft  l'ordinaire  de  lamerOcceane  d'a- 
uoir  fon  flux  &  reflux  iournel,  &  ce  reflux  iour* 
ngl  eft  deux  fois  au  iour  naturel,  &  f'aduaa- 


des  Inde r.  Liure.lll.         loi 

ce  toujours  de  trois  quarts  d'heure  en  vniour 
pluftoft  qu'en  fautre,(uiuant  le  mouuement  de 
la  Lune.  Par  ainfi  la  marée  neft  iamais  en  vne 
mefme  heure  d'vniour  qu'elle  eft  en  celle  de 
l'autre.  Quelques-vns  ont  voulu  dire  que  ce 
flux  &  reflux  procedoitdu  mouuement  local 
de  i'eaiie  de  la  mer,  de  forte  que  l'eauë  qui  vient 
croiiTantenvncofté  ,  va  décroisant  en  l'autre 
qui  iuyefl:  contraire,  tellement  qu'il  s ft  plaine 
mer  en  vn  endroit ,  lors  que  la  mer  eu  baife  en 
la  partie  oppoiîte,  tout  ainûque  Ton  voiden 
vne  chaudière  pleine  d'eaue  que  l'on  remue, 
quand ellepanche  d'vn  codé ,  l'eauë  augmente, 
êc  à  l'autre  cofto  elle  diminue.  Il  y  en  a  d'autres 
qui  afferment  que  la  mer  en  vn  mefme  temps 
croift  en  tous  endroids,  6c  en  vn  mefme  temps 
elle  y  diminue ,  tout  ainfi  que  le  bouillon  d'vn 
pot,fortant  du  centre^'eftend  à  tous  endroi&s, 
ôc  quadil  ce(Te,il  diminue  aufîl  déroutes  parts, 
Ceftc  féconde  opinion  eft  vraye,  &  la  peut- on 
tenir,felonmoniugement,  ceitaine&  expéri- 
mentée, non  pas  tant  pour  les  raifons  que  les 
Philofophes  en  donnent  en  leurs  Météores 
que  pour  l'expérience  certaine  que  1  on  en  a  peu 
faire.Car  pour  me  fatisfaire  de  ce  point  &  que- 
ftion,ie  demanday  fort  particujierement  au  fuf- 
dit  pilote  ,  comment  eftoient  les  marées  qu'il 
trouua  au  deftroit,  &  s'il  eftoit  ainfî  que  les  ma- 
rées de  la  mer  du  Suddefcroiflbient  au  temps, 
que  celles  de  la  mer  du  Nort  montoient.  Et  au 
contraire,pourqucy  cefte  demande  eftant  veri- 
table^laduenoitquelecroiftre  de  la  mer  en  vn 
çndroit,cftoit  dclcroiftre  en  l'autre,  qui  eft  ce 


Hifloire  naturelle 

que  la  première  opinion  afferme ,  il  me  refpon^ 
dit  qu'il  n'en  eftoif  pas  ainfi  ,  mais  que  Ton 
voyoit  &  recognoifïbit  appertemét  que  les  ma* 
réesdelamcrduNort  ,  &  celles  de  la  mer  du 
Sud  ,  croifïbient  en  mefmciemps,  tant  que  les 
vagues  d'vne  mer  fe  rencontroient  auec  celles 
de  l'autre,  &  qu'en  vn  méfme  temps  aufîî  elles! 
commençaient  à  deferoiftre  chacune  en  fa  merj 
difant  que  le  monter  &  defeendre  eftoit  chofe 
qu'ils  voyoient  chaque  iour,  &  que  le  coup& 
le  rencontre  dVn  flux  à  l'autre  fe  faifoit(comme 
i'ay  dit  )  aux  foixante  &  dix  lieues  de  la  mer  du 
Nort,&  aux  trente  de  lamer  du  Sud  ;  d'où  l'on 
peut  recueillir  manifeftement  que  le  flux  &  re- 
flux de  l'Occean  n'eft  pur  mouuement  local, 
mais  pluftoftvne  altération  &  ferueur,  par  la- 
quelle rcallement  toutes  les  eailes  montent  & 
croiffent  tout  en  vn  mefme  temps ,  &  en  autre 
elles  s'abbaiffent  &  diminuent  ,  ainfi  que  le 
bouillon  du  pot,dont  i'ay  parlé  cy  defTus.  Il  fe- 
rait impofîi  ble  de  comprendre  ce  point  par  ex- 
périence ,  fi  cen'eftoit  en  ce  deftroit  où  fe  ioint 
tout  l'OcceandVne  part  &  d'autre ,  car  il  n'y  a] 
que  les  Anges  qui  le  peufTent  voir,  &  recognoi 
lire  par  les  coftes  oppefites ,  d'autant  que  les 
hommes  n'ont  point  la  veue  aflez  loingtaine, 
ny  le  pied  affez  vifte  &  léger  qu'il  (èroit  debc^ 
foing,  pour  porter  les  yeux  d'vncoftc  à  l'autre 
en  fi  peu  de  temps,  quvne  marée  donne  de  loi- 
fir,qui  font  feulement  fix  heures. 


des  Indes]  Liure.  III.         io* 


VcdiHcrs coiffons  ,& de la  manière  de çefcher 
des  Indiens. 
Chapitrb    X  V* 
L  y  a  en  l'Occean  des  Indes  vne  inno- 
brable  multitude  de  poiilbns,  lesef- 
peces  &  proprietez  desquels,  le  feul 
Créateur  peut  declater.ïl  y  en  a  plu- 
fieuisquifontdemefme  genre  ,  que  ceux  que 
voyons  en  la  mçt  de  l'Europe.comme  font  fain- 
tes  &  allofes ,  qui  montent  de  la  mer  aux  riuie- 
res,dorades,fardines,  &plufieurs  autres    II  y 
en  a  d'autres  ,  dont  ie  ne  penfe  point  enaupir 
veu  par-deçà  de  femblables,  comme  ceux  qu'ils 
appellent  Cabrillas,  qui  refTemblent  de  quel- 
que chofelestruittes,&  les  appellent  en  la  neu- 
ueEfpagnc,  bobos,  &  montent  delà  mer  aux 
riuieres.  le  nay  point  veu  par  delà  debefugues, 
ny  de  truittes^ncor  qu'ils  difent  qu'on  en  trou- 
ue  en  Chillc.  De  Tonine  il  y  en  a  en  quelques 
endroits  de  la  cofte  du  Peru,  mais  c'eft  fortra* 
rement ,  &  font  d'opinion  qu'à  certain  temps 
ils  vont  frayer  au  deftroit  de  Magellan ,  comme 
ils  font  en  Efpagne ,  au  deftroit  de  Gibaltar. 
Et  pour  cette  occafîon  l'on  en  trouuedauan- 
tage  en  la  cofte  de  Chillc,  combien  que  celle 
quei'ay  veuë  par  delà,n  eft  telle  que  celles  d'Ef- 
pagne.  Aux  Ifîes  qu'ifc  appellent  de  Barlouen- 
te,qui  font  Cube  ,  fain&  DominiquCjPort-ri- 
che  ôdamaiquej'on  trouue  vn  poifsô  qu'ils  ap- 
pellét  Manat^eftiageefpecedepoiflbn,  fïpoif- 
fonlon  doitappelkr,  vn  animal  qui  engendre 


■ 


l/ifloire  naturelle 

fes  petits  vitiants,&a  des  mammelles  &du  laid* 
dont  il  les  nourrift,paifTant  l'herbe  aux  champs, 
mais  en  effe&ii  habite  ordinairemét  en  l'eau, 
&pour  cefte  occafion  ils  le  mangent  comme 
ponTon toutefois  lors  que  l'en  mangeay,qui  fut 
à  S.  Dominique,vn  iour  de  Vendredy  ,  i'auois 
quelque  fcrupule,non  point  tant  p®urce  qui  eft 
ait  ,  comme  parce  qu'en  couleur  &  faueuril 
cftoit  fembîable  à  des  morceaux  de  veau,&  auffi 
eft-il  grand,  &  delà  façon d'vne- vache  parla 
partie  de  derrière. Des  Tiburons,  &  de  leur  in- 
incroyable voracité ,  ie  m'en  efmerueillayauec 
raifon ,  lors  que ie  veids  que  d'vn  qu'ils  auoient 
prins,(au  port  que  i'ay  dit  )  luy  tirèrent  du  petit 
ventre  vn  grand  coufteau  de  boucher ,  vn  granà 
haim  de  fer,&vn  morceau  de  la  tefte  d'vneva- 
che,auec  fa  corne  entière ,  encor  ne  fçay  fi  toiw 
tes  deux  yeftoient  point.  le  veids  envneanfe 
que  fait  la  mcr,où  l'on  auoit  pendu  envn  pieu, 
pour  pafîetemps,vn  quartier  de  cheual,qu*en  vn 
moment  vne  compagnie  de  Tiburons  vindrent 
à  i  odeur3où  à  fin  d'auoir  plus  de  plaifir,  la  chair 
ducheualne  touchoit  pas  en  l'eau,  maisefloit 
«fleuee  en  l'air  ie  ne  fçay  combien  de  palmes, 
&  cefte  bande  de  poisons  eftoient  à  lentour, 
qui  fautoient ,  &  d Vne  atteinte  en  l'air  coup- 
poient  chair  &  osd'vnceftrange  viftelTe ,  telle- 
ment qu'ils  decoupoiét  Je  mefme  iaret  du  rouf- 
£n,comme  fi  c  euft  efté  vn  troc  de  lai&uc,  d  au* 
tant  qu'ils  ont  les  dets  trichantes  corne  rafoirs. 
Il  y  a  des  petits  poiflbns  qu'ils  appellent  ram- 
bos,qui  s'attachent  à  ces  Tiburons,  &  lefquels 
iisnepeuuent  chaflcrA  fe  nourrirent  de  ce  qui 


~ 


des  Indes.  Dure.    ÎIÎ.         105 

jefchappe  parles  coftez  à  ces  Tiburons  :  iiyâ 
(d'autres  petits  poiffons,  qu'ils  appellent^poif- 
fons  volans ,  iefquels  Ton  trouue  dans  les  Tro- 
|piques,&  ne  pente  point  qu'il  y  en  ayt  ailleurs: 
ils  font  pourfuiuis  par  les  Dorades,  &  pour  s'ef- 
Ichapper  d'icelles,fautent  de  la  met36c  vont  allez 
^loing  en  l'air,  &pour  cefte  caufe  les  appellent 
poilîbns  volans.  Ils  ont  des  ailles  comme  de 
toille,ou  parchemin,qui  les  fouftiennent  quel- 
que temps  en  l'air.  Au  nauire  où  i'allois,  en 
vola  ou  fauta  vn  queieveids,  &remarquayîa 
façon  queie  dy  des  aides.  Il  eft  fouuent  faitmé- 
tion  es  hiftoires  des  Indes ,  des  lézards ,  ou  cay- 
mans,qu  ils  appellent ,  &c  font  de  vray  ceux  que 
Pline,&  les  anciens  appellent  crocodiles  :  on  les 
trouue  es  codes  &  riuieres  chaudes;  car  aux  co- 
ites &  riuier  es  froides  ,  il  ne  s'en  trouue  poinr, 
C'eftpourquoy  il  n'y  en  a  point  en  toute  la  co- 
fte  du  Peru,  iufques  à  Pay ra,  mais  de  là  en  au ant 
l'on  en  trouue  ordinairement  es  riuieres.  C'elfc 
Vn  animal  tres-fier  &  cruel ,  combien  qu'il  foit 
fort  lent  &  pelant.  Il  fait  fa  chalTe ,  &  va  cher- 
cher fa  proy  e  hors  de  Peau ,  8c  ce  qu'il  y  prend 
vif,le  va  noyer  en  l'eau ,  toutesfois  il  ne  le  man- 
ge point  que  hors  de  l'eau  ,  d'autant  qu'il  a  le 
gohèr  de  telle  façon,  que  s'il  y  entroit  de  l'eau, 
il  fe  noyeroit  facilement.  Ceft  vnechofe  ef- 
merueillable,que  le  combat  d'vn  caymant  auec 
le  tygre,dont  il  y  en  a  de  très-  cruels  aux  Indes, 
Yn  Religieux  desnoilres  me  raconta  qu'il  auok 
wu  ces  belles  combatre  cruellement  Tvne  con- 
tre l'autre  au  riuage  de  la  mer.  Le  caymant, 
«ucc  fa  queus  donjioit  de  fore  grands  coups  an 


; 


J/iftoire  naturelle 
tygre  ]  &  tafchoit  par  fa  grande  force  de  lenv ! 
porter  en  l'eau  ,  &  le  tygre  auecfes  griffes  re*| 
fîftôit  au  caymant,l'attirant  à  terre.  En  fin  le  xyJ, 
gre  vainquic,&  ouurit  le  lézard  ,  ce  deuft  eftrc! 
par  le  ventre  qu'il  a  fort  tendre,  &  fort  délicat*  j 
car  en  autre  partie  il  eft  11  dur ,  qu'il  n'y  a  lance,  | 
voire  à  peine  arquebufe  qui  le  puiife  percer.  La! 
vi&oire  qu'eut  vn  Indien  d'vn  autre  eaymanr, 
fut  encor  plus  excellente ,  le  caytttant  luy  auoit 
emporte  vn  lien  petit  fils  ,  &  quant  &  quant  | 
s'eftoit  plongé  en  la  mer,  dont  l'Indien  cîmeu 
6c  courroucé,  feietta  incontinent  après  ,  aucc 
vncoufteauenlamain  ,  &  comme  ils  font  ex- 1 
cellens  nageurs  &  pion  peurs,  6c  que  le  cay  mant  j 
mge  toujours  à  fleur  d  eau,  il  le  bletfa  au  ven- | 
tre  de  telle  façon,  que  le  caymat  fe  fentant  bief-  i 
fé,fortit  hors  au  riuage,&  lafcha  le  petit  enfant 
ià  mort.  Encor  plus  efmerueillable  eft  le  corn* 
bat  que  les  Indiens  ont  aucc  les  balâines  ,  en* 
quoy  patoift  la  grandeur  &  magnificence  du 
Createur,de  donner  à  vne  nation  fi  balTe ,  com- 
me font  les  Indiens  ,  l'induftrie  &  la  hardiefle 
d'attaquer  la  plus  fi  ère  &  plus  difforme  bette 
qui  foit  en  Tvniuers ,  &  non  feulement  de  la  cô* 
battre,mais  aufîl  de  la  vaincre  ,  &  d'en  triom* 
pherfi  gaillardement.  Gonfideranf  cela,  ie  me 
fuis  fouuenuplufïeurs- fois  du  paflage  du  Pfal* 
jmifte,qui  dit  de  la  balaine:  Draco  tfte ,  eptm  formé* 
fiiAdtlludendumei  Quelle  plus  grande  moquerie 

Î>eut-il  eftre,que  ce  qu  vn  Indien  meine  vne  ba- 
eine  aufli  grande  qu'vne  montagne  ,  vaincue 
&  attachée  auec  vne  corde?  La  façon  6c  maniè- 
re dont  y fent  les  Indiens  de  la  Floride  ,  (fclon 


des  Indes.  Liure.  III.         104 

j«jue  m'ont  raconté  prfonnes  expertes)  pouî 
prendre  ces  balaines,defquelles  y  a  grande  qua- 
iirc,e{t  qu'ils fe  mettent  en  vue  canoë,  ou  bar- 
ique,quicft  comme  vneefcorfe  ,  &  en  nageant 
s'approchent  du  codé  de  la  balaine ,  puis  d\nc 
({grande  dextérité  ils  luy  fautent  &  montent  fufe 
le  col, &  là  le  tient  commeàchcual,  en  atten- 
jdant  Ton  point}  puis  à  fa  commodité  met  vn  ba* 
;jfton  aigu  &  fort,  qu'il  porte  auec  foy  dans  la 
rifeneftrede  la  narine  de  la  balaine  ,  Rappelle  na- 
jrine,le  conduit ,  ou  pertuis  par  où  refpirent  les 
ibalaines. Incontinent  le  pouffe  auant  auec  vn 
lautrebafton  bien  fort  ,  &le  fait  entrer  le  plus 
(profondément  qu'il  peut.  Cependant  la  balai- 
jne  bat  furieufement  la  mer ,  &  cileue  des  mon- 
tagnes d'eau  ,  s  enfonçant  dedans  dVne  gran- 
de violence,  pu  s  reffort  incontinent ,  ne  fça- 
Ichant  que  faire  de  rage  ,  l'Indien  neantmoins 
I demeure  toujours  ferme  &  alïïs  ,  &  pour  luy 
S  payer  l'amende  de  ce  mal,luy  fiche  encor  vn  au- 
jtrepieufemblable  en  l'autre  narine  ,  le  faifanfc 
I  entrer  de  telle  façon  qu'il  l'eftouppe  du  rout,&: 
jluy  oftclarefpiration,  &  alors  il  fe  rem  et  en  fa 

i1  canoë ,  qu'il  tient  attachée  au  côfté  de  la  balai- 
ne, auec  vne  corde,puis  fe  retire  vers  terre,  ayâc 
premièrement  attaché  fa  corde  à  la  balaine ,  la- 
quelle il  va  filant ,  &  lafehant  fur  la  balaine ,  qui 
jeependât qu'elle trouue-beaucoup  d'eau,  faul- 
te  d'vn  codé  &d'autre,comme  troublée  de  dou- 
leur^ en  fin  s'approche  de  terre  ,  où  elle  de- 
meure incontinent  à  fec ,  pour  la  grande  enor- 
mité  de  fon  corps  ,  fajis  qu  elle  puiiïe  plus  fe 
!  juouuoir  9  ny  fe  raanier ,  &  lors  grand  nombre 


Hifioire  naturelle 

d'Indiens  viennent  trouuer  le  vainqueur ,  polir 
cueillir  Tes  defpouilles,ils  acheuent  de  la  tuer,  W 
decouppant,8tfaifant  des  morceaux  de  fa  chair, 
qui  eft  allez  mauuaife,  lefquels ils  f  eehent  &  pi- 
lent pour  en  faire  de  la  poudre  ,  dont  ils  vfent 
pour  viande,  qui  leur  dure  long  temps.  Enquoy 
eftaccôplycequieft  dit  en  vn  autre  Pialmc  de 
la  mefrn e  baleine:  Dedtiii  eum  efcapopulù  jEthiofi* 
L'Adelentade  Pierre  Médés,  racôtoit  plufieurs 
fois  cefte  pefcherie,de  laquelle  mefme  fait  men- 
tion Modardes  en  fon  liure.il  y  a  vue  autre  pef- 
chérie  ,  dont  vfent  ordinairement  les  Indien» 
en  la  mer ,  laquelle,  quoy  qu'elle  foit  moindre* 
ne  laifîe  d'eftre  digne  de  raconter.  Ils  font  com- 
medes  fagots  deiong  ,  ouVarigfec,  bien  liez* 
qu'ils  appellent  Balfas,&  les  ayants  portez  fut 
leurs  efpaulcs  iufques  à  la  mer ,  les  y  iettent ,  &• 
incontinent  ils  fe  mettent  deflus  ,  &  ainfiafliS| 
entrent  bienauaht  en  lamer,vogans  aueede 
petites  cannes  dvn  codé  &  d'autre  ,  ils  vont 
vne&deux  lieues  en  haute  mer  potfr  pefcher, 
portants  fur  ces  fagots  leurs  cordes  &  leurs  rets, 
Se  fe  fouftenants  fur  iceux ,  ils'iettent  leurs  rets, 
&fontlàpefchants  la  plus  grande  partie  de  la 
tiuid.ou  du  iour,  iufques  à  ce  qu'ils  ay  et  emply 
leur  mefure  ,  auec  laquelle  ils  retournent  fort 
contens.  Certes  ce  m'eftoitvne  grande  récréa- 
tion, de  les  Voir  aller  pefcher  au  Callao  de  Ly- 
ma,pource  qu'ils  eftoient  grand  nornbre,&  ain* 
fi  chacun  cheualier,où  aflis,couppant  les  onde* 
de  la  mer,à  qui  mieux  mieux  ,  lefquelles  à  l'en- 
droit où  ils  pefchent,font  grandes*  &  furieu* 
fa,  reffembloicnt.lçs  Tritons,  ou  Neptune^ 


desjndes.  Liure  ///.  JOj 

qu'on  peint  defîus  l'eaùe,&  eftas  arriuez  en  ter- 
re  tirent  leur  barque  del'eauefurleur  dos    la- 
quelle auffitoft  ils  deffont  &eftédent  fur  le  ri, 
iage  à  fin  que  les  herbes  fe  fechét  &  efgoutent 
(1  y  auoit  d'autres  Indiens  des  vallées  de  Yca* 
luiauoientdecouftume  d'aller  pefcher  fur  des 
:uirs  ou  peaux  de  loups  marins,  en  fiez  &  pleins 
lèvent,  ôc  de  fois  à  autre  les  fouffloient  cômfe 
■dotes  de  yent,  depeur  quelles  ne  s'enfonfaf, 
ent.  Au  val  de  Canete^qu'anciennement  ils  ap- 
>elloient  le  Guarco,  il  y  auoit  grand  nombre 
lepelcheurs  Indiens,  mais  pource  qu'ils  refi- 
rent à  l'Ingua  ,  quand  il  fut-  conqueftet  celte 
pe,  il  feignit  faire  paix  auec  eux:  c'eft  pour- 
.uoy  à  fin  de  luy  faire  fefte ,  ils  ordonnent  vne 
iclcne  folemne/le  de  plufieurs  milliers  d'In- 
icns,  quien  leurs vaifîeaux de ionc,  entrèrent 
i  la  mer,  &  auretour  de  Hngua,  qui  auoit  ap* 
|areille  quelques  foldats  couuerts  ;  fit  d'eux  Vn 
■uel  carnage ,  &  de  là  demeura  cefte  terre  tant 
peuplée,  combien  qu'elle  foit  ©  abondante 
:  rertiie   le  vis  vne  autre  façon  de  pefcher  ou 
,e  mena  Je  Viceroy  Dom  François  de  Toile- 
"toutesfoiscen'eitoitpofntenla  mer,  mais 
i  vne  nuiere  qu'ils  appellent  Grade,en  la  pro- 
nce  des  Charcas,où  des  Indiens  Chiraquanàs 
plongeaient  enl'eaùc,  ôc  nageans  auec  vne 
>nurablc  viiteiTe  fuiuoient  ks  poiiTôn$,&:  âuec 
s  dards  ou  harpôs  qu'ils  portoient  en  la  main 
oite,  nageans  feulement  auec  la  gauche,  blef- 
lient  lepoiflbn,  ôc  ainfi  navré  le  tiroient  en 
jut  :  reifemblansen  cela  eftre  plus  poiffons 
il  hommes  de  terre.  Mais  ores  que  nous  fom 

O 


Hiftoire  naturelle 
ines  forties  de  la  mer,venons  à  ces  autres  forte* 
d'eauës  qui  reftent  à  dire. 

~~Ves  lacs  ér  des  epangs  que  ionmnut 
es  Indes. 
Chapitre    XVI. 

Y  lieu  de  ce  que  la  mer  Méditer! 

ranee  eft  au  vieil  monde ,  le  Créai 

teur  a  pourueu  ce  nouueau  d 

plufieurs  iacs,dôtyenaquelqud 

w  vnsû  grands  que  Ton  peutprcj 

prement  appeller  mers:veu  que  l'Efcriture  ad 

pelle  ainfi  celuy  de  Palcftine.qui  n'eft  pas  fi  gtaj 

que  quelques  vns  de  ceux-cy.  Le  plus  renom 

me  eft  celuy  de  Titicaca,  quieftauPeru  cn^ 

Prouince  de  Coilao,  lequel ,  comme  i'ay  ditaj 

liure  precedent,contient  prefque  quatre  vingj 

liciies  de  tour,  &  y  entrent  dix  ou  douze  gran<| 

fleuues.il  y  a  quelques  tempsque  Ion  cornent 

à  le  nauiger  auec  des  barques  Se  des  nauires,& 

procédèrent  fi  mal ,  que  le  premier  nauire  qd 

entra  s  oùurit  dvnetempefte  quisefleua  en 

lac.  L'eau  n'eft  pas  totalement  amerenyfall 

comme  celle  de  la  mer ,  mais  elle  eft  fi  efpaU 

qu'on  ne  le  peut  boire.  Deux  efpeces  depo 

fons  s'engendrent  en  ce  lac  en  fort  grade  aboi 

dance,  lVndefqueis  ils  appellent  Suches,  à 

eft  grand  &  favoureux,  mais  flegmatique  I 

mal (ain:&  l'autre  Bogas,qui eft  plus  fain,co4 

bien  quilfoit  petite  fort  efpineux.Il  y  a  tri 

grand  nombre  de  canards  fauuages  &  de  et 

ssreulles.  Quand  le*  Indiens  veulent  fcirçi 


des  Indes.  LiuresîIL  jo§ 

fteou  dônerdu  pafTetemps  à  quelque  perfb no- 
uage quipaÇeJe  long des  deux  nuages,  qu'ils 
appellent  Chucuyto  Se  Ûmafuyo,  ils  affènv* 
bknt  vne  grand  quantité  de  Canoës,  &  vont 
Éuïànt  vn  rond  pourïuiuans  &  enferrans  ks  ca- 
nards iufques  à  en  prendre  auée  les  mains  tanc 
qu'ils  veulent,  ôc  appellent  çe&e  façon  de  pefl 
cher*  Chaco.  En  l'vn  &  en l'autre  ritiage  de  ce 
lac  font  les  meilleures  habitations  du  Peru.  De 
(on  yfïuë  il  naift  &  procède  vn  autre  îacplus 
Petit,  encore  qu'il  ibit  bien  grand,  qu'ils  appel- 
lent  Paria,  auriuage  duquel  y  a  grand  nombre 
de  beftial ,  fpecialement  de  porcs,qui  s'ehgraif- 
lent extrêmement  des  herbiers  qui  croisent  erk 
ces  nuages.  Il  y  a  beaucoup  d  autres  hes  aux 
lieux  hauts  de  la  montagne  d'où  naifTent  des 
^riuieres  &  des  ruifïèaux ,  qui  viennent  de  là  eii 
à'uànt  à  eftre  fort  grands  fleuues.  Au  chemin 
|d'ArequippaàCollao,ilya  au  haut  deux  beaux 
ilacs  d'vn  cofté  &  d'autre  du  chemin  :  de  iVri 
fort  vn  ruilîèâu,  qui  depuis  deuiènt  fieuue,  &  fë 
jperdàla  mer  du  Sud.  De  l'autre  ils  dtfent  que 
la  fameuferiuiere  d'Àporima  prend  Ton  origi- 
ne, de  laquelle  l'ont  dit  que  là  renommée  riuié- 
re des  Amazones^utremét  ditte  de  Maragnoh/ 
Jprocede  auec  fa  grande  quantité  &  aiïembJeë 
jd'eaucs  qui  fe  ioigneht  en  ces  montagnes .  C'ett 
^Vne  chofe  que  l'on  peut  Fouuéntesrois  deman- 
ider,  d'où  viét  qu  il  y  a  tant  de  lacs  au  haut  de  ces 
Ittiontagnes  ,  efquels  il  n'entre  aucune,  nuierë, 
^toais  au  contraire  plufieùrs  grands  ruilfeaux  erl 
portent,  &  fi  n'apperçoit-on  point  que  ces  lacs 
diminuent  prefque  en  aucune  faiibn  de  lW 


r 


ïfiftoire  naturelle 
née.  t>e  penfer  que  ces  lacs  s'engendrent  des 
neiges  fondues  ou  des  pluy  es  du  Gel,  celane  i 
fatisfait  point  du  tout ,  car  il  y  en  a  plusieurs  de  , 
ceux-là  qui  n'ont  celle  abondance  de  neiges 
ny  tant  de  pluyes,&  fi  l'on  ne  s'apperçon  point  ; 
qu'ils  dirainuent.Ce  qui  fait  croire  que  ce  font  j 
fources  qui  y  naiffent  &  fourdenr  naturelle- 
ment,  bien  qu'il  ne  (oit  pas  mal  à  propos  de 
croire  que  les  neiges  &'les  pluy  es  y  peuuent 
aider  en  quelques  faifons.Ces  lacs  font  fi  com- 
muns aux  plus  hauts  Commets  des  montagnes, 
qu'à  peine  y  a-il  riuiere  fameufe  qui  ne  tire  fon 
origine  de  quelqu'vn  d'iccux.  Leur  eaue  eft  fore 
nette  &  claire,  &  fi  engendre  peu  déposons, 
cncor  fi  peu  qu'il  y  en  a,  eft  fort  menu  à  cau- 
fe  du  froid  qui  y  eft  continuellement  :  corn- 
bien  qu'il  y  ait  toutesfois  quelques  vns  de  ces 
lacs  qui  font  véritablement  chauds,  qui  eft  vne 
autre  merueille:  Au  bout  de  la  valleeJe  Tara- 
paya  proche  de  Potoii  y  a  vn  lac  de  forme  rode 
tel  qu  il  femble  auoir  efté  faitpar  compas.l  eaue 
duqueleft  tres-chaude,  combien  que  la  terre  en 
foit  extrêmement  froide.  Ils  ont  accouftumé  de 
s'y  baigner  près  du  riuage ,  d'autant  qu  vn  peu 
auant  l'on  ne  pourroit  fouffrir  la  chaleur.  Au 
milieu  de  ce  lac  y  a  vn  bouillon  de  plus  de  vingt 
pieds  en  quarré,qui  eft  fa  vraye  fource:&  neat- 
moins  quoy  que  cefte  fource  en  foit  ainfi gran- 
de ,  iamais  on  ne  le  void  croiftre  en  aucune  fa- 
çon, &  femble  qu'il  s'exhale  de  foy-mefme,  ou 
qu'il  ait  quelque  ifiuë  cachée  &  incogneue.  On 
nele  void  non  plus  diminuer ,  qui  eft  vne  autre 
merueUle,  iacoit  que  l'ô  en  ait  tiré  vn  gros  riul- 


desjndes.  LiurellL  107 

feaucouratpour  faire  moudre  certains  engins 
pour  le  meta!,  veu  que  pour  la  grande  quantité 
de  l'eaiie  qui  en  fort,  par  raifon  il  deuroit  dimi- 
nuer. Or  laiffant  le  Peru  &pa(ïàntàlaneurue 
Efpagne,  les  lacs  qui  s'y  tiouuent  ne  font  pas 
moins  remarquables,fpecialemét  ce  tât  fameux 
de  Mexique ,  auquel  l'on  trouue  de  deux  fortes 
d'eaiies ,  i'vne  faîlee  Se  femblable  à  celle  delà 
mer ,  &  l'autre  claire  &  douce  à  canfe  des  riuie- 
res  qui  y  entrent.  Au  milieu  de  ce  lac  y  a  vn  ro- 
cher fort  plailant  &c  délicieux  où  il  a  des  baings 
d'eau e  chaude  qui  y  fourdent ,  lefquels  iîsefti- 
mét  beaucoup  pour  la  fanté.ll  y  a  des  iardins  au 
milieu  de  ce  lac,  fôdez  &  portez  furl'eaùe  mef- 
me  ou  Ton  vôid  de  parterres  pleins  de  mille  for- 
tes d'herbes  8c  de  fleurs,  &  font  de  telle  façon 
■qu'on  ne  les  peut  bien  comprendre  fînon  en  les 
voyant  La  Cité  de  Mexique  eft  fôdeefcr  ce  lac, 
encor  que  les  Efpagnols  ayentremply  déterre 
tout  le  lieu  &  affiette  d'icellejIaifTans  feulement 
quelques  courants  d'eaiie,  grands  ^petits  qui 
entrent  &  tournoyer  dans  la  ville  pour  voi&u- 
rer  ce  qu'ils  ont  de  befoin,comme  bois,herbes, 
pierres,fruicT:s  du  pays,  &•  toutes  autres  chofes. 
Quand  Cortes  conquefta  Mexique,  il  fit  faire 
des  brigantins ,  &  depuis  luy  fembla  qu'il  eftoit 
plus  feur  de  ne  s'en  feruir  point.C'eft  pourquoy 
ils  vfent  des  Canoës ,  dont  y  a  grande  abondan- 
ce.lly  a  en  ce  lac  beaucoup  de  poifTon  &devi- 
uier ,  combien  que  ie  n'y  ay  pas  veu  de  poifTon 
«le  prix,toutesrois  ils  difent  que  le  reuenu  de  ce 
lac  vaut  trois  cens  mille  ducats.  Il  y  a  plusieurs 
autres  lacs  nonloing  de  là, d'où  l'on  porte  beau- 

O  iij 


Hifîoire naturelle 
coup  de  poiflbn  àlyf  exique.La  Prouince  dçM* 
çhouacâ  cil  ainfi  appellee ,  pource  que  c  eft  vne 
Prouince  abondante  enpoiffon,tty-  adetrcs- 
îeaux ôc  srands  lacs,  efqueis y  a, beaucoup  de 
poiffon ,  %  eft  çefte terre  faine  Ôc  ftaifcheJly  a 
pluficurs  autres  lacs ,  defqueb  il  n  eft  pas  poffi. 
Me  faire  mention,!^  lçsfçauoir  en  particulier, 
feulement  Ton*  peut  remarquer  par  ce  qui  en  a 
efté  diicouru  auljure  précèdent,  que  louz  la 
Torride  il  y  a  plus  grande  abondance  de  lacs, 
qu'en  autre  partie  du  monde  :  &  ainfi  parce  que 
nous  auons  dit  cy-defïus ,  êç  le  peu  que  nous  di- 
rons des  riuieres  &  fontaines,naus  mettons  ha 
à  cefte  matière  d'eaues, 


Vefluficurs  &  diuerfes  fonrea 
&  fontaines. 

Chapitre   XVII. 

Lyaés  Indes  comme  es  autres 
parties  du  monde  grande  diuer- 
fïtédefources,  fontaines  &ri« 
uieres,  &  quelques  vnes  de  pro- 
priétés eftranges.En  Guancaue- 
licadu  Peruoù  font  les  mines 
du  vif  argent ,  il  y  a  vne  fontaine  qui  iette  l'eauc 
chaude ,  &  en  coulant,fon  eaue  feconuertit  en 
roche,  de  laquelle  roche  ou  pierre  l'on  ediJ 
jfiequafî  toutes  les  maisôs  du  bourg.  Cefte  pier- 
re eft  molle ,  ôç  aifeç  à  coupper  9  car  aueç  vn  fc* 


desjndes.  Lime  III.  ïo  8 

Ton  la  couppe,  &  taille  auflî  facilement  comme 
iic'cftoitdubois,  &cft/egere,&  de  durée.  Si 
,  quelques  hommes ,  ou  animaux  boiuent  de  ce- 
jfte  eau ,  ils  meurent  d'autant  qu'elle  fe  congelle 
, dedans  leur  vétre,&  s'y  côucrtit  en  pierre:pour 
cefte  caufe  en  font  morts  quelques  cheuaux. 
i  Comme  cefte  eau  fe  va  conuertiÂant  en  pierre, 
!  celle  qui  decoulle  bouche  le  chemin  aurefte, 
l  tellement  qu'elle  eft  contrainte  de  changer  fon 
I cours,  &pour  cefte  raifon  elle  court  endiuers 
|  endroits,  au  pris  que  va  croiiïànt  la  rochc.En  la 
pointe  ou  Cap  de  fain&e  Hélène,  y  a  vne  fouroe 
;  ou  fontaine  de  betum,  qu'au  Peru  ils  appellent 
Coppey.  Ce  doit  eftre  vne  chofe  femblable,à 
ce  que  dit  TEfcriture,  de  ce  val  fauuage  oùfc 
trouuoient  des  puits  de  betum.  Les  mariniers, 
fefetuent  de  cefte  fontaine  ,  ou  puitsde  Cop- 
pey ,  pour  oindre  &  poiifer  leurs  cordages 
&  appareils  ,   pource  quelle  leur  fert  corn* 
mêla  poix&  lebray  en  Efpagne.  Lors  que ie 
nauigeois  en  la  neuue  Efpagne  par  la  cotte  du 
Peru  ,  le  Pilote  me  monftra  l'Iflc  qu'ils  appel* 
j|  lent  rifle  des  loups ,  où  il  y  a  vne  autre  fontaine 
&  puits  de  Coppey  ,  ou  betum  ,   auec  lequel 
mefmement  ils  breent  les  cordages.  Il  y  a  d  au- 
,  très  fontaines  &  fources  de  goultran ,  que  le 
fufdit  Pilote,  homme  excellent  en  fa  vacation* 
médit  auoir  veues  ,<&  qu'il  luyeft  oit  aduem» 
que  nauigeant  quekmesfois  par  cefte  cafte  là, 
ils'eftoit  trouué  fîauànt  en  la  mer,  qu'il auoit 
perdu  la  vcué  de  terre,  &  neantmoirisilauoie 
|  iccogneu  par  l'odeur  du  Coppey  o&iie&oit, 
|  tufficertaineracot,cornme  s'il  euft  recogneula 

O  ui) 


r 


Hifloire  naturelle 
terre,teîle  eft  l'odeur  qui  fort  continuellement 
de  cefte  fource.  Aux  baings,  qu'ils  appellent  les 
baings  de  l'Ingua,  y  a  vn  canal  d'vne  eaùe  qui  i 
ibrt  toute  chaude  &  bouillante,  ôc  ioignât  icel  -  j 
le  y  en  a  vne  autre  dont  l'eau  eft  aufti  froide  que  i 
neige  :  L'Ingua  auoit  accouftumé  de  lesmo- 1 
derer  l'vne  auec  l'autre,  ôc  eft  vne  chofe  remar-  ; 
quable,qu'il  y  ait  des  fources  de  qualitez  Ci  con-  j 
traires  r  qui  font  ôc  viennent  fi  près  l'vnede  j 
l'autre.  Il  y  a  vn  nombre  infini  d'autres  fources  | 
chaudes,fpecialement  enlaprouince  des  Char* 
cas ,  en  l'eau  desquelles  Ton  ne  peut  endurer  Ôc  j 
tenir  la  main  l'efpace  d'vn  *Ane  Maria ,  comme  j 
ie  l'ay  veu  par  gageure.  En  vne  maitairie  proche  i 
de  Cufco  fourd  vne  fontaine  de  fel ,  qui  ainfi  i 
comme  elle  va  courant ,  fe  va  conuerthTant  en 
£el,qui  eft  blanc,  ôc  bon  à  merueilles:  que  fi  elle  j 
eftoit  en  autre  contrée,  ce  neferoit  petite  ri*  j 
che/Tc ,  toutesfois  ils  en  font  peu  d'eftat  ,  pour  j 
l'abondance  du  fel  qu'il  y  a  là.  Les^eaues  qui  { 
courent  en  Guayaquil  qui  eft  au  Peru ,  prefque 
foubsla  ligne  Equinoxialle,  font  tenues  pour! 
falutaires,  pour  le  mal  Neapolitain,  &  autres  | 
femblables.  A  raifon  dequoy  l'on  y  vient  de  I 
plufieurs  lieux  fort  efloignez  pour  y  receuoir 
guarifon.  Et  difent  que  la  caufe  de  cela  eft, 
pour  ce  qu  il  y  a  en  cefte  contrée  grande  abon- 
dance de  racines,  qu'on  appelle  falccpareille, 
la  vertu  &  opération  de  laquelle  eft  d  cogneiie, 
ôc  qu  elle  communique  fa  propriété  aux  eaux 
où  elle  eft  mife ,  de  guarir  cefte  maladie.  Bilca- 
îiota  eft  vne  montagne ,  qui  félon  l'opinion  du 
commun  5  eft  au  plus  haut  lieu  du  Pcru  >  le  fom- 


des  fades.  Liure  II L  109 

met  de  laquelle  eft  tout  couuert  de  neige,  Ôc  en 
quelques  endroits  eft  noir  comme  charbon.  Il 
fort  d'iceluydeuxfources  en  lieux  tout  entrai- 
res,  qui  deuiennent  incontinent  fort  grands 
ruifïéaux ,  ôc  peu  à  peu  grands  fleuues  , 1  vn  def- 
quels  va  à  Coilao  dans  ce  grand  lac  Titicaca,  ôc 
l'autre  va  aux  Landes ,  ôc  eft  cel  uy  qu'ils  appeU 
IkntYucay,  qui fe  joignant  auecvn  autre,  fort 
à  la  mer  duNort,  ayant  vn  cours  furieux  êc 
impétueux.  Ceftefource  quand  elle  fort  de  la 
|j roche  Bilcanota  que  j'ay  dit,  eft  de  la  mefme 
Morte  ôc  couleur  que  l'eau  de  lexiue,  ayant  la 
couleur  cendrée,  ôc  jettant  vue  fumée ,  comme 
Me  chofe  bruflee,  laquelle  court  ainfivn  long 
fjtemps,   iufques  à  ce  que  la  multitude  des^aux 
|qui  y  entrent,  luy  efteignent  ce  feu  &  fumée, 
(qu'elle  tire  de  fon  commencement.  Enlaneu- 
Ijue  Efpagne  j'ay  veu  vne  fource,  comme  d'ancre 
Quelque  peu  bleue,  vne  autre  au  Peru  ,  de  cou- 
peur  rouge  comme  fang,  d'où  ils  l'appellent  la 
Iriuiere  rouge. 


Des  Rimeres. 
Chapitre    XVIII. 

Ntre  toutes  les riuieres  non  feule- 
ment des  Indes ,  mais  auftï  de  tout  îe 
monde  vniuerfel,  le  fleuue  Mara- 
gnon,  ou  des  Amazones,  tient  la 
principauté ,  duquel  nous  auons  parlé  au  hure 
précèdent.  Les  Efpagnols  l'ont  pluileurs  fois 
tauigé,  pretendans  de/couurir  des  terres,  qui 


Hiftoire  naturelle 
félon  le  bruit  commun,font  fort  riches,fpecia-  | 
lement  celles  qu'ils  appellent  de  Dorado  r  &  t 
Paytiti.  L'AdelentadeleandeSallines,  fitvnc 
entrée  mémorable  ,  encor  quelle  fut  de  peu  \. 
d'erTecl:  Il  y  a  vn  pafFage  qu'ils  appellent  le  Pon-  j 
go,  qui  doit  eftrevn  des  plus  dangereux  pas  de  | 
tout  le  monde:  car  lariuiere  eftant  refïcrrce  en  ^ 
cet  endroit,  &  contrainte  entre  deux  roches  y 
très-hautes  en  précipice,  vient  à  tomber  droi* 
ôement  du  haut  en  bas,  auecvne  grande  roi*  |j 
deur,  ou  l'eaiïe  parlacheute  qu'elle  fai&defi|j 
haut/ait  vn  tel  bouillon ,  qu'il  femble  impoffi-|| 
ble  de  le  pafTer  fans  fe  noyer.  Neantmoinsla 
hardieflè  des  hommes  a  bien  ofé  entreprendre  | 
de  palier  ce  patfage ,  pour  le  defir  de  ce  Dorado  j 
tantrenommé.  Ils  felaifTercnt  couler  du  haut  j 
en  bas,  pouîfez  delar©ideur&  du  courant  du) 
fleuue ,  fe  tenans  bien  aux  Catioes  ou  barques,) 
où  ils  e{loîent,&  encor  qu'elles  fuffent  renucr-) 
fées  fans  defîus  defïbubs  en  tombanr,  &  eux  &( 
leurs  Canoës  s'enfonçaiïent  en  l'eau;  neant-j 
moins  parleur  force  &  par  leur  induftrie  ils  fe 
t emettoient  &  retournoient  toufiours  en  hautj 
ôc  de  cède  façon  efchappa  toute  rarrace,excep-) 
té  quelque  peu  qui  fe  noyèrent.  Çt  ce  quieffi 
plus  admirable ,  ils  s'y  comportèrent  fi  dcxtr©4 
ment  qu'ils  ne  perdirent  pas  mefme  la  muni- 
tien  &la poudre  qu'ils  portoient.  Au  retour^ 
(pource  que  après  auoir  endure  beaucoup  dej 
trauaux,&  de  dangers,ils  furent  côtraintf  en  fi'm 
de  retourner  pafree  mefme  lieu)  ils  montèrent 
par  l'vne  de  ces  roches  très- hautes  auec  leurs] 
poignards  qu'ils  fichoient  en  la  roche.  Le  C*i 


des  Indes.  Liurelll. 
mitaine  Pierre  d'Qrfua  fît  vne  autre  entrée  par  le 
^  nefme  fleuue ,  lequel  eftat  more  fur  ce  voyage, 
ik  lesfoldats  seftans mu tinez,d autres Capitai- 
îes  pourfuyuirent  rentreprinfe,par  le  bras  qui 
l'ient  ufques  en  la  mer  du  Mort.  Vn  Religieux 
jle  noftré  Compagnie  nous  difoit,  qu'eftant  fe~ 
plier,  il  fè  trouua  quafî  en  toute  cette  entre- 
prinfe,  &  que  les  marées  montoient  bien  près 
Ile  cent  lieues  à  mont  le  fleuuç,  &  que  à  l'en* 
jjroit  où  il  va  fe  ietçer  dans  la  mer ,  qui  eft  quafi 
loubslaligne,  ou  fort  proche  d'icellç,  ilafoi- 
ii:ante&  dix  lieues  d'emboucheure ,  ehofe  in- 
croyable, &  qui  excède  la  largeur  de  la  mer 
Mediterraneejencor  qu'il  y  ait  quelques  autres, 
nui  en  leurs  deferiptions  ne  luy  donnent  que 
ingt  cinq  ,  ou  trente  lieues  d'embouchure. 
Kpres  celle  riuiere,  tient  le  fécond  lieu  en  IV- 
liuers  la  riuiere  de  Plata ,  ou  d'argent, qui  s'ap- 
|elîe  autrement  le  Paraguey,  laquelle  court  des 
hontagnes  du  Perd,  &fe  va  perdre  en  la  mer, 
h  la  hauteur  de  trente  cinq  degrez  au  Sud. 
iile  croift  ,  comme  ils  difent ,  en  la  mefme 
façon  du  Nil,  mais  beaucoup  d'auantage  fans 
lompairaifon,  &  rend  les  champs  qu'elle  bai- 
rnc  comme  vne  mer,par  l'efpace  de  trois  moisB 
jpres  retourne  à  fon  cours  ,  où  les  nauircs 
jiontent  beaucoup  de  lieues  à  mont.  Il  y  a  plu- 
leurs  autres  rleuùes ,  <jui  ne  font  pas  toutes- 
pis  de  telle  grandeur ,  &  neantmoins  efgalients 
(oire  furpalTent  les  plus  grands  de  l'Europe, 
lomme  celuy  de  la  Magdaleine  ,  proche  de 
frinte  Marthe,  la  riuiere  grande,  ôc  celuy  d' AU 
uradp  c»  h  aeuue  Efpagne  9  te  vn  nombre 


r 


»  *Jtnfli» 


Hijtoire  naturelle 
infiny  d'autres.  Ducoftc  duSud  aux  monta- 
gnes du  Peru,  les  fleuues  communément  ne| 
font  pas  fi  grands,  pource  qu'ils  ont  peu  d'efpa-  ] 
ce  de  courir,  &   ne  peuuent  aflembler  tant! 
d'eaux  ,  mais  ils  font  fort  roides  *  a  caufe  qu'ils ! 
tombent  de  la  montagne ,  êc  ont  des  auallagesl 
8c  des  crues  fubites  5  àraifon  dequoy  ils  font1 
fort  dangereux ,  &  ont  efté  caufe  que  plufieurs1 
hommes  y  font  morts.  En  temps  de  chaleur  il$[ 
etoiffent,  &fe  débordent  le  pfus.  I'aytrauerfc 
vingt- fept  riuieres  en  cefte  cofte ,  donne  n'enf 
qj  pas  paffé  vne  feule  à  gué.  Les  Indiens  vfent 
de  mille  artifices  pour  palier  les  riuieres.  En 
quelques  endroits  ils  ont  vne  longue  corde  quif 
trauerfe  d'vn  cofté  à  l'autre ,  &  en  icellependj 
vn  panier,  ou  corbeille ,  dans  laquelle  fe  met 
celuy  qui  veut  pafTer ,  &  alors  ils  le  tirent  du  ri- 
uage  auec  vne  autre  corde ,  tellement  qu'il  paf- 
fe dedans  cefte  corbeille.  En  d'autres  endroit» 
l'Indien  pâlie  comme  à  cheual  fur  vn  boteauf 
de  paille ,  &  derrière  luy  celuy  qui  veut  pafTerJ 
êc  voguant  auec  vn  bout  d'aixpalfe  de  cefte  fa- 
çon. En  d'autres  endroits  ils  ont  vn  radeau  de 
courges ,  ou  citrouilles ,  fur  lefquelles  ils  met-j 
tent  les  hommes,  ou  hardes  qu'ils  doiuent  pafl 
fer,  &  les  Indiens  liez  auec  des  cordes  vont  na-^ 
geans,  &  tirans  après  eux  ce  radeau  de  citroiïiw 
les,  comme  des  cheuaux  tirent  vn  coche,  ou  cai 
roïTe  ;  d'autres  vont  derriete  poutfans  les  ci-i 
trouilles  pour  leur  ayder.  Pafîez  qu'ils  font ,  ih 
prennent  fur  leurs  cfpaules  leur  barque  de  ci- 
trouilles, &  retournent  à  nage  ;  ce  qu'ils  font 
ça  lariuierede  la  Sainte  au  Peru.  Nouspafla- 


des  Indes.  Lime  II  h  ht 

jjmes  ceiuy  d'Aluarada  en  la  neuue  Efpagne, 
jfur  vne  table  que  les  Indiens  portoient  fur 
ileurs  efpaules ,  ôc  quand  ils  perdoient  terre,  ils 
jnageoient.  Ces  artifices  ârmii autres,  dont  ils 
feferuent  pour  pafîer  ainfî  lesnuieres ,  certai- 
inement  font  auoir  crainte  en  les  regardante 
jcontemplant,  en  ce  qu'ils  f aydent  de  moyens  fi 
débiles  &  fragiles,  mais  neantmeins  ils  font 
fort  afleurez.  Ils  n Vfent  point  d'autres  ponts* 
que  de  crins  ;  ou  de  paille.  Il  y  a  défia  en  quel- 
iques  riuieres  des  ponts  de  pierre,  baftis  parla, 
[diligence  de  quelques  Gouuerneurs ,  mais 
jbeaucoup  moins  qu'il  ne  feroit  de  befoing  en 
jme terre,  où  tant dhomraesrfe noyentpar  fau- 
te d'iceux,  &  laquelle  donne  tant  de  deniers, 
Sdefquels  non  feulement  l'Efpagne,  maisauflî 
«autres  Royaumes  eftranges  baftiifent  de  fu- 
herbes  édifices.  Les  Indiens  tirent  &  dëriuent 
fies  fleuues  qui  coulent  des  montagnes  aux  val- 
lées Se  es  plaines ,  plufîeurs  &  grands  ruifTeaux 
pour  arroufer  la  terre-,  ce  qu'ils  ont  accoutu- 
mé de  faire  d'vne  telle  induftrk,  qu'il  n'y  en  a 
pas  de  meilleurs  en  Murcya ,  ny  à  Milan  mef. 
jme:  ce  qui  eftauilîla  plus  grande  ôc  totale  ri- 
pheiïè  des  plaines  du  Peru,  Ôc  de  plufieurs  au- 
tics  parties  des  Indes. 


r 


Pliftoire  naturelle 


Dt  la  qu-alttê  de  U  terre  des  Indes  en  générale 
Chapitre  XI Xi 

'O  n  peu  cognoiftrc  la  qualité  delà, 
terre  des  Indes  en  la  plus  grande  part* 
puis  que  c'eft  le  dernier  des  trois  Ele-j 
mens,  defquels  nous  auôs  propofé  de 
traitter  en  ee  liure,  partie difcours  quehousj 
auons  fait  au  liure  précèdent  de  la  Zone  Torri-j 
«îc,  veuque  la  plus  grande  partie  des  Indes  fd 
trouue  firuec  enicelîe.  Mais  pour  ce  faire  «M 
tédre  plus  particuliereract ,  j'ay  remarque  trouj, 
fortes  de  terrés ,  en  ce  que  j'ay  cheminé  par  ces; 
régions,  dont  il  y  en  a  vne  qui  eft  baffe,  vne  au-j 
tre  très- haute,  &  Vautre  qui  tient  le  milieu dq 
ces  deux  extremitez.  La  terre  baiTe  eft  celle  quij 
cft  en  la  cofte  de  la  mer,  dont  il  t'en  trouue  paij 
toutes  les  Indes  *  &  cft  ordinairement  h» 
chaude  &  humide ,  qui  caufe  qu'elle  n'eft  pas  & 
faine,  &  qu'a  prêtent  on  la  voit  moins  peuplée] 
combien  qu'au  temps  pafle  elleaye  eftcbierj 
peuplée  d'Indiens ,  comme  il  af  pert  par  les  hij 
ftoires  de  la  neuueEfpagne&duPerUj  &f'J 
conferuoient  &  viuôient,  entant  que  la  région 
leur  eftoit  naturelle^ommc  ceux  qui  y  auoieni 
efte  engendrez.  Ils  y  viuôient  de  la  pefchc  de  h 
mer,  &  des  femences  qu'ils  faifoient,  tirans  dqj 
ruiiTeaux  des  riuieres ,  defquels  ils  fe  feruoic»! 
faute  de  pluye,  d'autât  qu'il  y  pleut  fortpeu>& 
en  quelques  endroits  n'y  pleut  point  du  tout 
Cette  terre  bafle  a  beaucoup  de  Ucux  inhabit» 


des  Indes.  Liure  III.  ni 

b!c$ ,  tant  à  caufe  des  fablons  qui  y  font  dange- 
reux y  car  ils'ytrouuc  des  montagnes  entières 
de  ces  Tablons ,  qu'à  caufe  des  marefeages  qui 
f  y  font  des  eaux  dépendants  des  montagnes, 
î   Icfquelies  netrouuanspointd'yfluëences  ter- 
1  tes  plates  &  ba{Tes,îes  noy  et  du  tout,&  les  ren- 
i  dent  inutiles.  Et  à  la  vérité  la  plus  grande  partie 
'  detoute  ceftecofte  delamer  eftde  cefteforte 
1  es  Indes ,  principalement  du  eofté  de  la  m  er  du 
1  Sud:  l'habitation  dcfquelles  coftes  eft  àpre- 
j  fent  fi  diminuée  &mefprifce,  que  des  trente 
)  parts  du  peuple  qui  y  habitoit,  les  vingt- neuf  y 
I  défaillent,  &  à  fon  opinion,  que  le  refle  des  In* 
I  diens  finira  auant  peu  de  temps.Plufîeurs  félon 
|  leurs  diuerfes  opinions  attribuent  cela  à  diuer- 
(es  caufes,les  vns  au  trop  grand  trauail  que  Ton 
adonné  à  ces  Indiens,  les  autres  au  changeméc 
&  diuerfitc  des  viandes  &  boire  dont  ils  vfent, 
I  depuis  qu'ils  cômuniquent  auec  ks  Efpagnols: 
les  autres  au  trop  grand  excès  de  boire,  &  au- 
tres vices  qu'ils  ont.  Quant  à  moy ,  ie  croy  que 
ce  defordre  eft  la  plus  grande  caufe  de  leur  di- 
minution, cVn'eftpas  temps  maintenant  d'en 
difcourirdauantage.  En cette terre baiïè  (que 
ie  dis  généralement  eftre  mal  faine  Se  peu  con- 
ucnable  à  l'habitation  des  hommes)  il  y  a  exce- 
ption en  quelques  endroits  qui  font  têperez  Se 
fertiles,  comme  la  plus  grandepartic  des  plai- 
nes du  Peru,  où  il  y  a  des  vaiôs  trais  Se  qui  font 
fort  fertiles.  La  plus  grande  partie  de  l'habita- 
tion de  la  cofte  entretient  tout  le  commerce 
d'Efpagnepar  mer ,  duquel  dépend  tout  TEftat 
£es??^?f«  i?  cçftccoftc  il/  a  quelques  villes 


h 


I. 


Hiftoire  naturelle 

a(Tez  bien  peuplées,  comme  ty  ma  &  Truxillo, 
au  Peru,  Panama  &  Carthagene  en  la  terre  fer- 
me ,  &  es  lues  S.  Dominique  Port- riche,  &la  j 
Hauane  ,  &  plusieurs  autres  villes   qui  font  ; 
moindres  que  çelle-cy, corne  eft  la  vraye  Croix,  l 
enlaneuueEfpagne,Yça,Aricgua,  &  autres  | 
au  Peru,&  meimes  les  ports  font  cômunement  I 
habitez,  combien  que  ce  foit  affez  petitement.  J 
La  féconde  fortéde  terre  eft  au  contraire  fort  I 
haute,&  par  confeqaent  froide  &  feiche,  com- 1 
me  toutes  les  montagnes  le  font  ordinairemét. 
Cefte  terre  n'eft  point  fertile,  rty  plaifante}mais 
elle  eft  fort  faine ,  qui  la  rend  peuplée ,  &  habi- 
tée. Il  y  a  des  pafturages,  &  en  iceux  beaucoup 
de  beftial ,  ce  qui  fuftante  en  la  plus  grand*  part 
la  vie  humaine ,  &  auec  le  beftial ,  ils  fuppleent 
le  derlaut  qu'ils  ont  de  bleds  &  femences ,  par 
leurs  trocs ,  &  efchanges.  Mais  ce  qui  rend  en- 
core dauantage  €es  terres  habitées,  de  quelques 
vnes  fort  peuplées,  eft  la  richefle  des  mines  qui 
fe  trouuent  en  icelles ,  pource  que  tout  obey  t  à 
l'argent  &  à  l'or.  A  caufe  des  mines  ilyaquel- 
ques  habitations  d'Efpagnols  &  d'Indiens,  qui 
fe  font  accreues  &  augmentées,  comme  eft  Po« 
tofi ,  &  Guancauelicqua  au  Peru ,  &  Cacatecas 
en  la  neuue  Efpagne.  Il  y  a  aufli  par  toutes  ces 
montagnes  de  grandes  habitations  d'Indiens* 
qui  aujourd'huy  fe  maintiennét ,  voire  veut-on 
dire  qu'ils  vont  en  augmentât,  finon  que  le  tra- 
uail  des  mines  en  confume  beaucoup ,  &  quel- 
ques maladies  generalles  en  ont  mefme  de- 
flruit  vne  grande  partie,  comme  leCocolifté 
en  la  neuue  EXpagne.  Toutesfois  l'on  nef'ap- 

pçrsoic 


des  Indes.  Liiïn  ///.  ÎT^ 

perçoit  point  qu'ils  diminuent  beaucoup.  ;  En 
!  celle  extrémité  de  terre  haute,  froide  ,  ôcfd- 
iche,  ilyadeuxcommoditez,  que  j'ay  dites  des 
jpafturages  &  dts  mines,  qui  recompenfent  bien 
les  autres  deux  qui  font  es  terres  baffes  de  la 
cofte,  à  fçaUoir  le  commerce  de  la  mer,  êch 
fertilité  du  vin,  qui  ne  croifl  qu'en  ces  terres 
fort  chaudes.   Entre  ces  deux  extrêmes  il  y  a  te 
terre  de  moyenne  hauteur,  laquelle,  combien 
qu'elle  foit  en  quelques  endroits  plus  baffe ,  ou 
plus  haute  Tvne  que  l'autre ,  ce  neantmoins  clic 
n'approche  ny  de  la  chaleur  delà  cofte,  ny  de 
l'intenaperature  des  montagnes,  ggaeefle  forte 
de  terre  il  croifl:  beaucoup  de  femences ,  de  fro- 
ment, d'orge ,  &  de  mays  Jefquelîes  ne  fe  trou- 
uent  aucunement  es  terres  hautes,  mais  bien 
lux  baffes  ;  ilyamefme  abondance  dépaflura- 
jes,  debeftiai,  de  fruicls,  &  de  foreifs  afTez 
verdoyantes.  Celle  partie  efl  la  meilleure  habi- 
:ation  des  trois,  pour  la  fahré,  Se  pour  la  récréa- 
:ion  -,  c'efl  pourquoy  auffi  ce  qui  efl  le  plus  peu- 
île  es  Indes,  efl:  de  celle  qualité  >  ce  que  j'ay  te- 
narqué  fort  curieufement  en  plusieurs  che- 
nins  &  voyages  que  j'ayfaifts,  &  ay  trouué 
)our  vray,  quelësProuirtces  &  parties  mieux 
Peuplées  d'Indiens,  font  en  ce/le  Situation.  Que 
on  regarde  de  près  enlaneuueEfpagne  (qui 
:ft  fans  doute  la  meilleure  Frouince  que  leSo- 
eilenuironne)  par  quelque  endroit  de  la  code 
[uelon  y  entre,  l'on  y  va  toujours  montant* 
K  encores  qu'après  auoir  monté  beaucoup, 
jOri  commence  à  defeendre  :    toutesfois  C'en: 
Mtpeù,  &toufiours  la  terre  y  demeure  beats-. 


i- 


Hifiotre  naturelle 

coup  plus  haute  ,  que  celle  de  la  code.  Tout  ic 

terroir  de  Mexique  efl  de  cette  nature  &  fitua- 

tion,  &  ce  quie'ftés  enuirons  du  Vulcan,  qui 

cftlameilleure  terre  des  Indes,  comme  auflilc 

fontauPeru,  Arequipa,  Guamangua,  &  Cuf-j 

co>  combien  que  ce  (bit  l'vn  plus  que  l'autre.) 

Mais  en  fin  tout  y  eft  terre  haute,  encoresquq 

Ion  y  dépende  à  des  vallées  profondes,  &  qucj 

l'on  monte  de  hautes  montagnes,  ilsendifemj 

autant  de  Quito,  faindeFoy,  &  du  meilleur] 

du  nouueau  Royaume.  Four refolution,  ie  croyj 

que  la  fagelîe  &  prouidence  du  Créateur  a  pour-j 

ueuencecy,  &  voulu  pour  le  mieux,  &quela| 

plus  grande  part  de  cefte  terre  des  Indes  fiill 

haute,  &eûeuee,  à  fin  quelle  fuft  d'vnemeil-i 

leure  température  :  car  ëftant  baffe  ,  elle  euflj 

cfté  fort  chaude  foubs  laZoneTorride,  prinj 

cipalement  eftant  diftante  ôc  efloignee  de  lj 

mer.  Auffi  toute  la  terre  que  i'ayv eue  es  Indes) 

eft  auoifinee  de  montagnes  d'vn  cofté ,  ou  dj 

l'autre,  &  quelques  fois  de  toutes  parts.  Telle) 

ment  que  i'ayplufieurs  fois  dit  par  delà,  quei| 

defiroisme  voir  en  vn  endroit,  d'où  rhorifoij 

fe  formaft  &  finift  par  le  Ciel,  &  vne  terre  efterç 

due  &  vnie,  comme  Ton  voit  en  Efpagne  t 

mille  campagnes  :  toutesfois  ie  n  ay  point  d 

fouuenance  d'auoir  iamais  veu  de  telles  veiiq 

aux  Indes,  fuft  aux  lues,  ou  en  la  terre  ferrm 

encores  que  j'y  aye  cheminé  plus  de  feptcem 

lieues  en  longueur.  Mais  comme  j'ay  dit,  le  voj 

fmage  des  montagnes  eft  fort  à  propos  en  ceflf 

région ,  pour  tempérer  la  chaleur  du  Soleil.  P;; 

âinfi  tout  ieplus  habité  des  Indes,  eft  de  laf 


des  Indes.  Dure  ÎII.  fA 

çôn  que  i'ay  dit,  &  généralement  toute  cette 
1  terre  eft  abondante  en  herbages,  pafturages,  3c 
;■  forças  ,  au  contraire  de  cequ  Ariftoce  &  les  an- 
|i  ciens  ontpenfe.  De  forte  que  quand  Ion  va  de 

î'Europeaux Indes,  Ion  Pefrneruciilede  voir  U 
:i  terre  belle ,  il  verdoyante,  &  pleine  de  fnkadesr, 
jj  neantmoins  cette  règle  a  quelques  exceptions* 

ôc  principalement  en  la  terre  du  Peru,  qui  eft 
f  d'vn  naturel  eltrange  entre  toutes  les  autres,  de 

laquelle  nous  dirons  maintenante 


Des propriete\de  la  terre  du  Peru. 
Chapitre    XX* 

O  v  s  entendons  par  Je  Peru  à  noii 
point  toute  cède  grande  partie  du 
monde,  qu'ils  appellent  l'Améri- 
que j  puis  qu'en  icelle  eft  compris 
~  leBreiil,  le  Royaume  de  Chilié,3£ 
celuy  de  Grenade,  &  toutesfois  aucun  d'keux 
Royaumes  n'eft  le  Peru,  mais  tant  feulement  ce- 
fte  partie  qui  giftau  coite  du  Sud ,  commençant 
au  Royaume  dsQuitto,  qui  eft  icubs  la  ligne  ôc 
qui  va  courant  en  longueur  iufqu'au  Royaume 
deChilîé,  lequel  eft  hors  des  Tropiques,  qui  fe- 
raient ilx  cens  lieues  en  longueur  \  &  en  largeur 
jne  contient  point  dauantage  que  ce  que  corn- 
iprennent  les  Indes^  ou  môtagnes,  qui  font  côm- 
'me  cinquante  lieues  communes,  encoresqu'eri 
quelques  endroits  3  comme  à  Chachapoays,  il  y 
ayt  dauantage.  Cefte  partie  du  monde  que  Ton 
appelle  Peru,  eft  fort  remarquable,  &  cen* 


1 


Hifioire  naturelle 

tient  en  foy  des  proprietez  fort  effranges ,  qui 
font  qu'elle  fert  d'exception  à  la  tegle  générale  : 
des  Indes.  La  première  eft  qu'en  toute  la  cofte 
il  ne  fouffle  continuellement qu'vn  feul  vent, 
qui  eftleSud  &Suroeft,  contraire  a  çeluy  qui  i 
aaccouftumé  de  courir  foubs  la  Tornde.  Lale-j 
coode  eft  ,   qu'eftant  ce  vent  de  fa  nature  le: 
plus  violent,  tempeftueux ,  Se  maladif  de  tous,  j 
néanmoins  il  eft  encefte  région  merueilkufe- 
ment  gracieux ,  fain ,  &  aggreable ,  de  telle  fa- 
çon que  l'on  luy  doit  attribuer  1  habitation  de 
ceftecofte,  laquelle  fans  doute feroit inhabita- 
ble ,  &  ennuveufe ,  à  caufe  de  fa  chaleur ,  fi  par 
fon  foufflemént  elle  n'eftoit  addôucie.  La  troi- 
fiefine  eft,  queiamais  il  ne  pleut,  tonne    nei- 
ee    nv  erefte  en  toute  cefte  cofte,  quieftvne 
chôfe  diene  d'admiration.  En  quatriefme  heu, 
à  peu  de  diftance  de  la  cofte  il  pleut  &  neige 
terriblement.  En  cinquiefme  lieu,  i   y  a  deux 
chaînes  de  montagnes,  qui  courent  lvne  com- 
me l'autre,  &  envne  mefme hauteur  du  Pôle, 
neantmoins  enl'vney  a  de  très-grandes  forefts, 
&  y  pleut  la  plus-part  de  l'année,  eftant  tort 
chaude.  L'autre  tout  au  contraire  eft  toute  nue, 
&  defcouuerte,  &  fortfroide  -,  de  forte  que  1  hy. 
uer  &  l'Efté  font  départis  en  ces  deux  monta- 
gnes, &  les  pluyes,  &  la  ferenite  mefme  Ot 
Ifin  d'entendte  mieux  cecy,  1  on  doit  configu- 
rer que  lePeru  eft  diuifé  comme  en  trois  pat- 
lies,  longues  &eftroittes,  qu'ils  appellent  La- 
nos,  Sierras,  &  Andes.  LesLanos  font  laco- 
fte de  la  mer  :  la  Sierra  font  toutes  montagnes, 
&  quelques  vallées;  &  les  Andes  font  monta; 


des  Indes.  Dure  III.  iij 

î  gnes  afpres  &  rudes.  Les  Lanos ,  ou  code  de  la 

|  mer ,  ont  quelques  dix  lieues  de  large ,  en  quel- 
ques endroits  moins  ,    &  en  d'autres  quel- 

■  que  peudauantage.  La  Sierra  contient  comme 
vingt  lieues  en  large,  &  les  Andes  autant,  tan- 

!  toft  plus,  rantuft  moins.  Ils  courent  en  leur 
longueur  Nort  &Sud,  &  en  leur  largeur,  d'O- 
rient au  Ponant.  C'eft  doncques  çhofe  merueil- 
leufe,  qu'en  il  peu  de  diftance,  comme  font 
cinquante  lieues  efgalement  efloignees  de  la  li- 
gne ôc  Pôle,  y  aye  vne  il  grande  diueriité,  qu'en 
vn  lieu  il  y  pleuue  prefque  touflours ,  ôc  en  l'au- 
tre il  n'y  pleuue  quaiiiamais.  Ilnepleutiamais 
en  ceftecofte  ou  Lanos,  encores  qu'il  y  tombe 
quelquesfois  vne  eau  menue,  qu'ils  appellent 
Guarua ,  &  en  Caftille ,  Mollina ,  laquelle  quel- 
quesfois s'efpaifîlt  en  certaines  gouttes  d'eau 
qui  tombe,  toutesfois  ce  n'eft  point  chofe  en- 
nuyeufe,  ny  telle,  qu'il  foit  befoing  de  fe  cou* 
«rir  pour  cela.  Les  couuerturesy  font  de  nates, 
auec  vn  peu  de  terre  par  defïus ,  &  leur  eft  cho- 
fe fufïifante.  Aux  Andes  prefque  durant  toute 
l'année  il  y  pleut ,  combien  qu'il  y  ayt  en  vn 
temps  plus  de  ferenité  qu'en  l'autre.  En  la  Sier- 
ra ,  qui  gift  au  milieu  des  deux  extrêmes ,  il 
pleut  au  mefme  temps  qu'en  Bfpagne,  qui  eft 
depuis  Septembre ,  iufques  en  Auriî  :  mais  en 
l'autre  faifon  le  temps  y  eft  plus  ferain ,  qui  eft 
quand  le  Soleil  en  eft.  plusefloigné,  &ie  con- 
traire, quand  il  en  eft  plus  proche,  dequoy 
nous  auons  a{Tez  amplement  traiété  au  îiure 
précèdent.  Ce  qu'ils  appellent  Andes,  &.*cg 
qu'ils  appellent  Sierra,  font  deux  chaines  dç 

P  ii) 


Hiftoire  naturelle 

montagnes  très-? hautes  ,   qui  doiuent  courir 
plus  de  mille  lieues  à  veiïel'vne  de  l'autre,  Ôs 
prefque  tfgalement.  Il  y  a  vn  nombre  infiny 
de  vicugnes,   qui  naiilènt  &  f'engendrent  aux 
Sierres,  qui  font  proprement  comme  chèvres 
fauuages,  fortviftes,  êc  fort  agiles.  Ilyamef- 
mes  de  ces  anirnaux/qu'ils  appellent  Guanacos, 
Se  Pacos ,  qui  font  des  moutons ,  que  Ton  peut 
suffi  bien  dire,  lesafnes  de  ce  pays ,  dequoy  il 
fera  traidé  en  fon  lieu  :  &  aux  Andes  fe  trou- 
vent des  Anges  fort  gentils,  de  plaifants ,  &  des 
perroquets  en  grande  quantité.  L'onytrouue 
suffi  Therbe,  ou  arbre,  qu'ils  appellent  Coca, 
qui  eft  tant  eftimé  des  Indiens-,  6c  latrai&equc 
l'on  en  fait,  y  vaut  beaucoup  d'argent.  Celle 
qu'ils  appellent  Sierre  ,  fait  des  vallées  es  en-» 
droi&s  o*ù  elle  fouure  ,  qui  font  les  meilleures 
habitations  du  Peru  ,  comme  eft  la  vallée  de 
Xauxa,&dJAndaguaylas,  &deYucay.  En  ces 
vallées  il  croift  du  froument,  dumays,  &  d'au- 
tres fortes  de  fruids,  toutesfois  es  vnes  moins 
qu'aux  autres.  Plus  outre  que  la  Cité  de  Cufco, 
(■  qui  eftoit  anciennement  la  Cour  des  Seigneurs 
de  ces  Royaumes)  les  deux  chaînes  de  monta- 
gnes que  i'ay  dites ,  fe  retirent,   &Vefloignent 
dauantage  les  vnes  des  autres,  ôc  laillcnt  au  mi- 
lieu vne  plaine  &  large  campagne  ,  qu'ils  appel- 
lent, la  Prouince  de  Coliao ,  où  il  y  a  grand 
nombre  de  riuieres ,  &  beaucoup  d'herbages,  & 
pafturages  fertiles  ,  &  là  eft  auili  le  grand  lac  de 
Titicaca  :  mais  encor  que  ce  foit  terre  plaine ,  & 
à  la  mefme  hauteur  &  intemperature  que  la  Sier- 
w  ?  &  qu'il  n'y  ayt  non  plus  d'arbres ,  ny  de  fo- 


des  Jndes.  -Liure  III.  116 

refis ,  toutefois  le  défaut  qu'ils  ont  du  pain  ,  y  eft 
recompenfé  par  les  racines  qu'ils  fement,  les- 
quelles ils  appellent  Papas;  &  croiiTent  dedans 
la  terre.  Celte  racine  eft  le  manger  des  Indiens: 
car  les  feichans  de  nettoyans,  ils  en  font  ce  qu'ils 
appellét  Chugno,  de  qui  eft  le  pain  &  nourritu- 
re de  ces  Prouinces.  Il  y  a  mefme  d'autres  raci- 
nes &"  petites  herbes  qu'ils  mangent.  Ceftvne 
terre  faine,  &  la  plus  peuplée  des  Indes,  &  la 
plus  riche,  pour  l'abondance  des  beftiaux  qui  fy 
nourrirent,  tant  de  l'efpece  mefme  de  ceux  qui 
font  en  Europe,  comme  brebis  ,  vaches,  5c  che- 
vres;  que  de  celles  du  pays  qu'ils  appellent  Gua- 
nacos  ,  &Pacos,  &  y  a  des  perdrix  aflez  abon- 
damment. Apres  laProuince  de  Collao  vient 
celle  deCharcas,  où  il  y  a  des  vallées  chaudes 
de  grande  fertilité,  &  des  roches  tres-afpres, 
lefquelles  font  fort  riches  démines;  tellement 
qu'en  nul  endroit  du  monde  il  n'y  en  a  point  de 
meilleures,  ny  dcplus belles. 

Des  caufes  qùils  donnent  pourquoy  Une  fie  ut 
aux  Lanos,  ou  ceftes  de  Lmer. 
Chapitre    XXI, 

'Autant  que  c'eftehofe  rare  &  ex- 
traordinaire qu'il  y  ait  quelque  ter- 
re où  il  ne  pleuue  iamais,ny  tonnej 
les  hommes  défirent  naturellemés 
fçauoir  la  caufe  de  telle  nouueauté. 
La  raifon  que  donnent  quelques-vns  qui  ont  re- 
cherché &  conïideré  cecy  de  près,  eft  qu'il  ne 

P  iiij 


Hifioire  naturelle 

$rcfleue  en  celle  code  des  vapeurs  afTez  groflès 
&  fufHfantes  pour  engendrer  la  pluye  faute  de 
matière  :  mais  qu  il  y  a  feulement  des  vapeurs 
petites  8c  légères,  qui  ne  peuuent engendrée 
autre  choie  que  les  broiiillars  &c  rofees ,  com- 
me nous  voyons  en  Europe  qu'il  y  a  bien  fou- 
tient  au  matin  des  vapeurs  qui  s'eileuent,  lef- 
qu elles  ne  fe  conuertillent  pas  en  pluyes ,  mais 
feulement  en  broiiillars.  Ce  qui  prouientdela. 
matière  qui  n'eft  point  allez grolTe&fufrifante 
pour  fe  tourner  en  pluye.  Etdifentque  la  caufe 
pourquoy  cela,  qui  n'aduient  quaucunefois 
en  Europe,  arriue  continuellement  enlacofte 
du  Peru  j  eit  pource  que  cefte  région  efttres-fe- 
çhe,  &:  ne  rend  point  de  grofles  vapeurs.  On  re« 
cognoift  fa  fecherefle  par  le  grand  nombre  de  fa* 
blons  qui  y  font,  Se  parce  que  Ton  n'y  trouue 
ny puits,  ny  fontaines,  finonen  vne très-gran- 
de prpfondïté  de  quinze  ftades ,  (  qui  eft  la  hau-» 
teur  d'vn  homme ,  ou  plus  )  &  encor  eft-ce  près 
âcs  riuieres ,  Teau  defquelles  penetranr  la  terre, 
eO;  caufe  que  l'on  y  peut  faire  des  puits.  Tel- 
lement que  Ton  a  veu  par  expérience,  que  1© 
cours  des  riuieres  eftant  deftourné ,  les  puits  fe 
font  taris,  iufques  à  ce  qu'elles  fuiîent  retour- 
nées en  leurs  cours  ordinaires,  ôc  donnent  ce- 
lle raifon,  pour  caufe  matérielle  de  céterTe<5t: 
mais  pour  la  caufe  efficiente,  ils  en  ont  vne  au- 
tre qui  neft  pas  moins  confiderable,  qui  eft, 
que  la  hauteur  exceflîuc  de  la  Sierre,  qui  coure 
par  toute  la  cofte,  porte  abryà  cesLanos;  de 
forte  quelle  empefche  qu'aucun  vent  nyfouf- 
fie  du  cefté  de  la  terre,  fi  ce  n  çft  û  haut ,  qui! 


I 


1 


des  Indes.  Uure  III.  II 7 

foit  pardeflus  les  croupes  de  ces  montagnes, 
au  moyen  dequoy  ïi  n'y  coure  qu'vn  feul  vent 
qui  eft  celuy  de  la  merjequel  ne  crouuant  point 
de  contraire,  ne  preife  n'y  exprime  point  les  va- 
peurs qui  s'efleuent  pour  engendrer  la  piuye, 
,  de  manière  que  l'abry  de  la  Sierre  empefche 
que  les  vapeurs  ne  s'efpaiffifTent ,  &  fait  qu'el- 
jles  fe  conuerriifent  toutes  en  bruines.  H  y  a 
:  quelques  expériences  quife  rapportent  à  ce  dif* 
:  cours  d'autant  qu'il  pleut  en  quelques  collines 
i  de  la  code  qui  ont  le  moins  d'abr y,  comme  font 
i  les  roches d'Atico  Se  d'Arequipa  :  mefmes  qu'il 
iya  pieu  eh  quelques  années  que  les  Norts  ou 
!  Brifes  y  fouf£oient,voire  pendant  tout  le  temps 
i  qu'ils  durèrent ,  comme  fi  arriua  en  foixante  6C 
dixhui6t  aux  Lanos  de  Trugillo  ,  oil  pleut 
abondamment;  ce  qu'ils  n'auoient  point  veu 
plufieurs  Irecle^auparauant.  Dauantage  il  pleut 
$n  la  mefme  cofte  es  lieux  où  les  Brifes  ou 
Norts  font  ordinaires,  comme  en  Guayaquil, 
&  es  lieux  où  la  terre  fe  hauffe  beaucoup  &  fe 
deftourne  de  l'ombrage  ôc  abry  des  montagne* 
comme  en  ceux  qui  font  plus  outre  que  Ariqua 
Quelques  vns  en  difeourent  de  celle  façon,mais 
que  chacun  en  penfe  ce  qu'il  voudra:  c'eft  vne 
chofe  certaine  que  defeendant  de  la  Sierre 
i  en  ces  Lanos  l'on  a  accouftumé  de  voir  comme 
deux  Ciels,  l'vn  clair  &ferain  par  le  haut  ,  ôc 
l'autre  obfcur,  &  comme  vn  voile  gris  tendu 
au  defloubs  ,  qui  couure  toute  la  cofte  i  mais 
encor  qu'il  n'y  pleuue  pas,  cefte  bruine  y  eft 
Imerueilleufement  profitable  pour  produire  de 
iherbe,  &pourefleucr  3  &  nourrir  les  femen* 


Hifloire  naturelle 

ces:  car  cncor  qu'ils  ayent  l'eau  e  au  pied  tant  î 
qu'ils  veulent  qu'ils  tirent  des  eftrangs  ou  lacs,|j 
toutesfois  celle  humidité  du  Ciel  a  vne  telle  ver-| 
tu ,  que  .ceflànt  de  tomber  fut  la  terre,  elle  caufej 
vne  grande  incommodité  &  diminution  auxi 
grams  &  femences.Et  ce  qui  eft  plus  digne  dad-H 
miration, les  fablons  Cccs  &  ft  eriles  par  cefte  ro-fl 
fee  ou  bruine,  fereueftent  d'herbes  &de  rieurs! 
qui  eft  vne  chofe  plaifante  &  agréable  à  voir  &CÊ 
degrande  vtiîképour  lespafturages  dubeftialJI 
comme  Ton  void  en  la  montagne ,  qu'ils  appel*! 
lent  de  fablon,  proche  de  la  Cité  des  Roys. 


De  la  propriété  de  laneuueE/pagne, 
des  //les  &  des  autres  terres. 

Chapitre    XXII. 

A  neuue  Efpagne  furpaflè  les  au! 
très  Prouinces  enpafturages,  qui 
caufe  qu'il  y  a  vn  nombre  infiny  d<i 
troupes  decheuaux,  vaches,brebil 
&  autres  beftiaux;Elle  eft  fort  abôL 
dante  en  frui&s ,  &  en  toute  forte  de  grain  j  em 
fommec'eftla  terre  la  mieux  pourueiïe,  &  11 
plus  accôplie  qui  foit  es  îndcs.Toutesfois  lePd 
ru  la  furpaflè  en  vne  chofe,  qui  eft  au  vin ,  pour|  I 
ce  qu'il  y  en  croift  abondamment,  &de  bon,3|j 
de  iour  en  iour  les  vignes  y  vont  multipliante 
augmentant,lefquelles  croiffent  aux  vallées  ton 
chaudes  où  il  y  a  arroufement  d'eaiies.  Et  corni 
bien  qu'il  y  ait  des  vignes  en  la  neuue  Efpagne 
toutesfois  le  raifîn  n'y  vient  point  en  fa  maturû». 


Des  Indes.  Liurelll.  uS 

propre  Se  conuenabîe  pour  en  faire  du  vin.  La 
icaufe  eft,  pource  qu'il  pleur  par  delà,  en  Iuillet 
&  Aouft,qui  eft  quand  le  raifin  meuric  :  c'eft 
ipourquoy  il  ne  paruientàfa  maturité.  Que  fi 
iparcuriofné  Ton  vouloir  prendre  la  peine  d'en 
iraire  du  vin,  il  ferait  comme  celuy  du  Gene- 
vois &  de  Lombardie ,  qui  eft  fort  petit  Se  fore 
jafpre,  ayant  vn  gouft  comme  de  verjus.  Les 
jlfles  qu'ils  appellent  de  Barlouente,  qui  font 
ll'Efpagnole,  Cube,  Port-riche  ,&  autres  en  ces 
!enuirons,  font  ornées  de  beaucoup  de  verdure, 
&  pafturages,  &  font  abondantes  en  beftial, 
ifçauoir  eft  de  vaches  Se  dépotes  qui  y  font  de- 
Menus  fauuages.  La  richefle  de  ces  liles  font,  les 
|cngins  de  fucre,  Se  les  cuirs.  Il  y  a  beaucoup 
deca(Te3fiftulle,&  de  gingembre.  Et  eft  chofe' 
incroyable  de  voir  le  grand  nombre  de  ces 
(marchandées,  que  Ton  enleue  en  vne  flotte, 
neftant  quafl  pas  vray  femblable ,  qu'en  toute 
11'Europe  on  en  peuft  tant  gafter.  Ils  en  enleuent 
Imefmedu  bois.de  qualité  Se  de  couleur  excel- 
lente, comme  l'Ebene  Se  autres  qui  feruene. 
iaux  édifices  Se  menuiferie.  Il  en  y  a  beaucoup 
qu'ils  appellent ,  lignum  finBum ,  ou  Guayac 
propre  po&rguarir  la verolle.  Toutes  ces  liles 
&  celles  qui  font  en  ces  enuirons,qui  font  en 
Itres-grand  nombre,  ont  vn  très-beau  Se  très* 
jplaifant  regard,  pource  que  durant  toute  l'an- 
jnce  elles  font  reueftuè's  d'herbes  Se  d'arbres  ,  tel- 
lement qu'ils  ne  peuuent  difeerner ,  quand  il  eft 
|Autonne,ou  Efté,  pour  la  continuelle  humidi- 
|  té  qui  y  eft  ioin&e  auec  la  chaleur  de  la  Torride, 
I  &  combien  que  cefte  terre foit  de  très  grande 


Hiftoire  naturelle. 

eîtenduê'  ,  il  y  a  neantmoins  peu  d'habitations", 
d'autât  que  d'elle-mefme  elle  engédre  de  grands| 
Arcabutos,qu'ils  appellent,qui  fonr  des  bois,oui 
taillis  fort  dpais,&  qu'il  y  a  beaucoup  de  maref-, 
cages  &:  bourbiers  es  plaines.  Ils  donnent  vne 
autre  raifon  notable  3  de  ce  qu  elles  font  peu  ha«j , 
bitees ,  qui  c'a  d'autant  qu'il  y  eft  refté  fort  peu) 
d'Indiens  naturels,  parl'inconiideration  &  défi 
ordre  des  premiers  conquefteurs  &c  peupleursJI 
parquoy  ils  fe  feruent  la  plus  grand  part  de  Ne-j 
grès  ,  mais  ils  couftent  cher ,  à  caufe  qu'ils  fonâ 
tort  propresà  cultiuer la  terre.  Une  croiftnJ 
pain,ny  vin  en  ces  Iiles,pource  que  la  trop  graii 
de  fertilité  &  vice  de  la  terre  ne  les  laiiîe  grener. 
mais  elle  iette  le  tout  en  herbe  fort  inegallemét, 
Il  n'y  a  non  plus  d'oliuiers,au  moins  ils  ne  poç* 
tent  point  doliues,  mais  beaucoup  de  feueiliçs 
vertes  &  plaifantes  à  la  veiie,qui  toutesfois  n  ap- 
portent aucun  fruict.  Le  pain  dont  ils  vfent  êû 
de  laCacaue^de  laquelle  nous  dirons  en  fon  lieç, 
Il  y  a  de  l'or  es  riuieres  de  ces  Iilesjque  quelques1 
vns  tirentjinais  c'eft  en  petite  quantité,par  faute 
de  naturels,  qui  l'approfEtent.  I'ay  efté  pci| 
moins  d'vn  an  en  ces  !iles,&  à  ce  qui  m'a  elle  raji 
conté  de  la  terre  ferme  des  Indes  ,  où  ie  n'a^i 
point  eltéjComme  la  Floride,Nicaragua ,  Guatij 
malla,  de  antres ,  i'ay  entendu  &  apprins ,  qu'el-l 
le  efl  prefque  de  cefte  qualité    que   i'ay  ditte 
Toutefois  ie  ne  mets  les  chofes  plus  particulie-l 
res  de  nature,  qui  font  en  ces  Prouinces  de  terre! 
ferme,  pour  n'en  auoir  parfaite  cognoiflance.La 
terre  qui  plus  reiTemble  à  l'Efpagme,  &  aux  ré- 
gions de  i  Européen  toutes  les  Indes  Occident 


Des  Indes.  L  iure  III.  ï/p 

taies,  eft  le  Royaume  de  Chillé,  qui  eft  hors  de 
la  règle  generalle  de  ces  autres  régions,  d'autant 
'qu'il  eft  fnué  hors  la  Tornde  6c  le  Tropique  de 
Capricorne.  Cette  terre  de  foy  eft  frefche  ôc 
lfertile>&  produit  de  toutes  les  cC^gccs  de  frui&s 
iquifont  en  Efpagne,  &  rapporte  aufïï  grande 
'abondance  de  pain  ôc  de  vin ,  comme  mefme 
telle  abonde  en  pafturages  &  beftial.  Le  Ciel  y 
ieft  faite  &  ferain,  entre  le  chaud  ôc  le  froid.  L/hy- 
!uer&  TEfté  y  eft  parfaitement,  ôc  s'y  trouue 
'grande  quantité  d'or,  qui  eftues-rin.  Néant- 
(moins  cefte  terre  eftpauure'&  peu  peuplée^ 
1  pour  la  guerre  continuelle  que  les  Auracanos* 
!& leurs  alliez  y  font,  d'autant  que  ce  font  des 
I  Indiens  robuftes,6c  amis  de  leur  liberté. 


»i  ■       '         — ■ 

£>e  la  terre  incognué,  ejr  de  U  dwerjitédvn  tour 

entier,  qui  eft  entre  les  Orientaux  & 

Occidentaux. 

Chap.  XXIII. 

»  ifr  L  y  a  degrandes  conie&ures  qu'enîa 
P|zone  Tempérée,  qui  eft  au  Pôle  An- 
*°  tartique ,  il  y  ait  des  terres  grandes  ëc 
fertiles,  maisiufques  auiourd'huy  elles 
*ie  font  defcouuertes ,  &  ne  cognoift-on  d'autre 
terre  en  cefte  Zone,  que  celle  de  Chillé  Se  quel- 
q  e  partie  de  la  terre  qui  court  d'Etiopie  au 
Cap  de  bonne  Efperance,  commeilaeftédiel: 
au  premier  Hure.  On  fçait  auffi  peu ,  s  il  y  a  ha- 
bitation aux  deux  autres  Zones  des  Pôles,  & 


r 


Hiftoire  naturelle 

fî  la  terre  continue  8c  paruient  iufqucs  à  celL|< 
du  codé  de  l'A ntar clique  ou  Sud.  L'on  ne  col] 
gnoïft  pas  melme  la  terre  qui  gift  pafle  le  de  1 
itroit  de  Magellan,  d'autant  que  la  plus  grand»; 
hauteur  que  l'on  a  cognuë  d'icelle,  eft  de  cin-ji 
quanteiîx  degrés,  ainn  qu'il  eftditcy-deuanru 
.&dueoftéduPoleArdticquejOuNort,nenfçai| 
on  non  plus  iufques  où  va  la  terre,  qui  courfl 
pafTéle  Cap  de  Mendoçin&lcs  CaliiphomesJ 
ny  les  bornes  &  fin  de  la  Floride,  8c  iufques  oui 
elle  peut  s'eftendre  vers  l'Occident,  ilyapeil 
de  temps  que  l'on  a  defcouuert  vne  nouuelîJ 
terre,  qu'ils  appellent  le  nouueau  Mexicque,  où] 
ils  difent,  qu'il  y  a  beaucoup  de  peuples  qui  pari 
lent  la  langue  des  Mexicquains.  Les  Philippines 
,&les  Ifles  fumantes,  comme  racontent  aucun! 
quilefçaueiit  par  expérience,  courent  plus  dej 
neuf  cens  lieues  :  mais  de  traitter  de  la  Chine! 
Cochinchine ,  &  Syam,&  autres  régions  qui 
font  de  l'Inde  Orientale,  ce  feroit  contre  mori 
intention ,  qui  eft  feulement  de  trai&er  des  Oc! 
cidentales.  L'on  ne  cognoift  pasmefmelanluJ 
grand  part  de  l'Amérique  qui  gift  entre  le  Perd 
&  le  Brefil,  combien  que  de  toutes  parts  l*on  ed 
cognoiife  les  bornes.  Surquoy  il  y  a  diuerfesh 
opinions  des  vns  8c  des  autres ,  qui  difent ,  quej 
tout  eft  vne  terre  noyée,  pleine  de  lacs  8c  di 
lieux  aquatiques.  D'autres  afferment  qu'il  y  J 
de  grands  8c  fleuriiïans  Royaumes ,  s'imaginansi 
que  là  font  le  Paytiti,  le  Dorado ,  8c  les  CsefarsJ 
où  ils  difent  qu'il  y  a  des  chofesmerueilleufes} 
l'ay  ouy  dire  à  vn  de  noftre  Compagnie,  hommel 
4igne  de  foy ,  qu'il  y  auoit  veu  de  grandes  habi-l 


des  Indes.  Liure  III.  no 

tations ,  Ôc  des  chemins  autant  rompus  &  baN 
tus  comme  font  ceuxdeSalamanqueà  Vailla- 
dolid  y  ce  qu'il  veid  alors  que  Pierre  d'Orfua  ,  ÔC 
depuis  luy,  ceux  quiluyfuccederent  rirent  l'en- 
trée Ôc  defcouuerte,  par  la  grande  riuiere  des 
Amazones,  lefquels  croyans  que  le  Dorado, 
qu'ils  cherchoient  eftoit  plus  auant,nefefou- 
cierent  de  peupler  là,  ôc  après  demeurèrent  fans 
le  Dorado qu'ils  ne  trouuerent  point,  ôc  fans 
cefte  grande  Prouince  qu'ils  laifïèrent.  Devray 
c'eft  chofe  iufques  auiourd'huy  cachée,  que 
l'habitation  de  l'Amérique,  excepté  les  extre- 
mitez ,  qui  font  le  Peru,le  Brefîl ,  ôc  l'endroit  où 
la  terre  commence  à  s'eftrefîir,  qui  eft  en  la  riuie- 
re d'argent,  puis  Tucuman,  qui  fait  le  tour  à 
Chilié ,  &  aux  Charcas.  Il  y  a  fort  peu  de  temps 
que  nous  auons  entendu  pat  lettre  àes  noftres 
qui  cheminent  en  faincte  Croix  de  la  Sierre, 
que  l'on  va  defcouurant  de  grandes  Prouinces 
&  habitations ,  qui  tombent  en  cefte  partie,  qui 
eft  entre  le  Brefîl  ôc  le  Peru.  Le  temps  les  dëf- 
couurira,  car  comme  la  diligence  Ôc  hardielïe 
des  hommes  eft  auiourd'huy  grande  à  vouloir 
circuir  le  monde  d'vne  part  ôc  d'autre,  nous 
pouuons  croire,  que  tout  ainfî  quei'onadef- 
couuerttout  ce  qui  eft  cogneu  iufques  à  pré- 
sent, l'on  pourra  de  mefme  defcouurir  ce  qui  re- 
fte,  afin  que  le  S.  Euangilefoit  annoncé  à  l'vni- 
uerfel  monde,  puifque  défia  les  deux  Couron- 
nes de  Portugal ,  ôc  de  Caftille ,  fe  font  rencon- 
trées par  rOrient  ôc  par  le  Ponent,  iufques  à 
ioindre  leurs  defcouuertures  enfembîe,quieft 
à  la  mité  vne  chofe  remarquable,  que  tes  vas 


~~ 


JMb 


ÏHfifloire  naturelle 

foientparuenusiufques  en  la  Chine,  &  Iappoh  j 
par  l'Orient,  &  les  autres  aux  Philippines  qui! 
ibntvoifînes  &  prefque  contiguësàla  Chinai 
parTOccidenr.  Car  de  Tille  de  Lullbn,quieft  : 
la  principalle  des  Philippines,  ou  eft  la  cité  de 
Mammille,  iuiques  à  Macan,  qui  eft  Tlfledej 
Cauton,ii  n'y  a  que  quatre  vingts  ou  cent  lieitaftl 
de  mer  entre  deux ,  &  trouue  chofe  merueilleu- 1| 
fe ,  qu'encore  qu'il  y  ait  fi  peu  de  diftance  de  l'vn  I 
à  l'autre,  il  y  a  neantmoihs,  félon  leur  conte,  vn  I 
iour  entier  de  différence  entre  eux,de  forte  qu'il  A 
eft  Dimanche  à  Macan ,  lors  que  à  Mammille  il  ij 
eft  Samedy,  cV  ainfidu  refte.  Ceux  de  Macan  1 
ëc  la  Chine  ont  vn  iour  aduancé,  &  ceux  des! 
Philippines  en  ont  vn  retardé.  Il  aduint  au  Perc  I 
^llonfe  S  anches ,  duquel  il  eft  faick  mention  cy  I 
deuant,  que  partant  des  Philippines  il  arriua  à  I 
Macan,le  deuxiefme  iour  deMay  félon  fon  con-  J 
te,  &  voulant  dire  l'office  de  faincl:  Athanafe^  I 
trouua  qu'ils  celcbroiet  la  fefte  de  rinuentiortl 
fainde  Croix ,  par  ce  qu'ils  contoient  là  le  troi- 1 
fiefme  de  May.  Il  luy  en  aduint  tout-autant ,  en  I 
vn  autre  voyage  qu'il  fit  par  delà.  Quelques  vns  I 
ont  trouuéjcefte  variation  &  diuerlité  eftrange,  jj 
Se  leur  femble ,  que  cela  procède  de  la  faute  des  | 
vns,  ou  des  autres ,  ce  qui  n'eft  pas  toutesfois,  I 
mais  eft  vn  conte  vray  &  bien  obferué  :  car  fui-  I 
liant  la  différence  des  chemins  paroùonteftc 
les  vns  &  les  autres,  il  faut  neceflairement  di- 
re ,  que  quand  Ton  fe  rencontre  on  doit  auoic 
vn  iour  de  différence.  La  raifort  eft,pource  que 
nauigeant  d'Occident  à  T  Orient,  Ton  va  touf- 
iours  gagnant  le  iour  *  &  trouue  Ton  pluftoft  lé 

-  leuer 


âesJndeL  Liure.  III  j2l 

euer  du Soleil,  &au  contraire  ceux  quinaui- 

jent  d'Orient  au  Ponent,vontroufiours  perdant 
eiour,&  s'en  retirent  arriere,pource  que  le  So- 
eil  de  plus  en  plus  leur  Va  ieuât  plus  tard,  &  cô- 
ne plus  ils  vont  approchant  du  hbuàht  ou  du 
>onent, plus  ils  ont  lé  iour  toit  ou  ta rd.  Au  Peru 
lui eft Occidental,  au refpeél de rEfpagne^oiî 
demeure  de  plus  de  fix  heure*  arriere-de  farori 
ue  quand  il  eft  midy  en  Efpagne ,  il  eft  aube'ou 
oind  du  iour  au  Peru;  6V  quand  l'aube  du  iour 
û  par  deçà ,  la  minui&  fé  trouue  eftre  par  delà; 
ay  fai&  prëuue  certaine  de  cela,  par  la  compu- 
ition  dés  Eclypfes  du  Soleil  &  de  la  Lune, 
laintenant  donc, que  les  Portugais  ont  taSE 
ur  nauigation  d'Occident  a  l'Orient,  &  lcs 
aftillans  d'Orient  en  Occident,  quand  ils  fé 
font  venus  à  ioindre  &  rencontrer,  quiaefté 
ix  Fhilipines  &  Macan,les  Vus  ont  gaigrie  dou  - 
:  heures  d'aduance ,  &  les  autres  en  ont  per~ 
i  tout  autant.  Par  ainfi  en  vnmèfme  poinct 
envn  mefmé  temps  ils  trouuènt  la  différen- 
ce vingt  heures,  qui  eft  vn  iour  entier.  Aii 
oyen  dequoy  neceilairement  les  vns  font  au 
Diliefme  de  May  quand  Its  autres  content  le 
mxiefme  :  &  quand  les  vns  ieufnent  le  Samèdy 
ind,  les  autres  mangent  delà  ch?ir  pour  le 
ur  de  la  Refurre&ion.  Que  fi  nous, voulons 
indre  qu'ils  pailaiTent  plus  outre,  tournoyans 
corvne  autre  fois  le  monde,  &  qu'ils  vfafTent 
i  mefme  conte ,  quand  ils  tournoient  à  fe  ioin- 
^îlsfetrouueroient  aufsi  bien  parleur  mef- 
î  conte  en  deux  iours  de  différence.  Carcom- 
\*y  dit^  ceux  qui  vont  au  ieuer  du  Soleil 


'j/tftoire  naturelle 

vont  contant  le  iourpluftoft  ;  comme  le  Soi* 

leur  va  leuant  pluftoft,&  ceux  qui  vont  au  coi 

chant  au  contraire,  vont  contant  le  iour  pli 

tard  d'autant  qu'il  leur  va  fortant  plus  tard.  F 

nakmét  la  diuerfité  des  midis  fait  les  diuers  coi 

tes  desiour s.  Et  d'autant  que  ceux  qui  vôt  nau 

géants  du  Leuant  au  Ponent,,  vontchangear 

leurs  midis  fans  le  fentir,&  toufiours  neantmoj 

pourfuiuentle  mefme  conte  où  ils  fetrouue 

quandils  partent,il  eft  neceffaire  qu  - 

circuit  du  monde  ils  trouuent  faùt( 

d'vn  iour  entier. 


* 


acheuants 
*aûte  à  leur  coi 


Des  VolunSyOU  huches  de  feu, 
Chap.    XXIIIÏ. 


'Ombien  que  Ton  trouue  en  daut 
i  endroits  des  bouches  de  feu  , .  corn 
•lemontjfctna  Vvefuuio  ,  quauioi 
.  id'huy  ils  appellent  le  mont  de  Sor 
neantmoinsc'eft  chofe  remarquable  que  ce 
fetrouue  es  Indes.  Ordinairement  ces  Vole 
font  rochers  ou  pics  de  montagnes  tres-hai 
qui  s'esleuent  pardeffus  les  fommets  de  toi 
lesautresmontagnes.  Ils  ont  en  leurs  fomm: 
vne  planure  ,  &au  milieu  vne  fofle,ou  gra 
bouche  qui  defeend  iufques  au  profond  ou  t 
d'icelle,  qui  eft  chofe  efpouuentable  a  voir, 
ces  bouches  il  fort  de  la  fumée  ,  &  quelques 
du  feu.  Il  yen  a  quelques  -vns  qui  îettent  1 
peudefumee,  &  prefque  n  ont  aucune  toi 
de  Volcans,comme  eft  celuy  d'Arcquipa , 


âes  Indes.  Lîure.  III.  f^ 

éft  d'vne  hauteur  démefuree,&  prefque  du  tout 
de  fable  qui  ne  fe  peut  monter  en  moins  de  deux 
jours  ,  neantmoinsonn'yatrouuéaucune  ap- 
parece  de  feu,mais  feulemet  les  veftiges  de  quel- 
ques facnfkes  que  faifoient  là  les  Indiens  lors 
qu'ils  eftoient  Gentils.Et  quelque  peu  de  fume- 
qu  iliette  quelquesfois.Le  Volcan  de  Mexique^ 
qui  eft  proche  du  bourg  des  Anges,eft  aufsi  d  V- 
ne  hauteur  admirable  où  l'on  mote  trente  lieues 
en  tournoyant.De  ce  Volcan  fort5non  pas  conti- 
nuellement ,  mais  de  fois  à  autre  ôc  prefque  cha~ 
que  lour,  vne  grofle  exhalation  &  tourbillon  de 
fumée  qui  fort  droit  en  haut  corne  vn  trait  d  ar- 
fealefte,  qui  par  après  fe  fait  femblable  a  vn  tref- 
grand  plumage  iufquesi  ce  qu'il celle  Ju  tout  & 
aufsitoftfe  refoult  en  vne  nuée  noire  &obfcu- 
re.  Plus  communémet^lle  fort  au  matin  après  lé 
kuer  du  Soleil,&  au  foir  quand  il  fe  couche,en- 
cor  que  l'enay  veufortiren  autres  heures!  Il 
fortaufsi  quelquesfois  après  celle  fumée  beau- 
Coup  de  cendres.  De  feu  Ion  n'en  a  eftcor  veii 
lorunufquesâprefent,  toutesfoisPon  a  crainte 
qu'il  ne  forte  &  brusle  la  terre  qui  eft  à  l 'entour, 
laquelle  eft  la  meilleure  de  tout  le  Royaume.Et 
tient-on  pour  certain  qu'il  y  a  quelques  corres- 
pondance entre  ce  Volcan  &  la  Sierre  de  Tlax- 
calaqui  eneftaffez  proche,  quicaufeles  ton- 
oerres  &  efclairs  fi  grands  que  Ion  void  êcoit 


Bêla  poudre.Cortez  raconte  la  diligence  qu'il* 
gîte  pour  defcouurir  ce  qu'il  y  auok  en  ce  VoP 


SJî. 


•a*»/  li 


" 


Hifîoire  naturelle 
tan."  Les  Volcans  de  Guatimalla  font  plus  re- 
nommez tant  pour  leur  grâdeur  &  hauteur,que 
les  nauigeans  en  la  mer  du  Suddefcouure.it  de 
fort  loimque  pour  l'efpouuentement  &  valen- 
ce des  feux  qu'ilsiettent  defoy.  Ilarnuaaui5 
de  Décembre  de  l'an  paffé  i586.que  toute  la  Ci- 
té de  Guatimalla  prefquc  tombad  vn  tremble- 
ment de  terre ,  où  demeurent  mefme  quelque 
perfonnes.  Ilyauoit  défia  f.x  mois  que  de  .ou 
&de  nuiaie  Volcan  ne  ceflbit  de  letterpar  1 
haut  &  comme  vomir  vn  fieuue  de  feu ,  la  ma 
tiere  duquel  tombant  aux  çoftéz  du  Volcan  ,1 
conuertiffoit  en  cendre  corne  terre  bruslee(chc 
fequi  furpaflele  iugement  humain  d'entendt 
comme  il  peut  tirer  de  fon  centre  tant  de  matie 
re  qu'il  iettoithors  defoy  durant  ces  lix  moi 
pource  qu'il  n'auoit  accouftume'  de  îetter  qr 
3e  la  fumée  &  non  pastoufiours ,  mais  quelqu 
foisde  petites  aammefches.  Celamefut  de. 
eftant  en  Mexique  par  vn  Secrétaire  de  1  A' 
dience  de  Guatimalla,homme  digne  de  roy,vc 
r«  n'auoit  pas  encor  alors  cefsé  ce  Volcan  de  le 
terces  feux  queiedy.  Cesans  paflezmetro. 
uantenQuitto  enlaCitddes  Roys^le  Vole, 
ou  ilsont  proche  iettoit  tant  de  cendre,  qu  . 
beaucoup  de  lieux  en  circuit  il  pleut  tant  I 
cendre  quelle  obfcurciffoit  la  lueur  du  >ourJ 
en  tomba  telle  abondance  en  Quitto  qu'il  n 
ftoitpofsible  de  cheminer  par  les  rues.  Lo. 
veu  d'autres  Volcans  qui  ne  Jettent  ny  flami 
ny  fumée,  ny  cendre  mefme,  maisl  on  lesvc 
brusler  au  fondsd'vne  viue  flamme  fans  s  amc 
ur.de  tcUe  f*c,on  eftoit  ecluy  qu'en  noftre  «m 


des  Indes.  Liure  III.  T23 

vn  Preftre  cupide  &  auariçieux  fe  perfuada  que 
ce  qu'il  voyoit  bruslant,eftoient  maffes  d'or,  iu- 
géant  en  foy-mefme,que  ce  ne  pouuoit  eftre  au- 
tre métal  ny  matière,  chofe  qui  depuis  tant  d  an- 
nées ardoit  fans  fe  confommer,  &  eftant  en  cefte 
perfuafion ,  il  fit  de  certaines  chaudières  &  chaî- 
nes ,  auec  ne  fçay  quel  infiniment  pour  cueillir 
&  retirer  l'or  de  ce  puits  ou  Volcan  •  mais  le  feu 
fe  moqua  de  luy ,  pource  que  la  chaîne  de  fer  8c. 
la  chaudière  n'approchoient  pas  pluftoft  du  feu, 
qu'aufsitoft  elles  ne  fe  défirent  &fufTent  cou- 
pées comme  fi  c'euft  eftë  des  eftoupes.Ce  neant- 
moinsonme  diftquece  perfonnage  s'obftinoit 
toufiours ,  & alloit recherchant d'autresinuen- 
tiôspour  tirer  Sç  puifcr  ceft  or  qu'il  s'imaginoit. 


JjhtelU  eft  la  cm/è  çeurquoy  le  feu  &  la  fumée 
durentjilong  temps  en  ces^olcans. 
Chapitre  XXV. 
L  n  eft  jabefoin  défaire  mention  des; 
autres  Volcans,  puifque  par  ks  defïuf- 
di&slon  peut  entendre  ce  qui  en  eft, 
toutesfois  c'eft  chofe  digne  de  recher- 
cher quelle  eft  la  caufe  qui  fait  durer  le  feu  &  la 
fumée  en  ces  Volcans:  pource  qu'il  fembleque 
ce  foit  chofe  prodigieufe,  voire  qui  excède  le 
cours  naturel  deietter  de  leur  eftomac  tant  de 
flammes  comme  ils  en  vomaTent.  D'où  procède 
cefte  matière  qui  la  leur  donne,  ou  comme  eft- 
clle  engendrée  là  dedans  ?  Quelques- vns  ont  eu 
opinion  que  ces  Volcans  vont  confommant  la. 
çutierç  intérieure  qu'ils  ont  de  leur  nature,  & 


mêmbià 


ififtoin 
croyent  pour  cefte  cai 
prendront  fin  quâd  ils  -* 
par  manière  de  dire,  q 
cefte  opinion ,  l'onvo 
montagnes  ou  rochers. 
bruslee,  qui  eft  fort  leg 
excellente  à*faire  edifi< 
celle  que  l'on  apporte  < 
Et  en  effeâ:  il  y  a  des  a] 
ces  montagnes  ou  roc 
feu  naturel,qui  s'eft  eft 
fommee.  Et  par  ainfi  c 
bruslees  &  pénétrées  di 
Quant  eft  de  moy  ,  i( 
qu'il  n'y  ait  eu  airtrefî 
lieux,  au  temps  parte 
Mais  ce  m'eft  chofe  d 
Toit  ainfi  de  toits  les  Vo 
qu'ils  mettent  h  ors ,  ef 
ne  pourrait  plus,eftant 
comprinfe  dans  cefte  o 
■fort.O  litre  cela  il  y  a  d< 
ries,  voire  milliers  danr 
mefme  façon ,  iettans 
mee,du  feu,&  de  la  cei 
naturel(felo  que  réfère 
recherchant  ce  fecret 
foit  cefte  affaire,  &  s'af 
l'exhalation du  feu  de  1 
rut  &  penfant  en  veni 
vint  a  bout  de  fa  vie.  Pc 
jation,  ie  penfc,  &  eft  i 
i!  y  a  des  lieux  en  la  ter 


desjndes.  Liure  III.  12  4 

Ter  à  foy  la  matière  vaporeufe  ,  &r  Je  la  conuer- 
tir  en  eau ,  qui  font;  les  fontaines  lefqu elles  tou- 
jours découlent,  &  toujours  ont  dequoy  dé- 
couler ,  entant  qu  elles  attirent  a  foy  la  matière 
del'eauraufside  mefme  il  y  a  des  lieux  qui  ont  la 
propriété  d'attirer  à  eux  les  exhalations  chau- 
des^ de  les  conuertir  en  feu  &  en  fumee,&  par 
leur  force  &  violence    iettent  mefme  d'autres 
matières  efpaiftes  qui  fe  refoluent  en  cendre  ,  en 
pierre  de  ponce,  ou  autre  matière  femblable ,  8c 
qui  eft  vn  argument  fdfnfant,qu'és  Volcans  cela 
foit  ainfi ,  c'eft  qu'ils  iettent  en  certain  temps  de 
la  fumee,non  pastoufiours,  &  en  certain  temps 
du  feu,&  non  toufiours ,  qui  eft  félon  quils  ont 
peu  attirer  à  foy  &  digérer,  comme  les  fontaines 
en  temps  d'hyuer  abondent  ,  &  en  eftè  dimi- 
nuent, voire  quelques-  vnes  fechent  du  tout,  fe  - 
i  "on  la  force  &  vigueur  quelles  ont,  &  félon  la 
matière  qui  fe  prefente  ;  ainfi  eft-il  de  ce  que  ces 
Volcans  en  diuers  temps  iettent  du  feu,  plus  ou 
moins.  Les  autres  difent  que  c'eft  le  feu  d'enfer, 
&  qu'ilfort  par  la  pourferuir  d'aduertnTement, 
à  fin  de  conhderer  par  là  ce  qui  eft  en  l'autre  vie  : 
mais  fi  f  enfer,  comme  tiennent  lesT  heologiens, 
eft  au  centre  de  la  terre,laquelle  tient  de  diamè- 
tre plus  de  deux  mille  lieues,!  on  ne  peut  pas  iu- 
ger  que  ce  feu  foit  du  centre ,  d'autant  plus  que 
le  feu  d'enfer ,  félon  que  S.  Bafîle  &  autres  en-  Baf.  m  tf<& 
feignent,  eft  fort  différent  de  ceftuy  que  nous z8-  &  in 
voyons ,  pource  qu'il  eft  fans  lumière ,  &  ard  Se  exam' 
bru$le5fans  comparaifon  plus  que  le  noftre.  Ain- 
fi ie  conclus  que  ce  que  i'ay  dict  me  femble  plus 
raifonnabk, 

Q^iiij 


Hiftoire  naturelle 


Des  tremblemens  de  terre* 
Chapitre    XXVÏ. 

Velques-vns  ont  penfé,que  de  ce$ 
Volcas  qui  font  es  Indes,procedent 
es  tremblemens  de  terre,  allez  fre- 
quens  par  delà:  mais  parce  qu'ils 
viennent  ordinairemét  es  lieux  qui 
font  esloignez  de  ces  Volcans ,  ce  n'en  peut  pas 
eftre  la  caufe  totale.  Il  eftJbié  vray  qu'ils  ont  cer- 
taine forme  &  fympathie  les  vns  auec  les  autres; 
pource  que  les  exhalations  chaudes  qui  s'engen-r 
drent  es  intimes  concauitez  de  la  terre ,  femblent 
eftre  principale  matière  du  feu  de  ces  Volcans, 
par  lefquels  mefme  s-allume  vne  autre  matière? 
plusgrolfe,  de  rend  ces  apparences  de  flamme  & 
Fumée  qui  fortent .  Et  ces  mefmes  exhalations  ne 
trouuarïsau  dedans  de  la  terre  aucune  fortieai- 
feejmeuuent  la  terre  pour  fortir  auec  vne  gran- 
de viq\ence,  d'où  vient  le  bruit  horrible  qu'on 
entend  au  defîbubs  de  la  terre,&  mefme  le  mou- 
uement  de  la  terre,eftant  agitée  de  cefte  bruslan* 
te  exhalation.Tout  ainfi  comme  la  poudre  à  ca- 
non es  mines  &  artifices ,  eftant  touchée  du  feu, 
rompt  les  roches  &  les  murailles:  &  comme  la 
çhaftaigne  mife  au  feu, faute  &  fe  rompt  en  fai- 
fant  bruit,  lors  au'elle  iette dehors  l'air  quieft 
enferme  dedans  ion  efeorce  ,  parla  vigueur  du 
feu:  Aufsile  plus  ordinairemét  ces  tremblemens 
de  terre  ont  accoufturne  d'aduenir  aux  endrojtg 


des  Indes.  Liure.  III.  ijj 

jBaritimes5<juifont  voifinsde l'eau. Commelon 
voit  en  l'Europe,&  aux  Indes,  que  les  bourgs  & 
villes  plus  esloignees  de  la  mer  &  des  eaux ,  Ten- 
tent moins  ce  trauail,  &au  contraire  ceux  qui 
font  es  ports  de  mer,  esriuieres,éscoftes,  &ës 
lieux  qui  en  font  voifins ,  endurent  plus  cefte 
calamité.  Ileft  aduenuauPeru  vneehofemer- 
ueilleufe,&  digne  de  noter ,  fçauoir  qu'il  y  a  eu 
des  tremblemens  de  terre  qui  ont  couru  de- 
puisChillé,  iufques à  Quitto,  quifont  plusde 
cinq  cens  lieues,  ie  dy  des  plus  grandes  dont 
on  ayt  ouy  parler  ,  car  les  autres  moindres  y 
font aflez ordinaires.  En  lacofte  de  Chille  (  ilne 
mefouuient  quelle  année)  fut  vn  tremblement 
jde  terre  fi  terrible,  qu'il  renuerfa  les  monta- 
gnes entières  ,  &  par  ce  moyen  empefcha  le 
courant  des fleuues,  qu'il  conuertit  en  lacs ,  il 
abbatit  des  villes,  &  tua  grand  nombre  d'hom- 
mes, faifantfortirlamerdefonlieu,  quelques 
lieues  bien  auant,  de  façon  qu'elle  laiualesna- 
uiresà  Çecy  bien  loing  de  la  rade  ordinaire,  Se 
plufieurs  autres  chofes  triftes  &  cfpouuenta- 
blés.  Et  fi  bien  m  en  fouuient ,  ils  difent  que  le 
trouble  &  efmotion  que  fit  ce  tremblement, 
courut  trois  cens  lieues  le  long  de  la  cofte.  A 
ipeu  de  temps  delà ,  qui  fut  l'an  de  quatre  vingts 
deux,vint  le  tremblement  d'Arequipa,  qui  ah- 
bâtit  &  ruina  prefque  toute  cefte  ville  la.  Du 
jdepuis  en  Tan  quatre  vingts  fix ,  le  neufiefme  de 
Juillet ,  aduintvn  autre  tremblement  en  la  Cite 
desRoys,  lequel^felon  qu  efcriuit  le  Viceroy, 
auoit  couru  le  long  delà  cofte  cent  foixantete 
Aix  lieues,  &  de  trauers  dedags  la  Sierre  cin- 


*«fc/3v  £H» 


Hiftoire  naturelle 
quânte  lieues.  La  mifericorde  du  Seigneur  fut 
grande  en  ce  tremblement ,  de  preuenir  le  peu- 
ple par  vn  grand  bruit ,  qu'ils  ouyrent  quelques 
peu  deuant  le  tremblement ,  &  comme  aduertis 
par  les  expériences  paffees,  incontinent  fe  mi- 
rent en  fauueté,fortant  es  ruës,places  &  iardins, 
finalement  es  lieux  defcouuerts,  par  ainfi  en- 
cor  quelle  ruina  beaucoup  ladite  ville,  &que 
les  principaux  édifices  d'icelle  tombèrent  ,  ou 
furent  a  demy  ruinez ,  neantmoîns  on  dit  qu'il 
n'y  demeura  que  quinze  ou  vingt  perfonnesfeu- 
lement  de  tout  le  peuple.  Il  fit  en  la  mer  le  mef- 
me  trouble  &  mouuement  qu'auoit  fai<5t  ceîuy 
de  Cfrujé  ,  qui  fut  incontinent  apresle  trem- 
blement de  terre,  fi  que  l'onveidla  merfortir. 
furieufe  &  bondiflante  de  fes  riuages ,  &  entrer 
au  dedans  de  la  terre  prefque  deux  lieues  auant: 
car  elle  monta  plus  de  quatorze  brades ,  &  cou^ 
urit  toute  ccfte  plage  ,  tant  que  les  digues  & 
pièces  de  bois  qui  eftoient  là  ,  nageoient  en 
l'ea-.  En  après  l'an  enfuiuant  ,  il  y  eut  encor 
vn  autre  tremblement  de  terre  au  Royaume  & 
Cité  de  Quitto ,  &  femble  que  tous  ces  notables 
tremblemens  de  terre  en  cefte  cofte ,  ayent  fuc- 
cédé  les  vns  aux  autres  par  ordre ,  &  de  faiet  elle 
cft  fubiette  a  ces  inconueniens.  C'eft  pourquoy 
encor  qu'en  la  cofte  duPeruils  nefoicnt  tour- 
mentez du  Ciel,des  tonnerres  &  foudres,  ils  ne 
laufent  pas  toutesfois  d'auoir  de  la  crainte  du 
cofte  delà  terre,  &  ainfi  chacuna  deuant  foyi 
Veûed'ceilles  hérauts  de  ladiuinelufticé,  afin 
de  craindre  Dieu.  Car ,  comme  dit  l'Efcriture, 
ïmthœcvttimemr.   Retournant  donc  à  noftre 


des  Indes.  Lime  1 1 L  iz  6 

propos,  iedyque  les  lieux  maritimes  font  plus 
fubiets  a  ces  tremblemens' ,  dont  la  eaufe  eft, 
comme  il  me  femble,que  l'eau  bouche  &  eftou-» 
pelés  conduits  &  ouuertures  de  la  terre  ,  par 
où  fe  deuroyent  exhaler  &  fortir  les  exhala- 
tions chaudes,  qui  s'engendrent  en  icelle.  Et 
mefme  que  l'humidité  efpaifsiifant  lafuperficie 
de  la  terre  ,  fait  que  les  fumées  &  exhalations 
jehaudes  fe  referrent  &  fe  rencontrent  plus  vio- 
lemment là  dedans ,  qui  par  après  viennent  a 
rompre  en s'enrlammant.  Quelques-* ns  ont  ob- 
|ferué  que  tels  tremblemens  de  terre  ontaecou-^ 
ftumé  de  s'efmouuoir ,  lors  qu'il  vient  vn  temps 
pluuieux,  après  quelques  feches  années.  Doii 
j/ientquelon  dit  que  les  tremolemens  de  ter^* 
|j:e  font  plus  rares  es  lieux  où  il  y  a  grand  nombre 
jfe quantité  de  puits,  ce  qui  eft  approuué  par 
'expérience.  Ceux  de  la  Cite  de  Mexicque  ont 
ippinion  que  le  lac,fur  lequel  elle  eft  fituee,cau- 
je  les  tremblemens  de  terre  qui  y  furuiennent, 
;ncor  qu'ils  n'y  foient  pas  beaucoup  violens,  $S 
;  eft  chofe  certaine,que  les  villes  &Prouinces  fî- 
pees  auant  dedans  les  terres,  &  qui  font  plus  ef- 
oigneesMela  mer,  reçojuent  quelquesfois  de 
jran  ds  dommages  de  ces  tremblemens ,  comme 
aCitédeChachapoyasaux  Indes,  &en  Italie 
relie  de  Fçrrare,  encor  que  fur  ce  fubied  il  fem- 
île  que  ceWe-cy,pour  eftre  voifine  d'vne  riuiere, 
fen'eftre  pasaulsi  fort  esloignee  de  la  mer  A- 
iriatique  ,  doiue  pluftoft  eftre  mife  au  nom- 
mes des  villes  maritimes.  En  l'an  mil  cinq  cens 
juatre  vingts  &  vn,en  Chuguiano,  Cite  du  Pe- 
fu ,  autrement  appellee  la  Paix  ,  arriua  vn 


Hifloire  naturelle 
cas  fort  eftrange  fur  ce  propos  ,  c'efl:  quVii1 
bourg,  appelle  Angoango,  auquel  habitdient 
plufieurs  Indiens,enchanteurs  &  idolatres,tonv' 
ba  inopinément  en  ruine,  de  forte  qu'vne  gran- 
de partie  de  ce  bourg  fut  enleuee  &  emportée,! 
dont  plufieurs  de  ces  Indiens  furent  eftoufez,  &|, 
ce  qui  femble  incroyable  (neantmoinsattefteparl 
perfonnages  dignes  de  foy  )  la  terre  qui  fe  ruina 
&  qui  s'abbatit  ainfî ,  courut  &  coula  fur  le  pays 
l'efpace  d  vne  lieuë-&  demie  ,  commefic'euft 
efte  de  l'eau  ou  de  la  cire  fonduè'jde  façon  qu'el- 
le toucha  &  remplit  vn  lac ,  &  demeura  ainfil 
cftendué  parmy  toute  celle  contrée. 


Comme  la  terre  &la  mers'embrajfint 
t'vne  t autre. 
Chapitre    XXVII. 

'Acheueray  par  cet  élément  de 
la  terre ,  le  ioignant  auec  le  pré- 
cèdent de  l'eau,  l'ordre  &em- 
braflement  defquels  eft  de  foy 
certainement  admirable.  Ces 
deux  elemens  ont  vne  mefme 
fphere  départie  entr'eux ,  &  fe  vont  embraffans 
&  accollans  en  mille  façôs  &  manieres.Par  quel-1 
ques  endroits  l'eau  combat  furieufement  la  ter-! 
re, comme  fon  ennemie  ,&  en  autres,elle  la  vient} 
enceindre  dvne  façon  fort  douce  &  amiable.  Il 
y  a  des  lieux  où  la  mer  vient  entrer  dedans  la  ter-' 
re  bien  auant ,  comme  venant  la  vifiter,&  d'au-1 
très  efquels  la  terre  fe  recompenfe ,  iettant  en  H 


deslnâes.  Liure.  ÏII.  izj 

mer  Tes  caps,  pointes ,  &  langues  auancees ,  qui 
ivont  pénétrant  iufques  aux  entrailles.  Enquel- 
quesendroits  vn  élément  sacheue,  &  l'autre fe 
■commence ,  fe  donnant  place  peu  a  peu  l'vn  à 
l'autre.  Aux  autres,  chacuns  d'eux  (  lors  qu 'ils fe 
jiûignent)  ontvne  tref-grande  profondeur,  & 
lesleuation, comme  il  fe  trou  u  e  des  Isles  en  la  mer 
du  Sud,&  mefme  en  la  mer  du  Nort ,  defquelles 
lesnauires  s  approchent  tout  contre.  Et  qùoy 
qu'ils  y  iettent  la  fonde  en  foixante&  dix,&  qua- 
tre-vingts braffees ,  fiefl-ce  qu'ils  n'y  trouuent 
point  de  fonds  ;  qui  faiâ:  iuger  que  ce  font  com- 
me des  pics  ou  pointes  de  terre  ,  qu  i  montent  du 
profond ,  &  s'esleuent  en  haut ,  chofe  digne  de 
grande  admiration.  A  ce  propos  me  dit  vn  Pilote 
fort  expérimente ,  que  les  Isles  >  qui'ls appellent 
des  loups,  &  d'autres  qui  font  furie  commence- 
ment delà  cofte  delà  neuue  Efpagne  ,  qu'ils 
appellent  des*  Cocos,  eftoient  de  cefte  mef- 
me façon.  Dauantage,il  fe  trouue  vn  endroit  au 
milieu  du  grand  Océan,  hors  de  la  veuë  de  terre, 
&esloigné  d'icellede  plufieurs  lieues  ,  auquel 
Ton  voit  comme  deux  tours ,  oupics ,  d'vne  ro- 
che fort  hault  esleuez ,  qui  fortent  du  milieu  de 
la  mer,&  neantmoins  ioignât  icelles  1  on  ne  peut 
trouuerny  fonds,  ny  terre.  L'on  ne  peut  encor 
certainement  comprédre,ny  recognoiftre  quel- 
le eft  la  forme  entière  &  parfaite  de  la  terre  des 
Indes,  pourn'auoir  efte  lesextremitez  d'icelle 
du  tout  defcouuertes  iufqu'à  ^relent.  Néant- 
moinsnous  pouuôs  dire  comme âlrauers,qu'ei- 
jlc  peut  eftre  comme  vn  cœur  ,  auec  les  poul- 
[Çions.Le  plus  large  de  cç  cœur  %  cft  du  Brefii  au 


Y 


ffiftoire  nat.  des  Indes.  Liure.  III. 

1?eru ,  la  pointe  au  deftroit  de  Magellan ,  & 
le  hautfcdil  s'acheue  eft  la  terre  ferme  ,  &  de  la 
commence  le  continent  a  s'eslargir  peu  à  peu  iuf. 
ques  a  arriuer  à  la  hauteur  de  la  Floride  &  terres 
fuperieures,  qui  ne  font  encorbien  cogheiies. 
L'on  pourra  entendre  d'autres  particularitez  de 
cefte  terre  desirdes,  par  les  commentaires  que 
lesEfpagnols  ontefcrit  de  leurs  fuccés  &def- 
couuertes ,  &  en  autre,  de  la  pérégrination  que 
iay  efcrite,  qui  a  la  vérité  eft  eftrange,  &  en 
peut  donner  beaucoup  de  cognoinance,&  eft  ce 
qui  m'a  femblé  fufrire  àprefent  pour  donni 
quelque  intelligence  des  chofes  des  Indes,  quant 
aux  communs  elemens ,  defquels  toutes  les  par-» 
ties  du  monde  font  formées  &  compofees^ 


LIVRE    Q^VATRIESME 

DE   ^HISTOIRE   NATV: 

RELLE    ET    MORALE    DES 

Indes. 
CHAPITRE    I. 

Des  trois  genres  de  mixtes, ou compo/èz,dontie 
dois  trait  ter  en  cefie  hifoire. 


Y  an  Ttraittéauliure  précèdent 
de  ce  qui  touche  les  elemens,  Ôc 
les  (impies  des  Indes,  nous  parle- 
rons en  ce  prefent  liure ,  des  mix- 
tes &  des  compofez ,  entant  qu'il 
bous  femblera  conuenable  au  fubjecl:,dont  nous 
Voulons  traitter.Et  combie  qu'il  y  ait  beaucoup 
d'autres  genres  diuers,nous  réduirons  toutesfois 
cefte  matière  en  trois ,  qui  feront  les  metaux,les 
plantes  &  lesanimaux.Orles  métaux  font  corne 
ces  plates  couuertes  &  cachées  dedâs  les  entrail- 
les de  la  terre ,  qui  ont  quelque  refTemblance 
cntr  eux  ,  en  la  forme  Se  manière  de  leur 
production  :  d'autant  que  l'on  voit,  &  reco- 
gnoift  mefme  entre  eux  des  rameaux  &  com- 
me vn  tronc  ,  duquel  ils  naiflent  &  procè- 
dent, <jui  font  les  greffes  veines  &  les  moindres, 


Hifioire  naturelle 
tellement  qu  iisoht  entrée  eux  vne  liaifon,  telle  ! 
qu'il  femble  proprement  ,  que  ces  minéraux  ; 
croiiTentàla  facondes  plantés.  Non  pas  qu'ils  j 
ayentvneVraye  vie  vegetatiue  intérieure,  car  j 
c'eftehofequieft  feulement  propre  auxvrayes  j 
plantes,  maisilsfe  produifent  aux  entrailles  de  | 
la  terre, par  la  vertu,&  la  force  dii  Soleil ,  &  des  j 
autres  planètes  ,  &  dans  vne  longue  efpace  de 
temps  fe  vont  augmentant  ,  &prefque  multi- 
pliant, à  la  façon  dés  plantes.  Et  tout  ainfi  com* 
me  les  métaux,  font  des  plantes  cachées  enter- 
re,ainfi  pouuons  nous  dire  que  les  mefmes  plan-  | 
tes  font  des  animaux  fixes  &arreftez  en  vnlieu^ 
îavie  defquélles  s'entretient  par  l'aliment  que 
nature  leur  va  fourniilant ,  dés  leur  propre  naif- 
fance.  Mais  les  animaux  furpailent  les  plantes, 
en  ce  qu'ils  ont  vn  eftre  plus  parfait  ,  &  deli 
aufsi  ont-ils  befoin  d'vn  aliment  &  norriturë 
plus  parfaite.  Pour  lequel  chercher  nature  leur 
adonné  vn  mouuement  &  vn  fentiment  ,  afin 
de  le  defcouurir&  cognoiftre.  De  forte  que  la 
terre  rude  &  fterille ,  &  comme  la  matière ,  ôc 
aliment  des  métaux ,  &  celle  qui  eft  fertile 
&  mieux  affaifonnee ,  la  nourriture  des  plantes; 
Les  mefmes  plantes  feruent  d'aliment  aux  ani- 
maux, &  les  plantes  &  animaux  tousenfemblc 
font  l'aliment  des  hommes ,  feruant  toufiours 
la  nature  inférieure  à  l'entretien  &  fuftentatiort 
delà  fuperieure,  &  la  moins  parfai&efe  fub- 
mettant  à  la  plus  parfai&e.  D'où  l'on  peut  voir 
combien  il  s'en  faut,que  l'or ,  l'argent,&  les  au- 
tres chofes  que  les  hommes  eftiment  tant  par 
kurauarice*  foient  lafin&k  but  de  l'homme 

auquel 


defjndes.  Liure  I V,  ït  9    . 

l  auquel  il  doiue  rendre ,  puis  qu'ils  font  tant  de 
idegrez  plus  bas  en  qualité  que Thomme,iequei 
!  aefté  créé  Se  crdoné ,  pour  eftre  fu j  e£l  de  feruir 
feulement  au  Créateur  vniuerfel  de  routes  cho- 
i fes,  côme  àïa-propre  fin ,  &  fon  parfai ci  repos: 
ôc  auquerhonime,toutes  les  autres  chofes  de.ee 
mode  n'ont  eflé  propofees,  ou  delaiiïees,  ïïiicm 
pour  s'ènféruir  à  gagner  celle  dernière  fin.  Qui 
voudra  côiîderer  les  chofes  créées  ce  en  difeou-, 
rir  félon  celle  Philofophié;  pourra  certes  tiret 
quelque  fruit  de  leur  cognoiilànce  6c  considéra- 
tion fe  feruant  d'icelles^  poùir  côgnoidre  SfigSb- 
rifîerieur  Aucheur.  Mais  qui  fe  voudra  aduâcec 
plus  outre  à  la  cognoifTance  de  leurs  proprietèz 
&  vtilitez,  &  voudra  fe  rendre  curieux  de  les  re* 
chercher,  eeluy-là  trouUerafiuailementen  ces 
treatures ,  ce  que  le  Sage  dit,  grfj <fint  aux :fMs  sap  24 
des  fils  cr  tgnèuns  y  fçauoir  deslacs ,  -Ôc  des  pièges 
ù  ils  fe'  précipitent,  &  fe  perdent  iounieilemSt. 
À  cette  intention  donc,  &"arîn  que  le  Greaceur 
foitglorifié'en'fes  créatures,  iepretens  dire  en 
ce  hure  quelques-vnes  des  chofes  dont  il  y  a 
beaucoup  es  Indes ,  dignes  d-liirToiro,  ôc  d  efîre 
racontées,  touchant  les  métaux  «  plantes  Scani*. 
maux ,  qui  font  propres ,  Se  particuliers  en  çèg 
parties.  Mais  d'autant  que  ce  fer  oit  vne  ceuure 
tref-grande,  que  de  traicrer  cecy  exadement^ 
\6c  qui  requerrôit  plus  grand  fçauoir  &  cognoif- 
jfance,  voire  beaucoup  plus  de  loinr^  que  îe  n5ay 
pas,  ie  dis,  que  feulement  mon  intention  ed  de 
traicrer  fuccintement  quelques  chofes  quei'ay 
comprinfes,&  remarquées  tant  par  expérience, 
«juepar  le  rapport  de  gens  dignes  de^oy*  tou^ 


r 


Hiftvire  naturelle 

chant  ces  trois  chofesquei'aypropofees,  îaif- 
fant  aux  autres  plus  curieux  &  diligens,  de  pou« 
uoir  trai&er  plus  amplement  de  ces  m  atieres.   : 


De  l'abondance  &  grande  quantité  des  metauÀ 
qui  font  es  Indes  Occident  aile  s. 

Chapitre    II. 

A  fageiïe  de  Dieua  créé  les  métaux 
pour  médecine  &  pour  deffence,poui| 
ornement ,  &  pour  inftrument  des 
opérations  de  l'homme.  Defquellesj 
quatres  chofes  Ton  peut  facilement  donnez 
exemple,  mais  la  principale  fin  des  métaux,  & 
la  dernière  d'icelles,  eft  pour-ce  quelavierm. 
mainenapasbefoin  feulement  de  fe  fuftanterj 
comme  celle  des  animaux,  mais  auffi  de  trauail-j 
1er,  &  ouurer  félon  la  raifon,  &  capacité  qiKj 
luyadonnéle  Créateur: &ainficômc  l'enten- 
dement humain  s'applique  à  diuers  arts  &  i 
cultez,  ainfi  le  mefme  autheur  adonne  ordrd 
qu'ilyeuft  matière  &  fubje&àdiuers  artifices 
pour  la  conferuation,  reparation,feureté,  ornej 
ment,&:  exaltation  de  fes  œuures.  DoncquesH 
diueriité  des  métaux  que  le  Créateur  a  enfer4 
iczés  armaires,&  concauitez  de  la  terre5cft  tcl-j 
le  &  Il  grande,  que  la  vie  humaine  tire  profit  & 
commodité  de  chacun  d'iceux.  Des  vns  elle  fcj 
fert  en  la  guarifon  des  maladies,des  autres  pouij 
kg  armeures,  êc  pour  deffenfes  contre  ka  ennç^j 


des  Indes.  Liure  IV.  r?o 

|  mis;  iesvns  font  pour  l'ornement  8c  parure  de 
|  nos  perfonnes ,  8c  de  nos  maifons  ,  8c  les  autres 
font  propres  à  faire  des  vaifTeaux  ,  8c  ferremens, 
auecles  diuerfes  façons  d'inftrumens  quel'in- 
!duftrie  humaine  a  inuenté  8c  mis  en  vfage.  Mais     - 
fur  tous  les  vfages  des  métaux ,  qui  font  fimples 
8c  naturels,la  communication  des  hommes  en  a 
trouué  vn,qui  eft  Tvfage  de  la  mônoye,  laquelle  ^frifif. 
corne  dit  le  Philofophe ,  eft  la  mefure  de  toutes  Ethk.c.^ 
chofes.  Et  côbien  que  de  foy  8c  naturellement, 
elle  ne  foit  qu  vne  feuîe  chofe,  neantmoinsen 
valeur  8c  eftimation,  l'on  peut  dire  quelle  eft 
toute s-chofes.  La  mônoye  nous  eft  corne  vian- 
de, veftement,maifon,cheuauchure,  8c  général- 
ement tout  ce  que  les  homes  ont  debefoin .  Par 
ce  moyen  tout  obeift  à  la  monnoye  ,  8c  comme 
ait  le  Sage-,  pour  faire  vne  inuention,  qu'vne  E«lvo>] 
mofefuft  toutes,  les  homes  guidez  ou  poufles 
i'vn  inftind  naturel,  eileurent  la  chofe  plus  du- 
rable^ plus  maniable,  qui  eft  le  metail ,  8c  en- 
tre ces  métaux  voulurent  que  ceux-là  euiTent  la 
preéminenceen  cefte  inuention  de  monoye,qui 
ie  leur  naturel  eftoiét  plus  durables, &  incorru- 
ptibles, à  fçauoir  l'argent  8c  l'or.  Lefquels  non 
feulement  ont  efte  en  eftime,  entre  les  He- 
brieux,  A(Tyriens,Grecs,  Romains, &  autres  na- 
dons  de  l'Europe  &  d'Afie,  mais  auffi  entre  les 
olus  efloignees  8c  barbares  nations  de  Tvniuers, 
:omme  font  les  Indiens  tant  Orientaux,  corn- 
rie  Occidentaux,  où  l'or  &  l'argent  eft  tenu  en 
tufti  grand  pris  8c  eftime,  l'employanseniou- 
irage  de  leurs  Temples  &  Palais,  8c  aux  vefte- 
aens,&açcpuftremens  des  Roys,  &des  grands 

R  ij  " 


: 


t/iftoire  naturelle 

Seigneurs.Mais  er.cor  que  L'on  ayt  trouué  quek 

ques  barbares,  qui  ne  cognoitfbient,  ny  i  or,  nyj 

l'argen^comme  Ton  raconte  de  ceux  deFloridei 

qui  prenoient  les  poches,  &  les facs,  où  eftoiij 

largenr,  lequel  ils  iettoient  cV  delaiflbient ef-| 

pars  parmy  la  terre,  comme  chofe  inutile.  Et 

Pline  mefme  recite  des  Babitacques,  qui  abhorj 

roient  l'or  ,&:  pour  cela ,  renfeueliffoient ,  afiri 

que  perfonne  ne  s'en  peuft  feruir.  Toutesfoii 

il  fe  trouue  auiourd'huyforrpeude  ces  Floril 

diens&  Habitacques,&  grand  nombre  au  coni 

•traire,  de  ceux  qui  eftiment,  recherchent,  &| 

•font  eftat  de  For  Ôc  de  l'argent ,  fans  qu'ils  ayen 

befoing  de  l'apprendre  de  ceux  qui  y  vontdj 

l'Europe.  Il  eft  vray  que  leur  auarice  n'eft  poinj 

paruenué  au  but  de  celles  des  noftres,  &  nonj 

pas  tant  idolâtre'  lor  &  l'argent,  quoy  qu'il) 

fuffent  idolâtres ,  comme  quelques  mauuai 

Chreftiens  ,  qui  ont  commis  plufieurs  grand 

excès  pour  l'or  &  l'argent.  Ncantmoins  c'eH 

vue  chofe  fort  digne  de  confédération,  queîj 

fageffedu  Seigneur  éternel  ayt  ainfi  voulu  enrj 

chir  les  terres  du  monde  plus  elloignees ,  &  qti 

font  peuplées  d'hommes  moins  ciuils,  &  polj 

tiques,  qu'en  ces  lieux-là  il  ayt  mis  le  plusgranl 

nombre  de  mines ,  &  en  plus  grande  abondari 

ce  que  iamais  ay  t  efté,  afin  d'inuiter  les  hommd 

par  tel  moyen  à  rechercher  ces  terres  ôc  les  po| 
feder,  afin  auffi, fur  cefte  occafîon ,  de  commû 
niquer  la  religion,  ôc  culture  du  vray  Dieuj 
Ceux  qui  ne  le  cognoifîoient  point,  s'accorrj 
*&'  H.  pHffant  en  cela  la  Prophétie  d'Ifaye,  difant,  qui 
FEglife  deuoit  dlendtc  fes  bornes,  n  on  feuh, 


des  Indes.  Lime  IV.  131 

Ircentàladextre,  mais  aufïî  à  la  feneftre,  qui 
L'entend,  comme  dià  faincl  Auguftin ,  que  TE- isfiiguJU.f, 
(jangilc  fe  doit  eflargir  ôc  eftendre,  non  feule-  âeConC9Td- 
ixitnt  par  ceux  qui  fincerernent  &  auec  vne  mn&  cîx% 
l/raye-&  parfaicte  chanté  le  prefchent  &  an- 
jioncent ,  mais  aaffi  par  ceux  qui  l'annoncent, 
:endans  à  fins  Ôc  intentions  temporelles.  D'où 
ious  voyoas  les  terres  des  Indes,  pour  eftre 
plus  abondantes  de  mines  &  de  richefTes ,  eftre 
ienoftre  temps  les  mieux  cultiuees  en  la  Reli- 
gion Chreftienne,  s'aydant  le  Seigneur  pour 
Tes  fins  &  intentions  (ouueraines  de  nos  defirs 
k  inclinations.  Là  defîus  difoït  vn  homme 
Page,  quecequefaictvnperc  à  farfille  pour  la 
sien  marier,  eft  de  luy  donner  beaucoup  de  '■ 
lot  ôc  de  moyens  en  mariage ,  ce  que  Dieu  a 
iaict  à  cefte  terre  tant  afpre&laborieufe,  luy 
lonnant  de  grandes  richeiTes  en  fes  mines,  afin 
|ue  par  ce  moyen  elle  trouuafl  mieux  qui  la 
finit  rechercher.  Il  y  a  donc  aux  Indes  Occi- 
dentales grand  nombre  Ôc  abondance  de  mines, 
le  toutes  fortes  de  métaux,  commeidecuiure, 
le  fer ,  de  plomb ,  d'eftain ,  de  vif  argent ,  d'ar- 
gent, 8c  d3or  :  &  entre  toutes  les  régions  Ôc  par- 
ties des  Indes,  les  Royaumes  da  Peru,  font  ceux 
qui  abondent  le  plus  en  ces  métaux ,  fpecialle- 
tnent  en  argent,  or,  &  vif  argent,  ou  mercure, 
Scsy  en  trouue  grand  nombre,  pource  que 
tous  les  iours  l'on  defcouuredenouuellesrai- 
Et  eft  chofe  fans  doute,  que  félon  laqua 


es. 


ité  de  la  terre,  celles  qui  (ont  àdefcouurir, 
l'ont  en  plus  grand  nombre,  fans  comparaifo», 
que  celles  que  l'on  void  àprefent  defcouuertesi 

R  iij 


JUHtlk 


Efiftbire  naturelle 

voire  femble  que  toute  la  terre  eft  femee  de  ces 
métaux  plus  qu'aucune  autre  terre  qui  nous 
foit  à  prefent  cogneuë  au  monde  ,  ou  de  la- 
quelle les  autheurs  anciens ay  ent  faict  mention 
par  le  paire. 


de  Genef. 
tnund. 


De  la  qualité  &  nature  de  la  terre,  oufetrouÀ 

uent  les  métaux,  dr  que  tau*  ce  s  métaux. 

nefe  mettent  en  œuure  es  Indes  ,  & 

comme  les  Indiens  fe  fer uoient 

dïiceux. 

Chapitre    III. 

A  raifon  pourquoy  il  y  a  tant  dej 
„  '  richclTes  de  métaux  es  Indes  3  fpc-l 
^  cialement  aux  Occidentales  du  Pe-j 
ru,  eftcommci'aydi<5fc,lavolon-! 
^té  du  Créateur,  quiadeparty  fesl 
dons  comme  il  luy  a  pieu.  Mais  venant  à  la  rai-j 
fon  naturelle  &  Philofophique,  c'eft  chofe  bien» 
vraye  ce  qu'en  a  eferit  Philon  homme  fage,  di-l 
faut ,  que  l'or,  l'argent  de  métaux  naiiïent  natu-l 
rellement  aux  terres  plus  fteriles  &  infructueu-l 
fes.  De  vray  nous  voyons  qu  aux  terres  de  bon-j 
ne  température,  &  qui  font  fertiles  d'herbes  &j 
defriù&s,  rarement  ou  iamais  on  n'y  trouuej 
des  mines ,  pource  que  la  nature  fe  contente  dej 
Eufeb.Ub.%.  leut  donner  vigueur,  pour  produire  les  fruits!! 
%*ITL<  Plus  neceflaires  à  la  conferuation  &  entretien? 
de  la  vie  des  animaux  &  des  hommes.  Au  eon-*. 
traire,  aux  terres  qui  font  fort  af|>res,feiches,  8à 


desjndes.  Uure  IV*.  132. 

fteriles  ,  comme  en  des  montagnes  trekhautesy 
&  en  des  roches  qui  font  afpres,  ôc  d'vne  tem- 
pérature fort  rude,  l'on  y  trouue  les  mines  d'ar- 
gent ,  de  vif- argent ,  &?  de  l'or ,  ôc  toutes  ces  ri- 
cheffes  (qui  font  venues  en  Efpagne,depuis  que 
les  Indes  Occidentales  ont  efté  defcouuertes) 
ont  efté  tirées  de  lieux  comme  cela,  qui  font  af- 
pres,  pénibles,  defcouuerts  ôc  fteriles.  Toutes- 
fois  le  gouft  de  cefte  monnoye  rend  ces  lieux 
doux  ôc  agréables  voire  habitez  de  grand  nom- 
bre de  peuple. Or  combien  qu'il  y  ay  t  aux  Indes 
(comme  i'aydid)  plusieurs  veines  &  mines  de 
toutes  fortes  de  métaux,  toutesfoisilsn'enli- 
rent ,  ny  fe  feruent  point  d'antres ,  que  des  mi- 
nes d'or  ôc  d'argent ,  ôc  mefme  de  vif-argent, 
d'autant  qu'il  eft  neceflaire ,  pour  tirer  &  affiner 
l'or  ôc  l'argent.  Ils  y  portent  le  fer  d'Efpagne, 
&de  la  Chine.  Quant  au  cuiure,  les  Indiens 
en  ont  tiré  Ôc  mis  en  œuure  quelquesfois  pour 
ce  que  leurs  ferremens  ôc  armes  n  eftoient 
point  ordinairement  de  fer ,  mais  de  cuiure. 
Depuis  que  les  Efpagnols  tiennent  les  Indes 
l'on  en  a  tire  fort  peu,  Ôc  ne  prennent  point  la 
peine  d'en  rechercher  les  mines,  encorquily 
en  ayt  pluiîeurs,pour-ce  qu'ils  s'arreftentàla 
recherche  des  métaux  plus  riches  ôc  précieux 
&  y  employent  leur  temps  ôc  leur  trauail.  ils  fe 
feruent  des  autres  métaux  de  cuiure  ôc  fer  »  tant 
feulement  de  ce  qu'on  leur  en  enuoye  d'Efpa- 
gne ,  ou  bien  de  ce  qui  refte  de  raffinement  de 
For  &  l'argent.  L'on  ne  tiouue  point  que  les 
Indiens  vfafTent  cy-  deuant  d'or,ny  d'argent,  ny 
à  autre  metail.paur  monnoye,  ôc  pour  prix  des 
-  *  R  iiii 


fUnM 
chah,  5, 


Hiftoire  naturelle 
chcfèsy  mais  feulement  s'en  feruoient  pour  or- 
nement,commeii  a  efté  dit,  &  ainfi  il  y  en  auoit  I 
gHandefomme  Se  quantité  aux  Temples,Palais,  : 
£c  feouitures ,  àuec  mil  genres  de  vafesd'orôc  1 
d'argent  qu'ils  auoient.  Ils  ne  fe  feruoiét  point  i 
d'or  iiy  d'argent  pour  trafîcquer  &  acheter, 
mais  changeoient&troquoient  des  chofes  aux  | 
autres ,  comme  Homère  &  Pline  racontent  des  i 
anciens.  Ils  auoient  quelques  autres  chofes  de  | 
plus  grande  eftime,  qui  couroit  entr'eux  pour  ! 
prix;  au  lieu  de  monnoye,  ôc  iufqucs  auiour- 
d'huy  dure  cette  couftume  entre  les  Indiens,  t 
comme  aux  Prouincesde  Mexicque,  ils  vfent  | 
au  lieu  de  monnoye  du  Cacao  (qui  eftvn  petit;  | 
fun£t)  &  auec  iceïuy  acheptent  ce  qu'ils  veu-  | 
lent.  Au  Peru  ils  fe  feruent  du  Coca,  pour  cefte. | 
mcCmefin,  quieft  vne  feuille  que  les  Indiens  j 
eftimént  beaucoup,  comme  auParaguey  ils  ont» 
des- coings  de  fer  pour  monnoye,  &  du  coftonj 
nfïu  en-fainde  Croix  de  la  Sierre.  Finalement  la  | 
manière  de  trafkquer  des  Indiés ,  &  leur  ache-  j 
te*  ôc  vendre ,  eftoit  efohanger  ôc  bailler  chofes  | 
pourchofes  :  ôc  bieaqu  il  y  euft  de  grands  mar-J 
chez ,  &c  des  foires  fort  célèbres,  fi  efVce  qu'ils  i 
n'ont  eu  befoing,  ny.neceffité  4e monnoye  ,  ny.j 
mefmcdecourratiers,-  poureeque  tous  eftoiétj 
fort  bien  apprins  ,  à  fçauoir  côbien  il  eftoit  be^  | 
fongdedonerdVnefortedemarchandife  pour  i 
vné,  tant  dVne  autre.  Depuis  que  les  Efpagnols  : 
y  font  entrez  -,  les  Indiens  fe  fontmefmes  feruis 
de  l'or  &  de  l'argent  pour  acheter,  &  au  com- 
mencement n'y  auoit  aucune  monnoye  5  mais 
l'argent  au  poids  eftoit  leur  prix  &  leur  mon-  1 


desjndes.  Liure  IV.  133 

iiioye  ,  comme  Ton  raconte  des. anciens  &o- 
i  mains.  Du  depuis  pour  la  plus  grande  commo-  ,^4 
dite,  Ton  forgea  de  la  monnoye  en  Mexique,  & 
jau  Peru  :  toutefois  iufqu'  à  prefent ,  en  ces  Indes 
:  Occidentales  Ton  n'a  battu  aucune  monnoye 
de  cuiure,  ou  autre  métal ,  mais  feulement  d'ar- 
gent ôc  d'or  ,  pource  que  la  richetfe  d'iceîle  ter- 
ire  n'a  admis,  ny  receu  la  monnoye  qu'ils  appel- 
llent  debillon,  ny  autres  genres  d'alloy  dont  ils 
!  vfent  en  Italie,  &  aux  autres  Prouinces  de  l'Eu- 
rope; bien  qu'il  foit  vray  qu'en  quelques  Ifles 
Ides  Indes,  comme fainct Dominique,  ôc  Port- 
riche  ,  ils  vfent  de  monnoye  de  cuiure ,  qui  font 
des  quarts ,  lefquels  ont  cours  feulement  en  ces 
Ifles,  pource  qu'il  y  a  peu  d'argent  ôc  d'or.  le  dis 
jpeu ,  encore  qu'il  y  en  ayt  beaucoup ,  toutefois 
lil  n'y  a  perfonne  qui  le  tire,  ou  affine.  Mais  par- 
ce quelarieheuedes  Indes,  &l'vfage  de  trauaik 
1er  aux  mines,  coniifte  en  or,  argent,  vif-argent* 
ie  diray  quelque  chofe  de  ces  trois  métaux,  laif- 
!  jfant  pour  l'heure  le  refte. 


Hifloire  naturelle 


De  lor  que  l'on  tire,  &  affine  es  Indes. 
Chapitre   IV. 

fe-rv^g  'O  r  entre  tous  les  métaux  a  eftc  tou- 
/  H/P  fiourseftimé  pour  le  plus  excellent  ,âr 
^Jj^/  auecques  bonne  raifon,  d'autant  qu'il 
eft  le  plus  durable ,  &  incorruptible  de 
tous  :  carie  feu ,  qui  confume  ,  &  diminue  tous 
les  autres  ,  l'amende,  &  le  rend  en  fa  perfe- 
ction. L  or  qui  a  parte  plufîeurs  fois  par  le  feu, 
demeure  en  fa  couleur ,  très-fin,  &  tres-pur,  le- 
Plm.  îih.  35.  quel  proprement  fappelle  (félon  que  Pline  rap- 
tat' h  porte)  Obrifo,dequoy  fait  tant  de  mention  TEf- 
criture,  &  l'vfage  qui  confomme  tous  les  au- 
tres métaux  (comme  dit  le  mefme  Pline)  n'a- 
moindrit aucunement  l'or,  &  n'y  faid  aucun- 
dommage,  mefme  il  ne  fe  mange,  nynef'ea- 
uieillit.  Et  encores  que  fa  matière  &  ion  corps 
foit  (î  ferme ,  ôc  fi  foiide  qu'il  eft,  il  fe  laide 
neantmoins  tellement  doubler,  &  tirer,  que 
c'eft  chofe  merueilleufe.  Les  batteurs  d'or  & 
tireurs  fçauent  bien  la  force  qu'il  a  de  fe  laifler 
fîfortamenuifer,  fans  fe  rompre  iamais.  Tou- 
tes lefquclles  chofes  bien  confédérées,  auec  au- 
tres excellentes  proprietez  qu'il  a,  donneront 
à  entendre  aux  hommes  d'entendement ,  pour- 
î.quoy  enl'Efcriture  fain&e  la  charité  f'accom- 
pare  à  l'or.  Au  refte,  il  eft  peu  de  befoing  de 
raconter  fes  excellences  ,  pour  le  faire  efti- 
mer  &rechercher:  car  la  plus  grande  excellence 
qu'il  ayt,  eft  d'eftre  ià  cogneu ,  comme  il  1  eft  en- 
tre les  hommes,  pourlafuprémepuifTance,& 


ver  11. 

\catt  3. 
\Pfalm.  67. 

hren.  4. 
.  Reg  6. 


des  Indes.  Liure  IV.  134, 

I  grandeur  du  monde.  Venâtdoncànoftrefujer, 
il  y  a  aux  Indes  grande  abondance  de  ce  métal, 
&  fçait-on  par  les  hiftoires  certaines,  que  les  In* 
j  guas  duPeru  nefecontentoientpasd'auoirde 
:  grads  &  petits  vafes  d'or,  des  cruches,  des  coup- 
;  pes,  des  talTes,  &  des  flacôs,  voire  des  tinnes,  ou 
!  grands  vaiiïeaux  ;  mais  auflî  en  auoient-ilsdes 
j  chaires,des  brâcars,  ou  littieres  rout  d'or  maffif, 
|  &  en  leurs  Temples  auoient  mis  plufleurs  fta-» 
|  tues  &  images d'or  maiïi^defquelles  on  en  trou- 
j  ue  encore  en  Mexique  quelqu'vnes,  mais  non 
!  pas  en  relie  quantiré,  que  quand  les  premiers 
Conquefteurs  arriuerent  en  i'vn  Ôc  en  l'autre 
Royaume ,  qui  y  trouuerent  de  grandes  richef- 
fes,  &  en  fut  encor  fans  comparaifon  caché  dans 
terre  beaucoup  dauantage  par  les  Indiens.  Ce 
f croit  chofe  qui  fembleroit  fabuleufe  de  racon- 
ter qu'ils  ayenr  fait  des  fers  à  cheuaux  d'argent, 
à  faute  de  fer,  6c  qu  ils  ayent  payé  trois  cents  éf- 
cus  d'vne  bouteille  de  vin,  &  autres  chofes 
eftranges  ;  &  toutefois  en  vérité  elles'  font  ad- 
uenues  ,  voire  &  des  chofes  encores  plus  gran- 
des. L'on  tire  For  de  ces  parties  en  trois  façons 
&  manières ,  ou  à  tout  le  moins  i'av  veu  vfer  de 
ces  trois:  car  il  fe  trouue  de  l'or  en  paille,  ou 
pépin,  de  l'or  en  poudre,  &  de  l'or  en  pierre.îls 
appellent  l'or  en  pépin,  de  petits  morceaux  d'or 
qui  fetrouuent  ainfi  entiers ,  &  fansmefiange 
d'autre  métal ,  lequel  n'a  befoing  d'eftre  fondu, 
ny  affiné  par  le  feu  j  &  les  appellent  pepins>pour 
ce  qu'ordinairement  ce  font  de  petits  morceaux 
comme  pépins,  oufemence  démêlions  &:  ci- 
f  trouilles ,  &  celuy  dont  parle  lob ,  quand  il  dits 


Hifioire  naturelle 

loS  i».        Leueiïïïm  aurttm.  Combien  qu'il  arriue  quelque-, 
fois,  qu'il  y  en  a  de  plus  grands,  &  de  tels  que 
j'en  ay  veu  qui  pefoient  plufîeurs  liures.  Ceft 
l'excellence  ôc  la  grandeur  de  ce  métal  feul  (fe- 
MnM.$.    Ion  que  Pline  afferme)  defetrouuer  ainfipur, 
É*.J«  &  parfaicl: ,  choie  qui  n'aduient  point  à  tous  au- 

tres métaux ,  lefquels  ont  toufiours  de  l'efcumc 
ôc  du  terreftre ,  ôc  ont  de  befoin  qu'on  les  affine 
auec  le  feu.  l'ay  veu  mefme  de  l'argent  naturel, 
en  façon  mefme  il  y  en  a 

d'aurre  que  les  Indiens  appellét  Papas,  ôc  quel- 
ques-fois il  fen  trouue  des  morceaux  de  tout 
pur  &fîn,  en  façon  de  petites  racines  rondes: 
ce  qui  eft  rare  toutefois  en  ce  métal,  mais  allez 
ordinaire  en  for.  Il  fe  trouue  peu  de  cet  or  en 
pépin,  au  refpe&  des  autres  efpeces.  Cet  or  en 
pierre  eft  vne  veine  d'or  qui  naift  ôc  f engendre 
dans  la  mefme  pierre  ou  caillou,comme  i'ay  veu 
aux  mines  de  Caruma  au  gouuernement  de  Sal- 
lines ,  des  pierres  fort  grandes,  toutes  pénétrées , 
ôc  trauerfees  d'or.  D'autres  qui  eftoient  la  moi- 
tié d'or ,  &  l'autre  moitié  de  pierre.  L'or  qui  eft 
de  cette  façon  fe  trouue  en  des  puks,  ou  des  mi- 
nes, qui  ont  leurs  veines  comme  d'argent ,  mais 
ils  font  très -difficiles  à  tirer.  Agatarchides  ef- 
crit  au  liure  cinquiefme  de  la  mer  Erythrée ,  ou 
rouge  (ainfi  raconte  Phocion  en  fa  Bibliothè- 
que) la  façon  ôc  manière  d'affiner  l'or  tiré  des 
pierres,  de  laquelle  ont  vfé  anciennement  les 
Roys  d'Egypte,  &eft  vnechofe  admirable  de 
veoir  comme  ce  qu'il  en  efcrit,  reflcmble ,  &  fe 
rapporte  proprement  à  la  façon  dont  l'on  vfe 
encore  maintenant  à  r'affiner  ces  métaux  dor 


des  Jnâes.  Liure  IV.  13 f 

ôc  d'argent.  La  plus  grande  quantité  d'or  qu'on 
tire  ôc  recueille  es  Indes ,  eft  de  celuy  qui  eft  en  . 
-poudre ,  qui  fe  trouue  es  riuieres,  ou  es  lieux  ÔC 
torrens  où  beaucoup  d'eaux  ont  paflc ,  d'autant 
que  les  fleuues  des  Indes  font  abondans  en  céte 
efpece  d'or.  Comme  les  anciens  ont  célébré 
pour  cefteoccafion  JeTage  enEfpagne,  le  Pa- 
role en  Afie,  ôc  le  Gange  en  l'Inde  Orientale, 
ôc  appelloient ,  lamenta  auri  >  ce  que  nous  autres 
appelions  l'or  en  poudre ,  ôc  eftoit  la  plus  gran- 
de quantité  de  l'or  qui  fe  faifoit  à  prefent  que 
ces  raclures  &  poudres  qui  fetrouuoient  es  ri- 
uieres. A  prefent  aux  îfles  de  Bralouente,  Efpa- 
gnolle ,  Cube  &  Port-riche ,  y  en  a  eu ,  &  y  en  a 
encore  en  grande  abondance  es  riuieres  :  mais 
on  en  rapporte  fort  peu  enEfpagne,  par  faute 
de  naturels  du  pays,  ôc  pour  la  difficulté  qu'il  y  a 
de  le  tirer.  Il  y  en  a  grande  quantité  au  Royau- 
me de  Ghilléi  de  Quitto  ôc  au  nouueau  Royau- 
me de  Grenade.  L'or  le  plus  célèbre  eft  celuy  de 
Caranaua  au  Peru,  Se  celuy  de  Vaîdinia  en  Chil- 
lé,  d'autant  qu'il  vient  auec  l'aloy  Se  perfection, 
qui  font  vingt-trois  quillats  ôc  demy,  voire 
quelquefois  plus.  L'on  fait  eftat  aufli  de  l'or  dfc  - 
Veragua,  pour  eftre  très -fm.  Ils  apportent  mef- 
me  beaucoup  d'or  à  Mexique  des  Philippines  Ôc 
de  la  Chine,  mais  communément  il  eft  foible  ôc 
de  bas  aîoy.  L'or  fe  trouue  méfié  ordinairement 
ou  auec  l'argent,  ou  auec  lecuiure.  Pline  dit  PlinM* j 
qu'il  n'y  a  aucun  or  où  il  n'y  ayt  quelque  peu  **t-  4- 
d'argent,  ou  de  cuiure:  mais  celuy  qui  eft  méfié 
d'argent,  eft  communément  de  moins  de  quil- 
kts,  qaccsluy  qui  eft  mefle  de  caiure.  S'ily  a  la 


i*+-  > 


Hiftoire  naturelle 

cihquiefme  partie  d'argent,  Pline  dit  qu'il  Pap- 
pclîe  proprement,  Elettrum,  qui  a  la  propriété  de 
reluire  plus  à  la  lumière  du  feu,  que  l'argent  fin, 
ny  l'or  fin.  Celuy  qui  eft  auec  le  cuiure ,  eft  ordi- 
nairement du  plus  haut  aloy.  On  raffine  l'or  en 
poudre  en  des  lauoirs,  en  le  lauant  en  beaucoup 
d'eau,  iufquesàceque  le  fable  tombe  des  pla- 
teaux ,  &  l'or  comme  le  plus  pefant  demeure  au 
fonds.  On  l'affine  mefme  auec  du  vif  argent,  8c 
auec  de  l'eau  forte ,  pource  que  l'allun  dont  Ton , 
fait  cefte  eau ,  a  la  vertu  de  feparer  l'or  d'auec 
l'ordure,  ou  des  autres  métaux.  Apres  qu'il  eft 
purifié  &  fondu,  ils  en  font  des  briques ,  ou  pe- 
tites barres  pour  l'apporter  en  Efpagne,  pource 
qu'eftant  en  poudre  on  ne  le  pourroit  tirer  des 
Indes  :  car  on  ne  le  peut  quinter ,  marquer ,  ny 

Tlln.  U.  33.  elTayer  qu'après  qu'il  eft  tondu.  Le  fufdit,  hifto- 
tef  3«  riographe  raconte  que  l'Efpagne  fur  toutes  au- 
tres Pr,ouinces  du  monde,  eftoit  abondante  en 
des  métaux  d'or  &  d'argent,  fpecialement  Gal- 
lice  &  Portugal ,  &  fur  tout  les  Aftures  ,  d'où  il 
raconte  qu'on  rapportoit  par  chacun  an  à  Ro- 
me vingt  mille  liures  d'or ,  ôc  qu'il  ne  l'en  trou- 
uoit  en  aucun  autre  lieu  vne  telle  abondance. 
Ce  qui  femblc  eftre  tefmoigné  au  Hure  des  Ma- 

LMd<kd.2.  chabees,  où  il  eft  dit  entre  les  grandes  richef- 
fes  des  Romains,qu'ils  eurent  en  leur  puifîance 
les  métaux  d'or  &  d'argent  qui  font  en  Efpa- 
gne. Aujourd'huy  ce  grand  threfor  d'Efpagnc 
îuy  vient  des  Indes  -,  enquoy  la  diuineproui- 
dence  a  voulu  qu'aucuns  Royaumes  feruent 
aux  autres,  &  leur  communiquent  leurs  richef- 
k$>  afin  de  participer  de  leur  gouuernemcm, 


des  Indes.  Liure  1 V* 
pour  te  bien  desvns  &  des  autres;  en  fccom- 
j  rnuniquanc  réciproquement  les  biens  &  grâces 
\  dont  ils  iouyiFent.  On  ne  peut  bien  apprécier, 
;  nyeftimet  le  nombre  &  quantité  d'or  que  l'on 
i  apporte  des  Indes  :  mais  Ton  peut  bien  affermer 
I  que  c'eft  beaucoup  dauantageque  ce  que  Pline 
;  raconte  qu'on  apportoit  chaque  an  d'Efpagne  à 
Rome.  En  la  flotte  où  ie  vins,  qui  fut  l'an  ij8  7. 
la  déclaration  de  la  terre  ferme  fut  de  douze  caf- 
I  fons  d'or,defquels  chaque  caiïbn  pour  le  moins 
pefoit  quatre  arobes,  qui  font  cent  liurespe- 
|  Tant,  &  mil  cinquante- fix  marcs  de  la  neuuc  £f- 
!  pagne,  quieftoit  tant  feulement  pour  le  Roy, 
fans  ce  qui  vint  pour  les  marchands  &  particu- 
liers, eftant  enregiiiré,  ôc  ce  qui  vint  non  enre- 
gistré ,  comme  Ton  en  apporte  beaucoup.  Cela 
fuffit  en  ce  qui  touche  Tôt  des  Indes  :  de  l'ar- 
gent nous  en  dirons  maintenant. 

De  l'argent  des  Indes. 

Chapitre  V. 

O  v  s  lifons  au  liure  de  lob  ces  paro- 
les :  V argent  a  certains  commencemens  cr  ra~  loh  xS 
ânes  enjes  veines ,  &  l'or  afin  lieu  arrêté  ou 
il  f  engendre  crfefpaifiit ,  le  fer  en  f cm  fiant ^ 
fe  tire  de  U  terre  ,  çr  la  pierre  fendu  è  par  la  chaleur ,  fi 
tourne  en  future.  Par  cela  il  déclare  en  peu  de  pa- 
roles fprtfagement,  les  propriété?  decesme- 
raux5  l'argentjor,  le  fer  &  le  cuiure.  Nous  auôs 
dit  quelque  chofe  deslieux  où  l'orP engendre, 
&  k  eongek  t  qui  font  des  fufdites  pierres  m 


Hiftoire  naturelle 

profond  des  montagnes&  es  entrailles  de  la  ter- 
te,  ou  de  l'arène  des  riuieres,  &  es  lieux  par  où 
les' torrents  ontpalTé,  ou  bien  aux  très -hautes 
montagnes;  iefquelles  poudres  d'or  defcendenc 
Se  f'efcoulent  auec  l'eau,  qui  eft  la  plus  commu- 
ne opinion  que  ion- tient  es  Indes.  D  où  vient 
que  pinfieurs  du  vulgaire  croyent  que  le  délu- 
ge ayant  noyé  toute  la  terre  iufques  aux  plus 
hautes  montagnes,  a  efté  caufe  qu'à  prefent 
l'on  trouue  cet  or  es  riuieres,  &  en  des  lieux  fi 
efloignez.  Nous  dirons  maintenant  comme  Ion  J 
defcouure  les  mines  d'argent,  de  leurs  veines, 
racines  &commencemens,  dont  parle  lob.  Et 
diray  en  premier  lieu ,  que  la  caufe  pour  laquel- 
le l'on  donne  le  fécond  heu  à  l'argent  entre  les 
métaux,  eftpource  qu'il  approche  de  l'or  plus 
que  nul  autre  d'iceux ,  en  ce  qu'il  eft  plus  dura- 
ble, ôc  fe  fent  moins  endommagé.du  feu,  fe  laïUl 
fant  auui  manier ,  ôc  mettre  en  œuure  plus  faci-j 
lemenr  que  les  autres ,  voire  il  furpaOe  l'or  en  (a 
clarté  Ôc  fplendeur ,  ôc  au  fon  qu'il  a  plus  clair,* 
&  plus  agréable  :  car  fa  couleur  eft  plus  confor- 
me, &  reuëmblante  la  lumière,  &  fon  fon  eft 
plus  pénétrant,  plus  vif  &  plus  délicat.  Aufïïyl 
a-il  certains  lieux  efquelsils  eftiment  l'argét  daj 
uantàge  que  non  pas  l'or.  Toutefois  ccft  vn  arj 
gument  &  %ne,  pour  iuger  que  l'or  eft  plus 
précieux  de  tous  les  métaux ,  en  ce  qu'il  fe  trouj 
ue  plus  raremét  ôc  que  la  nature  fe  monftre  plud 
efcharfe  à  le  produire,  que  nonpaslesautresj 
encore  qu'il  y  ay  t  des  terres  (  Côme  l'on  dit  de  H 
Chine  )  efquelles  l'on  trouue  plus  facilement 
deTor,  que  de  l'argent  mefme.  Toutefois  c'eft 

""  '         chofe 


s 

âesjndes.  Liure  IV.  JJy 
,chofe  plus  cômune  ôc  ordinaire ,  que  Ton  trou-^ 
;uc  plus  facilement,  ôc  en  plus  grande  ahondan- 
jce  de  l'argent,  quedeTor.  Le  Créateur  a  pom> 
jueu  les  Indes  Occidentales  d'rne  il  grande  ri- 
kfeelTe  d'argent ,  que  tout  ce  que  l'on  void  es  hi- 
ftoires  ancienne» ,  ôc  tout  ce  que  l'on  dit  des  ar- 
genteries ,  ôc  minières  d'Efpagne ,  ôc  des  autres 
iProuinces ,  efl:  beaucoup  moins  que  ce  que  l'on 
[iroid  en  ces  partieslà.  Les  mines  d  argent  fe 
Itrouuent  communément  es  montagnes ,  ôc  ro- 
ches très-hautes,  ôc  du  tout defertes ,  encores 
Qu'autrefois  on  en  ayt  trouué  es  plaines  ôc  cam- 
pagnes. Il  y  en  a  de  deux  fortes  différentes,  les 
j/nes  qu'ils  appellent  efgarees ,  ôc  les  autres  fixes 
&  arreftees.  Les  efgarees  font  des  morceaux  de 
petal  qui  fe  trouuent  amaflez  en  quelques  en- 

Êoits,  lefquels  eftans  tirez  &leuez,  Ton  n'en 
mue  point  après  dauantage.  Mais  les  veines 
es  font  celles  qui  en  profondeur  &  longueur 
>nt  vne  fuite  continue  en  façon  de  grades  bran- 
les ôc  rameaux  d'vn  arbre  *  ôc  quand  l'on  en  & 
:rouué  vned'icelles,  Ton  en trouue ordinaire- 
ment plufîeurs  autres  au  mefme  Heu.  La  façon 
ie  purger  Ôc  d'affiner  l'argent,  de  laquelle  ont 
/fêles Indiens,  eftoitparfondure,  en  fondant 
&  faifant  refoudre  celte  maiTe  de  métal  par  le 
Feu  qui  iette  le  terreftre  d'vn  coite  >  Ôc  par  fa 
[Force  fepare l'argent dauecle plôb \ TeMain  d'a- 
jiieclecuiure,  &  les  autres  métaux  qui  fetrou- 
lient  méfiez.  Aceftefinilsfaifoient,  ôc  baflif- 
loient  des  petits  fourneaux  en  lieux  où  le  vent. 
Jouffloit  le  plus  communément,^  auec  du  bois 
j3c  du  charbon  qu'ils  y  mettaient ,  faifoient  leur 
\1  § 


r 


fflfloire  naturelle 

artifice  &  leur  affinement,  &  appellent  au  Péri  A 

ces  fourneaux,  Guayras.  Depuisque  lesEfpaJ 

miols  Y  ont  entrez,  outre cefte  façon  de  fon-J 

dre  Raffiner  dont  ils  vfent  encores  àprefentj 

ils  affinent  aaffi  l'argent  auec  du  vif  -argent,  &| 

en  tirent  dauantage  par  ce  moyen,  que  non  pal 

en  le  faifant  fondre,  &  l'affinant  parle  feu.  Ca  I 

il  fetrouue  du  métal  d'argent  que  l'on  ne  peu 

affiner,  ny  purger  aucunement  auec  le  feu,  mai 

feulement  auec  le  vif  argent.  Mais  cefte  forte  d 

métal  eâ  communément  métal  pauure,  &foi 

ble,  qui  cft  ecluy  toutefois  qui  fe  trouue  en  plu 

grande  abondance.  Ils  appellent  pauure,  celu 

qui  rend  &r  donne  peu  d'argent,  &  grade  quan 

titc  de  métal  :  &  celuy  là  riche  au  contraire,  qu 

donne,  &  rendplus  grande  quantité  d'argem 

Ceft  vne  chofe  merueilleufe,  non  feulement  d 

cefte  différence  &  diuerfné  qui  fetrouue  à  ai 

finer  vn  métal  par  le  feu ,  &  l'autre  fans  feu  aue 

du  vif  argent;  maisauffi  de  ce  qu'aucuns  de  ce 

métaux  qui  s'affinent  au  feu,  ne  peuuent  p; 

bien  eftre  fondus,  quad  le  feu  en  eft  allumé  aue 

du  vent  artificiel,  comme  de  foufflets,  mais  feu 

Jement  quand  il  eftfoufflé  &  allumé  auec  l'aï 

naturel.  &  le  vent  qui  court.  Et  d'autres  au  cor 

traire,  qui  font  plus  facilement  fondus  auec  l'ai 

artificiel  des  foufflets,  que  non  pas  auec  l'air* 

le  vêt  naturel.  Le  métal  dts  mines  de  Porco  fil 

fine  facilem  et  auec  des  foufflets,  &  celuy  des  m 

nés  de  Potozi  ne  peut  eftre  fondu  auec  les  foui 

fiets,  mais  feulement  par  le  moyen  de  l'air  de 

Guayras,  qui  font  de  petits  fourneaux  aux  co 

fiez  des  montagnes,  baftis  exprès  du  colle  d 


- 


âesjndes.  Lîure  IV.  Ij£ 

Vent  ,  au  dedans  defqueis  ils  fondent  ce  metaî$ 
(k  combien  que  ce  foit  chofe  difficile  de  donnet 
raifon  àceftediueriué^  toutefois  elle  eft  toute 
certaine  8c  approuuee  par  la  longue  expérien- 
ce. Tellement  que  l'auaricieux  defir  de  ce  métal 
tanteftimé  des  hommes,  leur  a  fait  recherchée 
mille  inuentions  &  gentils  artifices,  d'aucuns 
defqueis  nous  ferons  mention  cy  après.  Les 
principaux  lieux  des  Indes  où  Ton  tire  l'argent* 
font  la  neuue  Eïpagnè  ,  &  le  Peru  :  mais  les  mi-» 
nés  du  Peru  furpafîent  de  beaucoup  ks  autres^ 
Centré  toutes  les  autres  du  m  onde,  Celles  de 
Potozi,  desquelles  nous  traiterons  vn  peu  à 
loifir ,  pource  que  ce  font  des  chofes  plus  célè- 
bres &  plus  remarquables  qui  foient  es  Indes. 


De  U  montagne,  on  colline  de  Foto^  &  dé 
fa  de/couuerturei 
Chapitre    V  L 

^raô,fe£^  A  montagne  ou  colline  de  Poto- 
■£q  IMOs?  zi  tant  renommée,  eftfîtuee  en  la 
*  Prpuince  de  Charcas,  au  Royau- 
me du  Peru,diftant  derEquinoxë 
verslecoftéduSud,  ou  Pôle  An- 
tarctiq  ue  ,  de  21.  degrez  2.  tiers  ;  de  forte  qu'elle 
tombe  fous  le  Tropique  aux  confins  de  la  Zone 
Torride,  ôc  toutefois  cefte  région  eft  fort  froide, 
Voire  plus  que  n'eft  pas  Gaftille  la  vieille  au  Roy- 
aume d'Efpagne*  &  plus  encores  que  la  Flandre 
mefme  ,  combien  que  par  raifon  elle  deuil:  eftrë 
chaude*  ou  tempérée,  eu  efgard  à  la  hauteur,  U 

Sij 


Hifloire  naturelle 
cdeuâtiondu  pôle  où  elle  eft  G  tuée.   Laraifon 
<de  celle  fi  froide  température  eft  que  cefte  mon- 
tagne eft  fort  efleuee,  &  qu'elle  eft  agitée ,  & 
hantée  de  vents  qui  font  fort  froids ,  &  intem- 
perez,  fpecialement  de  eeluy  qu'ils  appelle nt, 
Thomahaui,  qui  eft  impétueux  &tres-froid.  Il 
règne  ordinairement  es  mois  de  Iuin,  Iuiilet,  & 
Aouft.  Le  fonds  &  terre  de  cefte  montagne  eft 
fec,  froid  &  fort  mai  agréable,  voire  du  tout  fte- 
rile,  qui  n'engendre,  ny  ptoduit  aucun  frui&, 
ny  herbe,  ny  grain,  auffi  eft-il  naturellement  in* 
habitable  pour  Pinternperature  du  ciel,  &  la  fte- 
rilité  de  la  terre.  Mais  la  force  de  l'argent  qui  at- 
tire à  foy  l'auariee  &  le  defir  des  autres  chofes, 
a  peuplé  cefte  montagne  plus  qu'aucun  autre 
iieu  qui  foit  en  tous  ces  Royaumes ,  la  rendant  ' 
fi  abondante  de  toutes  fortes  de  viandes,  qu'on 
îie  peut  defirer  chofe  qui  ne  fy  trouue ,  voire  en 
grande  abondance  ;  &  combien  qu'il  n'y  ayt 
rien  que  ce  que  Ion  y  apporte  par  voicrure, 
neantmoins  les  places  y  font  Ci  pleines  de  fruits, 
conferues ,  vins  exquis ,  foy  es ,  ôc  toutes  autres 
délices,  qu'il  ne  f'en  trouue  en  autre  endroit  da- 
uantagk  Cefte  montagne  eft  de  couleur  tirant 
fur  le  roux  &  obfcur ,  &  eft  fa  façon  d'vne  allez 
agréable  rencontre  àiaveiie,  relTemblant  par- 
faitement la  forme  d'vn  pauillon  rond ,  ou  bien 
<Tvn  pain  de  fucre.  Elle  f'eileue  ,  &  furpafle  tou- 
tes les  autres  montagnes  &  collines  qui  font  à 
Tenuiron.  Le  chemin  par  lequel  on  y  monte,  eft 
fort  afpre,  &  fort  roide,  encor  qu'on  y  aille  tout 
à  cheual  Elle  finit  par  le  haut  en  pointe  de  for- 
me ronde,  &a  en  fon  pied  vne  lieue  de  circuit. 


desfndes.  LimrIV.  13 p 

Elle  contient  depuis  le  Commet  iufques  au  pied 
mil  fix  cents  vingt- quatre  verges  communes, 
Iefquelles  réduites  à  la  mefure  des  lieues-d'Ef- 
pagne ,  font  vn  quart  de  lieue.  Au  pied  de  cefte 
montagne  Ton  void  vne  autre  petite  colline 
qui  naift  d'icelle ,  en  laquelle  anciennement  il  y 
a  eu  quelques  mines  de  ces  métaux  efpartis  ,  & 
fans  fuitte,  qui  fe  trouuoient  là  comme  en  des 
bourfes ,  6c  non  pas  en  des  veines  fixes ,  &  con- 
tinués ,  &  neantmoins  elles  eftoient  fort  riches., 
encores  qu'elles  fulTent  en  petit  nombre.  Ce 
petit  roc  eftoit   appelle  des  Indiens,  Guayna 
Potozi ,  qui  veut  dire ,  le  ieune  Potozi  ;  au  pied 
duquel  commence  l'habitation  des  Efpagnols 
&  Indiens,  qui  font  venus  à  la  richefïe,  &à 
rœuure  de  Potozi  ;   laquelle  habitation  peut 
contenir  quelques  deux  lieues  de  circuit  ,  & 
toute  la  plus  grande  traitte  &  commerce  qu'il 
y  ay  t  en  aucun  lieu  du  Peru ,  fe  faid  en  cefte  ha- 
bitation. Les  mines  de  cefte  montagne  n'ont 
point  efté  fouies,   ny  defcouuertes  du  temps 
des  Inguas  ,  qui  eftoient  les  Seigneurs  du  Peru, 
auparauant  que   les  Efpagnols   y  entrafTent, 
combien  qu'ils  ayent  foliy,  ôc  ouuert  les  mi- 
nes de  Porco  ,  allez  proches  de  Potozi ,  n'en 
eftant  diftantes  que  de  fix  lieues  tant  feulement. 
Lacaufe  en  pouuoiteftre,  faute  d'enauoireu 
la  cognoiflance ,  combien  qu'aucuns  racontent 
ie  ne  fçay  quelle  fable  ,  que  comme  on  vou- 
lut quelques-fois  ouurir  ces  mines,  vne  voix 
fut  entendue,  quidifoit  aux  Indiens  qu'ils  n'y 
touchaient  pas,  &  que  cefte  montage  eftoit 
referuee pour  d  autres.  De  vray  >  Ton  n'euft  au- 

S  iij 


»*» 


Mifloire  naturelle 

eiine  cognoiftance  de  Fotazi  j  ny  de  fa  richeïTe* 
que  iufques  à  douze  ans  après  l'entrée  des  Efpa- 
gnolsau  Peru,  duquelkdefcouuerturefenfift 
en  cefte  façon.  Vn  Indien  appelle  Gualpa ,  de  la 
nation  de  Chumbibilca,  qui  eft  vne  Prouince 
de  Cufco ,  allant  vn  iour  à  la  chade  ôc  pourfuite 
de  quelque  venaifon ,  &  cheminant  vers  la  part 
duPonent,  oùla  befteferetiroit  ,  commença 
de  courir  à  mont  le  roc>  qui  pour  lors  eftoit 
couuert ,  &;  planté  pour  la  plus-part  de  certains 
arbres  qu'ils  appellent,  Quinua ,  &  de  buiiîbns 
fort  efpais ,  &  comme  il  f'efleuoit  pour  monter 
en  vn  paiFage  quelque  peu  afpre  &  difficile  ,  fut 
contraint  mettre  la  main  en  yne  branche  qui 
fortpit  de  cefte  veine  d'vne  mine  d'argent  (à 
laquelle  depuis  ils  ont  donné  le-nom  de  riche) 
qu'il  arracha,  &apperccut  en  la  fo (Te  &  racine 
d'icelle,  le  métal  qu'il  recogneut  eftre  fort 
bon,  par  l'expérience  qu'il  auoit  de  ceux  de 
Porco ■  $  puis  ayant  trouué  en  terre ,  ioignant  ce- 
lle veine,  quelques  morceaux  de  métal  qui  f'e- 
iloient  rompus  &  départis  d'icelle,  fans  toute- 
fois qu'on  les  peuft  bien  cognoiftre  à  caufe  que 
leur  couleur  eftoit  changée,  &  gaftee  du  foieil 
&'  de  l'eau,  il  les  porta  à  Porco  eiîayer  par 
Guayras  (  qui  eft  efprouuer  le  métal  par  le  feu) 
payant  recogneu  parla  fa  grande  richeiîè ,  ôc 
heureufe  fortune,  fouyiïoit,  &  droit  fecrette- 
ment  cefte  veine,  fans  le  communiquer*  ou  en 
parler  à  perfonne,  iufques  à  ce  qu'vn  Indien, 
ïîQmmé  Quaca ,  natif  de  la  vallée  de  Xaura  ,  qui 
çftaux  limites  de  la  Cité  desRoys,  lequel  de- ' 
g^uraiu  m  li?a  de  Porco ,  proche  voifin  de  çç 


ïjlO 


des  Indes:  Dure  IV. 

GUalpa>Chumbibilquaf-appcrcetttvn iota  qu'il 
Édfoit  quelque  affinement,  &  qu'il  feifoit  de 
'plus  grands  fomons  &  briques,que  celles  qu'on 
Faifoic  ordinairement  en  ces  lieux ,  pource  mel- 
me  qu'il  augmentoit  en  defpenfe  d'habitS)ayant 
iufques  alors  vefeu allez  pauuremenr.  Pour  cè- 
de occafion,  Se  que  ce  meta!  que  (on  voiuii  atti- 
noit  Se  mettoit  en  œuure-,  eftqit  différent  de  ce  - 
luy  de  Porcoi  il  penfa  de  defcouurir  ce  fecret,  & 
filt  tant,  que  combien  que  l'autre  tinft  Ton  affai- 
re fecrette  autant  qu'il  luy  eftoit  poffiblc,neant- 
nioins  parimportunité  fut  contraint  de  le  me- 
ner aurocdePotozi,  ayant  de  fia  paiïc  z.  mois 
en  la  iouyûànce  de  ce  riche  threfor.  Et  lors  1  in- 
dien  Gualpa  dit  àGuanca  qu'il  print  pour  (a  part 
vne  veinequ'il  auoit  dçfcouuerte,laquelle  cltoit 
proche  de  la  veine  riche,  &  eft  celle  que  1  on  ap- 
pelle  aujourd'hui  la  veine  de  Diego  Centcno, 
qui  nfeûoit  pas  moins  riche,  mais  feulemet  plus 
dure  àfouir,  Se  plus  difficile  à  tirer.  Parainu 
rout  d'vn  accord  partirët  entr'eux  le  roc  le  çius 
riche  du  monde.   Il  aduint  du  depuis  quel  In- 
dien Guanca  trouuant  quelque  difficulté  à  fouir 
&  cauer  faminequi  eftoit  très-dure ,&  l'autre 
Gualpa  ne  luy  voulant  faire  part  de  lafienne, 
eurent  débat  enfemble  >  ôc  pour  cefte  came  le 
Guanca  deXaura  irrité  de  cela,  &  de  quelque 
autre  chofe,  alla  defcouurir  cefte  affaire  à  ion 
jnaiftre  qui  Pappelloit  Vuillaroel,  Etpagnol, 
quilorsrendoitàPprco.  Ce  Vuillarocl  en  vou- 
lant cognoîftre  la  vérité,  alla  en  Potofi, ,  &  trou- 
-wantlaricheiîeqilefQnYanacona2  ouieruiteur 
luy  auoit  dit,  fift  çaregiftr'çr  l'Indien  Guanca* 
-   ;     S  iiij 


r 


Jtautti* 


■ 

Lfifloire  naturelle 

f'eftaquant  auec  îuyà  la  fufdite veine,  quifurj 
diteCenteno;  ils  appellent  ceiaeftaquer,  qui;i 
vaut  autant  que  fîgnaler,  Ôc  remarquer  poux j] 
foy  îa  mine,  ôc  autant  d'efpace  que  la  loy  conce-i 
de  Se  permet  à  ceux-là  qui  troùuentvne  mine  J 
ôubien  à  ceux  qui  la  fouy fient;  au  moyen  de-l 
quoy  après  l'auoir  monftree  Ôc  defcouuerte  à  la 
luftice,  ils  demeurèrent  Seigneurs  de  la  mine, 
pour  lafoiiir,  &  en  tirer  l'argent,  eommede 
leur  propre,  en  payant  feulement  auRoyfori 
droid  de  cinquiefme.  De  forte  que  lepremiet 
enregiftrement  ôc  déclaration  que  Ion fift des 
mines  de  Potozi,  fut  le  vingt-vniefme  iour  du 
mois  d'Auril ,  de  Tan  154/,  au  territoire  de  Por> 
co,  par  lefdits  VillaroelEfpagnol,  ôc  Guanca 
Indien,  Incontinent  après  Ton  defcouurit  vne 
autre  veine ,  qu'ils  appellent  veine  d'eftain ,  qui 
a  efté  tres-riche ,  quoy  que  rude  ôc  laborieufe  à 
y  trauaiîler ,  pour  eftre  ion  métal  auffi  dur  que 
le  caillou.  Du  depuis  le  trentiefme  iour  d'Aouft, 
au  mefme  an  de  quarante-cinq ,  la  veine  appel- 
îee  Mendieta,  fut  enregiftree,  qui  font  les  qua- 
tre principales  veines  de  Potozi.  Ils  difent  de 
la  veine  riche ,  îa  premiet e  qui  fut  defcouuerte, 
que  fon  métal  eftoit  hors  terre  la  hauteur  d'vne 
lance  en  façon  de  rochers,  foufleuant  la  fuperfi- 
cie  de  la  terre,  comme  vne  crefte  de  trois  cents 
pieds  de  longueur,  &decrezedelarge,  &que 
cela  demeura  defcouuert  ôc  defeharné  par  h  de* 
luge , ayant  cefte  veine  ,  comme  la  partie  la  plus 
dure ,  refifté  à  la  force  Ôc  impetuoiuc  des  eaux. 
Son  métal  eftoit  fî  riche,  qu'ilyauoit  la  moitié 
ff  argent,  &  continua çefte veine  en  fariçheiïc 


des  Indes.  Liure  IV-  Lft 

|  iufques  à  cinquante  ôc  foixante  ftades ,  à  la  hau- 
I  reurd'vn  homme  de  profondeur,  où  elle  vint 
|  à  défaillir.   De  cette  façon  furent  deicouuertes 
ks  mines  de  Potozi  par  la  prouidence  diuine, 
laquelle  a  voulu  pour  la  félicité  d'Efpagne,  que 
la  plus  grande  riche  lie  qu'on  fçache  ,  ôc  qui  la- 
mais  ayt  efté  au  monde,  fuft  cachée  pour  vrt 
temps,  pour  la  defcouurir  au  temps  que  l'Em- 
pereur Charles  le  Quint ,  de  glorieufe  mémoi- 
re, tenoit  l'Empire,  les  Royaumes  d'Efpagne/ 
te  la  feigneurie  des  Indes.  Incontinent  après 
que  la  defcouuerture  de  Potozi  fut  cognuë  aux 
Royaumes  du  Peru,  plufieurs  Efpagnoîs,  ôc 
prefque  la  plus-part  d^s  bourgeois  de  la  Gité 
d'Argent,  qui  eft  à  dixhui&  lieues  de  Potozi, 
vindrent  pour  y  prendre  des  mines,  mefmesy 
vindrent  plufieurs  Indiens  de  diuerfes  Prouin- 
ces,  &fpecralement  les  Guayzadores  de  Porco, 
•li  qu'en  bref  temps  ce  fut  la  meilleure  ôc  plus 
grande  habitation  de  tout  le  Royaume. 


île  la  richeffe  que  F  on  a  tir'ee  &  tire  chacun  tour 
du  roc  ou  montagne  âe  Potozi . 

Chapitre    VIL 

3Ay  efte  plufieurs  fois  en  doute  s'il  fe 
trouuoit  aux  hiftoires  des  anciens  vne 
fi  grande  richefle  de  mines,  comme 
celles  que  nousauonsveues  denoftre 
Itempsau  Peru.  S'il  yaeuiamaisaumonde  des 
mines  riches  &  renommées  pourcçteffeft ,  ce 


jêhM* 


Il 


Plin.U.tf 
eaf.6. 


Hiftoire  naturelle 

ont  eue  celles  d'Efpagne,  dont  les  Carthaginois 
ontioiiy,  &  du  depuis  les  Romains  ;  lefquelles, 
. comme i'ay  dit ,  ne  font  pas  feulement  eftimees 
&  renommées  par  les  liures  profanes,  mais  aul- 
fi  par  les  Efcritures  fain&es.  Celuy  qui  plus  par- 
ticulierement  fai&  mention  de  ces  mines,  au 
moins  que  faye  veu,  eft  Pline,  qui  efcnt  amii  en 

fon  hiftoire  naturelle:  il  fi  trouue  de  l'argent  prefyue 
en  toutes  Provinces,  maûceluy  d'Ejfagnee  (lie  meilleur 
detom,  lequel  cm  fi  fT  s'engendre  en  vne  terre  fiente, 
■aux  montagnes  <CT  rochers ,  CT  efi  chofe  cerrame  <?  tn- 
faillible  au  es  lieu*  m  l'on  a  vnt f  fois  de  fcouuert  aucunes 
de  ces  veines,  il  y  en  a  d'autres  qui  n'en  font gueresefiot* 
çnees  :  ce  qui  fi  trouue  aufi  prefque  en  tows^utres  mr 
taux y  <CT  four  cela  les  Grecs  (amonaduis)  les  appt 
lèvent  métaux,    c'eïl  vne  chofe  efirange ,  que  les  futi 
m  mm  de  ces  mines  d>E$agne,  le/quels  on  commença 
fiuyr  du  temps  de  Hanmbal,fi  voyent  encor  a  prefent, 
CT  retiennent  encor  les  me/mes  noms  de  ceux  qui  les  def 
couvrirent.  Entre  ces  mines ,  celle  quedefcouuntBebel 
lo,  qui  en  retient  te  nom  encor  autourd'huj ,  fut  fort  re- 
nommée ,  er  dit-on  quelle donnoit  CT rapportoitfi gran- 
de riche fe  afin  matÛre  Hanmbal,  que  chaque  tour  U* 
yecueilloit  trois  cens  liures  d'argent ,  O"  tufques  a  main- 
tenant on  a  toufiours  contmué-de  trauailler  a  cette  mi- 
ne, de  telle  forte  quelle  efi  a  prefent  de  mil  cinq  cens  pat 
de  profondeur   cauee  en  la  montagne.   De fquels  puits 
néanmoins  ce  fie  grande  profondeur,  les  Gafcom  qui  y 
trauaillent  tirent  l'eau  qu'ils  y  trouuent  four  les  ajfc- 
,    cher,  erycauermieuxàleuraifi,  tout  durantletemps 
t mctZT  queleschandelleserhl»miereleurdurent,entclle.akn* 
Iraphia.       dame  qu'il  femble  que  ce  qu'ils  en  tettent  (oit  vne  xmw~ 

n.  lufques  icy  font  les  paroles  de  Pline,  que  \  ay 


des  Indes.  Liure  IV.  142, 

voulu  icy  réciter  de  mot  à  mot,  pour  conten> 
ter  dauantage  ceux  qui  entendent  que  c'eft  de 
mines,  voyant  que  la  mefme  chofe  qu'ils  expe-- 
rimentent  auiourdshuy?  â  efté  excercee par  les 
anciens.  Et  certainement  la  richeiFe  de  cefte 
mine  d'Hannibal  aux  monts  Pyrénées ,  eftoir 
grande  &  bien  remarquable,  laquelle  les  Ro- 
mains poiFederent,  y  ayans  continué  Ton  ouura- 
*e  iufquesau  temps  de  Pline,  qui  fut  comme 
rois  cens  ans.  La  profondité  de  cefte  mine 
:ftoit  de  mil  cinq  cens  pas ,  qui  eft  vn  mil  &  de- 
ny ,  &  fut  fi  riche  au  commencement,  qu'elle 
/alloit  à  Ton  maiftre  par  chacun  iour  trois  cens 
iures,  de  douze  Onces  la  liure.  Mais  combien 
jue  cefte  richeiFe  ayt  eflé  grande ,  elle  n'appro- 
he  neantmoins  à  celle  qui  de  noftre  temps 
i'eîl  retrouuee  en  Potozi.  Car  comme  il  appert 
>ar  les  regiftres  de  la  maifon  de  la.  çontra&a- 
ion  de  cefte  Prouince,  ôc  comme  plusieurs 
lommes  anciens  dignes  de  foy  l'atteftent,au 
emps  que  le  Licentié  Polio  gouuernoit  cefte 
^rouince ,  quifutplulieurs  années  après  la  def- 
:ouuertede  cefte  montagne,  Ton  enregiftroit 
ktir  oit  pour  la  cinquiefme,  chacun  Samedy, 
:ent  cinquante  &  deux  cens  milpezes,  dont  le 
:inquiefme  reuenoit  à  trente  &  quarante  mil 
>ezes ,  ôc  pour  chacun  an  vn  million  ôc  demy, 
)u  peu  moins.  Tellement  que  fuiuant  ce  con- 
e Ton  droit  chaque  iour  de  cefte  mine,  corn- 
ue trente  mil  pezes,  dont  il  reuenoit  au  Roy 
>our  la  cinquiefme,  fîx  mil  pezes  par  iour.  ïl  y  a 
ncor  vne  chofe  à  mettre  en  auant ,  pour  mon- 
trer la  ri ch elle  de  Potozi,  que  le  conte  quia 


r 


.i***i:i.* 


Hiftoire  naturelle 

efté  fai& ,  n'eft  feulement  que  de  l'argent  qui  fi 

marquoit  &  quintoit,  &  eftchofe  cognuëat 

Peru,  que  Ton  avfélong  temps  en  ces  Royati| 

mes  d'argent  qu'ils  appeiloient,courant,leque 

n'eftoit  marqué  ny  quinte.  Et  tiennent  pou 

-certain  ceux  qui  cognouîent  ces  mines,  quel 

ce  temps,  la  plus  gtande  partie  de  l'argent  qu 

l'ontiroit  de  Potozi,  ne  fe  quintoit  point, S 

eftoit  celuy  qui  auoit  cours  entre  les  Indiens 

&  beaucoup  entre  les  Efpagnols,  comme  i 

lay  veu  continuer  iufques  à  mon  temps.  Pa 

cela  Ton  peut  bien  croite,  queletietsdelati 

chefïède  Potozi,  voire  la  moitié  ne  fe  manife 

•ftoit,  nynefe  quintoit  point.  Il  y  aencor  vn 

autre  considération  plus  remarquable,  en  C 

que  Pihïe  met  que  Ton  auoit  fouy  mil  cinq  cet 

pasencefteminede  Babello,  &  que  toufïoui 

Ton  trouuoit  de  l'eau,  qui  eft-  ce  qui  donne  1 

plus  grand  empefehement  qui  foit  à  tirer  1 

métal  des  mines.  Mais  en  celle  de  Potozi,  er 

cor  que  l'on  y  ayt  fouy  &  caué  plus  de  deu 

cens  ftades  ou  hauteurs  d'vn  homme  en  pre 

fondeur,  iarnais  on  n'y  a  trouué  d'eau ,  qui  e 

le  plus  grand  heur  de  cefte  montagne.  Ma 

quoy  ?  les  mines  de  Porco,  dont  le  métal  c 

trefbon&tref-riche,  font  auiourd'huy  délai 

fées  pour  l'incommodité  de  l'eau  qu'ils  y  oi 

rencontrée  en  y  fouy  flan  t.  Pour  ce  que  ce  foi 

deux  trauaux  infupportables  en  recherchant: 

métal,  de  cauer  &  rompre  les  roches,  &  d'e 

tirer  l'eau  tout  enfemble.  Le  premier  defquel 

à  fçauoir  de  cauer  la  roche ,  donne  afTez  de  pe 

îïq\  voire  efl  trop  dur  &  trop  exceffif.  Final 


des  Indes.  UurelPZ  1^5 

tient  auiourd'huy  fa  Majefté  reçoit  pour  (oit 
ijuint  par  chacun  an^lVn  portant  l'autre, vn  mil- 
'ion  de  l'argent  des  mines  de  Potozi,  fans  l'au- 
be richelîe,  qui  luy  vient  de  vif-argent,  ôc  au- 
nes droi&s  Royaux,  qui  eftvn  grand threfor. 
Quelques  hommes  experts  ayans  iuppiné  les 
:ontes,  difent,  que  ce  que  Ton  a  apporté  à  quin- 
:er  en  la  caiTe ,  ou  douane  de  Potozi,  iufques  en 
l'an  mil  cinq  cens  quatre  vingts  cinq,  fe  monte 
à  cent  millions  de  pezes  d'eftay,  dont  chaque 
peze  vaut  treize  reaux  &  vn  quart ,  fans  conter 
l'argent  que  Ton  a  peu  tirer  fans  quinter ,  Ôc  qui 
Sa efté  quinte  es  autres  calTes  Royalies,  ôc  faos 
l'argent  courat  que  l'on  a  mis  en  œuure  au  pais* 
qui  n'eft  point  quinté,qui  eit  vne  chofe  innom- 
brable, combien  que  les  premiers  regifhes  des 
quints  nefoient  pas  fi  clairement,  ou  intelli- 
giblement eferits,  que  font  ceux  d'auiourd'huys 
pour  ce  qu'aux  commencemens ,  Ôc  premiè- 
res defcouuertes ,  l'on  faifoit  la  recepte  par  Ko- 
rnaines,  tant  eftoit  grande  l'abondance  qu'il  f 
en  auoit.  Mais  par  les  mémoires  Se  recherches 
que  Mil  le  Viçeroy  Dom  Francifque  de  Toile- 
de,  en  l'année  mil  cinq  cens  foixante&r qua- 
torze, fetrouua  qu'il  y  auoit  foixante  ôc  feiza 
millions,  iufqu'en  ladite  année,  ôc  depuis  le- 
dit an  iufques  a  celuy  de  quatre  vingts  cinqia- 
clufiuement,  il  appert  par  les  regiftres  Royaux 
qu'il  s'eft  quinte  iufques  à  trente  cinq  millions. 
L'on  enuoya  au  Viçeroy  ce  conte  de  Potozi, 
en  l'an  que  i'ay  dit ,  lors  que  i'eftois  au  Peru ,  êc 
du  depuis  la  richelle  qui  eft  venue  aux  Hôtes  da 
Peru  ,eft  montée  à  beaucoup  dauantage.  En  h 


Hijîoire  naturelle 
flotc  où  ie  vins ,  de  Tan  mil  cinq  cens  quatre  ! 
vingts  fept,  ii  y  auoit  onze  millions  qui  vin-| 
drent  aux  deux  flottes  du  Peru,&Mexicque,dôt  I 
les  deux  tiers  eftoienr  en  celle  du  Peru,  &  y  en 
auoit  prefque  la  moitié  pour  le  Roy.  l'a  y  voulu 
déduire  cecy  particulièrement ,  afin  de  faire| 
entendre  la  puiflance  que  la  diuine  Majefté  a 
voulu  donner  aux  Roys  d'Efpagne  fur  les  chefs 
defquels  tant  de  Couronnes  &  de  Royaumes 
ont  efté  amalFez,  6c  lefquels  par  fpeciale  fa- 
ueur  du  Ciel.ont  joint  les  Indes  Orientales  auec 
les  Occidentales,  enuironnans  tout  le  monde 
par  leur  puiflance.  Ce  que  Ton  doit  croire 
eftre  ainfî  arriué  par  la  prouidence  de  noftre 
Dieu  5  pour  le  bien  de  ces  peuples  qui  viuentj 
fîefloignez  de  leur  chef,  quieftle  Pontife  Ro- 
main, Vicaire  de  Chrift  noftre  Seigneur,  en  la 
foy  &  obeïiîànce  duquel  tant  feulement  l'on 

Î>eut  eftre  fauué ,  &  mefme  pour  la  deffence  de 
a  foy  Catholique  &  del'Eglife  Romaine,  en  ces 
parties  où  la  vérité  eft  tant  oppugnee ,  ëc  pour- 
iuiuie  des  hérétiques.  Et  puifque  le  Seigneut 
<les  Cieux,qui  donne  &  ofte  les  Royaumes  à  qui 
il  veut ,  &  commeil  luy  plaift  l'a  ainfi  ordonne, 
nousledeuons  fupplier  qu'il  luy  plaife  fauori- 
fer  le  zèle  pieux  du  Roy  Catholique,  luy  don- 
nant heureux  fuccés ,  Se  profpere  victoire  con- 
tre les  ennemis  de  la  fain&e  foy ,  veu  que  en  ce- 
lle caufe  il  gafte  le  threfor  des  Indes ,  qu'il  luy  a 
donné,  voire  en  a  befoing  de  beaucoup  dauan- 
tage.  Cependant  il  fufEt  d'auoir  fait  cefte  dh 
greffion  pour  monftrerlesricheflesde  Potozi 
C'eft  pourquoy  nous  retiendrons  à  dire  com- 


des  Indes,  Liure  IV.  144. 
me  Ton  rrauaillees  mines,  ôc  comme  l'on  affine 
les  métaux  que  Ton  en  tire. 


Comme  l\on  trauaille  es  mines  de 
TùtoQ 

Chap.  VIII. 


Oècc  fc  plaignant  du  premier  inuen-  s^tlmié 
teur  des  mines,  dit  fort  tien >  confoUt. 

Hem  fùmusy  fus  fuit  ille, 
iAim  fondera  refit, 
Gemmàjque  >Utsre  volenîes> 
Preaojàpericttlafodit? 
Auec  raifon ,  il  les  appelle  précieux  dager,  pour 
le  grand  trauail  &  péril  auec  lequel  Ton  tire  les 
métaux,  que  les  hommes eftiment tant.  Pline  pîm- &4h 
dit  qu'en  Italie  il  y  a  plufieurs  métaux,  mais  que  c^'4"  • 
les  anciens  ne  voulurent  pas  permettre  cfy  tra- 
vailler ,  afin  de  conferuer  le  peuple.  Ils  appor- 
toient  ces  métaux  d'£fpagne  ôc  faifoient  tra- 
uailler  les  Efpàgnols  aux  mines ,  comme  tribu- 
taires. L'Efpagne  en  fait  auiourd'huy  tout  de 
mcfme  aux  Indes,  en-Ce  quey  ayant  &  reftant 
fans  doute  en  Efpagne  plufieurs  mines  de  mé- 
taux, neantmoins  ils  ne  les  veulent  pas  cher-  - 
cher,  ny  permettre  qu'on  y  trauaille,  à  caufe  des 
incôueniens ,  que  l'on  y  voit  chacun  iour:  mais 
ils  les  font  apporter  des  Indes,  où  on  les  tire 
auec  beaucoup  de  trauail ,  &  rifque.  Ce  roc  de 
Potozi  contiens  en  foy ,  comme  i'ay  dit ,  quatre  ; 


^■u 


Hiftoire  naturelle. 

veines  principales ,  qui  font  la  veine  riche ,  cel- 
le de  Centeno ,  celle  d'Eftain ,  &  celle  de  Men-  ; 
dieta.  Toutes  ces  veines  font  en  la  partie  Orien- 
tale de  la  montagne,  comme  regardansleleuer. 
du  Soleil  :  car  en  l'Occidentale  il  ne  s'en  trou- 
ueaucunej  Lefdictes  veines  courent  Nort  & 
Sud  3  qui  eft  de  Pôle  en  Pôle.  Elles  ont  à  l'en- 
droit le  plus  large  fix  pieds,  &  aupluseftroit 
vnepaulme.  liy  enad*autres  de  diuerfe  façon 
qui  fortentd'i celles  veines,  comme  hs  grands  , 
rameaux  des  arbres ,  ont  de  couftume  d'en  pro-. . 
duire  de  petits.  Chaque  veineadiuerfes  mines 
qui  font  parties  ou  portions  d'elle-mefme,  di-, 
dindes,  &  feparees entre diuersmaiflres,  de**1 
noms  defquels  elles  font  ordinairement  appel- j 
lees.  La  grande  mine  contient  quatre  vingts^ 
verges,  &  ne  peut  contenir  dauantage  par  Tor-4 
donnance,  &  la  moindre  en  contient  quatre*." 
Toutes  ces  mines  font  auiourd'huy  fort  pro-: 
fondes.  L'on  conte  en  la  veine  riche  foixante- 
&  dixhuid  minessqui  font  profondes  de  quatre 
vingts  Ôc  centftades,  ou  hauteurs  d'hommes, 
voire  en  quelques  endroi&s  iufques  à  deu* 
cens.  L'on  conte  en  la  veine  de  Centeno  vingt 
quatre  mines,  dont  quelques  vnes  s'aduancent 
iufques  à  feptante  ou  quatre  vingts  ftades,de 
pi  ofond,&  ainii  des  autres  veines  de  cefte  mon- 
tagne. L'on  inuenta  pour  remède  à  cefte  gran- 
de profondité,des  mines  qu'ils  appellent  focca- 
bones,  qui  font  caues  ou  mines  faidfces  au  pied 
de  la  montagne,  lefquelles  vont  trauerfant  iuf- 
ques à  rencontrer  les  veines.  Carl'ondoiten- 
tendre.que  côbien  que  les  veines  couientNort, 


des  Indes.  Livre  î  V.  14  y 

&  Sud ,  comme  il  a  eflc  dit5neantrrioins  c  eft  eri 
rabaiiTant  depuis  le  fommet  iuiques  au  pied&. 
bas  de  la  montagne  ,  qui  fera  félon  qu'on  croit 
iparconié&urè  5plus  de  douze  cens  fiades.Etâ 
ce  conte  encor  que  les  miness'eftendenten  tel- 
le profondeur  ,  il  refte  neantmoins  encore  plus 
de  fix  fois  autant  d'efpace,  iufqucsà  leur  fonds 
&  racine ,  laquelle,  félon  qu'ils  difent  j  doit  eftre 
tres-riche&  abondante  ,  comme  le  tronc  &  la 
fôurcede  toutes  les  veinés.  Combien  que  iuf- 
qu'auiourd'huy  nous  ayons  veu  le  contraire  par 
expérience  ,  car  tant  plus  haute  &  esleuee  eft  la 
veipeà  lafuperficie  delaterrejtantplusfetrou- 
ue  riche;plus  aufsi  qu'elle  va  en  profcndeur5l'on 
trouuë  fon  métal  plus  pauure,  &  moindre  d'aï- 
loy.  Cependant  ilsinuenterent  les  Soccabons, 
par  lefquels  on  entre  &  fort  aifement ,  pour  tra- 
uailler  aux  mines,auec  moins  de  court ,  de  peine 
Se  de  danger.  Ils  ont  huièt  pieds  de  largeur  &c 
vne  ftade  de  hauteur ,  &  les  ferment  auec  des 
portes  ;  L  on  tire  par  iceux  les  métaux  fort  faci- 
lement, en  payant  au  propriétaire  du  Soccabon, 
le  cinquiefmede  tout  le  métal  que  l'on  tire  par 
iceluy.  Il  y  en  a  défia  neuf  de  faids:&  autres  que 
Ton  a  commencé  à  faire*  L'on  fut  vingt  neuf  ans 
à  faire  vnSoccabon,  qu'ils  appellent,du  venin; 
qui  va  fe  rendre  &  donner  a  la  v  eine  riche ,  ayant 
efté  commencé  en  Tan  mil  cïnq  cent  cinquante; 
'vnziefme  année  de  la  defcouuerte3&  acheuc  en 
i'an  mil  cinq  cens  quatre  vints  cinq,lvn{iefme 
iauril;  Ce  Soccabon  rencontra  la  veine  riche ,  a 
:rente  cinq  ftades  près  de  la  fource  ou  racine ,  6é 
f'auoitde  la  où  il  rencontra  i a  veine  iufques  m 

T 


r 


I 

tJifioire  naturelle 
faut  &  emboucheure  de  la  mine ,  autres  cent 
&  trente  cinq  ftades.  De  façon  qu'il  falloit  def ! 
cendre  toute  cefte  profondité  pour  trauailler  à  la' 
mine.  Tout  ce  Soccabon  contient  depuis  for; 
ouuerture  ,  iufques  à  la  veine  du  CruferoJ 
qu'ils  appellent  ,  deux  cent  cinquante  vergeSj 
à  laquelle  œuure  furent  employez  les  vingt- 
reuf  ans  de  temps  ,  qui  ontefté  dits  a  fin  qu< 
Ton  voye  le  grand  trauail  que  prennent  lei 
hommes  pour  rechercher  l'argent  aux  entrail 
les  de  la  terre.  Cependant  ils  trauaillent  en  ce 
mines  en  continuelles  ténèbres  ,  &  obfcuritc 
fans  fçauoir  aucunement  quand  il  eft  iour  01 
nuiâ:.  Or  d'autant  que  ce  font  lieux  queleSo- 
leil  ne  vifite  aucunement ,  il  n'y  a  pas  feulemeni 
de  perpétuelles  ténèbres,  maisaufsi  y  fait  vn  ex- 
trême froid,  &  y  court  vn  air  fi  grofsier,  &  con 
traire  à  la  nature  &  difpofition  humaine,  que  le: 
hommes  qui  y  entrent  de  nouueau,s'y  eftour- 
dilfentcommedumaldela  mer.  Ce  qui  m  ad 
uintà  moy-mefme  en  vne  de  ces  mines,  oùi( 
fenty  douleur  de  cœur ,  &  fanglots  d'eftomach 
Ceux  qui  y  trauaillent  feferuentde  flambeaux 
&  chandelles  pour  leur  efclairer,  en  départant  I< 
labeu  r ,  &  Touurage  de  telle  forte,que  ceux  qu 
trauaillent  le  iour ,  y  repofent  la  nu i&,&  les  au 
très  au  contraire  les  viennent  efchanger  ,  pou] 
trauailler  la  nuift  &  repofer  le  iour.  Le  métal  ) 
eft  cômunement  dur,  &  à  cefte  caufe  ils  le  tiren 
a  coups  de  marteaux ,  le  rompant  &  efclattan 
par  force, comme  fi  c'eftoit  vn  caillou. Par  âpre: 
ils  montent  ce  métal  fur  leurs  efpaules  par  dei 
efcheiles  à  trois  branches ,  faites  de  cuir  de  va- 


âesjndes.  Liure  IV.  146 

che  retors ,  comme  pièces  de  bois,  qui  fonttra- 
uerfeesd'efchellonsde  bois  :  de  forte  qu'en  cha- 
'  cune  de  ces  efchelles,  Ton  y  peut  monter  &  des- 
cendre tout  enfemble.  Ces  efchelles  font  lon- 
gues dedix  ftades,  &  à  la  fin  d'ieelles  en  recom- 
méce  vne  autre  de  la  mefme  longueur,commen- 
çant  ,   &  finilfant  chaque  efchelle  a  des  éta- 
blies &  plattes  formes  de  bois,  où  il  y  a  des  fie- 
ges ,  &  lieux  pour  fe  reçofer,  comme  galleries; 
d'autant  qu:il  y  a  plufieurs  de  ces  efchelles  à 
inonter,boutabout.  Vn  homme  y  porte  ordi- 
nairement, fur  fes  efpaules ,  le  poids  de  deuxar- 
robes  de  métal,  auec  vne  toiile  attachée  ,  en 
façon  d'vne  hotte,&  y  montent  trois  à  trois.  Ce- 
luy  qui  va  deuant ,  porte  vne  chandelle  attachée 
à  fon  poulce:  car  comme  il  eft  dit ,  il  n'y  a  nulle 
lumière  du  Ciel,  &  vontfe  tenansa  lefchelîe 
des  deux  mains  pour  monter  fi  grande  efpace  de 
hauteur ,  qui  furpafle  communément  cent  cin- 
quante ftades  de  hauteur ,  chofe  effroyable ,  & 
qui  donne  fefpouuente  feulement  à  y  penfer, 
tant  efl  grand  le  defir  d'argent ,  pour  la  recher- 
che duquel  les  hommes  endurent  tant  de  ffà* 
uail.  Et  certes  ce  n'eft  point  fans  raifon  que 
Pline  traittant  de  celle  matiere,s'exclame  &  dit 
ainfi;  Nom  entrons  lufyues  aux  entrailles  de  h  terre  ,  ey 
dons  fourfmuant les  rubéfies  m fque s  aux  lieux  descon-  ^f*  f 
damne^  Et  par  après  au  meîme  liure ,  il  ditain>  c7^'.  '** 
Iv.Ceuxqut  recherchent  les  métaux, fint  les  œuuresplus 
]ue  de  géants  ,  faifins  des  troua ,    çr  mettes  au  vra~ 
fond  delà  terre  >  ferceans  les  montagnes  fi  auant ,  çy> 
profondément,  à  Ulueur  des  chandelles  i  mUit»** 


Hifioïre  naturelle 

&*  la  nuiïl  font  seblables ,  çr  en  f lu-peuf s  mois  ne  voyent 
autour,  d'où  bien  fouumt  il  aduient ,  que  les  parotides 
mines  fondent  er  tombent,  accablans  dejfoubs  plufteurs 
des  miniers  qui  y  tramaient.  Et  en  après  il  adioufte: 
ils  entament  U  roche  dure,  auec  des  marteaux  de  fer,  fe- 
fants  cent  cinquante  hures,  cT  tirent  les  métaux  fur  leurs 
tfp*ulles-9trdH*ilUnsdeùur  <T  de  nuill ,  les  vnsdefquels 
baillent  leur  charge  aux  autres ,  &  tout  cela  efl  en  •bfcu- 
rite  ,  putfque  les  derniers  feulement  voyent  U  lumière. 
^Auec  des  coing  de  fer ,  O"  des  marteaux  ds  rompent  les 
tMÏlom,  tantdurs,   er  forts  qu'ils filent  ,pourcequelé 
faim  de  l'argent  eft  encor  plus  afpre ,  £T  plus  forte.  Cela 
eft  de  Pline,  qui  encor  qu'il  parle  comme  hifto- 
riographe  d'alors ,  neantmoins  femble  prophète 
d'auiourd'huy.Et  n'eft  moindre  ce  quePhocion 
d'Agatbarchides    raconte   du  grand    trauail 
ou  enduroient  ceux,qu'iis  appelloient  Chryfios 
a  tirer  lo^pource  que  comme  le  fufdit  autheur 
dit  l'or  &  1  argent  donnent  autant  de  trauail  aie 
tirer  &r  rechercher,  comme  il  apporte  de  con- 
tentement eftant  poffede. 


C$mme  l'on  affine  le  métal  d'argent 
Chapitre    IX. 


ZecUf  3- 


Es  veines  que  i  ay  dit,où  Ton  trou- 
ue  f  argent,courent  ordinairement 
entre  deux  rochers  qu'ils  appelleni 
la  chaffejdontl'vn  d'iceux  a  accou- 
ftumëd'eftretres-dur  comme  cail 
lou,&  Pautre  mol  &  plus  facile  a  rompre.  Tou 


'des Indes.  Liure.lV.  147 

cemetalnefetrouue  pas  toujours  efgaî&d'v- 
ne  mefme  valeur.  Car  il  y  en  a  vne  mefrae  veine, 
dVne  forte  fort  rie  h  e5qu'ils  appellent  Cacilla,ou 
Tacana,  d'où  1  o  tire  beaucoup  d'argét  ,  &  1* au- 
tre eft  pauure,  duquel  l'on  tire  peu  d'argent.  Le 
métal  le  plus  riche  de  cefte  montagne  eft  de  cou- 
leur d'ambre ,  &  après  celuy  quitire  le  plus  fur- 
ie noir.   Il  y  en  a  d'autre,  qui  eft  comme  roux, 
dVutre  femblable  a  la  couleur  de  cendre:  en. 
fomme  de  plufieurs  &  diuers  couleurs ,  &  ferri- 
bleà  ceux  qui  ne  les  cognouTeot  point ,  que  ce 
foientdes  pierres  de  nulle  valeur.  Mais  les  mi- 
niers cognoiilent  incontinent  fa  qualité  &  fa  per- 
fe&ion,par  certains  fignes  &  petites  veines,qu'ils 
yvoyent.  On  porte  tout  le  métal  que  Ton  tire 
des  mines,fur  des  moutons  du  Peru ,  qui  feruent 
d'afnes  a  porter  aux  moulins.Le  métal  le  ptusri- 
che  s'affine  en  le  fondant  dedans  ces  petits  four-, 
neaux  que  i'ay  dit,qu'ils appellent  Guayras:  car 
ceftuy  eft  le  plus  plombeux,pour  raifon  dequoy 
il  en  eft  plus  facile  a  fondre  ,  aufsi  pour  le  mieux 
fondre  ,  les  Indiens  y  iettent  ce  qu'ils  appel- 
lent Soroche,qyi  eft  vn  métal  fort  plombeux,& 
le  métal  eftant  en  ces  fourneaux ,  l'ordure  &  le 
terreftre:par  la  force  du  feu ,  demeure  en  bas  ,& 
le  plomb ,  &  largent  fe  fondent  de  telle  fa- 
çon, que  l'argent  eft  porte  nageant  fur  le  plomb,, 
iufques  a  ce  qu'il  foit  purifie ,  puis  après  ils  raffi- 
nent encor  plufieurs  fois  ceft  argent   par  cefte 
manière  de  fondçure.  L'on  a  açcouftumë  de  ti- 
rer d'vn  quintal  de  métal ,  trente  ,  quarante, 
voire  cinquante  pezes  d'argent,&  toutesfois  i'en. 
ay  veu  dVne  forte  que  Ion  me  monftra  par  ex- 
—  — -■ *■-•-■      Tiij 


lu 


Hiftoire  naturelle 

eelîence,duquei  l'on  tiroit  en  le  fàifant  fondre  de 
cefte  façbn,deux  cens,  voire  deux  cens  cinquante 
pezes  d'argent  du  quintal,richelTe  vrayement  ra- 
re &prefque  incroyable  ,  fipar  le  feu  nous  n'en 
auionsveu  l'expérience,  mais  tels  métaux  font 
fort  rares.  Le  pauure  métal  eft  celuy  quid'vn, 
quintal  rend  deux*  pu  trois ,  cinq  ou  fix  pezes, 
ou  peu  dauantage .  Ce  métal  ordinairement  n 'eft 
point  plombeux,  mais  eftfec:  c'eft  pourquoy 
î  on  ne  le  peut  affiner  par  le  feu.  Et  pour  celle 
raifonilyauoitenPotozi  vne  grande  quantité 
decespauures  métaux,  defquelsl'on  nefaifoit 
pas  grand  eftat,  &  eftoient  deiettez  comme  la. 
paille  &  comme Tefcume  des  bons  métaux ,  îuf-  • 
quesace  que  l'on  mit  en  auant  le  moyen  d'afc 
finer  auec  le  vif  argent ,  par  le  moyen  duquel  ce  - 
fte  efeume  qu'ils  appelloient  Oquiache,  fut  de 
grand  profit.  Car  le  vif  argent  par  vneeftran- 
ge  &  mérueilleufe  propriété  purifie  l'argent,& 
efl:  propre  pour  ces  métaux  qui  font  fecs  ôc  pau- 
ures ,  efquels  toutesfois  il  fe  confume  moins  de 
vifargent,quenon  pas  es  riches  :  car  tant  plus 
ils  font  riches,  plus  ils  ont  befoin  de  vif  argent, 
Auiourd'huyla  façon  d'affiner ,  qui  eftlaplus 
commune  &  plus  exercée  en  Potozi,eft  celle  qui 
fe  fait  par  le  vif argent ,  comme  aufsi  es  mines  de 
Cacatecas&  autres  de  la  neuue  Efpagne.  Il  y 
auoit  anciennement  aux  flancs  &  aux  fommets 
dePotozi  plus  de  fixmilGuayras,  quifont  ces 
petits  fourneaux  où  l'on  fond  le  métal ,  lefquels 
eftoient  pofez  en  façon  de  luminaires  ,  telle» 
ment  que  c  eftoît  vn  plaifant  fpe&acle  de  les 
yqir  de  nui  ft  3  &  iettoiét  la  lumière  fi  loin,qu'ils 


des  Indes.  Liure.  IV.  I48 

(èmbloient  n'eftre  qu'vn  brader  ou  flamme  de 
feu.  Mais  auiourd'huy  pour  le  plus  qu'on  y  en 
trouuejCeft  deux  mil  >  d'autant  que  comme  i'ay 
dicl:,ils  vfent  peu  de  la  fonte ,  mais  affinent  auec 
le  vif  argent  qui  efl  de  plusgrâd  profit.  Et  pour 
ce  que  les  proprietez  du  vifargent  font  admira- 
bles, &  que  cette  manière  d'affiner  l'argent  eft 
fort  remarquable  ,  ie  traitteray  du  vif  argent 
de  fes  mines  &  ouurage,  &  ce  qui  femblera  con^ 
uenableacefujed. 


Des  propriete^memeilleufes  du  vif  argent. 

Chapitre.    X. 

E  vif  argent  ainfi  appelle  par  les 
Latins ,   pour- ce  qu'il  coule  &. 
fe  gliiTe  viftement  d'vn  lieu  en 
autre,entre  tous  les  métaux  a  de 
grandes    &    merueilleufes   pro- 
prietez. La  première  ,  que  combien  que  ce 
ioit  vn  vray  métal,  fieft-ce  toutes-fois  qu'il 
n'eft  pas  dur  ,  &  fi  n'a  point  de  forme  arre- 
ftee,ny  de  confiftance  comme,  les  autres  me-» 
taux ,  mais  il  eft  liquide  &  coulant  ,  non  pas 
comme  l'or  &  l'argent  fondu,ains  de  fa  propre 
nature  ;  combien  qu'il  foit  vne  liqueur ,  il  eft 
neantraoins  plus  pefant  qu'aucun  autre  métal: 
c'eft  pourquoy  tous  lesautres  nagent  defïus& 
ne  vont  point  au  fond,  d'autant  qu'ils  font  plus 
légers.  I'ay  veu  mettre  en  vn  baril  de  vif  argent 
deux  liuresdc  fer,  lefquelbs  nageaient  délias 
T  iiij 


m 


M- 


Hiftoire  naturelle 
j>lh.  hb.  5j.  comme  fait  du  bois  ou  du  liège  fur  leau.  Pline  ' 
met  vne  exception  a  cela,  difant  que  l'or  tant 
feulement  s'y  enfonce  &nç  nagepasdelTus:ie 
n'en  a  y  pas  veu  l'expérience ,  mais  parauenture 
cela  procède  de  ce  gue  le  vif  argent  naturelle-  i 
ment  circuit  l'or  &  le  cache  dedans  foy,  quieft 
vne  des  plus  importantes  proprietez  qu'il  ait. 
Car  il  s  attache  à  l'or  d'vne  façon  merueilleufe, 
le  cherche  &  le  va  trouuer  la  où  il  le  fent ,  &  ce 
non  feulement  ,  mais  aufsiii  l'enuironne  &  le 
ïoint  de  telle  façon  ,  qu'il  le  defpoùille  &fepa-l 
re  de  quelconque  métal  &  autre  corps  où  il  foie 
rnesle.  Pour  cefte  raifon  ceux-là  prennent  de 
lor  qui  fe  veulent  preferuer  du  dommage  & 
des  incommoditez  duvifargent.L'on  s'eft  feruy  j 
pour  donner  remède  a  ceux ,  es  oreilles  defquelsj 
on  auroit  mis  du  vif  argent  pour  les  faire  mou  rir  i 
fècretement ,  de  certaines  petites  platines  d'or 
qu'on  leur  mettoit  es  oreilles,  àcaufede  laver-, 
tu  qu'a  l'or  d'attirer  le  mercure.  Et  par  après  ils; 
tiraient  les  platines  toutes  blanches  du  vif  ar-i 
gent  quis'y efloit  attache,  Eftant  vn  iourâ1  Ma-| 
drilallé  voir  les  ouurages  exquis  que  Iacomo  de 
■Treço,  excellent  ouurier  Milannois  faifoit  pour  j 
fàinâ  Laurens  le  Royal  ,  iladuint  queiem'yj 
trouuay  le  iour qu'ils  doroient  quelques  pièces! 
d'vn  contre -table  qui  eftoient  la  bronze  ,  ce  qui  i 
fe  fait  auec  vif  argent.  Et  d'autant  que  la  fumée  I 
du  vif  argent  eft  mortelle ,  il  me  dift  que  les  ou-; 
uriers  fe  preferuoient  de  ce  venin  en  prenant  vn 
doublon  d'or  roullé  qu'ils  aualloient  ,  lequel 
éftanten  l'eftomac  attiroità  foytout  le  vif  ar- 
gent qui  leur  entrojt  en  fumçepaj*  les  yeux,  pari 


des  Indes.  Liure.  IV.  149 

les  oreilles,  par  les  narrines&  par  la  bouche  ,  & 
par  ce  moyen  fe  garantiiToient  du  dommage  du 
vif  argent  que  l'or  attiroit  ainfi  en  leftomac, 
&iettoient  en  après  le  tout  auec  les  excremens, 
chofe  certes  digne  d'admiration.  Apres  que  le 
Vifargenta  purifié  l'or  ,  &  qu'il  la  nettoyé  & 
purgé  des.autres  métaux,  &  de  tout  meslange, 
il  eft  feparé  luy-mefme  d'auec  l'or  fonamy  par 
la  chaleur  du  feu,lequel  le  laifle  du  tout  purifié 
&  fans  vif  argent.  Pline  dit  que  par  certain  art 
&  inuention  l'on  feparoit  l'or  d'auec  le  vif  ar- 
gent, toutesfoisiene  voy  point  qu'auiourd'huy 
l'on  vfe  de  tel  art ,  &  me  femble  que  les  anciens 
n'ont  point  fceu  &  entendu  que  l'argent  fc 
peuft  affiner  auec  du  vif  argent ,  qui  eft  au* 
ïourd'nuy  le  plus  grand  vfage  &  principal  pro- 
fit du  vif  argent ,  pour  ce  qu'il  dit  expreflement 
que  le.  vif  argent  nefe  iointd  aucun  autre  métal 
qu'a  l'or ,  &  lors  qu'il  fait  mention  d'affiner  l'ar- 
gent il  ne  parle  feulement  que  de  la  manière  de 
fondre,  d'où  l'on  peut  inférer  que  lesanciem 
n'ont  point  cogneuce  fecret.  A  la  vérité  iaçojt 
qu'entre  1  or  &  le  vif  argent  il  y  ayt  vne  amitié 
&  fympathie ,  neantmoins  la  où  le  vif  argent  ne 
trouue  point  d'or,  ilfeva  rendre  à  l'argent  & 
fe  ioint  auec  luy ,  bien  que  ce  ne  foit  pas  de  telle 
-façon  qu'il  fait  auec  Tor.  Mais  en  fin  il  le  net- 
toyé, il  le  fepare  d'auec  la  terre ,  le  cuiure  &  îe 
plombjparmy  lefquels  s'engendre  l'argent ,  fans 
qu'il  foit  befoin  de  feu  pour  le  raffiner  par  fon- 
dure,  encor  qu'il  fe  faille  feruirdufeu  pour! 
feparçr  d'auec  l'argent,  comme  ie  diray  cya- 
près?  ^e  vif  argent  ne  tient  conte  d&s  autres 


Hiftoire  naturelle 
métaux,  horf-mis  lof  &  l'argent  :au  contraire 
îl  les-corrompt,  les  parforce  &  confomme,  &  les 
va  fuyant  tant  qu'il  peut.  Ce  qui  eft  aufsi  vne 
chofe  admirable,  &  pour  cefte  caufe  l'on  le  met 
en  des  vafes  de  terre  ou  dâs  les  peaux  d'animaux, 
d'autant  que  fi  on  le  met  dans  desvahîeauxde 
cuiure,  de  fer,ou  d'autre  métal,  aufsi  tofl  il  les 
perce  &  corrompt ,  &  pénètre  aufsi  toute  autre 
matiere.C  eftpourquoy  Pline  l'appelle  le  venin 
de  toute  chofes  ,  &  dit  qu'il  confomme  &  gafte 
tout.  L'on  trouue  du  vif  argent  es  fepultures  des 
hommes  morts,  qui  après  auoir  confomme  les 
corps,  en  fort  fort  net  &  fort  entier.  Il  s'en  eft 
mefme  trouué  dans  les  os  &  moiielle  des  hom- 
mes &  des  animaux,lefquels  l'ayant  receu  en  fu- 
mée parla  bouche  h  parlesnarines,ilfecongel- 
le  au  dedans,&  leur  pénètre  ainfi  les  os.Et  pour  - 
cec'eftvne  chofe  fort  dangereufe  de  hanter  Se 
fréquenter  auec  vne  créature  fi  venimeufe  &  il 
mortelle.  Il  a  aufsi  vne  autre  propriété  d  e  courir 
&  faire  cent  mil  petites  goûtes ,  defquelles  pour 
petites  &  menues  qu'elles  puiffent  eftre,  il  ne 
s'en  perd  pas  vne,  mais  vont  retournant  par  cy 
par  là  fe  ioindre  auec  leur  liqueur.  Et  eft  qua- 
ïi  incorruptible,n'y  ayant  chofe  prefquequile 
puhîe  gafter,d'où  vient  que  le  mefme  Pline  1  ap- 
pelle fueur  éternelle.  Ilaencorvne  autre  pro- 
prieté,c'eft  que  côbien  qu'il  foit  celuy  qui  fepar- 
re  l'or  d'auec  le  cuiure,&  de  tous  les  autres  me- 
taux,neantmoins  ceux  qui  veulent  dorer  du  cui- 
ure,du  bronze  ou  de  l'argent,fe  feruét  du  vif  ar- 
gent, pour  eftre  le  moyenneur  de  ceft  aflgmble- 
menn  car  on  dore  les  métaux  par  fon  ay  de.  En: 


des  Indes.  Lium  I V.  150 

cre  toutes  lesmerueilles  de  cefte  eftrâge  liqueur, 
celle  qui  m'a  femblé  plus  digne  deftre  remar- 
quée ,  eft  que  combien  qu'il  foit  la  chofe  la  plus 
pefante  du  monde,neantmoins  il  fe  tourne  tota- 
lement en  la  chofe  plus  légère  du  monde,qui  eft. 
la  fumée  par  laquelle  il  monte  en  haut  ayant  elle 
conuertyen  iceile, aufsi  toft  lamefme  fumée, qui 
eft  vne  chofe  Ci  légère ,  fe  retourne  du  tout  en 
vne  chofèfi  pefante,  comme  eft  la  propre  li- 
queur du  vif  argét:  enquoyilfe  refout :car  cefte 
famée  venant  a  rencontrer  en  haut  le  métal  qui 
eft  vn  corps  dur ,  ou  bien  venant  à  vne  région 
froide ,  aufsi  toft  il  s'efpaifsit  &  fe  tourne  en  vif 
argent  ;  que  fi  l'on  luy  donne  vne  autre  fois 
le  feu  ,  tout  de  mefme  il  fe  retourne  en  fu-; 
mee  pour  fe  refoudre  encor  en  vif  argét.Tranf- 
mutation  vrayement  eftrange  d'vne  chofe  fi  pe- 
fante en  chofe  Ci  légère ,  &  d'vne  fi  légère  en  vne 
11  pefante ,  ce  que  Ton  peut  tenir  pour  chofe  ra- 
re en  nature.  Et  pour  ce  l'Autheur  de  la  nature 
eft  digne  deftre  glorifiéen  toutes  ces&  autres 
eftrangesproprietezde  ce  métal ,  puifque  toute 
chofe  engendrée  obeyt  promptement  à  fes  loix 
cachées  &  incogne u es. 

J>h  lieu  oh  ton  trome  le  vif-argen  t ,  &  comme 
l'on  defeomrit  ces  très  -riches  mines  en 
Gtsancauilca. 
ChnAPitre    XI. 
E  vif  argent  fe  trouue  en  vne  manière 
de  pierre,  laquelle  donne  &  apporte 
aufsi  tout  enfemble  ce  vermeillon  que 
'ic^anciè/is  appellerent  Mimmç  >.  &  encor  au- 


MMÉDil 


Hifioire  naturelle 
iotird'huy  Ton  appelle  les  images  de  enflai  mi- 
niades ,  lefquels  font  peints  auec  du  vif  argent» 
Les  anciens  ont  beaucoup  fait  d'eftat  de  ce  mi* 
1>*>\-<1*     nmm ,  ou  vermeillonje  tenant  pour  vne  couleur 
lacree,  comme  Pline  raconte  ,  difant  que  les' 
Romains  auoient  accouftumë  d'en  peindre  la 
face  de  IupiterSff 'les corps  de  ceux  quitriom- 
phoient  en  Ethiopie  jmefmes  les  idoles   &les 
Gouuerneurs  aufsi  auoient  la  face  peinte  de  ce 
minium.  Et  que  ce  vermeillon  eftoit  tellement 
fcftiméàRome  (lequel on  y  portoit  feulement 
dEfpagne  ,  oùilyauoit  beaucoup  de  puits& 
«de  mines  de  vif  argent,  qui  y  font  encor  au- 
îourd'huy)  que  les  Romains  ne  permettoient 
pas  que  Ton  laffinaft  &  accommodaft  en  Ef- 
pagne  ,  de  peur  qu'ils  n'en  defrobaffent  quel- 
que chofe  ,  mais  on  le  portoit  à  Rome ,  feellc, 
tout  ainfien  pierre  comme  ils  le  tiroient  de  la 
mine,  puis  l'affinoient.  L'onyenapportoitpar 
chacun  an  de  l'Efpagne ,  fpecialement  de  l'An- 
dalufîe ,  enuiron  dix milliures,  que  les  Romains 
eftimoientvneexcefsiue  richeffe.  I'ay  rapporté 
toutcécy  de  cet  Autheur  ,  afin  que  ceux  qui 
voyent  auiourd'huy  ce  qui  fe  pafle  au  Peru, 
ayent  le  contentement  de  fçauoir  ce  qui  s'eft 
pa (Té  anciennement  entre  le  plus  punTants  Sei- 
gneurs de  l'vniuers.  le  le  dy  pour  leslnguas, 
Roys  du  Peru,&  pour  les  Indiens  naturels  d'ice* 
îuy ,  qui  trauaillerent  &  fouyrent  long  temps  es 
mines  de  vif  argent,  fans  fçauoir  ce  que  c'eftoitj 
du  vif argent,&  fans  le  cognoiftre ,  ny  fans  y  re-; 
chercher  autre  chofe  que  le  Cynabre  ou  ver- 
Hieilton ,  qu'ils  appellent  Limpy  >  lequel  ils  ef)zV 


des  Indes.  Dure.  IV.  î|X 

ment  beaucoup, pour  ce  mefme  efTed  que  Pli- 
ne a  raconté  des  Romains,  &  des  Ethiopiens,qui 
eft  pour  Te  peipdre  &  teindre  la  face  &  le  corp 
d'eux  &  leurs  idoles;ce  qui  a  efte  beaucoup  pra- 
tiqué par  les  Indiens,fpecialement  quand  ils  al- 
louent a  la  guerre,  de  en  vfent  encor  auiourd'huy 
quandils  font  quelques  dances  &  fefteS",  &ap- 
pellét  cela  febarbouiller,pour  ce  qu'il  leur  fem- 
bloit  que  les  faces  &  vifages  ainii  barbouilles 
efpouuentoient  beaucoup ,  &  auiounThuy  je 
tiennent  pour  vn  ornement  &  mignardife.  Pour 
cefte  caufe  il  y  a  eu  d'eftranges  ouurages  demi- 
très,  aux  montagnes  de  Guancauilca,  qui  font  au 
Peru ,  proches  de  la  Cite  de  Guamangua,  def- 
quelles  ilstiroient  ce  metal,&  eft  de  la  façon,que 
fiauiourd'huyl'on  entre  par  les  caues  &  Ïqccsl- 
bons,  que  les  Indiens  firent  de  ce  temps  là, tes 
hommes  s'y  perdent,  &ne  trouuent  point  de 
chemin  pour  en  fortir  :  mais  ils  nefe  Coudoient 
point  du  vif- argent ,  qui  naturellement  eft  en  k 
mefme  matière ,  ou  métal  de  vermeillon  >  ny  ne 
cognoiffoient  pcânt  qu'il  y  euft  au  monde  de 
telle  matiere.Les  Indiens  n'ont  paseftéfeuls  qui 
ayentefté  long  temps  fans  auoir  cognoiffance.de 
cefte  richeffe ,  mais  aufsiles  Efpagnols  ontefte' 
de  mefme,  iufquesa  ce  que  en  fan  mil  cinq  cens 
foixante  fix,&  foixante  f  ept,que  le  Licentié  Ca- 
ftro  gouuernoit  auPeru,l'on  defeouu rit  les  mi- 
nes de  vif  arget,  ce  quiaduint  de  cefte  façon.  Vn 
home  d'entendemét ,  appelle  Henricque  Guar- 
çes,Portugais  de  nation,ayant  vn  morceau  de  es 
métal colorë,que  i'ay  dit  que  les  Indiensappel- 
knt  Limpy,auec  lequel  ils  le  peignent  le  vifage 


Hiftoire  naturelle 
comme  illegardoit  &  contemploit ,  cogneut 
quec'eftoit  la  mefmechofe  qu'en  Caftille  l'on 
appelloit  vermillon ,  d'autant- qu'il  fçauoit  bien 
que  le  vermillon  fe  tire  demefme  métal  que  le 
vif  argent ,  il  conie&ura  que  ces  mines  de- 
uoient  eftre  de  vif  argent  ,  &  fe  tranfportaau 
lieu  d'où  l'on  tiroit  ce  metal,pour  en  faire  l'efTay 
&  l'expérience.  Ce  quil  trouua  eftre  ainfï,  & 
ayant  de  ceftefaçon  efte  defcouuertes  les  mines 
de  Palcasau  terroir  de  Guamangua,il  y  alla  grâd 
nombre  d'homes  pour  tirer  le  vifargent,&  de  là 
le  portera  Mexicque  ,  où  l'on  affine  l'argent  par 
Je.  moyen  du  vif~argent ,  dequoy  plulïeurs  fe 
font  enrichis.Cefte  contrée  de  mines ,  qu'ilsap* 
pèllentGuancauilca,  des  lors  fe  peupla  d'Efpa- 
gnols&  d'Indiens  quiyarriuerent  ,  &auiour- 
d  huyyarriuent  encor  pour  trauailler  aTou- 
v  rage  de  ces  mines  de  vifargent ,  lefquelles  font 
en  grand  nombre  &  fort  abondantes.  Mais  fur 
toutes  cesmines,  celle qu'ilsappellent  d'Ama- 
dor,deCabrera,autrement  des  Saints5eft  belle  & 
remarquable.C'elt  vn  rocher  de  pierre  tres-du- 
re,toute  femee  de  vif  argent,&  de  telle  grâdeur, 
qu'elle  s'eftend  plus  de  quatre  vingts  varresen 
Jongueur,&  quarante  en  largeur,en  laquelle  mi- 
ne l'on  a  fait  plufieurs  puits  &  foifes  de  foixante 
Se  dix  ftades  de  profondeur?de  forte  que  plus  de 
trois  cens  hommes  y  peuuent  trauailler  tous  en- 
femble  tant  eft  grade  fa  capacité.  Celte  mine  fut 
defcouuerte  par  vn  Indien  d'Amador  de  Ca- 
brera, appelle  Nauincopa ,  du  bourg  d'Acoria* 
&lafitenregiftrer  Amador  de  Cabrera  en  fon 


s, 


j 


des  Indes.  Liure  IV.  jji 

Hom.  Il  en  fut  enprocez  contre  le  Procureur 
hTcal ,  mais  par  arreft  Fvfufruid  luy  en  fut  ad- 
jugé, comme  ayant  eftë  le  defcouureur.  Du 
depuis  il  vendit  fon  droict  à  vn  autre  ,  pour  le 
prix  de  deux  cens  cinquante  mil  ducats,  &  par 
après  ayant  opinion  qu'il  auoit  eflé  trompé  eu 
céfte  vente,  mit  en  ad  ion  l'acheteur,  pour  ce 
qu'ils  difent  qu'elle  vaut  plus  de  cinq  cens  mil 
ducats ,  voire  quelques- vns  tiennent  qu'elle 
vaut  bien  vn  million';  d'or  :  chofe  rare  ,  qu'il  y 
ait  vne  mine  de  telle  valeur  &  richeiîe  !  Lors 
que  Dôm  Francifque  de  Tollede  gouuernoit 
au  Pcru ,  il  y  eutvn  homme  qui  auoit  efté  en 
Mexicque,  &  remarqué  comme  Ton  affinoit' 
l'argent ,  auec  le  mercure,  appelle  Pero  Fernan  - 
des  de  Veîafco ,  qui  s  offrit  &  s'ingéra  d'affiner 
&  de  tirer  l'argent  dePotozi  auec  le  mercure, 
&  en  ayant  fait  preuue  en  Tan  mil  cinq  cens  foi* 
xante  &  onze,  en  vint  à  fon  honneur ,  ê  lors  on 
commença  en  Potozi  à  affiner  l'argent  auec  le 
vif-argent  que  l'on  y  portoit  de  Guancauelic- 
qua,  qui  fut  vn  beau  remède  pour  les  mines  :  car 
par  le  moyen  de  ce  vif-argent,  l'on  tira  vn  nom  - 
bre  infiny  d'argent  de  ces  métaux  ,  dont  ils  ne 
faifoient  point  d'eftat ,  lefquels  ils  appelaient 
racleures.  Car  comme  il  a  eftë  dit3le  vif-argent; 
purifie  l'argent  encor  qu'il foit  &c ,  pagure ,  & 
de  peu  dalloy  ,  cequel'onne  peut  faire  en  le 
faifant  fondre  par  le  feu.  Le  Roy  Catholique 
tire  de  l'ouuragedes  mines  du  vif-argent ,  fans 
couft  ny  rifque  aucune,  prefque  quatre  cens 
milpezesdemine,  qui  font  de  quatorze  reaux 
jhaçun,  ou  peu  moin^  outre  le  droit  qui  luy  w 


ffiftoire  naturelle 
tiientènPotozi  ,  où  il eft  employé,  quieftvni. 
autre  grade  richeflè.  L'on  tire  chacun  an  r  ïvn 
portantl  autre, de  ces  mines  de  Guancauilca  ,  8* 
mil  quintaux  de  vif  argent ,  &  voire  dauantage. 

De  la fat m  de  tirer  le  vif  argent ,  comme  on  en 
affine  l'argent. 

Chapitre    XII. 


^g^y  Ifcns  maintenant  comme  1  on  tire 
le  vif  argent,  &  cômë  auec  luy  Ton 
affine  l'argent.  L'ô  prend  la  pierre 
ty  ou  métal,  où  fe  trouue  le  vif  argét, 
ê  laquelle  ils  mettent  au  feu  dedans 
des  pots  de  terre ,  bien  bouchez^presqu'ilsl  ot 
premievement  pillée  &  moullùe,de  forte  que  ce 
métal  ou  pierre,  venant  âfe  fondre  parla  cha- 
leur du  feu,le  vif  argent  s'en  fe  pare,&  en  fort  eri 
<exhalation,&  quelquefois  melméauec  la  fumée 
de  mefme  feu,  iufques  a  ce  qu'il  rencontre  quel- 
que corps,où  il  s  arrefte  &  fe  congelle  :  que  s'il 
luffe  outre  en  haut  fans  rencontrer  aucun  corps 
dur,il  va  a  mont  iufques  à  ce  qu'il  foit  refroidy* 
&  lors  e  fiant  congelle  il  retombe  en  bas,  Quand 
la  fondure  eft  acheuee,  ilsdefloupentles  pots 
&  en  tirent  Je  métal  ,  attendants  toutesfois  à 
ce  faire,qu'ilfoit  bien  refroidy ,  car  s'il  y  reftoit 
encor  quelque  fumée  ou  vapeur,  qui  rencon- 
trait les  perfonnes  qui  les  deftoupent,  ceferoit 
pour  les  faire  mourir,ou  demeurer  preclus ,  ou 
atout  le  moins  pour  en  perdre  les  dents.  Et 
d'autant  <jue  l'onvfe&  defpendvn  nombre  in*' 

finy 


des  Indes.  Unie  IV.  i  jf  3 

finydebois,  pour  entretenir  le  Ru  à  fondre  les 
métaux.  Vn  meufnier  nommé  Rodrigo  deTor- 
res,  trouua  vne  inuenrion  tresvtile,  qui  fut 
de  cueillir  d'vne  certaine  paille  qui  croiit  par 
Jtoutes  ces  montagnes  du  Peru,  laquelle  ils  ap- 
pellent Ycho  ,  de  eit  comme  vneefpece de  ionc 
'durauecquoy  iis  font  du  feu.  C'eft  chofemer- 
jueilleufe,  que  la  force  que  cette  paille  a  pour 
fondre  ces  métaux,  ce  qui  eit,  comme  Pline  dit,  L('-3jM 
(qu'il  y  a  de  l'or  que  l'on  fond  plus  facilement 
jaueclaflâmedelapailie,  que  non  pas  auec  vn 
trosbrafîer,  quoy  qu'il  foit  bien  ardent  &  en- 
flâmé.  Ils  mettent  le  vif-argent  ainn"  fondu  dans 
.des  peaux,  d'autant  qu'il  fe  gardent  fort  bien 
dâs  du  cuir,&  de  celle  façon  Ton  le  met  aux  ma- 
^afinsdu  Roy,  d'où  l'on  le  tire  pour  le  porter 
aarmerà  Aricqua,  puis  à  Potozi  par  terre,  fuc 
es  moutons  du  pays.  Il  feconfume  ordinaire- 
ment chaque  an  en  Potozi,  pour  raffinement 
des  metaux>enuiron  fix  ou  fept  mil  quintaux  de 
rif-argent,  fans  ce  que  l'on  tire  des  lames,  (qui 
eftleterreitre,  &:  ordure  d^s  premiers  lauoirs 
des  métaux,  qui  fe  font  en  des  chaudières.)  Lcf- 
quelles  lames  ils  bruilét  &  mettent  en  ces  four- 
neaux pour  en  tirer  le  vif.  argent  qui  demeure 
:enicelles.  Et  y  a  plus  de  cinquante  de  ces  four- 
neaux en  la  ville  de  Potozi  ,&  en  Tarpaya.  La 
quantité  des  métaux  que  Ton  affine  (  comrrje 
quelques  hommes  expérimentez  en  ont  fait  le 
conte,;  fe  peut  monter  à  plus  de  trois  cens  mil 
quintaux  par  an,des  lames  &  terreftres  defquels 
refondues  &  rafinees  >  l'on  peut  tirer  plus  de 
deux  mil  quintaux  de  vif  argent.  Or  l'on  doit 


fftiftoire  naturelle 

fçauoir,  qu'il  y  a  diuerfes  fortes  de  métaux  pouJ 
ce  qu'il  y  a  quelques  métaux  qui  rendent  beau-l 
coup  d'argent  ôc  côfomment  peu  de  vif- argent! 
ôc  d'autres  au  contraire  qui  confomment  bcau-l 
coup  de  vif~argent,&:  rendent  peu  d'argent,  il  3 
en  a  d'autres  qui  en  confomment  beaucoup  ,  & 
rendent  beaucoup  d'argent,  &  d'autres  qui  con 
fomment  peu  de  vif-argent,&  rendent  peu  d'ar 
gent:&  félon  que  les  hommes  rencontrent  er 
ces  métaux,  ainil  ils  enrichifïent  &  appauurif 
fentenleurtraitte.  Combien  que  le  plus  ordi 
naireméc  il  arriue,  que  tout  ainfi  comme  le  me> 
tai  riche  donne  plusd'argent,auiîî  il  confomm< 
beaucoup  plus  de  mercure,  &  le  pauure  au  con- 
traire  ainfi  qu'il  donne  peu  d'argent,  il  confom 
meauffipeu  de  vif-argent.  L'on  pile  &  meut 
premièrement  le  métal  fort  menu  ,  auec  dej 
mafles  Ôc  inftruments,  qui  frappent  ôc  pilent 
cette  pierre,comme  des  moulins  à  tan,  Ôc  eftant 
le  métal  bien  pilé,  ils  le  faifentendes  facsde 
cuiure ,  qui  font  Ôc  rendent  la  poudre  auffi  def 
liée  êc  menue,  comme  ceux  qui  font  faits  d< 
foye  de  cheual ,  ôc  fafsét  ces  facs  lors  qu'ils  font 
bienaccommodez&:  entretenus,  trente  quin 
taux  en  vniour  ôc  vne  nuid,  puis  l'on  met  h 
poudre  de  ce  métal ,  eftant  faflee,  en  des  caftons 
de  buitrones,  où  ils  la  mortifient  ôc  defgraiftent 
auec  de  la  faulmure ,  mettât  à  chaques  cinquan- 
te quintaux  de  poudre  cinq  quintaux  de  fel,  ôc 
font  cela ,  pource  que  le  fel  defgraifle  ce  métal, 
&  lefepare  d'auec  la  terre  ôc  l'ordure  qu'il  a,  à 
6n  que  le  vif-argent  recueille  plus  facilement, 
&  attire  l'argent.  Apres  ils  mettent  du  yif-ar: 


desjndes.  Luire Jfr  ^ 

g'ent  en  vn  linge  de  Hollande  cru,  &  ]e  pre£ 
fent  &  expriment  fur  le  métal,  forrant  le  vif-ar- 
gent comme  vne  rofeé ,  en  tournant  Ôc  méfiant 
toufiours  cependant  le  métal,  afin  que  ccfte  ro- 
fee  de  vif-argent  fe  cômunique  à  tout.  Auoarâ* 
uant  qu'ils  eulïènt  inuenté  les  biiy  trônes  de  feu 
Ton  amaflbit  ôc  paiftriflbit  plu/leurs  ôc  diuer- 
Bs  fois  le  métal  auec  le  vif-argent,  dans  de  gran- 
des auges,  ôc  le  laiflbientainfipofer  quelques 
iours ,  puis  retournoient  à  le  remefler  Se  amaf- 
fer  vne  autre-fois ,  iufques  à  ce  qu'ils  penfoient 
que  tout  le  vif-argent  eftoitja  incorporé  auec 
1  argent ,  ce  qui  tàrdoit  vingt  iours  ôc  plus ,  ôc 

quandil  tardoitpeu,c'eftoit  comme  neuf  iours. 
Du  depuis  l'on  defcouurit,  (comme  le  defir 
d'acquérir  eft  diligent)  que  pour  abbreger  le 
temps,  le  feu  y  aydoit  beaucoup  pour  caufer 
que  le  vif-argent  recueillift  pluftoft  l'argent, 
&ain(ulsinuenterent  ks  buy  trônes,  ou  l'oit 
mettoit  des  cafles  pour  mettre  le  métal  auec 
du  fel  &  du  vif-argent,  ôc  par  deflbus  met- 
toient  le  feu  petit  à  petit  en  des  fourneaux  faits 
exprès ,  par  defïous  terre ,  ôc  en  l'efpace  de  cinq 
ou  iix  iours  le  vif- argent  incorpore  à  foy  l'ar- 
gent, puis  quand  ils  cognoi/Tent  que  le  mercure 
a  ait  fon  dcuoir,  rçaucirqu'iladutoutaffcm-.- 
blc  1  argent,  fans  laiiTer  rien  arrière,  ôc  qu'il  s'en 
citimbu,  comme  fait  l'efponge  de  l'eau,  l'in- 
corporant auec  foy,  ôc  le  feparantdela  terre, 
du  plomb  &  du  cuiure,  auec  lefqueîs  ils  s'en-' 
gendre,  puis  ils  le  tirent  ôc  feparentdumefmë 
rit-argent.  Ce  qu'ils  font  en  eefte manière,  ils 
jettent  le  métal  en  des  chaudières ,  ôc  vaiffcâu* 

V  ij 


iJiftoire  naturelle 
pleins  d'eau,  ou  auec  des  moulinets  ou  roues," 
vont  tournant  tout  à  i'entour  le  métal ,  comme 
qui  feroit  delà  mouftarde,  ôc  lors  va  fortant  la 
terre  &  ordure  du  métal,  auec  l'eau  qui  court; 
Ôc  l'argent  &  vif-argent, comme  plus  pefans 
demeurent  au  fond  de  la  chaudière ,  &  le  métal 
qui  demeure  eft  comme  du  fable  :  delà  ils  le  ti- 
rent ôc  portent  lauer  vne  autre  fois  auec  de| 
grands  plats  de  bois  en  des  cuues  pleines  d'eau, 
&làilsacheuent  défaire  tomber  la  terre,  làif| 
fant  l'argent  ôc  vif  argent  feuls.  Toutesfois  il 
ne  laifle  pas  de  couler  quelquefois  vnpeu  d'ar- 
gent ôc  vif-  argent  auec  la  terre  ôc  ordure ,  ôc  eft 
ce  qu'ils  appellent  relaué,  lequel  ils  approufi- 
tent  par  après ,  êc  en  tirent  ce  qu'il  refte.  Apres 
donc  que  l'argent  ôc  vif-argent  font  nets,  ôc\ 
qu'ils  commencent  à  reluire  à  caufe  qu'il  n'y 
refte  plus  de  terre,  ils  prennent  tout  ce  métal 
lequel  eftantmis  dans  vn  linge,  ils  le  pre(Tent& 
expriment  très-fort,  &  par  ce  moyen  fort  tout 
le  vif-argent  qui  n  eft  point  incorporé  auec  l'ar- 
gent, &  demeure  le  refte  fait  comme  vnpain 
d'argent,  ôc  vif- argent,  ainfi  que  demeure  le 
marc  des  amandes  quand  [elles  font  prefTees 
pour  faire  de  l'huyle ,  Ôc  eftant  ainfi  bien  prciTé, 
le  marc  qui  demeure  contient  en  foy  feulement 
la  fixiefme  partie  d'argent ,  ôc  les  cinq  autres  de 
mercure;  tellement  que  s'il  refte  vn  maredej 
foixante  liures,  les  dix  font  d'argent ,  ôc  les  cin-i 
quante  de  vif- argent.  De  ces  marcs  ils  font  desi 
pines  qu'ils  appellent,  ou  pommes  de  pin,  en  la; 
façon  de  pains  de  fucre,  creufes  par  dedans,  lef- 
quelles  ils  font  ordinairement  de  cent  liures 


des  Indes.  Liure  IV.  ijç 

pefant,  puis  pour  feparer  l'argent  d'auec  le  vif- 
argentjes  mètrent  au  feu  violenr,  où  ils  les  cou- 
urentd'vn  vafe  de  terre,  à  la  façon  d'vn  moule 
à  faire  hs  pains  de  fucre  qui  font  comme  capu- 
chons, ôc  les  couuranr  de  charbon,  leur  don- 
nent le  feu,  par  lequel  le  vif- argent  s'exhale 
en  fumée,  ôc  rencontrant  ce  capuchon  de  ter- 
re, là  s'efpafik  Ôc  diftille  ainfi  que  fait  la  fumée 
dupotaucouuercle,  ôc  par  vn  canal  en  façon 
d'allembicq,  Ton  reçoit  tout  le  vif-argent  qui 
fe  diftiiie ,  demeurant  l'argent  feiil ,  lequel  ne  fe 
change  en  la  forme  &  figure,  mais  aux  poids  il 
diminue  de  cinq  parts  moins  quauparauant,Ôr 
demeure  crefpu  ôc  fpongieux,  qui  eft  vne  chofe 
digne  de  voir.  De  deux  de  ces  pines  Ton  fait 
vne  barre  d'argent ,  du  poids  de  foixante  cinq 
ou  foixante  fix  marcs,&  de  celte  façon  ils  la  por- 
tent eflayer ,  quinrer  ôc  marquer.  L'argent  tiré 
auec  le  mercure  eft  fi  fin ,  que  iamais  il  n'abaifîe 
de  deux  mil  trois  cens  quatre  vingts  d  alloy ,  ÔC 
eft  fi  excellent  que  pour  le  mettre  en  œuureles 
Orfeures ont  ont befoin  de  labaifler d'aîîoy,  en 
y  mettant  de  la  foulde,  ou  meflange,  corne  aufll 
Ton  fait  es  maifonsde  la  monnoye, où  l'argent 
fe  met  en  ceuure  fous  le  coing.  L'argent  endure 
tous  ces  tourmens  ôc  martyrs  (s'il  faut  dire  ain- 
fi)  pour  eftre  affiné  :  que  filon  confiderebien, 
c'eflvn  amas  tout  formé,  où  Ton  meut,  l'on  s'af- 
fe ,  Ton  paiftrit ,  l'on  fait  le  leuain ,  6c  l'on  cuit 
l'argent: outre  tout  cela,  l'on  le  laue,telaue,cuir9 
&  recuit,  parlant  par  les  pilions,  facs,  auges 
buy trônes,  chaudieres,batoirs5preffoirs.  fours, 
&  finablement  par  l'eau  ôc  par  le  feu.  le  dis  ceey 

Y  "J 


"jEcclef.%. 
Vfal.  II. 


Hifîoire  naturelle 

pour-ce  que  voyant  cet  artifice  en  Potozi,iç  j 
confiderois  ce  que  diti'Efcriture  des  iuftes,que: 
CoUbit eos ,  çr purgahit quafi argentam ,  ÔC  ce  quel-  j 
le  dit  en  autre  part ,  Sicut  argentum  purgatum  terr*  \ 
purgatum  feptuplum.  Tellement  que  pour  purifier 
l'argent ,  l'affiner  &  le  nettoyer  de  la  terre  ôc 
pierre  où  il  s'engendre,  Ton  le  purge  &  purifie 
îep  t  fois  :  car  en  effecl:  ils  le  tourmentent  ôc  paf- 
fent  par  les  mains  fept  fois,  voire  dauantage, 
iufques  à  ce  qu'il  demeure  pur  &  fin,  ce  quieft 
de  mefme  en  la  doctrine  du  Seigneur,  Ôc  doi- 
vent eftre  telles ,  &  ainii  purifiées  les  âmes ,  qui 
doiuent  participer  ôc  ioiiyr  de  fa  pureté  diuine. 


lk 


Pes  engins  à  moudre  les  métaux >  &deïeffay 

de  l'argent. 

Chapitre    XII  î. 

é^Our  conclure  cette  matière  ôc  fujed 
"de  l'argent  ôc  des  métaux,  il  nous  refte 
W^deux  chofes  à<Iire,  l'vne  jdefqueUes  eft 
4e  traitter  des  engins  ôc  moulins ,  &  1  autre  des 
eiïàis.  I'ay  défia  dit  comme  Ton  meut  le  mé- 
tal pour  receuoir  le  vif  argent,  laquelle  mou- 
lure fe  fait  auec  diuers  inftrumens  &  engins, 
les  yns  auec  des  chenaux  comme  des  moulins  à 
bras ,  ôc  les  autres  comme  moulins  à  eau ,  def- 
quelles  deux  fortes  y  a  yne  grande  quantité. 
Mais  d'autant  que  leau  qu'ils  ont  là  commune* 
ment  5  n'eu:  que  de  la  pluyç  /il  n'y  en  a  pas  fuf- 
Sfammenî:  en  Potozi,  qu'en  trois  ou  quatre 
mois,  quifonten  Décembre,  Ianuiçr,  Fçurjen 


des  Indes.  Liure  IV-  tj'S 

pour  céRe  occafion  ils  ont  fait  des  lacs  ôc 
eftangs  qui  contiennent  de  circuit  ,  comme 
mil  &  fix  cens  verges  ,  &  de  profondeur  trois 
ftades  ,  il  y  en  a  fept  auec  leurs  efclufes,  telle- 
ment que  quand  il  eft  befoin  d'eau  ,  l'onjeue 
vneefciufe  d'où  fort  vnruhTeau  d'eau  ,  lequel 
ils  referrent  aux  feftes.    Et  quand  les  lacs  Ôc 
eftangs  fe  rempliiTent ,  &"  que  l'année  eft  abon- 
dante en  pluyes,le  moudre  y  dure  fix  ou  fept 
mois,  de  façon  que  mefme  pour  Large  t  les  hom- 
mes défirent  ôc  demandent  vne  bonne  année 
d'eau  en  Potozi,  comme  Ton  fait  aux  autres 
endroits  pour  le  pain.  Il  y  a  d'autres  engins  en 
Tarapaya,  qui  eft  vne  vallée  diftante  trois  ou 
quatre  lieues  de  Potozi,  où  il  court  vne  riuiere, 
comme  mefme  en  d'autres  endroits.  La  diuerfi- 
té  qui  eft  entre  ces  engins,  eft  que  les  vns  font  de 
fix  pilons,  les  autres  de  douze,  &les  autres  de 
quatorze.   L'on  meut  ôc  pile  le  métal  en.des 
mortiers  où  iour  ôc  nni<k  ils  trauaillent ,  &  de  là 
l'on  porte  ce  qui  eft  moulu  pour  faller.  Il  y  a  au 
riuage  du  ruuTeau  de  Potozi  quarante  huid  in- 
ftrumens  ôc  engins  à  eau,  de  nuicl:,  dix  ôc  douze 
pilons ,  ôc  quatre  autres  de  l'autre  cofte ,  qu'ils 
appellent  Tanacognugno.  En  la  vallée  de  Tara- 
paya, y  en  a  vingt  deux  tous  à  eau,  outre  lefquels 
y  en  a  trente  à  cheual  en  Potozi,  Ôc  pluneursau- 
tres  en  d'autres  endroits ,  tant  a  efté  grand  &  eft 
encor  le  defir  ôc  induftrie  de  tirer  l'argent.  Le- 
quel fïnaleraét  eft  eifayé  ôc  efprouué  par  les  mai- 
ftres  à  ce  députés  par  le  Roy.  Pour  donèr  l'alioy 
à  chaque  pièce  l'on  porte  les  barres  d'argent  à 
î'elTayeur,  qui  met  à  chacune  fon  numéro,  pou.r 

V  iiij- 


Ht '/foire  naturelle 


* 


ce  que  Ton  luy  en  porte  plufieurs  à  la  fois,  a 
coupe  de  chacune  vn  petit  morceau,  lequel  il 
poife  iuftement ,  &  le  met  en  vn  creufet ,  qui  eft 
vn  petit  vafe  fait  de  cendres  d  os  bruflez  ôc  bat- 
tus \ puis  il  pofe  tous  ces  creufets  chacun  en  fon 
ordre  au  fourneau ,  leur  donnant  le  feu  violent, 
lors  ie  métal  fe  fond ,  ôc  ce  qui  eft  plomb  fe  re-l 
fout  en  fumée ,  ôc  le  cuiurc  ôc  eftain  fe  diiïôuL 
uent ,  demeurant  l'argent  très- fin  de  couleur  de 
feu:  &eftyne  chofe  merueilleufe,  que  quand 
il  eft  ainfi  raffine,   encor  qu'il  foit  liquide  & 
fondu ,  il  ne  s  efpand  point ,  quoy  que  Ion  ren- 
uerfe  le  creufet  la  bouche  en  bas,  mais  il  demeu*. 
re  toufiours  fixe ,  ôc  fans  en  tomber  vne  goû- 
te.  L'efFayeur  recognoift  en  la  couleur  ôc  au* 
ttes  figues  quand  il  eft  affiné,  ôc  lors  il  tire  ks 
creufets  du  feu  ôc  repefe  délicatement  chaf- 
que  morceau,  regarde  ce  qu'il  eft  diminué,  d 
fon  poids,  pour-ce  que  celuy  qui  eft  de  haut 
loy ,  diminue  peu ,  Se  celuy  qui  eft  de  baffe  loy,  I 
beaucoup,  Ôc  ainfi  félon  qu'il  eft  diminué  il  voit* 
falloy  qu'il  tient,  fuiuant  quoy  il  marque  pun^J 
cruellement  chaque  barre.    Le  poids  ôc  bal- 
lance  font  fî  délicats  ôc  les  grains  fi  menus ,  que 
Ton  ne  les  peut  prendre  auec  lamaîn ,  mais  feu- 
lement auec  des  pincettes ,  Ôc  fait  l'on  cet  ef- 
fayàla  lumière  de  la  chandelle,  afin  qu'il  n'y 
ayt  aucun  air  qui  face  mouuoir  les  balances:  car 
de  ce  peu  défpend  le  prix  Ôc  valeur  de  toute  la 
barre.  Ceft  à  la  vérité  vne  chofe  délicate,  & 
,7   qui  requiert  vne  grande   dextérité,  dequoy 
mefmes'aydelàfainc'tc  Efcriture  en  diuers  en- 
çkoîfts,  partie  pour  déclarer  de  quelle  façon 


àes  Indes.  Liure  IV.  xj? 

JDieù  efprouue  les  liens,  &  pour  noter,  &  re- 
marquer les  différences  des  mérites  ôc  valeur  , 
desaraes,  où  au  Prophète  Hieremie  Dieu  don-  Prmt  lm 
ne  le  tiltre  d'efîàyeur ,  afin  qu'il  cognoifle  ôc  dé- 
clare la  valeur  fpiritueile  des  hommes  ,  &  de  Tes 
œuuresj  qui  eftvn  propre  négoce  delefpritde 
Dieu,eftantceluy  qui  pefe  Teiprit  des  hommes. 
Nous-nous  contenterons  de  ce  qui  eft  dit  fur  le 
ïubjec  de  l'argent,  métaux 6c mines,  &  paie- 
rons aux  deux  autres  mixtes  propofez ,  qui  font 
les  plantes  ôc  animaux. 


i  Des  Efmêraudçs. 
Chapitre    XIV. 


L  ne  fera  pas  hors  defujet  de  dire 
quelque  chofe  des  efmeraudes, 
tant  pource  que  c'eft  vne  chofe 
precieufe  comme  l'or  &  l'argent, 


& „_ 

£Z^j  dont  nous  auôs  traitté,  que  pour- 


ce  qu'ils  viennent ,  &  prénent  leur  origine  mef- 
me  des  mines  &  des  métaux,  ainn"  que  raconte 
Pline.  L/efmeraude  a  efté  anciennemét  en  gran-  plfaU** 
deeftime,  comme  leroefmeautheurefcrit,  &  cap.  s. 
luy  donnoit-on   le  troifiefme  lieu  entre  hs 
ioyaux  ôc  pierres  precieufes  ,  fçauoir  après  le 
diamant  Ôc  la  perle.  Aujourd'huyronn'eftime 
plus  tant  Tefmeraude,  ny  la  perle,  pour  ia  gran- 
de abondance  qu'on  a  apportée  des  Indes  de  ces 
deux  fortes  de  pierres,  &  n'y  a  que  le  diamant 
feiil  qui  retienne  ôc  demeure  en  fa  principauté 


[vHn.  Z.37. 


Ipîln.  I.  y. 

W  3;. 


Hiftoire  naturelle 
laquelle  on  ne  luy  peut  ofter.  Apres  viennent  en 
eftime  les  rubis  fins  &  les  autres  pierres,  qu'on 
tient  plus  precieufes  que  les  efmeraudes.  Les 
hommes  font  tant  amis  des  fingularitez ,  &  des 
chofes  rares ,  que  ce  qu'ils  voyent  eftre  cômun, 
ils  ne  i'eftiment  plus.  On  raconte  dVn  Efpagnol 
qui  aucomencement  deladefcouuerte  des  In- 
des fut  en  Italie ,  &  mon&ra  à  vn  lapidaire  vne 
«fmeraude  \  auquel  demandant  le  prix  d'icelle, 
#pres  que  le  lapidaire  l'eut  regardée  de  près,  ÔC 
bien  confédérée  corne  elle  eftoit  d'vne  excellen- 
te qualité  &  figure ,  refpôdit  qu'elle  valloit  cent 
ducats.  Illuy  en  monftra  vne  autre  plus  grande, 
que  le  lapidaire  eftima  trois  cens  ducats.  L'Ef* 
pagnol  eftant  enyuré  de  ces  proposée  mena  en 
îbn  logis,  &  luy  en  môftra  vn  cafîion  tout  plein: 
lors  ritaîien  voyant  vn  fi  grand  nombre  de  ces 
efmeraudes,  dift ,  Monfieur ,  celles-là  vaudront 
bien  vnefeu  la  pièce.  Ileneftaduenuautantés 
Indes  &  en  Efpagne ,  que  Ces  pierres  ont  perdu 
leur  valeur,  pour  la  grande  richeife  &  abondan- 
ce d'icelles  qui  f  y  en  eft  trouuee.  Pline  raconte 
plufieurs  excellences  des  efmeraudes,  entre  lef- 
quelles  il  dit  qu'il  n'y  a  chofe  plus  agréable ,  ny 
plusfaluble  àlaveiie,  enquoyilaraifon:  mais 
îbn  authorité  importe  peu  ,  pendant  qu'il  y  en 
aura  telle  abondance.  Laslia  Romaine,  de  la- 
quelle il  raconte  qu'en  vn  fcofRon  &  veftement 
brodé  de  perles  &  efmeraudes,  elle  employa  la 
valeur  de  quatre  cens  mille  ducatsj  pourroit  au- 
jourd'huy  auec  moins  de  quarante  mil  en  faire 
deux  paires  tels  que  celuy-là.  Ilfen  efttrouuc 
en  diuerfes  parties  des  Indes,  &  les  Rois  dç  Me- 


desjndes.  LiurelV.  j'fg 

xique  les  eftimoient beaucoup,  voire  auoient 
accouftumé  quelqu'vns  de  fe  percer  tes  narines, 
Ôc  d'y  mettre  vne  excellente  efmeraude.  Ils  les 
mettoient  aux  vifages  de  leurs  idoles  -,  mais  le 
lieu  où  l'on  en  a  trouue,  ôc  feu  trouue  encor  au- 
jourd'huyplus  grande  abondance,  eft  aunou- 
«eau  Royaume  de  Grenade ,  ôc  au  Peru,  proche 
de  Manta  ôc  Port-  vieil.  Il  y  a  vers  ce  lieu  vn  ter- 
roir qu'ils  appellét,  Terre  des  efmeraudes,  pour 
la  cognoiiîance  que  Ton  a  qu'il  y  en  a  beaucoup, 
encores  que  iufques  aujourd'huy  Ion  n'a  point 
conquefté  cefte  terre.  Les  efmeraudes  naiilënt 
en  des  pierres,  en  forme  decryftaux,  &lesay 
veiies  en  la  mefme pierre,  qu'ilsvontcommey 
formant  vne  veine,  Se  comme  il  femble,  fe  vonc 
peu  à  peu  efpaiffiflant  &  affinant.  Pourceque 
j'en  vids  quelques -vnes  qui  eftoiét  moitié  blan- 
ches &  moitié  vertes ,  d'autres  toutes  blanches, 
Se  d'autres  jà  toutes  vertes,  Ôc  parfaites  du  toute 
l'en  ay  veu  quelques-  vnes  de  la  grandeur  d'vne 
noix,  Se  f'en  trouue  de  plus  grandes;  maisie 
n'ay  point  feeu  qu'en  noftre  temps  l'onenaye 
trouue  de  la  grandeur  ôc  figure  du  plat  ou  ioyau 
qu'ils  ont  à  Gennes ,  qu'ils  eftiment  auec  raifon 
pour  ioyayx  de  grand  prix,  &  non  pas  pour  re- 
lique, puis  qu'il  napparoift  point  que  ce  foit 
vnerelique,  mais  eft  le  contraire.  Neantmoins 
fanscomparaifon,  ce  que  Theophrafte  raconte  pîin-  ï**\i 
'de  l'efmeraude,  que  le  Roy  de  Babylone  prefen-  €*' u 
ta  au  Roy  d'Egypte,  furpa/fe  celle  de  Gennes. 
Or  elle  auoit  quatre  couldees  de  long ,  ôc  trois 
de  large ,  ôc  dit  qu'au  Téple  de  Iupiter  il  y  auoit 
jnç  eiguille,  ou  pyramide,  faite  de  quatre  pier- 


Hifit 


itjtoire  naturelle 

res  d'efmeraudes,  de  quarante  coudées  de  long,  J 
&  en  quelques  endroits,  de  quatre  coudées  de  | 
large ,  &  de  deux  en  d'autres  endroits,  ôc  que  de  I 
fon  temps  il  y  auoit  à  Tyr,  au  Temple  d'Hcrçu-  jl 
hsy  vnpillierd'efmeraude.  Ueftoitparauentu-  ! 
renomme  dit  Pline,  depierre  verte,  qui  tiroic  | 
*  fur  l'efmeraude,  &  i'appelloiét,  efmeraude  fauf-  j 
fe:  comme  quelques-vns  veulent  dire  que  cer-  | 
tains  pilliers  qui  font  en  PEglife  Cathédrale  de  I 
Cordoiïe,  font  de  pierre  d'efmeraude,  &  y  font  J 
depuis  le  temps  qu  elle  fut  mefquitte  des  Roys  j 
Miramamolins  Mores ,  qui  régnèrent  en  icelle.  J 
En  la  flotte  de  1^87.  en  laquelle  îevins  des  In-  I 
des,  ils  apportèrent  deux  calions  d'efmcraudes,  J 
dont  chacun  pefoitpour  le  moins  quatre  arro-  j 
bes,  d'où  Ton  peut  voir  l'abondance  qu  il  y  en  a.  J 
Exod.1.9.  L'Efcriturefain&e  célèbre  les  efmeraudes  corn- 
30.  ''-  me  ioyaux  fort  précieux  -,  on  la  met  entre  les 
nsffoc.zi.  'pierres  precieufes  que  le  grand  Pontife  portoit  J 
en  fonEphod,  ou  Pectoral ,  comme  celles  qui 
ornoient  les  murs  de  la  celeile^merufalem. 


Des  Perles. 

Chapitre    XV. 

Aintenant  que  nous  traitons 
é  de  la  principale  richeffe  que  l'on 
4  apporte  des  Indes ,  il  neft  pas  rai- 

^1  IWIl  I  fonnableci'oublierles  Perles>  <lue 
fQ^tM  les  anciens  appelloient ,  marguari* 
tes,  6c  eftoient  aux  premiers  temps  en  fi  gran<k 


des  Indes.  Liure  IV.  rj9 

eftime  ,  qu'il  n'appartenoit  qu'aux  personnes 
royales  d'en  porter*,  maisaujourdhuy  ilvena 
en  telle  abondance,  que  les  Negreifes  meimes 
en  portent  des  chaines.  Elles  T'engendrent  es 
conches  ou  huiftres  de  la  mer  auec  leur  chair,  & 
nVeft  arriué,  mangeant  des  huiftres,  d'y  trouuer 
des  perles  au  milieu.  Ces  huiftres  font  par  dedas 
d'vne  couleur  comme  de  ciel,  fortviue,  &en 
quelques  endroits  l'on  en  fait  des  cuciilieres 
qu'ils  appeilét  de  nacre.  Les  perles  font  de  très- 
différentes  formes  en  la  grandeur ,  figure,  cou- 
leur &poîifmre,  comme  auflî  en  leur  prix  elles 
différent  beaucoup.  Ils  appellent  les  vnes  Aue- 
marias,  poureftre  comme  les  peurs  grains  du 
chappelet*,  les  autres  Patenoftres,  parce  qu'elles 
font  grottes.  Peu  fouuent  l'on  en  trouuedcux 
qui  foient  tout  d'vne  grandeur ,  forme  >  6c  cou- 
leur. Pour  celle  occafîon  les  Romains ,  félon 
qu'eferit  Pline,  les  appelîoient  Vnions.  Quand 
il  aduient  que  l'on  en  trouue  deux  qui  fe  reiïem- 
blent  du  rout,  ils  haulfent  beaucoup  de  prix, 
fpecialement  pour  des  pendants  d'oreille.  l'en 
ay  veu  quelques  paires  qu'ils  eftimoie.nt  a  mil- 
liers de  ducats,  encore  qu'elles  ne  fu lient  pas  de 
la  valeur  des  deux  perles  de  Cleopatra,  desquel- 
les Pline  raconte  que  chacune  valoit  cent  mille 
ducats,  auec  lefquelîes  cède  folle  Pvoyne  gagna 
la  gageure  qu'elle  auoit  faite  contre  Marc  An- 
toine ,  de  gafter ,  &  defpenfer  en  vn  fouper  plus 
de  cent  mille  ducats ,  d'autant  que  fur  le  deifert 
elle  mitvne  de  ces  perles  en  de  fort  vinaigre, 
puis  après  la  perle  eftantdidoute  auec  le  vinai- 
gre ,  elle  la  beut  ainiî.  Ils  dikm  que  l'autre  per- 


llîfloirè  naturelle 
le  fut  coupée  en  deux,  &mife  au  Panthéon  de 
Rome ,  aux  pendants  d'oreille  de  la  ftatuede 
Venus.  Efope  raconte  de  Clouis  fils  du  bafte- 
leur  ou  comédien ,  qu'en  vn  banquet  il  fit  pré- 
senter aux  conuicz,  entre  les  autres  mets,  à  cha- 
cun vne  perle  riche, duToute  en  vinaigre,  afin  de 
xendre  lafefle  plus  magnifique.Ce  font  efté  des 
folies  de  ces  temps -là,  mais  celles  d'aujourd'huy 
ne  font  pas  moindres,attendu  que  nous  voyons 
non  feulement  les  chapeaux  8c  les  cordes,  mais 
auflï  les  bottines  à  8c  lespattins  des  femmes  de 
baffe  condition,  eftre  tout  femez  de  broderie  de 
perles.  Onpefche  des  perles  en  diuers  endroits 
des  Indes:  mais  la  plus  grande  abondance  eft  en 
la  mer  du  Sud ,  proche  du  Panama ,  ou  font  les 
îfles  qu'ils  appellent  pour  cefte  occafion  ,  les 
Ifles  des  perles.  Mais  Ton  en  tire  aujourd'huy 
en  la  mer  duNort  en  plus  grande  quantiré,  8c 
de  meilleures,  qui  eft  proche  de  la  riuiere  qu'ils 
appellent ,  de  la  hache.  le  vis  là  comme  Ton  en 
faifoit  la  pefche  ,  qui  fe  fait  auec afTez  de  couft,. 
&  de  trauail  des  pauures  efclaues,  lefquels  fe 
plongét  fix,  neuf,  voire  douze  braffes  en  la  mer, 
à  chercher  les  huiftres,  lefquelles  ordinairement 
font  attachées  aux  rochers  &  grauier  de  la  mer. 
Ils  les  arrachent  delà,  8c  0  en  chargent  pour  re- 
uenir  fur  l'eau,  8c  les  mettre  en  leurs  canoës,  où 
ils  les  ouurét  après  pour  en  tirer  le  threfor  qu'ils 
ont  dedans.  L'eau  de  la  mer  eft  en  cet  endroit 
tres-froide,  mais  encore  ce  leur  eft  beuaucoup 
plus  grand  trauail  de  retenir  leur  haleine  quel- 
quefois vn  grand  quart  d'heure  ,  voire  demie! 
heure,  en  failant  leur  pefche*  £tafin  que  eeà 


desjndes.  Liure  IV.  j^o 

jpauures  efclaues  puifïent  mienx  retenir  leur  ha-» 
leine,  ils  leur  font  manger  des  viandes  feiches, 
&  encore  en  petite  quantité  -,  tellement  que  l'a- 
uarice  leur  fait  faire  ces  abftinences  ôc  conti- 
nences contre  leur  volonté.  L'on  met  des  perles 
en reuure  en  diuerfes  façons ,  ôc  les  perce-ton 
pour  faire  des  chaines,  ôc  y  en  a  jà  grande  abon- 
dance en  quelque  lieu  que  cefoit.  £n  Tan  1^87. 
ievids  au  mémoire  de  ce  quivenoit  des  Indes 
pour  le  Roy,  qu'il  y  auoit  dix-huicl:  marcs  de 
perles,  ôc  encores  trois  caftons  dauantage,  Et 
pour  les  particuliers  il  y  en  auoit  mil  deux  cens 
îôixante  ôc  quatre  marcs ,  &  outre  tout  cela, 
fept  fachets  qui  n'eftoient  point  pefez,cequ  on 
eufï:  tenu  en  autre  temps  pour  fable. 


D h  pain  des  Indes,  &  du  mays. 

Chapitre  XVI. 

Aintenant  pour  traitter  des 
plantes  nous  commencerons  à  cel- 
les qui  font  propres  &particulie- 
res  es  Indes;  &  puis  après  de  celles 
I  qui  font  communes  aux  Indes,  & 
—  à  l'Europe. Et  pource  que  les  plan- 
tes ont  efté  créées  principalement  pour  1  entre- 
tien de  l'homme;  ôc  que  la  principale  dont  il 
prend  nourriture ,  eft  le  pain,  il  fera  bon  de  dire 
quel  pain  il  y  a  aux  Indes,  &dequoyiIsvfentà 
faute  d'iceluy.  Ils  ont  comme  nousauonsicy, 
jnnompropre,  par  lequel  ils  defïgnent  ôc  £- 


*~-% 


Hifioire  naturelle 

gnifient  le  pain,  qu'ils  difent  au  Peru,  Tanta,  Se 
en  d'autres  lieux  d'vne  autre  façon.  Mais  la  qua- 
lité &  fubftance  du  pain  dont  ils  vfoient  aux  In- 
des ,  eft  chofe  fort  différente  du  noftre ,  pourcé 
qu'il  ne  fetrouue  qu'il  y  euft  aucun  genre  de 
frornent5ny  orge,  ny  mil,  ny  de  ces  autres  grains 
dont  on  fe  fert  en  Europe  à  faire  du  pain,au  lieu 
de  cela  ils  vfoient  d'autres  fortes  de  grains  &  ra- 
cines, entre  lefquels  lemays  tient  le  premier 
lieu,&  auec  raifon  legrain  qu'ils  appellét  mays, 
que  l'on  appelle  en  Caftille,  bled  d'Inde,  &  eu 
Italie,  grain  de  Turquie.  Et  ainu  comme  le  fro- 
ment eit  le  plus  commun  grain  pour  Mage  des 
hommes,  es  régions  de  l'ancien  monde,  qui 
font  Europe,  Afie  &  Afrique;  ainfl  aux  endroits 
du  nouueau  monde  le  grain  de  mays  eft  le  plus 
commun,  &  qui  prefque  f'eft  trouué  en  tous  les 
Royaumes  des  Indes  Occidentales ,  comme  au 
Peru,  en  la  neuue  Efpagne,  au  nouueau  Royau- 
me ,  en  Guatimalla ,  en  Chillc ,  en  toute  la  ter- 
re ferme.  le  ne  trouue  point  qu'anciennement 
éslfles  de  Barlouente,  qui  font  Cuba,  faincT: 
Dominique,  lamaycque,  &c  faincT:  Iean,  ils  vfaf- 
fent  du  mays,  aujourd'huy  ils  vfent  beaucoup 
de  là  Yuca,  &  Caçaui,  dequoy  nous  traiterons 
incontinent.  le  ne  penfe  point  que  le  grain  de 
mays  foit  inférieur  au  froment  en  force ,  ny  en 
fubftance,mais  il  eft  plus  chaud,&  plus  groÂîer, 
&  engendre  beaucoup  defang,d'où  vient  que 
ceux  qui  n'y  font  point  accouftumez  s'ils  en 
mangent  trop,  ils  deuiennent  enflez  &  ro- 
gneux.  Il  croift  en  des  cannes ,  ou  rofeaux ,  cha- 
cun defquels  porte  vne  ou  deux  grappes,  auf- 

quelles 


desjndes.  Liure  IV. 
quelles  le  grain  eft attaché 5  ôc combien quele 
grain  en  foir  aflez  gros,  -fi  eft-ce  qu'il  [y  en  trou- 
ue  en  grande  quantité  ;  teljemet  qu'en  quelques 
grappes  j'ay  conté  fept  cens  grains.  Il  le  faut  fe- 
mer  à  la  main  vn  à  vn,  &  non  pas  efpars.  Il  veut: 
la  terre  chaude  &  humide,  ôc  en  croift  en  plu-, 
fïeurs  lieux  des  Indes  en  fort  grande  abondance^ 
&  n'eft  point  chofe  rare  «n  ces  pays  de  recueillir 
trois  cens  fanegues  ou  mefures  d'vne  feule  de 
femence.  Il  y  a  de  la  différence  entre  le  mays, 
comme  il  y  en  a  entre  le  froment ,  l'vn  eft  gros* 
&fortnourriirant;  &Tautre petit  &fec,  ou'ils 
appellent  moroche.  Les  feuilles  &  la  canne1  ver- 
te du  mayseft  vn  manger  fort  propre  pour  les 
mules  &pour  les  chenaux,  &  leur  fcrt  suffi  de 
pailje  quâd  elle  eft  feiche  j  le  grain  en  eft  de  plus 
de  iubftance  ôc  nourriture  pour  ks  cheuaux, 
que  n'eft  pas  l'orge.  Ceftpourquoy  ils  ont  ac- 
couftumé  en  ces  pays  de  faire  boire  lesbeftes 
auant  que  leur  donner  à  manger:  car  fi  éks 
beuuoienr  après,  ce  feroitpour  les  faire  enfler 
comme  elles  feroient  ayant  mange  du  froment! 
Le  mays  eft  le  pain  desIndes,  Ôc  le  mangenc 
communemét  bouillyain/ï  en  grain  tout  chaud, 
,&  l'appellent  mote,  comme  les  Chinois  ôc  Jap- 
pons mefmes  mangent  le  ris  cuit  auec  foneau 
Chaude,  quelquefois  le  mangent  rofty.  Il  y  a  du 
mays  rond&  gros  comme  celuy  deLucanas, 

|que  les  Efpagnols  mangent  rofty  comme  viande 
iehcieufe,  ôc  a  meilleure  faveur  que  lesguar- 
fenfes,  ou  pois  roftis.  Il  y  avne  autre  faconde 
f c  manger  plus  delicieufe ,  qui  eft  de  mouldre  k 
pays,  &  en  ayant  amaffé  la  fleur,  enfairedepe- 

X 


k 


— ■ 


1 

-ffl  r 

pli».  I 


H 


11. 


Hiftoire  naturelle 
tits  tourteaux  qu*ils  mettent  au  feu ,  qu'on  a  ac*   . 
couftumé  deprefenter  tous  chauds  à  la  table,  if 
En  quelques  endroits  ils  les  appellent  Arepas.  || 
Ils  ront  mefme  deceftepafte  des  boullesron-  I 
des,  &  les  acc'ouftrent  dVne  façon  qu'ils  durent  I  j 
&  fe  conleruent  long  tcmps,les  mangeant  corn-  i  ; 
me  vn  mets  délicieux.  Ils  ont  inuenté  aux  Indes  jj 
(pour  friandife  &  délices)  vne  certaine  façon  de  j  j 
paftez  qu'ils  font  deceftepafte  &  fleur  auecdub) 
fucre,  lefquels  ils  appellent  bifeuits ,  &  mellin*! 
dres.  Le  mays  ne  fert  pas  feulement  aux  Indiens! 
de  pain ,  mais  aufîî  il  iert  de  vin  :  car  ils  en  font! 
leur  bouton ,  de  laquelle  ils  fenyurent  pJuftoftJ 
que  de  vin  de  raifins.  Ils  font  ce  vin  de  mays  en! 
diuerfes  façons ,  Tappellans  au  Peru ,  Acua,  &jl 
pour  le  nom  le  plus  commun  es  Indes,  Chicha.1 
Le  plus  fortfe  fait  en  façon  de  ceruoife ,  met- 
tant tremper  premièrement  le  grain  de  mays 
iufques  à  ce  qu'il  fe  creue  >  par  après  ils  le  cuifent 
dVne  telle  façon,  &  deuient  fifort,  qu'il  en  faut 
peu  pour  abbatre  fon  homme.  Us  appellent  ce- 
ftuy  là  auPeru,  Sora,  &  eft  vn  breuuage  def 
fendu  par  la  loy,  à  caufe  des  grands  inconueniéi 
qui  en  prouiennent,  enyurant  les  hommcs.Maii 
cefte  loy  y  eft  malobferuee,  d'autant  qu'ils  n< 
laiflent  point  d'en  vfer,  ains  partent  les  nuic"t! 
&  les  iours  entiers  à  en  boire  en  dançans  &  bal 
lans.  Pline  raconte  que  cefte  façon  debreuua 
gc ,  qui  eftoit  de  grain  trempé,  ôc  cuit  par  après 
auec  lequel  on  Penyuroit ,  eftoit  anciennemen 
en  vfage  en  France ,  en  Efpagne ,  ôc  en  d  autre 
Prouinces ,  comme  au  jourd'huy  en  Flandres  il 
yfent  delà  ceruoife  faite  de  grain  d  orge.  Il  jl 


des  Indes.  Liure  IV.  itfz 

vnê  autre  façon  de  l'Acua,  ou  Cracha,  qui  eft  de 
mafcherlemays,  &:  faire  duleuain  de  ce  qui  a 
eftéainfi  mafché,  après  le  faire  bouillir,  voire 
eft  l'opinion  des  Indiens,  que  pour  faire  de  bon 
Jeuain  il  doit  eftre  mafché  par  des  vieilles  pour- 
ries ,  ce  qui  fait  mal  au  cœur  àl'ouyr  feulement 
toutefois  ils  ne  laiiîent  pas  de  le  boire.  La  façon 
la  plus  nette ,  la  plus  faine ,  &  qui  fait  moins  de 
dommage,  eft  de  roftircemays,  qui  eft  celle 
dont  vfent  les  Indiens  les  plus  ciuiliiez,  &  quel- 
quesEfpagnols3mefme  pour  médecine:  car  en 
efFe<5t-  ils  trouuent  que  c'eft  vne  fort  falubre 
boiiîon  pour  les  reins,  d'où  tient  qu'es  Indes  à 
peine  fe  trouue  il  aucun  qui  fe  plaigne  de  ce  mal 
de  reins ,  à  caufe  de  ce  qu'ils  boiuent  de  ce  Chi- 
eha.  Les  Efpagnols  &  Indiens  mangent  pour 
ffiandifes  ce  maysboiïilly,  ourofty,  quand  il 
eft  tendre  en  fa  grappe  comme  laict ,  ils  le  met- 
tent au  pot,  &  en  font  desfaulfes,  qui  eft  vn 
bon  manger.  Lesrejettons  du  mays  font  fort 
gras,  &  feruent  au  lieu  de  beurre  &d'huil!e$ 
tellement  que  le  mays  es  Indes  fert  aux  hom~ 
mes  &  auxbeftesdepain,  devin,  &d'huillé. 
Pour  cefte  raifon  le  Viceroy  Dom  f  rancifque 
de  Tollede  difoit  que  le Peru  auoit  deux  chofes 
fiches,  &  de  grande  nourriture,  quieftoientlé 
mays  &  lebcftial  du  pays.  A  la  venté  il  auoit' 
raifon,  d'autant  que  ces  deux  chofes  yfetuenc 
de  mil.  Iedemanderay  pluftoft  que  iè  neref- 
ondray ,  d'où  a  efté  porté  le  premier  mays  au* 
Indes,  &  pourquoy  ils  appellent  en  Italie  ce' 
çrain  tant  profitable  a  grain  de  Turquie  :  car  à  h 
r  frite  ie  rie  trouue  point  que  les  anciens  faftenl 

Xij 


Htfloire  naturelle 
mention  de  ce  grain ,  combien  que  le  mil  (  que  I 
Pline  efcrit  eftre  venu  de  l'J  nde  en  Itaiie,y  auoic  | 
dix  ans  lors  qu'il  efcriuoit  )  ay  t  quelque  refTem- 1 
blanceauec  iemays,  en  ce  qu'il  dit  que  c'eft  vn  I 
grain  qui  naift  en  rofeau,  &:  fe  couure  de  fal 
feuille,  ayant  le  coupeau  comme  des  cheueux,! 
Se  en  ce  qu'il  eft  fertile.  Toutes  lefquellescho- 
fes  ne-fe  rapportent  pas  au  mil.  En  fin  le  Créa- 
teur a  depany  &  donne  à  chaque  région  ce  qui 
luyeftoitneceiTaire.  A  ce  continent  ri  adonne 
le  froment,  qui  eft  le  principal  entrerenement 
des  hommes;  &  au  continent  des  Indes  il  a  don- 
né le  may  s ,  qui  tient  le  fécond  lieu  après  le  fro- 
ment, pour  l'entretenement  des  hommes  &  des 
animaux. 

Des-XucASfCaçauiy  Papas  -jCh/tnes&d»Eis. 
Chapitre  XVII. 
j  N  quelques  endroits  des  Indes  Ton  vfe 
j'dVri  genre  d,  pain  qu'ils  appellemCa- 
.^cau:  ;  lequel  fe  fait  dvne  certaine  raci- 
^ qu'ik appelant  Yuca.  L'Yuca  eft  vne  grande 
&  girofle  racine  qu'ils  coupent  en  petits  mor- 
ceaux, la  râpent,  puis  la  mettant  comme  en  vne 
preiïe',  il  i'efpreignent  pour  en  faire  vne  tourte 
defliee&r  grande,  de  la  forme  prefquc  d'vne  rar- 
miç  ou  bouclier  de  More ,  puis  après  ils  la  font 
feicher ,  èc  eft  le  pain  qu'ils  mangent.  Ceft  vne 
chofe  fans  gouft,  mais  qui  eft  faine,  &  de  bonne 
nourriture.  Pour  cefteraiton  nousdifions,  eitas 
à  S.  Dominique,  quec'eftoit  le  propre  manger 
des  gourmands;  car  l'on  en  peut  manger  beau- i 
coup,  fans  craindre  que  l'excès  en  faite  mal.  Il 


des  Indes.  Liure  1 V.  }<fj 

eft  befcin  d'humecter  laCaçaue  pour  la  man- 
ger, d'autant  qu'elle  eft  afpre,  &  f  humecte  faci- 
lement auec  de  Peau ,  ou  du  potage ,  où  elle  eft 
fort  bonne,  pource  qu'elle  Q enfle  beaucoup ,  8c 
ainfi  ils  en  font  des  capirotades.  Mais  elle  fe  tre- 
pe  malaifément  en  du  laict,  ny  en  du  miel  de 
canes ,  ny  en  du  vin  ,  parce  que  ces  liqueurs  ne 
la  peuuentpenetrer ,  comme  ils  font  le  pain  de 
froment.  Il  y  a  de  cefte  CsçaueJ'vne  plus  délica- 
te que  Tautre,  qui  eft  celle  qu'on  fait  de  la  fleur 
qu'ils  appellent  Xauxau,  laquelle  ils  eftiment 
beaucoup  en  ces  parties  là.  Quat  à  moy,i'eftime- 
rois  dauâtage  vn  morceau  de  pain,  quelque  dur 
ôc  noir  qu'il  peuft  eftre.  Ceft  chofe  merueilleu- 
fe  que  le  fuc  ou  eau  qui  fort  de  cefte  racine  lors 
qu'ils  refprcignent  ainfi,  8c  qu'ils  font  la  Caça- 
ue,  eft  vn  venin  mortel,  Se  fi  on  en  boit  il  occit: 
mais  le  marc  quienrefte  eft  vn  pain  &  nourri- 
ture fort  faine,  comme  nous  auons  dit.  Il  y  a  vn 
autre  genre  d'Yuca  qu'ils  appeîlét  doux ,  qui  n'a 
pas  ce  venin  en  fon  fucjceftuy -là  fe  mange  en  ra- 
cine, bouilly,  ou  rofty,  &  eft  vn  bon  manger.La 
Caçaue  f e  conferue  long  téps ,  aufîi  la  porte-on 
fur  mer  en  lieu  de  bifcuit.Le  lieu  où  l'on  vfe  da- 
Uantage  de  ce  pain,  eft  aux  Ifles  qu'ils  appellent 
de  Batlouente,,  lefquelles  font,  comme  nous 
auons  dit ,  S.Dominique,  Cuba,  Port-riche, 
lamayque ,  &  quelques  autres  de  ces  enuirons, 
àcaufeque  la  terre  de  ces  Mes  ne  rapporte  pas 
de  froment,  nydemays:  car  lors  qu'on  y  feme 
du  froment,  il  y  vient  bien,  8c  naift quant  8c 
quant  en  fort  belle  verdure  :  mais  c'eft  fi  inéga- 
lement, qu'on  ne  peut  le  recueillir ,  pource  que 

X  iij 


Hiftoire  naturelle 

à^memefmefemence&cnvnmefmetcpslVn,  j 
eft  en  tuvau, &  l'autre  en  efpic,&  l'autre  qui  ne 
fait  que  germer  -,  l'vn  eft  grand ,  &  l>tre  petit*  i 
l'vnneft  que  de  l'herbe  ,&  l'autre  eft  défia  en 
grain;  Ôc  combien  qu'on  y  aytmené  éts  labou-  i 
reurs  pour  voir  fils  y  pourroientvfer  de  1-agri-  | 
culture  du  bled,  fiefUce  qu'ils  nyont  trouué  ; 
aucun  moyen  de  ce  faire,  pour  la  qualité  de  la  i 
terre.  On  y  apporte  de  la  farine  de  la  neuue  £{-  j 
pagne ,  ou  des  Canaries ,  laquelle  eft  fi  humide, 
qu'à  peine  en  peut-on  faire  du  pain  qui  foit  pro-  j 
fuable,  &  de  bon  gouft.  Les  hofties  quand  nous  \ 
difions  la  Meife,  lé  plioient  comme  &  c'euft  efte 
du  papier  mouillé;  ce  qui  eft  caufé  par  *''»"*! 
me  humidité  &  chaleur  qu'il  y  a  tout  cnfemble 
en  cefte  terre.  Il  y  a  vn  autre  extrême,  &  con- 
traire à  ceftuycy,  qui  eft  qu'en  quelques  en* 
droits  des  Indes  il  n'y  croift  de  mays,  ny  de  fro- 
ment, comme  eft  le  haut  de  la  Sierre  du  Peru  & 
!es  Proujnces  qu'ils  appellent  de  Collao,  qui  eft 
la  plus  grande  partie  de  ce  Royaume,  où  la  tem- 
pérature eft  fi  froide  &  fi  feiche ,  qu'elle  ne  peut 
endurer  qu  il  y  croûfe  du  froment ,  ny  du  mays; 
au  lieu  dequoy  les  ïndiés  vfent  d' vn  autre  gén- 
ie de  racines  qu'ils  appellent  Papas,  Iefquellcs 
font  de  la  façon  de  turmes  de  terres ,  qui  font 
petites  racines,  &  iettentbien  peu  de  feuilles. 
Ils  cueillent  ces  Papas,  &  les  laiifent  bien  fecher 
au  foleil,  puis  les  pilans,  en  font  ce  qu'ils  appel- 
lent  Chuno,  qui  fe  côferue  ainfi  plufieurs  îours, 
&  leur  fert  de  pain.   Il  y  a  en  ce  Royaume  fort 
grande  traitte  de  ce  Chuno  pour  porter  aux  mi- 
|6«  de  Potoçij  on mange mefme  ces  Papas  ainfi 


des  Indes.  Liure  IV.  i^ 

fraifches,  bouillies,  ourofties,  ôc  desefpeces 
d'icelles  yen  a  de  plus  douce,  fcquicroiftés 
lieux  chauds,  dont  ils  font  certaines fauftes&r 
hachis  qu'ils  appellent  Locro.  En  fin  ces  racines 
font  tout  le  pain  de  cefte  terre  -,  tellement  que 
quand  l'année  en  eft  bonne,  ilsf'en  refiouyifenc 
fort ,  pourcc  qu'arTez  fouuét  elles  fe  gellent  de- 
dans la  terre,  tant  eft  grand  le  froid  &  intempc- 
rature  de  cefte  région.  Ils  apporter  les  mays  des 
vallées ,  ôc  de  la  cofte ,  ou  riue  de  la  nier,  3c  les 
Efpagnols  qui  font  friands,  font  apporter  des 
mefmes  lieux  de  la  farine  de  bled,laquelle  fe  cô- 
ferue  bien ,  ôc  fen  fait  de  bon  pain ,  à  caufe  que 
la  terre  eft  feche.  En  d'autres  endroits  des  Indes 
comme  es  Mes  Philippines,  ils  fe  feruent  de  ris 
au  lieu  de  pain,dont  il  y  en  croift  de  fort  exquis? 
&  en  grande  abondance  en  toute  cefte  terre;  ôc 
en  la  Chine ,  où  il  eft  de  bonne  nourriture,  ils  le 
cuifent  en  des  pourcellaines ,  Ôc  après  le  meflét 
tout  chaud  auec  fon  eau  parmy  les  autres  vian- 
des: ilsfontmefmedeceris  en  beaucoup  d'en- 
droits leur  vin  &  breuuage ,  le  faifant  tréper,  ôc 
puis  bouillir  corne  l'on  fait  labicrc  en  Flandres, 
ou  l'Acua  au  Peru.  Le  ris  eft  vne  viande  qui  n'eft 
gueres  moins  commune ,  ôc  vniuerfelle  en  tout 
le  monde  que  le  fromét  &  le  mays ,  ôc  parauen- 
ture  encore  l'eft-il  dauantage:car  outre  ce  qu'ils 
cnvfent  en  la  Chine,  an  lapon,  es  Philippines, 
&en  la  plus  grande  partie  de  l'Inde  Orientale, 
c  eft  le  grainqui  eft  le  plus  commun  en  Afrique 
Ôc  en  Ethiopie.  Le  ris  demande  beaucoup  d'hth» 
midité ,  &  prefque  vne  terre  toute  ré  prie  d'eau, 
comme  vne  prairie.  En  Eaçope .  au  Peru ,  ôc  en 


Hifloire  naturelle 

Mexique,  où  ils  ont  fvfagedu  bled,  on  mangé 
le  ris  pour  vn  mets  &  viande,  &  non  pour  pain, 
ôc  lecuifent  auec  du  laid,  ou  du  bouillon  du 
pot,  ou d'vne  autre  manière.  Le  ris  le  plus  ex- 
quis eft  celuy  qui  vient  des  Philippines  ôc  de  la 
Chine,  comme  il  a  efté  jà  dit;  ôc  cecy  fufrife 
pour  entendre  généralement  ce  que  l'on  mange 
es  Indes  au  lieu  du  pain. 


De  dinerfes  racines  qui  croijfent  es  Indes. 
Chapitre    XVIII. 

||3|  Ombun  que  la  terre  de  deçà  foie 
'*$$  plus  abondâte  ôc  plus  fertiîe  en  trui&s 
H$  qui  croiiTent  fur  la  terre ,  à  caufe  delà 
grande  diuerfîté  des  arbres  fruictiers, 
Se  des  iardinages  que  nous  auonsj  neantmoins 
quant  aux  racines  ôc  autres  chofes  cronTants 
deiïbubs  la  terre,  dont  l'on  vfe  pour  viande,  il 
me  femblequ'ily  en  a  plus  grande  abondance 
par  delà  :  car  de  ces  efpeces  de  plantes  nous 
auons  bien  icy  véritablement  des  raues,  des  na- 
ueaux,  des paftenades,  des  chicorées  ,  des  ci- 
boules, des  aulx  ôc  quelques  autres  racines  pro- 
fitables: mais  en  ce 'pays -là  il  y  en  a  tant  de  di- 
uerfes  fortes,  que  ie  ne  les  pourray  conter.  Cel- 
les desquelles  maintenant  il  me  fouuient,  outre 
le  Papas  qui  eft  le  principal,  il  y  a  les  ocas,  yano- 
cocas,  camotes,  vatas ,  xiquimas ,  yuca ,  cochu- 
cho,  caui,  totora,  mani ,  ôc  vnc  infinité  d'autres 
efpeces,  côme  de  patattres,lefquelles  on  man- 
ge comme  vne  viande  délicate  Ôc  favoureufe. 
On  a  de  mefme  apporté  aux  Indes  des  racines 


desjndes.  Liure  IV.  16$ 

de  par  deçà ,  lefquelles  ont  cela  de  plus,  qu  elles 
y  profitent  ôc  fructifient  dauantage  que  ne  font 
pas  les  plantes  des  Indes ,  quand  elles  font  ap- 
portées en  Europe  :  la  caufe  en  eft  corne  le  croy 
damant  que  par  delà  il  y  a  plus  de  diuerlttez  de 
température  que  non  pas  par  deçà,  pourraifon 
dequoy  il  eft  aifé  d'efleuer,  &  nourrir  les  plâtres 
en  ces  régions,  &  de  les  accômoder  à  la  tempe- 
rature  qu'elles  requièrent*;  Ht  mefrn'e  les  racines 
Ôc  les  plantes  qui  y  croirTênt,  fans  y  auoir  eitc 
portées,  y  fo  nt  meilleures  que  par  deçà  ;  car  les 
oygnons,les  aulx,  ôc  les  paftenades,  ne  font  pas 
telles  en  Efpagne ,  qu'elles  font  au  Féru  :  pour 
les  naueaux ,  ils  y  font  en  (I  grande  abondance, 
qu'ils  ont  augmenté  en  quelques  endroits  de 
telle  façon ,  que  l'on  m'a  affermé  qu'ils  n  y  pou- 
uoient efpuifer  l'abondance,  Ôc  force  des  na- 
ueaux ,  qui  y  pulluloient  ainfî  pour  y  femer  du 
bled.  Nous  auôs  veu  aflèz  de  fois  des  raues  plus 
grottes  que  le  bras  d'vn  homme,  fort  tendres  ôc 
debongouft,  ôc  de  ces  racines  que-i'ay  dites, 
quelques  vnes  feruét  pour  viande,  &:  manger  or- 
dinaire, corne  les  camotes ,  lefquelles  eftant  ro- 
fties,feruet  de  fruit,ou  de  légumes ,Ily  en  a  d'au- 
tres qui  leur  feruent  de  délices ,  cô me  le  cochu- 
cho,  qureftvne  petite  racine  douce,  que  quel- 
ques vns  côfilTent  pour  plus  grande  delicateiîe, 
Il  y  a  d'autres  racines  qui  font  propres  pour  ra- 
fraifehir,  comme  la  xiquima  qui  eft  d'vne  quali- 
té fort  froide  &  humide,  ôc  en  temps  d'Efté  ra- 
fraîchit ,  ôc  eftanche  la  foif,  mais  les  Papas  ôc  les 
oças  font  les  principales  pour  la  nourriture ,  ôc 
fubftance.  Les  Indiens  eftiment  l'ail  fur  toutes 


Hiftoire  naturelle  * 
les  racines  de  r£urope,&  le  tiénét  pour  vn  fruit 
de  grande  efficace.  En  qupy  ils  n'ont  pas  faute 
«le  raik>n,pource  qu'il  leur  conforte  &  efchauffe 
Teftomach,  à  caufe  qu'ils  le  mangent  d  Vn  appé- 
tit, &  ainfi  crud,  comme  il  fort  de  la  terre. 


Ve  plujîeurs  fortes  de  verdures,  &  légumes,  & 

de  ceux  quils  appellent  concombres  opines. 

ou  pommes  de  pin,  petits  fruits  de 

Çhillé,  &  des  prunes. 

Chapitre    XIX. 

Vis  que  nous  auons  commencé  par  les 
moindres  plantes ,  ie  rxourray  toucher 
en  peu  de  paroles  ce  qui  concerne  les 
verdures ,  &  les  porees ,  6c  ce  que  les 
Latins  appellét  ^rfo/^fans  toucher  encor  rien 
des  aibres.  Il  y  a  quelques  genres  de  ces  arbrif- 
feaux  ou  verdures  aux  Indes,  qui  font  de  fort 
bon  gouft.  Les  premiers  Efpagnols  nommèrent 
heaucoup  de  chofes  des  Indes  des  noms  d'Efpa- 
gne  prins  des  chofes  à  quoy  ils  reflembloient  le 
pluSjComme  les  pines,  concôbres  &  les  prunes, 
combienquecefuiTentàlavefitédes  fruits  di- 
uers  &  fort  differens,  fans  comparaifon,de  ceux 
d'ffpagne,  qui  s'appellent  ainfî.  Lespinesou 
pommes  de  Pin,  font  de  la  mefme  façon  &  figu- 
re extérieure,  que  celles  de  Caftille  :  mais  au  de- 
dans elles  differét  du  tout,  pource  qu'elles  n'ont 
point  de  pignôs,  ny  d'efcailleSjmais  le  tout  y  eft 
vne  chair,que  l'ô  peut  manger  quadTefcorceça 
eft  dehors, àc  eft  vn  fruit  qui  a  l'odeur  fort  excel- 


des  Indes.  Liure  IV-  166 

Jente,&:  eft  fore  favoureux  &  délicieux  au  gouft. 
Il  eft  plein  de  fuc,  &  a  la  faueur  d'aigre-  doux,  ils 
le  mangent  l'ayant  couppé  en  morceaux,  &  laif- 
fé  tremper  quelques  temps  en  de  l'eau  Ôc  du  fel. 
Quelques-vns  difent  qu'il  engendre  la  choiere, 
&  que  l'vfage  n'en  eft  pas  trop  fain.  Mais  ie  n'en 
ay  peint  veu~aucune  expérience  qui  le  puifl'e  fai- 
re croire.  Elles  naiflent  vneàvne,  comme  vne 
canne  ou  tige  qui  fort  d'entre  plufîeurs  feuilles, 
comme  le  lys ,  combien  qu'elle  foit  vn  peu  plus 
grande,  &  plus  grotte.  Le  haut  &:  couppeau  de 
chaque  canne  eft  la  pomme,  elle  croift  en  rerres 
chaudes  &  humides ,  cV  les  meilleures  font  cel- 
les des  Ifles  de  Barlouente.  Il  n'en  croift  point 
au  Peru,  mais  l'on  y  en  apporte  des  Andes,  lef- 
quelles  toutesfoisnefont  ny  bonnes,  ny  bien 
meures.  L'on  prefenta  vne  de  ces  pines  à  l'Em- 
pereur Charles,  qui  deuoit  auoir  donné  beau- 
coup de  peine  ôc  de  foucy  à  l'apporter  des  In- 
des ,  ainfî  auec  fa  plante  a  car  on  ne  Teuft  peu  au- 
trement apporter:  toutesfois  il  n'en  voulut  pas 
cfprouuer  le  gouft.  I'ay  veu  en  la  neuue  £f  pagne 
de  la  conferue  de  ces  pines ,  qui  eftoit  fort  bône. 
Ceux  qu'ils  appellent  concombres,nc  font  point 
arbres  non  plus,  mais  feulemét  des  arbrifTeaux, 
parce  qu'ils  n'ôt  qu'viran  de  durée.  Ils  îuy  don- 
nèrent ce  nom,  pource  que  quelques-vns  de  ces 
fruits ,  &  la  plus  part  font  en  lôgueur  &  en  ron- 
deur femblables  aux  concôbres  d'£fpagne,mais 
au  refte  ils  font  beaucoup  differéts ,  parce  qu'ils 
nont  pas  la  couleur  verde,mai  s  violette,ou  iau- 
ne,ou  blanche,  &ne  font  point  efpineux,  ny  Ica- 
Lreux,mais  fort  vnis  Ôc  polis,ayansJe  gouft  très 


Hlfioire  naturelle 
€?i£Fercnt&  trop  meilleur  que  le  eoncobre  d'Ef- 
pagne  :  car  ils  ont  vn  aigre- doux  fort  favoureux 
«uiand  ils  (ont  meurs,  cùbien  que  ce  fruidt  n'ait 
jasle  goufl  fî  aigre ,  corne  la  Pine.  lis  font  fort 
frais,  pleins  de  fuc ,  &  de  facile  digeftion,  &  en 
temps  de  chaleur  font  propres  pour  rafraifchir. 
L'on  en  ode  iefcorce  qui  eft  blanche,  ôc  tout 
ce  qui  relteeft  chair.  Ils  croifïenten  vne  terre 
tempérée,  &  ., veulent  eftre  arroufés,  ôc  en- 
cor  que  pour  la  reffemblance  ils  les  appellent 
concombres,  il  y  en  a  beaucoup  neantmoins 
quifont  ronds  du  tout,  Ôc  d'autres  de  différen- 
ce façon,  tellement  qu'ils  n'ont  pas  mefme  la 
figure  des  concombres.  Il  ne  me  fouuient  point 
auoir  veu  de  cède  forte  de  plante  en  la  neuuc 
Lfpagne,  ny  aux  Ifies,  mais  bien  aux  Lanos 
du  Peru.  Ce  qu'ils  appellent  petit  fruid  de 
Chillé,  etë  de  mefme  fort  plaçant  à  manger, 
êc  tire  prefque  au  gouft  de  cerifes,  mais  en 
tout  le  refte  il  eft  fort  différent,  d'autant  que 
ce  n'eft  pas  vn  arbre,  mais  vne  herbe,  qui 
croifl  peu,  ôc  s'efpand  fur  la  terre,  iettant  ce  pe- 
tit fruicl: ,  qui  en  couleur  ôc  grains  reiTemble 
quafl,  ôc  approche  des  meures  quand, elles  font 
blanches,  encore  à  meurir,  bien  que  ce  fruicl; 
foit  plus  rude,  ôc  plus  grand  que  les  meures.  Ils 
difent  que  ce  petit  fruict-  fe  trouue  naturelle- 
ment aux  champs  en  Chillé,  où  i'yenayveu. 
L'on  la  feme  de  plantes  Ôc  de  branches,  ôc  croift 
comme  vn  autre  arbriiïeau.  Ce  qu'ils  appellent 
prunes  ,  font  véritablement  fruids  d'arbres,  & 
ont  plus  de  reffemblance  que  les  autres,  aux 
vrays  prunes.  Il  y  en  a  de  diuerfes  fortes ,  dont 


des  Indes.  Liure  1^  \6j 

ils  appellent  les  vnes  prunes  de  nicaragua,  qui 
font  fort  rouges  &  petites,  &  ont  fort  pends 
chair  au  defîus  du  noyau,mais  le  peu  qu'ils  tien- 
nent, eft  d'vn  gouft  exquis ,  ôc  d'vn  aigret  auffi 
bon  ou  meilleur  que  ceiuy  des  cerif es.  L'on  efti- 
me  ce  fruict  eftre  fort  fain ,  <jui  caufe  que  Ton  le 
donne  aux  malades  ,  fpecialement  pour  prouo- 
quer  l'appétit  II  y  en  a  d'autres  grandes  &  de 
couleur  oblcure,  qui  ont  beaucoup  de  chair, 
mais  c'eft  vn  manger  groiner,&  de  peu  de  gouft, 
qui  font  comme  Chauacanas,  lefqueîs  ont  cha-. 
quVn  deux  ou  trois  petits  noyaux.  Or  pour 
reuenir  aux  verdures  8c  porees,  ie  ne  trouue 
point  que  les  Indiens  euflent  des  iardins  de  d 
uerfes  plantes  &  porees,  mais  qu'ils  cnltiuoient 
la  terre,  en  quelques  endroits  feulement,  pour 
les  légumes  ,  dont  ils  vfent,  comme  ceux  qu'ils 
appellent  Frifolles  6c  Pallares,  qui  leur  fert 
comme  icy  de  guarbences,  febves,  ou  lentil- 
les, Se  n'ay  point  recogfieu  que  ceux-cy,ny  au- 
tres genres  de  légumes  d'Europe,  s'y  foient 
trouuez  auant  que  hs  Efpagnols  y  entraient, 
lefqueîs  y  ont  porté  des  plantes  &  légumes  d'Efc 
pagne ,  qui  y  croiffent  &  multiplient  fort  bien, 
voireen  quelques  endroits,  ils  excédent  beau- 
coup la  fertilité  de  par  deçà.  Comme  fi  nous 
parlions  des  mêlions ,  qui  croiffent  en  la  vallée 
de  Yuca  au  Peru ,  defquels  laxacine  fe  fait  tige, 
qui  dure  plulieurs  années ,  portant  chacune  des 
mêlions,  &  l'accommodent  comme  fi  c'efloit 
vn  arbre,  chofe  que  ie  ne  fçàche  point  qui  foie 
en  nulle  partie  d'Efpagne.  .Mais  ceftvne  autre 
monftruofîté  que  les  cailabaffes  ou  ckroliillcs 


-  • 


£fiftoiie  naturelle 

des  îndcs  en  la  grandeur  qu'elles  ont,  comme 
elles  croûTentfpecialement  celles  qui  font  pro- 
pres &  particulières  du  pays,  qu'ils  appelions 
Capallos,  lefquelles  ils  mangent  le  plus  fou- 
uent  en  Carefmejboùillies  ou  accommodées  en 
vnc  autre  faufTe.  Il  y  amil  différences  de  genre 
de  callabailes  :  car  quelques-vnes  font  tant  dif- 
formes pour  leur  grandeur,  qu'ils  fontdeleu* 
efeorce,  eftant  coupée  par  le  milieu  &  nettoyée, 
comme  des  paniers  où  ils  mettent  toute  la  vian- 
de pour  vn  difner.  Des  autres  petites  ils  en  font 
des  vafes  pour  manger  *  ou  boire  dedans ,  &  les 
accommodent  fort  proprement,  pour  plufieurs 
&  diuers  vfages .  l'a  y  dit  cecy  des  petites  plan- 
tes, nous  dirons  maintenant  des  grandes, où 
nous  parlerons  de  l'A  xi,  qui  neantmoins  eft 
encordes  petites. 


De  l'Axis  Toivre  dinde. 
Chapitre    XX. 

sOn  n  a  point  trouue  es  Indes  Oc- 
cidentales^ aucune  efpicerie  qui 
Z±  leur  fuft  propre,  &  particulière, 
corne  Poivre,Clou,Canelle,  Muf- 
cade,ou  Gingembre  :  iaçoit  quvn 
frère  de  noftre  Côpagnie>qui  a  voyagé  en  beau- 
coup &  diuers  endroits,  nous  ayt  recité  qu'eri 
desdefertsde  l'Iile  Iamaycque,ilauoittrouué 
des  arbres,  où  croiiToit  du  Poivre.  Mais  Tort 
neft  point  encor  certain  quefenfoit,  &  n'y  a 


des  Indes.  Liure  /f; 
psint  mefme  de  traitte  de  ces  efpiceries  aux  Iîî- 
I  des.  Le  Gingembre  fut  porté  de  l'Inde  à  TEfpa- 
gnolie,&  y  a  multiplicde  telle  façon,que  Ton  ne 
(çauroit  auiourd'huy  que  faire  du  gtandnôbrc 
qu'il  y  en  a.  En  la  flotte  de  Tannée  mil  cinq  cens 
quatre  vingts  fept,i'o_n  apporta  vingt  deux  mil 
cinquante  trois  quintaux  de  Gingembre  àSeuii- 
\/\  mais  l'efpicerie  naturelle  que  Dieu  a  donne 
aux  Indes  Occidentales,  eftee  que  nous  appel- 
ions en  Caftille,  Poivre  des  Indes,  &  aux  Indes 
Axi,  par  vn  mot  gênerai,  prins  delà  première 
terre  des  Ifles,  qu'ils  conquefterent.  Il  eft  dit  en 
langue  deCufco  Vchu5&  en  celle  de  Mexicque, 
Chili.  Celle  plante  eftdcfîa  fort  cognuc,  par- 
quoy  i'en  diray  peu  de  chofe,  feulemét  Ton  doit 
entendre  qu'anciennement  entre  les  Indiens, 
elle  eftoit  fort  eftimee,  &  en  portoient  aux  en- 
droits où  elle  ne  croiflbit  point,  corne  vne  mar- 
chandife  de  confequence.  Elle  ne  croiltpasés 
terres froides,comme  en  la  Sierre  du  Petu,  mais 
auxvallees  chaudes,où  elle  eft  fouuent  arroufee* 
Il  y  a  de  cet  Axi  de  diuerfes  couleurs,  l'vn  eft 
verdj'vn  rouge,&rautre  de  couleur  iauîne,&  y 
en  a  d Vne  forte  de  fort  cauftique,qu'ils  appelée 
Caribe,  qui  eft  extrêmement  afpre  &  poignant, 
&  d'autre  qui  n'a  point  celle  afpreté,maisaa 
côtraire  eft  il  doux  que  l'on  le  peut  manger  feul, 
corne  vn  autre  fruit.  Il  y  en  a  qui  eft  fort  menu, 
&  odoriférant  en  la  bouche, quaïî  côme  d'odeur 
de  mufe ,  &  eft  trefbon.  Ce  qui  eft  afpre  ôc  poi- 
gnant en  cet  Axi,font  les  veines  &  la  graine  feu- 
lement ;  car  le  refte  ne  lcft  point,  attendu  qu'on 
le  mage  verd  &  fec,entier  &  broyc,au  pot,&  en 


Hiftoire  naturelle 

desfaufTes,  car  c'eft  la  principale  faufl^S:  tou- 
te l'efpicerie  des  Indes.  Quand  cet  Axieft  prins 
modérément,  il  ayde  ôc  conforte  Peftomach 
pour  la  digeftion  ;  mais  fi  l'on  en  prend  trop ,  il 
a  de  mauuais  effets,  pour-ce  que  de  foy  il  eft  fort 
chaud,  fort  fumeux,  Ôc  fort  penetratif,  d'où 
vient  que  l'vfage  en  eft  preiudiciableàlafanté 
des  ieunes  gens,  principalement  de  lame,  d'au- 
tant qu'il  prouoque  à  la  fenfuahté,  ôc  eftvne 
chofe  effrange ,  que  côbien  que  le  feu  ôc  la  cha- 
leur qui  eft  en  luy,  foit  affés  cogneue  par  l'expé- 
rience que  tous  en  rontjveu  que  chacun  dit  qu'il 
brufle  ea  la  bouche  ôc  en  i'eftomach3neatmoins 
quelques-vns  voire  plufieurs  veulent  maintenir 
que  le  poivre  d'Inde  n'eft  pas  chaud,  mais  qu'il 
eft  froid  Ôc  bien  tempéré.  Mais  ie  Jeur pour- 
rois  dire ,  qu'il  en  feroit  tout  autant  du  poivre, 
encor  qu'ils  m'amenaflent  toutes  les  expérien- 
ces qu'ils  voudroient  de  1  vn  ôc  de  l'autre.  Tou- 
tesfois  ,  c'eft  vne  mocquerie  de  dire  qu'il  n'eft 
point  chaud,  veu  qu'il  1-eft  extrêmement.  L'on 
vfe  du  fel  pour  tempérer  l'axi ,  d'autant  qu'il  a 
grande  force  de  le  corriger,  ôc  fe  modèrent  ainfi 
i'vn  l'autre  par  la  contrariété  qui  eft  entr'eux. 
Ils  vfent  aufli  de  Tomates  qui  sot  froids  Ôc  bien 
fains.  Ceft  vn  gère  de  grain  qui  eft  gros,&  plein 
de  fuc,  lequel  dône  bon  gouftàlafaufTe,&  font 
bons  aufli  à  manger.  Il  fe  trouue  de  ce  poivre 
d'Inde  vniuerfellemét  en  toutes  les  Indes,  &  If- 
les3neuueEfpagne,  Peru,&  en  tout  le  reftequl 
eft  defcouuert,tellemét  que  côme  le  mays  eft  le 
grain  le  plus  gênerai  pour  le  pain ,  ainfi  Taxi  eft 
1  efpicerie  la  plus  commune  pour  les  fauflès. 


des  Indes.  Liure.  IV.   


Du  Plane, 


Chapitre    XXI, 


Enant  aux  grandes  pîantes3ou  aux 
arbres,  le  premier  des  Indes  du- 
quel il  eft  conuenabîe  parler,eft  le 
plane  ou  platane ,  comme  le  vul- 
gaire l'appelle.  l'ayefté  quelque 
téps  en  doute,!!  le  plane  ,  que  les  anciens  ont  cé- 
lèbre,^ celuy  des  Indes,  efloit  vne  mefme  efpe- 
ce  :  ceftuy-cy  bien  confideré  ,  &  ce  qu'ils  efcri- 
uent  de  l'autre,  il  n'y  a  point  de  doute  qu'ilsn^ 
foienten  diuerfes  cfpeces.  La  caufepourqucy 
les  Efpagnols  l'ont  appelle  plane  (car  les  natu- 
rels n'auoient  point  de  telnom  )  a  elle  corrmé 
ésautres  arbres,  pour  autant  qu'ils  ont  trou  né 
quelque  relïèmblâce  de  l'vn  à  l'autre,  en  la  mef- 
me façon  qu'ils  ont  appelle  prunes.pine^aman- 
^cs,  &  concombres,  deschofes  fi  différentes  à 
celles  qu i  en  Caftille  font  a ppellees  de  Cesnoms* 
La  chofe  enquoy  il  me  femble  qu'ils  trouuerent 
plus  de  reilemblance  entre  ces  planes  des  Indes* 
&  les  planes  qu'ont  célèbre  les  anciens ,  a  efcéen 
la  grandeur  des  feuilles  .-pour  ce  que  ces  planes 
lesonttres-grandes&tres-fraifches,  &lesan- 
riens  les  ont  tant  eftimez  aufsipour  cefte gran- 
deur, &  cefte  fraifcheur  de  leurs  feuilles. -C'eft 
aufsi  vne  plate  quia  befoing  debeaucoup  d'eau2 
&  prefque  continuellement ,  ce  qui  s'accorde 

?5?c  l'Ecriture,  qui  dit  ?  Cmme  le  plane  4hPra  des 

— --      y 


I 


£cl.  M 


\ 


m* 


Hifioire  naturelle 

taptx.  Mais  à  la  vérité  il  n'y  a  non  plus  de  compa- 
raifon  ny  de  reflèmblance  de  l'vne  à  l'autre ,  non 
plus  qu'il  y  a,comme  dit  le  prouerbe,  de  l'oeuf  i 
h  chaftaigne.  Car  premièrement  le  plane  an- 
cienne porte  point  de  fruid ,  au  moins  ils  n'en 
faifoient  point  d'eftat ,  mais  la  principalle  occa- 
fion  pourquoy  ils  l'eftimoient ,  eftoit  à  caufe  de 
fon  ombrage ,  parce  qu'il  n'y  auoit  non  plus  de 
Soleil  deflbus  vn  plane, qu'il  y  a  deflbus  vne  cou- 
uerture.Au  contraire ,  la  raifon  pourquoy  l'on 
ledoiteftimeren  quelque  chofe  es  Indes,  voi- 
re en  faire  beaucoup  d'eftat ,  eft  à  caufe  de  foi 
fruiâ:.,  quiefttres-bon,  car  d'ombrage  ils  n'en 
ont  aucunement.  Dauantage  le  plane  ancien 
auoit  le  tronc  11  grand  ,  &  les  rameaux  fi  efpars, 
pîwelib.  i.  que  Pline  raconte  d'vn  Licinius ,  Capitaine  Ro- 
**$&*  main ,  lequel ajccomppagné de  dix-huict  de  fej 

compagnons.,  print  fa  réfection  fort  à  l'aife,dan! 
le  creux  d'vn  de  ces  planes.  Et  de  l'Empereui 
CaiusCaligula,  qui  s'afsit  luy  &  vnze  conuier 
furie  haut  des  rameaux  d'vn  autre  plane  &k 
leur  fit  vnfuperbe  banquet.  Les  planes  des  In- 
des^, ot  point  de  tels  creux,  troncs,  ny  rameaux 
II  dit  dauantage  que  les  anciens  planes  croif- 
foient  en  Italie ,  &  en  Efpagne ,  combien  qu'il 
yeuflentefté  apportez  premièrement  de  Grè- 
ce ,  &auparauant  del'Aiïe  :  mais  les  planes  de 
Indes  ne  croiffent  point  ny  en  Italie ,  ny  en  Ef- 
pagne.  le  dy  qu 'ils  n'y  croiifent  point, car  enco 
que  l'on  en  ait  veu  quelques  vns  à  Seuille  au  iar 
dm  du  Roy,  ils  n'y  cjpoiflent ,  &  ny  vallent  rien 
Finalement  la  chofe  enquoy  ils  trouuent  del; 
reflernblance  entre  l'vnfc  l'autre  eûfortdift 


âesjnâes.  Liure  1 V.  17  û 

fente.  Car  iaçoit  que  la  feuille  de  ces  planes  an- 
ciens fuft  grande  ,  toutesfois  elle  n'eftoit  pas  tel- 
le,ny  femblable  à  ceux  qui  font  éslndes  veu  que 
Pline  l'accom  pare  à  la  feuille  d'vne  vigne,  bu  de  pîlnelih  \û 
figuier.  Les  feuilles  du  plane  des  Indes  font  d'v-  ca£<  *•♦ 
ne  merueilleufe  grandeur ,  &fontprefquefuf- 
fifantes  pour  couurirvn  homme  des  pieds  iuf- 
ques  à  h  tefte ,  tellement  qu'aucun  ne  peut  met- 
tre en  doute,qu'il  n'y  ait  grande  différence  entre 
lvn  &  1  autre*  Mais  pôle  le  cas ,  que  ce  plane 
des  Indes  foit  différent  de  l'artcien ,  pour  cela  il 
n'en  mérite  pas  moindre  loûange,maispeut  eftrê 
encor  dauantage  ,  à  caufe  des  proprietez  tant 
vtiles  ,  &  profitables  qu'il  a  enluy.  C'eft  vne 
plante  qui  fait  vn  ceps  dedans  la  terre,  duquel 
fbrtent  plufieurs  reiettons  diuers  &  feparez,fans 
eflre  ioints  enfemble.  Ces  reiettons  croiffent 
&  groifsiffent  ,  faifant  prefque  chacun  vn  ar«* 
brilîeau  à  part  ,  &  en  croi  fiant  ils  jettent  ces 
feuilles  qui  lont  d  Vn  vert  fin  ,  &lijTé,  &dela 
grandeur  que  i'ay  dit.  Quand  il  eftcreu  ,  com* 
me  de  la  hauteur  d'vne  ftade  &  demie  ,  ou  de 
deux,iliettevn  feul  rameau  ou  grappe  de  fruift, 
auquel  il  y  a  quelquesfois  grand  nombre  de  ce 
fruic~r, ,  &  quelquesfois  jnoias.  l'en  ay  conté 
en  quelques  vns  de  ces  rameaux,  trois  cens,  dont 
chacun  auoit  vne  paulme  de  long ,  plus  oii 
moins,  &  eftoit  gros  comme  de  deuxoutroi$ 
doigts,  bien  qu'il  y  ait  beaucoup  de  différence 
en.cela  ,  encre  les  vns  &  les  autres.  L'on  en  ofte 
la  coque,ou  efcorce ,  tout  le  refle  eft  vne  chair, 
pu  noyau  ferme  ,  &  tendre  ,  qui  eft  bon  à 
Çanger,  fain  &  de  bonne  norriture.  Cefrui& 

1* 


Hifioire  naturelle 
Incline  vn  peu  plus  à  froideur  qu'a  chaleur.  Ils! 
ont.  accouftumé  de  cueillir  les  rameaux  ,   ou 
grapp*ss,que  i'ay  dit,  eftants  verds,  &  les  mettre  I 
en  des  vailTeaux  où  elles  fe  meuriilent,  eflans 
bien  couuertes ,  fpecialefnent  yiand  il  y  a  d'vne  ). 
certaine  herbe,qui  fert  à  cet  effedrli  Ton  les  laif-  j 
femeurir  en  l'arbre,  ilsont  meilleur  gouft,  &< 
vne  odeur  tres-bonne,comme  de  camoifTes ,  ou  !: 
pommes  douces.   Ils  durent  prefque  tout  le 
long  de  l'année ,  a  caufe  qu'il  y  a  toufiours  de$ 
retenons,  qui  riàifféht  de  ce  ceps,  tellement  que 
quand  rvnacheue,  l'autre  commence  à  donne* 
fruict,  l'vn  eft  à  demy  parcreu ,  &  l'autre  com- 
mence à  iettonnerde  nouueau,  de  façon  que  les] 
vns  fuccedent  aux  autres ,  &  ainfi  y  a  toufiours 
dufruicl:  toute  l'année  durant.  En  cueillant  lâ\ 
grappe  ils  couppent  le  reietton-,  d'autant  qu'il! 
n'en  iette  point  plus  d'vne ,  ny  plus  d'vne  fois,) 
mais  comme  i'ay  dit,  le  ceps  demeure  &  reiettej 
continuellement  de  nouueaux  reietttons ,  iufl 
ques  à  ce  qu'il  fe  ïafle  ,  &  vieillifle  du  tout.  Cca 
plane  dure  quelques  années,  &  demande  beau- 
coup d'humidité,  &  vne  terre  fort  chaude.  Ilsj 
îuymêttentdelacehdreau  pied  pourlemieutf| 
entretenir ,  Se  en  font  des  bocqueteaux  fort  ef4 
pais ,  qui  leur  font  de  grand  profit  &  réuenu,j 
pourcequec'eft  lefruicl:  dont  l'on  vfe  le  plus 
es  Indes,  &  y  eft  prefque  vniuerfellement  com'H 
mun "en- tous  endroits ,  iaçoit  qu'ils  difentquej 
fon  origine  foit  venue  de  l'Ethiopie.  Et  a  la  vm 
rite  les  Nègres  en  vfent  beaucoup  ,  &  en  quel- 
ques endroits  s'en  feruent  au  lieu  de  pain,  voiré 
^en  font  du  vin.  L'on  mange  ce  ^uiâde  plané 


des  Indes.  Liure.  IV.  171 

tout  cru  comme  vn  autre  fruicl:,  l'on  le  roftit 
irtefme ,  &  en  fait-on  plufleurs  fortes  de  pota- 
ges, voire  (iesconferues,  &  en  toutes  ces  chofèî 
il  s'accommode  fort  bien.  Il  y  a  d'vne  efpece  de 
petits  planes  blancs  &  fort  délicats  ,lefquels  ils 
appellent  en  lEfpagnol ,  Dominique.  Il  y  en  a 
d'autres  qui  font  plus  forts  &  plus  gros,&  d'vne 
couleur  rouge.  Il  n'en  croift  point  en  la  terre  du 
Peru,maisl'on  les  y  apporte  des  Indes3comme  à 
Mexique  deCuernauaca,  Se  des  autres  vallées. 
En  la  terre  ferme  &  en  quelques  Isles  y.  a.  de 
grands  planares,  qui  font  comme  boqueteaux 
fort  efpais.  Si  la  plante  eftoit  propre  pour  bruf- 
ler ,  c'euft  efté  la  plus  vtile  de  toutes ,  mais  elle 
n'y  eft  aucunement  propre:  car  fa  focille ,  ny  fes 
rameauxnepeuuét  brusler,&encor  moins  feruir 
de  mefrain ,  à  caufe  que  c'eft  vn  bois  moiielleux, 
&  qui  n'a  point  de  force.  Neantmoins  Dom  Al- 
longe Darzilla(comme  ii  dit  )  fe  feruit  des  feuil- 
les feches  de  cet  arbre  pour  eferire  vne  partie  de 
l'Auracane,  &  à  la  vérité  a  faute  de  papier  on  s'en 
pourroit  feruir ,  v.eu  que  fa  feuille  eit  de  la  lar- 
geur d'vne  feuille  de  papier,  ou  peu  moins  8ç 
longue  de  quatre  fois  autant. 


Du  Cacao  &  de  la  Coca. 

Chapitre    XXII. 

Açoit  que  le  plane  foit  le  plus  profi- 
table ,  neantmoins  le  Cacao  eft  plus 
WJS^  eftimé  en  Mexique ,  &  la  Coca  au  Pe- 
ru,efquelsdeux  arbres  ils  ont  beaucoup  de  fit- 

Y    iij 


ii'%i 


Hifioire  naturelle 
perftition.Le  Cacao  eft  vn  fruiâ:  vn  peu  moin-  j 
dre  qu'amendes,  &  toutesfois  plus  gras ,  lequel  \ 
cftantroftyn'apas  mauuaife  faveur.  Il  eft  tant  ; 
eftimé  entre  les  Indiés,voire  entre  les  Efpagnols,  | 
que  c'eft  vn  des  plus  riches,  voire  plus  grands 
commerces  de  la  neuue  Efpagne.  Car  comme  j 
c'eft  vn  fruid  feede  qui  fe  garde  long  temps  j 
fan^fe  corrompre  ,  ils  enamdnent  desnauires 
chargez  de  la  Prouince  de  Guatimalla.  En  l'an 
paffé  vn  corfaire  Anglois  bru sla  au  port  de  Gua- 
tulco  en  la  neuue  Efpagne    plus  de  cent  mil 
charges  de  Cacao.  L  on  s'en  fert  mefme  corn-» 
medemonnoye  ,  d'autant  qu'auec  cinq  Cacaos  i 
ils  acheptent  vne  chofe ,  auec  trente  vne  autre, 
&auec  cent  vne  autre,  fans  qu'il  y  aye  contra- | 
di&ion  ,  &ont  accouftumé  de  les  donner  pour 
aumofne  aux  pauures  qui  leur  demandent.  Le 
principal  vfage  de  ce  Cacao  eft  en  vn  breuuage 
qu'ils  appellent  Chocholaté,  dont  ils  font  grand  | 
cas  en  ce  pays,  follement  &  fans  raifon,  &  fait! 
mal  au  coeur  a  ceux  qui  n'y  font  point  accouftu*  j 
mez ,  d'autant  qu'il  y  a  vne  efeume  &  vn  bouil- 
lon au  haut  qui  eft  fort  mal  agréable  pour  en 
vfer ,  fi  1  on  n  y  a  beaucoup  d'opinion.  Toutes- 
fois  c'eft  vne  boilfon  fort  eftimee  entre  les  In- 
diens, de  laquelle  ils  traittçnt ,  &  feftoyentles 
Seigneursqui  viennent  ou  parlent  par  leur  ter-* 
re.  Les  Efpagnols  qui  font  ja  accouftumez  au 
pays,  font  extrememét  friands  de  ce  Chochola-| 
té.  Ils  difent  qu'ils  font  ce  Chocholaté  en  diueiH 
fes  façons  &  qualitez ,  fçauoir  l'vn  chaud,f autre 
froid,  &  l'antre  tempéré ,  &  y  mettent  desef- 
yices  beaucoup  de.ee  cfeili,  Mefmes  ils  en  font 


des  Indes.  Liure.  IV.         17* 

clés  pafteSjqu'ils  difent  eftre  propres  poutTefto- 
mach,&  contre  le  catarrhe.  Quoy  qu'il  ne  foit, 
ceux  qui  n'y  ont  point  efté  nourris  n'en  font  pas 
beaucoup  curieux.  L'arbre  où  croift  cefruicb 
eft  d'vne  moyenne  grandeur  &  d'vne  belle  fa* 
çon,il  eft  fi  délicat  que  pour  garder  que  le  Soleil 
ne  le  brusle  ils  plantent  auprès  deluy  vn  autre 
grand  arbre  quiluy  fert  feulement  d'ombrage, 
&■  l'appellent  la  mère  du  Cacao.  Il  y  a  des  lieux 
où  ils  font  ainfi  que  les  vignes  &  les  oliuiers  font 
en  Efpagne.  La  Prouince  qui  en  a  plus  grande 
abondance,  pour  le  commerce  &  la  marchand!- 
fe  eft  celle  de  Guatimalla.il  n'en  croifl:  point  au 
Peru,  mais  il  y  croift  de  la  Coca,  qui  eft  vne 
autre  chofe  où  ils  ont  encor  vne  autre  plus  gran- 
de fuperftition  qui  femble  eftre  chofe  fabufeu- 
{è.  A  la  vérité  latraitte  de  la  Coca  enPotozife 
monte  à  plus  de  demy  million  de  pezes  par  cha- 
cun an,d'autant  qu'onyenvfe  quelques  quatre 
vingts  dix  ou  quatre  vingts  quinze  mille  cor* 
beilles  par  an.  En  Tan  rail  cinq  ces  quatre  vingts 
&  trois  on  y  en  confomma  cens  mil.  Vne  cor- 
beille de  Coca  en  Cufco  vaut  deux  pezes  &  de- 
*  my,  &  trois ,  &  en  Potozi  elle  vaut  tout  contant 
quatre  pezes  &  cinq  tomines ,  &  cinq  pezes  ef- 
fayez.  G'eftl'efpecede  marclianSife  à  l'occa- 
iion  de  laquelle  prefque  fe  font  tous  les  marchez 
&  foires ,  parce  que  c'eft  vne  marchandife  dont 
il  y  a  grande  expédition.  La  Coca  donc  qu'ils 
eftiment  tant  ,  eft  vne  petite  feuille  verde  qui 
naift  en  des  arbrhTeaux  qui  font  comme  d'vne 
brade  de  haut ,  elle  croift  en  des  terres  fort; 
chaudes  &  humides ,  &  iette  ceft  arbre  de  qua* 


Jrfiftoire  naturelle 
tremoken  quatre  mois  cefte  feuille  qu'ils  ap* 
pelîent  la  trefmkas  ou  tremoy  •  elle  requiert 
beaucoup  de  foin  à  lacultiuer,  pource  qu'elle 
cft  fort  délicate  ,  &  beaucoup  dauantage  a  la 
conferuer  après  qu'elle  eft  cueillie.  Ils  les  met- 
tent par  ordre  en  des  corbeillôs  longs  &  eftroits, 
&  en  chargent  les  moutons  du  pays  ,  qui  ^ont 
auec  cefte  marchandife  en  trouppes  chargez  de 
mil  &  deux  mil,  voire  trois  mil  de  ces  corbeil- 
Ions.  On  l'apporte  le  plus  communément  des/ 
Andes  &  vallées,  efqueiles  il  y  a  vne  chaleur  in- 
fup portable,  &  où  il  pleut toufiours  la  plus  part 
de  l'année.  Enquoy  les  Indiens  endurent  beau- 
coup de  trauail  &  de  peine  pour  l'entretenir ,  & 
bien  fouuét  piufieurs  y  pertlét  la  vie, parce  qu'ils 
partent  de  la  Sierre  &  de  lieux  tres-froids  pour 
l'aller  cultiuer  &  recueillir  en  ces  Andes.  C'eft 
pourquoy  il  y  a  eu  de  grandes  difputes  &  diuer- 
iité  d'opinions  entre  quelques  hommes  doctes 
&  fages ,  à  fçauoirs'il  eftoit  plus  expédient  d'ar- 
racher tous  ces  arbres  de  Coca,  ou  de  les  huiler, 
mais  en  fin  ils  y  font  demeurez.  Les  Indiens  le-* 
ftiment  beaucoup ,  &  au  temps  des  Rois  Inguas 
Iln'eftoit  pas  licite,  ny  permis  au  commun  peu- 
ple d'vferdelaCocafansla  licence  du  Gouuer- 
neur.  L'vfage  en  eft  tel,  qu'ils  le  portent  en  la 
bouche  &  le  mafchent ,  fucçant,fans  toutesfois 
l'aualler.  Ils  difent  qu'elle  leur  donne  vn  grand* 
courage  ,  &leur  eft  vne  finguliere  friandifc.- 
Piufieurs  hommes  graues  tiennent  cela  pour  fu* 
perftition  &  chofe  de  pure  imagination.  De  ma 
part,  pour  dire  la  vérité ,  ie  me  perfuade  que  ce 
n'eft  point  vne  pure  imagination ,  mais  au  con* 


des  Indes.  Liure.  IV.  173 

traire  i'entends  qu'elle  opère  &  donneforce  Se 
courage  aux  Indiens  :  car  Ton  en  voit  des  erfects 
qui  ne"  peuuent  eftre  attribuez  a  îmaghation, 
corne  de  cheminer  quelques  iournees  fans  man- 
ger auec  vne  poignée  de  Coca ,  &  autres  eflfe6cs 
femblables.  La  faulfe  a»jec  laquelle  ils  mangent 
ce  Coca  leureftaTez  conuenable ,  pource  que 
l'en  ay  goufte ,  &  a  comme  le  goufi:  de  Su  m  icq* 
Les  Indiens  la  broyent  auec  de  la  cendre  d'os 
bruslez  &mis  en  poudre  ,  ou  bien  auec  delà 
chaux,commedautresdifent,cequileurfemble 
fort  appetiffant  &  de  bon  gouft ,  &  difent  qu'il 
leur  fait  vn  grand  profit.  Ilyemployent  libre- 
ment leur  argent,&  s'en  feruent  en  mefme  vfage 
que  de  la  monnoye.  Encor  toutes  ceschofesne 
feroient  point  mal  a  propos ,  n'eftoit  le  hazari 
&rifquequ'ilyaen  fon  commerce  ,  &aTap- 
profiter,  en  quoy  tant  ces  gens  font  occuper 
Les  Seigneurs  Inguasvfoientdu  Coca  comns 
de  chofe  royale  &  friande  ,  &  eftoit  la  chofe 
qu'ils  offroient  le  plus  en  leurs  facrhices5le bruf- 
lant  en  l'honneur  de  leurs  idoles. 


Du  Maguey,  du  Tunal,  delà  Cochenille y  de 
î mir  &  du  cotton. 

Chapitre    XXIII. 


^  E  maguey  eft  l'arbre  des  merueiU 
L^les,  duquel  les  Nouueaux  ouCha- 
i  petones  (  comme  ils  les  appellent 
fslade»')  ont  accouftumé  d'eferire  des  mira- 


it 


f/ifloire  naturelle 
cîes,en  ce  qu'il  donne  de  l"eau,du  vin,  de  l'huil- 
le,du  vinaigre ,  du  miel,  du  firop,  du  fil,  des  ef- 
guilles,&  mil  autres  chofes.  C'eft  vn  arbre  que 
Jes  Indiens  eftimét  beaucoup  en  la  neuue  Efpa- 
gne ,  &r  en  ont  ordinairemét  en  leurs  habitations 
quelqu  vn  pour  entretenir  leur  vie.   1 1  c  toift  & 
Je  cultiuent'aux  champs  ,  &  a  les  feuilles  larges 
&  grofsieres,au  bout  defquelles  il  y  a  vne  pointe 
forte  &  aigûe,qui  fert  pour  attacher  comme  des 
efplingues ,  ou  pour  coudre  comme  vne  efguil- 
le,  &  tirent  aufsi  de  cefte  feuille  comme  vn  cer- 
tain fil ,  dont  ils  fe  feruent.  Ils  coupent  le  tronc 
qui  eft  gros  quand  il  eft  encore  tendre ,  &  de- 
meure vne  grande  concauité,par  laquelle  mon- 
te la  fubftance  de  la  racine,  &  eft  vne  liqueur 
que  Ton  boit  comme  de  l'eau  qui  eft  frefche& 
douce.  Cefte  mefme  liqueur  eftant  cuitte  fe 
tourne  comme  vin,  lequel  deuient  vinaigre  en 
le  lardant  aigrir ,  &  en  le  faifant  boliillir  d'auan- 
tageil  deuient  comme  du  miel  ,  &rlecuifanti 
demy  il  leur  fertoèikop,  qui  eft  afïez  fain  &  de 
bonne  faveur,  voire  me  femble  meilleur  que  le 
firopde  raifins.  Voyla  comme  ils  font  cuire  & 
fe  feruent  de  cefte  liqueur  en  diuerfes  façons ,  de 
îaquell&ils  tirent  bonne  quantité,d'autant  qu  en 
certaine  faifon  ilstirentpar  chaque  iour  quel- 
ques pots  de  cefte  liqueur.  Il  y  a  mefme  de  ces 
arbres  au  Peru ,  mais  ils  ne  les  rendent  point  fi 
profitables  comme  en  la  neuue  Efpagne.  Le 
bois  de  ceft  arbre  eft  creux  &  moi,  &  fert  pour 
conferuer  le  feu ,  pource  qu'il  le  retient  comme 
vne  mefche  d'arquebuze,  &  s  y  garde  long  tlps, 
dont  i'ay  veu  que  les  Indiens  s'en  feruoient  i  ceft 


des  Indes.  Luire  IV  174 
effed.  Le  tunal  eft  vn  autre  arbre  fameux  en  1* 
neuue  Efpagne,  fi  arbre  nous  deuons  appel- 
1er  vn  morceau  de  feuilles  amaîfees  lesvnesfur 
les  autres,  lequel  eft  de  la  plus  eft  range  façon 
d'arbre, qui  foîti  Pource  qu'il  fort  déterre  pre- 
mièrement vne  feuille ,  &  d'icelle  vne  autre ,  8c 
de  celle  -  cy  vne  autre, &  ainfî  va  croifsât  iufques 
à  fa  perfedion  ,  finon  que  comme  fes  feuilles 
vont  fortant  en  haut  &  aux  coftez ,  celles  d'em- 
bas  s'engrofsiffent,  &  viennent  prefque  a  perdre 
la  figure  de  feuilles  ,  enfaifantvn  tronc  &  des 
rameaux  qui  font  afpres ,  efpineux  &  difformes, 
d'où  vient  qu'en  quelques  endroits  ils  l'appel- 
lent chardon.  Il  y  a  des  chardons ,  ou  Tunaux 
fauuages  qui  ne  portent  point  de  fruid,  ou  bien 
il  eft  fort  efpineux ,  &  fans  aucun  profit.  Il  y  a 
mefmedesTunauxdomeftiques,  qui  donnent 
du  fruid  fort  eftimé  entre  les  Indiens,qu 'ils ap- 
pellent Tunas ,  &  font  de  beaucoup  plus  gran- 
des que  les  prunes  de  frère ,  &  ainfi  longues.  Ils 
en  ouurent  la  cocque,qui  eft  gra(fe,&  au  dedans 
y  a  Je  la  chair  ,  &  des  petits  grains  femblablesl 
ceux  des  figues ,  qui  font  fort  doux  ,  &ontvn 
bon  gouft ,  fpeciallement  les  blanches ,  lefquels 
ont  vne  certaine  odeur  fort  agréable,  mais  les 
rouges  ne  font  p*s ordinairement  a  bons.  Il  y  a 
vne  autre  forte  de  Tunaux ,  lefquels  ils  eftiment 
beaucoup  dauantage  ,  encor  qu'ils  ne  donnent 
point  de  fruid  ,  &  lei  cultiuent  auecvn  grand 
foing&r  diligence:  &iaçoit  qu'ils  n'en  recueil- 
lent point  de  ce  fruid  ,  neantmoins  ils  rappor- 
tent vne  autre  commodité  &  profit  qui  eft  de 
la  graine,  d'autant  que  certains  petits  Versnaif* 


.1 


Hiftoire  naturelle 

fent  aux  feuilles  de  cet  arbre  ,  quand  il  eft  bien 
cukiué,  &  y  font  attachez ,  conuerts  d'vne  cer- 
taine petite  toile  délice ,  lefquels  on  circuit  déli- 
catement y  &  eft  la  cochenille  des  Indes  tant  re- 
nommée, de  laquelle  l'on  teint  en  graine.  Ils  les 
laifFent  fecher ,  &  ainfi  fecs,  ils  les  apportent  en 
£(pagne,qui  efl  vne  greffe,  &  riche  marchandi- 
fe.  L  arrobe  de  cefte  cochenille,  ou  graine, vaut 
plufieurs  ducats.  On  en  apporta  en  la  flotte  de 
l'an  mil  cinq  cens  quatre-vingts  le pt  ,  cinq  mil 
fix  cens  foixante  dix-fept  arrobes,qui  montoient 
à  deux  cens  quatre  vingts  trois  mil  ,  fept  cens 


en 


&  cinquante  pezes  ,  &  ordinairement  il 
vient  tous  les  ans  vne  femblable  richeffe.  Ces 
Tunaux  croiffent  es  terres  temperees,qni  décli- 
nent a  froideur.  Au  Peru  il  n'y  en  croift  point 
encor  iufquesâ  prefent.  Ienayveu  quelques 
plantes  en  Èfpagne ,  qui  ne  méritent  pastoutes- 
îbis  d'en  faire  aucun  eftat.Ie  diray  aufsi  quelque 
chofe  de  TAnir ,  combien  qu'il  ne  vient  pas  d'vn 
arbre,mais  d'vn  herbe,  parce  qu'il  fert  à  la  tein- 
ture des  draps,  &  que  c'eft  vne  marchandife  qui 
s'accommode  auec  la  graine  ,  &  mefme  qu'il 
croift  en  grande  quantité,  en  la  neuue  Efpagne, 
d'où  il  en  vint  en  la  flotte  que  i'ay  dit ,  cinq  mil 
deux  cens  foixante  &  trois  arrobes ,  ou  enuiron, 
qui  montent  autant  de  pezes.  Le  cotton  mefme 
croift  en  des  petits  arbriffeaux ,  &  en  des  grands  ' 
arbres  qui  portent  comme  des  pommettes ,  lef- 
quels s  omirent  &  donnent  cefte  filaffe  ,  &  après 
l'auoir  cueillie,  la  fillent,  &  la  tirent  pour  en  fai- 
re des  eftoffes.  C  eft  vne  des  chofes  qui  foit  es  In- 
des de  plus  grand  profit ,  &  de  plus  d'vfage ,  car 


*j' 


des  Indes.  Liure  I  V.  175 

H  leur  fert  de  lin  ,  &  de  laine  pour  faire  des  ha- 
bits.il  croift  en  terre  chaude,  &  y  en  a  vfie  gran- 
de quantité  es  vallées  &:  cofte  du  Peru,en  la  neu- 
Vie  Efpagne,ës  Philip pines,&-  en  la  Chine.  Ton-- 
tesfoisilyenabeaucoup  dauantage,  qu'en  au- 
cun lieu  que  ie  facile  \  en  la  Prouince  de  Tucu- 
man,en  celle  de  fainéte  Croix  delaSierre,  &  au 
Paraguey,&  leur  eft  le  cotton  le  principal  reue- 
nu.  L'on  apporte  en  Efpagne  du  cotton  des  IF- 
les  de  S.  Dominique  ,  &"  en  vint  l'année  que  i'ay 
dit  foixante  &  quatre  arrobes.  Aux  en  droits  des 
Indes  où  croift  le  cotton  ils  en  font  de  la  toile 
dont  les  hommes  &  les  femmes  vfent  le  plus 
communément,  mefmes  en  font  leurs  fermettes 
Jetables,  voir  des  voiles de  nauire-  Il  y  en  a  de 
gros  ,  &  d'autre  qui  eft  fin  &  délicat.  Ille  tei- 
gnent en  diuerfes  couleurs ,  comme  nousfaifons 
les  draps  de  laine  en  Europe. 


Des M4meycs>Guayauos>&  Faites. 
Chapitre    XXIV. 


Es  plantes  dont  nousauonsparîé,fbnt 
les  plantes  les  plus  profitables  des  lu  * 
des ,  &  celles  qui  font  les  plus  necef- 
faires  pourleviure:  toutesfois  il  y  en 
a  beaucoup  d'autres  qui  font  bonnes  a  manger, 
«ntre  lefquelles  les  mameyes  font  eftimees 
eftans  de  la  façon  des  groffes  pefches  ,  voire 
plus  greffes.  Ils  ont  vn  ou  deux  noyaux  dedans, 
1k  h  chair  quelque  peu  dure.  Il  y  en  a  qui  font 


'}>.» 


Hlfloire  naturelle 

«taux  &  d'autres  qui  font  aucunement  aigres,  & 
©ntl 'efcorce  forte  &  dure.  On  fait  de  la  confer- 
ue  de  la  chair  de  ce  frui&,qui  reflemble  au  coti- 
gnac,  l'vfage  de  ce  fruiâ:  eft  aiTez  bon  ,  &  encor 
meilleure  la  conferue,que  l'on  en  faictjîscroif- 
fent  es  Isles,  &r  n'en  a  y  point  veu  au  Peru.  C'eft; 
vn  arbre  qui  eft  grâd,&  bien  fa  it,d'vn  allez  beau 
feuillage.  Les  Guayauos  font  d'autres  arbres  qui 
portent  communément  vn  mauuais  fruict, plein 
de  pépins  •afpres,  &  font  de  la  façon  de  petites 
pômes*  C  eft  vn  arbre  mal  eftimé  en  la  terre  fer* 
jne,&  aux  Isles,car  ils  difent  qu'il  a  l'odeur  com- 
me des  punaifesXe  gouft  &  faveur  de  ce  frui&, 
•ft  fort  grofsier,  &  fa  fubftancc  mal  faine*  11  y  a 
cnS.  Dominique,&  es  autres  Isles.desmôtagnes 
toutes  pleines  de  ces  Guayauos,  &  difent ,  qu'ils 
n'y  auoit  point  de  telle  forte  d'arbres  ,auant  que 
lesEfpagnolsyarriuaiîent ,  mais  que  l'on  les  y  a 
apportez  de  ie  ne  fçay  où.  Cet  arbre  a  multiplie 
infiniment,parce  qu'il  n'y  a  aucun  animal,qui  en 
rnange  les  pépins,  ou  la  graine,  d'où  vient  qu'e-» 
ftans  ainfi  femez  parmy  la  terre ,  comme  elle  eft; 
chaude  &  humide,il  y  a  ainfi  multiplié.  Au  Peru 
cet  arbre  diffère  des  autres  Guayauos ,  pource 
que  le  fruiâ:  n'en  eft  point  rouge,mais  eft  blanc, 
&  n'a  aucune  mauuaife  odeur,  mais  eft  d'vn  fort 
bon  gouft:&  de  quelconque  forte  deGuayauos, 
que  ce  foit  le  fruid  en  eft  aufsi  bon  comme  le 
meilleur  d'Efpaigne  fpecialement  de  ceux  qu'ils 

Ïpellét  Guayauos  de  matos,  &  d'autres  petites 
uayauilles  blanches.  C'eft  vn  fruiâ:  aiTez  fair>, 
Se  côuenable  pour  l'eftomac,  pource  qu'il  eft  de 
forte  digeftipn,  &  afle*  froid  ;  les  Paltas  au  con- 


deslnâes.  Liure.lV.  ij6 

traire  font  chaudes  &  délicates.  Le  Palto  eft  vn 
arbre  grand  &  de  beau  feuillage  /fcjui  a  le  fruid, 
comme  des  grofles  poires  ,  il  a  dedans  vn  gros 
noyau,&  tout  le  relie  eft  vne  chair  molle ,  telle- 
ment que  quand  ils  font  bié  meu  rs,  ils  font  com- 
me du  beurre,&  ont  le  gouft  délicat.  Les  Paîtas 
font  grands  au  Peru ,  &  ont  vne  efcaille  fort  du- 
re,que  Ton  peut  ofter  toute  entière. Ce  fruid  eft 
en  Mexique,pour  la  plus  part  fort,àyant  l'efcor- 
ce  déliée ,  qui  fe  pelle  comme  des  pômes.  Ils  les 
.tiennent  pour  vne  viade  faine,  &  comme  i  ay  dit, 
qu  i  décline  quelque  peu  a  ehaleur.Ces  mamay  es 
Guay auos, &  Paftos  i  font  les  pefches ,  hs  pom- 
mes, &  les  poires  des  Indes ,  encor  que  ie  choifi- 
roispluftoft  celles  de  l'Europe.  Maisquelques 
autres  par  l'vfage ,  ou  peuteftre,  par  affection, 
pourront  eftimer  dauantage  ceux-cy  des  Indes* 
le  ne  doute  point,que  ceux  qui  n'ont  point  veu, 
ny  goufte',de  cesfruicl,prendrôtpeu  de  pîaiîiri 
lire  cecy,voire  felafïèrôt  de  roiiyr3&  moy  mef- 
me  ie  m'en  laffe,qui  caufe  que  fabregeray  enra- 
cotant  quelques  autres  fortes  de  fruit.Car  ce  fe- 
roit  chofe  impofsible  de  pouuoir  traiter  de  tous, 

Du  Chicocapot^des  Annonas  &  des  Capolljes. 
Chapitre.    XXV. 


Velquesvnsqui  ont  voulu  augmen- 
ter les  chofes  des  Indes  ,  ont  mis  en 
âuant  qu'il  y  auoit  vn  fruift,qui  eftoit 
femblableau  cotignac ,  &  l'autre  qui 
«ftoit  comme  du  bknc  manger  :  pource  que  la 


hJiftoire  naturelle 
faveur  leur  fembla  digne  de  ces  noms.  Le  coti-  - 
gnac  ou  mermelade(fi  ie  ne  me  trompe)eftoit  ce 
qu'ils  appelloient,çapotes,ou  chicoçapotés,  qui 
fontd'vn  gouft  fort  doux,  &  approchant  à  la 
couleur  de  cotignac.  Quelques  Crollos,(qui  eft 
Je  nom  dont  ils  appellent  les  Efpagnols  nais  aux 
Indes)difent  que  ce  fruid  furpalTe  en  excellence 
tous  les  fruits  d'Efpagne.  Toutesfois  ce  n'eft 
mon  opinion, mais  ils  difent  qu'au  gouft  prin- 
cipalement il  furpaiïe  tous  les  autres  fruids,  où 
5e  ne  me  veux  pasarrefter  neâtmoins ,  parce  que 
cela  ne  le  mérite  pas.Ces chicocapotés  ou  çapo- 
•  tes,  entre  ieiquelsil  y  a  peu  de  différence ,  croif- 
fent  es  lieux  chauds  de  la  neuue  Efpagne,&  n'ay 
teint  ccgnouTance,  qu'il  y  ait  de  tel  fruid  en  la 
terre  ferrie  du  Puru.Pour  le  blanc  manger5c'eft 
l'Amené  vou  guanauara  ,  quicroift  enterre 
ferme.  l'Annonaeft  de  la  façon  d'vne  poire,  & 
ainfi  quelque  peu  aiguê"&  ouuerte ,  tout  le  de- 
dâs  eft  tédre  &  mol  comme  beurre,  &  eft  blanc, 
doux  &  d\  n  gouft  fort  favqureux.  Ce  n'eft  pas 
manger  blanc,  encor  qu'il  foit  blanc  manger, 
mais  à  la  vérité  c'eft  beaucoup  augmente  de  hiy 
donner  tel  nom,  bien  qu'il  foit  délicat  &  d'vn 
gouft  favoureux,  &  quoy  que  félon  le  iugemêt 
d'aucuns,  il  foit  tenu  pour  le  meilleur  fruid  des 
ïndes,ila  en  foyvne  quantité  de  pépins  noirs,  & 
les  meilleurs  quei'ay  veu,  a  efté  en  la  neuue  Ef- 
pagne,où  les  capolyes  croifsét  aufsi,qui  font  co- 
rne des  cerifes,&  vn  noyau,bié  que  quelque  peu 
plus  gros.  Mais  la  forme  &  figure  eft  comme  de 
cerifes,de  bône  faveur,ay  at  v  n  doux-aigret:maîs 
ïe  nay  point  veu  de  capollyes  en  autre  contrée* 
-~-  Ve 


des  Indes \  Liure  IV*         ijj 


De  plqfieurs  fortes  de  fruitiers ,  des  Cocos  a  des 
Amendes,  des  Andes,  &  des  Amen- 
des de  Chacbapoyœs, 

Chapitre    XXVI. 

L  ne  feroit  pas  pofîible  de  racôter  tous 
les  fruits  &  arbre  des  Indes,  attendu 
queienc  m'en  refouuiens  pas  de  plu- 
fïeurs ,  êc  qu'il  y  en  a  encor  beaucoup 
dauantagedefquelsien'ay  pas  cognoifïance,  ÔC 
me  femble  chofe  ennuyeufe  de  parler  de  toutes, 
dontilmefouuienr.  Ilfetrouuedonc  d'autres 
genres  de  fruitiers  Ôc  de  fruits  plus  greffiers, 
comme  ceux  qu'ils  appellent  lucumes ,  du  fruit 
defquelsils  difent,  par  prouerbe,  que  c'eft  vn 
prix  difïimulé,  comme  les  guauas,  pacayes ,  les 
hobos,  &  les  noix  qu'ils  appeliét  emprifonnees, 
lefquels  fruits  femblent  à  plufïeurs  eftre  des 
noix  de  la  mefme  efpece  que  font  celles  d'Efpa- 
gne.  Voire  ils  difent,  que  Ci  l'on  les  trâfpîantok 
fouuent  d'vn  lieu  en  autre ,  qu'ils  rapporteroiéc 
des  noix  toutes  femblables  à  celles  d'Efpagne  Se 
ce  qu'ils  donnent  ainfi  vn  fruit  fauuage,  &  fi  mal 
plaifant,  eft  à  caufe  qu'ils  font  fauuages.  En  fin 
l'on  doit  bien  côfîderer  la  prouidence  &  richef- 
fe  du  Créateur,  lequel  a  departy  à  tant  de  diuer- 
fes  parties  du  monde,  telle  variété  d'arbres  frui- 
tierSjle  tout  pour  le  feruice  des  hommes  qui  ha« 
bitent  la  terre,  &  eft  vne  chofe  admirable  de 
veoir  tant  de  différentes  formes,  gouft,  ôc  effets 
du  tout  incognus>&  dont  on  n'auoit  iamaû  ouy 


Hifioire  naturelle 
parler  au  monde  ,  auparauant  la  defcouuertc 
des  Indes,  Er  defquelles  mefme  Pline  ,  Diof- 
coride  &Theophrafte,  voire  les  plus  curieux, 
n'ont  eu  aucune  cognoiffanec  ,  neantmoins 
toute  leur  recherche  &  diligence.  Ils'efttrou- 
uc  des  hommes  curieux  de  noftre  temps  qui  ont 
eferit  quelques  traittez  de  ces  plantes  des  In- 
des,des  herbes,  &riuieres  ,  &  des  opérations 
qu'ils  ont  en  lVfage  de  médecine,  aufquels  l'on 
pourra  recourir ,  qui  en  voudra  auoir  plus  am- 
ple cognoilïance  ,  parce  que  ie  prétends  traitter 
feulement  en  peu  de  mots  &  fuperficiellement 
ce  qui  me  viendra  en  la  mémoire  ,  touchant  ce 
fabie&.  Neantmoins  il  ne  me  femble  pas  bon 
palier  foubs  filence  les  cocos  ,  ou  palmes  des 
Indes ,  à  caufé  d'vne  propriété  qu'ils  ont,qui  eft 
fort  notable,  &  remarquable.  le  les  appelle  pal* 
mes,non  pas  proprement.ny  qu'il  y  ait  des  dat- 
tes, mais  d'autant  que  ce  (ont  arbres  fembla- 
blés  aux  autres  palmes  Ils  font  hauts  &  forts, 
6c  plus  ils  montent  en  haut>plus  vont-ils  iettans 
des  rameaux  grands  &  fort  eftendus.  Ces  pal- 
mes ou  cocos  donnent  vn  fruit  qu'ils  appellent 
aufli  cocos  ,  dequoy  ils  ont  accouttumé  faire 
des  vafes  pour  boire,  &  dilent  qu'il  y  en  a  quel- 
ques vns  qui  ont  vne  vertu,&  propriété  contre 
lepoifon,  Ôc  pour  guérir  le  mal  de  cofté.  Le 
noyau  &  la  chair  d'iceux(  quand  il  eit  efpoifîî  ôc 
fccjeft  bon  à  manger ,  ôc  approche  quelque  peu 
dugouft  dechaftaignesverdes.  Quand  le  coco 
eft  en  l'arbre  encor  tendre,  tout  ce  qui  cft  dedas 
çftcoramevn  laid  qu'ils  boiuent  par  délices, 
&  pour  rafraifehir  en  temps  de  chaleur..  I'ay 


des  Jndes.  Liure  IV.  17 Ê 

veu  de  ces  arbres  en  fain&  Ieande  port  riche 
&  autres  endroits  des  Indes,&  m'en  dirent  vne 
choferemarquableique  chaque  mois  ou  Lune 
cet  arbre  iette  vn  nouueau  rameau  de  ces  co- 
cos ,  tellement  qu'il  donne  du  fruit  douze  fois 
par  an,  comme  ce  qui  eft  eferit  en  1*  Apocaiypfe, 
&  à  la  venté  il  me  fèmble  que  ce  fuft  de  mefme* 
pource  que  tous  les  rameaux  fontd'aages  fort 
differens,  ks  vns  commencent,  les  autres  font 
delia  meurs ,  Se  ks  autres  le  iont  à  demy.    Ces 
cocos  que  iedy  font  ordinairement  delà  figu- 
re &  grofTeur  d'vn  petit  mellon  :  Il  y  en  a  dVnc 
autre  forte  qu'ils  appellent  coquilios ,   qui  eft 
vn  fruit  meilleur ,  dont  il  y  en  a  en  Chillc.    Ils 
font  quelque  peu  pluspetits  que  noix,  mais  vn 
peu  plus  ronds.  Il  y  a  vne  autre  efpece  de  cocos 
qui  ne  donnent  point  ce  noyau  ainfî  efpoiffi, 
mais  ils  ont  dedans  vne  quantité  de  petits  fruits 
comme  Amendes,  à  la  façon  des  grains  de  gre- 
nade* Ces  amendes  font  trois  fois  auflî  grandes 
que  celles  de  Caftille  ,  &  leur  reilemblent  au 
gouft,  encor  qu  elles  foient  vn  peu  plus  afpres 
&  font  auflî  humides  &  huilleufes.  C'eft  vn  a£ 
fez  bon  manger  ,  auffi  ils  s'en  feruent  en  deli* 
ces,  faulte  d'amendes  *  pour  faire  des  malfe- 
pains  j  &  autres  telles  chofes.    Us  les  appellent 
amendes  des  Andes  *  pour  ce  que  ces  cocos 
croifTent   abondamment  es  Andes  du  Peru, 
&  font  Ci  forts  &durs,que  pour  les  ouurir,  il  eft 
befoingdclesfrapper  rudemét  âuec  vnegrolTc 
pierre.    Quand  ils  tombent del'arbre/ils ren- 
controientlateftede  quelquvn  >  il  n'auroit  ià 
befoing  d'aller  plus  loing.  £t  femble  vne  choft 


Hifloire  naturelle 

incroyable,  que  dedans  le  creux  de  ces  cocos 
qui  ne  font  pas  plus  grands  que  les  autres,  ou 
gueres  dauantage,  il  y  aneantmoins  vne  telle 
multitude  &  quantité  de  ces  amendes.  Mais 
en  ce  qui  concerne  les  amendes,  &  tous  les  au- 
tres fruits  femblables,  tous  les  arbres  doiuent 
céder  aux  amendes  de  Chachapoyas,  lefquel- 
les  ie  ne  peux  autrement  appeller.  C'eft  le  fruit 
le  plus  délicat ,  friand ,  &  plus  fain  de  tous ,  tant 
quei'ayeveu  es  Indes.  Voire  vndo&e  Médecin 
affermoit  qu'entre  tous  les  fruits  qui  font  es  In- 
des, ou  en  Efpagne,  nul  n'approchoir  de  l'excel- 
lence de  ces  amendes.  Il  y  en  a  de  plus  grades  & 
de  plus  petites  que  celles  que  i'ay  dit  des  Andes, 
mais  toutes  font  plus  gralîès  que  celles  de  Caftil- 
le.  Elles  font  fort  tendres  à  manger,  ont  beau- 
coup de  fuc,&  de  fubftance,&  corne  onétueufes 
èc  fort  agréables ,  elles  croifTent  en  des  arbres 
très  hauts,  &  de  gtand  feuillage.   Et  comme 
Veft  vne  chofe  precieufe,naturc  aufll  leur  a  don- 
ne vne'oonnecouuerture  ôc  deffenfqveu  qu'el- 
les font  envneefcorce  quelque  peu  plus  gran- 
de &  plus  poignante,  que  celle  des  chaftaignes, 
toutesfois  quand  xefte  efeorce  efl:  feche,  Ton 
en  tire  facilement  le  grain.  Ils  racontent  que 
les  fînges,  qui  font  fort  friands  de  ce  fruit,  & 
defquek  il  y  a  vn  grand  nombre  en  Chacha- 
poyas du  Peru  ,  (qui  efl:  la  contrée  de  toutes, 
où  iefçache  qu'il  y  ayt  de  ces  arbres)  pour  ne 
fe  picquer  en  l'efcorce,  &  en  tirer  l'amende, 
les  iettent  rudement  du  haut  de  l'arbre  fur  les 
pierres,  &  lesayans  ainfi  rompues,  les  ache- 
nent  d  ouurir  pour  les  manger  à  leur  plaifir. 


desjndes.  Uure  IV.  i? w9 


Deplufleurs  &  diuerfc  s  fleurs ,  &  de  quelques 

arbres  qui  donnent  feulement  de  laflïur, 

ejr  comme  les  Indiens  en  vfent. 

Chapitre    XXVII. 

Es  Indiens  font  fort  amis  des  fleurs, 
&enlaneuue  Efpagne  plus  qu  en  au- 
tre partie  du  monde ,  parquoy  ils  ont 
accouftumé  de  faire  plufieurs  fortes 
de  boucquets,  qu'ils  appellent  là  fuchilles,auec 
vne  telle  variété  &  gentil  artifice,  que  Ton  n'y 
peut  rien  defirer  dauantage.  Ils  ont  vne  couftu- 
mc  entr'eux  que  Les  principaux  offrent  par  hon- 
neur leurs  fuchilles,ou  bouquets  aux  feigneurs, 
&  à  leurs  hoftes ,  &  nous  en  donnoient  en  telle 
abondance,  quand  nous  cheminions  par  cette 
Prouince,  que  nous  ne  fçauions  qu'en  faire, 
bien  qu'ils  fe  feruent  auiourd'huy  à  cet  effet, 
des  principales   fleurs   de  Caftille ',  pour-ce 
qu  elles  croiflent  là  mieux  qu'icy,  comme  font 
les  œillets  ,rofes  ,iafmins ,  violettes,  fleurs  d'o- 
ranges,©^ les  autres  fortes  de  rieurs,  qu  ils  y  ont 
portées  d'Efpagne ,  y  profitent  merueillêufe- 
ment.  Les  rofiers  en  quelques  endroits  y  croif- 
foient  trop ,  tellement  qu  ils  ne  donnoiét  point 
derofes.il  arriuavniour  quvn  rofier  fut  bru- 
lé,  *  les  reiettons  &  fcyonsqui  ietterent  in- 
continent, portèrent  des  rofes  en  abondance, 
&de  là  ils  apprindrent  à  les  efmonder,  &en 
©fter  le  bois  fuperflu  a  tellement  qu  amour- 

Z   iij 


II 


hâ 


LTiftoire  naturelle 
d'huy  ils   donnent  des   rofes   fufEfammenr; 
Mais  outre  ces  fortes  de  fleurs   que  Ton  y  a 
portées  dicy  ,  il  y  en  a  beaucoup  d'autres  ,  les 
noms  defquelles  le  ne  peux  pas  dire:  qui  font 
rouges ,  iaunes ,  bleiies,violettt*s,  &  blanches, 
auec  mil  différences  ,    lefquelles  les  Indiens 
ont   accouftumé   de  porter  en   leurs   telles, 
comme  vn  plumage  pour  ornement.    Il  eft 
yray  que  plulîeurs  de  ces  rieurs  n'ont  que  la 
vciïe,  pour  ce  que  l'odeur  n'en  eft  point  bon- 
ne ,  ou  elle  eftgrofliere,  ou  elles  n'en  ont 
point  du  tout ,  encor  qu'il  y  en  ait  quelques 
vnes  d'excellente  odeur.    Comme  celles  qui 
cronTent  en  vn  arbre  qu'ils  appellent  floripot- 
dio,  ou  porte-fleur,  qui  ne  donne  aucun  fruit 
niais  porte  feulement  de  ces  fleurs  ,  lefquelles 
font  plus  grandes  que  fleurs  de  lys,  &  font  qua^ 
fi  en  forme  de  clochettes,  toutes  blanches,  Se 
ont  au  dedans  des  petits  filets  comme  Ion  voil 
au  lys  2  il  ne  celle  toute  Tannée  de  produire 
ces  fleurs  ,  l'odeur  defquelles  eft  merueilleufe- 
ment  douce  ôc  agréable  fpecialement   en  la 
frailcheur  du  matin.  Le  Viceroy  Dom  Fran- 
çifco  de  Tpllede  enuoya  de  ces  arbres  au  Roy 
Dom  Philippes  ,   comme  vne  chofe  digne 
d'eftre  plantée  aux  iardins  Royaux.  En  la  neu- 
ue  Efpagne  les  Indiens  eftiment   beaucoup 
la  fleur  qu'ils  appellent  yolofuchij,  qui  fignific 
fleur  de  cœur,  pource  qu'elle  eft  de  la  mefme 
forme  d'vn  cœur,  &neft pas  gueres  moindre. 
Il  y  a  méfiée  vn  autre  grand  arbre,  qui  porte 
^e  cefte  forte  de  fleurs,  fans  porter  d'autre  fruit, 
MM  Y5?94fur^uiçft forte,  &  comme  il  me 


âesjndes.  Dure  IV.  280 

femble,  trop  violente,  à  d'autres  elle  leur  pour- 
ra fembler  aggreable.  C'eft  vne  chofe  aflez  co- 
gneueque  la  fleur  qu'ils  appellent  fleur  du  So- 
leil, a  la  figure  du  Soleil ,  &  fe  tourne  félon  le 
mouuemcntd'iceluy.  Il  y  en  a  d'autres  qu'ils 
appellent  œillets  d'Inde ,  lefquels  reflèmblent 
à  vn  fin  velours  orangé  &  viole^celles-là  n'ont 
aucune  fenteur  qui  foit  d'eftime,mais  feulemét 
font  belles  à  la  veiie.  Il  y  a  d'autres  fleurs  ,  qui 
outre  la  beauté  de  la  veiie  ,  combien  qu'elles 
n'ayent  aucune  odeur,  ont  vne  faveur  comme 
celles  qui  reflèmblent  à  ceHe  du  crefl^n  alié- 
nons: que  fi  l'on  les  mangeoit  fans  les  voir ,  l'on 
ne  iugeroit  point  que  ce  fuft  autre  chofe»  La 
fleur  de  granadille  eft  tenue  pour  chofe  re- 
marquable, &  difent  qu'elle  a  en  foy  les  mar- 
ques &  enfeignes  delà  paflion  ,  &  que  l'on  y 
remarque  les  clouds,  îacoulomne,  Us  fouets, 
là  couronne  d'efpines  ,  &  les  playes  ,  enqucy 
ils  ne  font  pas  du  tout  efloignez  de  raifon , 
iaçoit  que  pour  y  trouuer  &  remarquer  tou- 
tes ces  chofes  ,  il  foitbefoing  de  quelque  pie- 
té, qui  ayde  à  en  faire  croire  vne  partie  ,  mais 
elle  eft  fort  exquife,  8c  tresbelle  à  la  veiie  ,  en- 
cor  qu'elle  n'aye  point  d'odeur.  Le  fruit  qu'ils 
appellent  auffi  granadille,  fe  mange, fe  boit, 
ou  poix  mieux  dire,fe  fucce  spourrafraifchir: 
ce  fruit  eft  doux  ,  &  félon  l'opinion  de  quel- 
ques-vns  ,  il  Peft  par  trop.  Les  Indiens  ont 
accouftumé  en  leurs  feftes ,  &dances  déporter; 
des  fleurs  en  leurs  mains,  Odes  Roys,&  Sei- 
gneurs en  portent  pour  la  magnificence.  Pouc 

£  iiij 


Ju 


Hifloire  naturelle 

cefteoccafîon  l'on  void  des  peintures  de  leurs 
anciens  ordinairement  aaec  des  fleurs  en  la 
main  ,  comme  l'on  void  icy  auec  des  gands. 
Il  me  femble  en  auoir  affez  dit  fur  ce  qui  con- 
cerne les  fleurs.  L'on  vfe  auflî  à  ceft  efFect  du 
bazilic,encor  que  ce  ne  (oit point  vne  fleur, 
mais  feulement  vne  herbe  ,  ôc  ont  accouftu- 
mé  d'en  auoir  en  leurs  iardins  ,  &  delà  bien 
cultiuer ,  mais  maintenant  ils  en  ont  fi  peu  de 
foing  ,  qu'il  n'eft  plus  auiourd'huy  bazilic, 
mais  s'eft  vne  herbe  qui  croift  autour  des 
eftangs . 


DuBaulme. 

Chapitre    XXVIII. 

E  fouuerain  Créateur  n'a  pas  feule- 
ment formé  les  plantes  pour  feruir 
de  viande,  mais  auflî  pdur  la  recréa-» 
tion  &  pour  la  médecine  &guarifon 
de  l'homme.  I'ay  dit  quelque  peu  de  celles  qui 
feruent  pour  la  nourriture ,  qui  eft  le  principal: 
Et  mefme  quelque  peu  de  celles  qui  feruent  de 
récréation,  il  refte  donc  maintenant  de  traitter 
de  celles  qui  font  propres  à  la  médecine,  dont 
ie  diray  auflî  quelque^  peu  de  chofe.  Et  encor 
que  toutes  les  plantes  foient  medecinales  quâd 
elles  font  bien  cogneiïes  &  bien  appliquées, 
toutesfois  il  y  a  quelques  chofes  particulière- 
ment, que  l'on  void  notoirement  auoir  efté  or- 
donnes duCreateur  pour  la  médecine, &  pour 


âesfnâes.  Lime  IV         '*' 

h  fanté  des  hommes ,  comme  font  les  liqueurs, 
huiUes,  gommes  &  rezines  qui  prouiennent  de 
diueifes  plantes  &  hetbes ,  Se  qui  facilemet  de- 
monftrent  à  l'expérience  à  quoy  elles  font  pro- 
près.  Sur  toutes  ceschofes  le  baufme  auecrai- 
fon  eft  renommé  pour  fon  excellente  odeur,  & 
beaucoup  dauantage  pour  l'exquis  efteft  qu-il  a 
de  curer  les  playes  &  autres  diuers  remèdes  que 
Ion  expérimente  en  luy  fur  la  guarifon  des  ma- 
ladies. Le  baufme  qui  vient  des  Indes  Occiden- 
tales n'eit  pas  de  lamefmeefpçce  que  le  vray 
baufme  qu'on  apporte  d'  Alex'adrie  ou  du  Cai- 
re, &  qui  ancienneméteftoit  en  ludee,  laquelle 
Iudee?felon que  Pline eferit ,  poflèdo.t ftule au  £.1 ■  «, 
monde  celle  grandeur,  iufquesà  ce  que  1  Empe-    l 
reurVefpafun  l'apporta  à  Rome  &  en  Italie. 
Ce  qui  me  donne  occafionde  dire  que  1  vne  li- 
queur «d'autre  nefont  point  d  vne  mefme  ef- , 
pece,  c'eftàcaufeque  les  arbres  d  ou  elles  leur- 
rent font  entr'eux  forr  différentes:  car  1  arbre  du 
baufme  de  Paleftine  eftoit  petit,  Se  à  la  façon  de 
vigne,  comme raconre  Pline  pour  lauoirveu; 
& Tceux  d'aujourd'huy  qui  l'ont  yen  enOnent, 
en  difent  autant.  Comme  auffi  UGunâeEIcn- 
ture  appelle  le  lieu  où  gtoffit  le  baufme,  vigne  CMU  ,. 
d'Enguaddi,  pourlareiTemblance  qui   aauec 
les  vignes.I'ay  veu  l'arbre  d'où  fe  tire  le  baufme 
des  Indes ,  quieftauflî  grand  comme  vn  grena- 
dier ,  voire  approchât  quelque  peu  de  fa  façon, 
fii'ay  bonne  mémoire,  n'ayant  rien  de  comun 
auec la vigne-.combien que Strabon efenue >que  S«£U<. 
l'arbre  ancien  du  baufme  eftoit  de  la  grandeur      l  l 
des  grenadiers.  Mais  aux  accidens  ôc  opérations 


Y  4 


Hifioire  naturelle 
ce  font  liqueurs  fort  femblables ,  commcelle, 
le  font  en  eur  odeur  admirable,  &  en  la  cure  & 
guanfon  des  playes,  en  la  couleur ,  &  en  la  fub- 
itancej  veu  qu'ils  racontent  de  l'autre  baufnuv 
qu  il  y  en  a  de  blanc,  de  vermeil ,  de  verd ,  &  de 
noir;  ce  que  Ion  void  aufïï  en  ceux  des  Indes  Et 
tout ainfi  qu'ils  riroient  l'ancien  en  coupant,  fc 
incifantl'efcorce,  pour  en  faire  diftiller  cefte  li- 
queur* ainfi  en  font-ils  de  mefme  en  celuy  des 
Pli».  lib.  ii.  Indes,  encore  qu'il  diftille  en  plus  grande  quan- 
9MJ.J  tite.  Et  comme  en  cet  ancien  il  y  en  a  d'vne  for- 
„  te  qui  eft  tout  jpur,  lequel  ils  appellent  Opobal- 
lamo ,  qui  eft  la  propre  larme  qui  diftille  ;  &  vn 
*utre  qui  n  eft  pas  fi  exquis ,  lequel  on  tire  du 
boisde  i'efearec  &  des  feuilles  efpreintes&r  cui- 

tes  au  feu,  lequel  ils  appellent  Xylobalfami.  De 
mefme  aufli  entre  le  baufme  des  Indes  il  y  en  a 
vn  pur  qui  fort  ainfi  de  l'arbre ,  &  d'autres  que 
les  Indiens  tirent  encuifant  &efprcignant  les 
feuilles  cV  le  bois,  mefmesilslefophiftiquent, 
Se  augmentent  aucc  d'autres  liqueurs ,  afin  qu'il 
y  en  ay  t  dauantage.  Et  n'eft  pas  fans  raifon  qu'ils 
1  appellent  baufme:  car  il  l'eft  véritablement, 
encores  qu'il  nefoitpas  de  la  mefme  efpeccde 
l'ancien,  &  eft  beaucoup  eftimé ,  &  le  feroit  da- 
uantage, fi  ce  qui  eft  auiourd'huy  es  efmeraudes 
&  perles  ny  eftoit,  à  fçauoir  d'eftre  a  prefent  en 
grande  quantité.  Ce  qui  importe  dauantage, 
eft  Ivfage  auquel  il  eft  employé  de  feruir  de 
chrefme  qui  eft  fi  neceflàire  en  la  fain&e  Eglife, 
&  de  telle  vénération,  ayant  déclare  le  Siège 
Apoftoliquc,  qu'on  fafTe  le  chrefme  aux  Indes 
aucc  le  baufme ,  &  qu'on  en  vfc  au  Sacremét  do 


des  Indes.  Liure  IV.  tt* 

Confirmation,  &  aux  autres  Sacremens,  dont 
l'Eghfe  vfe.  On  apporte  lebaufme  enEfpagnc 
de  la  neuuc  Efpagne ,  de  la  Prouince  de  Guati- 
rpalla  ,  deChiappa,  &  d'autres  lieux  où  il  abon- 
de dauantage,  encore  que  le  plus  eftimé  foit  ce- 
luy  qui  vient  de  l'Ifle  de  Tollu ,  qui  eft  en  la  ter- 
re ferme,  non  pas  loing  de  Cartagene.  Ce  bauf- 
me  eft  blanc,  Ôc.  cômunement  ils  tiennent  pour 
plus  par fai&  le  blanc  que  le  rouge,  encore  que 
Pline  donne  le  premier  lieu  au  vermeil,  le  fecôd 
laublanc,  le  troiïïefmeauvcrd,&  le  dernier  au  ...  , 
moir.  Mais  il  femble  que  Strabon  eftime  dauan-  (apt  \' 
tage  le  baufme  blanc ,  comme  les  noftres  lefti- 
mcnt.  Monardes  traitte  amplement  du  baufme 
dçs  Indes  en  la  première  &  féconde  partie ,  fpc- 
cialement  de  celuy  de  Cartagene  &  de  Tollu, 
qui  eft  tout  vn.  Ien'aypointtrouuéquelcsln-  StrAb.lïbr. 
idiens  anciennement  eftimaflènt  beaucoup  le  GeoZr4ï  r 
baufme  ;  ny  mefmes  l'employaiFent  en  vfage 
d'in  portance,  encores  que  Monardes  difeque 
les  Indiens  curoient auec  iceluy  leurs  playes ,  ôc 
que  delà rapprindrenclesEfpagnols. 


J)el  ambre ,  &  des  autres  huilles , gammes ,  & 
drogues  que  l'on  apporte  des  Indes* 

Chapitre    XXIX. 

g^Sjfe  Près  le  baufme  l'ambre  tient  le  fccôd 
$V^  lieu  -,  c'eft  vne  autre  liqueur  qui  eft  auflî 
odoriferente  &  médicinale,  mais  plus 
lefpaiiïè  de  foy,  qui  fe  tourne  &  fefpaiiîk  en  vn»- 
jpafte  de  complexion  chaude,  &  de  bon  parfum, 


J-fifioire  naturelle 

lequel  ils  appliquent  auxplayes,  ble/fures,  8c\ 
autres  neceilitez.  Surquoyie  me  rapporte  auxl 
Médecins,  fpecialement  au  DO&eur  MonardesJ 
qui  à  la  première  partie  a  eferit  de  cefte  liqueur,! 
&  de  beaucoup  d'autres  médicinales  quivien>| 
nent  des  Indes.  Cet  ambre  vient  mefme  de  lai 
neuue  Efpagne ,  laquelle  a  cet  aduantage  fur  les] 
autres  Prouinces,  en  ces  gommes ,  liqueurs ,  &| 
fucs  d'arbres  ;  qui  caufe  qu'ils  ont  là  abondance! 
de  matières  pour  le  parfum  ,  &  pour  la  medeci-l 
ne,  comme  eft  l'Animé"  qui  y  vient  engrandel 
quantité ,  le  Copal  ,  ou  Suchicopal ,  qui  eft  vnj 
autre  genre,  comme  de  Storax&  Encens,  qui  al 
mefme  d'excellentes  opérations ,  &  eft  d'vnej 
très-bonne  odeur,  propre  pour  lesfuffumiga-l 
tions.  Mefme  laTacamahaca,  &  la  Caranna, 
qui  fontauffi  fort  médicinales.  On  apporte  de 
cefte  Prouince  de  l'huille  d'afpic,  de  laquelle  les 
Médecins  &  Peintres  feferuentafïezj  les  vns 
pour  leurs  empiaftres,  &  les  autres  pour  vernir 
leurs  peintures.  L'on  apporte  mefme  pour  les 
Médecins  la  cafte  fïftule,  laquelle  croift  abon- 
damment en  faindfc  Dominique.  C'eft  vn  grand] 
arbre  qui  porte  fes  cannes  comme  fon  fruiclJ 
L'on  apporta  en  la  flotte  où  ie  vinsde  faincl  DoJ 
minique,  quarante -huicl:  quintaux  de  cafte  n*J 
ftule.  La  falcepareille  neft  pas  moins  cogneùeJ 
pour  mille  remèdes  à  quoy  on  l'employé  j  il  en 
vint  en  cefte  flotte  cinquante  quintaux  de  Iaj 
mefme  Iile.  Il  y  a  beaucoup  de  cefte  falcepareil-f 
JeauPeru,  &  de  fort  excellente  enlaProuincef 
deGuayaquil,  quieftfoubs  la  ligne.  Plufieursj 
fe  vont  faire  guarir  en  cefte  Prouince,  &  eft  l'o- 


des  Jndes.  Liure  IV.  iS} 

pinion  de  quelques-vns ,  que  les  feules  eaux 
(impies  qu'ils  bornent ,  leur  donnét  famé  à  caa- 
fe  quelles  palîent  par  racines ,  comme  nous 
auons  dit  cy  deflus ,  d'où  elle  tire  fa  vertu  >  telle- 
ment que  pour  fuer  en  cefte  terre ,  il  n'eft  point 
befoing  de  beaucoup  de  couuerture,  ny  d'ha- 
bits. Leboisdeguayac,  qu'ils  appellent  autre- 
ment, boisfainft,  ou  bois  des  Indes  ,cioift  en 
abondance  aux  mefmes  Ifles ,  &  eft  auffi  pefant 
que  le  fer;  tellement  qu'il  i'enfoniFe  incontinent 
en  l'eau.  De  ceftuy  l'on  en  apporta  en  cefte  flot- 
te trois  cens  cinquante  quintaux ,  &  en  euft-oa 
peu  apporter  vingt ,  voire  cent  mil ,  fil  y  auoic 
diftribution-de  ce  bois.  Il  vint  auffi  en  la  meime 
flotte,  Ôc  de  la  mefme  Ifle  ,  cent  trente  quintaux 
de  bois  de  brefil ,  qui  eft  fi  rouge ,  enflambe ,  de 
fi  cogneu ,  &  dont  on  vfe  tant  pour  ies  teintu- 
res &  autres  chofes.  Il  y  a  es  Indes  vne  infinité 
d'autres  bois  aromatiques,  gommes,  huilles& 
drogues  i  de  forte  qu'il  n  eftpaspoîïibîe  de  les 
pouuoir  tous  raconter ,  &  eft  chofe  auffi  de  peu 
d'importance  à  prefent.  le  diray  feulement  que 
au  temps  des  Rois  Inguas  de  Cufco,  &  des  Rois 
Mexiquains,  il  y  eut  beaucoup  de  grands  per- 
fonnages  experts  à  curer  &  medecîner  auecles 
fimples,  &faifoient  de  fort  belles  cures,  d'au- 
tant qu'ils  auoient  cognoiftance  de  plusieurs 
vertus  &  proprietez  des  herbes ,  racines ,  bois, 
&  des  plantes  quicroiffent  par  delà,  &dorit 
les  anciens  d'Europe  n'ont  eu  aucune  cognoik 
fance.  Ilyarnille  de  ces  (impies  qui  font  pro- 
pres  pour  purger,  comme  les  racines  deMe- 
choaçan ,  les  pignons  de  la  Punna ,  la  conferuc 


Hifîoire  naturelle 

•téGuanucquo,  l'huille  de  figuier,  &plufieut$ 
autres  chofes,  lefquelles  eftans  bien  appliquées 
&  en  temps,  ne  font  pas  (comme  ils  tiennent) 
de  moindre  efficace  que  les  drogues  qui  vien- 
nent d'Orient.  Cequi  fepeutvoir  enlifantle 
difcours  qu'en  fait  Monardes  en  la  première  Ôc 
féconde  partie  où  il  traitte  amplement  du  Ta- 
baco ,  ou  petun  ,  duquel  Ton  a  fait  de  notables 
expériences  contre  le  venin*  LeTabaco  eflvn 
arbriffeau,  ou  plante  afîez  commune  4  qui  a  en 
foyneantmoins  des  rares  vertus,  comme  entre 
autres  de  feruir  de  contrepoifon ,  ainfi  que  plu- 
ficurs  &diuerfes  plantes  j  parce  que  l'Autheut 
de  toutes  chofes  adeparty  fes  vertus  comme  il 
luyapleu,  &  n'a  point  voulu  qu'aucune  chofe 
nafquift  au  monde  ocieufe.  Mais  c'eftvn  autre 
donfouuerain  à  l'homme  de  les  cognoiftre,  ôc 
en  fçauoir  vfer  comme  il  conuient,  ce  que  le 
mefme  Créateur  concedeàqui  illuyplaift.  Le 
Do&eurFrançois  Hernande  a  fait  vn  bel  œuure 
de  cefte  matière,  des  plantes  des  Indes,  liqueurs 
&  autres  chofes  médicinales,  par  l'exprès  com- 
mandement èV  commiffiô  de  fa  Majefté,  faifant 
peindre  &  pounaire  au  naturel  toutes  ks  plan* 
tes  des  Indes,  lefquelles,  corn  me  ils  difent,  font 
en  nombre  de  plus  de  mille  deux  cens,  &  difent 
<me  cet  œuure  acoufté  plus  defoixante  mille 
ducats-,  duquel  œuure  le  Docteur  Nardus  An* 
tonius  Médecin  Italien,a  fait  vn  extrait  curieux, 
&renuoye  aulditsliures  celuyqui  voudra  plus 
cxa&ement  cognoiftre  des  plantes  des  Indes, 
principalement  pour  la  médecine. 


des  Jndes.  LfartlV.  -         i$^ 


Des  grandes  forefis  des  Indes ,  des  Cèdres,  des 
Ceiuasy  &  autres  grands  arbres  qui  y  font. 

Chapiîre    XXX. 


Açoit  que  des  le  commencement 
du  monde  la  terre  a  produit  des 
$  plantes  &  des  arbres  par  le  com- 
mandement du  Seigneur,  néant- 
moins  elle  n'a  laiiFé  d'en  produire 
en  quelques  lieux  plus  qu'es  au- 
tres; &  outre  les  plantes  &  les  arbres,  qui  par 
l'induftrie  des  hommes  ontefté  tranfpîantees, 
&  apportées  d'vn  lieu  en  autre ,  il  y  en  a  encore 
beaucoup  que  nature  a  produits  de  foy-mefrce. 
le  croy  que  de  cefte  forte  il  y  en  a  dauantage  au 
nouueau  monde  que  nous  appelions  Indes,  foit 
en  nombre ,  ou  en  diuerfitez  ,  que  non  pas  au 
vieil  monde,  &  terres  de  l'Europe,  de  l'Aile,  Ôc 
Aftrique.  La  raifon  eft,  pource  que  les  Indes 
font  dVne  température  chaude  &  humide, 
comme  nous  auons  monftrc  au  fécond  liure, 
contre  l'opinion  des  anciens  ;  qui  caufe  que  la 
terre  produit  en  grande  abondance  vne  infini- 
té de  plantes  fauuages  &  naturelles ,  d'où  vient 
que  prefque  la  plus  grande  partie  des  Indes  eft 
inhabitable,  &  qu'on  n'y  peut  cheminer  pour 
les  bois  &  efpaifles  forefts  qui  y  font ,  aufquel- 
leslon  trauaille  continuellement  pour  les  ab- 
batre.  Il  aeftébefoing&neceflaire,  pour  che- 
miner par  quelques  endroits  des  Indes ,  princi  - 
paiement  aux  nouuellcs  entrées,  de  fofrele  che» 


\ 


Hifloire  naturelle 

min,  en  coupant  les  arbres>&  eflartant  les  buif- 
fons:  de  forte  que  comme  nous  l'efcriuét  quel- 
ques Religieux  qui  l'ont  efprouué,  il  a  efté  tel- 
le fois  qu'ils  n'ont  peu  cheminer  en  vn  iour 
plus  cTvne  lieue.  Vn  de  nos  frères,  homme  di- 
gne de  foy,  nous  contoitque  feftantefgaré  $c 
perdu  dans  les  montagnes,  fans  fçauoir  quelle 
part,  nypar  oùildeuoit  aller,  il fc  trouua de- 
dans des  buiflbns  fiefpais,  qu'il  fut  contraint 
de  cheminer  furiceux  fans  mettre  les  pieds  en 
terre,  par  l'efpace  de  quinze  iours  entiers,  & 
que  pour  y  voir  lefoleil,  &  pour  remarquer 
quelque  chemin  en  celle  foreft  fi  efpaiiïe  & 
pleine  de  bois,  ilauoit  befoing  de  monter  au 
coupeau  des  plus  grands  arbres ,  pour  de  là  def- 
couutir  le  chemin.  Qui  lira  le  difeours  traktant 
de  (on  voyage,  &  combien  de  fois  il  f  eft  perdu 
&efgaré,  &  les  chemins  qu'il  a  cheminez,  les 
eftrangesaduenturesquiluy  fontaduenuès,  ce 
que  )  ay  eferit  fuccinctement ,  pour  me  fembler 
chofe  digne  d'eftre  feeuej  &  qui  aura  quelque 
peu  cheminé  par  les  montagnes  des  Indes ,  en- 
core que  ce  ne  foient  que  les  dix- huiéfc  lieues 
qu'il  y  a  de  Nom  de  Dieu  à  Panama,pourra  bien 
penfer  de  quelle  grandeur  font  ces  forefts  des 
Indes  y  de  forte  que  n  ayant  aucun  hyuer  en  ces 
parties  là  qui  faffe  fentir  le  froid ,  &  que  l'humi- 
dité du  ciel  &  de  la  terre  y  eft  fl  grande ,  que  les 
montagnes  produifent  vne  infinité  de  forefts, 
&  la  campagne  qu'ils  appellent  Sauanas,vne  in- 
finité d'herbe.  Il  n'y  a  point  faute  d'frerbe  pour 
les  pafturages ,  de  mefrain  pour  les  édifices ,  ny 
de  bois  à  faire  du  feu.  Ceftvne  chofe  impoflî- 

blcdc 


des  Indes.  Liure.  IV.  i%$ 

ble  de  pouuoir  raconter  les  différences  &  figu- 
res de  tant  d'arbres  (au nages  5  d'autant  que  de  la 
plus  part  l'on  n'en  fçait  pas  les  noms.  Les  cèdres 
iiefîimez  anciennement,  font  là  fort  communs, 
pour  les  édifices  8c  pour  les  nauires ,  &  y  en  a  de 
diuerfesfaçoi'iS^es  vns  blancs,  &  d'autres  roux, 
qui  font  fort  odoriferas.il  y  a  vne  grande  quan- 
tité de  lauriers  d'vn  piaifant  regard  aux  Andes 
du  Peru.  Aux  montagnes  de  la  terre  ferme,  aux 
Isles  ,  en  Nicaragua,  &  en  la  neuue  Efpagne* 
Comme  aufsi  il  y  a  vne  infinité  de  palmes ,  &  de 
ceiuas,  dequoy  les  Indiens  font  leurs  canoës,  qui 
font  des  bafteaux  faits  tout  d'vne  pièce. L'on  ap- 
porte en  Efpagne  du  mefrain  de  bois  fort  exquis 
de  la  Hauane,en  l'Isle  de  Cube ,  où  il  y  a  vne  in- 
finité de  femblablesarbreSjComme  font  i'Ebenea* 
le  Caouana,la  Grénadille,  les  Cèdres,  8c  autres 
éfpeces  que  ie  ne  cognois  point.  Il  y  a  mefme  de 
grands  Pins  en  laneuue  Efpagne,  encor  qu'ils  né 
foient  pas  fi  forts  que  font  ceux  d'Efpagne.Us  ne 
portent  point  de  pignons  ,  mais  pommes  vui- 
des*Les  Chefnes  qu'ils  appellent  de  Guayaquil, 
eft  vn  bois  exquis,  &  odoriférant  ,  quand  on  le 
taille ,  mefme  il  y  a  dés  cannes  &  rofeauxtres  - 
hauts,des rameaux  &  petites  cannçs,  defquels  ils 
font  des  bouteilles  &  cruches  pour  puifer  de 
l'eau ,  &  s'en  feruent  mefmesen  leurs  baftiméns* 
Il  y  a  aufsi  le  bois  de  mafisle ,  dequoy  ils  font  des 
arbres  &mafts  de  nauires,  &  les  eft i ment  aufsi? 
forts  comme  fi  c'eftoit  du  fer.  Le  Molle  eft  vn 
arbre  de  beaucoup  devenus,  lequel  iette  des 
petits  rameaux ,  dont  les  Indiens  font  du  vin ,  ils 
l'appellent  en  Mexique,arbre  du  Peru ,  pour  ce 


{ 


Hifloire  naturelle 
qu'il  tftvenu  de  la*,  mais  il  en  croiftaufsienla 
neuue  Efpagne  ,  &  de  meilleur  que  celuy  du 
Peru.il  y  a  mil  autres  fortes  d'arbres  dont  ce  fe- 
roitvn  trauail  fuperrlu  d  en  traitter-Quelques 
p.  vns  de  ces  arbres  font  d'vne  énorme  grandeur,& 

parleray  feulement  d'vn  qui  eft  en  TlacoCha- 
uoya,trois  lieues  de  Guayaca,en  la  neuue  Efpa- 
gne. Cet  arbre  eftant  mefuré ,  fe  trouua  feule- 
ment en  vn  creux  auoir  par  dedans  neuf  graças, 
&  par  dehors  ioignant  la  racine ,  feize ,  &  plus 
haut  douze.  Cet  arbre  fut  frappe  de  foudre  de- 
puis le  haut  iufques  en  bas,au  droit  du  cœur ,qui 
fit  ce  creux,  qui  y  eft.  Ils  difent  que  auparauant 
que  le  tonnerre  fuft:  tombé  deflus,  il  eft  oit  fufri- 
fant  pour  ombrager  mil  hommes.  C'efl  pour~ 
quoy  il  s'y  aifembloient  pour  faire  leurs  dances, 
bals  &  fuperftitionsjneantmoins  il  refte  encor  de 
prefent  des  rameaux  &  de  la  verdure,  mais  non 
pas  beaucoup.  Ils  ne  fçauent  quelle  efpece  d'ar- 
bre e'eft ,  (inon  qu'ils  difent  que  c'eft  vne  efpece 
de  Cèdre.  Ceux  qui  trouueront  cecy  eftrange, 
lifent  ce  que  Pline  raconte  du  plane  de  Lydie,  le 
PUntlih  il  treux  duquel  côtenoit  quatre  vingts  cV  vn  pied, 
«*/.i.        "  '&"  reffembloit  pluftoft  vne  cabane  ou  maifon, 
que  non  pas  creux  d'arbre  ,  fon  branchage  vn 
bois  entier,  1  obrage  duquel  couuroitvne  gran- 
de partie  de  la  campagne  .Par  ce  qui  eferit  de  cet 
arbre ,  Ton  n'aura  point  tant  d'occafion  de  s  ef- 
merueiller  du  Tyflèran   quiauoit  fa  maifon  & 
meftier  dans  le  creux  dvn  Chaftaignier.Et  d'vn 
autre Chaftaignier  ,ficen'eftoit  ceftuy-làmef- 
me  ,  dedans  le  creux  duquel  entroient  hui& 
hommes  à  çheual,&  en  reflortoient  fans  s'incon* 


des  Indes.  Livre.  IV.  \Î6 

imoder  les  vns  les  autres.  Les  Indiens  exerçaient 
ordinairement  leurs  idolâtries  en  ces  arbres  ain- 
fi  eftranges,&  difFormes,âin{i  que  fàifoient  mef- 
me  les  anciens  Gentils ,  comme  racontent  Quel- 
ques autheurs  de  ce  temps. 


V  es  plantes  &  fruitiers  que  ton  a  apportez  de 

l'E {pagne  aux  Indes. 

Chapitre.    XXXI. 

Es  Indiens  ont  eu  plus-  de  profit* 
&  ont  efté  mieux  recompenfés  es 
plantes  que  Ton  y  a  portées  d'Ef- 
pagne,  qu'en  autres  marchandi- 
Tes,  pource  que  le  peu  qui  font 
venues  des  Indes  en  Efpagne,y  croisent  peu  &  y 
ont  mal  multiplié,&  au  contraire  le  grand  nom- 
bre que  l'ô  a  porté  d'Efpagne  aux  Indes, y  vient 
tref  bien  ,  &  y  font  grandement  multipliées.  le 
ne  fçay  fi  nousdeuons  dire  que  ce  foit  a  caufe  de 
la  bonté  des  plantes,  pour  donner  gloire  a  ce  qui 
cft  d  icy,ou  bien  fi  nous  dirons  que  c'eft  la  terre, 
pour  la  donner  a  ce  qui  efl  de  delà»  Finallement 
il  y  a  par  delà  de  tout  ce  qui  fe  produitde  bon  en 
Efpagne,&  en  quelques  endroits  meilleur,  &  en 
quelques  endroits  pire,comme  le  froment,!* or- 
ge, les  porees,  ou  verdure,  &  toutes  fortes  dé 
légumes  ,  aufsi  leslaidues  ,  choux  i  raues, 
oygnons ,  ail ,  perfil  ,  naueauX  ,  paftenades, 
berengenes ,  ou  pommes  d 'Amour ,  fcariolles, 
betes ,  efpinards ,  garuences,  ou  poids ,  febues, 
lentilles ,  &  finallement  tout  ce  quicroiftpar 

Aa  ij 


"Ni 

Jfiftoire  naturelle 
deçà  de  domeftique ,  &  de  profit  :  de  forte  que 
ceux  qui  y  ont  fait  voyage ,  ont  efté  curieux  d  y 
port«r  des  femences  de  toutes  fortes,&  le  tout  y 
a  beaucoup  frudifié  encor  queç/ait  efté  diuer- 
femét,fcauoir  aux  vns  mieux,  aux  autres  moins. 
Quant  auxarbes ,  ceux  qui  plus  generallement, 
&  plus  abondamment  y  ont  frudifié,ontefte  les 
oranges-,lymonniers,citronmers}&autresfruias 
de  cette  forte .  Il  y  a  défia  en  quelques  endroits, 
comme  des  bois ,  &  des  forefts  d  orangers.  Ce 
que  trouuant  eftrange,  iedemanday  quiauoit 
remplaces  champs  de  tant  d'orangers,  Ion  me 
reipohdit,  que  cela  eftoit  aduenu  fortuitement, 
d'autant  que  les  oranges  eftans  tombées  a  terre, 
&  pôurries,leur  femence  auoit  germé,  &  de  cel- 
les que  leseaux  auoient  emporté  en  diuers  en- 
droits,venoient  a  naiftre  ces  bois  ainfi  efpais.  Ce. 
qui  me  fembla  vne  bonne  raifon.  I'ay  dit  que 
c'eftoit  le  fruid,qui  generallemet  s'eft  plus  aug- 
mente  es  Indes,  pour  ce  que  ie  n'ay  efte  en  nul 
endroit  où  il  n  y  ait  des  oranges ,  d'autant  que 
toutes  les  Indesfont  vne  terre  chaude  &hmrii~ 
de  quieft  ce  requiert  cet  arbre.  Ilsnecroiuent 
point  en  la  Sierre,maisl'on  les  y  apporte  des  val- 
lees,ou  coftedelamer.  La  conferue  d  oranges 
clofes  qu'ils  font  es  Isles,eft  la  meilleure  que  i  ay 
veiie  par  deçà,  ny  par  delà  mefme.  Les  pefcbes, 
les  preu~es,&  abricos,  y  ont  fort  multiplie ,  &  en 
laneuue  Efpagne  plus  qu'en  autre  endroit.  U| 
croift  au  Peru  fort  peu  de  ces  fortes  de  truicts, 
outre  les  pefches,  &encor  mojns  éslsles.  H  y 
croift des  pommes  &  des  poires,  mais  c'eit allez 
moyennement  ,  il  y  a  des  prunes  rarement ,  raatf 


des  Indes.  Liure.  IV.         "187 

des  figues  en  abondance,  principalement  au  Pe~ 
ru.  Il  Te  trouue  des  coings  en  toutes  les  contrées 
«les  Indes,  &  en  la  neuue  Efpagne,en  telle  a-bon- 
dance,quils  nous  en  donnoient  cinquante  à  choi- 
firpour  demie  reaile.  Il  yi  affez  de  grenade? 
aufsi,bien  qu'elles  foient  routes  douces,  caries 
aigres  n'y  font  point  bien  venues.  Il  y  a  de  très- 
bons  mêlions  en  quelques  endroits  du  Péril.  Les 
cerifes  &  les  guignes  iufques  auiourd'huy  n'ont 
point  encor  bié  fru&ifié  es  Indes,  &  crOy  que  ce 
n'eft  pas  faute  de  temperature,pourcequ  il  yen 
a  de  toutes  fortes,mais  peut-eftre  faute  de  foing, 
ou  par  ce  que  Ion  n'a  pas  bien  rencontré  fa  tem- 
pérature. En  fin  ie  ne  trouue  point  que  par  delà 
ils  ayent  faute  d'aucun  fruid  délicieux.  Quant 
aux  frui&s  grofsiers,ïls  n'ont  point  de  beillottes, 
ny  de  chaitaignes,  Se  n'ay-  point  de  cognoîiîance, 
que  iufques  auiourd'huy  il  y  en  ait  creu.^  L*s 
amendes  y  croilfent,  mais  c?e  ft  fort  peu.  L'ony 
porte  d'Efpagne  pour  les  friands,  des  amendes, 
de  noix  ,  desàueîlaines ,  &n'ay  point  entendit 
qu'il  y  ait  desnefles,nydescormes;ce  qui  impor- 
te pêu.Mefembleque  cecy  doit  fuffire  pour  fai- 
re entendre  qu'iln'y  manque  aucune  délice  de 
fruiéts.  Maintenant  difons  quelque  chofe  des 
plantes  de  profit,que  l'on  y  a  portées  cFEf pagrîe, 
Ôc  acheuerons  ce  traitté  desplantes,  qui  eit  'délia 
ennuyeux. 


A  a-  iij 


naturelle 


Des  raijzns,  vignes, oliueS)  meures >  &  des 
cannes  diifucre. 

Chapitre    XXXII. 

'Entens  par  les  plantes  profitables  cel- 
les qui  outre  ce  que  L'on  en  mange  au 
logis  ,  apportent  de  l'argent  à  leur 
maiftre.  La.  principale  defquelles  efl 
la  vigne,de  laquelle  vient  le  vin  ,1e  vin-aigre ,  le 
raifin  vert  &  fec.le  verjus  &  le  firop.  Mais  le  vin 
eftceluya^ui  vaut  le  mieux.  Ilnecroift  point  de 
vin  ny  raifin  es  Isles,  ny  terre  ferme ,  mais  en  la 
neuue  Efpagne  il  y  a  quelques  vignes  qui  por- 
tent du  raifin ,  toutesfois  Ion  n'en  fait  point  de 
vin.   La  caufe  en  doit  eflre  pource  que  le  raifin 
ne,:femeuritpasbien,à  caufe  des  pluyes  qui  y 
viennent  aux  mois  deluillet  &Aouft,  qui  les 
empefehent  de  meurir  :  ils  s'en  feruent  tant  feu- 
lement pour  manger.  L'on  y  porte  le  vin  d'Ef- 
pagne  de  des  Canaries ,  comme  en  tout  le  refte 
des  Indes,  referué  au  Peru  &  au  Royaume  de 
Chillé  ,  où  il  y  a  des  vignes  qui  rapportent  de 
tres-bon  vin,  lefquelles  vont  chaque  iour  croif* 
fant  en  quantité  à  caufe  que  c'eft  vne  grande  ri  - 
chefïe  en  ce  pays  ;  &  en  bonté,  parce  qu'aueç 
le  temps  ils  deuiennent  plus  expérimentez  vi- 
gnerons. Les  vignes  du  Peru  font  communes  es 
vallées  chaudes,où  il  y  a  des  eaûes ,  &  les  arrou- 
fent  auec  la  main,  parce  qu  il  n'y  tombe  point  de 
pluyes  du  Ciel;  &  auxLanos,  &  en  la  Sierredie 


desjndes.  Lime  IV.  188 

n'y  vient  point  à  temps.  Il  y  a  des  endroits  où  les 
vignes  ne  font  point  arrofeesjiy  du  Ciel,ny  de  îa 
terre,&  toutesfoiselle  ne  laiflent  de  fru&ifier  en 
grande  abondance,comme  en  la  vallée  d'Yca,  8ç 
aux  fo{fes  qu'ils  appellent  de  Viilacuri ,  efquels 
lieux  il  Te  trouue  des  fofTez,  ou  terre  enforcees 
parmy  les  morts  fablons,lefquels  font  toute  Tan- 
née dVne  incroyable  fraifcheur  ,  fans  qu'il  y 
pleuue  aucunement  en  quelque  faifon  que  ce 
foit ,  ny  qu'il  y  ait  des  eaiies  pour  lesarrofer  arr 
tificiellement.  La  caufe  eft  parce  que  le  terroir 
eftefpongieu^  ,  &  qu'il  fuccel'eaûe  desriuieres 
qui  viennent  de  la  Sierre ,  qui  hume&ent  ces  fa  - 
bIons,ou  bien  c'eft  l'humidité  de  la  mer  (comme 
d'autres penfent )  laquelïepaflant  au trauers de 
ce  fable,  caufe  que  l'eau  e"n?éri  eft  pas{re'rile,ny 
inutile,  ainfi  que  le  Philofophè  l'enfeigne.  Les 
vignes  y  ont  tant  multiplié ,  qu'à  cefte  occafion 
lesdifmesdes  Eglifes  y  font  augmentez  de  cinq 
&fixfoisau  double  depuis  vingt  ans.  Les  val-* 
lee~  plus  fertillesde  vignes  font  Viâfôr ,';  pro- 
che d'Arequipa  ,  Yca  ,  au  terroir  de  Lyrna  & 
Caraguato,  au  terroir  de  Chuquiauo.  Ilspor;* 
tent  ce  vin  à  Potozi  ,  Cufco  &  endiùev's  en- 
droits ,  ce  qui  eft'vn  grand  reuenu  :  Caràucç 
toute  l'abondance  qu'il  y  en  a ,  vneboifteille  oit 
arrobe  y  vaut  cinq  ou'fix  ducats  ;  que  il  c'eft: 
vin  d'Efpagne ,  comme  on  y  en  porte  commu- 
nément aux  flottes ,  il  en  vaut  dix  ou  douze. 
L'on  fait  du  vin  comme  celuy  d'Efpagne  au 
Royaume  de  Chillé,  poureeque  c'eft  le  mef? 
me  climat ,  mais  il  fe  gafte  quand  l'on  l'apporte 
au  PerUJls  mangent  des  railins,  où  l'on  ne  peut 

Aa  iiij 


Hifioire naturelle 

boire  de  vin,  &efl  chofe  admirable,  que  Ton 
trouue  en  la  Cité  de  Cufco  des  raifins  frais 
tout  le  long  de  Tannée,  qui  vient  (  comme  ils 
médirent)  de  ce  que  les  vallées  produifent  du 
fruiâ:  en dîners  mois  de  Tan,  Toit  qu'ils  entent 
[es  ignés  en  diu.erfes  faifons,  ou  que  celle  va- 
rie^ vienne  de  la  qualité  de  la  terre  :quoy  qu'il 
enfoit,  c'eft  vne  chofe  certaine  qu'il  y  a  quel- 
ques'vallées  qui  portent  du  frui&toutle  long 
de  l'année.  Si  quelqu'vn  s/efmerueille  de  cecy,  il 
fe  ^pourra  efmerueiller  dauantage  de  ce  que  i© 
<diray,  &  peuteftrene  le  croira  ps.  Il  y  a  des 
arbres  au  Peru  ,  defquelsi'vne  moitié  donne  du 
frui&fix  mois  durant ,  &  l'autre  moitié  en  don- 
ne les  autres  fix  mois,  En  Malîa.,  qui  eft  treize 
lieues  diftante  de  la  Cité  des  Koys ,  y  a  vn  fi- 
guier ,  duquel  la  moitié,  qui  eft  au  cofté  du 
Sud,  eft  verte ,  &  donne  du  fruid  vne  faifon  de 
l'année ,  fçauoir  quand  il  eft  Efté  en  la  Sierre ,  & 
l'autre  moitie^qui  eft  vers  les  Lanos  du  coftéde 
la  mer ,  eft  veri;e,,c&  donne  fon  fruid  en  l'autre 
faifon  contraire, quand  il  eft  Efté  aux  Lanos.  Ce 
qui. p rodent  delà  variété  delà  température  & 
dela^qpi  vient  d'vne  part,  pu  d'autre.  Le  re- 
tenu doi}  vin  qui  y  eft,  n'eu  pa^petit,  mais  il  ne 
fort  point  de  la  Proui&ce.  Mais  la  foye  quife 
faitenlaneuue  Efpagne',fe  transporte  es  autres 
Royaumes .,  comme  au  féru,  Il  n'y  en  auotf 
point  au  temps  des  Indiens  ,  mais  Ton  y  a  porté 
des  meuriers.  d'Ef  pagne  >  &  y  viennent  bien, 
principalement  en  la  Prouince  qu'ils  appellent 
Miftecqua ,  où  il  y  a  des  vers  a  foye ,  &  mettent 
tnçeuurç  iaftye  quilsej)  recuiçlkot,  4oQt.j|i 


des  Indes.  Liure.  IV.  189 

font  de  tref-bon  tafetas.  Toutesfois  ils  n'en  ont 
point  fait  iufques  à  prefent  de  damas ,    de  fa- 
tins  ,  ny  de  velours.  Le  fucre  efl  vne autre  reue- 
nu  plus  grand  ,  veu  que  non  feulement  on  en 
confomme  es  Indes ,  maisaufsi  l'on  en  Ppporte 
beaucoup  en  Efpagne  \  car  les  Carmes  croif- 
fent  fort  bien  en  diuerfes  parties  des  Indes.  Ils 
ont  bafty  leurs  engins  aux  Isles,  en  Mexique, 
au  Peru& en  d'autres  endroits  quiîeur  appor- 
tent vn  fort  grand  reuenu.  L'on  me  dift  que 
l'engin  à  fucre  de  Nafca  fou loit  valoir  de  reue- 
nu, phis  4e  trente  mil  pezes    par  chacun  an. 
Ceîuyde  Ohicama,  ioignant  Truxillo,  eftoit 
mefme  d'vn  grand  reuenu ,  &  ceux  de  la  neuue 
Efpagne  aufsi  ne  le  font  pas  moins  :  car  c  efi: 
vne  chofe  eftrange  que  ce  que  l'on  gafte  &  con- 
fomme deiucne  es  Indes.  L'on  apporta  de  rif- 
le de  fainâ:.  Dominique ,  en  la  flotte  ou  ievins, 
h  uicl  cens  quatre  vingts  &  dixhuiâ;  caiTonsde 
fucre  ,.  lefquels  eftans comme ie  les  vids. char- 
ger en  Port-riche,  cha-que  caffe  deuoit  eftreà 
mon  opinion,  dehuid  arrobes  pefant,  qui  font 
deux  cens.;  Le  fucre  eft  le  principal  reuenu  de 
ces  Isles,  tant  fe;font  addonnez  les  hommes  à  l'ap- 
pétit des  chofes  douces.  Il  y  a  mefmes  desoli- 
-ues&  oliuiersaux  Indes.,  iedy  en  Mexique  & 
au  Peru:  toutesfois  il  n'y  a  point  eu  encoir  iuf- 
ques  auiourd  huy  aucun  moulina  huille ,  &  ne 
s'en  fait- point  j  parce  qu'ils  confomment  tou- 
tesles  oliues  a  manger ,  &  les  accommodent  fort 
i>ien: ils  trouuent  que  pour  faire l'huille,le:gouft 
y  eâ  plus  grand  quele  profit.  C'eft  pour'quoy 
l'on  y  porte  toute  l'fauille  qu'il  va  d'il  f pagne* 


* 


Hifioire  naturelle 
En  ceft  endroit  i  acheueray  la  matière  des  plan- 
tes^ venons  aux  animaux  des  Indes. 

Dtt  bejtial portant  faine \&  des  vaches* 
Chapitre    XXXIII. 


E  trouue  qu'il  y  a  trois  fortes  d  a- 
WJ*\  nimauxés  Indes,  dont  les  vnsy 
f^l  ont  ^^  portez  d'Efpagne,Ies  au- 
M§jj  très  font  de.  la  mefme  efpece  de 

ceux  que  nous  auons  en  Europe, 


&  toutefois  n  y  ont  point  efté  portez  par  lesÉf- 
pagnols,  &  les  autres  font  animaux  propres  des 
Indes,  &  defquelslonnetrouue  point  en  Efpa- 
gHe.De  la  première  forte  font  les  brebis,vaches, 
-chevres,porcs,cheuaux,  afnes,  chiens,  chats,  8c 
autres  tels  animaux  :  car  il  y  en  a  es  Indes  de  tou- 
tes ces  efpeces.  Le  menu  beftial  y  a  beaucoup 
multiplie  ,.quefi  Tony  pouuoit  approfiterles 
laines  pou  ries  enuoyer  en  Europe,  ce  feroitvne 
dés  plus  grandes  richeffes  qu'ils  euflent  es  Indes: 
„pource  que  les  troupeaux  de  brebis  ont  là  vn 
grand  nombre  de  pafturages ,  fans  que  l'herbe  y 
diminue  en  beaucoup  d'endroits;  Il  y  a  au  Pera 
vnettelle  abondance  de  ces  pafturages  &  herba- 
ges, que  perfonne  n'en  poflede  en  propre ,  mais 
chacun  fait  paiftre  fes  troupeaux  ou  il  veut. 
Pour  cefte  raifon  il  y  a  communément  grande 
abondance  de  chairs ,  lefquelles  font  à  fort  bon 
marche',  mefme  les  autres  chofes  qui  procèdent 
des  brebis ,  commele  laid  &  le  fromage.  Ils  fu- 
rent vn  temps  qu'ils-  laifferent  perdre  toutes  les 


des  Indes.  Liure.  IV.  190 

laines,  îufques  a  ce  que  quelques  vns  fe  mirent  1 
les  mefnager  &  en  faire  des  draps  &  couuertu- 
res,  qui  a  elle  vn  grand  fecours  pour  le  corn* 
mun  peuple  de  celle  terre  :  d'autant  que  le 
drap  de  Caftiiley  eftfort  cher.  Xlyaplulieurs 
drapiers  drapans  auPeru,  &  beaucoup  dauan- 
tage  en  là  neuue  Efpagne  ,  encor  que  les  draps 
que  Ton  y  porte  d 'Efpagne  foient  beaucoup 
meilleurs ,  foit  que  la  laine  en  foit  plus  fine ,  ou 
que  tes  ouuriers  foient  plus  experts.    Autres- 
fois  fe  font  trouuez  des  hommes  qui  poffe* 
dbient  foixante  &  dix,&  cent  mil  teftes  de  bre- 
bis ,  encor  qu'iprefent  n'y  en  ait  gueres  moins. 
Que  fi  c'eftoit  en  Europe  ce  feroit  vne  très- 
grande  richeflè  ,  mais  en  ces^  pays-là  ce  n'eft 
qu'vne  moyenne  richeife.  En  plufieurs  endroits 
des  Indes ,  &croy  que  c'eft  en  la  plus  grand* 
part,  Iemenubeftialnefrucl:ifie)&  n'y  profite 
pas  bien  à  caufe  que  l'herbe  eft  haute ,  &  la  ter- 
re fi  vicieufe,qiMl  n'y  peut  pas  bien  paiftre  com- 
me le  grand  beftiaî.  Ceft  pourquoy  il  y  a  vne 
innumerable  multitude  de  vaches ,  defquelles  y 
a  de  deux  fortes.  Les  vnes  font  domeftiques ,  & 
gui  vont  en  trouppeaux  ,  comme  en  la  terre  de 
Charca ,  cVenautres  Prouinces  du  Perucom^ 
memefme  en  toute  la  neuue  Efpagne.  De  ces 
vaches  domeftiqu  es  ils  s'en  fe  ruent  Se  en  tirent 
de  la  commodité  *  tout  ainfi  qu'en  Efpagne, 
fçauoir  la  chair,  le  beurre ,  lés  veaux ,  &  tes 
boeufs  pour  labourer, la  terre..  L'autre  forte  de 
vaches  font  fauuages^quife  tiennent  ésmonta- 
gnes  &  forefec'eft  pourquoy  on  mtes  dom pte, 
jointe  n'ont  aucun  maiftre  à  qui  elles.foient  en 


Htfloire  naturelle 
propre  ]  tant  pour  l'afpreté  &  efpeflTeur  des  fo- 
refis,  que  pour  la  grande  multitude  qu'il  yen 
a  :  &  celuy  qui  le  premier  les  tue ,  en  eft  l&mai- 
ftre  comme  d'vne  befte  de  chafle.  Ces  vaches 
fauuages  ont  tellement  multiplié  en  S.  Domini- 
que, &  en  autres  endroits  des  enuirons ,  qu'elles 
vont  à  milliers  par  les  campagnes  &  bois,n'ayans 
aucun  maiftre  à  qui  elles  appartiennent.!-  on  fait 
la  chafle  à  ces  bettes  ,  pour  leur  cuir  tant  feule- 
ment, &fortentenla  campagne  des  nègres  ou 
des  blancs  a  cheual ,  auec  leurs  coupe-iarefls, 
qui  courent  les  toreaux&  vaches,  &  quand  ils 
les  ont  frappez ,  &  arreftez ,  ils  leurs  appartien- 
nent. Ilsles  efeorchent,  &  en  portent  la  peau 
en  leur  maifon  ,  lahTant  la  chair  perdue,  fans 
qu'il  y  ait  perfonne  qui  la  prenne  ou  emporte, 
à  caufe  de  l'abondance  qu  il  y  en  a.  Tellement 
qu'ils  m'ont  attefté  en  cefte  Isle ,  qu'en  quel- 
ques endroits  l'air  s'y  eftoit  corrompu  ,   pour 
l'abondance  de  ces  chairs  empuanties.  Le  cuir 
que  Ton  apporte  en  Efpagne,  eft  vn  des  meil- 
leurs reuenus  des  Isles ,  &  de  la  neuue  Efpagne, 
En  la  flotte  de  quatre  vingts  &  fept,  il  vint  de  S. 
Dominique  le  nombre  de  trente-cinq  mil  quatre 
cens  quarante  quatre  cuirs  de  vaches,  &delâ 
neuue  Efpagne  foirante -quatre  mil  trois  cens 
cinquante ,  qu'ils eftimerent  a  quatre  vingts  fei- 
ze  mil  cinq  i  cens  trente  deux  pezes.  De  forte  que 
quand  Ion  defeharge  vne  de  ces  flottes  ,  c'elt 
chofè  admirable  ,de  voir  la  rjuiere  de  Scuille  & 
ce't  arcenaKdù  fe  defehargent  tant  de  cuirs  &  de 
marchandise  II  yaaufsi  des  chèvres  en  grand 
nombre,  le  principal  proflt  desquelles  çit  Iç 


des  Indes.  Liure   IV.  19I 

faif,outre  les  cabrits,  le  laid,  &  autres  commo- 
ditez  qu'on  en  tire:  d'autant  que  les  riches,  & 
les  pauures fe  feruent  de  ce  fuifpour  leur  efclai-» 
rer,car  comme  il  y  en  a  grande  quantité,  aufsi  y 
cft-ilà  fort  bon  conte ,  &  plus  que  rhuillemef* 
me.  Ileftvrayque  tout  le  fuit  dont  ilsfe  fer- 
uent,n'eft  pas  feulement  de  ceiuy  desmasles.  Ils 
en  accommodent  les  marroquins  pour  la  chauf- 
fure  ,  toutesfois  ie  n'ay  point  opinion  qu'ils 
foient  fi  bons  comme  ceux  que  Ton  y  porte  de 
Caftille.  Les  cheuaux  y  ont  multiplié,  &  y.  font 
exquis  en  beaucoup  d'endroits ,  voire  en  la  plus 
part  s'yentrouue  des  races d'aufsi  bons,  com- 
me les  meilleurs  d'Efpagne,  tant  pour  courir 
vne  carrière  &  pour  parade,  que  pour  le  trauail, 
&  pour  faire  chemin.  C'eft  pourquoy  ils  fe  fer- 
uent pour  belles  de  louage  ,  &  pour  voyager  le 
plus  ordinairement  des  cheuaux ,  combien  qu'il 
n'yait  pas  faute  de  mulles,car  il  y  en  a  beaucoup, 
fpeciallement  es  lieux  où  fe  font  les  voitures  par 
terre,  comme  en  la  terre  ferme.  Iln'yapasvniï 
grand  nombre  dafnes,  aufsi  ils  ne  s'en  feruent 
gueres  à  cet  vfage ,  ny  pour  le  trauail  &  ferui- 
ce.  Des  chameaux  il  y  en  a  quelque  peu,  &en 
ay  veu  au  Peru  qui  y  auoient  efté  portez  des  Ci* 
naries,&  qui  y  auoient  multiplié ,  mais  affez  pe- 
titement. En  S.    Dominique  les  chiens  y  ont 
multiplié  en  nombre  ,&  en  grandeur  d' vne  telle 
façon,que  c'eft  auiourd'huy  la  playe  ,  &  l'affli- 
âion  de  cefte  Isle.  Cai  ils  mangent  les  brebis ,  &: 
Vont  en  trouppes  par  les  champs.  Ceux  qui  les 
tuent  y  ont  vn  tel  falaire ,  que  ceux  qui  tuent  les 
loups  en  E{pagne:de  vray  s  chiens,  il  n'y  en  auoit 


Hiftoire  naturelle 
point  premièrement  es  Inces,mais  quelques  ani- 
maux femblables  a  des  petits  chiens ,  Iefquels  les 
Indiens  appellent  AIco;  c'eft  pour-quoy  ils  ap- 
pellent du  mefme nom  d'AIco  ,  les  chiens  que 
l'onyaportezd'Efpagne,  àcaufe  de  larefTem- 
blancequi  eft  entr'eux  ,  &  font  les  Indiens  fi 
amis  de  ces  petits  chiens,  qu 'ils  efpargnerôt  leur 
manger  pour  leur  donner  :  tellement  que  quand 
ils  vont  par  païs,ils  les  portent  aueceux  fur  le^irs 
cfpaulles,ouenleurfein,&  quand  ils  font  mala- 
des ilstiennent  ces  petits  chiens  auec  eux ,  fai/s  fe 
feruir  d'eux  en  autre  chofe  que  pour  l'amitié  Se 
compagnie. 


I>e  quelques  animaux  de  t  Europe  que  les  EJ} a* 
nols  tr ornèrent  es  Indes,  &  comment  Us 
peuuenty  auoirpafsê. 

Chapitre    XXXIV. 

'Eft  yne  chofe  certaine  ,  que  Ton  a 
porté  d'Epagne  tous  ces  animaux 
dont  i'ay  parle  ,  &  qu'il  n'y  en  auoit 
point  es  Indes ,  quand  elles  furent 
premièrement  defcouuertes  ,  il  n'y  a  pas  cent 
ans  :  car  outre  que  c'eft.  vne  chofe  quipeut  eftre 
approuuee  par  des  tefmoingsquiviuent  enco- 
re$ ,  c'en  eft  vne  preuue  fuffïfante ,  de  voir  que 
les  Ind  iens  n'ont  en  leur  langu  e  aucun  mot  pro- 
pre pour  (ignifier  ces  animaux,  mais  ilsfe  fer- 
ment de*mefmes  noms  Efpagnols, combien  qu'ils 
f?îent  corrompus.  Pour  autant  que  ne  cognoifr 


des  Indes.  Liure.  IV.  19% 

fims  point  la  chofe,  ils  prindrentle  mot  com- 
mun aux  lieux,  dont  elle  auoit  elle  apportée, 
Iay  trouué  cette  règle  bonne  pour  difcerner 
quelles  chofes  auoient  les  Indiens,  auparauant 
que  les  Efpagnols  y  vinffent ,  &  cellesqu'ils  nV 
uoicnt point:  carilsdonnoient  vn nom  à  celles 
qu'ils^  auoient ,  &  cognoiflènt  délia  5  &  ont 
donné  des  noms  nouueaux  a  celles  qu'ils  ont 
eu  de  nouueau ,  qui  font  les  mefmes  noms  E  fpa- 
gnolsle  plus  communément  ,  quoy  qu'ils  les 
prononcent  à  leur  mode ,  comme  au  cheuaî,  au 
vin  &  au  froment.  L'on  y  crouua  des  animaux 
delà  mefme  efpecede  ceux  que  nousauonsen 
l'Europe/ans  qu'ils  y  euffent  efté portez  par  les 
Efpagnols  Jl  y  a  des  lyons,des  tigres,  ours ;  fan- 
gliers,  renards,  &  d'autres  beftesfïeres  &  fauua- 
%cs,  dequoynous  auonspropofé  vn  argument 
au  premier  liûre,  fçauoir  que  n'eftant  pas  vray- 
femblable  qu'ils  euiïent  paffé  aux  Indes  par 
mer,  attendu  que  ceft  chofe  impofsible  de  paf- 
fer  rOcccan  à  nage,  &  feroit  vne  folie ,  de  penfer 
que  les  hommes  les  euflènt  embarquez  auec 
eux,  il  s'enfuit  que  ce  monde  fe  continue  en 
quelque  endroits  auec  l'autre  nouueau ,  paroù 
ces  animaux  peuuentauoirpaiTé,  &  peuplé  peu 
à  peu  ce  nouueau  monde:  puifque  fu  iuant  ÏEf- 
criture,  ces  animaux  fe  fauuerent  en  larche.de 
Noé  ,  &  de  la  ils  ont  multiplié  au  monde.  Les  <»«.*« 
lyons  que  i  ay  veus  ne  font  rouges ,  &  n'ont 
pointées  crins,  auec  le  rquels  on  a  accouftumé 
de  les  peindre.  Ils  font  gris,  &  non  pas  fi  furieux 
comme  on  le  voiden  peinture.  Les  Indiens 
«"aniaflènt  »  &  *  a&mblent  pour  prendre  & 


•  I 

H 


Hiftoire  naturelle 
ehaffer  les  lyôs3&  font  comme  vn  circuit ,  qu'ils 
appellent chaco,  dont'ils  les  enuironnent  ,  puis 
les  tuent  à  coups  de  pierres,  de  ballons ,  &  d'au* 
très  inftrumens  ;  Ces  lyons  mefmes  ontaccou- 
fbme'  de  grimper  aux  arbres ,  où  eftans  montez 
kslndiens  les  tuent  auec  des  lances  ,  ou.arbal* 
lettres ,  8c  plus  facilement  auec  des  a rquebuzes. 
Les  tygresy  font  plus  furieux  ,  &plus  cruels, 
&  ont  la  rencontre  plus  dangereule  ,  à  caufe 
qu'ils  s'eilancent  &  afTaillent  en  trahifon.  Ils 
font  tachetez,  cVdelamefme  façon  queles  hi* 
ftoriographes  les  peignent.  I'ayouy  quelques- 
fois  conter  que  ces  ty  grès  efloient  animez  con- 
tre les  Indiens  ,  &  qu'ils  n'aifailloient  point  les 
Efpagnols ,  ou  bien  peu,  &  qu'ilsalloient  pren- 
dre &  choifir  vn  Indié  au  milieu  des  Efpagnols* 
&  qu'ils  femportoient.  Les  ours  quils  appel- 
lent en  langue  de  Cufco ,  otoioncos ,  font  de  la 
melme  efpece  que  ceuxd'icy,  &fe  terrifient. 
L'onyvoid  peu  de  ruches,  pourcequelesrays 
de  miel  qui  font  es  Indes  ï  fe  trouuent  aux  arbres 
&  dellbubslaterre,&  non  pas  aux  ruches,  com- 
me en  Caftille.  Lesrays  de  miel  que  i'av  veusen 
laProuince  de  Charcas,  que  là  ils  appellent  le 
chiguanas ,  font d'vne couleur grife,a\ant  peu 
deiuc,  &  reilemblent  plus  à  vne  paille  douce, 
qu'à  des  rays  de  miel.  Ilsdifent  que  lesabeilles 
font  petites  comme  mouches ,  &r  qu'elles  iettent 
leur  efîfain  deflous  la  terre.  Le  miel  en  eft  afpre, 
&  noir,  toutesfoisen  quelques  endroits  il  yen 
a  de  meilleur  ,  &  des  rayons  mieux  formez, 
comme  en  la  Prouincede  Tucuman  enChillc, 
&  en  Cartagene.Ie  n'ay  point  veu  ny  ouy  parler- 


des  Indes.  Liure  IV.  ijj 

qu'il  y  ayt  des  fangliers.mais  des  regnards  8c  au- 
tres animaux  qui  mangent  les  bettes,  &  lavo- 
laille.il  y  en  a  plus  que  les  pafteurs  ne  voudroiér. 
Outre  es  animaux  qui  font  furieux  &  domma- 
geables, il  y  en  a  d'autres  profitables,  qui  n'y  onc 
point  efté  portez  par  les  Lfpanols ,  comme  font. 
les  cerfs  &  autres,dont  y  en  a  grande  abondance 

en  toutes  les  forefts.  Mais  la  plus  grande  partie 
eit  vne  venaifon  fans  cornes,  à  tout  le  moins  ie 
n  y  en  ay  point  veu  d  autres,ny  ouy  parler  qu'on 
y  en  ayt  veu ,  ôc  tous  font  fans'cornes  corne  cor- 
cos.  Il  ne  me  femblepas  difficile  de  croire,  mais 
eft  prefque  certain  que  tous  ces  animaux  par 
leur  légèreté,  &  pour  eftre  naturellement  fau- 
uages ,  ayent  paffé  d Vn  mode  à  l'autre  par  quel- 
que endroit  où  ils  le  ioignent ,  puis  qu'aux  gran- 
des Mes  &  efloignees  de  la  terre  ferme,  len'ay 
point  de  cognoiilàncequils'yentrouue^quoy 
que  l'aye  fait  recherche  de  le  defcouurir. 


Des  ûj '/eaux de  par  deçà  qui  font  es  Indes,  & 
comment  ils  feintent  y  auoirpaf£ 

Chapitre    XXXV. 

'On  pourra  plus  facileraét  croire  qu'il 
en  foit  aùifi  des  oyfeaux,  &  qu'il  y  en  * 
delà  mefme  efpece  de  ceux  de  par  de- 
çà, comme  font  les  perdrix,  les  tour» 
tes,  pigeons,  ramiers,  caillés  &plmîeurs&  di- 
uerfes  fortes  de  faucons,  lefquels  l'on  enuoye  de 
U  neuue  Efpagne  &  du  Feru,aux  feigneurs  d'Efi 

Bb 


P  lin.  Ub. 10 


jfftoire  naturelle 
pagne,  d'autant  qu'on  en  fait  grande  eflime.  Il 
y  a  mefme  des  Herons,&  des  Aigles  de  diuerfçs 
fortes,  &  n'y  a  point  de  doute  que  ces  efpeces 
d'oy féaux  &  autres  ftmblables,  n'y  ayentpafle 
bien  pluftoft  que  les  lyons,  les  tigres ,  &  les 
cerfs.  Il  feuouueaufli  es  Indes  vn  grand  nom- 
bre de  Perroquets  ,  fpeciallement  aux  Andes 
du  Peru,&  es  Ifles  dcPoLt-riche^  S.  Domini- 
que y  où  ils  vont  par  bandes  ,  comme  font  les 
pigeons  par  deçà.  £n  fin  les  oyfeaux  auec  leurs 
aiflesjvont  où  ils  veulent,  &  certainement  plu- 
fleurs  efpeces  d'iceux  pourront  bien  pafler  le 
Golphe,puis  que  c'en:  chofe  certaine,  comme 
Pline  l'afferme,  qu'il  y  en  a  beaucoup  qui  paf- 
fentlamer,&vonten  àzs  régions  fort  eftran- 
ges,  combien  que  ien'aye  point  leu  qu'aucuns 
oyfeaux  paifent  au  vol  vn  fi  grâd  Golphe,  com- 
me eft  celuy  de  la  mer  Occeane  des  Indes.  Tou- 
tefois ne  le  tiens-ie  pas  pour  du  tout  impofli- 
ble,  puis  que  l'opinion  commune  des  mariniers 
cft.qu'il  s'en  trouue  deuxeens  lieués,voire  beau- 
coup dauantage  loin  de  la  terre.  Et  que  mefme, 
IM03&4-  côme  Ariftotclenfeigne,  les  oyfeaux  endurent 
dcpart\ani-  facilement  eftre  dans  l'eau ,  d'autant  qu'ils  ont 
mat.cap.6.    peu  derefpiration ,  corne  nous  voyons  aux  oy- 
feaux maritimes,lefquels  fe  plongent&  font  vn 
lon^tempsdedans  l'eau.  Ainfi  pourra-on  dire, 
quelles  oyfeaux  qui  fe  trouuent  à  prêtent  en  U 
terre  ferme  ,  &  es  Ifles  des  Indes,  ont  peu  pafTer 
-  Umer,fedéla(îkns  en  des  Mettes  &  en  des  ter- 
res qu'ils  recognoiflent  par  vninftincl:  naturel, 
(comme  Pline  raconte  de  quelques  vns)  ou  par-  . 
aduanture  fe  laiffans  to mber  en  l'eau ,  quand  ils 


PUn.Uh. 10 


àesJndesLiure.îir  '         7. 

font fanguez dévoiler   ^  7-V 

apx  oyfeaux  queïv;  if  ^  ^ 
« >  a  point  d'animaux  terteïe  t  *  -  f"'1"  l! 
te .  qu'ils  y  ont  pafFé  o!r        j   '    tles  fans  do"- 

la mefme efpece  de  cenJ^F  A *m  Comds 

I"d« degtaPnds o/C  ?offUTCanl ' âaux 

i«  monté,  du  pa^s  nuit       ,nter  rt"  fois 

»«',  ransquekX.Sr   Uern£?td'eux  m^ 
a'eft  pour  il  chlfn.        ,  en  V™ ,e  fo»* ,  «  ce 

q^'y enauoitauxTnï'     a,   P°U,IeS;  att«"h 

gno/S  vattiua^nt/ce^S  **  Kfi%* 
«  qu'elles  ont  vn  nom  Voit  F0U"é'  Par- 

^ndapoulleGualp^P^X75^^6'- 

Js««à  ia defcouuerte  3«  Ifl^Sl      "î  ^ 

content qu,^ y  0  " '"«deSalomon, ta- 

aux  noftres.  LWD™  P°ï"M  tables 
eftant  vn  oyfa  fiE"t,ff"tendre  ^^  la  poulie 
<*<™  elle  eftJ«hôme?I«lqUe  ' &  R  pr°fitabl* 
*ux,quandJSpaCmfentpeUp0,tersucs 

Bb  ij 


j-Jifioire  naturelle 
8c  mefmes  les  portent  facilement  en  leurs  poul- 
liers  &  cages  de  ionc ,  ou  de  bois.  Finalement 
il  V  a  es  Indes  beaucoup  d'efpeces  d'animaux,*: 
d'oyfeaux  de  ceux  de  l'Europe,que  ïay  dûtes,* 
d'autres  fortes  que  d'autres  pourront  raconter. 


CommTileftfoÇiblequ'ily  aylés  Indes  quel- 
ques fortes  d'animaux  ,  donttlnyayt 
point  ailleurs. 

Chapitre    XXXVI. 

•Eft  chofe  plus  difficile  de  monftrer 
'  &  prouuer  quel  cômencement  ont 
eu  plufieurs  &  diuerfes  fortes  d'ani- 
. ft  maux  qui  fetrouuentés  Indes,  de 
pelpece  defquels  nous  n'auons  point  en  ce  con- 
tinent. Car  file  Créateur  les  a  produits  en  ces 
parties,  il  ne  faut  point  alléguer,  nyauo.t  re- 
cours à  l'Arche  de  Noé,  &n'eftoupointdebe- 
foin  de  fauuet  alors  toutes  les  efpeces  d  oy  féaux 
&  animaux ,  fi  d'autres  deuoient  eftre  créées  de 
nouueau  :  d'autre  partonnepourroitpasdire, 
le  le  monde  euft  elle  fait  &  acheue  es  fix  lours 
de  la  création ,  s'.l  y  euft  eu  encor  d  autres  nou- 
uelles  efpeces  à  former,  Se  pnnapa  kment  des 
animaux  parfaits ,  &  non  moins  exceilens ,  que 
cZ  qui  nous  font  cogneus.    Si  nous  d.fons 
donc  que  toutes  les  ef?eces  d-animaux  furent 
conferuees  en  l'arche  de  Noé.ils  enfmtqueles 
animaux,  de  l'efpece  defquels  ilnes  enttouue 
end'autres  endroits  qu'es  Indes,y  ayentpafle 


des  fndes.  Liure  I V.  i^j 

de  ce  continent,  tout  ainfî  comme  nous  auons 
dit  des  autres  animaux  qui  nous  font  cogneus. 
Cela  fuppofé ,  ie  demande  comme  ii  eft  pofîî- 
ble  qu'il  n'en  (bit  refté  par  deçà  aucun  de  leur 
efpece,  &  comme  il  s'en  trouue  feulement  par 
delà,  où  ils  font  comme  voyagers  Se  eftrangers, 
Ceftàlaveritëvnequeftion  qui  ma  longtéps 
tenu  en  perplexité,  le  dy  pour  exemple,  fi  les 
moutons  du  Peru,&  ceux  qu'ils  appellent  Pa- 
cos,  &  Guanacos,  ne  fc  trouuent  point  en  d'au- 
tres régions  du  monde,  qui  les  a  portez  au  Pe- 
ru,  ou  comment  y  ont  ils  eité,  veu  qu'il  n'eft  de- 
meuré aucune  apparence,  ny  refte  d'iceux  en 
routeemonde?  Que  il  ils  n'y  ont  point  pafTé 
dVne  autre  région,  comment  fe  font- ils  formés 
&  produits  par  delk  ?  Paraduanture  Dieu  a-il 
fait  vne  autre  nouuelle  création  d'animaux? 
Ce  que  ie  dy  de  ces  Pacos,  ôc  Guanacos,  ie  le 
dy  de  mil  autres  différentes  efpeces  d'oyfeaux 
ôc  d'animaux  de  forefh,qui  iamais  n'ont  efté  co- 
gneus,ny  de  figure,  nydenom,  ôc  defquelsil 
n'eft  fait  aucune  mention,  foitentreles  Latins, 
foit  entre  les  Grecs,  ou  quelques  autres  nations 
de  ce  monde.  Il  faut  donc  dire,  que  combien 
que  tous  les  animaux  foient  fortis  de  l'Arche, 
neantmoins  par  vn  inftinct  naturel,  &  proui- 
dence  du  Ciel,  diuers  genres  d'iceux  s'efparti- 
rent  en  diuerfes  régions ,  en  aucunes  defquelles 
ils  fe  trouuerentfibien ,  qu'ils  n'en  voulurent 
point  partir  ;  ou  s'ils  en  fortirent ,  ne  fe  confer- 
uerent,  ou  bien  en  fin  de  temps  ils  périrent  to- 
talement, comme  l'on  void  arriuer  en  beau- 
coup dechofes  :  car  fi  l'on  y  veut  regarderde 

Bb  iij 


j/ifioire  naturelle 

près,  on  trouuera  que  ce  n'eft  pas  tant  feule- 
ment.vne  chofc  propre  ôc  particulière  es  In- 
des ,  mais  auiîî  generalle  en  beaucoup  d'autres 
régions  ôc  Promnces  de  l'Aile,  d'Europe,  ôc 
d'Affrique,  efquelles  l'on  dir  qu'il  y  a  de  certai- 
nes efpeces  d'animaux,  qui  ne  fe  trouutnt  point 
en  d'autres  régions,  au  moins  s'il  s'en  trouue 
ailleurs ,  l'on  recognoift  qu'ils  y  onrefté  portez 
de  h.  Puis  donc  que  ces  animaux  font  for tis  de 
l'arche  ,  comme  poar  exemple  ,  les  Elephans 
que  l'on  trouue  feulement  en  l'Inde  Orientale, 
&  de  là  Te  font  communiquez  en  d  autres  ré- 
gions, nous  en  pourrons  dire  autant  de  ces  ani- 
maux du  Peru  >  ôc  des  autres  des  Indes  qui  ne  fe 
trouuenten  autre  partie  du  monde.  L'on  peut 
bien  aufli  conilderer  fur  ce  fubjet  ,  fi  tels  ani- 
maux différent  en  efpece  ,  Ôc  elfcntiellement  de 
tous  les  autres,  ou  il  celle  leur  différence  eft  ac- 
cidentalle,  laquelle  peut  y  auoir  eftécaufee  par 
diuers  accidens,  comme  nous  voyons  au  ligna- 
ge des  hommes,  que  les  vnsfont  blancs,  &  les 
autres  font  noirs ',  les  vns  geans,les  autres  nains, 
6c  en  l'efpece  des  linges ,  les  vns  n'ont  point  de 
queue ,  ôc  les  autres  en  ont  :  entre  les  moutons, 
les  vns  font  ras,&  les  autres  vellus;  les  vns  gi  ads 
ôc  forts,  qui  ont  le  col  fort  long,  comme  ceux 
du  Peru ,  ôc  les  autres  foibles  ôc  petits ,  ayans  le 
col  court  comme  ceux  de  Caftille.  Mais  pour 
en  parler  plus  fainement,  qui  voudra  par  ce  dif- 
cours ,  en  mettant  feulement  ces  différences  ac- 
cidentalles ,  conleruer  la  propagation  des  ani- 
maux es  Indes ,  Ôc  les  réduire  à  ceux  d'Europe, 
prendra  vne  charge  de  laquelle  il  pourra  mala> 


T) es  Indes.  Liure  IV.  xpgi 

fe'ment  forcir  à  Ton  honneur.  Car  il  nous  de- 
uons  iuger  les  efpeces  d'animaux  par  leurs  pro- 
prietez,  ceux  des  Indes  font  Ci  differens,  que 
c'eft  appeller  l'œuf  chaftaigne,  de  les  vouloir  ré- 
duire aux  efpeces  cogneucs  de  l'Europe-,  ' 


Des  Oy féaux  qui  font  propres  es 

Indes, 

Chapitre    XXXVIî. 

^  L ,  y  a  aux  Indes  de  pluifîeurs  fortes 
pd'oyfeaux  remarquables,  foit  qu'ils 

"  foient  delà  mefme  efpece  de  ceux  d'i- 
cy,  ou  autres  dirferens.  Ils  apportent 
delà  Chine  cerrains  oyfeaux,  qui  ri  ont  point 
de  pieds  aucunement,  &  tout  leur  corps  eft  qua- 
«  plume.  Ils  ne  s'affient  point  en  terre,  mais 
hs  fe  pendent  aux  rameaux  par  des  filets,  ou 
plumes  qu'ils  ont,  ôc  ainfiferepofent  comme 
des  mouches,  cVchofes  aériennes.  Au  Peruiiy 
*des  oyfeaux  qu'ils  appellent  Tomineios,  h"  pe- 
tits, que  beaucoup  de  fois  i  ay  douté,  les  voyant 
voler,  fi  c'eftoient  abeilles,  ou  papillons  :  mais  à 
la  vente,  ce  font  oyfeaux.  Au  contraire  çiux 
qu  ils  appellent  condores,  y  font  dVne  extrême 
grandeur,  &  dvnc  telle  force,  que  non  feule- 
mentils  ouutent  Se  defpecent  vn  mouron,  ôc  le 
mangent,  mais  aufîî  vn  veau  tout  entier.  Ceux 
qu  ils  appellent  Auras,  ôc  les  autres  poullazes, 
(Iciquelles  ie  croy  quant  à  moy  eftre  du  genre 

Bb  iiij 


I 


Hijîoire  naturelle 
des  corbeaux)  font  d'vne  eftrange  légèreté ,  & 
ont  la  veuë  fort  aiguë ,  eftans  fort  propres  pour 
nettoyer  les  Citez  ,  d'autant  qu  ils  ny  laiflent 
aucunes  charongnes ,  ny  chofes  mortes.llspaf- 
fent  la  nuid  fut  les  arbres,  ou  iur  les  rochers,  &. 
au  matin  viennent  aux  Citez  iemettans  lut  le 
fommet  des  plus  hauts  édifices ,  d  ou  ils  elpient 
&  attendent  leur  pnfe.  Leurs  petits  ont  le  plu- 
mage blanc,  comme  l'on  raconte  des  corbeaux, 
&  changent  le  poil  en  noir.  Les  guaoamayacs 
font  oyfeaux  plus  grands  que  perroquets     & 
leur  refiemblent  en  quelque  choie,  ib  tout  elti- 
mezpout  la  dmerfe  couleur  de  leur  p  limage, 
qui  eft  fort  beau,  &  fort  agg.  eable    En  la  neuue 
Efpaene  il  y  a  abondance  doyleaux,  d  vn excel- 
ler plumage,  de  forte  qu'il  ne  s  en  trouue  point 
en  Europe,qui  en  approchenecômrae  1  on  peut 
voir  parle!  images  de  plum« ,  qu'ils  apportent 
de  l&fquels  auec beaucoup  de  raifon,font  pn- 
fés  &eftimés,  donnans  occafion  de  selmer- 
ueiller  que  l'on  pu.ffe  faire  auec  des  plume? 
do.feaul.vne cenure fi  délicate , &  fi  parle- 
ment efgale,  qu'il,  femblent  proprement  eftte 
de  .rayes  couleurs  de  peinture ,  &  ont  vn  ce  !, 
&  vn  regard  fi  gay,  fi  vif ,  &  fi  agréable    que  le 
peintre  tf  en  peut  pas  faire  de  fi  beaux  auec  fon 
pinceau  ,  &  (es  couleurs.  Quelques  Indiens, 
tons  onuriers&  experts  en  cet  art,  pourtrayent 
de  ces  plumes  ,  &  reprefentent  P^'afmen*. 
ce  qu'ils  voyent  peint  auec  le  pinceau,  de  telle 
façon  que  les  peintres  d'Efpagnè  nont  en  ce 
point  aucun  aduantage  fut  eux.  Le  ?"«£"« 
#  Prince  d'Efpagne  Dpm  PhObppe.luy  donna 


des  Indes.  Dure  IV.  197 

trois  eftampes,  oupourtraits  fai&s  déplume, 
comme  pour  mettre  en  vn  Breuiaire-,  lefqnelles 
(on  Altelfe  monftra  au  Roy  Dom  Phiîippes 
noftre  fieur  fon  père  j  lefquels  fa  Majefté  con- 
templant, Ôc  regardant  de  pres,dift  qu'il  n'auoit 
iamais  veu  en  ceuure  fi  petite  vne  chofe  de  fî 
grande  perfection  &  excellence.  Comme  Ton 
euft.  vn  iourprefenté  àlaSaincleté  de  Sixte  V. 
vn  autre  quarre  plus  grand  où  eft oit  pourtraic 
fainct  François,  &  qu'on  luy  euft  dit  que  les  in- 
diens faifoient  cela  de  plume;  il  le  voulut  ef- 
prouuer,  touchant  des  doigts  le  tableau ,  pour 
voir  fi  c'eftoit  plume,d'autant  que  cela  luy  fem- 
bloit  chofe merueilleufe  deftre  û  proprement 
ageancé,  que  lavetienepouuoitiuger,  &  dif- 
cerner  fi  c'eftoient  couleurs  naturelles  déplu- 
me ,  ou  Ci  elles  eftoient  artificielles,  de  pinceau. 
Ceft  vne  chofe  fort  belle ,  que  les  rais  ôc  regard 
que  ictte  vn  verd ,  vn  orengfé ,  comme  doré,  ôc 
autres  couleurs  fines,  &  vne  chofe  digne  de  re- 
marquer, quelesregardans  d'vne  autre  façon, 
on  les  vpid  comme  couleurs  mortes.Ils  font  les 
meilleures  &  plus  belles  images  de  plume,  en  la 
Prouince  de  Mechouacan ,  ôc  au  bourg  de  Paf- 
çaro*  La  façon  eft  qu'auec  de  petites  pinces  deli-, 
cates  ils  arrachent  les  plumes  des  mefmes  oy- 
féaux  morts,  &  auec  vne  colle  defliee  qu'ils  ont, 
les  vont  attachant  légèrement  Ôc  poliement.  Us 
prennent  ces  plumes  fl  délicates  ôc  petites  de 
cesoyfeaux  qu'ils  appellent  auPcru,  Tomjn- 
cios,  ou  d'autres  femblables,  qui  ont  de  très- 
parfaites  couleurs  en  leurs  plumes.    Les  In- 
dien^ outre  ces  imagesA  feferuoient  des  plumes* 


Hifloire  naturelle 
en  beaucoup  d'autres  ouurages  fort  précieux, 
fpecialement  pour  l'ornement  des  Roys  &  Sei- 
gneurs, de  leurs  temples  &  idoles  :  car  il  y  a 
auffi  d'autres  grands  oyfeaux  qui  ont  des  plu- 
mes excellentes  &  très-fines,  dequoy  ils  fai- 
foient  des  pennaches  &  plumages  bigarrez,fpe- 
ciallement  quand  ils  alloient  en  guerre ,  les  en- 
richiiïànt  d'or  &  d'argent,  fort  artificiellement, 
quieftoit  vne  chofe  de  grand  prix.  Lesmefmes 
oyfeaux  y  font  encores  aujourd'huy,  mais  ils 
n'en  font  pas  tant  curieux,  &"  n'en  font  plus 
tant  de  pennaches,  ny  de  gentillettes,  comme 
ils  fouloient.  Il  y  a  aux  Indes  d'autres  oyfeaux 
du  tout  contraires  à  ceux-cy ,  de  fi  riche  pluma- 
ge, lelquels  outre  ce  qu'ils  font  laids,oe  feruenc 
d'autre  chofe  que  de  faire  de  la  fiente ,  Ôc  neant- 
moins  ne  font  ils  pas,  peuteftre,  de  moindre 
profit.  l'ayconfiderécela,  m'efmerueillant  de 
la  prouidence  du  Créateur  qui  a  ainfi  ordonne 
que  les  autres  créatures  feruent  aux  hommes. 
En  quelques  Illes  ou  Phares ,  qui  font  ioignanc 
lacofteduPeru,  l'onvoidleloing  des  pics,  ÔC 
montagnes  toutes  blanches,  &  diroit-on  à  les 
voir,  que  ce  feroit  de  la  neige,  ou  que  tout  y  eft 
vne  terre  blanche  :  mais  ce  font  des  monceaux 
de  la  fiente  de  ces  oyfeaux  marins  qui  vont  là 
continuellement  fienter ,  &  y  en  a  fi  grande 
abondance,  qu'elle  fehaufle  plufieurs  aulnes, 
voire  plufieurs  lances  en  haut,  cequifemble 
chofe  fabuleufe.  Ils  vont  auec  des  bafteaux  à 
ces  Illes,  feulement  pour  charger  celle  fiente, 
pource  qu'il  n'y  a  autre  fruict,  grand,  ny  petit' 
en  icelles  -,  &  eu  celle  fiente  fi  commode,  &  fi 


des  Indes.  Liure  I V.  ips 

profitable,  que  la  terre  qui  en  eft  fumée,  rap- 
portedu  fruid  en  fort  grade  abondance.Ils  ap- 
pellent cette  fier. te,gtiano,  d'où  a  pris  le  nom  la 
vallée,  qu'ils  difent  de  Hmaguana,  es  vallées  du 
Peru,  où  ils  feferuent  de  cefte  fiente,  &  eft  la 
plus  fertile  de  ce  terroir.  Les  coings ,  grenades, 
&  autres  fui&s  y  excédent  en  grandeur  &  bon' 
té  tous  les  autres  ,  cV  difent  que  c'eft  pource 
que  l'eau  auec  laquelle  ils  lesarroufent,  pafïe 
par  delà  terre  fumée  de  cefte  fiente,  quicaufe 
la  beauté  de  cefruicl:.  Tellement  que  ces  oy- 
feaux  n'ont  pas  feulement  la  chair  pour  feruir 
de  viande,  lechantpourlarecreation,  lapîume 
pour  l'ornement  &gaillardife; tnais  auffileur 
fîente  fert  pour  engraiiïèr  la  terre.  Ce  qui  a  eité 
ainfi  ordonné  par  le  Créateur  fouuerain,  pour 
le  feruice  de  l'Homme,  afin  qu'il  Ce  refïbuuien- 
ne  de  recognoiftre,  &  eftre  loyal  à  celuy  duquel 
tout  fon  bien  procède. 


Des  beftes  de  chafe. 
Chapitre    XXXVIII. 

V  t  r  e  les  animaux  de  chafTe  dont 
nous auons parlé,  qui  «font  com- 
muns  es  Indes  &  à  l'Europe,  il  y 
%  en  ?  dautres  <Iui  (e  trouuentpar 
}  ddi9  dont  ie  ne  fcachepoi.t  qu'il 
"en  ayt  par  deçà,  finon  que  parauenture  ils  y 
|aycntefte  apportez  de  ces  parties  là.  Ils  appel- 
,lent  ^ainos,  des  animaux  qui  font  faits  comme 
petits  porcs,  qui  ont  cefte  chofe  eftrange  d'à- 


Hifioire  naturelle 
noir  le  nombril  fur  i'efchine  du  dos.  Ceux  là 
vont  par  les  bois  en  trouppe,  ils  font  cruels  fans 
cftre  aucunement  craintifs,,  au  contraire  ils  al- 
faillent ,  &  ont  des  crocs  comme  razoirs  ,  auec 
lefquels  ils  font  de  dangereufesbleiïures  &  in- 
citions, fi  ceuxquiles  chaffent  ne  fe  mettent  en 
lieudefauuetc.  Ceux  qui  les  chalTent,  pour  les 
tuer  plus  feurement  montent  en  des  arbres ,  ou 
incontinent  lesSainos  ou  porcs  accourent,  & 
arriuent  en  trouppe  à  mordre  l'arbre  quand  ils 
ne  peuuent  nuire  à  l'homme,  &  alors  du  haut 
auec  vne  lance  ils  Mènent  &  tuent  ceux  qu'ils 
veulent.  Ils  font  très-bons  à  manger  :  mais  il 
eft  befoing  aufli  toft  leur  ofter  ôccoupperçe 
rond  qu'ils  ont  au  nombril  de  l'efpine,  car  au- 
trement dans  vn  iour  ils  fe  corromproient.  Il  y 
a  vne  autre  race  de  petits  animaux  qui  reiïem- 
blent  à  des  cochons  de  laid,  &  les  appellent, 
Guadatinaias.  le  doute  f'ii  y  auoit  aux  Indes, 
auant  que  les  Efpagnols  y  vinrent,  des  porcs  de 
la  me(me  efpece  de  ceux  d'Europe,  d autant 
qu'en  la  defcouuerte  des  Ifles  de  Salomon,  il  eit 
dit  qu'ils  y  trouuerent  des  poulies  &  des  porcs 
d'Efpagne,  Mais  quoy  que  ce  foit,  c'eft  vne  cho- 
fe  certaine  que  ce  beftial  a  multiplié  prefque  en 
toutes  les  parties  des  Indes  fort  abondammet. 
Ils  en  mangent  la  chair  fraifche,la  tiennent  aufli 
faine  &  bonne,  comme  fic'eftoit  du  mouton; 
comme  en  Carthagene  en  quelques  endroits  ils 
font  deuenus  fauuages  &  cruels,  &  leur  fait- on 
la  chafle  comme  à  des  fangliers ,  ainfi  que  1  o* 
void  en  fainft  Dominique ,  &  es  autres  Ifles  ou 
le  beftial  s'eft  habitué  auxforefts.  En  quelque 


X. 


des  fndes.  LiurelV.  *99 

endroits  ils  les  ndurriflent  auec  le  grain  de 
mays,  &  ils  s'engraiiîènt  merueilleufementafm 
d'en  auoir  le  Cain ,  dont  ils  vfent  a  faute  d'hmlle. 
£  n  aucuns  lieux  Ton  en  fait  des  iambons,  com- 
me en  Tolluca  de  la  neuue  Efpagne ,  &  en  Paria 
du  Peru.  Retournant  donc  à  ces  animaux  de  par 
delà ,  tout  ainfî  comme  les  Sainos  font  fembla- 
bles  aux  porcs,  quoiqu'ils  foient  plus  petits^ 
ainfi  lesdantes  reïlemblent  aux  petites  vaches, 
combien  qu'ils  reflemblentmieuxà  desmulles, 
pour  n'auoir  point  de  cornes.  Le  cuir  de  ces  ani- 
maux eft  forteftimé  pour  des  collets  &  autres 
couuertures,  &  font  Ci  durs,  qu'ils  reliftent  à 
quelque  coup  quecefoit.  Et  comme  lesdantes 
font  derTendus  par  la  force  &  dureté  de  leur 
cuir,  ceux  qu'ils  appellent  armadillos  ,  le  font 
auflî  par  la  multitude  des  efcailles  qu'ils  onr, 
lefquels  s'ouurent,  &  fe  ferrent  comme  ils  veu- 
lent en  façon  de  cuiratfe.  Ce  font  des  petits  ani- 
maux qui  vont  par  les  bois,  lefquels  ils  appel- 
lent armadillos ,  à  caufe  de  la  derfenfe  qu'ils  ont 
fe  mettans  dans  leurs  coquilles ,  &lesdefcou- 
urant  quand  ils  veulent.  l'en  ay  mangé,  &  ne 
me  femble  pas  chofe  de  grande  valeur  :  mais  îa 
chair  des  yquanas  eft  vn  meilleur  manger,  com- 
bien qu'ils  foient  hideux  cV  horribles  à  la  veiie; 
car  ils  reflemblent  aux  vrais  lézards  d'Efpagne, 
encores  qu'ils  foient  dVn  genre  ambigu  &  dou- 
teux, d'autant  qu'ils  vont  en  l'eau ,  &  fortans  en 
terre,  montent  aux  arbres  du  riuage.  &  comme 
ilsfeiettent  des  arbres  en  l'eau,  les  batteaux  fe 
mettent  defTbus  qui  les  recueillent.  Les  chin- 
chilles  eft  vn  autre  genre  de  petits  animaux^ 


l/ïfîoire  naturelle 

comme  efcurieu*  *  ils  ont  vn  poil  merueilîeufe-* 
ment  doux  &  liiTé  ,  ôc  porte  t'on  leurs  peaux 
comme  vnecbofeexqmfe  ôc  falutairepour  ef- 
chauffet  l'eilomach,  Ôc  les  parties  qui  ont  be- 
foing  de  chaleur  modérée.  Ils  font  des  couuer- 
tures  <3c  des  caftellongnes  du  poil  deceschin- 
chilles ,  &  fe  trouuent  en  la  Sierre  du  Petu  ,  où 
il  y  a  mefme vn  petit  animal  fort  commun  qu'ils 
appellent  cuves  ;  que  les  Indiens  eftimentpour 
vntres-bon  manger,  &ont  accouftumé  d'of- 
frir fouuent  en  leurs  facrifices  ces  cuyes.  Ils 
font  comme  petits  connins,  &  ont  leurs  creux 
&  tanières  dans  la  terre,  &  en  quelques  lieux 
ont  miné  toute  la  terre  \  les  vns  font  gris,  les  au- 
tres blancs,  &  les  autres  méfiez.  Il  y  a  d'autres 
petits  animaux  qu'ils  appellent  vifeachas,  qui 
font  comme  des  lièvres,  combien  qu'ils  foient 
plus  grands,  aufquels  ils  font  lachafle,  &les 
mangent.  Des  vrais  lièvres  il  y  en  aalTezgrand 
nombre  pour  lachafle  en  quelques  endroi&s. 
L'on  trouue  aulîi  des  connins  au  Royaume  de 
Quitto  ,  mais  les  bons  y  font  venus  de  fpagne. 
C'eft  vn  autre  animal  eftrange  que  celuy,lequel 
pour  fon  excellîue  pefanteur&  tardiucté  à  fe 
mouuoir ,  ils  appellent  Perico  legero ,  ou  petit 
Pierre  le  léger  :  il  a  trois  ongles  à  chaque  mainy 
&  meut  ft  s  pieds  &  fes  mains  comme  par  com- 
pas, ôc  fortpefamment,  ôc  reflembledefaceà 
vne  guenon:  il  a  vn  cry  hautain,  il  monte  aux 
arbres,  ôc  mange  des  fourmis. 


des  Jndes.  Liure  iy% 


zoo 


Des  Mïcosy  oh  guenons  des  Indes. 

Chapitre    XXXIX 

H  A  r  toutes  les  montagnes  de  ces 
1  ïiîes  de  la  terre  ferme,  &  des  An- 
des, il  y  a  vn  nombre  infiny  de 
micos ,  ou  guenons ,  qui  font  de 
la  race  des  linges,  mais  différents 
en  ce  qu'ils  ont  vne  queue,  voire 
fort  longue.  Etyen  a  entr'eux  quelques  races 
qui  font  3.  fois  plus  grands,  voire  4.  quelesor- 
dinaires;  les  vns  font  du  tout  noirs,  les  autres 
bays,  les  autres  gris,  ôc  les  autres  tachetez,  & 
meflez    Leur  légèreté  &  leur  façon  de  faire  d 
admirable,  pource  qu'il  femble  qu'ils  avent  de 
Jaraifon  &  du difcours  acheminer  parles  ar- 
bres, en  ce  qu'ils  veulent  prefque  imiter  les  oy- 
ieaux.  En  allant  de  Nom  de  Dieu  en  Panama/ie 
vids  en  Capira  qu'vne  de  ces  guenons  fauta  d  Va 
arbre  en  l'autre  qui  eftoiede  l'autre  cofte  delà 
nuiere,  ce  qui  me  fin:  beaucoup  efmerueÙler  ïîs 
fautent  où  ils  veulent,  0 entortiiians  la  queue  ea 
vne  branche  pour  f  efbranler  ;  ôc  quand  ils  veu- 
lent fauter  en  vn  lieu  éloigné,  ôc  qu'ils  ne  peu- 
uentdVn  faut  y  atteindre,  ils  vfent  alors  dvne 
gencillefaçon,  qui  eft  qu'ils  f  arracher  à  la  g  ueiie 
les  vns  dts  autres,  ôc  font  par  ce  moyen  comme 
vne  chaine  deplulleurs,  puis  après  ils  f  élancent 
Se  Ce  îettent  auant ,  ôc  le  premier  eftanr  ay  dé  de 
iaforcedesautres,atteintoùil  v«ft;&  fatrache 
ça  vn  rameau,  puis  il  ayde  &fouftiencroude 


t 


Wfloire  naturelle 

refte  iufbu'à  ce  qu'ils  foiét  tous  paruenus  atta- 
chez', c*Le  j'ay  du ,  à  la  queue  les  vus  des  au- 
tres. Ce  ferait  chofe  longue  à  raconter  quelles 
folie. ,  embufehes ,  &  trauerles ,  &  les  leux ,  & 
oa,llardifesq«'.ls  font  quand  on  es drell*lef- 

|«elles  ne  tUlent  pas  venu:  ^«^S 
t\ux,maisd'vnenteudementhumain,Unvids 

vn  en  Carthagene  en  la  maifon  du  Gouverneur 
«"lient  dîelîc.que  les  chofes  qu'il  faifo.t  fern- 
bloient  incroyables.  Ils  l'enuo.oient  a  la  tauer- 
ne  pou  auoir  du  vin  ,  &  luy  «nettoient  en  vne 
Lin  de  l'argent,  &  le  pot  en  l'autre,  * n eftou 
pas  poffible  de  lav  tirer  l'argent  de  la  main,  lui 
qu'à  ce  qu'on  luy  euft  donné  le  pot  plein  de  v  n, 
1  les  enta,  le  renc,nuoient  par  la  rue  &  qu > 
levinirent  agalTer,  ou  luy  ietrer  des  pierres,  il 
rnettoir  bas  fe  pot  d  vn  corté  &  tut  les  pierres 
ruant  de  fa  part  contre  les  enfans,  iniques  a ce 
ou'il  euft  alîeuréle  chemin  j  puis retOurnoK  à 
Lterïon  por,  6V  qui  plus  eft  encore,  qu'  !  fuft 
Ln  beuueutdc  vin  (côme  plufieurs  fois  ie  luy 
en  ay  veu  boire  ,  lors  que  ton  maiftre  luy  en  let- 
toit  d'enhaut)  néanmoins  il  n'y  «ftiarnais  tou- 
ché qu'on  ne  luy  en  euft  donne  corge    Ils  me 
dirent  mefmeque  s'il  voyoit  des  ^«far- 
dées, il  fe  iettoii  fut  elles,  &  leur  t,r.  it  la  co.rTa- 
«  lés  des-accommodât,  &  les  voulant  «ordre. 
Cècv  pourra  eftre  addition    pource  que  te  ne 
i'ay  point  veu  :  mais  ie  ne  pente  point  qu'il  y  ayt 
animal  qu.  plus  approche  de  la  côuetfation  hu- 
maine, que  cette  race  de  guenons.  Ils  en  racon- 
tent tant  de  chofes  ,  que  de  peur  qu'on  ne  pente 
quej'adjouftefoyà  de.fabîes,  ouquonnek» 


des  Indes.  Livre  IV.  zot 

tienne  pour  telles,  ietrouue  meilleur  de  îaTfler 
cefubie&  &  conclure  ceite  matière,  enbenif- 
iantlautheurde  toutes  créatures  de  ce  qu'il  a 
voulu  creer  vne  efpece  d'animaux  feulement 
pour  la  récréation  6c  le  plaifir  des  hommes. 
Quelques  vns  ont  efent  que  l'on  apportoitecs 
nncos  ou  guenomà  Salomon  de  l'Inde  Occi- 
dentale, mais  iecroy  de  ma  part  aue  c'eftoitde 
lOnentaîe.  V 


Des  vkugnes  é  tarugues  du  Féru. 
Chapitre    X£r. 

Ntr  e  ks  chofes  remarquables  des 
Irdesdu  Peru,font  ks  vieugnes  ôt 
moutons  du  pays  qu'ils  appellent,  qui 
lont  des  animaux  traidables  &  de 
beaucoup  de  profit.  Les  vieugnes  font  fauuages 
&  les  moutons  eft  vn  beftial  domeitique.  Q  „  J. 

ques  vm  ont  pen fé  que  les  vieugnes  font  ce  que 
Anttote,  Plme,  &  autres  autheurs  tramât"   „  *  ) 
quand  ils  efcriuem  de  ce  qu'ils  appellent  CavrJ  *fn^  ?'  * 

amemenrque  quereflembknce  pour  la  légère-  *  U'J 
pour  reflembler  aufîi  en  quelque  chofe  aux  cne- 

vreSAa,Se„effecelIesn^ontpointdV„eiîef. 
mecfpece,  car  les  vieugnes  n'ont  point  de  cor- 
«es  mais  celles-là  en  ont,  comme  Ariftotera- 

JlndeOaenaU,  i,  l'efpece defquels  ils cirene 

Ce 


Hifloîre  naturelle 

les  pierre*  de  bezaar  :  car  s'ils  font  de  ce  genre, 
ceferoit  vneefpecediuerfe,  comme  en  la  race 
cks  chiens  l'efpecc  du  maftin  eft  autre  que  celle 
du  lévrier.  Les  vicugnes  du  Peru  ne  font  point 
aiuTi  les  animaux  qui  portent  la  pierre  de  bezaar 
en  la  Frouince  de  la  neuue  Efpagne ,  ieiquels  lis 
appellent  là  bezaars  ,  d'autant  que  ceux-là  (ont 
de  l'eipece  des  cerfs  &  venaifon.  Neantmoms  le 
ne  fçaehe  autre  partie  du  monde  où  iWayedc 
ces  animaux,  finonauPeru,  &enChille,  qui 
fontProuinces  joignantes  l'vne  de  1  autre.  Les 
vicugnes  font  plus  grandes  que  les  chèvres,  & 
plus  petites  que  les  veaux.  Ils  ont  le  poil  tirant 
àcouleur  derofefeche,  quelque  peu  plus  clai- 
re Ils  n'ont  point  de  cornes  comme  les  cerfs  ôc 
capreas.  Ils  paifTent,  &  fe  retirent  es  endroits  les 
plus  hautains  des  montagnes,  qu'ils  appellent 
Pucmas.  La  neige,  ny  la  gelée  ne  les  offenfe  pas, 
au  contraire  il  femble  qu  elle  les  recree.lls  vont 
en  trouppe,  &  courent  tres-legerement.  Quad 
ils  rencontrent  des  voyageurs,  ou  quelques  be- 
lles   ilsf'enfuyent  comme  beftes  tort  timides, 
&  en  fuyant  ils  chaffent  deuant  euxleurs  petits. 
On  ne  f  apperçoit  point  qu'ils  multiplient  beau- 
coup. Celt  pourquoy  les  Roislnguas  auoient 
défendu  la  chatte  des  vicugnes,  fi  ce  nettoie 
pour  leurs feftes,  &  par  leur  commandement. 
Quelques*vns  fe  plaignent  que  depuis  que  les 
Eipagnols  y  font  entrez ,  on  a  donné  trop  de  li- 
cence à  la  chaffe  des  vicugnes  ,  &  quMs  font  di- 
minuez pour  celle  occafion^  La  manière  de 
charter  dont  les  Indiens  vfent,  eft  de  cechaco, 
«jii  eft  qu'ils  famaflent  plufaurs  hommes  cn« 


des  hâet.  Liure  IV.  2az 

femble,  quelquefois  iu fques  à  mil,  ou  trois  mil, 
Voitedauar rage ,  8<  entourant  vn  grand  elpace 
deboM j>,von.cb?flàntl,.venaifon,,u  fquesàce 
qnii»  fe  fuient  mincis   de.tous  coftez  par  ce 
moyen  ils  fe  prennent  d'ordmaire  de  5.  à  4.  cens 
ou  enwron,  &  lors  ,1s  ptennét  ce  'qu'ils  veulent, 
laiilans  aller  lerefte,  fpecialement  fefemeJles 
pour  la  multiplication.  Ils  ont  accouftuiné  de 
tondre  ces  animaux,  &  de  faire  de  leur  laine  des 
couuertures  &  caftellongnes  de  grand  prix,  par- 
ce  que  cefte  lame  eft  comme  vne  foye'blanche 
qui  dure  longtemps;  &cômeJa  couleur  eft  na- 
turelle &  non  point  de  teinture,  elle  eft  perpé- 
tuelle Us  eftoffes  faites  de  cefte  laine,  font  fort 
Wches,  &rortbonnespourletempsdécha" 
eurs,  &  tiennent  qu'elles  W  profitables  pour 
mflamation  des  reins  &  autres  parties,  tempe- 
rans  la  chaleur  exceflîue.  La  mcfme  vertu  a  cefte 
Jatne,  quand  elle  eft  mife  en  des  mattelas.  C'eft 
pourquoy  quelques  vns  en  vfent  à  céte fin  pour 
J   xpenence  qu'ils  en  ont.  Ils  difent  dauanLë, 
que  cefte  laine,  oucouuerturefa.ted'ieelle   eft 
médicinale  pourd'autres  ind,fpofitions,commï 
pourla  goutte,  toutefois  .e  nay  pascognoilTan- 

la  I™f  Syt  fâU  3UCune  «P^ence  certaine, 
La  char  de  ces  v.cugnes  n'eft  pas  bonne,  enco- 
re que jes  Indiens  la  mangent,  &  qu'.lsenfont 
de  la  cec.ne,ou  cha.r  fechee,  pour  les  effecîs  de 
la  medeClne.  j  dlra  f   ^  *£ 

par  Ja  S.erre  duPeru ,  j'arriuay  en  vn  tambo ,  ou 

în, .  T  Vnf°ir'  eft^^ffligéd'vne  terrible 
douleur  des  yeux,  tellemencqu  'il  me  femb  o  t 
S**  vouloient  fortir dehors  (  qui  eftvnaS 

Ce  ij 


Il 


Wfloire  naturelle 

Eftani  donc  couche  auec  te"  Ind]enne 

?U1  """.tv  c  eaôk  vn  morceau  de  chair  de  vi- 
feras  guary,  ";Xme«,&  encore  toute  fan- 
C,gnC\U:LTdeceftTrned;cineJ&incontinent 

iftetattoufol"etrchat<1ueVdu, 
me  quitta  du  tout,  vu  commune  de 

Tlf  ' 'Ïef  û  ol  aSurné  d'en  vfer 
chaflet  «^«'iSe  pour  les  prendre,  qui 
d'vne  autre  particulier ej  dcs 

eft  qu'en  approchant  affezpre  .  > 
cotdeaux  aueccertam plomb  s,  q^  p 
&  fe  méfient  entre  leur .pieds  ,  ■ «  /  ^ 

prennent  la  vieugne.  La  prn     i 

resdebezaarclu  onrPc    ilY  a  vn  autre 

nous     «aillerons  çyapr-iy^^  fef? 

^'S2  S^fontplusfegersque 
quels  auffi  fon^.1^^,'     „an  jj  de  corps ,  & 

?6S  ViCUgraie  r Ïu  fr§llsont  les  oUeJ 
ont  vne  chaleur  pm  hentpoint  en 

molles  fc  P^    Victnes,àioutlemoinsie. 
trouppe  comme  les  vicug       ^        commUne-  ;. 

yeitu.    ' 


des  Jndes.  Liure  I V 


Des  Pacos ,  Guanacosy&  moutons  du  Peru. 
Chapitre  XLI. 

L  n'y  a  chofe  au  Perude  plus  gra- 
de richefîe  &  profit  que  le  beftial 
du  pays,  que  lesnoftresappellét 
moutôs  des  Indes ,  &  les  Indiens 
en  langue  generalle  l'appellét  la- 
ma: car  tout  bien  confideré^c'  efb 
l'animal  du  plus  grand  profit ,  &delamoindie 
delpenfe  de  tous  ceux  qu'on  cognoifTe. Ils  tirent 
de  ce  beftial  la  viande  Ôc  le  veftement,  comme 
ils  font  des  brebis  en  Efpagne.  Dauantage  ils  en 
tirent  la  commodité  de  la  charge  ôc  de  la  voitu* 
re  de  tout  ce  qu'ils  ont  befoin ,  attédu  qu'il  lcujjr 
fert  à  porter  leurs  charges,  &  d'autre  codé,  il 
n'eft  point  de  befoin  dédefpendre  aies  ferrer, 
«yen  Telles,  ou  en  bafts,  &  non  plusenauoine: 
mais  il  fert  fesmaiftresgratuitement^fe  conten- 
tant de  l'herbe  qu'il  trouueparmy  les  champs 
de  manière  que  Dieu  lésa  pourueus  de  brebis 
&dejuments  en  vn  mefme  animal.  Et  comme 
ceft  vne  nation  pauure,  il  a  voulu  auffi  les 
exempter  en  ce  poincl:,  de  couft  &  de  def  penfe, 
pource  qu'il  y  a  beaucoup  de  pafturages  &  her- 
bages en  la  Sierre ,  &  ce  beftial  n'a  point  befoin 
d'autre  couft.  Il  y  a  deux  efpeces  de  ces  moutons 
ou  lamas,  lesvns  defquels  ils  appellent  pacos, 
ou  moutons  porte  laine,  &Jes  autres  font  raz, 
&  de  peu  de  laine  ;  auiîî  font-ils  meilleurs  pour 
là  charge.  Ils  font  plus  grands  que  des  grands 
moutons,  &  moindres  cu,ie  des  veaux  -,  &  ont  le 

Ce  iij 


Hiftoire  naturelle 
col  fort  long,  à  la  femblance  d'vn  chameau, 
dont  ils  ont* bien befoing:  car  eftans  haut sèc 
dleuez  de  corps,  ilsontbefo.ng  dvncola.nii 
Ion*  pour  ne  Ublet  point  difformes.  Us  font 
de  diuerfes  couleurs,  les  vns  tous  blancs,  les 
autres  noirs ,  les  autres  gris,  &  l«autr«mef' 
lez    qu'ils  appellent  Moromoro.  Les  Indiens 
«tf£  de  grandes  fuperftitions  à  cho.fit  ce. 
San* ,  pour  les  facrifices ,  de  que  le  couleur 
ils  deuoient  eftre ,  félon  la  diuerfité  des  fa.fons, 
&  des  facrifices.  La  chair  en  eft  bonne,  encore* 
qu'elle  fo.tdure:  mais  celle  de  leur,  agneaux 
eft  la  meilleure,  &  la  plus  délicate  que  1  onfçau- 
ro.t  manger ,  toutefois  l'on  n  en  *f%T& 
beaucoup  à  manger,  poutee  que  le  p  me  pal 
fruift  c/profit  qu'ils  rapportent,  ^ /»  «»« 
pour  faire  des  draps,  &  leferu.cequil  font :  à 
porter  charge.  Les  Indiens  mettent  la  laine  en 
Lute,  &  fontdeseftoffes,  dont.lsfeveften  , 

IV ne  qui  eft  gtoffiere  &  commune  qu  ils  appel- 
;chlnafcaf&rauttefine&dehcate,qu1sap 

pellent  cumbi.  De  ce  cumbi  lit  font  des  tapis  de 
table    descouuertures,  &  autres  ouuragese^- 

qu,  ,  qui  fo"  de  longUC  dureC  '  ?  °nr  "      fc 
beau  luftre,  approchant  comme  du  m.foye & 
ce  qu'ils  ont  de  f.ngul.er  ,  eft  leur  façon  de  tiftre 
kU  ne    d'autant  V''sfontà  deux  faces  tous 
le!  «es  qu'ils  veulent ,  fans  que  Ion  voye 
aucune  fin,  ny bout  ««'"g^ 
euaRoy  duPeru  auoitde  grands  ^llttesou 
uriers  àfaire  cefte  matiete  de  «**£*W 
cipaux  refidoient  au  quartier  ^  Capach.ca  joi- 
gnant le  grand  lac  de  Titicaca.  «s  teignent  cette 


des  Jndes.  Liure  IV*         104. 

laine  de  diuerfes couleurs  très  fines,  auec  plu- 
fieurs  fortes  d'herbes ,  de  laquelle  ils  font  beau- 
coup de  difFerencs  ouurages,  degrofîîers,  ou 
communs,  Ôc  de  fins.  Tous  les  Indiens  &  In- 
diennes y  trauaillent  en  la  Sierre ,  Ôc  ont  leurs 
meftiers  en  leur  maifon,  fans  qu'ils  ayent  befoin 
d'acheter,  ny  faire  faire  les  eltofFes  qu'ils  vfent 
chez  eux.  Us  font  delà  chair  de  ce  beftial,  du 
eufehargui ,  ou  chair  fechee ,  qui  leur  dure  long 
temps  &  en  font  grade  eftime.  Ils  ont  accôuftu- 
me  de  conduire  des  bandes  de  Ces  moutons, 
chargez  comme  voituriers ,  ôc  vôt  en  vne  ban- 
de de  trois  cens ,  ou  cinq  cens ,  voire  mil  mou- 
tons, lefquels  portent  du  vin,du  mays,  du  coca, 
du  chuno,  du  vif  argent,  ôc  toute  autre  forte  de 
marchandage,  ôc  qui  plus  eft,de  l'argent  la  meil- 
leure de  toutes  :  car  on  porte  les  barres  d'argent 
depuis  Potozi  iufquen  Ariqua ,  où  il  a  foixante 
ôc  dix  lieues  ,  &  auoient  autrefois  accoafhimé 
de  les  porter  à  Arequipa,qui  font  cent  cinquan- 
te lieues.  le  me  fuis  beaucoup  de  fois  efmer- 
ueillc  de  v  oir  ces  trouppes  de  moutons  chargez 
de  mil  &  deux  mil  barres  d'argent ,  Ôc  beaucoup 
dauantage,  qui  font  plus  de  trois  cent  mil  du- 
cats, fans  autre  garde,  ny  efeorte,  que  quelques 
Indiens ,  qui  feruent  feulement  pour  guider  les 
moutons,  ôc  les  charger,  ôc  defeharger,  ou 
pour  le  plus  quelques  Efpagnols  ;  &  dorment 
ainfi  toutes  les  nui&s  au  milieudes  champs  fans 
autre  garde  que  cela.  Et  neantmoins  en  vn(i 
long  chemin,  &auec  fî  peu  de  garde,  l'on  ne 
trouue  iamais  qu'il  y  ayt  faute,  ou  perte  d'aucu- 
ne chofe  fur  vn  fi  grand  nombre  d'argent ,  tant, 

Ce  îiij 


Hifioire  naturelle 

eft  grande  la  feureté ,  deffoubs  laquelle  on  che- 
mine auPeru.  La  charge  que  porte  ordinaire- 
ment vn  de  ces  mourons  ,  eft  comme  de  quatre 
ou  fix  arrobev  \  quand  le  voyage  eillong ,  ils  ne 
cheminent  par  iour  que  deux,  ou  trois  lieues, 
ou  quatre  pour  le  plus.  Les  moutonniers  qu'ils 
appeilét,  qui  font  ceux  qui  côduifent  les  troup - 
pes  &  bandes,  ontleursgiltts,  &  repaires or- 
dinaires, qu'ils  cognoiffent  où  il  y  a  de  l'eau, 
&  des  pafturages ,  &  là  ils  defcharge  nt ,  cV  font 
leurs  rentes,  y  Fa  fans  du  feu  ,&  accommodai 
Jeurmanger,  &  ne  font  pas  trop  mal,  encores 
que  ce  foit  vne  façon  de  cheminer  affez  flegma- 
tique  &tardiue.  Quand  il  n'y  a  point  plus  d'v- 
ne  iournee  de  chemin  à  faire,  v n  de  ces  mou.tôs 
portetienhuiclarrobes  pefant ,  &  dauautage, 
&  chemine  auet  fa  charge  vneipurnee  entière 
dehuicl,  ou  dix  lieues,  ainfi  qu'en  ont  vféde 
pauures  foldars  qui  cheminoient  par  le  Peru, 
Toutcebeftialfeplaiften  vn  air  froid,  &  pour 
cefte  occafion  il  fe  trouue  bien  en  la  Sierre ,  & 
meurt  aux  Lanos  à  caufe  de  la  chaleur.  Il  ardue 
par  fois  que  cebeftialefttout  cpuuert  déglace 
&  de  gellee ,  &  neantmoins  demeure  fain ,  &  fe 
porte  fort  bien.  Les  moutons  ras  font  plaifans 
à  regarder ,  pource  qu'ils  f'arreftent  aU  chemin, 
&haufTentlecol,  regardans  les  perfonnes  fort 
artentiuemenr,  &  demeurent  làainfi  vne  lon- 
gue efpace  de  temps  fans  femouuoir,  ny  faire 
iemblant  de  crainte,  ny  de  contentement  v  ce 
<qui  donne  occafion  de  rire ,  les  voyant  ainfi  ar- 
ïeftez ,  encores  que  quelquefois  ils  f'efpouuen- 
Um  fubitement  ,  &  fen  coûtent  auèc  la  charge 


des  Indes  K  Liure  ÎV.         Tz of 

iufques  aux  plus  hauts  rochers.  De  façon  que 
ne  les  pouuans  atteindre,  on  eft  contraint  deles ' 
tuer,  ôc  cirer  à  l'arquebuze,  de  peur  de  perdre 
les  barres  d'argent,  qu'ils  portent  quelquefois. 
Les  Pacos  fe  fafchent  &  sobftinent  contre  la 
charge,  fecouchansauecicelîe,  fans  qu'on  les 
puiife  faire  releuer,  mais  pluftoft  fe  lai  (Feront  ils 
coupper  en  mil  pièces  que  de  fe  mouuoir,quand 
cedefpit  leur  vient,  d'où  eft  ve  ule  prouerbe 
quils  ont  au  Peru,  de  dire  que  quelquVns'eft 
empacqué,  pour  fignirler  qu'il  s'eft  obftiné, 
d  autant  que  quand  ces  animaux  fe  fafchent, 
c  eft  auec  excès.  Le  remède  que  les  Indiens  ont 
alors,  eft  de  s'arrefter,  &s'aflèoir  auprès  du  Pa- 
co, &  luy  taire  beaucoup  de  carefTes ,  iufqu'à  ce 
qu  i  oftela  fafcherie ,  ôc  qu'il  fereleue  Ôc auient 
quelquesfois,  qu'ils  font  contraints  d'attendre 
deux  ou  trois  heures,iufqu'à  ce  qu'il  foit  defem- 
pacqué  ôc  defennuye.  Il  leur  vient  vn  mal  com- 
me de  la  galle,  qu'ils  appellent  carache,  qui  les 

tait  mourir  ordinairement.  Les  anciens  auoienc 
en  ce  vn  remède,  d'enterrer  toute  vifue  celle 
qui  auoit  le  carache,  de  peur  qu'elle  n'en  infe- 
étaft  le  refte  :  pour-ce  quec eft  vn  mal  fort  con- 
tagieux, Ôç  qui  vadelVnà  l'autre.  Vn  Indien 
qui  aura  vn  ou  deux  de  ces  moutons,  n'eft  pas 
repute  pauure  ;  car  vn  de  ces  moutons  de  la  ter- 
re vaut  nx  &  fepr  pG2es  e%és,&dauantage 
ielon  le  temps  &  les  lieux. 


H'ifloire  naturelle 


Des  pierres  Be^aars. 

Chapitre    XLII. 

A.  pierre  Bezaar  fe  trouue  en  tons 
„  ces  animaux,  que  nous  auons  die 
IL  cy  deffus  eltre  propres  &  particu- 
hers  du  Peru,  de  laquelle  quelques 
autheurs  de  noftre  temps  ont  et- 


cric  des  nures  entiers,  que  pourront  voir  ceux 
qui  en  voudrôt  auoir  plus  particulière  coenoil- 
fance.  Pour  le  fubieft  prefent ,  il  fuftira  de  dire 
que  cefté  pierre  qu'ils  appelle't  bezaar,  fe  trouue 
enl'cftomach  &  ventre  de  ces  animaux ,  quel- 
quefois vne  feule, &  quelquefois  deux,  &  «ois, 
&  quatre.  Elles  font  beaucoup  différentes  entte 
elles,  en  lafortne.en  la  gradeur,&  en  lacouleur: 
d'aurât  que  les  vnes  font  petites,côme  auelines, 
&  encor moindres,  les  autres  font  comme  des 
noix  ,les  autres  comme  des  ceufs  de  pigeons ,  « 
quelquesvnesauffi  grades  cômevn  œuf  de  poul- 
ie &  en  ay  veu  d'aucunes  de  la  grandeur  d  vne 
•  orange:en  la  forme.lesvnes  font  de  forme  rode, 
ksaurres  d'oualle,  lesautres  de  façon  de  lentil- 
le &  de  plufieurs  aurres  formes.  Pour  leur  cou- 
leur ,  il  y  en  a  de  noires ,  de  blanches ,  de  gnles 
deverd-brunes.d'autresquifontcomedorees 
'  Ce  n'eft  pas  vne  règle  certaine ,  que  de  regarder 
la  couleur ,  nv  la  figure ,  pour  .uger  quelles  font 
les  meilleures,  ou  les  plus  fines  Toutes  ces  p  er- 
rcs  font  formées  8c  compofees  de  diuerfes  tum- 


desjndes.  Liure  IV.  2o6 

ques,  ou  pellicules  fclesvnes  fur  les  autres.  En 
la  Prouince  de  Xaura  ,  Se  en  d  autres  Prouinces 
du  Peru,  l'on  trouue  de  ces  pierres  en  diuerfes 
fortes  d'animaux ,  fiers  ôc  domeftiques,  comme 
ésGuanacos^ç5.Pacos,ésVicunes,&ésTaru. 
gues,d  autres  y  adiouftet  vne  autre  efpece,qu'ils 
difent  eftre  chèvres  fauuages ,  ôc  font  celles  que 
les  Indiens  appellent  Cypris.  Ces  autres  fortes 
d  animaux  font  fort  cogneuè's  au  Peru,  ôc  en 
auons  défia  traitté  cy  defTus.  Les  Guanacos  ou 

moutons  du  pays,  &  les  Pacos,ontcommune- 
ment  ks  pierres  plas  petites,  ôc  noirettes,  ÔC 
rie  font  pas  tant  eftimees,  ny  approuuees  pour 
j vfage  de  la  médecine.  On  tire  les  plus  grof- 
fes pierres  de  bezaar,  des  Vicunes,  êc  font  gri- 
sou blanches,  ou  de  verdobfcur,  lefquelles 
font  tenues  pour  ks  meilleures.  L'on  eftime 
quecellesdes  Tarugues  font  les  plus  excellen- 
tes, dont  il  y  en  a  quelques-vnes,bien  groiîes, 
elles  font  communément  blanches,  tirans  fur 
le  gris,  &  ont  leurs  tuniques  .V  pellicules,  com- 
munément plus  grottes  <k  efpaiiTes  que  les  au- 
tres. Lon  trouue  la  pierre  bezaar  efgalement 
autant  aux  mafles,  qu'aux  femeUes.  Tous  les 
animaux  qur l'engendrer  ruminent,  &  ordinai- 
rement paiuent  parmy  les  neiges,  &  les  ro- 
ches. Les  Indiens  racontent  de  tradition  ôc  en- 
feigncment  de  leurs  pères  Ôc  anciens,  que  en  la 
Prouincede  Xaura,  &  en  d'autres  Prouincesdu 
Peru,  il  y  a  plufieurs  herbes  ôc  animaux  veni- 
meux, Iefquels  emrjoifonnent  l'eau,  &  les  pâ- 
turages où  ils  boiuent  Se  mangent,  &  où  ils 
fleurent.  Defquelles  herbes  venimeufesily  en 


Hifioire  naturelle 

avne  qui  eft  fort  cogneuë  de  la  vicugnepatvn 
inftinÛ  naturel,  &  des  autres  animaux  qui  en- 
eendrent  la  pierre  bezaar,  lefque ls  mangent  ce- 
le  herbe,  &  par  le  moyen  Scelle  Us  fe  préfet- 
uentdupoifon  des  eaux  &  des  pafturages ,  & 
ainft  difent-ils  que  de  cefte  herbe  fe  forme  en, 
leur  eftomach  cefte  pierre,  d'où  elle  tire  toute 
la  vertu  qu'elle  a  contre  le  poi(on,&  les  autres 
opérations  merueilleufes.  C'eft  1  opinion  & 
tradition  des  Indiens ,  defcouuerte  par  des  per- 
fonnes  fort  expérimentes  au  Royaume  du  1  e- 
ru,  ce  qui  s'accorde  auec  la  raifon ,  &  auecce 
que  Pline  raconte  des  chèvres  montagneres, 
in.hb.io.  Quelles  fe  noumlTent,  &paiffentdepoilon, 
* 7Î'        fans  qu'il  leur  falTe  mal.  Les  Indiensinterrogez 
poutquoyles moutons,  les  vaches,  chèvres  K 
veaux",  del'efpece  de  ceux  de  Cartille ,  n  ont  pas 
la  piètre  de  bezaar,  veu  qu'ils  paiflent  es  melmes 
roches  que  font  les  auttes  ;  refpondent  qu ils 
necroyent  pas  que  ces  fufdits  animaux  de  Ca- 
fi  die,  mangent  cefte  herbe,  &  qu'ils  ont  mefme 
trouûé  la  piètre  bezaar  en  des  Cerfs ,  &  des 
Daims.Cela  femble  f  accorder  auec  ce  que  nous, 
fçauons ,  qu'en  la  neuue  Efpagne  il  fe  ttouue  de 
pierres  de  bezaar,  combien  quilnyaytpouu 
de  vieugnes,  de  Pacos.de  Tarugues,  ny  de  Gua- 

nacos,mais  feulementdes  Cerfs ,  en  quelques 
vns  defquels  l'on  ttouue  cefte  piètre.  Lepnn- 
cipal  effet  de  la  pierre  bezaar,  eft  contrele  ve- 
nin &  maladies  venimeufes,  encor  quily  ayt 
fur  ce  diuerfes  opinions,  &  quelques-vns  tien- 
„ent  cela  pour  mocquerie ,  &  les  auttes  en  fon 
des  miracles.  Comment  que  s  en  fou,  celt  vne 


des  Indes.  Liure  I V*  z§? 

chofe  certaine ,  quelle  eft  de  grande  opération* 
quand  elle  eft  appliquée  à  temps,  d'vne  façon 
coue-nable,  ainû  que  les  herbes,&  à  des  perfon- 
ncs  capables  &  difpofees.  Car  il  n  eft  pas  de  mé- 
decine, qui  guarifïe  infalliblement  ronfleurs. 
En  Efpagne,  &  en  Italie,  Ton  a  veu  d  admirables 
effedts  de  cefte  pierre  contre  la  Tauerdette,  qui 
eft  vne  efpece  de  pefte,roais  non  pas  tât  auPeru. 
L'on  l'applique  pilee&mife  en  quelque  liqueur, 
quife  puiiTe  accommoder  pour  la  guerifondç 
lamelancholie,mal  caduc,flebvres  peftilentieu- 
fes,&pourpIufieurs  fortes  de  maladies.  Lesvns 
la  prennent  auec  du  vin,  ks  autres  auec  du  vin- 
aigre ,  auec  eau  dazahac,  de  langue  de  bœuf,  de 
bourraches,  &  d  autres  fortes,  que  diront  les 
Médecins  &  Apoticaires.  La  pierre  de  bezaar 
n'a  aucune  faveur  propre ,  comme  mefme  le  dit 
Rails  Arabe,  L'on  en  a  veu  quelques  experien* 
ces  remarquables,  &  n'y  a  point  de  doute  que 
Tautheur  de  tout  ce  t  vniuers,n'ait  dôné  de  gran- 
des vertus  à  cefte  pierre.  Les  pierres  de  bezaar, 
qui  viennent  de  l'Inde  Orientale,  ont  ie  premier 
lieu  d'eftime  entre  ces  pierres,  lefque/ies  font 
de  couleur  ôliuaftre,  le  fécond  celles  du  Peru,<3c 
le  troiiiefme  celles  de  la  neuue  Efpagne.  Depuis 
queronacômencé  de  faire  eftat  de  ces  pierres, 
ilsdifentqueles  Indiens  en  ont  fophiftiqaé, 8c 
fait  d'artificielles;  &  plufleurs  quand  ils  voyent 
de  ces  pierres  plus  grandes  que  les  ordinaires, 
croyent  que  ce  font  pierres  faufles,&  vne  tronv 
perie:  neantmoins  il  y  en  a  de  grandes  fort  fines, 
&  de  petites  qui  font  contrefaites.  L'efpreuue 
&  expérience,  eft  le  meilleur  maiftre  deles  co- 


ffifioite  naturelle 

gnoiftrc.  Vnechofeeft digne  d'admirer,  qu'ils 
naifTent  &  fe  forment  fur  des  chofes  fort  ettra/ï- 
ges,  côme  fur  vn  fer  d'efgaillette  fur  vne  efplin- 
gue,  ou  fur  vne  bûchette,  que  l'on  trouue  au 
centre  de  la  pierre,  ôc  pour  cela  ne  tiennent-ils 
pas,  quelle  foit  faufil-,  pour-ce  qu'il  a-rriue que 
l'animal  peut auoirauallé  cela,  &  que  la  pierre 
fe  caille&  s'épaiffit  là  deffus,qui  va  croiirant  vne 
coquillel'vne  fur  l'autre,  cV  ainfi  s'augmente.  Te 
veidsau  Peru  deux  pierres  fondées  &  formées 
fur  des  pignons  de  Catfille ,  ce  qui  nous  fit  tous 
beaucoup  efmerueiller,  pour- ce  qu'en  tout  le 
Peru  nous  n  allions  point  veu  de  pignes ,  ny  de 
pignons  de  Caftille,  s'ils  neftoient  apportez 
cTEfpagne,ce  qui  me  femble  chofe  fort  extraor- 
dinaire. Ce  peu  fuffile ,  touchant  les  pierres  bc- 
zaars.  On  apporte  des  îndes  d'autres  pierres  me- 
decinalles ,  côme  la  pierre  d'Hyiada  ■  ou  de  Ra- 
te, la  pierre  de  fang ,  de  laid ,  &  de  mer  :  Celles 
qu'ils  appellent  Cornerinas,  pour  le  cœur  def- 
quelles  il  n'efl;  point  de  befoing  de  parler,  pour 
n  auoir  rien  de  cômun  à  la  matière  ècs  animaux 
dont  nous  auô  traitté.  Ce  qui  eft  dit,  (oit  pour 
faire  entendre  comme  le  grand  Maiftre  &  Au- 
theur  tout  puiflant  de  lvniuers ,  a  departy  Ces 
dons ,  &  fecrets  merueilleux  à  toutes  les  parties 
du  monde,  pour  lefquels  il  doit  eftre  adoré  & 
glorifié  par  tous  les  fiecies  des  fiecles.  Amen, 


20S 


Prologue  des  Liures  fuiuans. 

Tant  traitfé  ce  qui  concerne  l'hi- 
i foire  naturelle  des  Indes,  te  trait- 
teraycy  après  de  thifioire  morale, 
_  Cefàdire,  des  coutumes,  &  fait  s 
des  Indiens.  Car  après  le  Ciel,la  température^* 
Situation,  é-  les  qualiteTju  nouueau  monde, 
après  les  éléments,^ les mixtes ,ie  veux  dire 
les  metaux,plantes,  &  animaux,  dequoynom 
*w»s  farté  aux  liures precedens.ee  qui  s  t(l pre- 
fente:  L'ordre  &  rai/on  noitt  inuite  à  pour) mure 
&  entreprendre  le  tramé  des  hommes  qui  ha- 
Ment aunouueau monde.  C'eftpourquoyiepre- 
tens  dire  aux  liures  fuiuans,  ce  qui  me  femble- 
radtgned'eftre  recité  fur  ce  fuiet.  Etpourceque 
1  intention  de  cefe  h  foire  Xeft  ftU  fajJtu 
four  donner  cognoiffance  de  cequijepafe  aux 
Indes,  mats  aufi pour  acheminer  cefe  cornetf- 
Jjf'^fruiffquel'onpeutttrerdtcelle^utU 
dardera  ce  peuple  à faire  leurfalut,  é-ghrifier 
le  Créateur  &  Rédempteur  qui  les  a  tirez  des 
tendres  trefobfcures  de  leur  infidélité,  &  leur 
Acomumque  l'admirable  lumière  de  fin  Evan- 
gile. Fartant  premièrement  te  dirayen  ces  li- 
wvjitmnt,  ce  qui  touche  leur  religion,  ouf». 


perfiitic*,  leurs  couples,  leurs  Mairies  ,& 

teurs/aiffs.Etpourceq^lamemotres^cn- 

fruee  entre  la  nation  Mexiquaine ,  de  leurs 
itmencemens^afiions,guerres^  autre 
cbo/esdignesderaconter,outrecequi/erata- 
têLliurefixu/rne^feray-vnpropre  &paru- 
iutierdi jLrsaulwe  feptiefme^qu  amon- 
flrer  la  dtfofinon  &  Augures  que  ces  nations 

SeknmMutJedeuoittftendreencesterres& 
Z%bJueràjoy,comnledafaitentcHtler' 

Ledegrandewfiderawn  devoir  comme  la 
^tuinfprouidence^ordonné,quelalumieredc 
fatal  trouva?  entrée  aux  dernières  fins  & 
J bines delaterre.  Ce  nefi  point  ehofe  qui  fi 

de  mon  protêt  défaire  maintenant  ce  que  les . 

Efpagnolsontfaitencespartieslacanlya^ 

%  de  liures  e/critsfur  cefte  marne,  &  non 
pluscequelesferuiteursduSeig^uyonttra- 

Zte  à  fruthp,  d'autant  que  cela  requiert 

Seulement  de  mettre  ccfie  hiftom  Relation, 
auxportesde  t 'Euangik ,puis  *'**&■ 
toute  acheminée  àf^ecognojfireleschofis 
naturelles  &  moralles  des  Indes,  afin  qu  Je 


fimtuel   &le  Ckrejïunifmcy  foit  fimtél 
trente ,  comme  Uefi  amplement  cxpl^f 
presque  nous  auhefcrttA^JU^ 
uctlled aucunes façons ,  &  coufiumes  deTi 

f^^utme/pr>/ercommetdtots,oules 
auoten  horreur    tmm  Mw£& 

?»c  les  me/mes  cbefis,  votre  dep/res ,  ont  1 
«eues  entre  les  Grecs  &  Us  Romains]  auiit 
commandes  tout  lemonde  ,  commet  nZZZ 
facilement  entendre  non  feulement  deLZ 

Tbeoaoret,  &  autres,  matsaufst des  leurs  mef- 

[ff     4r  k  rnnce  de*  ténèbres  e/lant  le 
cbefde  toute  infidélité,  cen'efipas  «$*£ 

M  d ^uuer  entre  les  tnfiilcs des  crÎZi 
destmmondtces^âesfolltes,  propres  &, £ 
ucnablesàvntelmatftre.  EttLnLekZ' 
cccns  Gentils  ayentde  beaucoup /«§&*& 
cy  du  nouueau  monde,  en  JeJ^  ^ 
^^»eantmotnspeuUonreZ^Z 
jylfurscbo/esdtgnes  de  mémoire.   Mati 
™J'»l¥>pU'Uya,eficommtdegens  barbZ 
rcs,lefqUels priuez,  de  la  lumière  Lernaturel 


LIVRE    CINQJVIESME 

DE    LHIS^TOIRE    NATV- 
relle  &  morale  des  Indes. 


lob.  41. 


J>)ue  l'orgueil  &  l'enuie  du  diable  a  ejléla 
caufe  de l "idolâtrie 

Chapitre    premier. 

S  'O  R  g  v  e  1  e  &  la  prefomption 
du  diable  eft  fï  grande  &  fi  obfti- 

j!  née  ,  que  toujours  il  appette& 
s'efforce  de  fe  faire  honorer 
pour  Dieu  ,&  tout  ce  qu'il  peut 

{ defrober  &  s'approprier  de  ce 
qui  appartient  au  très-haut  Dieu,  iine  celle  de 
le  faire  aux  nations  aueugles  du  mondejefquel- 
les  la  lumière  &refplendeurdufainc"t  Euangile 
n'a  point  encore fclaircies.  Nous  lifonsen  lob 
de  cet  orgueilleux  tyran,  qu'il  met  fes  y  eux  au 
plus  haut ,  &  qu'entre  tous  les  fils  de  l'orgueil  il 
eft  le  Roy.  Lesdiuines  Efcritures  nous  enfek 
gnét  fort  clairement  fes  mauuaifes  intentions,  & 
fatrahifonfi  outrecuidee,  par  laquelle  il  âpre- 
tendu  efgaikr  fon  tkofne  acéluy  de  Dieu^ 


des  Indes.   Liure.  V  2.10 

iœluy  difanten  Eftye:n,  4/.***/.^ ■    iem^  ; 

^»^^fejd^qHumufafovUhJ 

n^crferyfimUMe™  Très  baur.Et  en  EzechieJ: 

*fi»  en  U  chaude  D,e»  au  m,l,eu  de  h  mer  Ainfi  ton  %     , 
jours prefifte Satan d  ce  mefchant  «±fc£fe  *^'i8' 
fcm-eD.eu.  Et  combien  queleiufte,  &  feuere 
chafhment  du  tref  haut  l'ait  defpouilWd  Su! 
tefa  pompe,  &fa  beauté',  par  laquelle  il  s'eftoit 
enorpeuly  .ayant  eftétraftté  comme  merico/t 
la  telonme  &  indtfcretion ,  ainfi  qu'il  eftefcric 
auxmefmes  Prophètes:  neâtmoin^na  pasd  1 
m.nue  d  vn  pomt  fa  mefchante  &  peruerfe  in- 
tention %  laquelle  il  domonftre  L  tous  les 
moyens  qui  luy  font  pofsibles ,  comme  vn  chien 
enrage,  mordant  lefpee  de  laquelle  Ion  le  frap 
pe.  Car  comme  il  eftefcrit,  l'orgueil  de  ceux 

croiflant.  D  ou  vient  le  perpétuel  &  eftrange  >***7h 
foacy  que  cet  ennemy  de  Dieu  a  toufiourseu 
de  fe  faire  adorer  des  hommes,inue„tant  tant  de 
genres  d  idolâtries  ,  par  lefquelles  il  a  tenu  fi 
long  temps  fubjette  la  plus  grande  partie  du 
monde     de  forte  qu '/peine  refte-if  1  Dieu 
vn  coing  de  Ton  peuple  d'Ifrae!    VrA^   - 
kfortdf  l'Euaiil/la  ^a^S^  ****• 
que  par  la  force  de  la  croix,  il  a  brifé  &  ruiné  les 
plus  importantes  &  puiffantes  places  de  fon    . 
Royaume;  par  fa  mefme  tyrannie  il  a  com- 
mence d-affaillir  les  peuples  &  nations  les  Tus 
ignées  &  barbares  ^'efforçant  de  gjg 

Ddi;      — 


Hiftoire  naturelle 
lier  entr'euxla  fauiTe  &  menfongere  dîuinité, 
laquelle  le  fils  de  Dieu  luy  auoit  oftee  en  fon 
Egile  l'enchaifnant  &  enfermant  comraeen 
vne  cage  ,ou  prifon,ainfi  qu'vne  belle  funeufe  a 
fa  dandeconfufion ,  &  refiouyffance  desferm- 
teurs  de  Dieu,  comme  ille  fignifie  en  lob.  Mais 
en  fin  ores  que  l'idolâtrie  aefté  estirpee  de  la 
meilleure ,  &  plus  notable  partie  du^nonde  ,  il 
•  s'eft  retiré  au  plus  esloigné  ,  &  a  règne  en  celle 
autre  partie  du  monde,laquelle  combien  quelle 

foit  beaucoup  inférieure  en  noblefle.ne  l'eft  pas 
toutesfois  en  grandeur  &  largeur,  il  y  a  deux' 
caufes  &  motifs  principaux,pour  lefquels  le  dia- 
ble s'eft  tant  eftudiéd  planter  l'idolâtrie  &  toute 
infidélité  ,  de  telle  façon  qu'a  peine  l'or itrouue 
aucune  nation  ,  où  il  n'y  ait  quelque  idolâtrie. 
L'vne.eft  fa  grande  préemption  &  orgueil,qui 
eft  telle ,  que  qui  voudra  confiderer  comme  il  * 
&*i  +•    bien  olé  s'attaquer  au  mefme  Fils  de  Dieu  & 
vrayDieu  ,  en  luv  difant  eftrontement  qu  il  fe 
profternaftdeuant'luy,&  qu'ill'adoraft,cequ  il 
faàfoit ,  combien  qu'il  ne  fceuft  pas  afferment- 
que  c'eftoit  le  mefme  Dieu  ,  mais  pour  le  moins 
aW  quelque  opinion  qu'il  fiift  fetW  de  Dieu. 
Cruel  &  efpouuantable  orgueil ,  d  ofer  ainfi  in- 
dignement attaquer  fon  Dieu  !  certainement  ce- 
luv-!à  ne  trouuera  pas  beaucoup  eftrange ,  qu  il 
fe  fafie  adorer  côme  Dieu ,  par  des  nations  ,gno  - 
rantes  ,  puis  qu'il  s'eft  voulu  faire  adorer  par 
Dieu  mefme ,  en  fe  difant  Dieu ,  bien  qu  il  fo.t 
vne  fiabominable&  deteftable  creature.L  autre 
caufe&  motif  de  l'idolâtrie,  eftlahaynemor- 
téll^&mimiUéqu'ilaconccûçpouuamajïfion- 


des  Indes.  Liure.  V.  m 

très  les  hommes.  Car  comme  dit  le  Sauueur  dés 
le  commencement  il  aeftc  homicide  ;  &  retient 
cela  comme  vne  condition.  &  proprietéinfepa- 
rabJedefa  mefchanceté.  Et  pource  qu'il  fçaic 
que  le  plusgrand  mal'heur  dej'homme,  eft  d'a- 
dorer lacreature,comme Dieu;  à cefte occafïon 
xi  ne  celle  d'inuenter  toutes  fortes  d'idolâtries, 
pour  deftruire  les  hommes  &  les  rendre  ennemis 
deDieu.  Ily  adeuxmauxque  le  diable  faiten 
i  idolâtrie,  1  yn  qu'il  nie  fon  Dieu  ,  fuiuant  ce 
p^ge^deUfelcDieu^racre/:  Etlautre,  Veut. 
qu  ils  affublent  à  vnechofeplus  baiTe  queluy 
pource  que  toutes  les  créatures  font  inférieures 
a  la  rauonnable,  &  le  diable,  encor  qu'il  foit  fu- 
peneur  de  l'homme  en  nature  ,  neantmoinsen 
cftat  il  eft beaucoup  inferieur,puis  que  l'homme 
en  cefte  vie  eft  capable  de  la  diuinité  &  éternité 
Parce  moyen  Dieu  eft  des  honoré,  &  l'homme" 
perdu  en  tous  endroits  par  l'idolatrie3dequoy  le 
diable  fuperbe  &  orgueilleux  eft  fort  content. 


Veplufaurs fortes  d'idolatrié >, de/que  lies  les    - 
Indiens  ont  <vfé. 

Chapitre   II. 

'Idolâtrie,  dit  le  faind  Efprit  parle  fy  i4- 
Sage,eftlacaufe,  le  commencement, 
&  la  fin  de  tous  maux ,  pour  cefte  oc- 
caiion  i'ennemy  des  hommes  a  mul- 
tiplie tant  de  fortes  Ôc  diuerfitez  d'idolâtrie,  que 

Dd  m 


Hiftoire  naturelle 
ce  feroit  chofe  infinie  de  les  conter  toutes  parle 
menu  ;  Toutesfois  on  pourra  réduire  toute  1 1- 
doladrie  en  deux  chefs.l'vn  qui  eft  fur  les  choies 
naturelles  ,  &  l'autre  fur  celles  qui  font  imagi- 
nées ,  &  compofees  par  inuention  humaine.  La 
première  d'icelles  eftdiuifee  en  deux,  car  ou  la 
chofe  que  l'on  adore  eft  generalle,comme  le  So- 
leil,laLune,lefeu,laterre,&lesElemens:ou  el- 
le eft  particulière ,  comme  vne  certaine  nuiere, 
vné  fontaine,  vn  arbre ,  &  vne  foreft,  quand  ces 
chofes  ne  font  point  adorées  généralement  en 
l'efpece  dont  elles  font ,  mais  qu'elles  Contant 
feulement  adorées  en  leur  particularité.  De  ce 
premier  genre  d'idolâtrie ,  ils  ont  excefsiuement 
vféau  Peru,  &  l'appellent  proprement  guaca. 
Le  fécond  genre  d'idolâtrie  qui  defpemldvne 
inuention  ou  fiaion  humaine,fe  peut  me.me  di- 
uiferen  deux  fortes.  L'vne  qui  regarde  le  pur 
art ,  &  inuention  humaine ,  comme  d  adorer  les 
idoles,ou  les  ftatues  d'or.de  bois,ou  de  pierre.de 
Mercure  ,  ou  de  Pallas.quine  font ,  ny  n'ont  la- 
mais  efté  rien  autre  chofe  que  la  peinture:  & 
l'autre  q  ui  concerne  ce  qui  reallement  a  elte ,  ec 
eft  véritablement  quelque  chofe    mais  non  pas 
telle ,  que  ce  que  l'idolâtrie  qui  1  adore  en  feint 
comme  les  morts,  ouïes  chofes  qui  leur  font 
propres,  que  les  hommes  adorent  par  vanité ,  & 
Lterie.  De  forte  que  nousles  redu.fons toutes 
en  quatre  fortes  d'idolâtrie,  dont  vfent  les  inh- 
delles ,  de  toutes  lefquelles  il  nous  conuiendra 

dire  quelque  chofe. 


des  Indes.  Liure.    V. 


ut 


^ue  le  s  Indiens  ont  quelque  cogvoiffance 

de  Dieu. 

Chapitre.    III. 

'N  premier  lieu, iaçoit  que  ks  ténè- 
bres de J  infidélité  tiennent  l'enten- 
'dément  de  ces  nations  obfcurcy; 
toutesfois  en  beaucoup  de  cho- 
^  Tes,  la  lumière  de  la  vérité,  &dela 
rai/bn  ne  laine  pas  d'opérer  quelque  peu  en  eux, 
C'eftpourquoy  communément  ils  tiennent,  & 
recognoiffènt  vn  fupréme  Seigneur,  8c  Autheuf 
detputeschofes  ,  lequel  ceux  du  Peru  appel - 
loient,Viracocha ,  &  luy  donnoient  des  noms  de 
grande  excellence ,  lappellans  Pachacamac  ■  ou 
Pachayachachic,  qui  eft  Créateur  du  Ciel  &  de 
la  terre,  èVVfapu,  qui  eft  admirable,  &  autres 
nomsfemblables.C'eftceluyqu'ilsadoroient,&: 
eftoït  le  plus  grand  de  tous,lequel  ils  honoroient 
en  regardant  au  Ciel.On  en  peut  voir  autant  en- 
tre ceux  de  Mexique ,  &  auiourd'huy  entre  les 
Chinois,  &  entous  autres  infidelles.  Cequife 
rapporte  fort  bien  à  ce  que  raconte  le  liure  des 
Ades  des  Apoftres^uefaind  Paul  fetrouua 
en  Athènes,  où  il  veitvn  autel  intitulé,  ignoto 
Deo ,  au  Dieu  incogneu,  d'où  l'Apoftre  print  *Ç*& 
occafîon  de  les  prefcher  leur  difant,  Ceïtpy^e 
vom  Autres  adore^fins  le  cognoiftre ,  efi  cdm  ^ue  tepref- 
<be.  Demefme  ceux  quiprefchentauiourd'kiy 
l'Euangile  aux  Indiens,  netrouuent  pas  beau- 
coup de  difficulté  à  leur  perfuader  qu'il  y  a  vn 
Dieu  fuprcnae  ,  8c  Seigneur  de  toutes  chofes, 

Dd  iiij 


17. 


Hiftoire  naturelle 
&  que  ceftuy-là  eft  le  Dieu  des  Chreftiens,&  le 
vray  Dieu,  combien  que  c'eft  vne  chofe  qui  m'a 
beaucoup  fait  efmerueiller,que  iaçoit  qu'ils  euf- 
fent  bien  cefte  cognoiffance  ,  ilsn'auoient  point 
neantmoins  de  nô  propre  ,  pour  nommer  Dieu: 
car  fi  nous  voulonsrechercher  en  langue  des  In- 
diens vnmotj  qui  refpondeâ  ce  nom  de  Dieu, 
comme  le  îatin.DW* ,  le  grec,  rW,  l'Hébreu,*/. 
l'Arabie,  .Ma,  l'on  n'en  trouuera  aucun  en  lan- 
gue de  Cufco,  ny  en  langue  de  Mexicque.  D'où 
vient  que  ceux  qui  prefehent,  ou  efcriuent  aux 
Indiens,  vfent  denoftrc  mefmenom  Efpagnol, 
Dios,  s'accommodansà  l'accent  &  prononcia- 
tion propre  des  langues  Indiennes ,  qui  font  fort 
différentes.  D'où  il  appert  le  peu  de  cognoiiTan- 
ce  qu'ils  auoient  de  Dieu ,  puis  qu'ils  ne  le  peu- 
uent  pas  mefm  es  nommer ,  fi  cen'eft  par  noftre 
mefmemot.  Toutesfois  à  la  vérité, _  ils  ne  laïf- 
foient  pas  d'en  auoir  vne  cognoiflance  telle 
quelle.  C'eft  pourquoy  ils  luy  firent  au  Peru  vu 
tres-richetemple,qu'ils  appelaient  la  Pachaca  - 
mac,qui  eftoit  le  principal  Sanctuaire  de  ce  roy- 
aume. Et  comme  il  a  efte  dit,ce  mot  de  Pachaca- 
mac, vaut  autant  que  Créateur ,  combien  qu  en 
ce  temple  ils  excerceaflent  auisi  leurs  idolâtries, 
adorant  le  diable,&  lesfigures.IJs  faifoient  mef- 
me  des  facrifices,&  offrandes  au  viracocha ,  qui 
tenoit  le  fuprefme  lieu  entre  les  adoratoires  que 
lesRoysInguas  ont  eu.  Delà  vint  qu'ils  appel- 
ioient  les  Efpagnok  viracochas,  parce  qu  ils 
auoient  opinion  qu'ils  eftoient  fils  du  Ciel ,  & 
diuins  ,  de  mefme  que  les  autres  attribuèrent 
ynedeïtéà  Paul,&  a  Barnabé^ppellansl'vnl^ 


Plat.i»  Tiw 

■.yfnfi.C. 


des  Indes.  Livre.    V.  zl$ 

pker,&  l'autre Mercure;  ainfi  ils  vouloient  leur 
offrir  des  facrifices ,  comme  à  des  dieux,  &  tout 
de  mefme  que  les  Barbares  de  Melite  (  quieft 
Malthel)  vo  vans  que  la  vipère  ne  faifoit  point  de 
malàTApoftreJ'appelloient  Dieu. Doc  comme  ^tf.  xp 
airffifoit  queceftvne  vérité  conforme  a  toute 
bonne  raifon  ,  qu'il  y  ait  vn  fouuerain  Seigneur 
&  Roy  du  Ciel,  lequel  les  gentils  auec  toutes 
leurs  idolâtries  &infidelité,  n'ont  pas  nié  ,-  ainfî 
que  l'on  voit  en  la  PhilofopSie  du  Timee  de 
Platon,  enlaMethaphyfiqued'Ariftote,  &en 
l'Jifculape  de  Trifmegifte ,  comme  mefme  es  vUtmo.^. 
Poéfies  d'Homère, &  Virgile. Delà  vient  que  les  Metbap. 
Prédicateurs  Euangeliques  n'ont  pas  beaucoup  T**m*g~  J 
de  difficulté  à  planter ,  8c  perfuader  cefte  vérité  P^*tf  t 
d'vn  fupréme  Dieu ,  quelques  barbares  &  be- 
(Halles  que  foient  les  nations,  aufquellesils  pref- 
chent.Maisilefttres  difficile  de  leur  defraciner 
de  lentendement  qu'il  n'y  ait  nul  autre  Dieumy 
autre  deïté  qu'vne  feule,  &  que  toutes  les  autres 
chofesdefoy  n'ont  point  de  puiffance  ny  de- 
ftre,  ny  d'opération  qui  leur  foit  propre  ,  linon 
ce  que  le  tres-grand,feulDieu  ,  &  feul  Seigneur 
leur  donne,  &  leur  cômunique.  En  fin  il  eft  ne- 
ceiîaire  de  leur  perfuader  cela  par  tous  moyens, 
en  reprouuant  leurs  erreurs  ,  tant  en  ce  qu'ils 
faillent  vniuerfellement  ,   d'adorer  plus  d\n 
Dieu,  qu'en  particulier  (qui  eft  beaucoup  da- 
uantage)  de  tenir  pour  dieux  ,  &  de  demander 
ayde ,  &  faueur  ,  des  autres  chofes  qui  ne  font 
point  dieux,&  n'ont  aucun  pouuoir ,  que  celuy 
que  le  vrayDieu^leurSeigneur^Createur  leur 
concède. 


Hiftoire  naturelle 


Va  premier  genre  de  l'idolâtrie  fur  les  chvfes 
naturelles  y  érvniuerfelles. 

Chapitre     IV. 

PresleVirachocha,  oulefuprc- 
!  me  Dieu  (le  plus  fouuent  &  corn  - 
munement  entre  tous  les  inndel- 
les)ce  qu'ils  ont  adoré,&  adorent, 
_  eft  le  Soleil  ,  &  après  les  autres 
chofes  qui  font  les  plus  remarquables  en  natu- 
re celefte  ou  élémentaire  ,  comme  la  Lune, 
lesEftoïlles,  k  mer,  &  la  terre.  Lesguacas,  ou 
adoratoires  que  les  Inguas  Seigneurs  du  Peru, 
auoient  en  plus  grande  reuerence ,  après  le  vi-ra- 
coeha,&r  le  Soleil  ,eftoit  le  tonnerre,quils  appel- 
aient par  trois  diuers  noms,Chuquilla,  Catuil- 
Ia,&  Intiillapaj  f'imaginans  que  c'eft  vn  homme 
qui  eft  au  Ciel,auec  vne  fonde,&  vne  maUue,  & 
qu'il  eft  en  fa  puhTance  de  faire  pleuuoir ,  gref- 
Ier,tonner,&  tout  le'refte  qui  appartient  à  la  ré- 
gion de  l'air  ,oû  fe  créent  les  nuages.  C'eftoit  vne 
guaca(ainfiappelloient-ils  leurs  adoratoires)ge- 

neralle  a  tous  les  Indiens  du  Peru ,  &  luy  ot- 
froient  diuers  facrinces,&  en  Cufco,qui  eftoit  la 
Cour  &  ville  Métropolitaine,  ils  luy  facnnoient 
rnefmedesenfans,comme  au  Soleil.  Ilsadoroiet 
ces  trois,  Viracocha,leSoleil,&  letonnerre,d  v- 
ne  autre  façon  que  tout  le  refte ,  ainfi  que  Pol- 
io cfcrigt lauoir expérimente' ,  qui  eftqit  quils 


desjnâes.  Liure.  V.  114 

mettaient ,  comme  vn  gantelet  ,  ou  bien  vn 
gand  en  leurs  mains ,  quand  ils  les  hauiloient 
pour  les  adorer.  Ils  adoroient  mefme  la  terre, 
laquelle  ils  appelloient ,  Pachamama ,  à  la  fa- 
çon que  les  anciens  celebroient  la  deefle  Tel- 
lus  :  &  îa  mer  aufsi ,  qu'ils  appellent  Mamaco- 
cha,  comme  les  anciens  adoroient  Thetis,  ou 
Neptune.  Dauantage  ils  adoroient  Tare  du 
Ciel,  &  eftoient  les  armes  &  blafons  de  l'In- 
gua,  auec  deux  couleuures  eftenduës  auxeo- 
fiez.  *  Entre  les  Eftoilles  communément  tous 
adoroient  celle  qu'ils  appellent  Colça  ,  que 
nous  appelions  par  deçà  les  Cabrilles.  Ils  at- 
tribuoient  àdiuerfes  Eftoilles diuers  offices,  & 
ceux  qui  auoient  befoing  de  leur  faueur  ,  les 
adoroient  comme  les  Pafteurs  adoroient,  &  fa- 
crifiojent  à  vne  Eftoille  qu'ils  appelloient ,  Vr- 
cuhillay  ,  qu'ils  difent  eftre  vn  mouton  de  plu- 
fieurs  couleurs,  ayantlefoingde  la  conferua- 
tion  du  beftial ,  &  tient  Ton  que  c  eft  celle  que 
les  Aftrologues  appellent  Tyra.  Ces  Pafteurs 
mefme  adorent  deux  autres  Eftoilles  qui  vont 
&  cheminent  proches  d'icelles  ,  lefquelles  ils 
nomment ,  Catuchillay  &  Vrcuchillay ,  &  fei- 
gnent que  c'eft  vne  brebis  &  vn  agneau.  D'au- 
tres adoroient  vne  Eftoille  qu'ils  appellent  Ma- 
chacuay  ,  à  laquelle  ils  attribuent  h  charge  & 
puuîance  furies  ferpens  &  couleuures  ,  pour 
empefeher  qu'ils  ne  leur  filîent  mal.  Ils  attri- 
buoient  la  puiflance  d'vne  autre  Eftoille ,  qu'ils 
appelloient  Chuquinchinchay ,  qui  vaut  autant 
que  tigre  fur  les  tigres ,  les  ours  &  les  lyons, 
Se  ont  creu  généralement  que  de  tous  les  ani^ 


• 


j/îfioire  naturelle 
maux  qui  (ont  en  la  terre ,  il  y  en  avn  feu!  au 
Ciel  qui  leur  eft  femblable,  lequel  a  la  charge 
&le  loin  de  leur  procréation  &  augmentation. 
Etainfiils  remarquoient  &  adoroient  plufieurs 
&  diuerfes  eftoilles ,  comme  celles  qu'ils  ap- 
pelaient Chacana,  Topatarca,  Mamanâ ,  Mir- 
co,Miquiquiray,&  plufieurs  autres. Tellement 
qu'il  femble  qu'ils  approchoient  aucunement 
des  propofitions  des  Idées  de  Platon.  Les  Me- 
xiquains prefque  delà  mefme  façon  ,  après  le 
fuprémeDieu  adoroient  le  Soleil.  C'cft  pour* 
quoy  ils  appelloient  Hernando  Cortez  (com- 
me il  l'efcrit  envne  lettre,  enuoyee  à  l'Empe- 
reur Charles  le  Quint)  fils  du  SoleiLpour  fa  di- 
ligence &  courage  à  cîrcuir  la  terre.  Mais  ils 
fâifoient  la  plus  grande  adoration  à  l'idole  ap- 
pellee  Vitzilipuztli ,  lequel  en  toute  cefte  ré- 
gion ils  appelloient  le  Tout-punTant  &  Sei- 
gneur de  toutes  chofes.  Pour  cefte  caufe  les 
Mexiquains  luy  battirent  vn  temple  le  plus 
grand  ,  le  plus  haut  ,  le  plus  beau,  &  le  plus 
magnifique  &  fomptueux  de  tous.  La  fituation 
&  fortererene  duquel  fe  peut  conie&urer  par 
les  ruines  qui  en  font  demeurées  au  milieu  de  la 
Cité  de  Mexique   Mais  en  ceft  endroit  l'idolâ- 
trie des  Mexiquains  a  efté  plus  pernicieufe  & 
dommageable,  que  celle  des  Inguas ,  comme 
l'on  verra  mieux  cy  après,  d'autant  que  la  plus 
grade  partie  de  leur  adoration  &  idolâtrie,  s'oc- 
cupoit  aux  idoles,  &non  pas  aux  mefmes  cho- 
fes naturelles ,  combien  qu'ils  attribuoient  les 
effe&snaturelsauxidoles,  comme  des  pluyes, 
de 'la  multiplication  du  beftial,  delaguenc.dc 


des  Indes.  Liure  V.  zi$ 

h  génération,  ainfi  que  les  Grecs  &  les  Latins  fe 
font  forgez  des  idoles  de  Phcebus ,  de  Mercure 
delupiter,  deMinerue,  &  de  Mars.  En  fin  qui 
voudra  bien  confiderer  cecy  depres?trouuera 
que  la  façon  &  manière  dont  le  diable  a  vféà 
tromper  les  Indiens ,  eft  la  mefme  auec  laquelle 
il  a  trompé  &  deceu  les  Grecs  &  Romains,&  les 
autres  anciens  Gentils,  leur  faifant  entendre  que 
ces  créatures remarquables,le  Soleil,la  Lunejes 
Eftoilles  &  les  Elemens  ]  auoient  d'eux  mefmes 
le  propre  pouuoir  &  authoritéde  faire  du  bien, 
ou  du  mal  aux  hommes  :  Et  combien  que  Dieu 
ait  créé  toutes  ces  chofes  pour  le  feruice  de 
1  homme,  neantmoins  il  s'eft  tant  oublié  qu'il 
s'eft  voulu  esleuer  contre  tu  y.  Et  d'autre  part  il 
a  recogneu  &  s'eft  affubjetty  aux  créatures  qui 
lu  y  font  mefme  inférieures,  en  adorant  &  inuo- 
quant  fes  propres  ceuures,  &  lailfant  d'adorer  & 
înuoquer  le  Créateur,  comme  le  propofefort 
bien  le  Sage  par  ces  paroles:  Tous  les  hommes font  djV* 
vainsey  abufi^e/quels  la cojmoijfiince de  Dieu  ne  fe  trou- 
ue  point,  veu  qu'ils  ri  ont  pas  peu  cognoijtre celuy qui efi9 
Jat  les  chofès  mefmes  qui  leur  fèmbloient  ejire  bonnes*  Et 
îaçoit  qu'ils  cwtemplaffent  fes  œuvres ,  ils  ri  ont  pas  ts&us- 
fois  attaiht  lufquesk  la  cognotffance  de  Cautheur  cr  s»- 
urier  d'tceHes:mais  tls  ont  creu  que  le  feu ,  le  vent  f  air  agi- 
té Je  circuit  des  Ejfoilles,  les  grandes  eaiiet ,  le  Soleil  ey  U 
lune  ejloient  Dieux  crgouuemeurs  du  mdje)cr  s'e fiant 
tendu*  amoureux  de  la  beauté  de  telles  chofès ,  il  leurfèm^ 
bloit  qu'ils  le  deuotent  eflimer  comme  Dieux,  C'eft  m- 
fin  qu'ils  confderent  de  combien  plu*  beau  e fi  leur  Cre4* 
tcur>  puis  que  cefiteluy  qui  donne  les  beaute7y  $r  qui  « 
fÔ.™  *$M{ctyf*f*-  Vautre  Part  s  tls  mwentâmi* 


I 


Hifloire naturelle 

ration  U  puijfance  &  les  ejfetts  de  ces  chofes  ,  par  iceïles 
mefmes  ils  dament  entendre  de  combien  doit  ejlre  pluspuif- 
font  qu  elles  toutes  >  celuy  qui  leur  a  donné  ce/}  ejlre  quel- 
les ont ,  pource  que  l'on  peut  cometfurer  parla  beauté  o* 
grandeur  qu'ont  les  créatures^  quel  doit  ejlre  le  Créateur  de 
toutes  ces  chofes,  Iufques  icy  font  les  paroles-du  li- 
"  ure  de  Sapience,  defquelles  l'on  peut  tirer  vn 
bon  &  fort  argument,  pour  conuaincre  la  gran- 
de tromperie  des  idolâtres  infidelles,  qui  veu- 
lent pluftoftjferuir  &  reuerer  la  créature  que  le 
Rom.x.       Créateur:  comme  iuflement  l'Apoftre  les  re- 
prend. Mais  d'autant  que  cecy  n'eft  point  du 
prefent  fubied ,  &  qu'il  eft  fufhTamment  rap- 
porté aux  Sermons  que  l'on  a  efcrits  contre  \ts 
erreurs  des  Indiens,   il  fuffit  quant  à  prefent  de 
dire  qu'ils  adoroient  le  grand  Dieu  ,  &  leurs 
Dieux  vains  &  menfongers  tout  d'vne  mefme 
façon:  pourceque  la  faconde  faire  oraifon  au 
Vira cocha,au Soleil,  aux Èftoilles,  &au  refte 
des  Guacas ou  idoles,  eftoit  douurir  les  mains 
&  faire  certain  fon  auec  les  lèvres  ,  comme  de 
perfonnes  qui  baifenf,  &  de  demander  ce  que 
chacun  defiroit,en  leur  offrant  facrifices.  Com- 
bien qu'il  y  eu  il  grande  différence  entre  les  pa- 
roles dont  ils  vfoient  pour  parler  auec  le  grand 
Ticciuiracocha,  auquel  ils  attribuoient  princi- 
palement le  pouuoir  &  commandemet  fur  tou- 
tes chofes ,  &  celles  dont  ils  vfoient  a  parler  aux 
autres,  lefquels  ils  n'adoroient  feulement  que 
chacun  en  fa  maifon  commeDieux  ou  Seigneurs 
particuliers ,  &difoient  qu'ils  eftoient  leurs  in- 
terceffeursenuersle  grand  Ticciuiracocha.  Ce- 
tte façon  d  adorer  ouurantks  jjjjJjftfe^MBj 


des  Indes.  Lime.  V.  ixè 

en  baifant ,  a  quelque  chofe  de  femblable  à  celle 
que  lob  auoit  en  horreur,  comme  chofe  propre  *•*- ji» 
des  idolâtres,  difant;  Si  Uybaifé  mes  mamt  auecmt 
louche  regardant  le  Soleil  quand  d  reluit  ,  ouU  Lutte 
quand  elle  efi  claire  :  ce  qui  efi  vne  très-grande  miqutte\ 
ÇT  efi  m  er  le  très  grand  Die». 


De  F  idolâtrie  dont  les  Indiens  vferen  tfur        < 
Us  cbofes particulières. 

Chapitre    V. 

E  diable  nes'eft  pas  côtenté  de  faire  que 
ks  aueugles  Indiens adoraflène  le  Soleil, 

laLune^esEftoillesJaterre^&Iamer 
ce  pluheurs  autres  chofes  générales  en  la  nature* 
mais  ila  paiTé  plus  outre  en  leur  donnant  pour 
Dieu,  &  les  aflubieâif&ns  à  des  chofes  baifes& 
petites,*  la  plusgrad  part,ordes&iniames.L  o 
nesefpouuentera  point  de  ceft  aueuglemétdes 
barbares ,  qui  fe  voudra  fouuenir  de  ce  que  l'A-  Rom 
poftre  dit  des  Sages  &  des  Philofophes,qu  ayans 
cogneu  Dieu,ilsne  le  glorifierez  pomt,ny  ne  luy 
rendirent  grâces  comme  a  leur  Dieu,  mais  qu'ils 
le  perdirent  en  leurs  opinions  &  penfees ,  &  leur 
cœur  a  efté  endurcy  en  leur  follie,&  ont  changé 
la  gloire  &  deïté  de  l'éternel  Dieu  à  des  &L 
blançes&  figures  des  chofes  caduques  &  cor- 
ruptibles,  corne  d'hommes,doyfeaux,de  befles 
&  de  ferpens.  L'on  fçait  aflez  que  lesE-vptiens 
adoroient  le  chien  d'Ofiris ,  la  vache  d'Ifis,  &  le 
B§§8S  * Amçion  :  lesRoma^ns  adoroient  la 


Hiftoire  naturelle 
deefle  Februa,  des  fleures,  &l'oye  Tarpeïen- 
ne    &  qu'Athènes  la  fage  adoroit  le  Coq  &  le 
Corbeau,  &femblables  autres  vanitez  &  mo- 
queries ,  dont  leshiftoires  des  anciens  Gentils 
font  toutes  remplies.  Et  font  tombez  les  hom- 
mes en  vn  f.  grand  malheur ,  pour  n  auoir  voulu 
s'alfuiettirâ  laloy  de  leur  vray  Dieu  &  Créa- 
teur ,  commefaind  Athanafeletraide  docte- 
ment  efcnuant  contre  les  idolâtres.   Mais  cet 
v.nechofe  merueilleufement  effrange ,  que  le 
desbordement  &  perdition  quia  elle  en  cela 
entre  les  Indiens ,  fpecialement  du  Peru  :  car  ils 
adoroient  les  riuieres ,  les  fontaines  ,  les  em- 
boucheures  desriuieres,  lesentrees  desmon- 
taenes ,  les  roches  ou  grandes  pierres    les  col- 
lines ,  lesfommetsdes  montagnes  qu  ils !  appel- 
lent Apachitas,  &les  tiennent  pour  choie  de 
erande  deuotion.  En  fin  ils  adoroient  toute 
chofeennature  , quifur fembloit  remarquable 
&  différente  du  refte,  comme  y  recognomant 
quelque  particulière  deïtë.  L'on  me  monftra  en 
•    Caxamalca  de  la  Nafcavne  colline,  ou  grance 
terre  de  fable  qui  fut  le  principal  adoratoire, 
ou  Guacadesantiens.  ie  leur  demandois  quelle 
diuinite  ils  y  trouuoient  ,  &  ils  me  refpond.- 
rent  qu'ils  fadoroient  à  caufe  de  cefte  mer- 
ueille  qu'il  auoit  deftre  vne  terre  de  fable  trefi- 
haute  au  milieu  des  montagnes  de  pierre  qui 
eftoient  tref-efpaiffes.  Nous  eufmesbefomg  en 
la  Cité  desRoys.d'vn  grand  nombre  de  gros 
bois ,  pour  fondre  vne  cloche ,  &  pource  1  on 
coupa  vn  grand  arbre  difforme  ,  qui  pour  i* 
griur&fonantiquité  auoitefte  tagog 


des  Indes.  Liure  V*.  xi/ 

adoratoi^&Guacades  Indiens.  Etleurfem- 
bloit  qu'il  y  auoit  quelque  diuinité  en  tout  ce 
qui  auoit  quelque  chofe  d'extiaordinaire  &  dV- 
ftrangeen  Ton  genre,  iufquà  en  attribuer  au- 
tant  aux  petites  pierres  àc  métaux,  voire  aux: 
racines  ôc  aux  fruits  de  la  terre,  comme  aux  ra- 
cines qu'ils  appelaient  Papas.   Ilyenad'vne 
iorte  eftrange  qu'Us  appelaient  Lallahuas ,  lef- 
quel/es  ils  baifoient  ôc  ks  adoroient.  Ils  ado- 
rent auiTi  les  Oursiles  Lyons,  les  Tigres  &  les 
eouleuures,  afin  qu  ils  ne  leur  fa.sét  aucun  mal' 
&  tels  que  font  leurs  Dieux  ,  telles  &  auffî  plai- 
iantes  font  les  chofes  -qu'il  leur  offrent  en  k$* 
adorant.  Ils  ont  accouftnmé  quand  ils  vont  par 
chemin  d'y  ietter  ou  aux  carrefours,  aux  colli- 
nés   &principalementauxfommets,quîiisap^ 
pellcnt  Apachittas,  des  vieux  fouliers,  des  plu- 
rr jes,  du  Coca  mafché,  qui  eft  vne  heibe  dont  ils 
vfent  beaucoup.  Et  quand  ils  n'ont  rien  dauan- 
tage,  leur  îectenr  vne  pierre, le  tout  en  offrande, 
annqu  ils  les  lailfentpaiïèr,  &  qu'ils  leur  don- 
nent bones  forces,  lefquelles  ils  difent  leur  aug- 
men  ter  par  ce  moyen,  comme  il  efl  rapporte  en 
vn  Cocile  Prouincial  du  Peru.  C'eft  pourciuoy  Ccncj?'  *$ 
1  on  trouue  en  ces  chemins  de  grands  monceaux  TaflT 
de  ces  pierres  offertes,  &  des  autres  chofes  fui- 
dites.  De  fcmblable  folie  vfoient  its  anciens 
defquelsileflditauxProuerbes;^^^  ,;  Pf9mh  0 
fredemermMmoceande  Mercure ,*infiaue ccLylui 

W/«M  :q^icft  à  diçc,  que  l'aine  rire  non 
plus  de  fruit  ny  d'vtilité  du  fécond ,  que  du  pre- 
mier :  pource  que  le  Mercure  de  pierre  ne  reco, 
gnoift  point  l'offrande,  ny  lç  fol  ne  peut  reco* 

JE* 


l/iftoire  naturelle 

gnoiftrc  l'honneur  que  l'on  lu;  J*  .^^ 
3'vne  autre  offrande,  non  moins  plainte  Bc  ri 
dicule   qui  eft  d'arracher  le  P6il  des  fourc.h ** 
f      «Fr'iraù  Soleil  &  aux  collines ,  aux  Apachi- 

ipitÉl 

derable    comme  Js  s  afluM^      ^  ^ 

t -1  &  eft  ce  «V ûquel  tous  les  Gentils  comrnu- 
fcilj&ett.ceiuyrcH  caDitainedifcret  &bon 
hcmentadoroient-  Vn«pja  b  eraifon 
Chreftienniecontoit .q«»«  Soleil  a> 

il  auoit  perfuade  aux  f ™^  aeature  de 
r^furiV^mSauCaciqueScfe, 
Dieu,6c  """J-  ".jj^donnaft  vn  Indien k- 
gneur  principal  q^lluJ      ah.  «,  donna  vn, 

porte  la  lettr«il  '^  d  ut  refpondit,  c'eft  rnoy 


T'es  Indes.  Liure  V.  2I« 

chofequecequcieluy commande.  Ainfirepli, 

^rLtnîrmec,eft  contre  Ssœs 

«eau  SoleiII  honneur  qui  cftdeu  au  Crearenr 
&fagne„rderour.  La  ta.fon  du  capïelcs 
content,  tous,  &  dit  Je  Cacique  &  ffikaS 

entTndac    L'"nt  ^^  *WîEï 

Fessas 

FWsSSîgae 

»f  chofe  qui  traUa,Hoit  târj  ÏSgjJSHÊ 
bier  f  lire Dieu,  en q„0y  il dift  vemé  Ainfif 
eue  1  on  vient  à  déclarer  aux  i„ J         i        '°rS 
„.,„  »,  ,  lr  aux  indiens  leurs  pr 


Ec 


Hijïoire  naturelle 


m 


D'^me  ilàoktrkfur  les  defunSs. 
Chapitre    VI. 

L  y  a  vn  autre  genre  d'idolâtrie 

fort  différent  des  fufdits,  dont  les 

Gentils  ont  \fé  à  l'occafion  de 

leurs  deffunds,  qu'ils  ay  «noient 

a  &  eftimoient,  &  femble  que  le 

S^ettTe  donner  à  entendre  que  le  comrnen- 

cernent  de  l'idolâtrie  fo«  procède  de  là   d  lant 

0>]4cnjtces.  u    j    JrA»thor>(eeyÀemeM*  cet  erreur 


des  Jndes.  Liure  V.  2lp 

hient  adorer.  Lacumjttédes  excelle» s  ouuners  augmenta 
ce ftemuentlond' idolâtrie  y  tellement  que  par  leur  art  ces 
flattées  furent  fi  élégantes  ,  que  ceux  qui  ne  fcauoient  ce 
que  fe/tott  ,  efloient  prouoque\a  les  adorer  ,  d'autant 
que  par  l'excellence  deleurartypmendans  contenter  celuy 
qui  leurbadloit  k  faire  ,  tls  tiraient  des  psurtraits  0> 
peintures  beaucoup  plus  excellentes,  o"  le  vulgaire  conduit 
de  l'apparence  a- grâce  del'ouurage,  vint  a  tenir  er  e fil- 
mer pour  Dieu  celuy  qui  peu  auparauant  mottefté  hono- 
ré comme  homme.  Et  cela  fut  l'erreur  miferabledes  hom- 
mes ,quts 'accomo dans  ores  a  leur  affSion  crfentiment, 
ores  a  ta  flatterie  de  leurs  fyys,  vindrent  a  impofir  aux 
pierres  le  nom  incommunicable  de  Dieu  ,  les  adorant  pour 
Dieux,  Tout  cecy  eft  au  liure  de  Sapience  ,  qui 
eft  cligne  d'eftre  notté ,  &  trouueront  au  pied  la 
lettre  ceux  qui  feront  curieux  rechercheurs  de 
l'antiquité,  que  l'origine  de  l'idolâtrie  ont  efté 
ces  pout  traits  &  ftatuès  des  defFunts,ie  dy  de  l'i- 
dolatrie,  qui  eft  proprement  d'adorer  des  idoles 
&  images:  car  il  n'eft  pas  certain  que  cette  autre 
idolâtrie  d'adorer  les  créatures,  cômele  Soleil, 
&  la  milice  du  Ciel ,  ou  le  nombre  des  planettes 
&eftoilles;dequoyil  eft  fait  mention  aux  Pro- 
phètes, ayt  efté  depuis  l'idolâtrie  &  les  ftatuès:  «/Wio. 
combien  que  fans  doute  l'on  ayt  fait  des  ftatuès  Soth'u 
&  idoles  en  l'honneur  du  Soleil,de  la  Lune  ôc  de 
la  terre.  Venant  à  nos  Indiens,  ils  vindrent  au 
lommet  de  l'idolâtrie  par  ks  mefmesvoyes  que 
demÔftrerEfcri'ure,  Premièrement  ils  auoknc 
•  ioing  de  conferuer  les  corps  de  leurs  Roys  6c  * 

Seigneurs,  &  demeuroient  entiers  fans  aucune 
mauuaife  odeur,  &  fe  corrompre  plus  de  deux 
cens  ans.  De  cefte  façon  eftoient  les  Roysln-^ 

Ee-  iij 


f/ifloire  naturelle 

guasau  Cufco,  chacun  en  fa  chappelle&adç- 
ratoire,  donc  le  Viceroy  Marquis  de  Canette, 
pour  extirper  l'idolâtrie,  fit  tirer  ôc  porter  en  la 
Cité  des  Roys  trois  ou  quatre  Dieux ,  qui  caufa 
grande  admiration  de  voir  ces  corps  morts  de- 
puis tant  d'années  fi  beaux  Ôc  Ci  entiers  qu'ils 
eftoient.   Chacun  de  ces  Roys  Inguas  lailîbic 
tous  Ces  threfors,moyens  &  reuenu  pour  entre- 
tenir fon  adoratoire  où  Ponmettoit  Ton  corps, 
&  y  auoit  beaucoup  de  miniltres,  auec  toute  fa 
famille,  qui  eftoient  dédiez  à  fonferuice.  Car 
nul  Roy  fuccefkur  n  vfurpoit  le*  threfors  ôc 
vaiffellede  fon  predecefTeur,  mais  il  en  aflèm- 
bloit  tout  de  nouueau  pour  luy  ôc  pour  fon  Pa- 
lais. Ils  ne  fe  contentèrent  point  de  cette  idolâ- 
trie enuers  les  corps  des  deffun&s ,  mais  aufli  ils 
faifoient  leurs  (tatuës  &  reprefentations,&  cha- 
que Roy  durant  fa  viefaifoit  taire  vne  idole  où 
iî  eftoit  reprefenté,  laquelle  ils  appelaient  Gua- 
oigui,  qui  lignifie  frère.  Pource  que  1  on  deuoit 
faire  à  cefte  ftatuë  durât  la  vie  Ôc  la  mort  de  Pln- 
gua ,  autant  d'hôneur  &  de  vénération  qu'à  luy- 
mefme.  Et  portoient  cefte  ftatuë  en  la  guerre  ÔC 
en  procefïion ,  pour  auoir  de  la  pluye  Ôc  du  bon 
temps,  &  leur  faifoient  diuerfes  feftes ,  ôc  facri- 
iîces.  Il  y  a  eu  beaucoup  de  ces  idoles  au  Cufco, 
ôc  en  fon  territoire  :  toutesfois  l'on  dit  à  prefent 
que  cefte  fuperftition  d'adorer  les  pierres  y  a  cef- 
fé  du  tout,  ou  en  la  plusgrande^partie    Apres 
qu'on  les  euft  defcouuertes ,  par  la  dihgence  du 
Licencié  Polio ,  ôc  fut  la  première  celle  d'Ingua 
Rocha,  chef  de  la  partialité  ou  race  principale 
^e  Hanam  Cufco  ,-&  trouue  l'on  de  cefte  façon, 


des  Jndes.  Liure  V.  220 

qu'entre  ks  autres  nations  ils  auoient  en  grande 
c{frme,Sc  reueroientles  coips  de  leurspredecef 
feurs,  &  adoroient  auffi  leurs ftatuës. 


Des  fuperjlmons  dont  ils  vfoient  anec 
les  morts. 

Chapitre    VIL 

Es  Indiens  du  Peru  ont  creu  com- 
munément que  les  âmes  viuoicnc 
japres  cefte  vie,  &  que  les  bons 
jeltoient  en  la  gloire,  &  ks  mauuais 
enlapeine:  tellement  qu'ilyapeu 
de  difficulté ,  ileur  perfuader  tels  articles.  Mais 
U  ne  sot  pas  paruenus  hifqu'au  point  de  cognoi- 
lire  que  les  corps  deuoient  refuf  citer  auec  les 
âmes.  Ceft  pourquoy  ils  employ  oient  vneex- 
ceilme  diligence,  c6meilaeftédit,àconferuer 
les  corps  lefquels  ils  honoroient  après  la  mort3  à 
£efte  fin  leurs  fuccefleurs  leur  baiiloient  des  ro. 
bes,&  leur  faifoient  des  facrifices,  fpecialement 
ks  Royslnguas  en  leurs  enterremens  deuoient 
eftre  accompagnez  de  grand  nombre  de  ferui. 
leurs  Se  femmes  pour  Ton  feruice  en  l'autre  vie. 
Païquoy  le  iour  qu'il  decedoit,  l'on  mettoit  à 
mort  les  femmes  qu'il  auoit  le  plus  aymees,  ks 
icrukemsSc  officiers,  afin  quilsl'allafTent  fer- 
uir  en  l'autre  vie.  Quand  Guanacapa  mourut, 
qui  fut  père  d'A  tagualpa ,  au  teps  duquel  entrè- 
rent les  Efpagnolsjl'on  mita  mort  mil  &  tant 
aeperfonnes>detousaages,&  conditions,  pour 
*0nferuiceâ  &  pour  l'accôpagner  en  1  autre  vie» 

Ee  lin 


j/i/loire  naturelle 
Ils  les  tuoient  après  plufieurs  châfons,  cV  yuro- 
gneries,  &  ces  deftinez  à  la  mort  fe  tcnoiët  bien 
heureux.  Ils  leur  facrifioient  plufieurs  chofes, 
fpccialement  des  petits  enfans,&  deleurfang 
fai foient  vue  raye  au  vifage  du  defîund  d'vne 
oreille  en  l'autre  »  Celte  mefme  fuperftiuon  ,  & 
inhumanité  de  tuer  des  hommes,  &  des  femmes 
pour  accompagner  Se  feruir  le  deffund  en  i  au- 
tre vie,  a  efté  fuiuie  d'autres ,  &  cft  encor  à  pre- 
fent  vifuee  parmy  d'autres  nations  barbares; 
Voire  comme  eferit  Polio,  elle  a  efté  prefque 
générale  en  toutes  les  Indes.  Le  vénérable  Beda 
feefm  e  racôte ,  que  les  Anglois  auparavant  que 
feconuertir  à  l'Euangile,  auoientcefte  mefme 
couftume  de  tuer  des  hommes ,  pour  accompa- 
gner &  feruir  les  deffunds.  L'on  raconte  dvn 
Portugais,  qu'efiant  captif  entre  les  barbares, 
auoit  receu  vn  coup  de  flefche,  dont  il  perdit  vn 
œil  ôc  comme  ils  le  voulurent  (acnfier ,  vn  îour 
pour  accompagner  vn  Seigneur  deffund,  il  ref- 
pondit  que  ceux  qui  demeuroient  en  l'autre  vie, 
Feroientpcud'eftat  du  deffund,  fionluy  don- 
noit  pour  copagnon  vn  homme  borgne  &  qu  il 
eftoit  meilleur  luy  en  dôner  vn  qui  euft  fes  deux 
veux L  &  cette  raifon  eftant  trouuee  bonne  par 
les  barbares  ,  fuft  caufe  qu'ils  le  laiflerent.  Ou- 
tre cefte  fuperftitiondefacriner  les  homes  aux 
deffunts,  dont  l'on  n  vfe  qu'à  endroit  des  grads 
feieneurs ,  il  y  en  a  eu  vne  autre  beaucoup  plus 
commune  ôc  générale  en  toutes  les  Indes,  qui 
cft  de  mettre  à  boire ,  &  à  manger  fur  les  fepul- 
turesdes  deffunds,  croyans  qu'ils  fe  nournt- 
fôient  de  cela ,  quia  mefrac  efte  vn  erreur  entre 


des  fndes.  Liure  V.  zit 

les  anciens,  comme  efeript  faim  Auguftin.  Et 
pourcefttffecl:,dèleur  donnera  manger  &  à 
boire.  Au  oufd'huy  plufieurs  Indiens  inndel- 
ks ,  tirent  de  terre  fecrettement  leurs  defFuncts 
des  cimetières ,  ôc  ks  enterrent  en  des  collines, 
ou  en  des  partages  des  montagnes  ,  ou  bien  en 
leurs  propres  maifons.  Ils  ont  mefme  accou- 
tumé de  leur  mettre  de  l'argent,  &  de  l'or  en  la 
bouche,  aux  mains  ôc au  fein,  ôc  de  les  reueftùr 
de  robes  neuues  ,  ôc  du  râbles  ,  doublées  ,  ôc 
pliees  par  deffous  le  lict  mortuaire.  Ils  croyent 
que  les  âmes  des  defFun&s  vont  vagabondes,  ôc 
endurent  le  froid,  la  foif\  la  faim,  &letrauailj 
&par  cefteoecafion  ,  ils  font  leurs  anniuetfai- 
res,  en  leur  portant  des  habits,  à  manger  &  ^ 
boire.  A  rai-fon  dequoy  les  Prélats  en  leurs  Sy- 
nodes aduenifTent  fur  tout  que  les  Preftres  don. 
nent  à  entendre  aux  Indiens  que  les  offrandes 
que  lonmet  auxEglifes  furlesfepultures,  ne 
font  pas  le  manger,  ny  boire  des  derïun&s,  mai? 
pour  les  pauures,  6c  pour  les  mimftres,  &que 
Dieu  eft  feul  qui  fuitante  les  âmes  en  l'autre  vie, 
puis  qu'ils  ne  mangent,  ny  ne  boiuent  aucune* 
chofe  corporelle,  ôc  importe  beaucoup  qu'ils 
fçachent  bien  cela,  afin  qu'ils  neconuertiflenc 
cet  yfage  religieux  en  fuperftition  gentile,  corn- 
me  le  font  plufieurs. 


Hfflàire  naturelîi 


I 


il 


De  ta  façon  d'inhumer  Us  deffunSls  entre  les 
Mexiquains  &  autres  nations. 

Chapitre   VIII» 

i  Y  a  n  t  raconté  ce  que  plufîeurs 
I  nations  du  Peru  ont  fait  auecles 
deftunds,  il  ne  fera  mal  à  pro- 
pos  de  faire  mention  particuliè- 
re des  Mexiquains  en  cet  en- 
■  droit ,  les  mortuaires  defquels 
eftoient  fort  folemnifez ,  &  pleins  de  grandes 
folies   C'eftoit  l'office  des  Preftres  &  Religieux 
çn  Mexique  (car  il  y  en  auoit  quiviuoient  en 
vne  eftrange  obferuance ,  comme  il  fêta  dit<y 
après)  d'enterrer  les  motts ,  &  faire  leurs  obfe- 
ques.  Les  lieux  oùilslesenterroient,  eftoient 
en  lieux  iardins ,  &  aux  courts  de  eurs  maifons 
propres  i  les  autres  les  portoient  es  lieux  des  la- 
crifices  quife  faifoientés  montagnes.  Les  au- 
tres les  bruftoient ,  &  après  enterroient  les  cen- 
dres en  leurs  temples,  &les  emerroient  tous, 
auec  tout  ce  qu-ils  auoient  d'habits ,  de  piètres, 
&  de  loyaux.  Ils  mettoient  les. cendres  de  ceux 
qu'ils  bruftoienr,  en  des  pots,  &  auec  icelles.les 
loyaux, pierres  &  affiquets  d es deffunds   . Rel- 
oues riches  &  précieux  qu'ds  fuffent.  llschan- 
toient  les  offices  funèbres ,  comme  refponfes, 
&leuoient  les  corps  des  defrunûs  beaucoup  de 
fois,faifansplMfteurs  cérémonies.  En  ces  mor- 
tuaires ils  mangeoient  &beuuoient;  &  fice- 
ftoient  perfonnes  de  qualité,  on  luy  donnoit  des 


des  Indes.  Liure  V.  222 

habits  à  tous  ceux  qui  eftoicnt  venus  à  l'enter- 
rement. Quand  quelqu'vnmouroit,  ils  le  met- 
toient  eftendu  en  vne  chambre,  iufqu'àceque 
de  tous  codez  les  parens  &  amis  fuflent  venus, 
Jefquels  apportoient  des  prefens  au  mort ,  &  le 
faluoient,  comme  Où  euft  efté  en  vie.  Et  fi  Ce - 
ftoitvnRoy,  ou  Seigneur  de  quelque  ville,  ils 
luy  offroient  des  efclaues  pour  eftre  mis  à  mort 
auec  luy ,  afin  de  l'aller  feruir  en  lautre  monde. 
Ils  faifoient  mouriraufli  le  Preftre  ou  ChappeU 
lain  qu'il  auoit  (car  tous  les  Seigneurs  auoienc 
vn  Preftre  qui  dans  leur  maifonadminiftroit  les 
cérémonies  )  &  le  tuoient  alors ,  afin  qu'il  allait 
adminiftrer  fon  office  au  mort.  Ils  tuoient  le 
cuifinier ,  le  fommellier,  les  nains  &  les  boiVas, 
defqucls  ils  fe  feruoient  beaucoup ,  &nepar- 
donnoient  pasmefmes  aux  frères  du  defFundfc, 
qui  l'auoient  le  plus  feruy  :  car  c'eftoit  v  ne  gran- 
deur entre  les  Seigneurs  de  fe  feruir  de  leurs  frè- 
res, &desdetlufdits.  Finalement,  iistuoienc 
tous  ceux  de  fon  train  pour  aller  entretenir  fa 
maifon  en  lautre  monde;  &  de  peur  que  la  pau- 
uretc  ne  les  vinft  accueillir,  ils  enterr oient  auec 
eux  plufieurs  richeiïes  d'or,  d  argent,  de  pierre- 
ries ,  de  courtines  d'vn  ouurage  exquis ,  de  bra- 
celets d'or,  &  d'autres  riches  pièces.  Qu,e  {'ils 
brufloient  le  defFund ,  ils  en  faifoient  autant  de 
tous  fesferuiteurs  ôc  ornements  qu'ils  luy  bail- 
loientpour  l'autre  monde;  puis  ils  prenoient 
toute  cette  cendre,  laquelle  ils  enterroient  auec 
vne  grande  folemnité.  Lesobfeques  duroienc 
dixiours,  auec  des  chants  de  pleurs,  &  de  la- 
mentation/&Ue«Preftres  emporcoknt  les  def- 


Hiftoire  naturelle 
fundsauec  tant  de  cérémonies  (félon  qu'onles 
enrequcioit)  &  en  fi  grand  nombre,  qu'on  ne 
les  pourroir  conter.  Ils  mettoient  aux  Capitai- 
nes &  Seigneurs  leurs  marques  d  honneur,  «x 
leurs  trophées ,  félon  leurs  entreprîtes  &  la  va- 
leur qu'ils  auoient  employée  aux  guerres,  &  es 
gouvernements.  Car  pour  cet  effeét  Us  auoient 
Sesblafons  &  armes  particulières.!  s  corroient 
ces  marques  &  blafons  au  lieu  ou  ils  defiroient 
eftre  enterrez ,  ou  bruflez ,  marchanr  deuant  le 
corps  ,-  &  l'accompagnant  comme  en  proce  - 
non,  oùlesPreftres  &  dignitez  du  temple  al- 
loient  auecdiuers  ornements  &  appareils  ;  les 
vnsencenfans,  les  autres  chantans ,  &  les  au- 
tres fonnants  de  fluftestriftes ,  &  de  tambours v 
ce  qui  augmentoit  beaucoup  les  pleurs  desvaf- 
faux  &  parents.  Le  Preftre  qui  faifoit  1  office, 
eftoit  orné  des  marques  de  1  idole  que  le  Sei- 
gneur auoit  repreferité:  car  tous  les  Seigneurs, 
feprefentoient  les  idoles,  &  en  prenoient  le 
nom  de  quelqu'vn ,  &  à  cefte  occafion  eftoient 
eftimez&honorez.L-ordredeCheualeriepor- 
toit  ordinairemenr  ces  marques  dellufdues.p. 
luy  qu'ils  deuoient  brufler,  eftant  apporte  au 
lieuàcedeftiné,  ilsl'enuironnoient  de  bois  de 
pin ,  &  tout  ce  qui  eftoit  de  fon  bagage ,  puis  y 
Lttoient  le  feu,  comme  j'ay  dit  cy  deflus.l  aug- 
mentant toufiours  auec  du  bois  gommeux ,  mi- 
ques  à  ce  que  le  tout  fuftconuerty  en  cendre, 
^continent  fortoit  vn  Preftre    en  habit  &  or. 
nement  de  diable,  ayant  des  bouches  a  toutes 
les  iointures,  &  plufieurs  yeux  de  m.ro.r  & :  te- 
noit  vn  gtand  bafton,  auec  lequel  il  mefloK 


v 


des  Indes.  Liure  V.  ^2j 

toutes  les  cendres  fort  audacieufement ,  &  auec 
vn  g  fte,  &  vne  représentation  fi  terrible ,  qu'il 
cfpouuentoit  tous  les  aflîftans.  Quelquefois  ce 
miniftre  auoit  d'autres  habits  différents,  félon 
qu'eftoit  la  qualité  du  mort.  Tay  fait  cefte  di- 
greffion  des  obfeques  &  funérailles ,  fur  l'idolâ- 
trie &  fuperftition  qu'ils  auoient  aux  defFun&s; 
maintenant  il  eft  raifonnable  de  retourner  à 
l'intention  principale  ,  &  d'acheuer  celle  ma- 
tière. 


■ 


Du  quatriefme  &  dernier  genre  iidoUtrk^ 
dont  les  Indiens  ontvfé>JpecUlement 
les  Mexiquains,  entiers  les  ima- 
ges &ftatuès> 

Chapitre    IX. 

O  m  b  i  e  n  que  véritablement  Dieu 
!foit  grandement  offenfé  en  ces  ido- 
lâtries fufdires,  où  Ton  adoroit  ks 
,  créatures,  fi  eft- ce  que  le  faincl  Ef- 
pnt  reprouue,  &  condamne  encores  dauantage 
vn  autre  genre  d'idolâtrie,  qui  eft  de  ceux  qui 
adorent  feulement  lesimages  &  figures f aides 
de  la  main  des  hommes,  lesquelles  n'ont  autre 
chofe  en  elles,  que  d'eftre  vn  bois,  ou  pierre,  ou 
métal,  &  la  figure  que  Dieu  leur  a  voulu  don- 
ner. CeftpourquoyleSage  parle  ainfi  de  telles 
gens  :  Malheureux  font,  ZT  entre  Us  mort  s  fe  peut  conter  Sap.  ta 
lepwce  de  ceux  <fui  ont  appelle  les  œuures  des  mains  des 
htmmes,  Dhhx,  Ur^ argent  t  q>  Cmmtimdc  Ufem- 


J-fierem. 
Bayuc.  6. 
Ffitim.  113 


OfcA  %. 


Hifloire  naturelle 

liante  d'animaux ,  ou  vne  pierre  mutile,  qui  n  a  rien  da~ 
uantariqued'ejtre  vne antiquaille.  Et  pourfuit  diui- 
nement  ces  propos  à  l'encontre  de  cet  erreur  ôc 
folie  des  Gentils.  Cômeaûill  le  Prophète  Efaïe, 
0  le  Prophète  Hieremie,  le  Prophète  Baruc,  &  le 
faind  Roy  Dauid,  en  traînent  amplement.  Et 
eft  necellaire  ,&  conuenable  que  le  miniftre  de 
lefus-Chrift,  qui  reprouue  les  erreurs  de  Tido- 
Jauie,  aye  bonne  veiie,  &  qu'il  confidere  bien 
cespaiTages,  &  lesraifons  quele  fainct  Efprit 
touche  fiviuement  eniceux  ,  &  comme  toutes 
fereduifent  envnebrieuefentence  que  met  en 
auant  le  Prophète  Ofee  :  Celuy  qui  l'a  fuit \aeftevti 
muritr-,  parquoy  il  n'efi  f>omt  Dieu:  le  veau  donc  de  Sama- 
neferuira  aux  toilles  d'araignées.  Reuenât  donc  à  no - 
(trepropos,ilya  eu  aux  Indes  vne  grande  cu- 
riofité  défaire  des  idoles  &  peintures  dediuer- 
fes  formes,  &de  diuerfes matières,  lefquelles 
ilsadoroient  pour  dieux,  &les  appelloientau 
Peru  ,  Guacas,  eftans  ordinairement  des  beftes 
laides  ôc  difformes,  au  moins  celles  que  j'ay 
veiies  eftoient  toutes  ainfi.   le  croy  certaine- 
ment que  le  diable,  en  1  honneur  duquel  on  fai- 
foit  ces  idoles,  prenoit  plaifir  de  fe  faire  adorer 
en  cesdifîormitez.  Et  à  la  vérité  ilfetrouuoic 
aufli  que  le  diable  parloir  ôc  refpondoit  en 
beaucoup  de  ces  Guacas,  ou  idoles  ;  ôc  ks  Pre- 
ftres  &  miniftres  venoient  à  ces  oracles  du  pè- 
re de  menfonge  ;  ÔC  quel  il  eft ,  tels  eftoient  fes 
confeils,  aduis  &  prophéties.  CaeftéésPro- 
uinces  de  la  neuue  Efpagne,  en  Mexique,  Tef- 
çuco ,  Tlafcalla ,  Cholula,  ôc  aux  parties  voifi- 
nés  de  ce  Royaume,  où  ce  genre  d'idolâtrie  a 


desjndes.  Liure  fr.  zz± 

elle  leplaspiadiq.equ.en  Royaume  dumon- 
de  fctcft  vnechofe  prodigieufe  doiiir  conta 
1 -s  fuperflitions  qu'ils  ont  eues  en  ce  point;  ton, 
tesfo.s  il  ne  fera  pas  malpiaifan,  d'en  raconter 
quelque  chofe.  Le  principal  idole  de  Mexique 
eftoit,  comme  l'ay dit,  Vitzilipuztli..  Ceftofr 
vne  ftatuè  de  bois,  taillée  en  fembiance  d'vn 
homme  affis  en  vnefcabeau  de  couleur d'azur 
pofe  fur  vn  branquard,  de  chaque  coin  duquel 
iorto.t  vnbois,  ayant  la  forme  d  vne  tcâc  de 
lapent  :  1  efcabeau  denotoir  qu'il  eftoit  affis  an 
cieJ;  cet  idole  aueit  tout  le  front  azuré,  &  eftoit 
lie  pardetfuslenez  d'vne  bande  décodeur  d'a- 
zur qui  prenoit  d'vne  oreille  à  l'autre  ;  iJauoit 
iurla  tefte  vn  riche  plumage  ,  en  façon  d'vn  bec 
de  petit  ovfeau ,  qui  eftoit  couuerr  pat  le  haut 
ovn  orb.enbruny;  ilauoit  en  la  main  gauche 
vne  rondelle  blanche  auec  cinq  formes  de  pom- 
mes  de  pin  faites  de  plumes  blanches  ,  q„iv 
efto.enr  polies  en  croix ,  &  du  haut  fortoit  vn 
gail  ardet  dor,  ayant  aux  coftez quatre  fai- 
tes, lefquelles,  au  dire  des  Mcxiquains,  auoïenr 
cite  enuoyees  du  ciel  ,  pour  faire  les  ades  & 
prouefles  qui  fe  d.ronc  en  fonlieu.  Ilauoiten 
ia  main  dextre  vn  ballon  azuré ,  qui  eftoit  taf  lé 
en  façon  d  vne  couleuure ondoyante.  Toutcét 
ornement    &  le  tefte  qu-iLauo.t,  portoit  fon 
fens,  ainfique  le  declaroient  les  Mexiquains. 
1-enom  de  vitzihpuztli,  main  gauche  de  Plume 
reluifante.  le  diray  cy  après  du  temple  fuperbe, 
des  facrifices,  feftes,  &  cetemonies  de  ce  grand 

Dtefentirr      f  C,h°feS  '«""VM*  Mais  à 
ptelent  il  fera  feulement  dit  que  cet  idole  Veûu 


f/iftoire  naturelle 

&  orné  richement,  eftoitmis  en  vn  autel  fort 
haut,  en  vne  petite  pièce,  ou  encaftillement, 
fottcouuertedehnceux,  deioyaux.de  plumes, 

&  d'ormmens  dot,  auec  beaucoup  de  rondel- 
les de  plumes  les  plus  belles  &  plus  gentilles 
qu'ils  pouuoient  .ecouuret ,  &  auoit toofionrs 
deuant  ioy  vne  couttme,  pa«r  plus  grande  ve- 
nerauon.  Ioignant  la  chambre  ou  chappelle  de 

cet  idole.il  y  auoit  vne  pièce  qm  eftott  de  mon. 
dre  curage,  &  non  pas  fi  bien  ornée    ou  il  y 

auoit  vn  autre  idole  qu'ils  appellent  Tlaloc. 

Ces-deux  idoles  eftoknt  toujours  enfemble, 

pource  qu'ils  les  reputo.ent  côpagnons,  &  d  v- 

ne  efeale  puiflance.  Il  y  auoit  vn  autre  idole  en 

Mexique ,  fort  eft.mé ,  qui  eftoit  le  Dieu .& :  poj- 

nitence,  &  des  tub.lez  &  pardons  &£***& 
appellent  céudoleTezcall.puca.&efto.t  fait 

dVne  pierre  fort  reluifante  &  noire,  comme 
iayel,eftantvcftu  de  quelques  gentils  afcquets 
à   eut  mode.  Il  auoit  des  pendants  d  ote.  les 
d'or  &  d'argent ,  &  en  lalevre  d'embas  vn  pet 
canon  de  «yftal ,  de  la  longueur  d  vn  «me ,  ou 
demy  pied  /dans  lequel  ils  mettoient  quelques 
fois  vne  plume  verte,* quelquefois  vne  azurée, 
qui  le  faifoitreffembler  tantoft  vne  efmeraude 
"antoft  vne  turquoiM  auoit  les  cheueux  ce.n  s 
&  bandez  auec  vn  lifct  dor  bruny ,  au  bout  du- 
«uelpendoit  vne  oreille  d'or    auec  deux  bran- 
dons de  fumées  peintes  enicelle  qmfigmnoiet 
les  prières  des  affligez ,&  péchez  q*«»«£fi 
quand  ils  fe  reconurando.enta  luy.  Entre  « 
deux  oreilles  pendoient  vn  ™>œbre.  Je £"? 
hérons.  Il  auoit  vnioyau  pendu  au  col  fi  grand. 


des  Indes.  Liure  V 

t"«IcB  d'or,  au  *££$£&*  ht^eS 

«>««  dVn  chafton  d  or  rlff'       f ^ui  for" 
n7i  ««««,«  tqu^?cS»,fiu«.  &  fort  bru. 

-utcqeoui8fefaSuttl!Tin',ir^it 
ce  miroir,  ou  chafton  d'or  wtV     aPPe,,<Mcnr 

dire,  fonregardoir  H*  Wach,eaya>  qui  veut 
quatre  fi^Stef."  ^^ndextre 
*•*  donnoir  aux  ï22 °lent  ^^menc 
C-cft  la  ttCrSf  ks  Pec^Z. 
Plus  cet  idoie,  dPe  £S  BV?  rCra,êno^nt  h 
fautes.  U  y  auoit  pardon  iuC0UUriftJeu» 

raditcy après  Ijçr*w      4*        »  co™meilfc- 

m'"e,  fef4^&  dTÏÏfccn£t^  delà  6. 
Ploient  *ffi  *  ^ «•«!  parcuoy  tf,  le 

«beau,  enrourédW  "P         a,eftdTurvnef 
&  élabouree  de  *&£%£?*  <0uge ,  P«nte. 

f«cheiiauoItvneoîde/eearnS-£nJamain 
«  la  droite  vue  dardffi'  ™tesde  *>«<>«;  & 
*a  voudra  jener   ^n^"' commf <j  î 
f  courroucé,  &  de  chô/ej  le?    &  SpParence 


Hiftoite  naturelle 
luy.  En  Cholula,  qui  eftoit  vne  Republique  i è 
Mexique,  ils  adotoient  vn  fameux  idole  ,  qui 
eftofclenieù  des  matchandifes,  pource  qtfi ls 
eftoient  grands  marchands,  &  eneoresau,ou- 
d'huy  folt-ilsfort  addonn»  au  commerce.  Ib 
fappdloient  Quetzaalcoalts.  Cet  idole  efto« 
en  vue  grande  place,  en  vn  temple  fort  haut,  & 
Zok  altout  de  luy  de  l'or,  de  l'argent,  des 
iovàùx,  des  plumes'fort  riches ,  &  des  habits  de 
Ses  couleurs.  Il  auoit  le  corps  en  forme 
a'Cmrne>maislevifaged'vnpetitoyfeauauec 

vn  bec  rouge ,  *c  au  deflus  vne  crefte  pleine  de 
verrues,  ay^ant  des  rangs  de  dents  &lalangue 
qui  luy  fortoit  dehors.  Il  portoit  fur  la  tefte  vne 
r«reypointuëde  papierpeinr    vnefaulx  en  la 

Sain ,  &  beaucoup  d'affiquets  d'or  aux  ïambes, 
&  mi    autres  folles  inuentions     qui  toutes 
fuoTnt  leur  figmncation  ,  &  fadoroient 
parce    qu'il  fafoit  riche   ceux   quil    vou 
foit  ,  cqomme  Memnon&Plutus  Et  a  la  vé- 
rité ce  nom  que  les  Choluanos  donnoient  à 
leur  Dieu,  eftoit  bien  à  propos,  encore  qu'ils  ne 
•entendifl-ent  pas.  Us  l'appdloient  Querzaal- 
coalt,  qui  lignine  couleuure  de  plume  nche.car 
teleftk  diable  del'auarice.  Ces  barbares  nefc 
conten  oientpointd'auoirdes pieux  maisauffi 
ifs Lient  des  deefles,  comme  les  table -de. 
Poètes  les  introduirent ,  &  l'aueugle  gentil  te 
desGrecs&desRomains,  lesootvenerees  La 

J  ndpak  des  deefles  qu'ils  adoroient ,  eftoit 
l npellee  Tozi ,  qui  veut  dire,  noftre  ayeule  la- 
qEcomme  racontent  les  hiftoues  de  Mex.- 

que   futfiUe  duRoy deCulguacan,  qui  fal* 


àesjndes.  Liurep*  '-,> 

SrFSSSâSâS 

wcnnces,  &  de  veftir  les  viuans  des  peaux  d« 
ûcnfiez.ayansap  prin  squeleu  roieuTpIaif0 
en  cela,  comme  mefme  d'arracher"   S 1 
ceux qu',1, ;facrifioienr;  ce qaih appr £££  de 
leur  BIeu  jeque|  tira  &  z2chz  k%g™& 

h s grand  chafTeur,  que  ceux  de  TJafcaila  depm" 
pnndrentpour  pieu,  &  ceux-là  eftoienfi- 

pou  quoy  ,1s  fofoienr  vne  grandc  fefte;  f * 
oî  „'.  W  '^«"«'«"«IVne  telle  forme! 
crire  J   •  J?  ^«  de  Perdre  ie  «™P»  à  la  dcd 

5  Cn'X  l  f C faǰn- I,s  fonnoie«  vne  trom- 
pelurlaubeduiour,  au  fonde  laquelle  jlsflf 

6  antres  mitruments  de  chafTe,  &  alloienc  aU£ 
leur  ,doie  en  proceffion,  fuiuis  dVn  grand  nom! 
bre  de  peuple  à  vne  Sierre  haut* ,  auWraet % 
1  quelle  J,  auoi  drdr.  &  ac'COmm^f  de 
feu.  ke,  &  au  mIi  auteltres.richeinVenn 
orne ,  ou  l]s  mettolentlïdo!e.  JlsalloientchL 
«inans  auec  vn  grand  bruit  de  trompettes    J. 

Ffij 


Hiftoire  naturelle 
lescoftez  decefteSietre,  ou  montagne  ,  où  ils 
metto  "t le fen  par  tousles  endroits.au  mo.en 
Svfôitoient  plufieuts&  dîners  animaux 

lefauels  alloient  vers  le  fommet  fuyants  le  ieu. 
Ceschaffeuts  coutoient  aptes,  aueç  de  gtands 

pTenotfvn  gland    laifu,  fc  tefiouyffanc, 

î  s    Se  (Lifioient  deuant  l'idole  les  cerfs ,  & 
j       in?,,,*  leur  attachant  le  cœur,  auec  la 
gtands  animaux,  leur  arr 

r^  CTceniuiTant cheué.ilsprenoient 
des  homme  ^ceq £« «     g  f&  fe  ^ 

t0-U^  Scieur  idole  de  la  mefme  façon  qu'ils 

bours ,  iui^  rrrande  reuerence ,  &  lo- 

kTr  ks  cla  s  de  cefte  chaffe ,  dequoy  ils  W- 

n0mbt^t  et  entenhn«ion  Mexique, 
rrpeuples^L.ainfiqu^eflédit. 


desjndes.  Liure  V. 


2ZJ 


D'vne  efirange  façon  d'idolâtrie ,  pratiquée 
entre  les  Mextqminu 

Chapitre    X. 

O  m  m  e  nous  auons  dit  que  les 
Rois  Inguas  du  Peru  firent  faire  à 
leur  femblance  de  certaines  fta- 
tués,  qu'ils  appelaient  leurs  Gua- 
oiquies,  ou  frères  ;  &  leur  fai- 
loientporter  autant  d'honneur,  qu'à  eux  rnef- 
mes.  Ainfien  ont  failles  Mexiquâins  deleurs 
dieux  :  mais  ils  ont  palïë  plus  outre,  pource 
que  des  hommes  vifs  ils  faifoient  des  dieux,  qui 
eftoit  en  cefte  manière.  Ikprénoientvn  captif, 
tels  qu'ils  aduifoient  boneftre,  &  auparavant 
que  ce  le  facrifier  à  leurs  idoles ,  luy  donnoient 
lemefme  nom  de  l'idole  auquel  il  deuôic  eftre 
lacrinc ,  &  le  veftoient  &  ornoientdes  mefmes 
,  ornements  qUe  leur  idole,  difans  qu'il  rëprefen- 
toit  lemefme  idole.  Et  pendant  tout  le  temps 
que duroit  cefte représentation  (qui eftok d'vn 
an  en  certaines  fedes,  en  d'autres  de  fix  mois,  & 

«ndautresmoins)ilsl'adoroient&veneroient 
delà  mefme  façon  que  le  propre  idole  ;  cepen- 

oLlra.aT0,t'  b,eUUoit'  &  fc'efiouvlToit. 
Quand  ,1  alloïc  par  les  rues,  lepeuple  foitoit 
pourladorer,  &tous  luy  offraient  beaucoup 
daumofnes  &  luy  porroient  les  enfans,  &fê 
malades,  afin  qu'il  les  guarift_&  benift ,  &  Juy 
faiflbient  en  tout  faire  fa  volonté  ,  S  qu  fj 

F  f  iij 


Hiftoire  naturelle 

eftoit  toufiours  accompagné  de  dix  ou  douze 
hommes,  de  peur  qu'il  ne  i'enfuyft.  Et  luy  afin 
que  l'on  luy  fift  teuetence  pat  où  il  palloit,  ion- 
noitdefois  »  autre  a'vne  petite  flufte,  afin  que 
Je  peuple  f'appreftaft  pour  l'adorer.   La  fefte 
eftant  wnuë  ,  &  luy  eftant  bien  gras,  ils  le 
tuoient,  l'ouuroient ,  &  le  mangeoient ,  failans 
vn  folemnel  facrifice  de  luy.   A  la  vente  c'aft 
vne  chofe  pitoyable  de  confiderer  la  façon  de 
laquelle  Satan  tenoit  ces  gens  en  fapu.llance, 
&  rient  encores'aujourd'huy  plufieurs  qui  tonr 
de  femblables  cruautez  &  abominations ,  aux 
defpens  des  triftes  âmes  ,  &  des  miferables 
côrpsde  ceux  qu'ils  luy  offrent  ;  &luy  femoc- 
que&rit  de  la  bourde  &  mocquene  qu'il  faiéc 
aux  pauures  mal-heureux  ,  lefquels  mentent 
bien  par  leurs  péchez  que  le  rres-haut  Dieu  les 
delaifie  en  lapuiflance  de  leurennemy,  qu'ils 
ont  choifi  pour  Dieu,  &  pour  fouftien.  Mais 
puisque  ïay  dit  ce  qui  fuffit  de  l'idolâtrie  des 
Indiens ,  il  P enfuit  que  nous  traînions  de  leur 
religion ,  ou  pour  mieux  dire    fuperftmon ,  de 
laquelle  ils  vfent  en  leurs  facrifices   temples ,  & 
cérémonies,  Se  ce  qui  touche  le  refte. 


des  Indes.  Liure  V*. 


11S 


Comme  le  diable  s'eft  efforcé  de  s'égaler  à  Dieu, 
&  dehyreffembler  aux  façons  de  facrifi- 
ces,  religion,  &Jacrements>     ' 

Chapitre  XL 

V  A  n  t  que  de  venir  à  ce  poinclrî  on 
doit  confiderer  vne  chofe,  qtri  eft 
fort  digne  de  regarder  de  près,  qui 
eft,  que  comme  le  diable  par  Ton  or- 
gueil a  prinsparty,  ôc  Peft  rendu  contraire  à 
Dieu  s  ce  que  Dieu  par  fa  Cage/Te  ordonne  pour 
ion  honneur  ôc  feruice ,  &  pour  le  bien  Ôc  falut 
de  1  homme  ;  le  diable  f  efforce  de  l'imiter ,  ôc  le 
peruernr ,  pour  eftre  honoré  ,  ôc  faire  que 
1  homme  en  foit  condamné.  Car  comme  nous 
voyons  que  le  grand  Dieu  a  des  facrifices,  des 
Ireltres,  des  Sacrements,  des  Religieux,  des 
1  ropheties ,  ôc  des  gens  dédiez  à  fon  feruice  di- 
uin ,  &  fain&es  cérémonies  ;  ainfi  le  diable  a  fes 
Sacrifices,  Preftres,  fes  façons  de  facremens,  fa 
gent  dediee,  Ces  reclus  ôc  faindtetez  feintes,  auec 
mil  fortes  de  faux  Prophètes;  tout  ce  qui  fera^ 
plaifantd  entendre,  eftat  déclaré  en  particulier, 
f  nonpoint  de  petit  faite.,,  pour  celuy  quife 
fouuiendra  comme  le  diable  eft  le  père  de  nien* 
longe,  ainfi que  la  vérité  ledit  enl'Euangile; 
parquoy  il  procure  vfurper  pour  foy  la  gloire  , 
deDieu,  ôc  contrefaire  la  lumière  par  fes  tene-  '' 

bres.  Les  enchanteurs  d'Egypte  ,  enfeignez  de 
leur  maiftre  Satanas ,  f  efforçoient  de  faire  d'au- 
^eimerueilles,  femblables  à  celles  deMoyfe,  Exal  7- 

F  f  iiij 


Hifloire  naturelle 
&  (TAaron ,  pour  fefgaler  à  eux.  Nous  lifons  au 
1 1  i%  liure  des  luges,  dé  ce  Micas  Prcftre  du  vain  ido- 
le, qui  fe  feruoit  mefme  des  ornemens  dont  Ton 
vfoit  au  Tabernacle  duvrayDieu,  comme  de 
l'Ephod  du  Séraphin ,  &  des  autres  chofes.  Soit 
que  ce  foit ,  à  peine  y  a- il  chofe  inftituee  par  Ie- 
fus-  Chrift  noftre  Seigneur ,  en  fa  loy  Euangeli- 
que,  que  le  diable  ne  l'aye  fophiftiquee  en  quel- 
que façon ,  &  portée  à  fa  gentilité ,  comme  Ton 
pourra  voir  enlifant  ce  que  nous  tenons  pour 
certain,  par  le  rapport  de  gens  dignes  defoy» 
des  couftumes  &  cérémonies  des  Indiens ,  des- 
quelles nous  traiterons  en  ce  hure.    ■ 


Des  Temples  qui  fe  font  tronue%J$  Indes. 
Chapitre    XII. 

Ommenç  ant  donc  par  les  Tem- 
ples, tout  ainfi  que  le  grand  Dieu  a 
voulu  qu'on  luy  dediall:  vne  maifon 
j  où  fon  fainct  Nom  fuft  honoré ,  ôc 
qu'elle  ruft  particulièrement  voiiee  à  fon  ferui- 
ce;  ainfi  le  diable  par  fesmefehantes  intentions 
perfuada  aux  infîdelles  qu'ils  luy  fifsét  de  fuper- 
bes tempes,  &  des  particuliers adoratoires,  ÔC 
fanduaires.  En  chaque  Prouince  du  Peru  il  y 
auoit  vn  principal  guaca  ou  maifond'adoration, 
&  outre  icelle ,  il  y  en  auoit  vne  vniuerfelle  par 
tous  les  Royaumes  des  Inguas,  entre  lefquelles 
il  y  en  a  eu  deux  fignallees  &  remarquées  -,  l'vne 
qu'ils  appelloiét  de  Pachacama ,  qui  eft  à  quatre 


des  Indes.  Hure  V.  2z9 

lieues  de  Lyma,  où  l'on  voit  encor  auiourd'huy 
les  ruines  d  vn  très-ancien ,  &  grand  édifice,  du- 

ncheffc  infime  des  vafes,  &  dss  cruches  d'or  Se 
d  argent  qu  us  apportèrent  quand  ils  prindréc 
1  ngua  Alfagualpa.  H  y  a  certains  mémoires  &  - 

»  rlT  W *"'  **  le  diab,e en  ce  Temple  • 

parlo.t  vifiblement,  &  donnoit  refponfes  par 
Ion  oracle ,  &  que  quelquefoisils  vovoient  vne 
couleuure  tachetée;  &  eft  vne  chofe  fort  com- 
fflune&approuuee  es  Indes,  que  le  diable  par- 
oit,&refpondoit  en  ces  faU*  fancWes.en 
trompait  fes  miferables.  Maislàoù  l'Euângile 

a£fi    *  ,eP,eredemenfonge.yeftdeuenu  muet,    - 
amfi  que  Plutarque  eferit  de  fon  temps.  CurJ- 
JMnuVjthy.ufnàireowuU.  Et  faind  luftin  mar-  ****&* 
tyr  traite  amplement  dece  filence  que  Chrift  Vf 'f--  T 

e7:omUm>edir0nS>  ^^«.p^Icido-  #£g 
les   comme  il  auoit  efté  beaucoup  aupatauant 

prophétie  en  la  diuine  Efctiture.  La  façon 
quauoient  les  miniftres  infidelles  &  enchan- 
teur, de  confulcer  leurs  dieux,  eftoit  comme  le 
diable  les  enfeignoit.  C'cftoit  ordinairement 
de  nuiél-,  &  pour  le  faire,  entroient,  les  efpaules 
tournées  vers  l'idole,  marchans  en  arrière,  & 
pnans  les  corps  en  melinans  la  tefte,  &  fe  met- 
toienten  vne  laide  pofture,  &  ainfiilslescon- 
iultoient;  La  tefponfe  qu'ils  faifoient  ordi- 
nairement  eftoit  en  manière  d'vn  fiffkmentef- 
pouuentable,  ou  comme  vngrinftement,  qui 
leurfaifoit  horreur,  Sç  tource  dont  il  les  aduer- 
tiftoit,  &leurtonraiandoit,  eftoit  vn  achemil 


Hifloire  naturelle 
nement  à  leur  déception  &  perdition.  Mainte- 
nant l'on  trouue  peu  de  ces  oracles ,  par  la  rnife- 
ricordedeDieu,  &  grande  puinance  de  Iefus- 
Chrift.  Il  y  a  eu  au  Peru  vn  autre  temple,  &  ora- 
toire plus  eftimé,  qui  fut  en  la  Cité  de  Cufco, 
où  eft  auiourd'huy  le  monafteredefainét.  Do- 
minique. Et  l'on  peut  voir  que  ça  eftévneœu- 
ure  fort  belle  &.  magnifique  par  le  paué  &  pier- 
resde  l'édifice,  qui  reftent  encor  auiourd'huy. 
Ce  temple  eftoit  comme  le  Panthéon  des  Ro- 
mains, en  ce  qu'il  eftoit  la  maifon  &  demeure 
de  tous  les  Dieux;  Caries  Roy  s  Inguas  mirent 
en  iceluy  les  Dieux  de  toutes  les  natiôs ,  &  Pro- 
uinces  qu'ils  conqueftoient,  ayant  chaque  idole 
fon  lieu  particulier,  où  ceux  de  leur  Prouincc 
îesvenoient  adorer,  auec  vne  defpenfe  excefliue 
déchoies  que  l'on apportoitpout fon  minifte- 
re.  Et  par  cela  ils  auoient  opinion  de  retenir 
feurement,ôc  en  deuoir,  les  Prouinces  qu'ils 
auoient  conqueftees,  tenans  leurs  Dieux  com- 
me en  oftage.  En  cefte  mefme  maifon  eftoit  le 
Pinchao,  qui  eftoit  vne  idole  du  Soleil ,  de  très- 
fin  or,ouuré  d'vnegrande  richefTe  de  pierreries, 
lequel  eftoit  pofé  vers  l'Orient,  auec  vn  tel  arti- 
fice, que  le  Soleil  à  fon  leuer  iettoit  fes  rayons 
fur  luy ,  &  comme  il  eftoit  de  tres-fin  métal ,  les 
rayons  reuerberoient  auec  telle  clarté ,  qu'il  ref- 
fembloit  vn  autre  Soleil.  £.es  Inguas  adoraient 
ceftuy-là  pout  leur  Dieu ,  &  le  Pacha yacha ,  qui 
lignifie  le  Créateur  du  Ciel;  ils  difent  qu'aux 
defpoiïilles  de  ce  temple  fi  riche,  vnfoldat  eut 
pour  fa  part  cefte  trefbelle  planche  d'or  du  So- 
leil. Et  comme  le  ieu  eftoit  lors»defaifoniil.l* 


des  Indes.  Liure  V.  2jo 

perdit  vne  nuid  en  ioiiant ,  d'où  vint  le  prover- 
be qui  eft  au  Peru,pour  les  grands  ioûeurs,  ai- 
fant  qu'ils  iou^nt  le  Soleil  auant  qu'il  naùTe. 


Vesfuperbes  Temples  de  Mexique. 

Chapitre    XIII. 

A.  fuperftition  des  Mexiquains  aefté 
ians  comparaifon  plus  grande  que  cel- 
le de,ceux-cy,  tant  en  leurs  cérémo- 
nie?, comme  en  la  grandeur  de  leurs 
temples,  lefquels  ancienhement  les  Efpagnols 
appelloiét  de  ce  mot  Cu,  lequel  mot  peut  auoir 
efté  prins  des  infulaires  de  fainft  Dominique, 
ou  de  Cuba,  comme  beaucoup  d'autres  mots 
qui  fonten  viage ,  lefquels  ne  font  ny  d'Efpa- 
Çne,ny  d'autre  langue  dont  l'on  vfe  auiourd'huy 
es  Indes,  comme  font  Mays,  Chico,  Vaquiano, 
Chapeton ,  &  autres  femblables.  Il  y  auoit  dôç 
en  Mexique  le  Cu,  fî  fameux  temple  de  Vitzili- 
puztli,  qui  auoit  vn  tour  &  circuit  fort  grand, 
&  faifoit  au  dedan?  de  foy  vne  belle  court.  Il 
eftoit  tout  bafty  de  grandes  pierres  en  faconde 
couieuures,  attachées  les  vnes  aux  autres,  6ç 
pour  cela  le  circuit  eftoit  appelle  Coatepantli, 
qui  veut  dire  circuit  de  couieuures.  Sur  chacun 
des  coupeaux  des  chambres  6c  oratoires  où, 
eftoientles  idoles,y  auoit  vn  perron  fortioly, 
ouuragé  des  petites  pkrres  menues ,  noires 
comme  du  geais,  arrangées  d'vn  bel  ordre, auec 
le  champ  tout  releué  de  blanc  &  de  rouge ,  qui 


Il 


Hijîoire  naturelle 

rendoit  à  le  voir  d'embas  vne  grande  clarté.  Et 

au  delfus  du  perron  il  y  auoit  des  carneaux  fort 

mignonnement  faits,  ouuragez  comme  en  li-  I 

maçons ,  &  auoit  pour  pied  &  appuy  deux  In-  I 

diens  de  pierrre  aflis,  tenansdes  chandeliers  en  I 

leurs  mains,  &  d'iceux  fortoient  corne  des  croi-  I 

(bnsreueltus  auec  les  bouts  enrichis  de  plumes  I 

iaunes&  vertes,  &  des  franges  longues  demef-  I 

me.  Au  dédits  du  circuit  de  cefte  court  il  y  auoit  I 

plufieurs  chambres  de  Religieux,  &  d'autres  | 

quieftoientaudeffuspourles  Preftres Se  Papes,  I 

car  ainfi  ils  appelloient  les  fouuerains  Pretlres  | 

qui  fertroient  à  l'idole.  Cefte  court  eft  fi  grande  I 

&  Ci  fpatieufe ,  que  huiâ:  ou  dix  mil  perfonnes  y  I 

dançoient  en  rond  fort  à  laife ,  s'entretenans  les  I 

mains  les  vns  des  autres ,  qui  efloit  vne  couftu-  j 

me  dont  ils  vfoient  en  ce  Royaume;  ce  qui  fem- 1 

blechofe incroyable.  Il  y  auoit  quatre  portes! 

ou  entrées  à  l'Orient ,  au  Portent ,  au  Nort ,  & I 

auMidy,  De  chacune  de  cçs  portes  fortoit&j 

commençoit  vne  chauffée  fort  belle  de  deux  àj 

trois  lieues  de  long.  Parquoyilyauoitau  mi-j 

lieu  du  lac  où  eftoit  fondée  Ja  Cité  de  Mexique! 

quatre  chauffées  en  croix  fort  larges ,  qui  rem-j 

beliiffoient  beaucoup.  Sur  chacun  portail  oui 

entrée  il  y  auoit  vn  Dieu  ou  idole,  ayant  le  vifa-p 

ge  tourné  du  codé  des  chauffées  vis  k  vis  de  laf 

portede  ce  tepfedeVitzilipuztli.il  y  auoit  tren!l 

te  degrez  de  trente  braffes  de  long,  &  efioienrl 

feparez  de  ce  circuit  de  la  court  par  vne  rue  qui! 

eftoit  entr  eux.  Au  hautdecesdegrezilyauoii 

vn  pourmenoir  de  trente  pieds  de  large  tout  en 

duit  de  chaux ,  au  milieu  duquel  pourmenoir  (t 


des  Indes.  Liure  V.  231 

Voyoit  vncpallifladetrefbien  faite  d'arbres  fort 
hauts  planter  de  rang ,  à  vne  braiTe  lVn  de  l'au- 
tre.  Ces  arbres  eftoient  fort  gros,  ôc  tous  percés 
«le  petits  trous,  depuis  le  pied  iufqu'au  coupeau, 
&  y  auoit  des  verges  trauerlans  d'vn  arbre  à 
1  autre,aufquelles  eftoient  tra-uerfees  &  enchaiC 
nées  plufïeurs  telles  de  morts  par  les  tamples.  £a 
chafque  verge  il  y  auoit  vingt  teftes  ,  &  ces  râgs 
de  teftes  côtinuoient  depuis  le  bas  iufqu'au  haut 
des  arbres.  Ceftepallilîade  eftoit  fi  pleine  de  ces 
teftes  de  morts  depuis  vn  bout  iufqu'à  Pautre, 
que  c'eftoit  vne  chofe  merueilleufementtrifte 
&  pleine  d'horreur.  Les  teftes  eftoient  de  ceux 
qu'ils  auoient  facrifiez  ;  car  après  qu'ils  eftoient 
morts,  &:  que  l'on  en  auoit  mangé  la  chair,  la 
refte  en  eftoit  apportée  &  baillée  aux  mimftres 
é\i  temple,  qui   les  enchaifnoit  ainfi  iufqu'à 
ce  quelles  tôbaftent  par  morceaux,  &  auoient 
Je  foing  de  remplacer  celles  qui  tomboieat,  par 
d'autres  qu'ils  mettoient  en  leurs  places.  Au 
fommet  du  temple  il  y  atioit  deux  pierres  ou 
chapoelles ,  ôc  en  icelles  eftoient  les  deux  idoles 
que  i'ay  dites  de  Vitziîipuztli,  &  fon compa- 
gnon Tlalot.  Ces  chappelles  eftoient  taillées  ôc 
cifellees  fort  artifîcieufement,  &  il  hautes  elle- 
uees,  que  pour  y  monter  il  y  adok  vn'efcallicr 
4e  pierre  de  fix  vingts  degrez.  Au  deuant  de  ces 
chambres  ou  chappelles  il  y  auoit  vne  court  de 
quarante  pieds  en  quarré ,  au  milieu  de  laquelle 
il  y  auoit  vne  pierre  haute  de  cinq  paumes ,  qui 
eftoit  verte  ôc  pointue  en  façon  de  pyramide^ 
eftoit  là  pofee  pour  les  facriticesdes  hommes 
«|ueiVn  y  faifoit  ;  Car  vn  homme  eftant  couché 


Hifloire  naturelle 

defîus  à  la  renuerfe  ,  elleluy  faifoit  ployer  le 
corps  ,  ôc  ainfi  ils  l'ouuroient,  &  luy  tiroient  le 
cœur ,  comme  ie  diray  cy  après.  Il  y  auoit  en  la 
Cité  de  Mexique  8.  ou  9.  autres  temples  corne 
celuy  que  i'ay  dit,  lefquels.  eftoient  attachez  ôc 
continuez  les  vus  aux  autres  dans  vn  grand  cir- 
cuit >ôc  auoient leurs  degrez  particuliers ,  leur 
court ,  leurs  chambres  ôc  leurs  dortois.  Les  en- 
trées des  vns  eftoient  au  Ponent,  des  autres  au 
Leuant,  des  autres  au  Sud  ,  ôc  celles  des  autres 
au  Norr.  Tous  ces  temples  eftoient  ingenieufe- 
ment  élaborez,  &  enceints  de  diuerfes  façons 
de  créneaux  ôc  peintures  ,  auec  beaucoup  de 
figures  de  pierres,  eftans  accompagnez  &  forti- 
fiez de  grands  &  larges  efperons.  Ils  eftoient 
dédiez  à  diuers  Dieux ,  mais  après  le  temple  de 
Vitzilipuztli,  îuiuoit  celuy  de  Tezcalipuca,qui 
eftoitleDieu  de  peenitence  &  des  chaftimens, 
fort  efleuéjiaut,  &  fort  bien  bafty.  Il  y  auoit 
quatre  vingts  degrez  pour  y  monter,  au  haut 
defquels  fe  faifoit  vne  planure  ou  table  de  fîx 
vingts  pieds  de  large,&  joignant  icelle,vne  falle 
tapiftee  de  courtines  de  diuerfes  couleurs  &  ou- 
urages.  La  porte  d'icelle  eftant  baffe  Ôc  large, 
toujours  couuerted'vn voile,  ôc  n'y  auoitque 
les  preftres  feulement  qui  y  pouuoient  entrer. 
Tout  ce  temple  eftoit  elabouré  de  diuerfes  taiU 
les  ôc  effigies  auec  vne  grande  curiofîté,  d'au- 
tant que  ces  deux  temples  eftoient  comme  les 
Eglifes  Gathedrales,  ôc  le  refte  à  leur  refpedfc 
comme  Paroiftes  ôc  H  ermitages  j  ôc  eftoient  fi 
fpacieux  ôc  de  tant  de  chambres  qu'il  y  auoit  en;  ! 
iceux  ks  mjntfteres,  Us  collèges,  les  eïcholes  & 


Ss 


des  Jndes.  Liure  V.  2jz 

les  maifons  des  prefrres,  dont  ie  parleray  cy 
après.  Ce  qui  eft  dit  peut  fuffire  pour  entendre 
l'orgueil  du  diable ,  6V  le  malheur  de  cette  mife- 
rable  nation  ,  qui  auec  fî  grande  defpenfe  de 
leurs  biens,  de  leur  trauail,'&-  de  leurs  vies,fer- 
uoientainfî  leur  propre  ennemy,  qui  ne  preten- 
doit  deux  autre  chofe,que  de  deftruire  leurs 
âmes ,  &  confommer  les  corps,  Neantmoins  ils 
s  en  contentoient  fort ,  ayans  opinion  en  leur  û 
grande  erreur,  que  c'eftoient  de  grands  &  ptu'f- 
.<ans  Dieux  que  ceux  aufquelsils  faifoient  ces 
feruices. 


Des  Preftres  &  de  leurs  offices. 

Chapitre    XIV. 

'On  trouue  entre  toutes  les  na- 
tions du  monde,des  hommes  par- 
ticulièrement dédiés  au  feruice  du 
rray  Dieu,  ou  de  ceîuyq ui  eft  faux, 
lefquels  feruentauxfacriflces,  cV 
poui  déclarer  au  peuple  ce  que  leurs  Dieux  leur 
commandent.  Il  y  a  eu  au  Mexique  fur  ce  point 

vnc  cftrangccuriofîtc.  Et  le  diable  voulant  con- 
trefaire lvfage  de  l'Eglifc  de  Dieu,  en  mis  al  or- 
dre de  ces  Preftres  de  plus  grands  ou  Supérieurs, 
&  de  moindres , ks  vns  comme  Acolvtes ,  &•  kl 
autres  comme  Leuites.  Et  ce  qui  m'a  plus  faid 
efmerueiller ,  c'eft  que  ie  diable  a  voulu  vfurpec 
pour  foy  le  feruice  de  Chrift,  iufqu'à  fe  feruir  du 
piefmenom  :  Caries  Mexiquains  appelloienc 


Hiftoire  naturelle 

leurs  grands  Preftres  en  leur  ancienne  langue, 
Papas,  comme  pour  lignifier  fouuerains  Ponti- 
fei,ain(l  qu'il  appert  à  prefent  par  leurs  hiftoires. 
Les  Preftres  de  Vitzilipuztli  fuccedoient  par 
lignages  de  certains  quartiers  de  la  ville,deputés 
à  cet  effet  v  &  ceux  des  autres  idoles  y  venoient 
par  eïle&ion,  ou  pour  auoir  efte  offerts  au  tem- 
ple dés  leur  enfance.  Le  continuel  exercice  des 
Preftres  eftoit  d'encenfer  les  idoles,  ce  qu'ils 
faifoient  quatre  fois  dorant  le  iour  naturel    La 
première  à  l'aube  du  iour ,  la  féconde  à  midy ,  la 
troifiefmeau  Soleil  couchant  ,  &  la  quatrkfme 
à  minuict.  A  cefte  heure  de  miRuict  fe  leuoient 
tontes  les  dignitez  du  temple,  &  au  lieu  de  clo- 
ches ils  fonnoient  des  buccines  &  de grad s  cor- 
nets, &Jes  autres  des  fluftes ,  &  fonnoient  long 
temps  vn  fon  trifte ,  &  après  auoir  celle  le  fon, 
fortoit  le  femainier ,  veftu  d'vne robbe blanche 
en  façon  de  Dalmatique ,  auec  l'encenfoir  en  la 
main  plein  de  brafîer  qu'il  prenoit  au  foyer, 
bruilant  cotinuellement  deuant  l'autel  ;  en  l'au- 
tre main  vne  bourfe  pleine  d'encens,  lequel  il 
iettoit  en  l'encenfoir,  ôc  comme  il  entroitau 
lieu  où  eftoit  l'idole,il  encenfoit  auec  beaucoup 
de  reuerence;apres  il  prenoit  vn  linge,  duquel  il 
nettoyoïtTAutelSc  les  courtines.  Cela  acheuc 
ils  s'en  alloiét  tous  enfemble  en  vne  chappelle, 
&  là  faifoéit  certain  genre  de  pénitence  fort  ri- 
goureufe  &  auftere,fe  frappas&  tirans  du  fang, 
de  la  .façon  que  ie  diray  cy-  après  au  traitte  de  la 
pénitence,  que  le  diable  à  enfeignee  aux  liens 
&  ne  failloient  iamais  à  ces  matines  de  minuicl:. 
Aueuns  autres  que  les  Preftres  ne  pouuoient  fc 

méfier 


des  Indes.  Liure  V,         -i. 


^Monafleres  des  vierges que le df Me 
'"«entapourfonfemice. 

Chapitre    XV. 

Ommel^iereligieufeCcielaaueJ- 
[ieplufieursferuïteurs&feln. 

battre auec  r>,Vn  ,?*  îvîlr     '         ô  comn]e  de. 
v,\*  Tr  -n    de J-obferuance  &  aufteri^  J+ 

v«?defe$  mimftres.  Il  v  auoitau  P*»,    i  ? 

^onafleresdeviemesrlr  r    /       piu{îeurs 
nV*Ar/   "uc  vierg es  (car  d  autre  qualité  eIJ*« 


Wjloire  naturelle 

enauoit  vn  en  chaque  Prouince.  I!y  auoiten 
ces  Monafteres  deux  fortes  de  femmes ,  les  vnes 
anciennes.qu'ih  appelaient  Mamacomas ,  pour 
l'inftruaion  &enfeignementdesieunes  ;  &Ies 
autres  eftoient  deieunes  filles  deftinees  la  pour 
vn  certain  temps  ,  puis  après  l'on  les  woit  de  a 
pour  leurs  Dieux  ou  pour  TIngua.  Ilsappel- 
loient  celle  maifon  ou  Monaftere,Acllaguagi> 
quieftàdire,maifondechoifies.  Chaque  Mo- 
naftere  auoitfon  vicaire  ou  gouuerneur,  nom- 
mé Appopanaca ,  lequel  auoit  la  puiifance  &  li- 
berté de  choifir  toutes  celles  qu  il  vouloit,de 
quelque  qualité  qu'elles  fuffent    eftans  au  def- 
foubsde  Huidans  ,  Il  elles  leur  fembloient  de 
bonne  taille  &  difpof.tion.  Ces  fallesataG  enfer- 
rées dans  ces  Monafteres,eftoient  endoannees 
par  les  Mamacomas  en  diuerfes  chofes  necellai- 
res  pour  la  vie  humaine,&  aux  couftumes  &  cé- 
rémonies de  leurs  Dieux  ,  &parapresilslesti- 
roient  de  là  eftans  au  de&s  de  quatorze  ans ,  5c 
les  enuoyent  en  la  court  auec  bonne  garde  vne 
partie  defquelles  eftoient  députées  pour  feruir 
auxGuacas  &  fanduaires ,  conferuans  perpé- 
tuellement leur  virginité    vnepart.e  pourles 
facrifices  ordinaires  qu'ils  faifoient  de  pucelles, 
&  autres  facrifices  extraordinaires  qui  le  tai- 
foientpourlefalut,  la  mort,  ou  les  guerres  de 
l'Ingua,&  vne  partie  mefme  pour  feruir  de  fem- 
rnes&  de  concubines  à  l'Ingua,&  à  d'autres  Cens 

oarens  &  Capitaines  aufquels  il  les  donnoit,qui 
leur  eftoit  vne  grande  &  honorable  récompen- 
se: &  ce  département  fe  faifoit  par  chacun  an. 
Ce* Monafteresauoient  &  poffedoient  en  pro- 


des  Indes.   Lime.  V.  i»* 

prêtes  héritages  ,  renteS&  reuenus  pour  l'en- 
tretien ,  nourriture  &  fifetatian  de  ces  vie", 
ges,qui  efto.ent  en  grand  nombre.  Uneftoit 
pomtJIclte  a  vn  père  de  faire  refus  de  bailler  fe 
fil  es  lors  que  1  Appopacana  les  demandoit  pour 
les  enferrer  &  mettre  en  ces  Mpnafteres ,  Voire 
Plufîeurs  offroient  leurs  filles  de  leur  bonne  vo! 
lonte.leurfemblantquec'ëftoit  vn  grand  meri 
epour  ellesd  eftre  facrifiees  pourl & 
lontrouuo.t  que  quelques- vus  de  ces  Marna. 

comasou  Acllaseuft  faifly  contre  fon  honneur 
ceftottvn  ineu.table  chaftiment  delesenterrer 
toutes  v.ues,  ou  de  les  faire  mourir  par  vnau- 

tregenredecruelfupp,ice.LediabIePaeumef: 
me  en  Mexique  fa  façon  &  manière  dereligieu- 
i«  ,  encor  que  leur  profefsion  nefuft  de  plus 

iZZT-A  eftoit  en  cefte  forîe- Au  ^an* 

deceg,and  circuit  que  nous  auons  dit  cv-def 
fl»  qui  eftoit  au  téple  principal ,  il  y  aùoit  deux 
maifonscommeclauftrales.visivisi-vueder^! 
tre,  1  vne  d  hommes  &  l'autre  de  femmes.  En 
celle  de  femmesilyauoit  feulement  des  pucel- 
esde  douze  a  treize  ans  ,  lefquelles  ils  appel- 

Z  '  Mr  ^Penit««-  Elles  eftoienÏÏ. 
tant  comme  les  hommes,  viuoienten  chafteté& 
règle  comme  pucelles.dediees  au  feruiee  de  leur 
iJieu.L  exercice  quelles  auoient  eftoit  de  net- 
toyer &  ballier  le  temple  ,  &  apprefter  g 
que  matin  à  manger  a  ftdok&Zfes  minimes 

La  X7       'V6  rec™"°™  1«  religieux.- 
Lavande  qu  ,Is  appreftoient  à  l'idole  eftoit 

confmlj  Pa"]ven  tigUrede  mains&  deP^s, 
commedumaffe  paan ,  &  appreftoient  auece» 


j/ifioire  naturelle 
pain  de  certaines  faulces  qu'ils  mettaient  cha- 
que iour  au  deuant  de  l'idole ,  &  Tes  £re'ftres  le 
mangeoient  comme  ceux  de  Baal  ,  que  conte 
Vankl  14.  Daniel.  Ces  filles  auoient  les  cheueuxcoUpez, 
&  les  laiiloientcroiftre  par  après  iufqua  quel- 
que temps:  elles  feleùoient  à  minuid  aux  mati- 
nes de  l'idole,  qu'ils  celebroient  tous  les  iours, 
faifans  les  mefmes  exercices  que  les  religieux. 
Ils  auoient  leurs  Abbaiffes  qui  lesoccupoient  a 
faire  destoiles  de  diuerfes  façons  pour  l'orne- 
ment de  leurs  idoles  &  dés  temples.  Leur  habit 
ordinaire  eftoit  tout  blanc  fans  aucun  ouurage, 
nv  couleur.  Elles  faifoient  aufsi  leurs  péniten- 
ces à  minuid  ,  fe  facrifians  en  fe  bleflans  elles. 
mefmes,&  <e  perçansle  bout  d'enhaut  desoreil- 
les  &  mettans  en  leurs  iouës  ie  fang  qu'elles  en 
riroient,&  parapresfe  lauoient  pour  ofter  ce 
fang  en  vn  petit  eftang  qui  eftoit  dedans  leur 
monaftere.  Elles  viuoient  en  grande  honneite- 
té  &  diferetion:  &  s'il  fe  trouuoit  que  quelqu'u- 
ne euft  failly  i  quoy  que  ce  fuft  legerement,m- 
continent  elle  eftoit  mife  à  mort  fans  remil- 
fion.difants  qu'elle auoit  violé  la  maifon  de  leiir 

Dieu.  Ils  tenoient  pour  vn  augure  &  aduertiffe- 
\  met  que  quelquvn  de  ces  religieux  ou  religieu- 

fes  auoient  fait  faute,  quand  ils  voyoïent  palier 
quelque  rat  ou  fouris ,  ou  chauue-founs  en  la 
chappelle  de  leur  idole,ou  qu'ils  auoient  ronge 
quelques  voiles  :  pource  qu'ils  difoient  que  le 
mouchauue-fourisnefe  fuft  point  hazarde  a 
faire  vne  telle  indignité,  fi  quelque  delift  n'eulc 
procedé,&  deslors  commençaient  a  faire  mqui - 
fitiôn*  recherche  du  fait  ,  puisayant  defcou* 


V 


des  Indes.  Liure    V  ±À 

«ert  le  délinquant  ou  delinanan^   3         > 5 


**"*tt*p*rUf»ttrftuit*. 
ChapiTRe    XVI. 

'On  cognoift  alTezparles  lettres 
^PeresdenoftreCôpagnieef! 

perft.t:on,  &  menfonges.  Quelcjues  Pw«q„i 

Gg  iij 


Hifloire  naturelle 
ont  efté  en  ces  pays,  racontent  de  ces  boncos,  & 
religieuxdelaÇhine,difans,qu'ity  en  ade  plu- 
-  fieurs  ordres,&'de  diuerfes  fortes,  que  les  vns  les 
vindrent  voir  veftus  d'vn  habirblanc ,  portans 
des  bonnets ,  &  les  autres,  d'vn  habit  noir  ,  ians 
cheueux  &  fans  bonnet,&  que  ces  religieux  or- 
dinairement font  peu  eftimez ,  &  les  Mandarins, 
ouminiftresde  iuftice  les  fouettent  comme  ils 
font  le  refte  du  peuple.  Ils  font  profefs.on  de  ne 
mangerde  chair ,  ny  de poillon,ny  de chofeau- 
cune  ayant  vie,  ains  feulement  du  ris ,  &des 
herbes,  maisen  fecretils  mangent  de  tout ,  & 
font  pires  que  le  commun  peuple.  Ils  d.fent  que 
lesrelieieux  quifont  en  la  court  quieftenPa- 
quin.font  fort  eftimez.  Les  Mandarins  vont  or- 
nement fe  recréer  aux  Narelles,  ou  Mo^ 
fteres  decesmoines,  &  en  retournent  prelque 
toufiours  yures.  Ces  Monastères  font  ordinai- 
rement hors  des  villes,  &  ont  dedans  leur  enclos 
?eTtemples.  Toutesfois  ils  font  peu ^  curieux 
en  la  ChW  des  idoles ,  ou  des  temp  es  •  car  le 
Mandarins  font  peu  d'eftat  des  idoles  ,  &  les 

ne  crovent  pas  qu'il  y  ait  autre  vie,ny  autre  Pa- 

adï°  queWre  en  officede  Mandarin  ,  ny 

-dieifer,  que  les  prifons  qu'ils  donnenr  aux 

eft  necettaire  de  l'entretenir  pai :l  idola  rie.com- 

me  mefmele  Philofophe  l'enfeigne  afes  gou- 

t-    ™r^Etaefréenl'Efcriture;vneexcufeque 

'    donna  Aaron.de  l'idole  duveauquilauoit  fa.£t 

.     S  Neantmoins  les  Chinois  ont  accouftume 

de  porter  aux  pouppes  de  leurs  nauires,  end? 


des  Indes.  Liure.  V.  3,3e 

petites  chappeles  vne  pucelleen  bolTe  afsifeen 
la  chaire  auec  deux  Chinois  audeuant  d'elle 
agenouillez  en  façon  d'Anges  ;  &  y  ade  la  lu-' 
miere  ardente  de  iour  &denuid.  Et  quand  ils 

doiucntfairevoilc,iJsluyfontpluCeuKfacrifi. 
ces3&  cérémonies ,  auec  vn  grand  bruit  de  tam- 
bours^ de  cloches ,  iettans  des  papiers  bruslans 
par  la  pouppe.  Venas  donc  aux  Religieux,  ie  ne 
içache  pomtquauPeruily  ait  eu  maifon  pro- 
pre d  hommes  retirez  outre  leurs  Preftres    & 
lorciers,  dont  y  en  a  vne  infinité.  Mais  ça  efté  en 
Mexique   ou  il  femble  que  Je  diable  aitmis  vne 
propre  obferuance  :  Car  il  y  auoit  au  circuit  du 
grandtemple  deux  Monafteres ,  comme  i'ay  dit 
cy.deflus,IVn  de  pucelles,  dequoy  i'ay  traidé,& 
I  autre  de  leunes  hommes  reclus  de  dix-huicfU 
vingt  ans,  Iefquels  ils  appelloient  Religieux.  Ils 
portaient  vne  couronne  en  la  telle  comme  les 
frères  de  par  déciles  cheueux  vn  peu  plus  Ion** 
qui  leur  tomboientiufquesâ  moytiéde  l'oreil- 
le ,  excepté  qu'au  derrière  de  la  tefte  ils  les  laif- 
ioient  croiftre  quatre  doigts  de  longs  qui  leur 
defcendoient  fur  les  efpaulles ,  &  les  trouflbient 
Se  accommodoient  par  trèfles.  Ces  ieuncsgens 
qui  feruoient  au  temple  de  Vitzilipuztli,  vi- 
uoient  en  pauureté,  &  chafteté,&  faifoient  Pof- 
fice  de  Leuites,adminiftrans aux  Preftres,  &  di- 
gnitez  du  temple ,  lencenfoir ,  le  luminaire ,  &l 
lesveltemens.  Ils  ballioyent,  &  nettoyoient  les 
lieux  facrez  apportans  du  bois,  afin  qu'il  bruf- 
laft  toufiours,  au  brafier ,  oufouyerdu  Dieu, 
quieftoit  comme  vne  lampe  qui  ardoit  conti- 
nucUemem  deuantrautel  de  l'idole.  Outre  ces 

9ë  $j 


Hiftoire  naturelle 
îeunes  hommes  ,  il  y  auoit  d'autres  petits  gar- 
çons,quTeftoient  comme  nouices,  qui  feruoient 
auxchofes  manuelles,  comme  eftoit d'accom- 
moder le  temple  de  rameaux ,  rofes ,  &  ioncs, 
donner  l'eaue  à  lauer  aux  Preftres,  bailler  les  ra- 
zoirs  pour  facrifier ,  &  aller  auec  ceux  qui  de- 
mandoéit  laumofne  pour  la  porter. Tous  ceux  - 
cy  auoîent  leurs  fuperieurs?  qui  auoient  la  char- 
ge &  commandement  fur  eux  \  &  viuoient  auec 
vne  telle  honnefteté ,  que  quand  ils  fortoient  en 
public,  où  il  y  auoit  des  femmes,  ils  alloient  tou- 
jours les  telles  fort  baiflees ,  les  yeux  enterre, 
fans  les  ofer  hauffer  pour  les  regarder.  Ils  auoiét 
pour  veftement  des  linceux  de  red,&  leur  eftoit 
permis  de  fortir  par  la  Cité  quatre  a  quatre ,  & 
fix  i  fix  pour  aller  demander  laumofne  aux 
quartiers.  Et  quand  1  on  ne  leur  la  donnoit ,  ils 
auoient  licence  d'aller  aux  grains  des  champs,  & 
cueillir  les  efpics  de  pain ,  ou  grapettes  de  mays, 
qu'ils  auoient  de  befoing,  fans  que  le  maiftr  e  en 
ofaft  parler,  ny  les  empefcher.  Ils  auoient  cefte 
licence,  pou  rce  qu'ils  viuoient  pauurement ,  & 
n 'auoient  autre  reuenù  que  laumofne.  Us  ne 
pouuoient  eftre  plus  de  cinquante,  &  s'exer- 
çoiënten  pénitence,  fekuansi  minuit  à  fonner 
des  cornets  &  buccines,pour  efueiiler  le  peuple. 
Us  faifoient  chacun  leur  quart  à  veiller  l'idole, 
de  peur  que  le  feu  deuant  l'Autel  ne  s'eftaignift . 
Us  adminiftroiétenfencenfoir,  aueclequelles 
Preftres  encenfoient  l'idole  a  minuit,  au  matin,â 
midy,  &  au  foir.  Ils  eftoient  fortfubjeâs  & 
obeyiTansaleurs  fuperieurs&  noutrepaffoient 
pas  d'vn  point  ce  qu'ils  leur  cominandoient.  Et 


des  Indes.  Lîure.  V.        ,  %,j 

après  qu'i  minuit  les  Preftres  auoient  acheué 
d  encefer.ceux-cvs'en  alloient  en  vn  lieu  fecret 
&efcarte,  &  facrifioient,  fe  tirans  du  fan?  des 
mollets  auec  des  pointes  dures  &  aiguës.  Et  de 
ce  rang  qu'ils  tiroientainfi,ils  s'en  frottoient  les 
temples.mfque  au  deflous  l'oreille,  &  a  vas  ache 
ue  ces  lacnfices,ils  s'en  alloient  incontinent  fe  la- 
ueren  vn  petit  eftang,  deftinéace't  effet.  Ces 
Jeunes  gens  ne  fe  oignoient  point  d'aucun  be- 
tum,  par/a  tefte,nvpar  lecorps,  commefai- 
fojent  les  Preftres,  &  leurs  vefteméns  eftoient 
dvne  toile,  qu'ilsfont  là  fort  rude ,  &  blanche. 
Cet  exercée  &  afpretéde  pénitences  leur  du» 

co!  ZT  S1  û  •"  *. a?quelils  viuoient  auec  beau" 

coupdauftenteAfolitude.C'eftiIaveritévne 

a  tnff  fnge'Te  H- Êuffi  °Pinion  de  reIigio« 
SeS  ftCeilendro.it  Jece^sieunes  hommes 
&  tilles  de  Mex.que,quïls  vont  feruans  le  diable 
auec  tant  de  ngueur&daufterité  :  cequeplu- 

tres-hautD,eu,  qu,  eft  vne  grand'honte  &  con- 

tuhonpourceuxdentrelesnoftresquifeglori. 
fient  d  auoir  fait  vn  bien  peu  de  pénitence  .com- 
bien que  l'exercice  de  ces  Mexfquains  n'eftpas 
perpétuel,  mais  dvn  an  feulement,  cequileur 
eftoitplustolerabk.        "  =qu.ieuc 


Hifloire  naturelle 


% 


*  Des  pénitences  ,&  de  Iditfteriti  dentksln* 

•      diensontvfé,  à  laferfuajtondu  diable. 


Chapitre     XVII. 


Vifque  nous  fommes  venus  à  ce 
point.il  fera  bon  ,  tant  pour  def- 
couurir  le  maudit  orgueil  de  Sa- 
tan, comme  pour  confondre,  & 
-  refueiller  quelque  peu  noftrelaf- 
cheté  &  froideur  au  feruice  du  grand  Dieu,que 
«ousdifions  quelque  chofe  des  rigueurs  & péni- 
tences eftrangesque  ceftemiferablegentfaiToit 
,*-il     parla  perfuafion  du  diable  comme  les  faux  Pro- 
1         ïhetesPde  Baal ,  qui  fe  bleffoient,  &  frappoient, 
.       Lee  des  lancettes,&  fetiroient  du  fang,&  com- 
me ceux  qui  facrifioient  leurs  fils  &  filles  au  fale 
Belphegor,&  les  paffoient  parle  feu   felonque 
»-,        -  tefinoicnent  les  diuines  lettres.  Car  Satan  a  tou- 

defnensdeshommes.Ilaeftédefiadit  comme 
les  Preftres&  Religieux  de  Mexique  fe  leuoiet 
à  minuit,  &  ayans  encenfé  deuans  l'idole ,  com- 
me dignitez  du  temple.ils  s'en  allouent  en  vn  Ueu 

aflez  large  où  il  y  auoit  beaucoup  de  cierges ,  « 
làs'afleoient,  &  prenans  chacun  vne  ponte  de 
mnguey,quieftcommevnealefne,oupo.nçon 
S,  aueclefquelles.ouauecautresfortesde 
ILttes,  ou  rafoirs,  ilsfe  peigno.ent  &  pe  - 
çoient  le  mollet  desiambes,  toignantlos,  leu-l 
^beaucoup  de  fang,«iec  lequel  ils  s  o.gno.ent 
par  les  temples,  &  mettoient  tremper  ces  poin-. 


des  Indes.  Liure.    V.  Zjg 

res,  ou  lancettes,  dedans  le  refte  du  fang ,  puis 
après  les  mettoient  aux  créneaux  delà  court,  fi- 
chez en  des  gIobes,ou  boulles  de  paille^  fin  que 
tous  veiffent  &cogneufTent  la  pénitence  qu'ils 
faifoient  pour  le  peuple.  Ilsfe  Jauent,  &net- 
toyent  ce  fang ,  en  vn  lac  député  pour  cet  effet, 

qu'iIsappellentEzapangue,quieil:^dire,eaude 
fang  ;  Et  y  auoit  au  Temple  vn  grand  nombre 
de  cespointes &  lancettes ,  parce  qu'ilsne pou- 
noient  faire  feruir  vne  deux  fois.  Outre  cela  ces 
Preftres  &  Religieux  faifoient  de  grands  ieuf^ 
nés  ,  comme  deieufner  cinq&  dix  iours  fui- 
uants,  deuantquelqu'vne  de  leurs  grandes  fe- 
ftesA  leur  eftoient  ces  iours  comme  noz  quatre 
tempsnls  gardoient  H  eftroittement  la  continen- 
ce, que  quelques  vns  deux  pour  ne  tomber  en 
quelque  fenfualité,  fe  fendoient  les  membres  vi- 
nlz  par  le  milieu,^  faifoient  mil  chofes,pour  f© 
rendre  impuiflans ,  à  fin  de  n  offenfer  point  leurs 
Dieux.  Ils  ne  beuuoient  point  devin  ,  &dor- 
moiet  fort  peu ,  pource  que  la  plus  part  de  leurs 
exercices  eftoient  de  iviid,  &  commettoient  fur 
eux-mefmes,  de  grande  çruautez,  fe  martvrifans 
pour  le  diable,  le  tout  à  fin  qu'ils  fuffent  reputez 
grands  xeufneurs  &  penitens.  Ils  auoient  accou- 
tumé de  fe  difeipliner  auec  des  cordes  pleines 
de  nœuds,  &  non  pas  eux  feulemet ,  mais  encore 
le  peuple  faifoit  cefte  macération  &  fuftigation 
en  la  procefsion  &  fefte  qu'ils  faifoient  i  l'idole* 
Tezcahpuca,que  i'ay  dit  cy-deflus  eftre  le  Dieu 
de  pénitence.   Car  alors  ils  portoient  tous  i 
leurs  mains  des  cordes  neuues  de  fil  de  mâguey, 
4  Vue  braflè  de  long,  auec  vn  nœud  au  bout* 


Hiftoire  naturelle 
&  d Scelles  ils  fe  fuftigeoient ,  s'çn  donnant  de 
grands  coups  par  les  efpaules.  Les  Preftres  ieuf- 
noiont  cinq  iours  fuyuanssauant  cefte  fefte,man- 
geans  vne  feule  fois  le  iour ,  &  fe  tenoient  fepa- 
rez  de  leurs  femmes,fans  fortir  du  temple  ,  pen- 
dant ces  cinq  iours  fe  fouettans  rigoureufement 
auec  les  ordres  fufdits.  Les  lettres  des  Pères  de 
la  Compagnie  de  I  £  s  v  s ,  qu'ils  ont  efcrites  des 
Indes,traittent  amplement  dcspenitences,6V  ex- 
eefsiues  rigueurs  dontvfent  lesBoncos,  encor 
que  le  tout  y  ait  eftc  fophiftiqué,  &  qu'ii  y  ait 
plus  d'apparenee  que  de  vérité.  Au  Peru  pour 
folemnifer  la  fefte  de  l'Yta  ,  qui  eftoit  grande, 
tout  le  peuple  ieufnoit  deux  iours,  durant  lef- 
quelsils  ne  touehoient  point  à  leurs  femmes ,  ny 
ne  mangeoient  aucune  viande  auec  du  fel ,  Se 
d  ail,ny  ne  beuuoient  point  de  Chica.Ils  vfoient 
beaucoup  de  cefte  façon  de  ieufner ,  pour  cer- 
tains péchez ,  &  faifoient  pénitence  en  fe  fouet- 
tans auec  des  orties  fort  alpres.  Et  tantoft  s  en- 
trefrappans  plufieurs  coups  par  les  efpaules  dV- 
ne  certaine  pierre  en  quelques  endroits.  Cefte 
gent  aueuglee  par  la  perfuafion  du  diable  ,  fe 
tranfportoit  en  des  Sierres,  ou  montagnes  fort 
afpres ,  où  quelques  fois  ils  fe  facrifioient  eux- 
mefmes ,  fe  precipitans  du  haut  en  bas  de  quel- 
que haut  rocher ,  qui  font  toutes  embufehes  de 
tromperies  de  celuy  qui  ne  deïîre  rien  tant ,  que 
îe  dommage  &  perdition  des  hommes. 


des  Indes.  Lîure.   V. 


239 


Desfacnftes  que  les  Indiens  faifiknt  audia  . 
ble,ér  de  quelles  dp/es. 
Chapitre    XVIII. 

,  'A  efte'en  l'abôdance  &  diuerfité  d'of- 
frandes &  facrifices  ,  enfeignez  aux  in- 
.fidelles  pourleur  idolâtrie ,  que  l'en- 
'nemy  de  Dieu  &  des  hommesa  plus 
demonftre  fon  aftuce  &  fa  mefchancete.  Et 
comme  ceft  vne  chofe  conuenable,  &  propre 
de  la  religion     de  confommer  la  fuftance  des 
créatures  au  feruice  &  i  l'honneur  du  Crea- 
teur,quieftlefacrifice  :  ainfîlepereJemenfon- 
ge  a  muente  de  fe  faire  offrir  &  facrifier  les  créa- 
tures de  D,ed  ,  commeàl'autheur&  feig„eur 
d  icelles.  Le  premier  genre  de  facrifices,  duquel 
Ieshommesontvfé5aeftéfortfimple  :  carCain 

de  for beftail,  ce  que  firent  au  fsi  depuis  Noé  r  t  - 
Abraham ,  &  les  autres  Patriarches,  iuYquesYcê  ^ 
que  ceftample  cérémonial  du  Leuitique  ait  efte' 

dSr  ^f*?™0^  »  7  »  «*  de  fortes  Se 
differencesde facrifices ,  pour  diuers  affaires,  de 

d.uerfeschofes,&  auec  diuerfes  cérémonies.  De 
lamefmefaconil  s'eft contenté,  entrequelques 
muons ,  deleurenfeignerqu-ilsluy  fac^fiX 
de  ce  qu  ils  auoient  :  mais  enuers  d'autres  il  a 
paire  fi  outre  ,  en  leur  donnant  vne  multitude 

tîl ^&Z%\&rdecermonies  •  f-'«fKri- 
ueU  ⣫  P  °fbferul!ânces'  W'^  font  efmer- 
uedlablcs.  Et  femble  clairement,  que  parla  il 


Hiftoire  naturelle 
Viieillez débattre ,  &  s  efgallerà  laloy  ancienne, 
&en  beaucoup  de  chofes  vfurper  fes  propres 
ceremonies.Nousfouuons  réduire  en  trois  gen- 
res de  facrifices  tous  ceux  dont  vfent  les  infidel- 
îes,  les  vnes  des  chofes  infenfibles  ,  les  autres 
d  animaux  ,"&  les  autres  d'hommes.  Ilsauoyent 
accouftumé'au  Perude  facrifier  du  Coca,  qui 
eft  vne herbe  qu'ils  eftiment  beaucoup,  &  du 
mays,  qui  eft  leur  bled,  des  plumes  de  couleurs 
&  du  Chaquira  ,  qu'ils  appellent  autrement 
Mollo,  des  conches  ou  huiftres  de  mer ,  &  quel- 
ques fois  de  1  or  &  de  l'argent,  qui  eftoit  aucu- 
nes fois  en  figures  des  petits  animaux.  Mefme  de 
la  fine  eftophe  de  Cumbi ,  du  bois  taille  ,  & 
odoriférant  ,  &  le  plus  ordinairement  du  fuif 
brusle'.  Ilsfaifoient  ces  offrandes  ou  facnfices, 
pour  obtenir  des  vents  propices ,  &  vn  bon 
temps ,  ou  pour  la  fanté  &  deliurance  de  quel- 
ques dangers,  ou  mal-heurs.  *Au  fécond  gen- 
re ,  leur  ordinaire  facrifice  eftoit  des  Cuyes,  qui 
font  des  petits  animaux,  comme  petits  connus, 
que  les  Indiens  mangent  ordinairement.  Et  en 
chofesd 'importance ,  ou  quand  c'eftoient  quel- 
ques perfonnes riches,  ils  offroientdes  Pacos, 
ou  moutons  du  pays ,  ras  ou  vellus,  &pre- 
noient  garde  fort  curieufement  au  nombre, 
aux  couleurs  ,  &au  temps.  La  faconde  tuer 
quelconque  vi&ime,  grande  ou  petite  ,  dont 
vfoient  les  Indiens  félon  leurs  cérémonies  an- 
cîennes,  eft  la  mefme  de  laquelle  vfent  auiour- 
d'huy  les  Mores ,  qu'ils  appellent  Alquible,  qui 
eft  de  prendre  la  befte  fur  le  bras  droit ,  &hiy 
tourner  lesyeux  vers  le  Soleil,  difant  certaines 


des  Jndes.  Liure.  V.  24 1 

paroles,  félon  la  qualité  de  la  vidime  que  Ion 
tue.  Car  fî elle  eftoit  de  couleur,  ks  paroles 
s  addreflbient  au  Chuquilla ,  &  tonnerre ,  à  fin 
qu'il  n  y  euft  difetted' eaux  :  îl elle  eftoit  blan- 
che &r  rafe,  ils  l'onroientauSoleilauec  certain 
fies  paroles  ,  fi  elle  eftoit  velue  ,  ils  1  offroient 
aufsi  auec  d'autres ,  à  fin  qu'il  donnaft  fa  lu- 
mière, &  fuft  propice  à  la  génération  :  fi  c  eftoit 
vn  Guanaco,qui  eft  de  couleur  grife,  ils  addref- 
foient lefacrificeauVïracocha.  AuCufcoI'on 
tupit &  facrifioit  chacun  an,  aueccefte  céré- 
monie, vn  mouton  ras  au  Soleil  ,  &  Je  bruf- 
loient  veftu  d'vne  chemifolle  rouge  ,  ôc  ïors 
qu'il  brusloient ,  ils  iettoient  au  feu  certains  pe- 
tits panniers  de  Coca,  qu'ils  appelaient  Vilca- 
ronca,  pour  lequel  facrifice  ils  auoient  des  nom- 
mesdeputezfc  du  beftail,  quineferuoit  iau- 
trexhofe.  Ils  facrifioient  mefme  des  petits  oy- 
feaux,  encorquecelane  fuft  pas  fi  fréquent  au 
Peru ,  comme  en  Mexique ,  où  les  facrifices  des 
caille  s  eftoit  fort  ordinaire. Ceux  du  Peru  facri- 
fioient des  oy  féaux  de  la  Puna  ,(ainfi  appellent 
îlsledefert  (quand ils  deuoientallera  la  guer- 
re pour  faire  diminuer  les  forces  des  Guacasde 
leurs  contraires.  Ils  appelaient  ces  facrifices 
Cuzcouicça,  ou  Conteuicça ,  ouHaullauica 
ou  Sopauicça ,  &  le  faifoient  en  cefte  forme.  Ils 
prenoient  plufieurs  fortes  de  petits  oyfeaux  du 
defert,  & alTembloient  beaucoup  d'vn  bois ef- 
pineux,  qu'ils  appellent  Yanlli,  lequel  eftant 
allumé  /alfembloient  ces  petits  oy  feaux.Cet  af- 
femblement  eftoit  appelle  Qujco,  puis  les  iet- 
toiexit  au  feu,  au  tour  duquel  allaient  les  offi- 


; 


j/ifloîre  naturelle 
cîers  du  facrifice  ,  auec  certaines  pierres  ron- 
des &  cottellees  s  où  eftoient  peintes  plufieurs 
couleuures,  lyons,  crapaux,  &  tigres,  p?ofe- 
rans  ce  mot  Vfachum,  qui  lignifie,  la  vidoire 
nous  foit  donnée,  &  autres  paroles.  Enquoy 
ils  difoient  que  les  forces  des  Guacas  de  leurs, 
ennemis  feperdoient,  &  tiroient  certains  mou- 
tons noirs  ,  qui  eftoient  en  prifon ,  quelques 
îours  fans  manger,  lefquels  ils  appelaient  Vr- 
ca,  &  en  les  tuans,  difoient  ces  paroles,  com- 
me les  coeurs  de  ces  animaux  font  affoibhs, 
ainfi  foient  affaiblis  nos  contraires  î  que  f'ils 
voyoient   en  ces  moutons  ,  qu  vne  certaine 
chair  qui  eftoit  derrière  le  cœur  ,  ne  fe  fuit 
point  confommee  par  les  ieufnes  &  pnfons 
panées  ,  ils  les  tenoient  pour  vn  mauuais  au- 
gure. Ils  amenoient  certains  chiens  noirs,  qu  ils 
appelloient  Appuros  ,  &  les  tuoient,  les  ict- 
tans  en  vne  pleine  auec  certaines  cérémonies, 
faifans  manger  cefte  çiiair  à  -quelques  fortes 
d'hommes,  lefquels  facrifice^ils  faifoient,  de 
peur  que  l'Ingua  ne  fuft  offenfé  auec  du  poi- 
Ton     &  pour  cet  effet  ils  ieufnoient  depuis  le 
matin  iufques  au  leuer  des  eftoilles  ;  &  lors 
ils  fe  faoulloient,  &  fe  honnilïoient  a  la  façon 
des  Mores.  Ce  facrifice  leur  eftoit  le  plus  con- 
venable ,  pour  foppofer  aux  Dieux  de  leurs 
contraires,  &  combien  que  pourleiourd  nuy 
vne  grand' partie  deces  couftumes  ayent cefle^ 
les  guerres  ayans  prins  fin ,  toutesfois  il  en  eit- 
demeuréencor  quelques  reftes,  pour  1  occa- 
sion des  difputes  particulières  ou  communes  des 
Indiens,  ou  des  Caciques,  ou  d'entre  les  villes. 


des  Indes.  Liure  V.  ±A 

ïls  facrifioient  &   offroierfc  aufsi  des  concheç 
de  la  mer,  qu'ils  appellent  Mollo,  ôc  les  offroiët 
aux  fontaine  &  four  ces ,  difans  que  les  cou- 
ches eftoiet  filles  dé  la  mer  ,  mère  de  toutes  les 
eaux,  ils  donnent  a  ces  conçues  des  noms  dif- 
ierens    félon  la  couleur  ,&  senferuent  aufsi  a 
dmerfes  fins.  Ils  en  vfentprefque  en  toutes  for- 
tes de  facnfices ,  &  encor  auiourd'huy  quelques 
vns  mettent  des  couches  filées    dedans  leur 
Chica,   par  fuperflition.    Finalement  il  leur  " 
iembloitçonuenable  d'offrir  facrifices  de  touc 
ce  qu'ils femoient  &  esleuoient.  Il  yauoit  des 
Indiens   députez  pour  faire  ces  facrifices  aux 
fontaines  ,  fources,  &  ruifleaux  qui  ôaffoient 
par  les  villes ,  ou  parleurs  Ghacras  -9  qui  font 
leurs  meftairies,&  les  fcifoierit,-   après  auoir 
acneue  leurs  femailles,  afin  qu'ils  ne  ceflaffenr. 
de  courir,  &  qu'ils  arroufaffenttoufiours  leur? 
héritages.  Leslorciers  iettoient  leur  fort  pour 
cognoiftre  le  temps  auquel  les  facrifices  fe  de. 
iioient  faire,  lefquels  eftans  acfieuezv  l'on  al- 
iembloit  delà  contribution  du  peuple,  ce  que 
1  ondeuoit  facrifier  ,  &  les  bailloit-on à  ceux 
quiauoient  la  charge  défaire  ces  facrifices.  Ils 
les  railoient  au    commencement  de  l'Hyuér 
quieftlorsquelesfontaines  ,  fourcés,  &  riuie- 
rescroifient  pour  l'humidité  du  temps,  &  eux 
rattnbuoient  a*  leurs  facrifices^  Ils  ne   facri. 
fjoiertt  point  aux  fontaines  &  fources  des  de- 
ferts.Aujourd'huy  demeure  encor  entr'euxle 
refped  qu'ils  auoient  aux  fontaines ,  fources 
eftangs,  ruifieaux,  ou  riuieres  qui  parlent  pàsles 
nites,&Ghacras,mefmesaufsiaux  fontaines  & 


j/ifioire  naturelle 
Aiieres  des  deferts.  Ils  font  particulière  reué- 
rence&  vénération  à  la  rencontre  de  deux  ri- 
uieres ,  &  la  fe  laucnt  pour  la  fanté ,  s'oignans 
premièrement  auec  de  la  farine  de  mays  ,  ou 
auec  a  litres  chofes ,  en  y  adiouftant  diuerfes  cé- 
rémonies, ce  qu  ils  font  mefme  en  leurs  baings. 


Des  facrïfices  d'hommes  qu'ils  faifiient. 
Chapitre    XIX. 
A  plus  pitoyable  mefauanture  de 
ce  pàuure  peuple ,  eft  le  vaflellage 
qu  ilspayoient  au  diable  ,  luyfa- 
crifiant  des  hommes,  quifontles 
'  images  de  Dieu,  &  ont  efté  créées 
pouriouyr  de  Dîeu.  En  beaucoup  de  nations  ils 
auoient  accouftumé  de  tuer,  pour  accompa- 
gner les  deffuncts,comme  a  efte  dit  cy  deftus,les 
perfonnes  qui  leur  eftoient  les  plus  aggreables, 
&  de  qui  ils  imaginoient  qu'ils  fe  pourraient 
mieux  feruir  en  l'autre  monde.  Outre  cefteoc- 
cafion,ilsauoient accouftume  au  Peru,  de  facri- 
fier  des  enfans  de  quatre  ou  fix ans,iufques  a  dix, 
&lapluspartdecesfacrifices ,  eftoient  pour  les 
affaires  quiimportoient  al'Ingua  ,  comme  en 
fes maladies,  pour  luy  enuoyer  faute,  meirae 
quand  il  alloit  en  guerre  ,  pour  la  vidoire,  & 
quand  ils  donnoient  au  nouueau   Ingua    le 
bourrelet,  qui  eft  l'enfeigne  du  Roy  ;  comme 
font  icy  le  feeptre  &  la  couronne   En  celte  io- 
lemnité  ,  ils  facrifioient  le  nombre  de  deux 
cents  enfans  de  quatre  i  dix  ans ,  qm  eftoitvn 


V 


àesjnâes.  Lhre  y.  ,,, 

cruel  &  inhumain  fpedtade.  La  faeo„  deJeX 
tnhercftou  dele.  hoyer  &  enterrer  a«ec  cer" 
tames  reprefentatio ns  &  «remonta  L Z il 
îlsleurcouppoientlatefte   &«'n*v,T 

a&c  fembla  fi  rrift?    ,  >  ï        '    aa(ciuel*  cet 

Pre/Ferltnrllf  ^Ss^  V0U,UrentPaS,e 
leurs  maifons   f  pV  "tournèrent  en 

me  genre  ^r  LJfcnrure  rac°<»e  SM  Je  mef- 

"icgenre  de facnfice auoir  efté  rh  *f, 

les  natiôs  barbares  de.  r!  en  vfaee  entre 

Utre  hn  fin?    mf4rJmMt  'A  U-vki  Um,e 


'jUUoj. 


let 


ffiftoirê  naturelle 

Ut"  Â2s  Tfquds  Dauid  fe  plaint  que  ceux 
ces  peuples  .deiqu  coufturneS)  lufqua 

d'Ifrael  «PP^™^,  au  «fable.  Cequeia- 
fàaifiet  leurs  fils  &  «^  ,  pointefté  ag- 
mais  Dieun  avoulu    &  ne'uj    P  kvi 

çteable.  Car  comme .1  a  Ç&^f^  u 


ies  hommes  £™<» ■  -  —,  & acccptéla 
Bien  que  le  Semeur  ayppg  ^         U  ne 

volonté  du  hdtie  iw  quieftoitdecou- 

confentitpasponttantau-^^^ 

petlate-Reafonfil^nq     Yvouluen         fur. 
&  tyrannie  du  diable  adoiéauec 

paffer  Dieu ,  prenant  pla.lu  r  ce 

Sm-Smm^ct^etfaite. 

UsMextquams. 

Chatitrï   XX. 
A.çoitqueceuXduPerUa£„tfur^é 
'  Ce'ux  de  Mexique  en  lo«  g« « 

^ï',2  ^-^s  orifices  ?  tou- 


Des  Indes.  Liure  V.  z+3 

toutes  les  nations  du  monde,  au  grand  nom- 
bre d'hommes  qu'ils  facrifïoient ,  &  en  la  façon, 
horrible  qu'ils  le  faifoient.  Et  afin  que  Ton  voye 
le  grand  mal-heur  enquoy  le  diable  tenoir  ce 
peuple  aueuglé,  ie  raconterayparle  menu  IV- 
fage&  façon  inhumaine  qu'ils  auoientencela. 
Premièrement  les  hommes  qu'ils  facrifïoient, 
eftoientprins  en  guerre.  Et  ne  faifoient  point 
cesfolemnelsfacrifïces,  iî  ce  n'eftoient  de  cap- 
tifs, de  forte  qu'il  femble  qu'en  cela  ils  ont  fui- 
uy  le  ftiie  des  anciens.  Car  félon  que  veulent 
dire  certains  Autheurs,  pour  cette  occafion  ils 
appelloient  le  facrifice,  vtflima, d'autant  que  c'e- 
ftoit  de  chofe  vaincue:  comme  mefmeils  l'ap- 
pelloient,  Hoftia,  quajîab  hojle^omce  que  c'eftoit 
vne  offrande  faite  de  leurs  ennemis,  combien 
que  l'on  ayt  accommode  ce  mot  à  toutes  for- 
tes de  factifî  ces.  A  la  vérité  les  Mexiquains  ne 
facrifïoient  point  à  leurs  idoles  que  leurs  cap- 
tifs, Se  n'eftoient  les  ordinaires  guerres  qu'ils 
faifoient,  que  pour  auoir  des  captifs  pour  les 
facrirlces.  C'eft  pourquoy  quand  les  vns  &  les 
autres  fe  battoient,  ils  tafehoient  de  prendre 
vifs  leurs  contraires,  ik  de  ne  les  tuer  point  pour 
iouyr  de  leurs  facrifices.  Et  cefte  fut  la  raifon 
que  donna  Alotecuma  au  Marquis  du  Val, 
quand  il  luy  demanda ,  pourquoy  eiîant  fi  puiu 
fant,  &  ayant  conquefté  tant  de  Royaumes, 
ilnauoit  pas  fubiugué  la  Prouince  deTaica]- 
la,  qui  eftoit  fi  proche:  Motecuma  refpou- 
dit  à  cela,  que  pour  deux  caufes,  il  n'.uioit 
as  conquefté  cefte  Prouince.  combien  qu'il 
uy  euft  efté  fi  facile  s'ili'euft  veuiu  entrepren» 

Hh  iij 


l 


ffiftoire  naturelle 

.dre  :  l'vne  pour  auoir  enquoy  exercer  la  icu- 
ne(Tc  Mexiquaine,  de  peur  qu'elle  nefe  nour- 
rift  en  oyfiuete'  &  delicateii'e  :  l'autre  &  prin- 
cipale, quilauoitreferué  cefte  Prouince  pour 
auoir  d'où  tirer  des  captifs  pour  ^acrifier  à 
leurs  Dieux.  La  façon  dont  ils  yioient  en 
ces  facrifices,  eftoit  qu'ils  aiTembloient  en  cefte 
pallilïade  de  teftes  de  morts  ,  qui  a  efté  ditte  cy 
delTus ,  ceux  qui  deuoient  eftre  facrifiez ,  &c  fai- 
foit  l'on  auec  eux  au  pied  de  cefte  pallhTade  vne 
cérémonie  ,  qui  eftoit  qu'ils  les  mettoienttous. 
arrangez  au  pied  decefte  paliilîade  auec  beau- 
coup cThommes  de  garde  qui  lef  entouroient. 
Incontinent  fortuit  vn  Pieftreveftu  d'yne  au- 
be courte  pleine  deflocquons,  ou  houpettes 
par  le  bas  ,  &  defeendoit  du  haut  du  temple 
auec  vne  idole  fai&e  de  pafte  de  bled,  &  mays 
amafte  auec  du  miel ,  qui  auoit  les  yeux  de 
grains  de  voirre  vert,  &  les  dents  de  grains  de 
mays ,  8c  defeendoit  auec  toute  la  viftefTe  qu'il 
pouuoit  les  degrez  du  temple  en  bas,  &mon- 
toic  par  deifus  vne  grande  pierre  qui  eftoit  fi- 
chée en  vne  fort  haute  terratle  au  milieu  delà 
court.  Cefte  pierre  s'appelloit  Quauxicalli,  qui 
veut  dire  ,  la  pierre  de  1*  Aigle  ,6c  y  montoitle 
Preftre  par  vn  petit  efcailier  qui  eftoit  au  dé- 
liant de  la  terraile,  &  defeendoit  par  vn  autre 
qui  eftoit  en  l'autre  code,  toufîqurs  embralTant 
fonidole:  puismotoit  aulieuoueftoient  ceux 
que  l'on  deuoit  facrifier  ,  &  depuis  vn  bout 
iufqu'à  l'autre  alloit  monftranttefte  idole  à  vn 
chacun  d'eux  en  particulier,  leur  difant,  ceftuy 
eft  voftre  Dieu.&t  en  acheuant  de  monftrer,dc£ 


des  Jndes.  Liure  V.  24+ 

ccndoit  par  l'autre  codé  des  degrez,  &  tous 
ceux  qui  deuoient  mourir  s'en  alloientenpro- 
eefîîon  iufqu'au  lieu  où  ils  deuoient  eftre  fa- 
crifiez,&làtrouuoient  appreftés  les  minières 
qui  ks  deuoient  facrifiet.  La  façon  ordinaire 
defacrifier,  eftoit  d'ouurir  l'eftomach  àceluy 
qu'ils  facrifîoienr:  après  luy  auoir  tiré  le  cœur 
encor  à  demy-vif,  ils  iettoient  l'homme  &  le 
faifoient  rouler  par  les  degrez  du  temple,  les- 
quels eftoient  tous  baignez  &  fouillez  de  ce 
fang.  Et  afin  de  le  faire  entendre  plus  particu- 
lièrement, fix  Sacrificateurs  confticués  en  ce- 
lle dignité,  fortoient  au  lieu  du  facrifice ,  qua- 
tre pour  tenir  les  mains  &  les  pieds  de  celuy 
que  l'on  deuoit  facrifier  :  l'autre  pour  tenir  la 
tefte,  &  l'autre  pour  ouurir  l'eftomach ,  &  tirer 
le  cœur  du  facrific.  Ils  appeiloient  ceux-là  Cha- 
chalmua,qui  en  noftre  langage  vaut  autant  que 
miniftrc  de  chofe  facree.  C  eftoit  vne  dignité 
fupréme  &  beaucoup  eftimee  entr'eux ,  où  l'on 
heritoit  &  fuccedoit  comme  en  vne  chofe  de 
Mayorafqueoufief.  Le  miniftrc  qui  auoit  l'of- 
fice de  tuer,  qui  eftoit le  fixiefme  d  iceux ,  eftoit 
eftimé  &  honoré  comme  fouuerain  Preitre  &c 
Pontife,  le  nom  duqud eftoit  différent,  félon 
la  différence  des  temps  &  folemnitez.  Tout  de 
mefme  eftoient  leurs  habits  differens  quand  ils 
fortoient  à  excercer  leur  office,  félon  la  diuer- 
fité  de  temps.  Le  nom  de  leur  dignité  eftoit 
Papa  Se  Topilzin,  leur  habit  &  robbe  eftoit  vne 
courtine  rouge  en  façon  de  Dalmatiqoe  auec 
des  houpes  au  bas ,  vne  couronne  de  riches  plu- 
mes verdes,  blanches  ôc  iaulnes  fur  la  tefte,  & 

Hh  iiij 


■  !;É 


j/ifloke  naturelle 

aux  oreilles  comme  des pendans d'or,  aufqueîs 
y  auoit  des  pierres  vertes  enchallees ,  &  au  de(- 
fous  de  la  lèvre  ioignant  le  milieu  de  la  barbe, 
auoit  vne  pièce  comme  vn  petit  canon  d'vne 
pierre  azurée.  Ces  fix  Sacrificateurs  venoient 
les  vifages  &  les  mains  ointes  d'vn  noir  fore 
luifant.  Les  cinq  autres  auoienr  vne  chcuelu- 
refortcrefpue  &'  entortillée  auec  des  lifets  de 
cuir ,  defcuiels  ils  font  ceints  par  le  milieu  de  la 
tefte,  &  portans  au  front  de  petites  rondel- 
les de  papier,  peintes  de  diuerfes  couleurs,  & 
eftoient  veftus  d'vne  Dalmaticjue  blanche  ou- 
urée  de  noir.  Ils  reprefentoient  auec  ceft  orT 
nement,  la  mefme  figure  du  diable  :  de  forte 
que  cela  donnoit  crainte  &  tremeur  à  tout  le 
peuple  de  les  voir  fortir  auec  vne  fi  horrible 
reprefentation.  Le  fouuerain  Preftre  portoit 
en  la  main  vn  grand  coufteau  d'vn  caillou  fort 
large  &  aigu ,  vn  autre  Preftre  portoit  vn  col- 
lier de  bois,  ouuré  en  façon  d?vne  couleuure, 
Tous  fix  fe  mettoient  en  ordre  iojgnant  cefte 
pierre  pyramidalle,  de  laquelle  iay  parlé  cy 
deuant,  eftantvis  à  vis  de  la  porte  de  la  chap- 
pelle  de  l'idole.  Cefte  pierre  eftoit  fi  pointue, 
que  l'homme  qui  deuoit  eftre  facrifié  ,  eftant 
couché  deflus  à  la  renuerfe,   fe  plioit  de  telle 
façon,  qu'en  luylaifTant  feulement  tomber  le 
coufteau  fiir  l'eftomach ,  fort  facilement  il  sou- 
uroit  par  le  milieu.  Apres  que  ces  facrificateurs 
eftoient  mis  en  ordre,  Ton  droit  tous  ceux 
qui  auoient  efté  prins  es  guerres,  lefquels  de- 
uoient  eftre  facrifkz  en  cefte  fefte.  Et  eftans 
fort  accompagnez  d'hommes  pour  la  garde  Oc 


des  ^ndes.  Liure  V.  i+f 

tous  nuds,  on  les  faifoit  monter  de  rang  ces  lar- 
eesdegrez,  au  lieu  où  eftoient  appareillez  les 
miniftres^  &  comme  chacun  d'eux  venoit  en 
fon  ordre,  les  fix  Sacrificateurs  le  prenoient  l'vn 
par  vn  pied,  l'autre  par  vn  autre,  i'vnparvne 
main,  &  l'autre  par  l'autre,  &k  iettoient  à  la 
renuerfe  fur  cefte  pierre  poindue,  où  lecin- 
quiefme  de  cesminiftres  luymettoit  le  collier 
de  bois  au  coi,  &  le  grand  Preftre  luyouuroïc 
l'eftomach  auec  le  coufteau  ,  d'vne  eftrange 
promptitude  &  légèreté ,  luy  arrachant  le  cœur 
auec  les  mains ,  &  le  monftrok  ainfi  fumant  au 
Soleil,  àquiilofFroit  cefte  chaleur  &  fumée  de 
cœur,  &  incontinent  fetournoit  vers  l'idole, 
&  luy  iettoit  au  vifage  ,  puis  ils  iettoient  le 
corps  du  facrifié  ,  le  roulant  par  lesdegrez  du 
temple  fort  facilement ,  pource  que  la  pierre 
eftoit  mife  fi  proche  des  degrez ,  qu'il  n'y  auoit 
pas  deux  pieds  d'efpace  entre  la  pierre  &  le  pre- 
mier degré  ;  de  forte  que  d'vn  feul  coup  de  pied 
ils  iettoient  les  corps  du  haut  en  bas.  De  cefte 
façon  ils  facrifîoient  vn  à  vn  tous  ceux  qui  y 
eftoient  deftinez5&  après  qu'ils  eftoient  morts, 
&  que  l'on  auoit  iett^  les  corps  en  bas,  leurs 
maiftres,  ouceuxquiles  auoientprins,  lésai- 
îoient  releuer ,  &  les  emportoient,  puis  après 
lesayan*  départis  entreux,  ilslesmangeoienr, 
celebrans  leur  fefte  &  folemnité.Il  y  auoit  tou- 
jours pour  le  moins  quarante,  ou  cinquante  de 
cesfacrifiez,  pource  qu'il  y  auoit  des  hommes 
fortaddroitsà  les  prendre.  Les  nations  circon- 
uoifines  en  faifoient  autant ,  imitans  les  Mexi- 
quains  en  leurs  cquftumes  ôc  cérémonies  fur  lç 
feruice  des  Dieux, 


l/jftoire  naturelle 


JXvne autre forte  defacrifices  £  hommes ,  dont 
vfoient  les  Mcxiquains. 

Chapitre    XXL 

J-  yauoitvne  autre  forte  defacrifices 
qu'ils  faifoient  en  diuerfes  feftes ,  lef- 
quels  ils  appelloient  Racaxipe  Velizt* 
li  y  qui  eft  autant  qu'efcorchement  de 
perfonnes.On  l'appelle  ainfi,  pource  qu'en  cer- 
taines feftes  ils  prenoientvn,  ouplufieurs  efcla- 
ues,  félon  le  nombre  qu'ils  vouioient,  &  après 
fauoir  efcorché,  enreueftoient  de  la  peauvn 
liomme  qui  eftoit  députe  à  cet  effed.  Ceftuy-  là 
f'enalloit  par  toutes  les  maifons  &  marchez  de 
la  Cité,  dançant  &  ballant,  &  luy  deuoient  tous 
offrir  quelque  chofe  v  &  fi  quelqu'vn  ne  luy  of- 
froit  rien ,  il  le  frappoit  d'vn  coin  de  la  peau  au 
vifage,  le  fouillant  de  cefang  figé  qui  y  eftoit. 
Cefte  inuention  duroitiufques  à  ce  que  le  cuir 
fe  corrompift ,  pendant  lequel  temps  ceux  qui 
ploient  ainfî,  aflembloient  beaucoup  d'aumof- 
nés  qu'ils  employoient  aux  chofes  necefiaires 
pour  Je  feruice  de  leurs  Dieux.  En  beaucoup  de 
ces  feftes  ils  faifoient  vn  deffy  entre  ceJuyqui 
facrifioit,  &celuyquideuoit  eftre  facrifié ,  en 
cefte  forme.  Ils   attachoient  Tefclaue  par  vn 
pied  à  vne  grande  roue  de  pierre,  &  luy  bail- 
loient  vne  efpee  &  vne  rondelle  aux  mains,  afin 
qu'il  fe  deffendift ,  &  fortoit  incontinent  celuy 
qui  le  deuoit  factifier,  arme  d'vne  autre  efpec 


des  Indes.  Liure  V-  24.fi 

Se  rondelle  ;  que  fî  celuy  qui  deuoit  eftre  facri- 
fié 3  fe  deffendoit  vaillamment  contre  l'autre, 
&  l'empefchoit ,  ildemeuroit  exempt  &deli- 
uré  du  facrifice  ,  acquérant  le  nom  de  Capitaine 
fameux  ;  &  comme  tel,  eftoit  du  depuis  enten- 
du: mais  fil  eftoit  vaincu,  ilslefacrifïoienten 
la  mefme  pierre  où  il  eftoit  attaché.  C'eftoit  vn 
ititre  genre   de  facrifice  ,  quand  ils  dedioient 
quelque  efclaue  poureftre  la  représentation  de 
.'idole,  &  difoient  que  c'eftoit  fa  retfemblance. 
Ils  donnoient  aux  Preftres  par  chacun  an  vn  eC> 
:laue,  afin  qu'il  n'y  euftiamais  faute  delà fem- 
élance  viue  de  l'idole;  &  incontinent  qu'il  en- 
roit  en  l'office,  après  qu'il  eftoit  bien  laué,  ils  le 
feftoient  de  tous  les  habits  &ornemensderi- 
lole,  luy  donnans  fon  mefme  nom.  Il  eftoit 
oute  l'année  reueré&  honoré  comme  le  mef- 
ne  idole,  ôc  auoit  toufîours  auec  luy  douze 
lommts  de  garde,   de  peur  qu'il  ne  f'enfuift, 
uec  laquelle  garde   on  le  laifïbit  aller  libre- 
nent  où  U  vouloitj&  G  d'auenture  il  f  enfuyoit, 
e  chef  de  la  garde  eftoit  mis  en  fon  lieu,  pour 
eprefenter  l'idole,  &  après  eftre  facriflé.  Çé.c 
ndien  auoit  le  plus  honorable  logis  de  tout  le 
emple ,  où  il  mangeoit  ôc  beuuoir ,  &  où  tous 
es  principaux  le  venoient  feruir  &  honorer, 
uy  apportans  à  manger  auec  l'ordre  &  appareil 
[ue  Ion  fait  aux  grands.  Quand  il  fortoit  par- 
ti y  les  rues  de  la  Cité ,  il  alloit  fort  accompagne 
:e  Seigneurs,  cVportoit  vne  petite  flufte  en  la 
nain ,  qu'il  touchoit  de  fois  à  autre ,  pour  faire 
ntendre  qu'il  pafloit.  Et  incontinent  lesfern- 
aes  fortoient  auec  leurs  petits  enfans  en  leurs 


Hifloire  naturelle 
bras ,  &  les  luy  prefentoient ,  le  faliians  comme 
Dieu;  toutlerefte  du  peuple  en  faifoit autant. 
Ils  le  mettoienr  de  nuiefc  envne  forte  prifon, 
ou  cage ,  de  peur  qu'il  ne  f'en  allait ,  iufques  à  ce 
qu'artiuant  la  fefte  ils  le  facrifîoient ,  comme 
j'ay  dit  cy  deiTus.  Par  ces  façons  ,  &  beaucoup 
d'autres ,  'le  diable  abufoit ,  &  entretenoit  ces 
pauures  miferables ,  &  eftoit  telle  la  multitude 
de  ceux  qui  eftoient  facrifîez  par  cefte  infernale 
cruauté,  qu'il  femble  que  ce  foit  chofe  incroya- 
ble: car  ils  afferment  qu'il  y  en  auoit  quelques 
fois  plus  defînq  mil;  &  que  tel  iour  f'eft  pallé 
qu'ils  en  ont  fac'rifié  plus  de  vingt  mil  en  diuersl 
endroits.  Le  diable  vfoit ,  pour  entretenir  cefte 
tuerie  d'hommes,  d'vne  plaifante  &  eftrange  in- 
uention,  qui  eftoit,  que  quand  ilplaifoit  aux 
Préfères  de  Satan,  ils  alloient aux  Rois,  cVleur 
declaroient  comme  leurs  dieux  fe  mouroient  de 
faim ,  &  qu'ils  euiîent  mémoire  d'eux.  Inconti- 
nent les  Rois  f* appareilloient,  &  aduertitïbient 
lesvns  les  autres  que  les  dieux  demandoient  à 
manger,  partant  qu'ils  commandafïent  au  peu- 
ple de  fe  tenir  preil  à  venir  à  la  guerre  >  &  ainfi 
le  peuple  afïemblé ,  ôc  les  compagnies  ordon- 
nées, ils  fortoient  aux  champs,  où  ilsafTem- 
bloient  leur  armée  ,  &  toute  leur  difpute  & 
combat  eftoit  de  fe  prendre  les  vns  les  autres 
pour  facrifier,  tafehans  de  fe  faire  paroiftre  tant 
d'vn  cofté  que  d'autre,  en  amenant  le  plus  de  ca- 
ptifs pour  le  facrifîce  ;  tellement  qu'en  ces  ba- 
tailles ilstafchoientplusàfentre-prendre,  qu'à 
f  entre-tuer,  pource  que  tout  leur  but  eftoit  d'a- 
mener des  hommes  vifs  pour  donner  à  manger 


deslitâes.  Dure  Pr.  2.4? 

\  leurs  idoles ,  qui  eftoit  la  façon  pat  laquelle  ils 
apportoient  les  vi&imes  à  leurs  dieux.  Et  doit- 
on  fcauoir  queiamais  Roy  neftoit  couronné, 
qu'au  préalable  il  n  euft  fubiugué  quelque  Pro- 
uince ,  de  laquelle  il  aracnaft.vn  grand  nombre 
de  captifs  pourles  facrificesde  leurs  dieux,  ÔC 
ainfipar  tous  moyens  c'eftoitchofe  infinie  que 
le  fang  humain  que  l'on  efpandoit  en  l'hon- 
neur de  Satan. 


Comme  défia  les  Indiens  épient  latfez,  *  &  ne 

pouuoient  plus  fouffrir  la  cruauté 

de  leurs  dieux* 

Chapitré   XXII. 

Lvsievrs  de  ces  barbare^ 
eftoient  défia  laflez  &  ennuyez 
d'vne  fi  exceffiue  cruauté  à  ef- 
pandre  tant  de  fang  d'hommes, 
ôc  du  tribut  fi  ennuyeux  d'eftre 
toufiours  en  peine  de  gagner  des 
captifs  pour  la  nourriture  de  leurs  dieux,  leur 
femblant  vne  chofe  infupportabïe-,  &  néant- _ 
moins  ils  ne  laifloient  de  fuiure,  &  exécuter 
leurs,  rigoureufesloix,  pour  la  grande  crainte 
que  lesminiftres  des  idoles  leur  donnoient  de 
leur  cofté,  &  par  les  rufes  aueclefquelles  ils  te- 
noient  ce  peuple  en  erreur:  mais  en  l'intérieur 
ils  defiroient  atfez  de  fe  voir  libres  d'vne  fi  pe- 
fante  charge.  Et  fut  vne  grande  prouidencede 
Dieu,  que  les  premier  .qui  leur  donnèrent  la 


Hiftoire  naturelle 

cognoiflance  de  la  loy  de  Ièfus-Chrift,  les  tîoit 
toaflenr  en  cefte  difpofuion,  pource  que  fans 
doute  ce  leur  fembla  vne  bonne  lo v ,  ôc  vn  bon 
Dieu,  qui  vouloir  eftre  feruy  de  cetfe  façon.  Sur 
ce  propos  me  conçoit  vn  Religieux  graue  en  la 
ncuuc  fifpagnc  ,  que  quand  il  fut  en  ce  Royau- 
me il  auoit  demandé  à  vn  ancien  Indien,  hom- 
me de  qualité ,  comment  les  Indiens  auoient 
il  toft  receu  laloydelefus-Chrift,  ôc  lai/Té  la 
leur,  fans  faire  dauantage  de  preuue,  d'eflàv,-  ny 
de  difputè  furicelle:  car  il  fembloit  qu'ils  Pc- 
Itoient  changez  fans  y  auoir  eftc  efmeus  par  rai- 
ion  tumfante.  L'Indien  refpondit:   Ne  crois 
point ,  Père  ,  que  nous  prenions  ïî  inconfideré- 
ment  la  loy  de  Iefus-Cbrift  ,  comme  tu  dis 
pource  que  ie  t'apprends  que  nous  eftions  défia 
laffez ,  ôc  mefcontents  des  chofes  que  ks  idoles 
nous  commandoient,  ôc  que  nous  auionsdefia 
parle  de  les  laiiTer ,  Ôc  de  prendre  vne  autre  loy 
Et  comme  nous  trouuafmes  que  celle  que  vous 
nous  prefehiez,  n'auoit  point  de  cruauté,  ôc 
qu  elle  nous  eftoit  fort  conuenable,  iufte    6V 
bonne  5  nous  entendifmes,  ôc  creufmes  que  ce- 
itoitlavrayeloy,  &ainfinôuslareceufmes  fore 
volontairement.  La  refponfe  de  cet  Indien  fac 
corde  bien  auec  ce  qu'on  lit  aux  premiers  dif- 
coursqu'Hernâde  Cortez  enuoyaà  l'Empcreu* 
Charles  le  quint,  ou  il  raconte  qu'après  auoir 
conquefté  la  Cité  de  Mexique ,  eftant  en  Guy- 
oacan,  luy  vindrent  des  Ambaflàdcurs  de  la  Ré- 
publique &  Prouince  de  Mechoacan ,  deman- 
dai quil  leur  enuoryaftfaloy,  &quil!aleuf 
appnit  de  m  entendre,  pour  autant  qu'ils  pre« 


des  Jades.  Liure  p*  z^È 

tehdoient  de  îailTer  la  leur  ,  qui  ne  leur  fembloit 
pas  bonne;  ce  que  leur  accorda  Cortez,  &  au- 
jourd'hui font  les  meilleurs  Indiens,  Ôc  plus 
vrais  Chreftiens  qui  foient  en  la  neuue  Efpa- 
gne.  Les  Efpagnols  qui  virent  ces  cruels  facn£- 
ces  d'hommes*  fe  déterminèrent  d'employer 
toute  leur  puiiïance  àdeftruire  vn  fi  deteftablc 
&  maudit  carnage  d'hommes;  &  d'autant  plus 
qu'ils  virent  vn  loir  deuant  leurs  yeux  facrifier 
foixante ,  ou  foixante  &  dix  foldats  Efpagnols, 
qui  auoient  efté  prins  en  vne  bataille,  qui  fc 
donna  fur  la  conquefte  de  Mexique ,  &  vne  au- 
tre fois  trouuerent  eferit  de  charbon,  en  vne 
chambre  en  Tezcufco ,  ces  mots  :  Icy  fufl  fnfin- 
mr  vn  telmdheureux ,  atéec  fis  compagnons ,  ûtte  cm* 
ieTe\cHfco  ftmfierent.  Il  aduint  mefme  à  ce  pro- 
pos, vn  cas  fort  eftrange,  &  neantmoins  vérita- 
ble, ayant  efté  rapporté  parperfonnes  dignes 
de  foy  ,  6c  fut  que  les  Efpagnols  regardans  vn 
fpectacle  de  ces  facririces,  &  comme  ris  auoient 
ouuert  ôc  tiré  le  cœur  à  vnieune  homme  fort 
difpos,  l'ayant  ietté,  ex:  fait  rouler  du  haut  en 
bas  des  degrez ,  comme  eftoit  leur  coudume; 
quand  il  vint  en  bas ,  dift  aux  Efpagnols  en  fa 
langue,  Cheualiers,  ils  m  ont  tué;  ce  qui  ef- 
meut  grandement  les  noftres  d'horreur ,  «&de 
pitié.  Et  n'eft  point  chofe  incroyable  que  ce- 
ftuy-là  ayant  le  cœur  arraché,  ayt  peu  parler,  at- 
tendu queGalien  raconte  qu'il  eftarriué  plu-  Gitl.U.uié 
fleurs  fois  aux  facririces  des  animaux,  après  leur  uippoc  &> 
auoir  tiréle  cœur,  &  ietté  fur  l'autel,  que  les  ani-  pUtor-  f*z 
mauxrefpiroient,  voire  bramoient  &  choient  "'•"M* 
hautement ,  inefrnp  couroient  quelque  temps. 


Hifîoire  naturelle 

Laiffans  maintenant  ceftequeftion,  comme  il 
foit  pofïible  que  cela  puifte  eftre  par  nature ,  ië 
pourfuiuray  mon  intention, qui  eft  de  faire  voir 
combien  ces  barbares  abhorroient  défia  cefté 
infupportable  feruitude  qu'ils  auoient  à  l'homi- 
cide infernal ,  &  combien  grande  a  efté  la  mife- 
ficorde  que  le  Seigneur  leur  a  faite,  en  leur 
communiquant  fa  lo y  douce^  &  du  tout  agréa- 
ble. 

Comme  le  diable  fefî  efforcé  d'en  future ,  &  de 

contrefaire  les  facrements  de  la 

faincîe  Eglife. 

Chapitre    XXV. 

E  qui  eft  le  plus  cfmerueillable  de  l'erï- 
uie  &  preiomption  de  Satan,  eft,  qu'il 
ayt  contrefait  non  feulement  enTido- 
iatrie  &  facrifîces,  mais  aufîi  en  certai- 
nes cérémonies  nos  Sacrements,  que  Iefus-Ch. 
noftre  Seigneur  a  inftituez,  &  defqueis  vfe  la 
faincte  Eglife  ,  ayant  fpecialement  prétendu 
imiter  en  quelque  façon  le  facrement  de  Com- 
munion,  qui  eft  le  plus  haut,  &  le  plus  diuin  de 
tous,  pour  le  grand  erreur  des  infîdelles,  qui  y, 
ptocedoient  en  céte  manière.  Au  premier  mois-, 
qu'au  Peru  ils  appellent  Raymé,  &  refpond  à 
noftre  Décembre,  fe  faifoit  vne  très  folemnellc 
fefte,  appclleeCapaerayme,  &  enicellefefai- 
foient  beaucoup  de  facnfîces  &  cérémonies, 
qui  durpient  plufîeursiours,  pendant  lefquels 
nul  forain  &eftranger  ne  fe  pouuoit  trouuer 

en  la 


des  Indes.  Dure  V.  14.9 

en  la  Cour  ,*qui  eftoit  en  Cufco.  Ces  ioUrs  eftâs 
paffez,  ils  donnoient  congé  &  licéce  aux  eftran- 
gers  d'entrerrafin  qu'ils  participaient  à  la  fefte, 
Ôc  aux  facrifices ,  leur  communiant  en  cefte  for- 
me. Les  Mamacomas  du  Soleil,  qui  eftoient 
comme  Religieufes  du  Soleil,  faifoient  de  petits 

!>ains  de  farine  de  mays  ^  teinte,  ôc  paiftrie  auec 
e  fang  des  moutons  blancs  qu'ils  facrifioient  ce 
iour  là ,  incontinent  ils  commadoient  que  tous 
les  forains  des  Prouinces  entraient,  lefquelsfe 
mettoient  en  ordre ,  &  les  Preftres  qui  eftoient 
de  certain  lignage,  defcendans  de  Liuquiyupan- 
guy,  donnoient  à  chacun  vn  morceau  de  ces  pe- 
tits pains ,  leur  difans  qu'ils  leur  donnoient  ces 
morceaux,  afin  qu'ils  fufîent  confederez  ôc  vnis 
auec  l'ingua  ,  ôc  qu'ils  les  aduifoient  qu'ils  ne 
diiî'ent ,  ny  penfalîent  mal  contre  l'ingua  :  mais 
qu'ils luy  portaient  toufiours  bonne  affection* 
pource  que  ce  morceau  feroit  tefmoin  de  leur 
intention,  &  volonté,  quef'ilsne  faifoient  ce" 
qu'ils  deuoient,  il  les  defcouuriroit ,  Ôc  feroit 
contre  eux.  L'on  portoit  ces  petits  pains  en  de 
grands  plats  d'or,  ôc  d'argent,  qui  eftoient  defti- 
nez  pour  cet  effet,  ôc  tous  receuoient ,  ôc  raan» 
geoient  ces  morceaux  remercians  infiniment  le 
Soleil  d\n&  fi  grande  grâce  qu'il  leur  faifoit ,  di- 
fans des  paroles ,  &  faifans  des  lignes  d Vn  grâd 
contentement  ôc  deuotion  :  proteftans  qu'en 
leur  vie  ilsneferôient,  ny  penferoient  chofe 
contre  le  Soleil ,  ny  contre  l'ingua ,  Ôc  qu'auec 
cefte  condition  ils  receuoient  ce  manger  du  So- 
leil a  ôc  que  ce  manger  demeureroit  en  leurs 
corps  pour  tefmoignage  de  la  fidélité  qu'ils  gar- 


~ 


Hiftoire  naturelle 

doiem  au  Soleil,  ôc  à  l'Ingua  leur  Roy.  Cefte  fa- 
çon de  communier  diaboliquement  fe  faifoit 
mefme  au  dixiefme  mois  appelle  Coyarayme, 
qui  eftoit  Seprébre,  en  la  fefîe  folemnellê  qu'ils 
appellent  Cytua,  faifant  la  mefme  cérémonie, 
Ôc  outre  celle  communion  (f'ileu^permisd Vfer 
de  ce  mot  en  chofe  diabolique)  qu'ils  faifoient  à 
tous  ceux  qui  venoient  de  dehorsjils  enuoyoiét 
auflî  de  ces  pains  en  tous  les  guacas,  fan&uaires, 
ou  idoles  de  tout  le  Royaume ,  &  tout  envn 
mefme  temps  f'y  trouuoient  desperfonnesde 
tous  codez,  qui  venoient  exprès  pour  les  rece- 
uoir ,  aufquels  ils  difoient  en  leur  baillant ,  que 
le  Soleil  leur  enuoyoit  cela  en  fîgne  qu'il  vou- 
îoitque  touslevenerafTent  ôc  honorafTent ,  ÔC 
en  enuoyoiertt  mefme  par  honneur  aux  Caci- 
ques. Quelqu'un  parauenture  tiendra  cecy  pour 
fabie  ôc  inuention  :  mais  pourtant  c'eft  vne  cho* 
fe  très- véritable,  que  depuis  Ingua  Yupangi, 
(  qui  eft  celuy  qui  a  fait  plus  de  loix  ,  de  couftu- 
mes,  Ôc  cérémonies,  comme  Numa  à  Rome) 
dura  celle  manière  de  communion,  iufques  à  ce 
que  FEuangile  deroftreSdgneur Iefus-Chrift 
mi&hors  toutes  ces  fu'per  Muions,  leur  donnant 
le  y  ray  manger  dévie,  quiconferue  &vniflles 
am  es  auec  Dieu.  Qui  voudra  s'en  fatisfaire  plus 
amplement ,  life  la  relation  que  le  Licencié  Po- 
lo efcnuit  à  rArcheudque  des  Rois,  DomHie- 
ronymo  de  Loayfa,  ou  il  trouuera  cecy,  Ôc  beau- 
coup d'autres  criofes  qu'il  a  delcouuertes  &  tp^ 
prèuuees  par  fà  grande  diligence. 


x 


des  Jnâes.  Liure  V-  z/o 

De  h  façon  que  le  diable  s'ejl  efforcé  de  contre- 
faire en  Mexique  U  fefte  du  fainct  Sacre* 
ment  &  Communion  >  dont  vfelaJawcJe 
Eglife. 

Chapitre   XXIV. 
E  (era  chofe  encor  plus  eiraerueilla* 
ble  d'ouyr  parler  de  la  fefte  ôc  fo~ 
lemmité  de  la  Communion,  que  le 
mefme  diable,  Prince  d'orgueil,  or* 
donna  en  Mexique,  laquelle,  bien  qu'elle  foie 
vn  peu  longue,  il  ne  fera  mal  à  propos  de  racon- 
ter, lelon  qu'elle  eft  eferite  par  personnes  dignes 
de  foy.  Les  Mexiquains  faifoient  au  mois  de 
May  leur  principale  fefte  de  leur  dieu  Vitzili- 
puztli,  &  deuxioursauparauantcefte  fefte,  ces 
filles  dont  i'ay  parlé  cydefîus,  qui  eftoient  re- 
clufes  au  mefme  temple,  ôc  eftoient  comme  re- 
Jigieufes ,  moulloient  vne  quantité  de  femençe 
de  blettes,  auec  du  maysrofty,  ôc  après  qu'il 
eftoit  mordu,  le  paiftriflbiét,  ôc  amaiîoient  auec 
du  miel,  &  faifoient  de  cefte  pafte  vn  idole  de 
la  mefme  grandeur  qu'eftoit  celuy  de  bois,  luy 
mettans  au  lieu  des  yeux,  des  grains  devoirres 
verds,  azurez,  ou  blancs;  ôc  au  lieu  de  dents,des 
grains  de  mays,  aflîs  auec  tout  l'ornementa 
appareil  que  i'ay  dit  cy  deiliis.  Apres  qu'il  eftok 
du  tout  acheué,  tous  les  Seigneurs  venoient,  ôc 
luy  apportoient  vn  veftement  exquis ,  ôc  riche, 
tout  femblableà  celuy  de  l'idole,  duquel  ils  le 
veitoient.  Et  après  l'auoir  ainfî  veftu  ôc  orné,  ils 
ftifleoient  en  vnefeabeau  azuré,  3c' fur  vnbran- 

liij 


Hifioire  naturelle 

card,  pour  le  porter  furlesefpaules.  Le  matin 
de  la  fefte  venu ,  vne  heure  auant  le  iour  for- 
toient  toutes  ces  filles  veftués  de  blanc,  auec  des 
ornemens  tousneufs ,  lefquelles  eftoient  apfel- 
lees  ce  iour  là ,  Sœurs  du  Dieu  Vitzilipuzth.  El- 
les venoient  couronnées  de  guirlandes  de  mays 
rofty.&crcuaffc  ,  reffemblantazaar,  ou  fleur 
d'orenge,  &  portoient  en  leur  col  de  grottes 
chaines  de  mefme  ,  qui  leur  pafïbient  en  ef- 
charpe  par  deiïbus  le  bras  gauche.  Elles  efloienc 
colorées  de  vermillon  par  lesioiies,  &  auoient 
les  bras ,  depuis  les  couldes  iufques  aux  poings, 
couuerts  de  plumes  rouges  de  perroquets,  êc 
âinfi  ornées ,  elles  prenoient  l'idole  fur  leurs  ef- 
paules ,  le  tirans ,  Ôc  portans  en  la  court  où 
eftoient  defia  tous  les  ieunes  hommes  veftus 
d'habits  faits  d'vn  red  artificieux ,  eftans  coron- 
nez  de  la  mefme  façon  que  les  femmes.  Alors 
que  ces  filles  fortoient  auec  l'idole,  les  ieunes 
hommes  s'approchoient  auec  beaucoup  de  re- 
uerence,  &prenoient  lalittiere,  oujjyranc^rd^ 
où  eftoit  l'idole,  fur  leurs  efpaules,  iTportans 
au  pied  des  degrez  du  Temple,  où  tout  le  peu- 
ple s'humilioit,  &  prenant  de  la  terre  de  l'aire, 
fe  la  mettoit  fer  la  tefte ,  qui  eftoit  vne  cérémo- 
nie ordinaire  qu'ils  obferuoient  entr'eux ,  aux 
principales  feftes  de  leurs  Dieux.   Celte  céré- 
monie faite,  tout  le  peuple  fortoit  en  procef- 
fio  n,  auec  toute  la  diligence  &  légèreté  qui  leur 
eftoit  pofïible  ,  &  alloient  à  vne  montagne  qiu 
eftoit  à  vne  iietie  de  la  Cité  de  Mexique ,  appel- 
iee  Chapultepec ,  &  là  faifoient  vne  dation ,  ÔC 
des  facrifices.  Incontinent  ils  partoienc  de  U 


des  Jndes.  Liure  V.  zji 

âùec  la  mefme  diligence  ,  pour  aller  en  vn  lieu 
quieftoit  proche  de  là,  qu'ils  appelloient  Atla- 
cuyauaya,  où  ils  faifoient  la  féconde  dation  >  ôc 
au  partir  de  là ,  alloient  en  vn  autre  bourg ,  vne 
lieiîe  plus  outre  ,  qui  fe  nomme  Cuyoaquan, 
d'où  ils  partoknt ,  retournans  en  la  Cité  de  Me- 
xique, fans  faire  aucune  autre  ftanon.  Ils  fai- 
foient ce  chemin  de  plus  de  quatre  lieues ,  en 
trois,  ou  quatre  heures^  &  appelloient  cefte 
proceffion ,  Ypayna  Vitziîipuztli ,  qui  veut  di- 
re, le  vifte&  diligent  chemin  de  Vitziîipuztli. 
Arriuez  qu'ils  eftoient  au  pied  des  degrez5ils 
mettoient  en  bas  le  brancard  de  l'idole ,  &  pre- 
noient  de  greffes  cordes,  lefquelles  ils  atta- 
choient  aux  bras  d'vn  brancard ,  puis  après  auee 
beaucoup  de  diferetion  &  de  reuerence  ,  ils 
montoient  la  littiere  àuec  l'idole ,  au  fommet 
du  temple,  les  vns  tirans  d'enhaut,  &  les  autres 
leur  aydant  d'embas,  cependant  l'on  n'enten- 
doit  retentir  que  le  fon  des  fluftes,des  buccines, 
des  cornets ,  Se  des  tambours  qui  fonnoient.  Ils 
le  montoient  de  cefte  façon,  d'autant  que  les 
degrés  du  temple  eftoient  fort  roides  &  eftroits, 
ôc  l'efcallier  fort  large  ,    tellement  qu'ils  n'y 
pouuoient  monter  cefte  littiere  fur  leurs  efpau-. 
les.  Pendant  qu'ils  montoient  cefte  idole,  tout 
le  peuple  eftoiten  la  court,  auec  beaucoup  de 
reuerence  &  de  crainte.  Apres  qu'il  eftoit  mon- 
té iufques  au  haut,  &qu'on^auoitmisenvne 
petite  loge  de  rofe ,  laquelle  ils  luy  tenoient  ap- 
preftee,  incontinent  v enoient  les  ieunes  hom- 
mes, lefquels  femoient,&  refpandoient  vne 
grande  quantité  de  fleurs  dediuerfes  couleurs,. 

Ii  iij 


Hiftoire  naturelle 
3ont  ils  rempliflbient  tout  le  temple  dedans 
&  dehors.  Cela  fait,  toutes  les  filles  fortoient 
auecques  l'ornement  que  nous  auons  dit  cy 
defïus,  &  apportoicnt  de  leur  Conuent  des 
tronçons ,  ou  morceaux  de  pafte ,  compofee  de 
blettes  ,  &  de  mays  rofty ,  qui  eftoit  de  la  mef- 
me  pafte  de  laquelle  l'idole  eftoit  fait  &com- 
pofé,  &  cftoient  en  forme  de  grands  os.  Us  les 
bailloient  aux ieunes  hommes,  lefquels les  por- 
toient  en  haut ,  les  mettans  aux  pieds  de  l'ido- 
le, dont  ils  remplifloient  tout  le  lieu,  iulques 
à  ce  qu'il  n'y  en  peuft  entrer  dauantage.  llsap- 
pelloient  les  tronçons  de  pafte,  les  os  lÔc  chair 
de  Vkzilipuztli.  Et  ayans  ainfi  eftendu  ces  os, 
aufïï  toft  venoient  tous  les  anciens  du  Temple, 
Preftres  ;  Leuites ,  &  tout  le  refte  des  miniftres, 
félon  leurs  dignitez,  &  leurs  antiquitez  :  car  il  y 
auoitentr'eux  fur  ce  point,  vne  belle  règle,  & 
ordonnance,  &venoient  les  vns  après  les  au- 
tres auec  leurs  voiles  dered,  dediuerfes  cou* 
leurs,  &ouurages,  félon  la  dignité,  &  office 
dvn  chacun,  ayans  des  guirlandes  en  leurs  te- 
ftes,  &  deschaines  de  fleurs  pendues  au  col. 
Apres  euxvenoient  les  dieux  &  deefles,  qu'ils 
adoroient  en  diuerfeS  figures ,  veftus  de  la  mef- 
meliuree,  puis  fe  mettans  en  ordre  au  tour  de 
ces  tronçons  ôc  morceaux  de  pafte,  faifoient 
certaine  cérémonie,  en  chantant,  &  ballant  fur 
keux.  Aumoye^dequoy  ils  demeuroient  bé- 
nits &  confacrez  pour  la  chair  &  os  de  cet  ido- 
le. La  cérémonie  &  benedi&ion  de  ces  tron- 
çons de  pafte,  par  laquelle  ilseftoient  tenus  & 
eftimez  pour  os  &  chair  de  l'idole,  eftant  ache> 


ué 


des  Indes.  Liure  V.  ijz 

ilshonoroient  ces  morceaux  delà  mefme 
manière  que  leur  dieu.  Puis  fortoientles  Sacri- 
ficateurs qui  commençoient  le  facrifice  d'hom- 
mes en  la  façon  qu'il  aeftédit  cydelîus,  ôcen 
facrifioit-on  ceiour  là  vn  plus  grand  nombre 
qu'en  nul  autre  ,  pour  autant  quec'efteit  lafe- 
fte  la  plus  folemnelie  qu'ils  euiîent.  Les  facri- 
fices  eftans  acheuez,  fortoient  tout  auflî  toft 
tous  les  ieunes  hommes  Ôc  filles  du  temple,  or- 
nez comme  il  a  eftédit,  ôc  après  s'eftre  mis  en 
ordre,  &£e£re  rangez  les  vns  vis  avis  des  au- 
tres, ils  balloient,  &dançoient  au  fondu  tam- 
bour qu'on  leur  fonnoit  en  loiiange  de  lafo- 
lemnitc  ôc  de  l'idole  qu'ils  celebroient.  Auquel 
chant  tous  les  Seigneurs  anciens,  &  les  plus 
notables  leurrefpondoient,  ballans  àl'entour 
d'iceux ,  ôc  faifans  vn  grand  cercle ,  comme  ils 
ont  de  couftume ,  demeurans  toujours  les  ieu~ 
nés  hommes  &  filles  au  milieu.  A  cebeaufpe- 
ctacle  venoit  toute  la  Cité ,  ôc  y  auoit  vn  corn-  i 
mandement  fort  diligemment  obferuc  en  cette 
terre,  queleiour  de  l'idole  Vitzilipuztli, Ton 
ne  deuoit  manger  autre  viande  que  ceftepafte 
emmiellée,  dequoy  l'idole  eftoit  fait.  Et  celle 
viande  fe  deuoit  manger  incontinent  au  poincl: 
duiour,  &nedeuoit-on  boire  d'eau,  ny  aucu- 
ne autre  chofe  après ,  iufques  après  midy,  ôc  te- 
noient  que  c'eftoit  vn  mauuais'augure,  voire 
facrilege,  que  de  faire  le  contraire:  mais  après 
les  cérémonies  acheuees,  il  leur  eiloit  permis 
de  manger  toute  autre  chofe.  Pendant  le  temps 
de  cefte  cérémonie  ils  eachoient  l'eau  aux  pe- 
tits enfans,  aduertiffans  tous  ceux  quiauoient 

Ii  iiij 


s- 


Hiftoire  naturelle 

l'vfage  de  raifon ,  de  ne  boire  point  d'eau  %  que 
fils  le  faifoient ,  Tire  de  Dieu  viendroitfur  eux, 
&  mourroient  \  ce  qu'ils  obferuoient  fort  dili- 
gemment, ôc  rigoureufement.  Les  cérémonies, 
bal,  6c  facrifices  acheuez ; ,  ils  T'en  alloient  tous 
defpouiller,  &lesPreftres  &  dignitez  du  tem- 
ple prenoient  l'idole  de  pafte,  lequel  ils  def- 
poiiilloient  de  ces  ornements  qu'il  auoit  ,  & 
faifoient  plufieurs  morceaux,  tant  de  cet  ido- 
le mefme  ,  que  de  ces  tronçons  qui  eftoient 
confacrez,  puis  après  ils  les  depactoient  au  peu- 
ple en  forme  de  Communion,  commençans 
aux  plus  grands,  &  continuans  au  refte,  tant 
hommes,  femmes,  que  petits  enfans ,  lefquels 
les  receuoient  auec  tant  de  pleurs,  de  crainte, 
3c  de  r  euerence ,  que  c'eftoit  vne  chofe  du  tout 
admirable,  difans  qu'ils  mangeoient  la  chair, 
&les  os  de  Dieu,  dequoy  ils  le  tenoient  indi- 
gnes. Ceux  qui  auoient  des  malades  ,  en  de* 
mandoient  pour  eux  ,  &  leur  portoient  auec 
beaucoup  dereuerence,  &  vénération.  Tous 
ceux  qui  communioient,  demeuroient  obliges 
de  donner  le  difme  de  cefte  femence ,  ou  grain, 
dequoy  eftoit  faict  l'idole.  La  folemnitc  de  la 
Communion  eftant  achcuee,  vn  vieillard  de 
beaucoup  d'authorité  montoit  fur  vnlieu  emi- 
nent,  &  d'vnevoix  fort  haute,  prefchoitleuç 
loy,  &  leurs  cérémonies.  Qui  ne  fefmerueille- 
ra  doncques  que  le  diable  ayt  eftc  Ci  curieux  de 
fe  faire  adorenfe  receuoir  en  la  façon  que  le- 
fus  Chrift  noftre  Dieu  a  ordonne  ,   &  enfei- 
gné,  &  comme  lafain&eEglifeaaccouftuméï 
Par  cela  certes ,  l'on  voi4  clairement  vçrific  ce 


.. 


des  Indes.  Liure  V.  *fi 

qui  a  efté  propose  au  commencement ,  que  Sa- 
tan tafche  &  s'efforce  tant  qu'il  peut  d'vfur- 
per  &de  defrober  pour  fo  y  V  honneur  &  feruice 
qui  eft  deu  à  Dieu  fe  tilencor  qu'il  y  mefle  tous- 
jours  les  cruauté's  &  ordures  ^  pource  que  c'eft 
vnefprit  d'homicide  &  d'immondicité,  &  père 
demenfonge. 


Ves  Confefeurs,  &  de  kConfepon  dont  ^ 
v foient  les  Indiens. 
Chapitre    XXV. 

E  père  de  menfônge  a  voulu  mefme 
contre-faire  le  facrement  de  Con- 
fefsion  ,  &  en  Tes  idolâtries  fe  faire 
honorer  auec  des  cérémonies   fort 
femb  labiés  à  l'vfage  des  fidèles.  Au  Peru  ils 
auoient  opinion  que  toutes  les  maladies  & 
aduerfitezleur  venoient  pour  les  péchez  qu'ils 
auoient  faits,  &  pour  remède  ils  vfoient  de  fa- 
crifices,  &  outre  cela,fe  confeflbierit  mefme 
verbalement  prefque  en,  toutes  les  Prouinces, 
&  auoient  des  ConfefTeurs  députez  pour  ceft 
'  effed  ,  des  fuperieurs  ,  &  d'autres  qui  leur 
eftoient  inférieurs  :&  y  auoit  des  péchez  refer- 
uezaufuperieur.  Ilsreceuoient  des  pénitences, 
voire  quelques  fois  tres-rigoureufes  :  &  prin- 
cipalement quand  le  pécheur  efloit  quelque 
pauure  homme,quin'auoitque  donner  auCon- 
fefièur,  &  eftoit  ceft  ofrlce.de  Gonfeifeur  mef- 
me exercé  par  les  femmes.  L'vfage  de  ces  Con- 
fefleurs  forciers ,  <ju  ils  appellent  Ychuiri ou 


Efiftoire  naturelle 
Ychuri  i  a  efté  le  plus  yniuerfel  ésProuinces 
de  Collafuio.  Ils  ontvne  opinion  que  ceft  vn 
énorme  péché  d'en  celer  en  la  Confefsion  quel  « 
qu'vn  qu'ils  ayent  commis.  Et  les  Ychuris  ou 
Confeffeurs  defcouuroient  fi  Ton  leur  en  ce- 
loit,par  des  forts,  où  par  le  regard  delacour- 
roye  de  quelque  animal,  &  les  chaftioient  en 
leur  donnant  vn  nombre  de  coups  d'vne  pier- 
re fur  Jes  efpaules,iufques  à  ce  qu'ils  èuffent 
toutdefcouuert,  puis  après  luy  donnoientvne 
pénitence  ,  &  faifoient  le  facrifice.  Ils  fe  fer- 
uentmefme  de  cefte  Confefsion,  quand  leurs 
enfans,  leurs  femmes,  leurs  maris  ou  leurs  Ca- 
ciques font  malades ,  ou  qu'ils  font  en  quel- 
ques grands  trauaux.  Et  quand  llngua  eftoit 
Malade,  toutes  les  Prouinces  fe  confeflbient, 
principalement  ceux  de  la  Prouince  de  Col- 
lao.  Les  Confeffeurs  eftoient  obligez  de  tenir 
fecrettes  les  confefsions  qu  ils  receuoient  , 
fînon  en  certains  cas  limitez.  Les  péchez  def- 
quels  principalement  ils  fe  confeflbient  ,  eftoit 
le  premier  de  tuer  fvn  l'autre  hors  la  guer- 
re :  en  après  de  defrober ,  de  prendre  la  femme 
d'autruy,  de  donner  du  poifon  ou  forcellerie 
pour  faire  mal,&  tenoient  pour  vu  grief  pé- 
ché, de  s'oublier  à  la  reuerence  de  leurs  Gua- 
cas  ou  chappelles  ,  de  ne  garder  point  les  fe- 
Iles ,  de  dire  mal  de  PÎngua ,  de  ne  luy  obeyr 
point.Ils  ne  s'accufoient  point  d'actes  &  péchez 
intérieurs  ,  mais  félon  le  rapport  de  quelques 
Preftres ,  depuis  que  lesChreftiensvîndrenten 
ce  pays ,  ils  s'accuferent  aufsi  à  leurs  Ychuris, 
&  confeljeurs  de  leurs  penfees.  Llngua  ne  con- 


des  Jndes.  Dure  V.  ^H 

fefïbit  Tes  péchez  à  nul  homme,  mais  feulement 
au  Soleil ,  afin  qu'il  les  dift  au  Viracocha  ,  Se 
qu'il  les  luy  pardonnait.  Apres  que  i'Ingua  se- 
ftoit  'confefle  ,  il  faiioit  vn  certain  bain  pour 
acheuer  de  fe  nettoyer  en  vne  xiuiere  couran- 
te, difant  ces  paroles  :  Iay  dit  mes  péchez  au 
Soleil ,  toy  riuiere  reçoy  les ,  &  les  porte  a  la 
mer,où  iamais  ils  ne  puiifent  paroiftre.  Les  au* 
très  qui  fe  confelfoient  vloient  mefmement 
de  ces  bains,  auec  certaines  cérémonies  fort 
femblables  à  celles  dont  les  Mores  vfent  au- 
iourd'huy, qu'ils  appellent  Gu.idoy,&ies  In- 
diens ies  appellent  Opacuna.  Et  quand  il  arri- 
uoit  à  quelque  homme  que  fes  enfans  lujr 
mouroient  ,  il  eftoit  tenu  pour  vn  grand  pé- 
cheur, &luydifoiert  que  c'eftoit  pour  fes  pé- 
chez que  le  fils  eftoit  mort  premier  que  le  père. 
C'eftpourquoyceuxàquicelaarriuoit  ,  après 
qu'ils  s'eftoient  confeirez,ilseftoient  baignez  en 
ce  bain  appelle  Opacuna  ,  comme  il  a  efté  dit 
cy  delfus  :  puis  quelque  Indien  monftrueux, 
comme  boflu  &  contrefait  de  nature ,  les  venoit 
fouetter  auec  certaines  orties.  Si  les  Sorciers 
ou  enchanteurs  parleurs  forts  ou  augurés,  af- 
fermoient  que  quelque  malade  deuoit  mou- 
rir ,1e  malade  ne  faifoit  point  de  difficulté  de 
tuerfon  propre  fils,  encor  qu'il  n'en  euft  point 
<Tautres.,efperant  par  ce  moyen  fe  fauuer  de  la 
mort,  &  difant  qu'au  lieu  de  luy  il  offroit  fon 
fils  en  facrifice.  Et  depuis  qu'il  y  a  des  Chre- 
ftiensen  cefte  terre,  cefte  cruauté  a  efté  encor 
exercée  en  quelques  endroits.  C'eft  à  la  vérité 
vne  chofe  eftrange^ue  cefte  couftume  de  con- 


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Hiftoire  naturelle 
feflcr  les  péchez  fecrets ,  foit  demeurée,  fi  long 
temps,  &  de  faire  défi  rigoureufes  pénitences 
qu'ils  faifoient,  comme  de  ieufner,  de  donner 
des  habits,deror3de  l'argent,  de  demeurer  aux 
montagnes ,  &  de  receuoir  de  grands  coups  fur 
lesefpaulles.  Les  noftres  difent,  qu'en  la  Pro- 
uincede  Chiquito,  ils  rencontrent  encor  au- 
iourd'huyceftepeftede  confefTeurs,ou  Ychu- 
lis  ,  .&-que  beaucoup  de  malades  fe  retirent 
verseux  :  mais  def-ja  par  la  grâce  de  Dieu ,  ce 
peuple  va  du  tout  s'efclairfiffant ,  &  recognoif- 
îent  l'efFecl;  &  le  grand  bénéfice  de  noftre  con- 
fefsion  facramentale  ,  a  laquelle  ils  viennent 
auecvne  grande  deuotion.  Et  en  partie  cctvfa- 
ge  paflc  leuraefté  permis  par  la  prouidence  du 
Seigneur  ,  afin  que  la  confefsion  ne  leur  fem- 
blaft  difficile.  Parce  moyen  le -Seigneur  eft  en 
tout  glorifie ,  &  le  Diable  mocqueur,  demeuré 
môcqué.  Or  d  autant  que  ceft  vne  chofequi 
touche  à  ce  propos  ,  ie  racontera^  icy  Tvfage 
d'vne  eftrange  confefsion  que  le  diable  auoit 
introduite  au  lappon,  comme  il  appert  par  vne 
lettre  venue  de  là ,  qui  dit  ainfi.  Il  y  a  en  Ocaca 
des  roches  très  grandes,  &  fi  hautes  ,  qu'ai  y  a 
dés picsenicelles, déplus  de  deux  cens  braites 
de  haut.  Entre  ces  grands  rochers,  il  y  a  vnde 
ces  pics,  ou  pointes  qui  s'efleue  fi  terriblement 
haut ,  que  quand  les  Xamabuzis  (  qui  font  les 
pèlerins)  le  regardent  feulement,  les  membres 
leur  en  tremblent ,  &  les  cheueux  s'en  heriiTon- 
nent  ,  tantefl:  ce  lieu  terrible  &  efpouuenta- 
ble.  Il  y  a  au  fommet  de  cefte  pointe  vne  gran- 
de verge  de  fer  de  trois  braffes  de  long,  qui  y 


-f 


des  Indes.  Liure  V.  255  - 

eft  pofee  par  vn  eftrange  artifice.  Au  bout  de 
cefte  verge  eft  attachée  vne  balance,  dont  les  ef- 
cailies  font  fi  grandes,qu'en  vne  d'icelles  fe  peut 
aftbir  vn  hôme,&  les  Goquis,  (qui  font  des  dia^ 
blés  en  figure  humaine)  commandent  quVnde 
ces  pèlerins  y  entrent  les  vns  après  les  autres, 
fans  qu'il  en  refte  vn  feul  ,  puis  auec  vn  engin  8c 
inftrumentquife  remue,  moyennant  vne  roue, 
ils  font  que  cefte  verge  de  fer ,  en  laquelle  la  ba- 
lanceeft  pendue',  forte  dehors ,  8c  demeure  tou- 
te fufpenduë  en  l'air ,  eftant  affîs  l'vn  des  Xama- 
buxisenl'vn  des  plateaux  de  cefte  balîance.  Et 
comme  l'efcaille  où  eft  afîls  l'homme ,  n'a  point 
de  contrepois  de  l'autre  codé,  incontinent  elle 
pend  en  bas,  8c  l'autre  s'efleue  iufqu'à  ce  qu'elle 
rencontre  &  touche  à  la  verge.  Alors  les  Go- 
quis  leur  dilent  du  rocher,  qu'ils  fe  eonfeïTent, 
8c  dient  tous  les  péchez  qu'ils  auront  commis, 
dont  ils  fe  fouuiendront,  &  ce  à  haute  voix,  afin 
que  tous  les  autres  qui  fonda  le  puifîent  ouyr. 
Incontinent  il  cômence  à  fe  confefîer ,  pendant 
quoy  queîques-yns  des  afîiftansfe  rient  des  pé- 
chez qu  ils  oyent,  8c  les  autres  en  gémirent.  Et 
à  chaque  péché  qu'ils  difent,  l'autre  efcaiîle  de  la' 
balîance  bailfe  vn  peu ,  iufqu'à^ce  que  finale- 
ment ayant  dit  tous  ces  pechez,lavuide  demeu- 
re efgale  à  l'autre,  où  eft  le  trille  pénitent,  puis 
les  Goquis  refont  tourner  la  roiie,  &  retirent 
vers  eux  la  verge  &  balance  d'où  fort  le  pèle- 
rin ,  &  après  y  en  entre  vn  autre ,  iufqu'à  ce  que 
tous  y  ayent  patte.  Vnlapponnois  contoiteek 
après  qu'il  fuft  Chreftien ,  difant  qu'il  auoit  efté 
en  ce  pelerinage,&  entré  en  la  balîance  fep  t  fois, 


l/ifîoire  naturelle 

où  publiquement  il  s'eftoit  confefle.  Il  difoig 
mefme,  queiidauanturequelqu'vndeceuxqui 
font  mis  en  ce  lieu,  ne  raconte  le  péché  comme 
il  eft  patfe,  ou  qu'il  en  ceîe  quelqu'vn ,  l'efcaille 
delaballancevuide  ne,  s'abbaifte  point,  &  s'il 
s'obftine  après  qu'on  luy  a  fait  inftance  de  fe 
confefter ,  &  nevueille  defcouurir  tous  ces  pé- 
chez ,  les  Boquis  le  iettent  &  font  choir  du  haut 
en  bas,  où  en  vn  moment  il  eft  rompu  &  brifé 
en  mille  pièces.  Neanf moins  ceChreftien  nom- 
me  lean,  nous  difoit  qu'ordinairement  la  crain* 
te  Se  tremeur  de  ce  lieu  eft  il  grande  à  tous  ceux 
qm  s'y  mettent ,.  &  le  danger  que  chacun  voit  à 
l'oeil,  de  tomber  de  la  ballance,  &  eftre  defrom- 
pu&briféenbas,  qu'il  aduient  fort  peu  fou- 
uent  qu'il  y  en  aye  qui  ne   defcouurent  tous 
leurs  péchez.  Ce  lieu  eft  appelle  d'vn  autre  nom 
Sangenotocoro,  qui  veut  dire,lieu  de  côfeffion. 
L'on  voit  bien  clairement  par  ce  difeours,  com- 
me le  diable  a  prétendu  vfurper  pour  foy  le  fer- 
uice  diuin,  en  faifant  de  la  confeffion  des  pèches 
(laquelle  le  Sauueur  a  inftituee  pour  le  remède 
des  hommes)  vne  fuperftkion  diabolique ,  pour 
leur  grand  dommage  &  perdition.  Et  ne  lapas 
fait  moins  à  l'endroit  de  la  gentihté  du  Iappon, 
qu  a  l'endroit  de  celle  des  Prouinces  de  Collao 
auPeru. 


deÊ  Indes.  Liure  JT.  z$6 


De  l'abominable  on c~Hon  dont vfoient les  Pré- 
férés Mexicains  &  autres  nations,  &  de 
leur  for tileges. 

Chapitre    XXVI. 

leu  ordonna  en  la  Loy  ancienne, 
|  la  façon  comme  Ton  deuok  confa- 
>  crer  la  perfonne  d'Aaron  &  les  au- 
i  très  Preftres ,  &  en  la  Loy  Euange- 
lique  nous  auons  mefme  le  fainct 
Chrefme,  ôc  on&ion ,  dequoy  l'on  vie  quand 
Ton  nous  facre  Preftres  de  Chrift.  Il  y  auoit  mef- 
me en  la  Loy  ancienne ,  vrie  certaine  côpofmon 
odoriférante,  que  Dieu  deffendoit  d'employer 
en  autre  chofe  quau  feruice  diuin.  Le  diable  a 
voulu  contrefaire  toutes  ces  chofes  à  fa  façon, 
côme  il  a  accouftumé ,  ayant  inuenté  à  cefte  fin 
des  chofes  fïordes  ,  Se  fi  fales  ,  quelles  mon- 
trent afTez  quel  en  eft  l'Autheur.  les  Preftres 
des  idoles  en  Mexique,  s'oignoient  en  cefte  ma- 
nière. Ils  s'oignoient  le  corps  depuis  les  pieds 
iufqu'à  la  tefte,&  tous  les  cheueux  auflï,lefquek 
leur  demeuroient  en  forme  de  trèfles  reiïem- 
b  ansàdescrinsdecheual,  à  caufe  quilsvap- 
phquoient  cefte  ondion  humide  &  mouillée, 
i,es  cheueux  leur  croiiïbient  tellement  auec le 
temps,  qu'ils  leur  tomboient  iufqu'aux  iarers, 
ii  pefans,  qu'ils  leur  donnoient  beaucoup  de 
peine  à  les  porter,  car  ils  ne  les  coupoient, 
ny  tondoient  point,  iufqu'à  ce  qu'il*  mou- 
juiTent,  ou  qu'on  ks  en  difpeàfaft  pour  leur 


£fïfîoire  naturelle 
grande  vieille ffe,  ou  bien  qu'on  lenémplôyaft 
aux  gouuemements  ôc  autres  offices  honora- 
bles en  la  Republique,  ils  portoient leurs  che- 
uellures  trcflees,  de  fix  doigts  de  long,  &  fe 
noirciftoient  Ôc  teignoient  auec  de  la  fumée  de 
bois  de  pin,  ou  raiiine,  pouree  que  de  toute 
-antiquité  entr'eux,  c'a  efté  toufiours  vne  of- 
frande qu'ils  raifoient  à  leurs  idoles.  Et  pour  ce- 
fteoccafion  elle  eftoit  fort  eftimee  &  reuerce, 
Ils  eftoient  toufiours  noircis  de  celle  teinture, 
depuis  les  picdsiufqu  àla  tefte  ^tellement  qu'ils 
rcflembloientà  des  Nègres  fort  reluifants,  ôc 
celle-là  eftoit  leur  ordinaire  ondion.  Toutes- 
fois  quand  ils  alloient  facnfier  Ôc  encenfer  de- 
dans les  montagnes,  ou  aux  Commets  dicel- 
les  ôc  aux  cauernes  obfcures  ôc  tenebreufes, 
où  eftoient  leurs  idoles,  ils  vfoient  d'vne  au- 
tre onction-  fort  différente, -faifont  de  certai- 
nes cérémonies  pour  leur  ofter  la  crainte,  & 
augmenter  le  courage.  Cette  on&ion  fe  fai- 
foit  auec  diuerfes  beftiolles  venimeufes,  com- 
me d'araignées,  de  fcorpions.-dec  bportes,de 
fallemandres  ôc  de  vipères,  lefquelles  les  gar- 
çonsdes  Collèges  prenoient  Ôc  amaffoient , à 
quoy  ils  eftoient  fi  adroits,  qu'ils  en  eftoient 
ttufiouts  garnis,  quand  les  Preftres  leur  en  de- 
mandoient.  Le  principal  foing&foucydeces 
carçons ,  eftoit  d'aller  a  la  chafle  de  ces  beftiol- 
les-  ques'ilsalloientautre-part,  &  quedauan- 
ture  ils  rencontraient  quelqu'vne  de  ces  be- 
ftiolles, ils  s'atreftoient  àla  prendre,  auec  au- 
tant de  peine,  comme  fi  leur  propre  yie  euft 
defpendudcGela,  A raifon dequoy  les  Indiens 


des  Indes.  Liure.  V.  £57 

rie  crai^noient  point  ordinairement  ces  be- 
ftiolles  venimeufes,  n'en  fa  il  ans  non  plus  dé- 
fiât, que  fi  elles  ne  feuiTent  point  elle ,  d'autant 
qu'ils  auoient  tous  efté  nourris  en  cet  exerci- 
ce. Pour  faire  cet  vnguent  de  cesbcftiolles ,  ils 
les  prenoient  toutes  enfemble  ,  &  les  bruf-^ 
loient  au  foyer  du  temple ,  cjui  eftoit  deuant 
l'autel  ,iufques  à  ce  qu  elfes fuifent  reduitresen 
cendre,  puis  les  mettoienten  des  mortiers  auec 
beaucoup  de  Tauaco,  ou  betû  (qui  efl  vne  her- 
be,dont  cefte  nation  vfe  pour  endormir  la  chair, 
&pour  nefentir  point  letrauail  )  auec  lequel 
ils  mesloient  ces  cendres ,  qui  leur  faifoit  perdre 
la  force.Ils  mettoient  mefmeauec  cefte  cendre, 
quelques  feorpions ,  araignes  &  cloportes  vi- 
ues,  meslans&  amaflàns  le  tout  enfemble,  puis 
ils  y  métroient  d'vne  femence  toute  moullue, 
qu'ils  appeiloient  Ololuchqui ,  dequoy  les  In- 
diens font  vnbreuuage  ,  pour  voiries  voifins, 
d'autant  que  l'effed  Se  cefle  Herbe  eft  d'ofter, 
&  priuer  l'homme  du  fens.  Ils  moulloient  met- 
me  auec  ces  cendres,  des  vers  noirs  &  velus, 
defquels  le  poil  feulement  efb  venimeux  ,  & 
amalfoient  tout  cela  enfemble  auec  du  noir ,  ou 
fumée  de  rezine,  lemettansen  des  petits  pots, 
lefquels  ils  pofoient  deuant  leur  Dieu,  difans 
que  c'efloit  la  leur  viande.  C'eft  pourquoyils 
appeiloient  cela,  manger4iuin.Par  le  moyen  de 
cet  oignement  ils  deuenoient  forciers ,  &  voy- 
oient,&  parloiét  aux  diables.Les  Preîtres  eftans 
barbouillez  dé  cefte  pafte,perdoiét  toute  crain- 
te ,  prenans  en  eux  vn  efptit  de  cruauté.  A  rai- 
ion  dequoy  ils  tuoisntles  hommes  aux  facnfi- 
~         "    "-— fck   —-~ 


fl    i  » 

nui' 
ii  1 

■Il  lit  ' 

: 

1 

ir 

£ 

I  il'-1' 

Hifloire  naturelle 
ces  fort  hardiment,  ôc  alloient  de  nuict  tous 
feuls  aux  montagnes  Ôc  dedans  les  cauernes  ob- 
fcures,  mefprifans  les  belles  fieres  ,  Ôc  tenans 
pour  certain  &  approuué,  que  les  lyons,  tigres, 
ferpens  ,&  autres  beftesfurieufes  qui  s'engen- 
drent aux  montagnes  &  foreils  ,  f enfuyroient 
d'eux,  par  la  vertu  de  ce  betum  de  leur  Dieu.Et 
a  la  vérité ,  fi  ce  betum  ne  les  pou u oit  faire  fuyr, 
c'eftoit  chofe  fuffifante  pour  ce  faire,  que  le 
gourtraid  du  diable  enquoy  ils  eftoient  tranf- 
iormez.  Ce  betum  feruoit  mefmepourguarir 
les  malades  &  les  enfans,  parquoy  tous  l'appel  - 
loient,la  médecine  diuine ,&ainfî  de  toutes  parts 
venoient  ils  par  deuers  les  dignitez&  Préfixes, 
comme  vers  leurs  Sauueurs ,  à  fin  qu'ilslèur  ap^ 
pîicaflentla  médecine  diuine,  &les  oignoient 
d'icelle,  par  les  parties  deuilantes.  Us  afferment 
qu  'ils  fentoient  par  ce  moyen  vn  notable  allége- 
ment, cequideuoiteftreà  caufequele  Taua- 
co,&  Ûloluchqui,ont  d'eux  mefmescefte  pro- 
priété d'endormir  la  chair,  eftans  appliquez  en 
façon  demplaftxe,  ce  qu'ils  doiuent  opérer,  à 
plus  forte  raifon. eftans  mesiez  auec  tels  poifons. 
Et  pource  qu'il  leur  amortillbit ,  &  appaifoit  la 
douîeur,illeur  fembloit  que  ce  fuit,  vn  erTect.  de 
fanté,  &  de  vertu  diuine.  C'eft  pourquoyils 
sccouroientaVes  Préfixes,  comme  a  des  hom- 
mes faims,  lefquclsentretenoient  en  cet  erreur 
&  esblouyfiemenr  lesignorans,  leur  perfuadans 
ce  qu'ils  vouloient,  ôc  les  faifuns  venir  à  leurs 
médecines,  &  cérémonies  diaboliques,  parce 
qu'ils  auoient  telle  authorité  ;.,  qui'J  fuffifoic 
gu'ils  lediflent,  pour  le  faire  unir  ç omme  *f- 


H 


des  Indes.  Liure.  V.  25S 

ticle  de  foy.  Etainll  ils  faifoient  parmy  le  vul- 
gaire mille  fuperftitions  ,  en  la  façon  d'offrir 
l'encens  ,  en  la  façon  de  leur  couper  les  che- 
ueux,  en  attachant  de  petites  bûchettes  au  col, 
&  des  filets  auec  des  petits  os  de  couleuures,- 
leur  commandant  qu'ils  fe  baignaflent  à  certai- 
ne heure ,  qu'ils  veillaflent  de  nuict  au  fouyer, 
de  peur  que  le  feu  ne  s'eftaignift ,  qu'ils  ne  man- 
geaiTent  point  d  autre  pain  que  celuy  quiauoit 
efté  offert  à  leur  Dieu ,  qu'ils  fe  retiraient  eri 
leur  befoing  incontinent  par  deuers  les  forciers, 
lefquels  auec  certains  grains  iettoient  les  farts 
&  deuînoient ,  regardans  en  des  cuues,  &  poëi- 
les  pleines  d'eau.  Les  forciers  &  rjainrftres  du 
diable  auoient  accouftumé  mefme  d'emba- 
durnofer  beaucoup.  Et  eft  vne  chofe  infinie 
delà  grande  multitude  qu'il  y  a  eue  de  ces  de- 
uins,  fortiileges ,  enchanteurs ,  deuineurs  8c 
autres  fortes  de  faux  prophètes.  Auiourdhuy 
il  refte  encor  de  cefte  peftilence ,  quoy  qu'ils  fe 
tiennent  fecrets  &  couuerts,  n'ofan s  ouverte- 
ment exercer  leurs  facrijégeS  ,  &  diaboliques 
cérémonies ,  &  fuperftitions ,  mais  leurs  abus? 
&  maléfices  font  defcouuerts  plus  au  long ,  & 
particulièrement  aux  confefsionnaîres  faits  par 
les  Prélats  du  Peru.  Il  y  a  vn  genre  de  forciers 
entre  les  Indiens  permis  par  les  Roys  Inguasy 
qui  font  comme  deuins  ,'  lefquels  prennent 
vne  telle  forme  &  figure  qu'ils  veulent  ,  al- 
lons &  faifans  par  l'air  beaucoup  dé  chemin* 
en  fort  peu  de  temps  r  &  voyent  ce  qui  fe 
paiïè.  Ils  parlent  auec  le  diable ,  lequel  leur 
jefpond  en  4e  certaines  pierres  ,  ou  autre 

Kfe  tj 


l/ijîoire  naturelle 
chofes  qu'ils  vénèrent  beaucoup.Iis  fe  feruet  cîe 
deuins ,  &  pour  dire  ce  qui  fe  pafîe  en  des  lieux 
les  piusesîoignez,auant  que  la  nouuelle  en  vien- 
ne ou  puifle  venir.  Comme  mefme  ileftencor 
arriué  depuis  que  les  Efpagnols  y  font,  qu'en 
diftance  de  plus  de  deux  ou  trois  cens  -lieiie-sj'on 
a  feeu  les  mutineries,  les  batailles,  les  rebellions^ 
les  morts,  tant  des  tyrans,  comme  de  ceux  qui 
eftoient  du  eofté  du  Roy,  &  des  perfonnes  par- 
ticulieres,  ce  que  Ton  a  fçeu  du  mefme  iour  que 
les  chofesarriuerent,  ou  bienle  iourenfuyuant, 
qui  eftoit  chofe  impofsible,  félon  le  cours  de 
nature.  Pour  faire  celte  diuination,  ils  fe  met-  . 
tentenvne  maifon  fermée  par  dedans,  &s9en- 
yurentiufquesa  perdre  le  iugement,  puis  vn 
iour  après  ils  refpo.ndenta  ce  que  f  on  leur  de- 
mande. Quelques  vns  afferment  qu'ils  vfent  de 
certaines  ondions.  Les  Indiens ^difent  que  les 
vieilles  exercent  ordinairement  cet  office  de  for» 
tileges ,  &  particulièrement  celles  d  vne  Pro- 
uîncc,qu  ils  appellent  Coaillo ,  d'vne  autre  vil- 
fe,appellee  Manchey,&  de  la  Prouince  de  Gua- 
rochiri.  Ilsenfeîgnent  mefme  où  font  les  chofes 
perdues  &  defrobees.  De  toutes  ces  fortes  de 
forciers,  il  y  en  a  eu  en  tous  endroits,  vcrslef- 
quels  viennent  ordinairement  les  Anaconas ,  & 
Cyuas,  qui  feruent  aux  Efpagnols  quand  ils  ont 
perdu  quelque  enofe  de  leurmaiftre ,  ou  qu'ils 
défirent  fçauoir  quelque  fuccez  des  chofes  paf- 
fees ,  ou  aduenir.  Comme  quand  ils  defeendent 
&  vont  aux  Citez  des  Efpagnols  pour  leurs  af- 
fiires  particulières,  ou  pour  les  publiques,  ils 
fcùrs  demandent  fi  leur  voyage  fe  portera  bie^' 


des  Indei.  Dure  Jf.         2.59 

s'ils  feront  malades,s'ils  mourront,ou  retourne- 
ront fains,s'ils  obtiendront  ce  qu'ils  prétendent? 
&lesforciersJoudeuineursrerpondent)ouy,ou 
non ,  ayans  premièrement  parlé  auec  le  diable, 
en  vn  lieu  obfcur,  de  manière  que  ces  Anaconas 
oyent  bien  le  Ton  de  la  voix  3  mais  ils  ne  voyent 
pas  à  qui  les  deuins  parlent ,  ny  n'entendent  pas 
ce  qu'ils  difent.  Ils  font  mil  cérémonies  &  facri- 
fkes  pour  cet  effecl:,  auec lefquels  ilsinuoquent 
le  diable ,  &  f'enyurent  brauement.  Et  pour  ce 
jàire,ils  vfent  particulièrement  d'vne  herbe,ap- 
pellee  Villea  *  le  fuc  de  laquelle  ils  mettent  de- 
dansle  Chica,  ou  le  prénent  d'autre  façon. L'on 
peutvoir  en  cecy,combien  eft  grand  le  mai'heur 
de  ceux  qui  ont  pour  maiftres ,  lesminiftres  de 
celuy-là,  duquel  l'office  eft  détromper.  Eteft 
vne  choie  approuuee,  qu'il  n'y  a  rien  qui  em^. 
pefche  tant  les  Indiens  dereceuoirla  foy  du  S. 
Euangile>&  de  perfeuerer  en  icel<le,que  la  com- 
munication de  ces forciers  quiontefté,&  y  font 
encoren  tref  grand  nombre  ,  bien  que  parla 
grâce  du  Seigneur  &  diligence  des  Prélats ,  8c 
des  Preftres ,  ils  vont  diminuant ,  cV  ne  font  plus 
fi  preiudiciables.  Quelques* vns  d'iceux  fe  font 
conuertis&  ont  prefché  publiquement,defcou- 
urans ,  &  bhfmans  eux-mefmes  leurs  erreurs  & 
tromperies»  &  declarans  leurs  fineiles  &  mente- 
ries ,  dequoy  on  a  veu  fortir  des  grands  frui&s, 
comme  mefme  nous  fçauons  par  lettres  du  lap- 
pon,  qu'il  eft  arriué  de  mefme  en  ces  parties ,  le 
tout  a  la  gloire  &  honneur  de  noftre  Dieu& 
Seigneur, 
r      ■    \  Kkiij 


Hifloire  naturelle 


Pes  autres  cérémonies  &  coujlumes  des 

Indiens  ?  qui  font fembUbks  au$ 

nofires. 

Chapitre     XXVII. 

Es  Indiens  ont  eu  va  nombre  in- 
finy  d?autres  cérémonies  &  cou- 
ftumes,  plufieurs  defquellesre- 
fembloierit  à  la  loy  ancienne  de 
Moyfe ,  les  autres  a  celle  dont 
vfent  les  Mores,&  les  autres  approchoient  de  la 
lov  Euangeîique, comme  les  baings,ou  Opacu- 
pa',  qu'ils  appellent,  qui  eft oit  qu'ils  fe  lauoient 
en  l'eau,  pour  fenettbyer  de  leurs  péchez.  Les 
Mexiquains  auoient  aufsi  entr'eux  quelque  for- 
te cte  baptefme,  qu'ils  faifoient  auec  cérémonie, 
qui  eftoit  qu'ils  incitaient  les  oreilles  &  le  mera  - 
bre  viril  aux  petits  enfans  nouueaux  nez  ,  con- 
trefaifans  aucunement  la  Circoncifion  des  Iuifs. 
Cefte  cérémonie  fe  faifoit  principalemét  a  l'en- 
droit des  fils  de  Roys,&  des  Seigneurs.  Inconti- 
nent après  leur  naûTance  les  Preftres  les  lauoiet, 
&  leur  mettoiét  vne  petite  efpee  à  la  main  droit- 
te,&  à  la  gauche  vne  rondelle ,  &  aux  enfans  du 
commun  &  vulgaire,ils  leur  met-toy  ent  les  mar- 
ques de  leursoffices,  &  aux  filles  des  inftrumens 
'à  filer,  à  tiltre,&  a  trauailler.  Et  duroit  celle  cé- 
rémonie quatre  iours,qui  fe  faifoit  deuant  quel- 
que idole.  Ils  contradoient  leurs  mariages  a 


des  Indes.  Liure   V.  *6o 

leur  mode,dcmt  le  Licecié  Polo  a  écrit  vn  trait- 
té  tout  entier  ,  &  eji  diray  cy  après  quelque 
chofe.  En  autres  chofes,  mefmes  leurs  cérémo- 
nies &  couftumes  au  oient  quelque  apparence 
de  raifon.  Les Mexiquains  femarioient  parla 
main  de  leurs  Preftres  en  cefte  façon.  Lelpoux 
&  efpoufe  fe  mettoient  enfemble  deuant  le 
Preftre  ,  lequel  les  prenoit  par  les  mains ,  & 
leur  demandoit  s'ils  fe  vouloient  marier,  puis 
ayant  entendu  la  volonté  de  tous  deux,  il  pre- 
noit vn  coing  du  voile ,  dont  la  femme  auoit  la 
tefte  couuerte ,  &vn  autre  coing  de  la  robe  de 
ihomme,lefquels  il  attachait  enfemble  ,  farfant 
vnnœud,  &lesmenoit  ainii  attachez  àumai^ 
fon  de  r efpoufe, où  il  y  auoit vn  fouyer  allumé, 
&  lors  il  faifoit  faire  à  la  femme  fept  tours  i  l'en- 
tour  de  ce  fouyer,  puis  les  mariez  fe  feoiem  en  • 
femble,  &  par  ce  moyen  eftoit  contracté  leur 
mariage.  Les  Mexiquains  eftoient  tref-iaioux 
de  1  intégrité  de  leurs  femmes  &  efpoufes ,  tel- 
lement que  s'ils  s'apperceuoient  qu'elles  ne  fuf- 
fent  telles  qu'elles  deuoient  eftre  (ce  qu'ils  re- 
cognoiûoient  par  llgnes,ou  par  paroles  eshon- 
tees)iis  le  faiioient  incontinent  entendre  aux  pè- 
res &  parens  de  ces  femmes,  à  leur  grande  hon- 
te &  deshonneur  :  parce  qu'ils  n'auoient  pas  bien 
prins  garde  f-ir  elles.  Mais  ils  honoroient  de 
eftimoient  beaucoup  celles  qui  conferuoient 
letir  honnefteté ,  leur  faifans  jes  grandes  feftes, 
&  donnoient  plufieurs  prefents  à  elle  &:  a  fes 
parens.  Ils  faifoient  pour  cefte  occafion  oes 
grandes  offrandes  à  leurs  Dieux  ,  &  vn  ban- 
quet folçmnel  en  la  maifon  de  la  femme,  &  vn 

kK    iiij 


m 


Hiftoire  naturelle 
autre  gn  la  maifon  de  l'homme.  Q^ind  on  les 
menoit  en  leur  maifon  ,  iismettoienc  par  mé- 
moire tout  ce  que  l'homme  &  la  femme  appor- 
taient enfemble  de  prouvions  de  maifon ,  de 
terre,  de  loyaux  &  d'ornements  ,  lequel  mé- 
moire chaque  père  d'iceux  gardoit  par  deuers 
luy ,  pourcequefid'auenture  ilsvenoient  à  fai- 
re diuorce  (  comme  il  eftoit  ordinaire  entr  eux) 
ne  fe  trouuans  bien  Pvn  auec  l'autre  ,  ils  par- 
taient leurs  biens ,  félon  que  chacun  d'eux  en 
auoit  apporte,  ayant  chacun  d'eux  liberté  en 
tel  cas  ,  de  Ce  remarier  auec  qui  bcmluyfem- 
bleroit  ,  &bailloient  les  fillesà  la  femme,  & 
à  l'homme  les  fils.  Ils  leur  defFendoient  expref- 
fément,  fur  peine  de  mort,  deCç  remarier  en- 
femble ,  ce  qu'ils obferuoient  fort  rigoureufe- 
ment.  Et  iaçoit  qu'il  femble  queplufieurs  de 
leurs  cérémonies  s'accordent,  auec  les  noftres, 
ncantmoins  elles  font  fort  différentes,  pour  le 
grand  meslange  d'abomination  qui  y  eft  touf- 
iours.  C'eftvnechofe  commune  &  générale 
en  icelles  ,  qu'il  y  a  ordinairement  vne  de  cqs 
troischofes,  ou  de  la  cruauté ,  ou  de  l'ordure, 
ou  de  la  parelfe  i  car  toutes  leurs  cérémonies 
eftoient  cruelles  Se  dommageables,  comme  de 
tuer  les  hommes ,  &  de  refpandre  le  fang  :  ou 
elles  eftoient  ordes  &  fales^,  comme  de  boire  & 
de  manger  au  nom  de  leurs  idoles ,  &  dvriner 
mefme  en  leur  honneur,  lesportans  fur  leurs 
efpaulîes,  de  s'oindre  &  barbouiller  fî  laide- 
rient,  &  de  faire  mille  autres' fortes  de  vile- 
nies ,  qui  eftoient  pour  le  moins  vaines,  ou  ridi- 
cules Ôc  oyfeufes,  &  qui  reffembioient  plus  œu- 


des  Indes.  Liure.  V.  z6l 

uresd'enfans,  que  d'hommes.  La  caufe  de  ce- 
la,eft  la  propre  condition  de  1  efpnt  malin    du- 
quel  l'intention  eft  toujours  drelTee  a  faire 
mal,  provoquant  les  hommes  à  des  homicides 
&  ordures,  ou  pour  le  moins  a  des vanitez  & 
occupations  inutiles.  Ce  qu  yn  chacun  peut  af- 
ffez  bien  cognoiftre ,  en  conf.derant  a«ennue- 
ment  les  adions  &  comportemens  du  diable 
à  l'endroit  de  ceux  qu'il  va  deceuant.  Car  en 
toutes  fesillufions  l'on  y  trouue  tounours  met- 
lees  toutes,  ou  quelqu'vne  des  ces  trois  chofc. 
Les  Indiens  mefme  depuis  qu  ils  ont  la  lumie, 
redenoftre  Foy.fe  rient,  &  le  moquent  des 
folies  &  inepties,  efqueUes  leurs  Dieux  leste- 
noientoccupez,  &aufquels ils feruoient beau- 
coup plus  ,  de  crainte  qu  ils  auoient  deux 
qu'ils  ne  leurfiffent  du  mal,  en  ne  leurobeyf- 
fant  point  en  toutes  chofes,  que.  non  pas  pour 
l'amour  qu'ils  leur  portoient.  Combien  que 
quelques-vns  ,  voire  en  grand  nomore  ,  vei- 
quiflent  trompez  &  deceus  de  vaines  efperan- 
ces  des  biens  temporels."  car  d  éternels  ils  nen 
auoient  point  cognoiflànce.  Et  certainement 
«  où  la  puiffance  temporelle  s  eft  plus  agran- 
die ,  la  s'eft  plusaccreii»  Se  augmentée  la  iu- 
perftition.  Comme  l'on  void  aux  Royaumes 
5e  Mexique  &  de  Cufco,  ou  ceft  vne  choie 
incroyable  quetovombre  des  adoratoires  qu  il 
y  auo  t  :  veu  que  dans  l'enclos  de  la  Cité  de  Me- 
xique il  yen  auoit  plus  de  trois  cents  Mango- 
Irtgua  Yupanguy  ,entreles  Roys  du  Cofco , £ 
eftl  celuyV  a  le  plus  augmenté  le  feru.ee  de 
leurs  idoles ,  inuentant  miile  diuerutez  de  fa- 


Utftoires  naturelle 
erifices,  feftes&  cérémonies.  Autant  en  fit  en 
Mexique  le  Roy  Ifcoait  ,  qui  fut  le  quatriefme 
Roy.  Ilyauoit  aufsi  grand  nombre  de  fuper- 
lhtions  &  facnficesen  ces  autres  nations  d^In- 
d.ens,comme  en  la  Prouince  de  Guatimalla.aux 
Mes  au  nouueau  Royaume ,  en  la  Prouince  de 
t-hille,  &  autres  qui  eftoient  comme  Républi- 
ques &Çommunautez.Mais  cen'eftoitrîenau 
refpeâ  deMexique,&  de  Cufco,ou  fatan  eftoit 
comme  en  fa  Rome  ,  &enfaHierufalem,  iuf. 
quesa  ceq  u'ilait  efte'ietté  dehors  contre  fa  vo- 

i  rC-C  'Aa"  e^é  P°fee  &  co"°quee  en  fon  lieu 
la  iam<3e  Croix,&  que  le  Royaume  de  I  e  s  v  s- 
Chrit  noftre  Dleu  ait  occupe  celuy  que  le 
tyran  auoitvfurpé.  ^ 


De quelques  fefies  cekbreespdr  ceux  de  Cufeo, 
&  comment  le  diable  a  voulu  me/me  imi- 
ter le  mystère  de  la  tres-faiulfe 
Trinité. 

Chapitre    XXVIII. 

Our  conclure  ce  qui  touche  la  ReJU 

gion     il  refte  de  dire  quelque  chofe 

des  feftes  &  folemnitez  que  celebroient 

les  Indiens,   lesquelles  pource  quelles  font 

diuerfes,  &  en  grand  nombre  ,  ne  pourront 

pas*ftre  toutes  racontées.  Les  Inguas  Seigneurs 

dn  Peru  auoiet  deux  fortes  de  feftes,  les  vnes  qui 

eftoient  ordinaires  &  qui  efcfieoient  en  certains 

mois  de  l'année,  &  d'autres  extraordinaires ,  qui 


des  Indes.  Lime.  V.         *■** 

fe  faifoient  pour  caufes  occurrentes  &  d  impor- 
te comme  quand  Ton  couronne»  que *j£ 
nouuèau  Rov,  quâd  l'on  commençât  que  que 
^rred^ponlnce,quandilyauo«quelqu^ 
!  rande  neceïsïté  deade ,  ou  de  fech  eteiTe  ,  ou 
Etre s  chofes  femblables.  Pour  les  feftesordy 
naires  l'on  doit  entendre  que  chaque  mois  de 
Tan  ih  faifoient  des  feftes&  iacrifices  différents, 
Lenorqurtouseuffentceladefemblableque 

l'on  y  offroit  cens  moutons.toutesfo.s  en  la  cou, 
leur  &  en  la  forme  les  moutons  deuoient  eitie 
fortdifirent,.Au  premiermoisqu  ds appellent 
Ravine,  qui  eftle  moisde  Décembre,  ilsM 
tS  ù  première  fefte  qui  eftoit  *  «gj* 
detoutes;&  pour  cefte occafion ds  1  appelaient 
Canacra  mePquieft  à  dire ,  fefte  riche  ou  pnn- 
dEI  ceftl  fôfte  l'on  offroit  vn grand ^om- 
bre de  moutons*  d'agneaux  ^feenfiee^  * 

les  brusloit-on  auec  du  bois  tad le  &  odon  e 
rant.puisilsfaifoientappotterdelor&del^ 

gent  dettus  certains  moutons ,  &  "«"""if 
froisftatuësduSoleil ,  &  «««WfeffiS- 
lê  oere  le  fils,  &  le  frère.  En  ces  fefte  1  on  de 
^tre^nfansInguas>enleurme«antesGua: 

rasou  enfeignes,  &  leurs  perço.ent  les -oreil- 
les, puis  quelque  vieillard  les ,fouetto.t  auec d^ 
fonles,  àleuroignoit  le  vifage  '™£*g 
le  tout  en  figne  qu'ils  deuoient  eftre  Cheualiers 
oyaux  de  f'IngU.  Nul  eftrangei :  n| jjuuoj 
eftre  enCufco,durât  ce  mois  &  cefte  efte,  ffiais 
fuLfinilsyentroient,&leurdonno.tona^ 

de  ces  morceaux  de  may  s.auec  du  fane  du  figt 
fice,  qu'ils  mangeaient  e^nç  de  cofedciatiop 


Il  9 

iiii 

■llll  El 

H 11 11  f 

lin!  I1! 
■llll  11! 

Il 

||l|  p 

Mil  II 
■Ui 

fftftoire  naturelle 

*wclWaoommedaeftéditcy-de(ïus,C'eft 
we chofc  eftrange  quele  diable  félon  fa  mode 
aïtmefme,ntroduiî,en  Idolâtrie,  vne  Trinité- 
or tes.tmis  ftatués  du  Soleil ,  eftoient  appellee; 
Ajkmbo, Ckmmty, &  Intiquaoquy,quifignj. 
fctepere&SeigneurSoteil.IefifsS^il,  II 
frere5.oled.de  hmefme  façon  ils  «ondoient 
fcstroisftatii««fc  Chuquilla  ,  quieftleDieu 
quiprefideen  h  région  de  I  air.où  iltône,  pleut 
&  neige.IIme  fouuientqu  eftant  en  Chuquifa- 
«,  va  Preftre  honorable  me  monftra  vne  in- 
formation ,  quei'euz  affez  long  temps  entre 
nwsmaiB ,  ou  il  eftoit  prouué  qu'il  y  auoit  vn 
certain  Guaca ,  ou  oratoire,  ou  les  Indiens  ado- 
xorcnt vn .dole .nommé Tangatanga ,  laquelle 
ds  difoient  eftre  vne  en  trokj  &  fro.s  çH  yn 

Etcommece  Preftre  eftoit  emerueillé  décela 
ieteydyquelediabIe,parfoninfernal&obfti- 
ne  orgueil,  par  lequel  il  prétend  toufîours  fe 
faire  Dieu,  defroboit  tout  ce  qu'il  pouuoit  de 
la  vente,  pourlemployerafesmenfonges,  & 
tromperies.  Reuenans  donc  aux  feftes  du  fé- 
cond(  moK   qu'ils  appellent  Çamey,  outre  les 
Jacrifices  qu  ils  faifoient ,  ils  iettoient  les  cendres 
aual  vn  ruiffeau,  allans  cinq,  ou  fix  lieues  aptes, 
auec  des  bourdons ,  ou  baftons ,  le  priant  qu'il 
tes  portait  mfquesalamer,  pour  autant  que  le 
Viracocha  y  deuoit  receuoir  ce  prefent:  Au  ' 
trowefme,  quatrième ,  &  cinquiefme  mois ,  ils 
oirroient  cent  moutons  noirs  meslez  ,  &  gris 
auec  beaucoup  d'autres  cbofes,  que  ie  laiflè ,  dé 
peurdeftre  ennuyeux.  Le fixiefme mois  s'ap- 
pelle  HatuncuzquyAymorey,  qui  refpondà 


des  Indes.  Dure.  V.  ^3 

Mav  auquel  Ton  facrifioit  cent  autres  montas 
deto'utescouleurs.en  cefte  Lune  &  mois  ,  qui 

eft  quand  l'on  apporte  le  Mays  As  champs  en 
kmaifon.lonfaifoitla  feftequieft  encor  m- 
iourd'huy  fort  en  vfage  entre  les  Indien  & 
rappellent  Aymorey.  Ceftefeftefe  fait  en  me- 
nant depuis  la  Chacra ,  ou  métairie  iufques  a  1* 
maifon;  difans  certaines  chanfons ,  ou  *  prient 
que  le  Mays  puiffe  durer  long  temps,&  1  appel- 
lent Mamacora.  Ils  prennent  certaine  pcromi 
du  plus  fécond  Mays,  du  creu  de  leurs  me««- 
riesflequel  ils  mettent  en  vn  petit  grenier  qw  ils 
appellent  Pirua  ,  auec  certaines  cérémonies, 
veillants  troisnuiâs,  &  mettent  ce  Mays  dans 
les  plus  riches  habits  qu'ils  ayent    &  des  qu  il 
eftainfi  enueloppé  &  accommode,  ilsadorent 
cefte  Pirua,  &  l'ont  en  grande  vénération,  <3i- 
fants  que  c'eft  la  raere  du  Mays  de  leurs  f  enra- 
ges &que  par  ce  moyen  le  Mays  augmente,  Se 
Te  c'onferue.En  ce  mois  ils  font  vn  lacrifice  par- 
ticulier, &  les  forciers  demandent  à  la  Pirua,«i 
elle  a  de  la  force  affez  pour  durer  iufques  à 
l'an  i  venir  ,&  fi  elle ref pond, que non.ils  por- 
tent le  mays  brusler  à  la  métairie ,  d  ou  ils  i  ont 
apporta,  félon  la  puiffance  d'vn chacun,  après 
ils  font  vne  autre  Pirua  ,  auec  les  mefmes  céré- 
monies, difans  qu'ils  la  renouuellent    abnque 
lafemence  du  Mays  neperiffe  ,&  fi  elle  refpond 
qu'elle  a  de  la  force  alfez  ,  pour  durer  d  auan- 
tage.ilsla  laiffent  iufques  à  l'autre  année.  Cefte 
fottè  vanité  dure  iufques  auiourd'huy  ,  &  eft 
fort  commune  entre  les  Indiens ,  d'auoir  ces 
Piruas,&  frire  la  fefte  d' Aymorey.Le  feptieime 


II 


hJifioire  naturelle 

mois  rcfpond  a  Iuin,  &  s'appelle  Aucayctizquy' 
Intiraymy.  En  iceJuy  ils  faifoient  k  fefte  appel- 
le Intiraymy ,  ou  J  on  facrifioit  cent  moutons, 
guanacos,  &  difoient  que  c'eftoit  Ja  fefte  du  So- 
leil .-  en  ce  mois  ils  faifoient.  vn  grand  nombre 
de  ftatuè's  de  bois  de  qm'nua  taillé,  toutes  ve- 
ftucs  de  précieux  habits  ,  &  fe  faifoit  le  bai 
qu'ils  appelaient  Cayo.  En  cefte  fefte  1  on  ef- 
pandoit  beaucoup  de  fleurs  par  le  chemin,  & 
y  venoientles  Indiens,  fort  barbouillez  ,  & 
ks  Seigneurs  y  eftoient  ornez  auéc  àes  petites 
platines  d'or  à  la  barbe  ,  &  chantoient  tous; 
&  doit-on  fçauoir  que  cefte  fefte  tombe  qua- 
i\  au  mefme  temps ,  que  nous  autres  Chreftiens 
faifons  la  folemnité  au  faincl:  Sacrement,  qui 
lay  reflembïe  en  quelque  chofe,  comme  aux 
dances,  chants  &  représentations.  Et  pour  ce- 
lte raifon,  il  y  a  eu ,  &  a  encor  entre  les  fn- 
diens  (  Jefquels  celebroient  vne  fefte  aucune- 
ment fembîableàcelle  que  nous  célébrons  du 
faind  Sacrement  )  beaucoup  de  fuperftitions 
à  célébrer  cefte  fefte  ancienne  de  l'Intiraymy. 
Le  hui&iefmemoiseft  appelle,  Chahua,Huaiv 
quy,  auquel  ils  brusloient  cent  autres  moutons,' 
tous  gris,de  couleur  de  Vizcacha ,  félon  Tordre 
fufdit,  lequelmoisrefpondànoftreluillet.Le 
neufîefme  mois  s  appelloit  Yapaguis ,  auquel 
l'onbrusloit  cent  autres  moutons^  de  couleur 
de  chaftaigneî&  couppoit-  on  la  gorge,&  bruf- 
loit-onaufsimilCuyes,  afin  cme  Ja  gellee ,  ny 
l'eau,  ny  l'air,  ny  le  Soleil  ne  fiffent  aucun  mai 
aux  métairies ,  &  refpond  ce  mois  a  l'Aouft.  Le 
di^Ghe  mois  § 'appelloit  Coyaraymy,  auquel 


des  Indes.  Dure.  V.  *<>4 

l'on  brusloit  cent  autres  moutons  blancs,  qui 
eftoient  vellus.  En  ce  mois,  qui  rcfpond  a  Sep- 
tembre ,  l'on  faifoit  la  fefte  appellerfitua ,  eri 
cefte  forme.  Ils  s'aflèmbloient  le  premier  îour 
de  la  Lune,auant  qu'elle  leuaft ,  &  en  la  voyant 
ils  s'efcrioient  hauteme't ,  portant  en  leurs  mains 
des  flambeaux  de  feu,  difans,  que  le  mal  s  en 
aille  dehors,  en  s'entre  frappans  les  vns  les  au- 
tres auec  ces  flambeaux.  Ceux  qui  faifoient  ce- 
la s'a  ppelioient  Panconcos .  Et  ap  res  auoir  ache- 
ué.s'enalloientenbaing  gênerai ,  auxruifleauX 
&  aux  fontaines,  chacun  en  fon  propre  eitang. 
&  fe  mettoient  à  boire  quatre  îours  durans.  fcn 
ce  mois  les  Mamacomas  du  Soleil  failoient 
grande  quantité'  de  petits  pains  ,  faits  auec  le 
fans  desfacrifices ,  &  endonnoient  va  morceau 
à  chacun  deseftrangers,&  forains,  mefmeilsen 
enuoyoientauxGuacas,  eftrangers,  debout  le 
royaume  ,  &à  plufieurs  Curacas,  enfignede 
confédération^  loyauté.au  Soleil  &  a  l'Ingua, 
comme ilaeftéjà  dit.  Lesbaings.yurognenes, 
&  quelque  reftes  de  cefte  fefte  Situa.demeurent 
encor  auioufd'huy  en  quelques  endroits,  auec 
des  cérémonies  quelque  peu  différentes,  ce  qui 
eft  fecretement  toutesfois,  parce  que  ces  te- 
fies  principalles,  &  publicques  ont  celle.  L  vn- 
fiefme  roois.Homaraymy  Punchaïquis  .auquel 
Us  facrifioient  cent  autre  moutons.   Et  s  ils 
auoient  faute  d'eaiiepourvn  remède,  &  afin 
■  de  faire  pleuuoir ,  ils  mettoient  vn  mouton  tout 
noir,  attaché  au  milieu  dVne  plaine  efpandant 
beaucoup  de  Chicatout  autour  de  luy,  &  ne 
luy  dennoient  point  à  manger,  Haussa  ce  qu  A 


hlifloire  naturelle 
pleufl^cequieft  encor  praticquéaujourd'huy 
en plmieurs endroits,  en  ce  mefme  temps  qui 
cit  GâoDre.    Le  douziefme,  &  dernier  mois 
s  appellent  Aymara,  auquel  l'on  facrifioit  cent 
autres  moutons  ,  &  faifoient  k  fefte  appellée 
Ra>  micantara  Rayquis.  En  ce  mois  qui  refpod 
aNoucmbre,lon  appareilloitee  qui  eftoit  ne- 
ceflaire  pour  les  enfans  qui  fedeu oient  faire  no- 
tices Jemoisenfuiuant  ,  &  Jes  enfsns  auecles 
vieillards  faifoient  vne  certaine  monftre  auec 
quelques  tours, &  celte  fefte  eftoit  appellée  Itu- 
xaymi,  laquelle  fe  fait  ordinairement  quand  il 
pleut  trop ,  ou  trop  peu,ou  qu 'il  y  a  de  la  pefti- 
lence.  Entre  les  feltes  extraordinaires  ,  qui  y 
eftoientaufsi  en  grand  nombre,  la  plusfameu- 
ie  eftoit  celle  qu'ils  appelaient  Ytu.  Cefte  fe- 
fteYtun  auoit  point  de  temps,  ny  defaifonar- 
xeftee,  autrement,  que  en  temps  de  necefsite. 
Pour  fe  préparer  a  icelle ,  tout  le  peuple  ieuf- 
xioit  deux  iours  durants  ,  aufquels  ils  ne  tou- 
chaient point  à  leurs  femmes  jny  ne  mangeoient 
point  de  viande  auec  le  fel,ny  aiï,  &  ne  beuuoiet 
point  de  Chica.  Tous  s'afiembloient  en  vne 
place,où  il  n'y  auoit  aucun  eftranger ,  ny  aucun 
animal,  &  auoient  de  certains  habits;  &  orne- 
ments, qui  feulement  feruoientpour  cefte  fe- 
fte. Ils  marchoient  en  procefsion  fort  douce- 
ment, les  telles  couuertesde  leurs  voiles,  bat- 
tans  des  tambours  fans  parler Tvn  à  l'autre.  Cela 
duroit  vn  iour  &  vne  nui&,puis  le  iour  enfui- 
uant,ils  danfoient,&  faifoient  bonne  chère,  par 
deux  iours  &  deux  nuits  continuellement,  di- 
fans  que  leur  oraifon  auoit  efté  acçepte'e.  Et 

encor 


x 


dès  îndes.  Liure  V.  i-6$ 

éncor  que  cefte  fefte  ne  fe  fatfe  auiùurd'huy 
auec toute  cefte cérémonie  ancienne,  fi  eft-cé 
que  cômunement  ils  en  font  vtte  autre ,  qui  eft 
fort  femblable,  laquelle  ils  appellent  Ayma, 
auec  des  veftemens  qui  feruent  feulement  à  cet 
effecl:,  &  font  cefte  manière  de  procelîion  auec 
leurs  tambours ,  ayans  auparauant  ieufné ,  puis 
après  fe  mettent  à  faire  bonne  chère;  ce  qu'ils 
ont  de  couftume  de  faire  en  leurs  vrgentes  ne- 
ceflîtcz*  Et  combien  que  les  Indiens  ayentde- 
laiiTé  en  public  de  facnfier  des  beftes  3  ôc  autres 
chofesquihefe  peuuent  cacher  des  Efpagnols, 
neantmoins  ils  fe  feruent  roufïours  de  pluiîeius 
cérémonies  qui  ont  leur  origine  de  ces  fedes  ôc 
fuperftitions  anciennes.  Carilsfontencorau- 
iourd'huy  côuuertemét  cefte  fefte  de  l'Ytu  aux 
dances  de  la  fefte  du  Sacrement ,  en  faifans  les 
dances  de  Lyamallama,  &  de  G uacon ,  ôc  d'au- 
tres félon  leur  cérémonie  anciéne ,  à  quoy  Tort 
doit  bien  regarder  de  près.  L'on  a  fait  des  trait- 
iez plus  amples  de  ce  qui  concerne  cefte  matiè- 
re ,  pour  les  lieux  où  il  eft  neceftaire  remarquer 
les  abus  ôc  fuperftitions  qu'auoient  les  Indiens 
lors  de  leur  gentilité,  afin  que  les  Preftres  ôc 
Curez  y  prennent  garde.  Suffifedoncàprefent 
d'aûoir  traitté  de  l'exercice^auquel  le  diable  oc- 
cupoit  fes  deuots ,  afin  que  contre  fa  volonté 
Ton  voye  la  differencequ'il  y  a  de  la  lumière  aux 
ténèbres,  ôc  de  la  vérité  Chreftienne,  au  men- 
Ifonge  gentil,  quoy  que  rennemyde  Dieu  ôé 
des  homes  ayt  tafchc  auec  tous  fes  artifices  dé 
contrefaite  ks  ehofes  d§  Dieu. 

Il 


ffijloire  naturelle 


De  la  fefte  du  lubile  que  celebroient  les 
Mexiquains* 

Chapitre    XXIX. 

Es  Mexiquains  n'ont  eftc  moins  cu- 
rieux en  leurs  feftes  &  folçmnitez,lef-  j 
quelles  eftoient  de  peu  de  defpenfe  | 
de  biens  \  mais  d'vn  grâd  couft  de  fang  I 
tiumain.  Mous  auonscy  deflus  parlédelafefte  j 
principale  de  Vitzilipuztli,  après  laquelle  h  fe- 
fte de  Tezcalipuca  eftoit  la  plus  folemnifee. 
Cefte  fefte  tôboit  enMay,&  en  leurKalendrier 
ils  l'appelloient  Toxcolt ,  elle  efcheoit  de  qua- 
tre ans  en  quatre  ans  auec  la  fefte  de  pénitence, 
où  il  y  auoit  planiere  indulgence  ôc  pardon  des 
péchez.  En  ce  iour  ils  facrifioient  vn  captif,qui 
auoitlafemblancederidole  Tezcalipuca,  qui 
eftoitle19.de  May.  En  la  veille  de  cefte  fefte, 
les  feigneurs  venoient  au  réple,  &  apportaient 
vnveftement  neuf,femblable  à  celuy  de  l'idole, 
lequel  les  Preftres  luy  veftoient,  luy  ay  ans  pre- 
mièrement oftc  les  autres  habits,  lefquels  ils 
gardoient  auec  autât  ou  plus  de  reuerence  que 
nous  faifons  les  ornemens  II  y  auoit  aux  coffres 
de  l'idole  plufieurs  ornemés,  ioyaux,  affiquets, 
&  autres  richeffes,  de  bracelets,  de  plumes  pre- 
cieufes,  qui  ne  feruoient  d'autre  chofe  que  d'c- 
ftre  là,  &  adoroient  tout  cela  comme  le  mefmc 
0ieu.  Outre  le  vertement,  auec  lequel  ils  ado- 

roient  l'idole  ce  iour- là  3  ils  luy  meteoientde 


T)e$  Indes.  Lime  V.         26S 

certaines  enfeignes  de  plume,  des  garde-  foleils, 
des  ombrages,  &  autres  chofes:  layans  ainfî 
reueftu  &  orné,  ils  oftoient  la  courtine  ou  voi- 
le de  la  porte,  afin  qu'il  fuft  veu  de  tous,&  alors 
fortoit  vne  des  dignitez  du  Temple ,  veftude 
lamefme  façon  que  l'idole,  portant  des  fleurs 
en  la  main,  &  vne  petite  flufte  de  terre,  ayant 
Vn  Ton  fort  aigu,  &  fe  tournant  du  côfté  de  l'O- 
rient, il  la  touehoit,  puis  retourné  vers  l'Occi- 
dent ,  le  Nort  &  le  Sud ,  il  faifoit  le  femblable, 
Et  apre$auoir  ainfî  fohné  vers  les  quatre  par- 
tics  du  monde  (dénotant  que  ks  prefens  &  ab- 
fensl'oyoient)  il  mettoit  le  doigt  en  Taire ,  ôc 
cueillant  de  la  terre  d'icelle,  la  mettoit  en  la 
bouche  y  àc  la  mangeoit  eh  ligne  d'adoration. 
Autant  en  faifoient  tous  ceux  qui  y  eftoienc 
prefens,  &  en  pleuransfe  profternoient,  in- 
uoquans  robfcurité  de  la  nuict  &  les  vents ,  les 
prians  qu'ils  ne  les  delaiflaflènt,,  ny  oubliaient 
point ,  ou  bien  qu'ils  leur  oftafîent  la  vie ,  pour 
donner  fin  à  tant  de  trauaux  qu'ils  enduroienc 
en  icelle.  Les  larrons ,  les  fornieâteurs ,  les  ho- 
micides, 6c  tous  les  autres  delinquansàuoient 
grande  crainte  &  trifteiïe  en  eux  pendant  que 
Cefte  flufte  fonnoit  :  tellement  que  quelques 
yns  ne  pouuoient  diffimuler ,  hy  cacher  leurs 
delicts.  Par  ce  moyen  tous  ceux-là  ne  deman- 
doient  autre  chofe  à  leur  Dieu,  finon  que  leurs 
deli&s ne fufTent point  manifeftez,  efpandans 
beaucoup  de  larmes, &  auec  vne  grande  rçpen- 
tance  &  regret,  orfroiént  quantité  d'encens 
pourappaiferlejirs  Dieux.  Les  hommes  cou- 
jrageux  ôc  vaillans,  &  tous  les  vieux  foldaté 

tîij 


j/îftoire  naturelle 

qui  fuiuoient  l'art  militaire ,  en  oy  ant  cefte  flu- 
ftedemandoientauec  vne  grande  deuotion  à 
Dieu  le  Créateur,  au  Seigneur  pour  lequel 
nous  viuons  au  Soleil,&  à  d'autres  leurs  Dieux, 
qu'ils  leur  donnaient  vi&oire  contre  leur  s  en- 
nemis, &  des  forces  pour  prendre  beaucoup  de 
captifs,  afin  d'honorer  leurs  facrifices.  Lace-  j 
remanie  fufditefefaifoit  dix  iours  auparauanc 
lafefte,  pendant  lefquels  dix  iours  le  Preftre 
fonnoit  cefte  flufte,  afin  que  tous  fifTent  cefte 
adoration  de  manger  de  la  terre,  &  de  deman- 
der à  leur  idole  ce  qu'ils  voudroient ,  &  fai« 
(oient  chaque  iour  oraifon,  les  yeux  haufTez 
au  Ciel,auec  des  foufpirs  cV  gemiflemenSjCom- 
me  perfonnes  qui  fe  contriftoient  de  leurs  fau- 
tes &  péchez.  Iaçoit  que  cefte  contrition  ne 
f  uft  que  par  crainte  de  la  peine  corporelle  que 
Ton  leur  donnoit,  &  non  pas  pour  crainte  de 
l'éternelle ,  parce  qu'ils  croyoient  pour  certain 
qu'il  n'y  auoit  point  de  peine  fi  eftroitte  en 
l'autre  vie.  C'eft  pourquoy  ils  s  offroient  à  la 
mort  volontairement,  ayans  opinion  que  c'e- 
&oit  à  tous  vn  repos  aflèuré.  Le  premier  iour 
delà  fefte  de  cet  idole  Tezcalipuca eftant ve- 
nu, tousceuxdela  Cité  s'aflèmbloient  en  vne 
court  pour  célébrer  auflî  la  fefte  duKalendrier, 
dont  nous  auons  parlé,  qui  s'appelloit  Tox- 
eoalth,qui  fignifie  chofe  feche  :  laquelle  fefte 
ne  fe  raifoit  à  autre  fin ,  que  pour  demander  de 
l'eau  en  la  façon  que  nous  autres  folemnifons 
les  Rogations:  &  ainfi  cefte  fefte  eftoit  touf- 
ioursen  May,  qui  eft  le  temps  que  l'on  a  plus 
faute  d'eau  en  ce  pays-là.  L'on  commençoit  à 


des  Indes.  Liure  V.  167 

la  célébrer  le  neufiefme  de  May ,  finiflant  lç 
dixneufiefme.  Le  dernier  iour  de  la  fefte  au  ma-' 
tin,  les  Preftres  tiroient  vn  branquart  ou  lir- 
tiere,  fort  bien  ornée  de  courtines,  &  de  fan- 
dos  de  diuerfes  façons.  Ce  branquart  auoit 
autant  de  bras  &  tenons,  qu'il  y  auoit  de  mi- 
niftres  qui  le  deuoient  porter.  Tous  lefquels 
fortoient  barbouillez  de  noir,  les  cheueux 
longs,  treflez  par  la  moitié  auec  des  lizets 
blancs,  &  veftus  de  la  liuree  de  l'idole.  Deflus 
ce  branquart  ils  mettoient  le  perfonnage  de 
l'idole,  député  pour  cette  fefte,  qu'ils  appel- 
aient, femblancedu  Dieu  TezCalipuca,&lc 
prenans  fur  leurs  efpaules,le  tiroient  en  pu- 
blic au  pied  des  degrez,  éV  incontinent  for- 
toient les  ieunes  hommes,  &  les  filles  reclufes 
de  ce  temple,  portans  vne  groffe  corde  torfe 
de  chaifnes  de  mays  rofty ,  auec  laquelle  ils  en- 
uironnoient  le  branquart,  &  mettoient  au 
col  de  l'idole  vnechaifnedemefme,  &  en  la 
tefte  vne  guirlande.  Ils  appellent  la  corde 
Toxcait ,  dénotant  la  fecherefTe ,  Ôc  fterilité  du 
temps.  Les  ieunes  hommes  fortoient  entou- 
rez auec  des  courtines  de  red,  des  guirlan- 
des, Ôc  des  chaifnes  de  mays  rofty.  Les  filles 
eftoient  veftuè's  d'habits  ôc  orneraens  tous 
neufs ,  portans  au  col  des  chaifnes  de  mays  ro- 
fty, ôc  en  leurs  teftes  des  Tyares  fai&es  de  ve*- 
gettes  toutes  couuertes  de  mays.  Ils  auoient 
les  pieds  couuerts  de  phimes,  &  les  bras  ôc 
loues  colorées  de  fard.  Ils  apportoient  aufîi 
beaucoup  de  ce  mayS  rofty,  Ôc  les  principaux 
fc  les  mettoient  à  la  tefte  &  au  col,  prenans 

Ll  iij 


Hifloire  naturelle 
ics  fleurs  en  leurs  mains.  Apres  que  l'idole 
eftoit  mis  en  fon  branquart  &  littiere,  ilsfe- 
moient  par  tout^au  tour  grande  quantité  de  ra- 
meaux de  manguey,les  feuilles  duquel  font  lar- 
ges &  efpineufes.  Ce  branquart  mis  fur  les  ef- 
paules  des  deflufdits  Religieux,  ils  le  portoienc 
en  proceflîon par dedansle circuit  de  la  court, 
&  deux  Preftres  marchoient  deuant  auec  des 
brafîers  ou  encenfoirs,  encenfans  fort  fouuent 
l'idole ,  &  chaque  fois  qu'ils  mettoient  l'en- 
cens, ils  hauiîbient  le  bras|le  plus  haut  qu'ils 
pouuoient  vers  l'idole  &  vers  le  Soleil,  leur  di- 
fans  qu'ils  efléuaflent.  leurs  oraifons  au  Ciel, 
comme  cefte  fumée  s'efleuoit  en  haut.  Alors 
tout  le  peuple  qui  eftoit  en  la  court,  aljoit  &  fc 
tournoit  en  rond  vers  ielieuoùalioit  l'idole, 
portanstous  en  leurs  mains  des  cordes  neuues 
de  fil  de  manguey,d'vne  brafle  de  lôg,  ayans  vn 
nœud  au  bout ,  êc  auec  icelles  fe  difcipli  noient 
s'en  donnans  de  grands  coups  fur  les  efpaules, 
de  la  façon  que  l'on  fe  difcipline  en  Efpagne  lé 
leudy  fainct.Toute  la  muraille  de  la  court  &les 
créneaux  eftoiét  pleins  de  rameaux&  de  fleurs, 
fi  bien  ornez,  &  auec  telle  fraifcheur ,  qu'ils 
donnoient  vn  grand  contentement.  Cefte  pro- 
ceflîon eftanr  achcuee ,  ils  rapportoient  l'ido- 
le au  lieu  où  il  auoit  accouftumé  d'eftre:  puis 
après  venoit  vne  grande  multitude  de  peuple 
auec  des  fleurs  accômodees  de  diuerfes  façons, 
dont  ils  remplifloient  le  téple  &  toute  la  court, 
de  forte  qu'il  fembloit  ornement  d'oratoire. 
Tout  cela  eftoit  accommodé  &  mis  en  ordre 
par  les  mains  des  Preftres,  les  ieunes  hommes 


des 'Indes.  Lime  V.  z^8 

du  Temple  leur  baillant,  &  feruant  ces  chofes 
de  dehors.  La  chapelle  ou  chambre  de  l'idole 
demeuroitceiourlàdefcouuerte  fans  y  mettre 
îevoile.  Cela  fait  chacun  venoit  offrir  des  cour- 
tines, des  fandaux,  des  pierres  precieufes,  des 
ioyaux,  de  l'encens5du  bois  gommeux,  des  gra- 
pe's,  ouefpicsde  mays,  des  cailles,  &  finale- 
ment tout  ce  qu'ils  auoient  accouftumé  d'offrir 
en  telles  folemnitez.  Quand  ils  offroientees 
caHles,  (qui  eftoit  l'offrande  despauures)  ifs  fai- 
foient  cefte  cérémonie,  qu'ils  les  bailloient  aux 
Preftres,  lefquels  les  prenans,  leur  arrachoient 
latefte ,  &  aufli  toft  les  iettoient  aux  pieds  de 
l'Autel,  où  ils  perdoient  leur  fang ,  &  autant  en 
fai  foient- ils  des  autres  qu'ils  offroient.  Chacun 
o'ïfroit  félon  fon  pouuoir,  d'autres  viandes ,  6c 
fruits  lefquels  eftoient  aux  pieds  de  l'Autel  des 
miniftresdu  Temple,  &  eftoient  ceux  qui  les 
recueilloient,  &  les  portoient  en  leurs  cham- 
bres. Cefte  folemnelle  offrande  faite,  le  peu- 
ple s'en  alloit  difner  chacun  en  fon  bourg  &  en 
la  maifon ,  laiffans  ainfi  la  fefte  fufpendué ,  iuf- 
qu'après  difner.  Pendant  ce  temps  les  ieunes 
homes  &  filles  du  Temple,  auec  les  ornements 
fufïits  s'occupoientà  ieruir  l'idole  de  tout  ce 
qui  luy  eftoit  dédié  pour  fon  manger.  Laquelle 
viande  eftoit  appreftee  par  d'autres  femmes  qui 
auoient  fait  vœu  de  s'occuper  ce  iour-  la  à  faire 
le  manger  de  l'idole,  &  d'y  feruir  tout  le  iour. 
C'eft  pourquoy  toutes  celles  qui  auoient  fait  le 
vœu,?enoiét  au  point  du  iour,  s'offrans  aux  dé- 
putez du  Temple,afin  qu'ils  leur  comandaffènt 
ce  qu'elles  deuoient  faire ,  &  Taccomphifoient 

Ll  iiij 


Hiftoire  naturelle 
fort  diligemment  Elles  faifoient  &  appreiloiét 
tant  de  diuerfités  &  inuentions  de  viandcs,quc 
ç'eftoicvne  choie  admuable.  Cède  viande  eltât 
accqmodee ,  &  l'heure  du  difner  venue ,  toute? 
ces  filles  fortoient  du  Temple  en  procefîion, 
chacune  vn  petit  panier  de  painenlamain,& 
en  l'autre  vn  plat  de  ces  viandes,  &  marchoiç 
deuant  elles  vn  vieillard  qui  feruoit  de  maiftre 
d'hoftel,  auec  vn  habit  allez  plaifanr,  ileftoic 
veftu  d  Vn  furplis  blanc,  qui  luy  venoit  iufqu'au 
mollet  des  ïambes,  fur  vn  pourpoint  fans  man- 
ches, de  cuir  rouge,  à  la  façon  d'vne  tunique.  Il 
portoit  des  ailles,  au  lieu  de  manches,  d'où  for- 
toient des  lifets  larges ,  aufquels  pendoit  fur  le 
milieu  des  efpaules,  vne  moyenne  callabafTe 
ou  citrouille ,  qui  eftoit  toute  remplie ,  &  cou- 
uerte  de  fleurs,par  des  petits  trous  qui  y  eftoiét, 
&  au  dedans  y  auôit  pluiieurs  chofes  de  fuper- 
ftition.  Ce  vieillard  marchoitainfi  accommo- 
dé deuant  Pappareil,  fott  humble,  &  trifte, 
ayant  la  tefte  baifïee ,  &  en  approchant  du  lieu 
qui  eftoit  au  pied  des  degrés,  il  faifoit  vne  gran- 
de humiliation  &  reuerence,  puisfe  retirant 
d'vn  cofté,les  filles  s'approchaient  auec  la  vian- 
de, &  Palloient  prefenter  de  rang ,  &  par  ordre 
les  vnes  après  les  autres ,  auec  beaucoup  de  re- 
uerence.  Puis  ayans  prefenté  toutes  ces  vian- 
des, le  vieillard  s'en  retournoit  comme  deuanr, 
Se  remenoit  les  filles  en  leur  Conuent.  Cela 
fait,les  teunes  hommes  &  miniftres  de  ce  Tem- 
ple fortoient ,  &  recueilioient  cette  viande ,  la- 
quelle ils  portoientaux  chamfcresdesdignitez 
#c  Prellres  du  Temple ,  lefquels  auoient  ieufné 


10 


des  Jndes.  Dure  lr. 

par  l'efpace  de  cinq  iours,  mangeans  feulement 
vnefois  leiour,  &Pe(loient  abftcnus  de  leurs 
femmes ,  fans  fortir  du  temple ,  durant  ces  cinq 
iours,  pendant lefquels  ils  fefoittoient  rigou- 
reufement  auec  des  cordes,  &  mangeoientde 
celle  viande  diuine  (ainfî  l'appelloient-ils  )  tout 
ce  qu'ils  pouuoient,  &  neftoit  licite  à  aucun 
d'en  manger,  finon  à  eux.  Tout  le  peuple  ayant 
acheué  de  difner,  fe  raffcmbloic  à  la  court  pour 
célébrer  &  voir  la  fin  de  la  fefte,  où  ils  faifoient 
venir  vn  captif,  qui  par  l'efpace  d'vn  anauoit 
reprefenté  l'idole,  eftant  veftu,  orné,  &  honore 
comme  le mefme idole,  &  luy  faifans  tous  re- 
uerence ,  le  mettoient  entre  les  mains  des  facn- 
fîcateurs  ,  lefquels  fe  prefentoient  au  mefme 
temps ,  &  l'alloient  faifir  par  les  pieds  &  mains. 
Le  Papa  luy  fendoit  &  ouuroit  l'eftomach,  luy 
arrachant  le  cœur,  puishauflbit  la  main  tant 
qu'il  pouuoit,  le  monftrant  au  Soleil,  &  à  l'ido- 
le ,  comme  il  a  efté  dit  cy  deuant.  Ayans  ainfi  fa- 
crifié  celuy  qui  reprefentoit  l'idole,  ilsPenal- 
loient  en  vn  lieuconfacré,  &  députe  pour  cet 
effet ,  où  arriuoient  les  ieunes  hommes ,  &  filles 
du  temple ,  auec  les  ornements  fufdits ,  lefquels 
eftans  mis  en  ordre,  dançoient ,  &  chantoient  à 
l'enteur  des  tambours,  &  autres inftruments, 
dont  les  dignitez  du  temple  ioiioient,  &fon- 
noient.  Puis  venoient  tous  les  Seigneurs,  ayans 
les  mefmesenfeignes  &  omemensque  les  ieu- 
nes hommes,  lefquels  dançoient  en  rond  au- 
tour d'iceux.  On  ne  tuoit  point  ordinairement 
en  ce  iour  d'autres  hommes  que  le  facrifié,  tou- 
tefois de  quatre  en  quatre  ans  feulement  on  en 


Hijloire  naturelle 

auoit  d'autres  auec  luy ,  qui  cftoit  en  Tan  du  Iu- 
bilé  &  indulgence  pleniere.  Apres  le  Soleil  cou- 
ché /chacun  eftant  content  de  fonner ,  de  man- 
ger &  de  boire  ,  les  filles  Pen  alloient  toutes  à 
leur  Conuent ,'  &  prenoient  de  grands  plats  de 
terre,  pleins  de  pain  paiftry  de  miel,  qui  eftoiét 
couuerts  de  petits  paniers  ouurez ,  &  façonnez 
de  teftes  &  os  de  mort,  &  portoient  la  collation 
àl'idole,  raontansiufques  àlacourt  quieftoit 
deuant  la  porte  de  l'oratoire,  &  l'ayans  pofee  en 
ce  lieu ,  elles  defeendoient  auec  le  mefme  ordre 
qu'elles  y  auoient  monté,  le  maiftre  d'hoftel  al- 
lant toujours  deuant.  Incontinent  fortoient 
tous  les  ieimes  hom mes  en  ordre,  auec  des  can- 
nes, ou  rofeaux  es  mains ,  qui  commençoient  à 
courir  au  haut  desdegrez  du  temple,  àl'enuie 
l'vn  de  l'autre  ,  pour  arriuer  les  premiers  aux 
plats  de  la  collation.  Cependant  les  dignitez  re- 
marquoient  celuy  quiarriuoit  le  premier,  fé- 
cond ,  troifiefme  &  quatriefme,  fans  faire  eftat 
du  refte.  Cefte  collation  eftoit  auffi  toft  enleuee 
par  ces  ieunes  hommes,  laquelle  ils  emportoiét 
comme  grandes  reliques.  Cela  fait,  les  quatre 
qui  premiers  eftoient  arrfuez,  eftoient  mis  au 
milieu  des  dignitez  &  anciens  du  temple,  & 
auec  beaucoup  d'honneur  les  mettoient  en 
leurs  chambres,  les  loûans ,  &  leur  donnans  de 
bonsornemens,  &  delà  en  auant  eftoient  reue- 
rez  &  honorez  comme  hommes  fîgnalez.  La 
prinfe  de  cefte  collation  eftant  acheuee,  &  la  fe- 
fte  célébrée  auec  beaucoup  de  refiouylFançe ,  Ss 
decrierie,  ils  donnent  congé  à  tous  cesieunes 
hommes  &  filles  qui  auojtnt  feruy  l'idole  $  aa 


des  fndes.  Liure  V".  270 

fnoyen  dequoyils  fenalloient  les  vns  après  les 
autres,  au  temps  qu  elles  fortoient.  Tous  les  pe- 
tits enfans  des  collèges  &  efcholes  eftoient  à  la 
porte  de  la  court,  auecdespelottesdeionc,  ôc 
d'herbes  aux  mains,  lefquelles  ils  leur  iettoient 
fe  mocquans  &  rians  d'elles,  commede  perfon- 
nes  qui  fe  retiroient  du  feruice  de  l'idole,  ils 
fortoient  aueç  liberté  de  difpofer  de  foy  à  leur 
yolontc,  &  auec  cela  prenoit  fin  la  fefte. 

De  la  fefte  des  marchands  que  célébraient 
ceux  de  Choluîecas* 

Chapitre    XXX. 

Ombien  que  faye aflez cy def- 
fus  parlé  du  (eruice  que  les  Mexi- 
quains  faifoientà  leurs  dieux ,  fî 
eft-ce  que  ie  diray  encore  quelque 
chofe  de  la  fefte  de  celuy  qu  ils  ap  - 
pelloientQuetzaçoaalt,  qui  eftoit  le  dieu  des 
riches,  laquelle  fe  folemnifoit  en  celle  forme. 
Quarante  iours  auparauat  les  marchands  ache- 
toient  vn  efclaue  ,  bien  fait ,  fans  aucun  vice ,  ny 
tache,  tant  de  maladie,  comme  de  bleflure, le- 
quel ils  v^ftoient  des  ornements  de  l'idole ,  afin 
qu'il  le  reprefentaft  quarante  iours.  Auant  que 
de  le  veftir  ils  le  purifioient  >  le  lauant  deux  fois 
envn  lac  qu'ils  appelloient,  lac  des  dieux,  & 
apresquileftoitpurifié,  ils  le  veftoientdemef- 
mequeridole  eftoit  veftu.  Il  eftoit  fort  reueré, 
durant  quarante  iours,  à  caufe  de  ce  qu'il  repre- 
ftatoit,  ïlsl'emprifonnoientdenuici,  comme 


Hifloîre  naturelle 
îlacftc  ditcydefïus,  de  peur  qu'il  ne  fenfuyfr, 
&  le  matin  le  ciroientde  la  prifon,  lemettans 
en  vn  lieu  eminent  où  ils  le  feruoient ,  en  luy 
donnant  à  manger  des  viandes  exquifes.  Apres 
qu'il  auoit  mangé,  ils  luy  mettoient  des  chaifnes 
de  fleurs  au  col ,  ôc  beaucoup  de  bouquets  aux 
mains.  Il  auoit  fa  garde  fort  accomplie,  auec 
beaucoup  de  peuple  qui  l'accompagnoit ,  &  al- 
loit  auec  luy  par  la  Cité.ll  alloit  chantât  &  dan- 
çant  par  toutes  les  rues,  afin  d'eflre  cogneu  pour 
la  femblance  de  leur  dieu ,  &  lors  qu'il  com- 
menç oit  à  chanter ,  les  femmes  &  petits  enfans 
fortoient  de  leurs  maifons  pour  le  (allier,  &  luy 
faire  leurs  offrandes  comme  à  leur  dieu.  Deux 
vieillards  d'entre  les  dignitez  du  temple,  vc- 
noient  par  deuers  luy  neuf  iours  auparauant  la 
fefte,  lefquels  f'humilians  deuant  luy,  luy  di- 
foient  d'vne  voix  fort  humble  &  bafTe  ,  Sei- 
gneur, tu  dois  fçauoir  que  d'icy  à  neuf  iours  f'a- 
cheue  le  trauail  de  danfer  &  de  chanter  :  car  lors 
tu  dois  mourir,  &ildeuoitrefpondre,  que  ce 
fuft  à  la  bonne  heure.  Ils  appelloient  cefte  céré- 
monie Neyolo  Maxiltleztli,  qui  veut  direl'ad- 
uertifTement  ;  &  quand  ils  l'aduertifïbient ,  ils 
prenoient  garde  fort  attentiuèment  filfecon- 
triftoit  point,  &  fil  dançoitauflî  ioyeufement 
que  de  couftume  -,  que  frl  ne  le  faifoit  auec  vne 
telle  gayeté  qu'ils  defiroient ,  ils  faifoient  vne 
fotte  fuperftition  en  cefte  manière.  Ilsf'enal- 
loient  incontinent  prendre  les  razoirs  des  facti- 
^iccs9  lefquels  ils  lauoient,  &  mettoient  du  fang 
humain  qui  y  reftoit  des  facrifices  paflez.  Et  de 
ces  laueures  luy  faifoient  vn  breuuage  méfié 


des  Indes.  Dure  Pr.  z?t 

auec  vne  autre  liqueur  faite  de  Cacab ,  6c  luy 
donnoient  à  boire ,  6c  difoient  que  ce  breuuage 
auoit  telle  opération  en  luy,  qu'il  luy  feroit  per- 
dre  la  mémoire  de  tout  ce  qu'on  luy  auoit  dir, 
&  que  cela  le  rendroit  prefque  infenfible,  &  rc- 
tourneroit  àfonchant  &gayeté  ordinaire.  Ils 
difentdauantage,  qu'il  f'offroit  allègrement  à 
mourir,  eftant  enchanté  de  ce  breuuage.La  cau- 
fe  pourquoy  ils  tafehoient  de  luy  ofter  ceftè  tri- 
ftefTe,  eftoit,  pour  autant  qu'ils  tenoienteela 
pour  vn  mauuais  augure  ;  &  pour  vn  pronoïlic 
de  quelque  grand  mal.  Leiour  de  la  fefte  eftan* 
venu,  apresluyauoir  fait  beaucoup  d'honneur, 
chanté  lamufique,  &  luy  auoir  prefente  l'en- 
cens, les  Sacrificateurs  fur  la  minuid  le  pre- 
noient  &  le  facrifioient  àlafaçonfufdite,  fai- 
fans  offrande  de  fon  cœur  à  la  Lune,  lequel  ils 
iettoient  après  contre  l'idole ,  laiflant  tomber  le 
corps  au  bas  des  degrez  du  temple ,  où  ceux  qui 
l'auoient  offert  te  releuoient,  qui  eftoient  les 
marchands  defquels  eftoit  lafeftej  puis  l'ayant 

Î>orté  en  la  maifon  du  plus  notable  d'entr'eux* 
efaifoient  apprefter  endiuerfesfaufTes,  pour 
célébrer  à  l'aube  du  iour  le  banquet  &  difné  de 
la  fefte,  ayans  premièrement  donné  le  bon  iour 
à  l'idole,  auec  vn  petit  bal  qu'ils  faifoient  pen- 
dant que  l'aube  fortoit ,  &  qu'on  accornmodoïc 
le  facrifié.  En  après  tous  les  marchands  s'afïem- 
bloient  à  ce  banquet,  fpecialement  ceux  qui 
faifoient  le  commerce  de  vendre  &  acheter  des 
efclaues,  qui  auoient  en  charge  d'offrir  par  cha- 
cun an  vn  efclaue  pour  la  femblance  de  leur 
x>icu*Cét  idole  eftoit  vn  des  plus  honorez  de  ce^ 


l/iftoire  naturelle 

Ûe  terre,  comme  j'ay  dit,  c'eft  pourquoy  le  teni* 
pie  où  il  eftoit,  eftoit  de  beaucoup  d'authorité. 
Il  y  auoit  foixante  degrez  pour  y  monter ,  &  ad 
defïiis  d'iceux  y  auoit  vne  court  de  moyenne  lar- 
geur ,  fort  propremét  accommodée  &  plaftree> 
au  milieu  de  laquelle  il  y  auoit  vne  grande  pièce 
ronde,  en  la  façon  de  four,  ayant  fon  entrée 
baffe  ôc  eftroite ,  tellement  que  pour  y  entrer  il 
falloit  fe  bailler  bien  fort.  Ce  temple  auoit  fes 
chambres ,  ou  chappelles  comme  les  autres,  ou 
il  y  auoit  des  Conuents  de  Preftires*  déjeunes 
hommes ,  de  filles  ôc  d'enfans,  comme  il  a  efté 
dit,  ôc  toutesfois  il  n'y  auoit  qu  vn  feui  Preftre 
quireftdoit  continuellement  là,  ôc  eftoit  com- 
me femainier  :  car  combien  qu'il  y  euft  en  cha- 
cun de  ces  temples  trois  ou  quatre  Curez  ôc  di- 
gnitez ,  chacun  y  feruoit  fa  femâine  fans  en  for- 
tir.  L'office  du  femainier  du  temple  (après  auoir 
endoctriné  les  enfans  )  eftoit  de  battre  vn  grand 
tambour  tous  les  iours  à  l'heure  que  fe  eouchoit 
le  Soleil,  pour  la  mefme  fin  que  nous  auons  ac- 
çouftumé  de  fonner  l'oraifon.   Ce  tambour 
eftoit  tel,  qu'on  en  entendoit  le  fon  enroué  de 
toutes  les  parts  de  la  Cité ,  alors  vn  chacun  fer- 
roi  t  fa  marchandife ,  &  fe  retiroit  en  fa  maifon^ 
Ôc  y  auoit  vn  ft  grand  fiîence,  qu'il  fembloit 
qu'il  n'y  euft  homme  viuant  dans  la  ville.  Au 
matin ,  lors  que  l'aube  du  iourcommençoità 
fortir ,  il  recommençoit  à  battre  ce  tambour, 
quiefto.it  leiîgneque  leiour  commençant,  au 
moyen  dequoy  les  voyagers  ôc  forains  s'arre- 
ftoient  à  ce  fignal  pour  commencer  leurs  voya- 
ges, gourée  qu'il  n'eftoit  point  permis  iufquesà 


des  Indes.  Liure  V-  2,7 'z 

ce  temps  de  fortir  de  la  Cité.  Il  y  auoit  en  ce 
temple  vne  court  de  moyenne  grandeur,  en  la- 
quelle on  faifoit  de  grandes  dances  &  refiouyk 
fances  $  auecdes  farces  ,  ou  entremets,  le  iour 
de  la  fefte  de  l'idole.  Pour  lequel  effed  il  y 
auoit  au  milieu  de  cefte  court  vn  petit  théâtre 
de  trente  pieds  en  quatre,  fort  propremét  agen- 
cé, lequel  ils  accommodoient  de  feuillages  pour 
ce  iour,  auectout  l'artifice  &  gentillette  qu'il 
eftoit  poffible,  eftant  tout  ehuironné  d'arcades 
de  diuerfes  fleurs  &  plumages,  &  y  tcnoient at- 
tachez en  quelques  endroits  beaucoup  de  petits 
oyfeaux,  connils,  &  autres  animaux  paifibies. 
Apres  difner  tout  le  peuple  PaïTembloit  en  ce 
lieu,  &  les  bafteleurs  fe  prefentoient,  &  ioiioiét 
des  farces  -,  les  vns  contrefaifoient  les  foutds  Si 
les  enrumez,  les  autres  les  boiteux,  les  aueugles 
ÔC  les  manchots,  lefquels  venoient  demander 
guarifon  à  l'idole.  Lesfourds  refpondoientdu 
coqàl'afne,  les  enrumez  touiïbient,  les  boi- 
teux clochoient ,  racontans  leurs  miferes  &  en- 
nuis, dequoy  ils  faifoient  beaucoup  rire  le  peu- 
ple ;  les  autres  fortoient  en  forme  de  beftioles, 
les  vns  eftansveftus  comme  efcargots,  les  au- 
tres comme  crapaux,  &  d'autres  corne  lézards, 
puisPentre-rencontrans  racontoient  leurs  offi- 
ces, &feretirans  chacun  de  foncofté,  ils  tou- 
chaient de  petites  fluftes,  qui  eftoit  chofeplai- 
fante  à  ouyr.  Ils  contrefaifoient  mefme  des  pa- 

fùllons,  éc  des  petits  oyfeaux  dediuerfescou- 
eurs,  &  eftoient  lesenfans  du  temple  quire- 
prefentoient  ces  formes  ;  puis  ils  montoient  eu 
y  ne  petite  foreft  qui  eftoit  là  plantée  exprès r  ou 


Hiftoire  naturelle 
îesfreftres  du  temple  les  tirôient  auecdesfar- 
bacanes.  Et  cependant  ilsfe  difoient  plufieuts 
plaifans  propos,  les  vns  en  attaquant,  &  les  au- 
tres tn  défendant ,  dequoy  les  afîîftans  eftoient 
ioyeufement  entretenus.  Cela  acheué,  ils  fai- 
foient  vn  bal,  ou  mommerie  auec  tous  ces  per- 
fonnages,  cVpar  ce  moyen  s'acheuoit  la  fefte. 
Ce  qu'ils  auoientaccouftumé  de  faire  aux  plus 
principales  feftes. 


1 1 


Jguel profit  ton  f  eut  tirer  du  traifîi  des 
fuçerjlitions  des  Indes. 

Chapitre    XXXI. 

E  qui  a  efte  dit,  fuffife  pour  entendre 
le  foing  &  la  peine  que  les  Indiens 
employ  oient  à  feruir  Se  honorer  leurs 
idoles ,  ôc  pour  mieux  dire ,  le  diables 
car  ce  feroit  vne  chofe  infinie,  &  de  peu  de  pro- 
fit, de  vouloir  raconter  entièrement  ce  qui  s'y 
paflej  veumefme  qu'il  pourra  fembleraquel- 
ques-vns  qu'il  n  eftoit  point  de  befoing  d'en  di- 
re tant  comme  j'ayfait;  &que  c'eft  perdre  le 
temps ,  comme  on  fait ,  en  Iifant  les  contes  que 
feignent  les  Romans  de  Cheualerie.  Mais  fi 
ceux  qui  ont  cefte  opinion ,  y  veulent  regarder 
de  près,  ils  trouueront  qu'il  y  a  grande  différen- 
ce entre Tvn  &  l'autre,  &  recognoiftront  que 
ce  peut  eftre  vne  c^oïe  vtile  ,  pour  placeurs 
conflderations  d'auoir  lacognoitiancedescou- 

ftumes  &  cérémonies  dont  yfoient  les  Indiens; 

-._    , —  -  -      pfç-. 


des  fncles.  Liure  p*.  273 

Premièrement  cette  cognoiftancen'eft  pas  feu- 
lement v  tile ,  mais  au/Ij  neceftaire  aux  terres  ou 
ils  ont  vfé  de  ces  fuperftitions,  afin  que  les  Chré- 
tiens ,  &  ma'.ftres  de  la  loy  de  lefus-Chrift,  fça- 
ehent  les  erreurs  &  fuperftitions  des  anciens, 
pour  voir  fi  les  Indiens  en  vient  point  encores 
aujourdhuy  ouuertement,  ou  couuertement* 
Pour  cefteoccafion  pluiîeurs  doctes  Se  fignalez 
perfonnages  onr  eferit  des  diicours  affez  am- 
ples de  ce  qui  s'en  eft  trouué ,  voireles  Conci- 
les Prouinciaux,  ont  commandé  qu'on  les  efcri~ 
ut  de  imprime,  comme  on  a  fait  en  Lima,  où  vn 
difeoursa  eiié  fait  plus  ample,  que  ce  qui  en  eft 
icy  traitté.  Ceftpourquoy  c'eîl:  chofe  impor- 
tante pour  le  bien  des  Indiens,  que  les  Bfpa- 
gnols  eftans  en  ces  parties  des  Indes ,  avent  la 
cognoiiïànce  de  toutes  ces  chofes.  Cefte  narra- 
tion mefmepeut  feruir  auxtfpagnols  dedelk, 
ôc  à  tous  autres  ,  en  quelque  endroit  qu'ils 
foient,  pour  remercier  Dieu  noftre  Seigneur, 
ôc  luy  rendre  grâces  infinies  dVn  fi  grand  bien 
que  celuy  que  nous  a  departy  ,  &  va  donnant  fa 
iaincte  loy,  laquelle  eft  toute  iufte,  toute  nette, 
&  toute  profitable.  Ce  qu'on  peut  cognoiftre 
en  la  comparant  auec  les  loix  de  Satan ,  où  tant 
de  malheureux  ont  vefeu  fi  miferables.  Elle 
peut  mefme  fermr  pour  defcouurir  l'orgueil,' 
renuie,  les  ttromperies,  &  les  embufchesdiï 
diable,  qu'il  exerce  contre  ceux  qu  il  tient  cap- 
tifs ^veu  que  dVn  cofté  il  veut  imiter  Dieu,  ôâ 
faire  comparaifon  auecluy&fafaincteloy;  ôc 
d'autre  cofte  il  entremette  en  Ces  a&es  tant  dé 
vanitez ,  d'ordures ,  &  de  cruautez ,  comme  ce* 

Mm 


Hifioire  naturelle 
luyqui  n'a  point  d'autre  exercice  que  de  fophi- 
{tiquer,  &  corrompre  tout  ce  qui  eft  bon.  Fina- 
lement qui  verra  les  ténèbres  ôc  l'aueuglement 
auquel  tant  de  grandes  Prouinces  &  Royaumes 
ont  refeu  fi  long  temps,  &  que  beaucoup  de 
peuples,  voire  vne  grande  partie  du  monde,  vi- 
uent  encores  deceus  de  femblables  tromperies* 
ne  pourra  (  fil  a  le  cœur  Chreftien)  qu'il  ne  ren- 
de grâces  au  très -haut  Dieu ,  pour  ceux  qu'il  ap- 
pelle de  fi  grandes  ténèbres,  à  l'admirable  lu* 
miere  de  fon  Euangile  ,  fuppliant  l'immenfc 
charité  du  Créateur  quil  les  conferue,  &  aug- 
mente en  fa  cognoifiance,  &  en  fon  obeyfiancej 
&que  demefme  aufîiil  fecontrifte  pour  ceux 
qui  tojdfiours  fuiuent  le  chemin  déperdition: 
&  qu  en  fin  il  fupplie  le  Père  de  mifericorde 
qu'il  leur  defcouure  lesthrefors  &richeiïcs  de 
lefus-Chrift ,  lequel auec  le  ère  v  le  fainct  £f- 
prit  règne  par  tous  les  fiecles.  Amea. 


s. 


±74 


LIVRE  SIXIESME   DE 

L'HISTOIRE  NAÎVRELLE 

êc  morale  des  Indes, 


gïueî  opinion  de  ceux-là  efifauffe,  qui  tien-* 

rient  que  les  Indiens  ont  faute 

d'entendement* 

Chapitre    premier, 

Y  a  n  t  trâitté  cy  deûant  de  la  re- 
ligion donc  vfoient  les  Indiens,  ié 
pretens  eferite  en  ce  liure  de  leuré 
couftumes>  police  &gouuerrie- 
ment ,  pour  deux  fins  \  l'vne ,  afin 
d'ofter  lafaufïe  opinion  que  Ton  a  communé- 
ment deux,  qu'ils  font  hommes  groiliers ,  ÔC 
brutaux,  ou  qu'ils  ontfi  peu  d'entendement; 
qu'à  peine  meritent-il*  que  l'on  die  qu'ils  en 
ayent.  D'où  vient  quel'on  leur  fait  plufieursex- 
eez&  outrages,  en  fe  féru  an  t  d'eux  prefqueen 
la  mefme  façon  que  fi  c'eftoient  beftes  brutes, 
&  les  reputans  indignes  d  aucun  refpeét,  qui  eft 
vn  fi  vulgaire  &  fi  pernicieux  erreur(ainfi  que  le 
fçauent  fort  bien  ceux  qui  auec  quelque  zèle  Sç 
Confi4eration  ,  ont  chçminé  parmy  eux ,  &  qui 

Mm  ij 


Hiftoire  naturelle 
ont  veu&cogneu  leurs  fecrets  &  confeils:  )  & 
d'autre  part,  le  peu  de  cas  que  font  de  ces  In- 
diens  pluiieursqui  penfent  fçauoir  beaucoup, 
&  neanrmoins  qui  font  ordinairement  les  plus 
ignorans,&  plusprefomptueux,  queiene  voy 
point  de  plus  beau  moyen  pour  confondie  ce- 
ite  pernicieufe  opinion %  qu'en  leurdeduifant 
l'ordre  &  façon  de  faire  qu'ils  auoient  au  temps 
qu'Us  viuoient  encore  fous  leur  loy,  en  laquelle 
combien  qu'ils  euffent  beaucoup  de  chofes  bar- 
bares ,  &  fans  fondement ,  neantmoins  ils  en 
auoient  beaucoup  d'aurres,  dignes  de  grande 
admiration,  par  lefquelles  Ton  peut  entendre 
qu'ils  ont  le  naturel  capable  de  receuoir  toute 
bonne  instruction  ,  &de  fait  ils  furpaflent  en 
quelques  chofes,  plufîeurs  de  nos  Républiques. 
Et  n'eft  point  chofe  demerueille  qu'ilyayteuv 
entr'eux  de  iî  grandes  &  fi  lourdes  fautes,  veu 
qu'il  y  en  a  eu  aulîî  entre  les  plus  fameux  Légis- 
lateurs &  Philofophes,  voire  fans  excepter  Ly-j 
curgue ,  ny  Platon.  Et  entre  les  plus  fages  Re* 
publiques,  comme  ont  cftcla  Romaine,  &  l'A- 
thénienne, où  l'on  peut  recognoiftre  des  cho- 
fes fi  pleines  d'ignorance,  &fi  dignes  de  rifee, 
qu'à  la  vérité  filesRepubl.  desMexiquains  & 
Inguas  eulTent  efté  cogneiies  en  ce  temps  des 
Romains  &  des  Grecs ,  leurs  loix  8c  gouuerne- 
mens  euflent  efté  beaucoup  eftimez  d'eux.  Mais 
nous  autres  à  prefent  ne  confiderans  rien  de  ce- 
la ,  y  entrons  par  l'efpee ,  fans  les  ouyr ,  ny  en- 
tendre, nousperfuadans  que  les  chofes  des  In- 
diens ne  mentent  qu'on  enfaiïe  autre  eftimc,i 
quecomme  l'on  fait  d'vnevenaifon  prife  enlaj 


des  Indes.  Dure  VI.  27 S  . 

foreft ,  qui  ay  t  efté  amenée  pour  noftre  feruice 
&pafTetemps.  Les  hommes  plus  profonds,  & 
plus  diligents,  qui  ont  pénétré  &  atteint iuf- 
ques  à  la  cognoifîance  de  leurs fecrets ,  couftu- 
mes &  gouuernement  ancien,  en  ont  bien  au- 
tre opinion ,  &  f'efmerueiilent  de  l'ordre,  &  du 
difcours  qui  a  efté  entr'eux',  du  nombre  def- 
quels  eft  Polo  Ondeguardo,  lequel  ie  fuisxom- 
munement  au  difcours  deschoïesduPeru-,  & 
pour  celles  de  Mexique,  lean  deToiiar,  qui 
auoit  eu  vne  prébende  en  l'Eglife  de  Mexique, 
&  aujourd'huy  eft  Religieux  de  noftre  Compa- 
gnie de  Iefus  ,  lequel  par  le  commandement  du 
Viceroy  Dom  Martin  Enrriques ,  a  fait  vn  dili- 
gent .,  &  ample  recueil  des  hiftoires  de  cefte  na- 
tion, &  plufleurs  autres  gf  aues  &  notables  per  • 
Tonnages,  lefquels  tant  par -parole,  que  par  ef- 
crit ,  m'ont  fuffifamment  informé  de  toutes  ces 
chofes  que  ie  raconte  icy.  L'autre  fin  &  inten- 
tion, &  le  bien  qui  fepeutenfuiure  parlaco- 
gnoiflance  de  ces  loix ,  couftumes  &  police  des 
Indiens,  eft  afin  deleurayder,  &  les  régir  par 
les  mefmes  loix  &  couftumes,  attendu  qu'ils 
doiuenteftre  gouuernez  félon  leurs  couftumes 
&  priuileges,  entant  qu'ils  ne  contreuiennent  à 
la  loy  delefus-Chrift ,  &  de  fafaincleEglîfe, 
qu'on  leur  doit  conferuer  &  entretenir  comme 
leurs  loix  principales:  car  l'ignorance  des  loix 
&  couftumes  a  efté  caufe  qu'on  y  a  commis  plu- 
Heurs  fautes  de  grande  importance,  parce  que 
les  luges  &  Gouuerneurs  ne  fçauent  pas  bien 
comment  ils  doiuent  donner  iugement,  &  y  ré- 
gir leurs  fujets.  Et  qu'outre  ce  que  c'eft  ieurfai- 

Mm  iij 


Hifloire  naturelle 
revn  grand  tort,  &al/er contre raifon,  ce  nous, 
efl  chofe  préjudiciable  &  dommageable,  parce 
que  de  là  ils  prennent  oceailon  de  nous  abhor- 
rer ,  comme  gens  qui  en  tout ,  (oit  au  bien ,  ou 
aumal,  leur  auonsefté,  & fommestou fi our$ 
contraires. 


J)e  lafupputation  des  temps ,  ejr  du  Kalendrier 
duquelvfoieM  les  Mexiqudns* 

Chapitre    II. 

Ommençant  donc  par  la  diui- 
fîon  &  fupputation  des  temps  que 
les  Indiens  taifoient  (en  quoy  certes 
l'on  peut  rtxognoiftre  vn  des  plus 
grands  fignesde  leurviuacitc  &  bon  entende- 
ment )  ie  diray  premièrement  de  quelle  maniè- 
re ks  Mexiquains  contoîent ,  &  diuifoient  leur 
année,  de  leurs  mois,  de  leur  Kalendrier,  de 
leurs  contes,  desfiecies,  &desaages.  Ils  diui- 
foient Tan  en  dix-huid  mois,  à  chacun  defquels 
ils  attribuoient  vingt  iours,  en  quoy  les  trois 
cents  foixante  iours  font  accomplis,  fans  com- 
prendre en  aucun  de  ces  mois,  lescinq  iours 
qui  refient  du  furplus ,  faifant  l'ace  ompliifemée 
de  Tan  entier:  mais  ils  les  contoîent  à  part,  & 
les  appelloient,  les  iours  de  rien ,  durant  lef- 
quels  le  peuple  ne  faifoit  aucune  chofe ,  &  n'al- 
îoient  pas  mefmes  en  leurs  temples ,  mais  ils 
S'occupoient  feulement  à  fe  viflter  ks  vns  les 
autres ,  perdans  ainfi  le  temps ,  &  les  S  acrifîca- 
ÏÎM.Ï  4^  temple  ceflbknç  auffi  dç  facrifieç. 


des  f rides.  Dure  VL         zf6 

Apres  ces  cinq  iours  paitez,  ils  recommençoiét 
leur  conre  de  l'an,  duquel  le  premier  mois  &  le 
commencement  eftoit  en  Mars,  quâd  les  feuil- 
les commençaient  à  reuerdir,  encores  qu'ils 
prinflent  3.  iours  du  mois  deFeurier:  car  leur 
premieriour  defaneftoit comme  le  26. deFe- 
urier, ainfi  qu'il  appert  par  leur  Kaiendrier,  de- 
dans lequel  mefme  le  noftre  efteomprins    & 
employé  d'vn  fort  ingénieux  artifice ,  &  fut  laie 
par  les  anciens  Indiens,  qui  cogneurent  les  pre- 
miers hfpagnols.  I'ay  veu  ce  Kaiendrier ,  &  l'ay 
encores  en  ma  puifiance,  qui  mérite  bien  d'eftre 
veu,  pour  entendre  ledifeours,  &  l'induitrie 
qu'auoientles  Indiens  Mexiquains.  Chacun  de 
ces  dix  -hui6t  mois  auoit  fon  propre  nom ,  6c  fa 
propre  peinture,  qu'il  prenoit  communément 
de  la  principale  fefte  qui  fefaifoit  encemois,     - 
ou  de  la  diuerfué  du  temps  que  l'an  caufeen 
iceux.  Ils  auoiét  en  ce  Kaiendrier  certains  iours 
marquez  &  deftinez  pour  leurs  feftes ,  &  con- 
toient  les  fepmaines  de  treize  iours,  en  y  remar- 
quant les  iours  par  vn  zéro,  qu'ils  multiplioient 
iulqu'à  treize,  &  incontinent  recommençoient 
à  eonrer ,  vn  ,  deux ,  &c.  Ils  remarquoient  auiïi 
les  années  de  cesroues,  par  quatre  lignes,  ou 
figures,  attribuans  à  chacun  an  vn  ligne,  dont 
V.vneftoit  d'vne  maifon,  l'autre d'vnconnin,  le 
troifiefme  d'vn  rofeau,  &  le  quarriefme  d'vn 
caillou,  ils  les  peignoient  de  celle  façon,  denoj? 
tans  par  icelles  figures  l'an  qui  courcit  5  difans 
a  tant  de  maifons ,  ou  à  tant  de  cailloux  de  telle  _ 
roiie  fucceda  telle  chofe:  car  l'on  doit  fçauoir 
que  leur  roiie,  qui  eftoit  comme  vn  (îecle,  con* 

Mm  iiij 


Hifloire  naturelle 
tenoît  quatre  fepmaines d'années,  eftant cha- 
cune fepmaine  de  treize  ans  qui  accompli'Toiéc 
en  tout ,  cinquante  deux  ans.  Ils  peignoient  au 
milieu  de  celle  roue  vn  Soleil,  d'où  fortoiene 
en  croix  quatre  bras,  ou  lignes  iufoues  à  la  cir- 
conférence de  la  roiie  ,  &faifoiendeurtourert 
telle  façon  que  la  circonférence  eftoit  diuifee 
en  quatre  parties  efgales,  chacune  defquelles 
auec  fon  bras,  ou  ligne,  anoit  vne  couleur  par- 
ticulière, &  différente  des  autres,  &eftoient 
les  quatre  couleurs,  verd,  azuré,  rouge  &  iaune. 
Chaque  portion  de  ces  quatre ,  auoit  treize  fe- 
parations,qui  auoient  toutes  leurs  fignes,  ou  fi- 
gures particulieres,de  rnaifon,ou  de  connin,ou 
derozeau,  oudecaillous,  fignifiantpar  chaque 
figne  vne  année,  &  en  tefte  de  ce  ligne,  ils  pei- 
gnoient ce  qui  eftoit  arriué  ceft  an  là.  Ceft  pour 
quoyieveids au  Calendrier,  que i'ay  dit,  l'an- 
née, en  laquelle  les  Efpagnojs  entrèrent  en  Me- 
xique, marquée  par  vne  peinture  d'vn  homme 
vedu  de  rouge,  à  noftre  mode,car  tel  eftoit  l'ha- 
bit du  premier  Êfpagnol,  qu'enuoya  Fernand 
Cortez,  au  bout  de  cinquante  deux  ans,  quefe 
fermoit,  &  accomplifToic  la  roiie.  Ils  vfoiènc 
d'vne  plaifante  ceremonie,qui  eftoit  que  la  der- 
nière nuid  ils  rompoient  tous  les  vafes  &  vten- 
fïles  qu'ils  auoient,  <5cefteignoienttout  le  feu, 
&  toutes  les  lumières ,  difans  que  le  monde  de- 
uoit  prendre  fin  à  l'accompliflement  d  Vne  de 
ces  roues,  &  que  d'auenture  ce  pourroit  eftre 
ceiie  où  ils  fe  trouuoient  :  car  (difoient-ils)  puis 
que  le  monde  doit  alors  finir,  qu'eit-il  plus  de 
feefoingd'apprcfter  de  viande,  ny  de  manger? 


des  Indes.  Dure  VI.         277 

Ceft  pourquoy  ils  nauoient  plus  que  faire  de 
vafes,  ny  de  feu.  Sur  celte  opinion  ils  pafïbienc 
toute  la  nuxt  en  grande  .crainte,  difans  que 

Î>euteftreilne  viendroitplusdeiour ,  &  veil- 
oient  tous  fort  attenriuement  pour  voir  quâd 
le  ipur  viendroit .  mais  voyans  que  1  aube  com- 
mençoit  à  poindre;  incontinent  ils  battoient 
plufîeurs  tambours,&  fonnoientdesbuccines, 
des  fluftes,  &  autres  inftrumens  de  refioyfîan- 
ce  &  allegrelle ,  difans  que  défia  Dieu  leur  al- 
longeoit  le  temps  d'vn  autre  fïecle,  qui  eftoient 
cinquante  deux  ans.  Et  alors  ils  recômençoient 
vne  autre  roue.  Ils  prcnoiét  en  cepremier iour, 
&  commencement  du  fiech  du  feu  nouueau,& 
achetoient  des  vafes  8c  vtenfiles  neufs  pour  ap- 
prefter  la  viande ,  &  alloient  tous  quérir  ce  feu 
nouueau  chez  le  grand  Preftre,  ayans  fait  au- 
parauant  vne  foiemnelle  proceflion  d'action 
de  grâces  pour  la  venue  du  iour,  &  prolonga- 
tion d'vn  autre  fïecle  Telle  eftoir  leur  façon, 
&  manière  de  conter  les  années,  les  mois  les 
fepmaines,  &  les  ficelés. 


Comment  les  Roy  s  Inguœs  contoientles  ans 
&  les  mois. 

Chapitre    III. 

Ombien  que  cefte  fupputation  des 

emps  pratiquée  entre  les.Mexk:- 

mains,  foit  ailes  ingenieufe  &  certti- 

it  pour  des  hommes  qui  n'auoienc 

aucunes  iettres,  toutesfoisilme  femble  qu'Us 


ififloire  naturelle 

ont/ru  faute  de  difeours  &  de  confideration, 
n'ayans  point  fondé  leur  conte  fur  Je  cours  de 
la  Lune,ny  diftribué  leurs  mois  félon  icelle,  en 
quoy  certainement  ceux  du  Peru  les  ont  fur- 
palfés,  pource  qu'ils  partoient  leur  an  en  autant 
de  iours  parfaitement  accomplis,  cômenous 
faifons  icy ,  Ôc  le  cliuifoient  en  d  ouze  mois ,  ou 
Lunes,  efquels  ils  employoient  ôc  confom- 
moient  les  vnzeiours,  qui  reftentdela  Lune, 
ainfi  que  Tefcrit  Polo .  Pour  faire  leur  conte  de 
l'anfeur  ôc  certain,  ils  vfoient  de  cette  indu- 
ftr~ie,qu  aux  montagnes  qui  eftoient  au  tour  de 
laCuédeCuico(oùfetenoitlacourtdes  Roy  s 
Inguas,  ôc  le  plus  grand  fanctuaire  des  Royau- 
mes, comme  lî  nous  difions  vne  autre  Rome) 
ilyauoit  douze  coulomnes  affifes  par  ordre^ 
en  telle  diftance  l'vne  de  l'autre,  que  chaque 
mois  vne  de  ces  coulenes  remarquoitleleuer 
6c  coucher  du  SoieiL  Ils  les  appelloient  Suc- 
canga,  ôc  parle  moyen  d'icellesils  enfeignoient 
ôc  annonçaient  les  feftes,  ôc  les  faifons  propres 
à  femer,  à  recueillir  ôc  à  faire  autres  chofes.  Ils 
faifoient  de  certains  facrifïces  à  ces  pilliersdu 
Soleil,  fuiuant  leur  fuperftition.  Chaque  mois 
auoitfon  nom  propre,  ôc  fes  feftes particuliè- 
res, lis  commençoientranpar  lanuier, com- 
me nous  autres,  mais  depuis  vn  Roy  Ingua, 
appelle  Pachacuto,  qui  fignifîe  reformateur  du 
Temple,  fit  commencer  leur  an  par  Décembre, 
àcaufe  (comme  ieconie&ure)  qu'alors  le  So- 
\0  commence  à  retourner  du  dernier  point 
de  Capricorne,  quieftlc  Tropique  plus  pro- 
che d'eux.  le  ne  fçay  point  que  les  Vns ,  ny  les 


âesJndes.LiureVL  278 

autres,  ayent  remarque  aucun  Bifexte,com-. 
bien  que  quelques-vns  difent  le  contraire.  Les 
fe m  aines  que  contoient  les  Mexiquains  n'e- 
ftoient  pas  proprement  femaines,  puis  q#'el~ 
lesnVttoient  pas  de  fept  iours ,  auïîi  les  Inguas 
n'en  firent  aucune  mention ,  ce  qui  neir  pas  de 
merueiile,  attendu  que  le  conte  delà  femaine 
n'eft  pas  fondé  fur  le  cours  du  Soleil,  comme 
celuy  de  Tan,ny  fur  le  cours  de  la  Lune  comme 
celuy  des  mois,  mais  bien  entre  les  Hebrieux 
eft  fondéfurla  creatioji  du  monde,  que  rap- 
porte Moyfe,  &  entre  les  Grecs,  &  les  Latins, 
îur  le  nombre  des  fept  planètes,  du  nom  dzC- 
quelles  mefmeles  iours  de  la  femaine  ont  prins 
leur  nom.  Neantmoins  c'eftoit beaucoup  à  ces 
Indiens,  eftans  hommes  fans  liures,  &  fans  let- 
tres comme  ils  font,  qu'ils  eu  (lent  vnan  des 
{âifons&desfeltes  iibien  ordonnées  comme 
lleftdiccy-deffus. 


J&ue  Ion  tf  a  point  trom&aticune  nation  d' 'In- 
diens  qui  vfafi  de  lettres. 

Chapitre    IV. 

Es  lettres  furent  inuentees  pour  re- 
prefenter  &  iignifîer  proprement 
les  paroles  que  nous  prononçons, 
ainfi  que  les  paroles  mçfmes  (  félon 
le  Philofophe)  font  les  (îgnes&  marques  pro- 
pres des  conceptions  &  penfees  des  homme^ 
Et  iVn  Ôc  l'autre  (iedy  Illettrés  &  les  mots) 
prit  eftç  ordonnez  pour  faire  entendre  les  çho* 


Lfifioire  naturelle 
fes.  La  voix  pour  ceux  qui  font  prefens ,  &  les 
lettres  pour  les  abf  ens ,  &  pour  ceux  qui  font  à 
venir.  Les  fignes  &  marques  qui  ne  font  pas 
propres  pour  fignifier  les  paroles,mais  les  cho- 
lésine  peuuent  eftre  appelles  ,  ny  ne  font  point 
à  la  vérité  des  lettres,  encor  qu'ils  foienteferits.  ■ , 
Car  Ton  ne  peut  dire  quvne  image  du  Soleil 
peint ,  foit  vne  eferirure  du  Soleil  ,  mais  feule- 
ment vne  peinture,  autant  en  enVil  des  autres 
fîgnes  &  chara&eres  qui  n'ont  aucune  refTem- 
blanceàlachofe,  mais  qui  feruent  tant  feule- 
ment de  mémoire.  Car  eduy  qui  lés  inuenta, 
ne  les  ordonna  point  pour  lignifier  des  paro- 
les :  mais  feulement  pour  dénoter  vne  chofe. 
On  n'appelle  point  aufli  ces  chara&eres  let- 
tres ny  eferitures ,  comme  de  fait  ils  ne  le  font 
pas,  mais  pluftoft  des  chiffres  ou  mémoires, 
ainfi  que  font  ceux  dont  vfent  les  Spheriftes  & 
Aftrologues,  pour  fignifier  diuersfignes  où  pla- 
nettes  de  Mars,  de  Venus,  de  Iupiter,  &c.  Tels 
chara&eres  font  chiffres,  6c  non  pas  lettres, 
pourautant  que  quelque  nom  que  Mars  puhTe 
auoir  en  Italien ,  François,  en  Éfpagnol,  touf- 
iours  ce  charactere  le  fignifie;  ce  qui  ne  fe  trou- 
ue  point  es  lettres  :  Car  iaçoit  qu'elles  déno- 
tent les  chofes,  c'eft  parle  moyen  des  paroles: 
D  où  vient  que  ceux  qui  n'en  fçauét  la  langue, 
ne  les  entendent  pas,  comme  pour  exemple 
le  Grec,  ny  THeorieu^  ne  pourra  pas  compren- 
dre ce  que  fignifie  ce  mot  Sol,  iaçoit  qu'ils  le 
voyent  eferit,  pource  qu'ils  ignorent  le  mot 
Latin.  Tellement  que  l'efcriture&  les  lettre* 
font  feulement  pratiquées  par  ceux  qui  aue£ 


V 


- 


des  Jndes,  Liure  VI.  279 

icellcs  fîgnihentdes  mots,  car  fî  immédiate- 
ment elles  iîgnifient  les  chofes,  elles  ne  font 
plus  lettres  ny  efcriturrs,mais  des  chiffres ÔC  des 
peintures,  dequoy  1  on  tire  deux  chofes  bien 
notables.  LVne  que  la  mémoire  des  hiftoires  ôc 
antiquités  peut  demeurer  aux  homes  parFvnc 
de  ces  trois  manières ,  ou  par  les  lettres  &  eferi- 
tures,  corne  il  a  efté  pra&iqué  entre  les  Latins 
les  Grecs ,  les  Hebrieux,  ôc  beaucoup  d'autres 
nations,  ou  par  peinture ,  corne  Ton  a  vfc  pref- 
que  en  tout  le  monde  :  car  il  eft  dit  au  Concile 
de  Nice  fecôd.  La  femture  eft  vn  Uurej?onr  Us  idwts 
qui  ne  fanent  lire  y  ou  par  chiffres  &  chara$eress 
comme  le  chiffre  lignifie  k  nombre  de  cent,  de 
mil  Ôc  autres,  fans  lignifier  celte  parole  de  cent» 
ou  de  mil.  L'autre  chofe  notable  que  l'on  en 
peut  tirer,  eft  celle  quis'eft  propofeeen  ce  cha- 
pitre, à  fçauoir  que  nulle  nation  des  Indes  def- 
couuertes  de  noftre  temps,  n'a  vfé  de  lettres,  ny 
d  eferiture ,  mais  de  deux  autres  manières ,  qui 
en  font  images  ÔC  figures.  Ce  que  l'entends  dire 
non  feulement  des  Indes,  du  Peru  ôc  de  îa  neu- 
ue  Efpagne,  mais  auffi  du  Iappon  &  de  îa  Chi- 
ne. Et  bien  que  ce  que  ie  dis  parauanture  pour- 
ra fembler  à  quelques-vns  eftre  faux ,  veu  qu'il 
eft  rapporté  par  les  difeours  qui  en  font  eferits, 
qu'il  y  a  de  11  grandes  Librairies  &  Vnïueriltes 
en  la  Chine  &  au  Iappon,  ôc  qui!  eft  fait  men- 
tion de  leurs  Chapas,  lettres  Ôc  expéditions, 
toutefois  ce  que  ie  dy  eft  chofe  véritable  ainfî 
qu'on  pourra  entendre  par  le  difeours  fuiuant. 


Hiftoire  naturelle 


De  la  façon  des  lettres  &  des  Hures  dont 
vf oient  les  Chinois. 

Chapitre     V. 

L  y  en  a  plusieurs  qui  penjent ,  &  eft 
bien  la  plus  commune  opinion,  que 
s  eferitures  dont  vfent  les  Chinois, 
fontlettres,  commecellés  dont  nous 
vfonsen  Europe,  &  queparicellesronpuiire 
eferire  les  paroles  &  difedurs*  &  que  feule- 
ment ils  différent  de  nos  lettres  &  eferitures  en 
ladiuerfitédes  characleres,  comme  les  Grecs 
différent  des  Latins ,  &  les  Hébreux  des  Chai- 
deans.  Mais  il  n'en  eft  pas  ainfi,  pource  qu'ils 
n'ontpoint  d'Alphabe^ny  n'eferiuent  point  de 
lettres,  mais  toute  leur  eferiture  n'eft  autre 
chofe  que  peindre  &  chiffrer,  &  leurs  lettres  ne 
lignifient  point  des  parties  de  dictions,  comme 
font  les  noftres ,  mais  font  des  figures  &  repre- 
fentations  des  chofes ,  côme  du  Soleil ,  du  feu, 
d'vnhommejde la  mer,&  des  autres  chofes. Ce 
qui  appert  évidemment,  par  ce  que  leurs  eferi- 
tures ôc  Chap'as  font  entédues  d'eux  tous,com- 
bien  que  les  îangnes  dont  parlent  les  Chinois, 
foient  en  grand  nôhre,&  fort  différentes  entre 
elles,  en  la  mefrne  façon  que  nos  nombres  de 
chiffre  font  entendus  efgaiement  en  Fraçois^ix 
EfpaghoI,&  en  Arabie,  Car  celte  figure  hui&, 
du  que  ce  foit  fignifie  huiclr,  encor  que  le  Fran- 
çois appelle  ce  n6bKd>Ynefaçon^l,EfpagnoJ 


V 


des  Indes.  Liure  VI.  180 
tTvne  autre  D'où  vient  que  les  chofes  eftans  ds 
foy  innumerablesjes  lettres  aufîi  ou  figures  doc 
vfentles  Chinois,  pdur  les  dénoter  font  pref- 
que  infinies:  tellemét  que  celuy  qui  doit  lire  ou 
efcrirc  à  la  Chine  (comme  font  les  Mandarins) 
doit  fçauoir  &  retenir  pour  le  moins  quatre 
vingts  cinq  mil  chara&eres  ou  lettres,  &  ceux 
qui  font  parfaits  en  cefte  leâ:ure,en  fçauét  plus 
de  fix  vingts  mil.  Ghofe  prodigieufe  Ôc  eftrage, 
voire  qui  feroit  incroyable ,  fi  elle  n'eftoit  atte- 
stée par  des  perfonnes  dignes  de  foy,  corne  les 
Pères  de  noftre  Côpagnie,  qui  font  là  côtinuel- 
lement  apprenans  leur  langue  ôc  efcriture,  Ôc  y 
a  plus  de  dix  ans  que  de  nuict  ôc  de  iour  ils-  s'e- 
fhidientà  cecy,auecvn  perpétuel  trauail.  Caria 
charité  de  IefusChrift,&  le  defir  de  la  faluation 
des  âmes,  furmôte  en  eux  tout  ce  trauail  Ôc  dif- 

:  ficulté ,  qui  eft  la  raifon  pour  laquelle  les  hom- 
mes lettrez  font  tant  eftimés  en  la  Chine, à  can- 
fe  de  la  difficulté  qu'il  y  a  à  les  comprendre ,  Ôc 
ceux-là  feulement  ont  les  offices  de  Manda- 
rins, Gouucrneurs,  luges  &  Capitaines,  Pour 
celle  occafion  les  pères  prennent  beaucoup  de 
peine  de  faire  apprendre  à  leurs  enfans à  lire  ôc 
eferire.  Il  y  a  grand  nombre  de  ces  cfcholes 
où  les  enfans  font  inftruits,  &  où  les  maiftres 
les  font  eftudier  de  iour,  &  le  père  de  nuicl: 
en  la  maifon.  Tellement  qu'ils  leur  endomma- 
gent beaucoup  les  yeux,  ôc  les  fouettent  fort 
tbuuent  auec  des  rofeaux,  bien  que  oe  ne  foie 
pasde  ces  rigoureux ,  defquels  ils  foiiettent  les 
mal-fai&eurs;  ils  appellent  cela  la  langue  Man- 

i  clarine ,  qui  a  befoin  de  lage  4Vn  lomme  pour 


Il 


Hiftoire  naturelle 

cure  comprinfe  :  &  doit-on  fçauoir  qu'eneor 
que  la  langue  de  laquelle  parlent  les  Mandarins 
foit  particulière  êc  différente  des  vulgaires,  lef- 
quelles  font  en  grand  nombre,  &  qu'on  eitudic 
corne  l'on  ùit  par  deçà  en  Latin  &  en  Grec ,  ôc 
que  les  lettrez  qui  font  par  toute  la  Chine  la 
fçauent ,  &  entendent  tant  feulement  ;  fî  cft-ce 
toutefois  que  tout  ce  qui  eft  eicnt  en  icellc ,  eft 
entendu  en  toutes  les  langues,  &  iaçoit  que  les 
Prouinces  ne  s'entr'entendent  point  de  parole 
les  vnes  les  autres  ,  toutefois  par  elerit  ils  s'en- 
tr'entendent J'vn  l'autre,  car  il  n  y  a  qu'vne  for- 
te de  figures  ou  caractères  pour  routes,  quifï- 
gnifle  vne  mefrne  choie,  mais  non  pas  vn  mef. 
me  mot ,  ny  prolation  veu  que  comme  i'ay  dit, 
ils  font  feulement  pour  dénoter  les  chofis,  & 
non  pas  les  paroles,  corne  Ton  peut  facilement 
entendre  par  l'exemple  des  nombres  de  chif- 
fre Ceft  pourquoy  ceux  du  lappon  &  Its  Chi- 
nois lifent  &  entendent  fort  bien  les  eferiturcs 
les vns  des  autres,  combien  que  ce  foient  des 
nations  &  des  langues  fort  différentes.  Que 
s'ils  parloient  ce  qu  ils  lifent ,  ou  ekriuent ,  ils 
ne  le  pourroient  pas  entendre.Telles  font  donc 
les  lettres ,  &  les  hures  dont  vfent  les  Chinois 
fi  renommez  au  monde.  Pour  faire  leurs  im- 
prenions  ils  grauentvne  planche,  des  figures 
qu'ils  veulentimprimer.  Puis  en  eftampent  au- 
tant de  feuilles  de  papier  qu'ils  veulent,  de  la 
mefme  façon  que  ïun  fait  icy  les  peintures,  qui 
font  grauees  en  du  cuiure,  ou  du  bois.  Mais 
quelque  homme  d'entendement  pourra  de- 
mander, comment  ils  peuuent  lignifier  leurs 

conceptions 


Y 


I 

âesjnâes.  Livre.  VI.  *Sc 

|  conceptions  par  des  figures  qui  approchent ,  ou 
fcreilemblent  à  la  chofe  qu'ils  veulent  reprefen - 
Bter,  comme  de  dire  que  le  Soleil  ëfchaurTe,  ou 
[  qu'il  a  regardé  le  Soleil3ou  que  le  iour  eft  du  So- 
6 leil.Finalement ,  comment  iileur  eft  pofsible  de 
t  dénoter  par  de  mefmes  figures ,  les  cas,  les  con- 
îon&ionsA  les  articles  qui  font  en  plufieurslan- 
gues&  efcritures.  Ierefpondsàcela,  qu'ilsdi- 
fftinguent ,  &  fignifient  cefte  variété"  par  certains 
tpoîn&srayeZj&difpofitionsdelafigure.MaisU 
eft  difficile  d'entendre  comment  ils  peuuentef- 
t  crire  en  leur  langue  des  noms  propres ,  fpeciale- 
:  ment  d'eftrangers  ,veu  que  ce  font  chofesque  ia- 
[mais  ils  n'ont  veiies,  &qu'ilsne  peuuentmuen- 
j  ter  des  figures  qui  leurfoient  propres.  Ienay 
[voulu  faire  l'expérience  me  trouuant  en  Mexi- 
que auec  des  Chinois ,  &  leur  dy  qu'ils  efcriuif- 
i  fent  en  leur  langue  cefte  propofition.  Iofepn 
d'Acofta  eft  venu  du  Peru,&  autres  femblables, 
furquoy  le  Chinois  fut  vn  long  temps  penfif, 
jimaisenfinil  lefcriuit.  Ce  que  d'autres  Chinois 
Jeurent  après ,  bien  qu'ils  variaient  vn  peu  en  la 
i  prononciation  dunom  propre.  Carilsvfent  de 
ceft  artifice  pourefcrirelenom  propre  ,  qu  ils 
cherchent  quelque  chofe  en  leur  langue  qui  ay  e 
refiemblance  à  ce  nom ,  &  mettent  la  figure  de 
cefte  chofe.  Et  comme  il  eft  difficile  entre  tant 
de  noms  propres,  de  leur  trouuer  des  chofes  qui 
leur  portent  refiemblance  en  la  prolation  t  aufsi 
leur  eft- ce  chofe  fort  difficile  &  fort  laboneufe 
!  d'efcrire  telsnoms.Sur  ce  propos  le  Père  Allon  - 
ifeSanchez  nous  contoit  que  lors  qu'il  eftoat  en 
kChineî&  que  l'on  le  menoit  endmers  Tuba* 


Hiftoire  naturelle 
naux  ,  de  Mandarin  e^MadarnvIs  eftoient  fort! 
long  temps  à  mettre  foii  nom  par  efcrit  en  leurs, 
Chapas,toutesfois  ils  l'efcriuoient  en  fin,le  nom. 
mans  en  leur  façon  ,  &  tellement  ridicule ,  qu'ai 
peine  approchoient-ilslenom,  qui  eft  la  façon! 
des  lettres  &  efcritures  dont  vfoient  les  Chinois. 
Celle  deslapponnoisen  approchoit  beaucoup, 
encor  qu'ils  afferment  que  les  Seigneurs  Iappon- 
noisqui  vindrent  en  Europe,  efcriuoient  facile- 
ment toutes  chofes  en  leur  langue ,  quoy  que  ce 
fuiTent  des  noms  propres  d'icy,  mefme  l'on  m'a 
monftré  quelques  efcritures  d'eux  :  parquoyil 
femble  qu'ils  doiuent  auoir  quelque  forte  de 
lettres,  encor  que  la  plus  part  de  leurs  efcritures 
foientparcharac~teres&  %ures,comme  il  a  efté 
dit  dts  Chinois. 


Des  ef choie  s  &  vnwerfitezj  de  U  Chine. 
Chapitre    VI. 


Es  Pères  delà  Compagnie  difent 
qu'ils  n'ont  point  veu  en  la  Chi- 
^C3%  ne  ^e  Sr*ndes  efchdles  &  Vni- 
SS*^*  uerlitez  de  PhiIofophie,&  autres 
~K  feiences  naturelleSj&ccoyétqu'ii 


n'y  en  a  point ,  mais  que  toute  leureftude  eft  en 
la  langue  Mandarine,qui  eft  tref  ample  de  tref- 
difficile,  comme  i'ay  dit  ,  &  que  ce  qu'ils  eftu- 
dientfont  chofes  qui  font  eferites  en  celle  lan- 
gue ,  qui  font  des  hifioires  des  ÇqÔlqs  &  opi- 
nionsxies  loix  ciuiles  ,  des  prouerbes  moraux, 


des  Indes.  Liure.  VI.  i%£ 

des  Fables,  &  plufieurs  autres  telles  côpofitions, 
&  ce  qui  en  defpend .Des  fciences  diuines  ils  n'en 
ont  aucune  cognoiiTance,ny  n'ôt  autre  chofe  des 
naturelles  que  quelques  petits  reftesqu'ils  ont  en 
des  proportions  èfgarees,  fansart&  fans  mé- 
thode ,  félon  l'entendement  &  eftude  d'vn  cha- 
cun. Pour  les  Mathématiques,  ils  ont  expérience 
des  mouuemens  celeftes,  &  des  èftoiies  •  &  pour 
Ja  Medecine,ils  ont  cognoiffance  des  herbes,  par 
Je  moyen  defquelles  ils  guariifent  plufieurs  ma- 
ladies, &  en  vient  beaucoup.  Ifs  efcriuént  auec 
des  pinceaux,  &  ont  plufieurs  Hures  efcrir  s  à  la 
main,  &  dautresimprimez  qui  font  tousd  aflez 
mauuais  ordre.  Ils  font  grands  ioiieurs  de  Co- 
médies: ce  qu'ils  font  auec  Vrt  grand  appareil  de 
thearres,  veftemens ,  cloches ,  tambours,  &  de 
voix,felon  qu'il  eft  conuenable. Quelques  Pères 
racontent  y  auoir  veu  des  Comédies  qur  du- 
raient dix  &  douze  iours  auec  leurs nuicls ,  fàjns 
qu'il  y  euft  faute  de  loueurs  fur  le  théâtre,  ny 
de  fpe&ateurs  pour  les  regarder.  Us  font  plu-* 
Geurs  Scènes  différentes ,  éc  pendant  que  les  vris 
reprefentent  b  les  autres  dorment  ou  repaiifenta 
Ilstraittent  ordinairement  en  ces  Comédies  dés 
chofes,  morales  &  de  bon  exemple,  quifonc 
heantmoins  entremesîees  de  chofes  gayes  & 
plaifafttes.  Voila  en  fomme  ce  que  les  noftres 
racontent  des^  lettres  &  exercices  de  ceux  oV 
la  Chine  *  où  l'on  ne  peut  nier  qu'il  n'y  aie 
beaucoup  d'entendement,  &  d'indu ftrie.  Mais 
tout  cela  eft  de  peu  de  fubftance  ,  pour  ce 
«ju'en  effed  toute  la  feience  des  Chinois  tend 
feulement  a  f§auoir  eferire  &  lire  *  &  non  poim 


Hiftoire  naturelle 
dauantage  :  carîlsne  paruiennent  point  es  fcien-- 
ces  plus  hautes .  &  leur  eferire  &  lire  n  eft  point 
proprement  eferire  &  lire ,  puifque  leurs  lettres 
ne  font  point  lettres,qui  puilïent  reprefenter  les 
paroles,  mais  fontfiguresde  chofesinnumera- 
bleSjlëfquclles  ne  fe  peuuent  apprendre  que  par 
vnbienlong  temps,  &  auecvn  trauail  infiny. 
Mais  en  fin  auec  toute  leur  fcience,vn  Indien  du 
Peru,  ou  Mexique  qui  a  apprinsâ  lire  &  eferire, 
fçait plusque le plusfage Mandarin  d'entr'eux, 
veu  que  l'Indien  auec  vingt  quatre  lettres  qu'il 
fçait ,  eferira  &  lira  tous  les  mots  &  paroles  qui 
font  au  monde,  &  le  Mandarin  auec  fes  cent  mrl 
lettres   aura  beaucoup  de  peine  pour  eferire 
quelque  nom  propre  de  Martin,  ou  Allonfe ,  & 
a  plus  forte  raifon  ne  pourra-il  pas  eferire  les 
noms  des  chofes  qu'il  ne  cognoift  point.  Car  en 
fin  refaire  de  k  Chine  n'eft  autre  chofe  qu'vne 
façon  de  peindre,ou  chiffrer. 


Dt  Ufdfopdes  lettres  &  eferitures  dont  ont 
<vfé  les  Mexiquains. 

Chapitre    VII. 

'On  trouue  qu'il  y  a  entre  les  nations 
de  la  neuue  Efpagne  vne  grande  co- 
>gnoiffance  ,  &  mémoire  de  l'antiqui- 
•  té.  C'eft  pourquoy  recherchant  de 
quelle  façon  les  Indiens -auoient  conferué  leurs! 
hiftoires ,  &  tant  de  particularitez ,  i  appris  que 
cftcorquilsne  fuffent  p^gfubtils,  nyfiçw? 


des  Indes.  Liure.   VI.  285 

rieux  comme  iont  les  Chinois  &■  les  Iapponnois, 
fi  eft-ce  qu'ils  auoient  entreux  quelque  forte 
de  lettres  &  de  liures,  par  lefquels  ilsconfer- 
u oient  a  leur  mode  les  chofesde  leurs  predecef- 
feurs.En  la  Prouince  de  Yu-latan,où  eil  l'Euef- 
ché, qu'ils  appellent  de  Honduras,  il  y  auoitdes 
liures  de  feuilles  d'arbres  à  leur  mode  ployez  8c 
efquarris,efquels  les  fageslndiens  tenoient  coii}~ 
prinfes  &defduitesla  diftribution  de  leurs  teps, 
la  cognoiflance  desplanettes,  des  animaux  &  des 
autres  chofes  naturelles ,  auec  leurs  antiquitez: . 
chofe  pleine  de  grande  curiofité  &  diligence. 
Il  fembla  à  quelque  Pédant  que  tout  cela  eftoit 
vn  enchantement  &  art  de  magie, &  fouftint  ob- 
stinément que  l'on  les  deuoitbrusler,  de  forte 
qu'ils  furent  mis  au  feu,  Ce  que  depuis  non  feu- 
lement les  Indiens  recogneurentauoir  eftcmai 
fait,  mais  aufsi  lesEfpagnols  curieux  qui defi- 
roient  cognoiftre  lesfecrets  du  pays.U  eneft  ar- 
riué  autant  es  autres  chofes,  car  les  noft res  pen  - 
fans  que  le  tout  fuft  fuperftition,ont  perdu  plu  - 
fleuri  mémoires  des  chofes  anciennes  &  facrees, 
qui  pouuoient  beaucoup  profiter.Cela  procède 
d'vn  zèle  fol  &  ignorant,  qui  fans  fçauoir,  ny 
vouloir  entendre  les  chofesdes  Indiens,  difent 
(comme  à  charge  clofe  )  que  ce  font  toutes  for- 
celleries,  &  que  tous  les  Indiens  ne  font  que  des 
yurongnes ,  qui  font  incapables  de  fçauoir  ,  ny 
d'apprendre  aucune  chofe.Car  ceux  qui  fe  font 
voulu  diligemment  informer  deux,  y  ont  trou- 
ué  beaucoup  de  chofes  dignes  de  confîderation. 
Vn  de  noftre  Compagnie  de  Iesvs,  homme 
fortaccort  &  expérimente",  aflVmbla  en  la  Pro- 

Nn  iij 


Izfifioires  naturelle 
inncede  Mexique  les  anciens  de  Tefcuco,  de 
Tulla,  &de  Mexique  ,  &  conféra  fort  ample- 
ment auec  eux ,  lefquels  luymonftrerent  leurs 
liures,hiftoires,&  Calendriers,qui  eftoient  cho- 
fes  fort  dignes  de  voir  ,  pource  qu'ils  auoient 
îe  urs  figu  res ,  &  hieroglyficques ,  par  lefquelles 
ils  reprefentoient  les  chofes  en  cefle  manière. 
Celles  qui  auoient  forme,  ou  figure,eftoient  re-, 
prefentees  par  leurs  propres  images,&  celles  qui 
n  en  auoient  point,  eftoient  reprefentees  par  des 
characteres  qui  les  fignifioient ,  &  par  ce  moyen 
ils  figuroient ,  &  efcriuoient  ce  qu'ils  vouloient. 
Et  pour  remarquer  le  temps  auquel  quelque 
chofe  arriuoit ,  ils  auoient  cesrolies  peintes,  car 
chacune  d'icelles  contenoit  vn  fiecle ,  qui  eftoic 
cinquante-  deux  ans,  comme  aefté  dit  cy-defTus, 
&au  cofté  de  ces  roues ,  ilspeignoient  auec  ces 
figures  &  chara&eres,à  l'endroit  de  l'année ,  les 
chofes  mémorables  qui  aduenoieht  en  icelle. 
Comme  ils  remarquèrent  l'année ,  que  les  Es- 
pagnols entrèrent  en  leur  pays,  en  peignant  vn 
homme  auec  vn  chapeau ,  &  vne  iuppe  rouge, 
au  figne  du  rofeau3qui  couroit  alors.  Et  ain(î  des 
autres  accidens.  Mais  pource  que  leurs  efcritu- 
res  &r  chara&eres  n'eftoient  pas  fi  fuffifans.com- 
mewsjettres  &r  efcritures ,  ils  ne  pouuoient  ex- 
primer de  n  prés  ks  paroles ,  ains  feulement  la 
fubftance  des  conceptions.  Et  d  autant  qu'ils 
auoient  accouftumé  de  raconter  par  coeur  des 
difcours ,  &  dialogues  compofez  par  leurs  Ora  - 
teurs ,  &  Rhetoriciens  anciens ,  &  beaucoup  de 
Chapas  dreflez  par  leurs  Poètes  (ce  qui  eftoic 
jropofsible  d  apprendre  par  les  hieroglyphi- 


des  Indes.  Liure  VL  284 

ques,  &  chara&eres)  les  Mexiquaïns  eftoient 
tort  curieux,que  leurs  enfans  appriilent  par  mé- 
moire ces  dialogues  &  comportions.  A  raifon 
dequoy  ils  auoient  des  eicholes  &  comme  des 
collèges ,  ou  feminaires,  où  les  anciens  enfei- 
gnoient  aux  enfans  ces  oraifons ,  &  beaucoup 
d'autres  chofes ,  qui  fe  conferuoient  entr'eux 
par  la  tradition  des  vns  aux  autres  aufsi  entière- 
ment, comme  fi  elles  eufïent  elle  couchées  par 
efcrit.  Spécialement  les  nations  plus  renommées 
auoient  foing  que  leurs  enfans  (  qui  aucienc 
inclination  pour  eftre  Rhetoriciens  &  exer- 
cer l'office  d'orateurs  y  apprinnent  de  mot  a 
mor  ces  harangues.  Tellement  que  quand  les 
Efpagnolsvindrenten  leur  pays,  &  qu'ils  leur 
eurent  enfeigné  à  lire  &-  efcrire  noftre  lettre, 
plufieursde  ces  Indiens  efcriuirent  alors  ces  ha - 
.rangues,ainfique  le  tefmoignent  quelques  hom- 
mes graues  qui  les  leurent.  Ce  qui  eft  dit  pource 
que  ceux  qui  liront  en  Thiftoire  Mexiquainede 
tels  difcours  longs  fcelegans,  croiront  facile- 
ment qu'ils  font  inuentez  des  Efpagnols ,  &  non 
pas  reallement  prins,  &  rapportez  des  Indiens. 
Maisen  ayant  cogneu  la  vérité  certaine ,  ilsie 
laifferont  pas  d'adioufter  foy,  comme  c'en:  la 
raifon ,  a  leurs  Liftoires.  Ils refermaient  au&i ces 
mefmes  difcours  à  leur  mode ,  par  des  images 
&  chara&eres ,  &  ay  veu,  pour  me  fatisfaire  en 
cet  endroit,  les  oraifons  du  Patemofter,  8c^€ue 
Maria ,  Symbole ,  &  confefsion  generalle  ,  ef- 
crites  en  cefle  façon  d'Indiens.  Et  à-la  vérité 
quiconque  les  verra  ,  s'en  efmerueilîem.  Car 
pour  Çgnifier  ces  paroles ,  Moj/  pécheur  me  co*fe{fe. 

Nn    iiij 


Hjfloire  naturelle 
ils  peignoient  vn  Indien  à  genoux  aux  pieds  d'vn 
Reiigieux,comme  qui  fe  confeffe ,  &  puis  pour 
celle  -cy  >k  Dieu  tout- ptvjfant ,  ils  peignoient  trois 
vifages  auec  leurs  couronnes ,  en  façon  de  la 
Trinité,^  '  U$°neu[e  vierge  Marie  9ih  peignoient 
vn  vîfage  denoftre  Dame ,  &  vn  demy  corps  de 
petit  enfant  ,  O*  afamft  Pierre  çrfatntt  tendes  te* 
ffces auec  de's  couronnes,^  vne  clef,*  vne  efpee, 
&  ou  les  images  leur  deffailloient ,  il  mettoient 
des  chara&eres ,  comme ,  etupy  tay pechê ■ ,  crc 
D'où  Ton  peut  cognoiftre  la  viuacite  de  lenten  - 
dément  de  ces  Indiens,  puifque  cette  façon  d'ef- 
crire  nos  otaifons ,  &  chofes  de  la  foy  ,ne  leur  a 
pas  eflé  enfeignee  par  les  Efpagnols,ny  ne  leuf- 
fent  peu  faire,  s'ils  n'euffent  eu  particulière  con - 
ception  de  ce  qu'on  leur  enfeignoit  .l'a  y  veu  au 
Perula  confefsion  de  tous  les  péchez  qu'vn  In- 
dien apportoit  pour  fe  confelïer  ,  efcritedela 
mefme  forte,  de  peintures,  &  de  chara&eres, 
en  peignant  chacun  des  dix  commandements 
d'vne  certaine  façon,où  il  y  auoit  certaines  mar- 
ques comme  chiffres ,  qui  eftoient  les  péchez 
qxû\  auoit  faits  contre  ce  commandement,  le  ne 
doute  point  que  fi  beaucoup  des  plus  habiles 
Efpagnols  eftoient  employez  à  faire  des  me- 
ïftoires  de  ehofes  femblables  par  leurs  images  & 
marques ,  qu  en  vn  an  ils  n'y  pourroient  parue- 
Ijir ,  non  pas  en  dix. 


Des  regïftr  es  >& façon  de  conter,  dontvfoient 
les  Indiens  dtp  Pew. 

Chapitre    VIII- 

Vparauant  que  les  Efpagnols  vinffent 
es  Indes ,  ceux  du  Peru  n'auoient  au- 
cune forte  d'efcriture,  fuft  par  let> 
tres,par  chara&eres,  chiffres ,  ou  fîgu- 
res,côme  ceux  de  la  Chine  &  de  Mexique:  tou- 
tesfoisils  ne  biffèrent  pas  de  conferuer  lame- 
moire  de  leurs  antiquitez ,  ny  de  retenir  l'ordre 
de  toutes  leurs  affairesjde  paix,  de  guerre,  &de 
police ,  pource  qu'ils  ont  eilé  forts  diligens  en  la 
tradition  des  vns  aux  autres,  &  les ieunes gens 
apprenoient  &  gardoient,  comme  chofe  facree, 
ce  que  leurs  fuperieurs  leur  racontoient,&  1  en- 
feignoientauec  lemefme  foing  à  leurs  fuccef- 
feurs.  Outre  cefte  diligence,  ilsfuppleoientla 
faute  d  efcritures&  des  lettres ,  en  partie  par  la 
peinture,comme  ceux  de  Mexique(combié  que 
ceux  duPeru  y  fuffent  fort  grofsiers  &lourds)& 
en  partie,&  le  plus  communément  par  des  quip- 

5os.  Ces  quippos  font  des  mémoriaux ,  ou  régi- 
res,qui font  fai&s  de  rameaux,  efquelsiiy  a  ai- 
uers  nœuds  &  diuerfes  couleurs ,  qui  fignifienc 
diuerfes  chofes:  &  eft  vne  chofe  eftrange  ,que  ce 
qu'ils  ont  exprimé  &  reprefenté  parce  moyen. 
Car  les  quippos  leur  vallent  autant,  que  les  li- 
uresd'hiftoires  ,iieîoix ,  de  cérémonies ,  &  des 
contesdeleursarTaires.il  y  auoit  des  officiers  dé- 
putez pour  garder  cesquippos(qu'auiourd'huy 


JHiftoire  naturelle 
ils  appellent  Quipocamayos  )  lefquels  efioîent 
obligez  de  tenir  &  redre  conte  de  chaque  chofe 
comme  les  Tabellions  par  deçà.C'eft  pourquoy 
en  tout  1  o  leur  adiouftoit  entière  foy ,  &  crean- 
ce,car  félon  diuerfes  fortes  d'affaires,  comme  de 
guerre,depolice,de  tributs,  de  ceremonies,&  de 
terres,il  y  auoit  dîuersquippos,  ou  rameaux,  en 
chacun  defquels  il  y  auoit  tant  de  nœuds  petits 
&  grands,^  de  fîlletsattachez,lesvnsrouges,îes 
autres  verts,Ies autres  azurez,&  lesautres blâcs; 
&  finalement  tant  de  diuerfitez,  que  toutainfi 
que  nous  autres  tirons  vne  infinité  de  mots  de 
vingt-quatre  lettres ,  en  les  accommodansen  di- 
uerfes façons ,  ainfiilstirojent  des  lignifications 
înnumerables  de  leurs  nœuds  &  diuerfes  cou- 
îeurs.Ce  qu'ils  font  d'vne  telle  façon,  qu'il  arri- 
ue  auiourd'huy  au  Peru,  que  quand  au  bout  de 
deux  ou  trois  ans ,  vn  Cômiflaire  va  informer  de 
la  vie  de  quelque  officier ,  que  les  Indiens  vien- 
nent auec  leurs  menus  contes  &  approuuez,di- 
fans,  qu'en  tel  bourg  ils  luy  ont  baillé  tat  d 'œufs 
lefquels  ils  n'a  point  payez,  en  vne  telle  maifon 
vne  poulle,en  vne  autre  deux  faix  d'herbes  pour 
fes  cheuaux ,  &  qu'il  n'a  payé  que  tant  d'argent, 
&  demeure  en  reftedetant.  La  preuue  eftant 
faite  fur  le  champ  ,  auec  celle  quantité  de 
nœuds  &  de  poignées  de  cordes ,  cela  demeure 
pour  telmoignage,&  efcriture  certaine.  le  vids 
vne  poignée  de  ces  filets  aufquels  vne  Indienne 
portoit  efcrite  la  confefsion  generalle  de  touti 
Ta  vie,  &  par  iceuxfe  confeffoit  comme  i'euile 
peu  faire  en  du  papier  efcrit,&  luy  demanday  ce 
que  c'eftoit ,  que  quelques  filez  qui  me  femblev 


f 

des  Indes.  Liure.  VI.  18  & 

rent  quelque  peu  differens ,  elle  me  dift  que  c'e- 
ftoient  certaines  circonftances  que  le  pèche' re- 
queroit  pour  eftre  entièrement  confeffe.  Outre 
ces  quippos  de  fil ,  ils  ont  vne  autre  comme  ma- 
nière defcrire  auec  de  petites  pierres ,  par  le 
moyen  defquelles  ils  apprennent  punâuelle-- 
ment  les  paroles  qu'ils  veulét  fçauoir  par  cœur- 
Et  eft  vne  chofe  plaifante  de  voir  les  vieillards  6c 
caducs,auçc  vne  roiie  faite  de  petites  pierres,ap- 
prendre  le  Pater  nofter^MQC  vne  autre,  l'^ae  M*-* 
ru ,  &'auec  vne  autre  le  Credo,  &  de  retenir  quel- 
le pierre  tftyqw  fut  conç-e»  du  S.  Eijnt  y  &  laquelle, 
fouffnt foubs  Ponce Pilate.  C'eftaufsi  vne  chofe  plai- 
fante ,  de  les  voir  corriger  quand  ils  faillent ,  car 
toute  la  correction  ne  gift  qu'à  contempler 
leurs  petites  pierres,  &  feroit  vne  de  ces  roues 
fuffifante  pour  me  faire  oublier  tout  cequeie 
fçay  par  cœur.  Iiy  a  vn grand  nombre  de  ces 
roues  aux  cimetières  desEglifes,  pour  cétef- 
feclt.    Mais  c  eft.  chofe  qui  femble  enchante- 
ment de  voir  vne  autre  forte  de  quippos  qu'ils 
font  de  grains  de  mays.  Car  pour  faire  vn  con- 
te difficile ,  auquel  vn  bon  Arithméticien  feroit 
bien  empefehéauee  la  plume ,  &  pour  faire  vne 
partition  ,  a  fin  de  voir  combien  vn  chacun 
doit  contribuer,  ils  tirent  tant  de  grains  d'vn 
cofté ,  &  en  adiouflent  tant  de  l'autre  ,  aueç. 
mil  autres  inuentions.  Ces  Indiens  prendront 
leurs  grains  ,  &  en  mettront  cinq  d'vn  cofté, 
trois  d'vn  autre,  &  huid  en  vn  autre,  &  change- 
ront vn  grain  d'vn  coftc,&  trois  d'vn  autre.Tel 
lement  qu'il  fortent  a^uec  leur  conte  certain, 
fans  faillir  d'vn  point.  Et  fe  mettent  pluftqfta 


l/ifioire  naturelk 
îaraifon  par  ces  quippos,  fur  ce  quVn  chacun 
doit  payer,que  nous  ne  pourrions  faire  nous  au- 
tres auec  la  plume.  Par  cela  l'on  peut  iuger  s'ils 
ont  rentendement,&  fi  ces  hommes  font  belles. 
De  ma  part  ie  tiens  pour  certain  qu'ils  nous  fur- 
paffent  es  chofes  où  ils  s'appliquent. 


Vè  l'ordre  que  les  indiens  tenaient  en 
leurs  efcritures. 

Chapitre.     IX. 

L  fera  bon  dadioufter  icy  ce  que  nous 
Çauons  remarqué  touchant  lesefcritu- 

*es  des  Indiens:  car  leur  façon  n'eftoit 
'pas  d  efcrire  auec  vne  ligne  fuiuie, 
suais  du  haut  en  bas,  ou  en  rond.  Les  Latins  & 
Grecs  efcriuoient  du  cofté  gauche  au  droit,  qui 
eft  h  commune ,  &  vulgaire  façon  dont  nous 
vfons.  Les  Hebrieux  au  contraire  commen- 
çaient de  la  droite  à  la  gauche ,  c'eft  pourquoy 
leurs  liures  commencent  où  lesnoftresfinifTent. 
Les  Chinois n  efcriuent  pas,  ny  corne  les  Grecs, 
ny  comme  les  Hebrieux ,  mais  de  haut  en  bas, 
car  comme  ce  ne  font  pas  des  lettres,  mais  des 
di&ions  entières,  &  que  chaque  figure,  ou 
chara&ere  fîgnifie  vne  chofe ,  ils  n'ont  point 
de  befoingd'alTembler  les  parties  des  vnes  auec 
les  autres,  &  ainfi  peuuent-ils  bien  efcrire  du 
haut  en  bas.  Ceux  de  Mexique  pourlamefme 
raifonn'efcriuoientpas  en  ligne  ,  d\n  cofté  a 
l'autre,  mais  au  rebours  dès  Chinois  commen- 


des  Indes.  Liure.  VI.  *8? 

çans  en  bas,  montaient  toujours  en  haut.  Ils  fe 
feruoientdecefte  façon  d'efcrire  au  conte  des 
iours,&  du  refte  des  chofes  qu'ils  remarquoient* 
Côbien  que  quand  ils  efcriuoient  en  leurs  roiies, 
ou  fïgnes,ils  commençoient  du  milieu  où  ils  pei- 
gnoient  le  Soleil,  &  delàalloient  montant  par 
leurs  années  iufques  au  tour,&  circonférence  de 
laroiïe.  Finalement  ils  fe  trouue  quatre  diffé- 
rentes fortes  d'efcrire,  les  vns  efcriuans  de  la 
droitte  à  la  gauche ,  les  autres  de  la  gauche  a  la 
<lroitte ,  les  vns  de  haut  en  bas ,  &  les  autres  du 
bas  en  haut,enquoy  l'on  .voit  la  diuerfitédes  en- 
tendement humains. 


Comme  les  Indits  ennuyaient  leurs  mejfagers. 

Chapitre    X.  ! 

Our  acheuer  la  façon  qu'ils  auoiéc 
d'efcrire ,  quelqu'vn  pourra  dou- 
ter auec  raifon,comment  les  Roys 
de  Mexique  ■#:  duperu  auoient 
cognoiflanee  de  to  us  leurs  royau- 
mes qui  eftoient  fi  grands ,  ou  de  qu  elle  façon  ils 
pouuoient  defpefchèr  lès  affaires  qui  fe  p  refen- 
toient  en  leur  Cour ,  veu  qu'ils  n'auoient  l'vfage 
d'aucunes  lettres,ny  d'efcrire  mifsiues.Surquoy 
1  on  peut  eftre  fatisfait  de  ce  doute ,  quand  on 
fçauraque  par  paroles,  parpeintures,ou  par  ces 
lÂSmoriaux,  ils  eftoient  fort  fouuent  aduertisde 
tout  ce  qui  fepafloit.  Pour  cet  effecl:  ilyauoit 
«tes  homms*  fort  viftes ,  &  difpos ,  qui  fsr  uoient 


! 


Hlfîoire  naturelle 

de  courriers,  pour  aller  &  venir,  lefquels  ilsj 
nourrirToient  en  cet  exercice  de  courir  dés  leur1 
enfance,  &  prenoiet  peine  qu'ils  fuiTent  de  lon-l 
gue  haleine,  afin  qu'ils  peuvent  monter  en  cou- 
rant vne  montagne  fort  haute  ,  fans  le  laiTer* 
C'eft  pourquoy  en  Mexique  ils  donnoienc  le 
prix  aux  trois  &  quatriefmes  premiers  ,  qui 
montoient  ces  grands  degrez  du  temple,  com- 
me il  a  eflé  dit  au  liure  -précèdent.  Et  en  Cufco^ 
lors  que  fe  faifoit  leur  foie mnelle  fefte  de  Ca- 
pacrayme,lesnouices  montoient  à  qui  mieux 
mieux  le  roc  de  Vanacauri  ,  &  généralement 
l'exercice  de  la  courfe  a  eflé  &  eft  encor  fort  en 
vfage  entre  les  Indiens.  Quand  il  fe  prefentoit 
\ne  affaire  d'importance  ,  ils  enuoyoient  dé- 
peinte aux  feigreurs  de  Mexique  la  chofe  dont 
ils  les  vouloient  informer  ,  ainfi  qu'ils  firent, 
alors  que  les  premiers  nauires  Efpagnols  paru* 
rentà  leurveûe,  &  lors  qu'ils  prindrent  Topô- 
chan.  Ils  eftoient  au  Peru  fort  curieux  des  cour- 
riers, &  l'ïngua  en  auoitpar  tout  fon  Royau* 
me, corne d es poftes ordinaires, appeliez  Chaf- 
quis ,  defquels  feratraitte  en  fon  lieu. 

- — ! '-* ~    y  "  -'--' -j  ■■■■  , i 

De  la  façon  de  gouuernement  ,  &_  des  Roys 

qu'ont  eu  les  Indiens. 

Chapitre    XI. 

Left  allez  expérimenté  que  la  chofe 
en  quoy  les  Barbares  montrent  plus 
^n  leur  barbarifme  ,  eft  en  leur  gouuer- 
nement, &  faconde  commander,  pour  ce  que 
tant  plus  les  hommes  approchent  de  la  rai- 


i 

des  Indes.  Liure.   V I.         zg$ 

<  fon,  tant  plus  leur  gouuernement  eft  humain 
I  &  moins  infolent ,  &  les  Roys  &  feigneurs 
I  lpntplus  traittables,  &  s'accommodent  mieux 
lauecleur  vaffaux  ,  en  recognoiffants  qu'ils 
I  leur  font  efgaux  en  nature  ,  &  toutesfois  in- 
teneurs en  l'obligation  d'auoir  foing  de  la 
I  République.  Maisentre  les  Barbares,  tout  y  eft 
1  contraire,  d'autant  que  leur  gouuernement  eft 
tyrannique  ,  &  traînent  leurs  fubjets  comme 
belles  ,  &  de  leur  part  veulent  eftre  traittez 
comme  Dieux.  Pour  celle  occafion  plufieurs 
peuples  &  nations  dès  Indes,  n'ont  point  fouf- 
fert  de  Roys,  ny  de  feigneurs  abfolus,  &fou, 
uerains,mais  viuenten  communauté,  &  créent 
&  ordonnent  des  Capitaines  ,  &  Princes  pour 
certaines  occahons  feulement  ,   aufquels  ils 
obeyflent  durant  le  tempsde  leur  charge    & 
après  ils  retournent  a  leurs  premiers  offices. 
La  plus  grande  partie  de  ce  nouueau  monde, 
ou  il  nyapointde  Royaumes  fondez  ,  ny  dé 
Républiques  eftablies,  ny  Princes,  ou  Roys 
perpétuels,  fe  gouuernent  de  cefte  Façon;  iacoic 
quil  y  a.t  quelques  feigneurs  &  principaux 
hommes  ,  qU1  font  esleuez  entre  le  vulgaire. 

Amh  eft  gouuernée  toute  la  terre  de  C  hillé ,  en 
laquelle  les  Auracanes.ceuxde  Teucar.eL&r  au- 
tres, ont  par  tant  d'années  refifté  contre  les  Ef- 
pagnols.  Et  de  mefme  aufsi  tout  le  nouueau 
Royaume  de  Grenade.celuy  de  Guatimalla  les 
^s,toutelaFloride,leBrefil)Luffon  &  d'au- 
tres terfes  de  grande  eftendue  ,  excepteW 
p  ufieurs  de  ces  lieux  ils  y  font  encoreVu" 
baibares,  veuquipeiney  recognoiflent  ils  de 


flifloire  naturelle 
chef,mais  tous  commandent ,  &  gouuernenten 
commun,  n'y  ayant  autre  chofe  que  delà  volon- 
té,de  la  violence,de  finduftrie ,  &  du  defordre; 
tellement  que  celuy  qui  peut  dauantage  ,  com- 
mande^ y  a  le  deiTus.  Il  y  a  en  llnde  Orientale 
de  grands  Royaumes ,  bien  fondez  ,  &  bien  or- 
donnez,comme  eft  celuy  de  Sian  ,  celuy  de  Bif- 
naga,  &  autres,  qui  peuuent  aflcmbler  &  mettre 
en  campagne  quand  ils  veulent ,iufques  à  cent  & 
deux  cens  mil  hommes. Comme  aufsi  le  Royau- 
me de  l.a  Chine ,  lequel  en  grandeur  &  puiiTance 
furpafïetous  lesautres,  &  dont  les  Roy  s,  félon 
qu'ils  racontent ,  ont  duré  plus  de  deux  mil  ans, 
pour  le  bel  ordre  &  gouuernement  qu'ils  ont. 
Mais  en  l'Inde  Occidentale ,  l'on  y  a  feulement 
trouué  deux  Royaumes ,  ou  Empires  fondez, 
quiefloient  celuy  des  Mexiquains  en  laneuue 
Efpagne,  &  celuy  des  Inguas  au  Peru.  Et  ne 
pourrois  pas  dire  facilement  lequel  des  deuxa 
efté  le  plus  puiiTant  Royaume ,  d'autant  que 
Motecuma  furpaiToit  ceux  du  Peru  en  édifices, 
&enîa  grandeur  de  fa  court.  Mais  les  Inguàs 
aufsi  furpaffoient  les  Mexiquains  en  threfors, 
richelles,  &  en  grandeur  des  Prouinces.  Pour  le 
regard  de  l'antiquité, leRoyaurne  deslnguas  l'eft 
dauantage  ,  bien  que  ce  ne  foit  pas  de  beaucoup, 
&  me  femble  qu'ils  ont  efté  efgaux  en  faits  d'ar- 
mes, &en  vidtoires.  C'eft  vnechofe  certaine, 
*jue  ces  deux  Royaumes  ont  de  beaucoup  exce» 
dé  tout  le  refte  des  Seigneuries  des  Indiens  de£-* 
couuertes  en  ce  nouueau  monde,tant  en  bon  or- 
dre &  police,qu'en  pouuoir&  richefle,&  beau- 
coup dauantage  en  fuperftition  &  f#ruice  de 


des  Indes.  LiureVL  189 

■  leurs  idoles  ,  ayans  pîufieurs  chofes  femblables 
,  les  vnes  aux  autres.  Mais  en  vnechofeiAseftoiéc 
|  bien  duferens,  car  entre  les  Mexiquainslafuc- 
;  ceifiondu  Royaume  eftoit  par  efle&ion,  com- 
,  me  l'Empire  Romain,  &  entre  ceux  du  Peru  el- 
le eftoit  héréditaire,  &  fuiuoit  l'ordre  du  fang, 
comme  les  Royaumes  de  France  &  d'Eipagne. 
le  trai&eray  donc  cy- après  de  ces  deux  gou- 
vernements, (commedelachofe  principale  ôc 
plus  cogneué  d'entre  les  Indiens*)  en  tant  qu'il 
me  femblera  eftre  propre  à  ce  fubjed ,  laiilànÉ 
plufîeurs  chofes  menues  cV  prolixes,  qui  U6 
font  pas  d'importance.  * 

Du  gouuernement  des  Roy  s  &  ïnguas 
du  Peru, 

Chapitre    XII. 


isSSra'Ingua  qui  regnoitau  Peru  eftat  mort* 
ht  ll^fon  fils  légitime  luy  fuccedoit,  &  te* 
noient  pour  tel  celuy  qui  eftoit  né 
de  la  principale  femme  de  l'îngua,  la- 
quelle ils  appelloient  Coy  a.  Ce  qu'ils  ont  touf- 
ioursobferué  depuis  le  temps  dvn  Ingua,  ap- 
pelle Yupangui,  qui  efpoufa  fa  fœur.  Car  ces 
Roys  reputoienr  pour  hôneur  d'efpoufer  leurs 
fours.  Et  bien  qu  ils  euffent  d'autres  femmes 
ou  concubines ,  toutesfois  la  fuccefïion  du 
Royaume  appartenoit  au  fils  de  la  Coya.  Il  etë 
vray  que  quand  le  Roy  auoit  vn  frère  légitime, 
il  fuccedoit  au  deuanc  du  fils  >  &  après  iuy  fou 


ffîjloire  naturelle 
nepueù,  &  fils  du  premier.  Les  Caracas  &  Sei- 
gneurs gardaient  le  mefme  ordre  de  fuccef- 
iion  en  leurs  biens  &  offices.   Et  faifoient  à 
leur  mode  des  cérémonies ,  &  obfeques  excef- 
fïuesaudeffuncl:.  Ils  obferuoieïit  vne  couftu- 
me,  verirablement  gïâde  ôc  magnifique,  qu'vn 
Roy  qui  entroir  au  Royaume  de  nouueau,n'he- 
ritoir  point  d'aucune  chofe  des  meubles ,  vten- 
fïles  &  threfors  de  fon  predeceffeur,  mais  il  de* 
uoit  eftablir  fa  maifon  de  nouueau ,  &  aflem- 
blerdel'or&de  l'argent,  ôc  les  autres  chofes 
quiluyeftoientneceiîaires,  fans  toucher  à  ce- 
luy  du  derYuncT:,  qui  eiloit  totalement  dédié 
pour  fon  adoratoire,  ou  Guaca,  ôc  pour  l'entre- 
tien de  la  famille  qu'il  laifïbit ,  laquelle  auec  fa 
fuccefïion  s'occupoit  continuellement  aux  fa- 
crifices,  cérémonies  &  feruicedu  Roy  mort. 
Car  aufll-toft  qu'il  cftoit  mort,ilsletenoient 
pour  Dieu,  &  auoit  Ces  facrifices,  ftatuès  &  au- 
tres choies  femblables.  Pour  celte  occailon  il 
y  auoit  au  Peru  vn  threfor  infiny,  car  vn  cha- 
cun des  Inguas  s'eftoit  efforcé  de  faire  que  foa 
oratoire  Ôc  threfor  farpalfaft  celuy  defes  pre- 
decefleurs.  La  marque  ou  enfeigne  par  la- 
quelle il  prenoit  la  poifeflion  du  Royaume, 
eftoit  vn  bourrelet  rouge ,  d'vne  laine  plus  fine 
que  foye ,  lequel  luy  pendoit  au  milieu  du  frôt, 
n'y  ayant  que  l'Ingua  feul  qui  le  pouuoit  por- 
ter, pour  autant  que  c'eftoit  comme  la  couron- 
ne, Ôc  diadème  Royal.  Toutesfois  Ton  pou- 
uoit bien  porter  vn  bourrelet  pendu  au  cofté, 
proche  de  roreille,comme  quelques  Seigneurs 
en  portoient ,  mais  l'Ingua  feul  le  pouuoit  por- 


-t 


TDes  Indes,  Liure  VÎ.         2J0 

i  terâu  milieu  du  front.  Au  temps  qu'ils  pre- 
j  noient  ce  bourrelet,  ils  faifoienr  des  feftes  fore 
j  folemnelles ,  &  pluiieurs  facnfîces auec  grande 
quantité  de  vafes  d'or  &  d'argent ,  grand  nom- 
bre de  petites  formes, ou  images  de  brebis,  fai- 
tes d'or  &  d'argent,  grande  abondance  d'eftof- 
fes  de  Cumby,  bien  eilabourecsdefine&  dé 
moyenne ,  plufieurs  conches  de  mer  de  toutes 
fortes, beaucoup  de  plumes  riches,&  mil  mou- 
tons qui  deuoient  eftre  de  diuerfes  couleurs. 
Puis  le  grand  Preftre  prenoit  vn  enfant  entre 
fes  mains  de  i'aagc  de  il x  à  hui&ans,  6c  pro- 
nonçoit  ces  paroles  auec  les  autres  miniftres, 
parlant  à  la  ftatuë  du  Viracocha,  Seigneur?  nous 
f offrons  cela ,  afin  que  tu  nom  tiennes  en  repos ,  £?*  mus 
aydes  en  nos  guerres,  çonferue  nofire  Seigneur  hngUA 
en  fit  grandeur  &  eftatyqu'il  aille  toufiours  augmentant ± 
&  luy  donne  beaucoup  de  fcauoir  afin  qu'il  non*  goa- 
uerne»  Il  fe  trouuoit  des  hommes  de  tout  lé 
Royaume,  àc  de  tous  les  Guacas,  8c  fanctuai- 
res  à  cefte  cérémonie  &  ferment.  Et  fans  dou- 
te l'affection  6c  reuerence  que  ce  peuple  por- 
toit  aux  Roys  Inguas ,  eftoit  fort  grande  j  car  il 
ne  fetrouue  point  que  iamais  aucun  des  fîens 
luyaye  fait  trahifon:  pour  autant  qu'ils  pro- 
cedoient  en  leur  gouuernement  non  feule- 
ment auec  vne  puifTance  abfolue,  mais  au(B 
auec  vn  bon  ordre  &  iuftice,ne  permettant  pa3 
qu'ancun  y  fuft  foulé.  L'ïngua  pôfoit  fes  gou- 
uerneurs  en  diuerfes  Prouinces ,  entre  lefquels 
les  vns  eftoient  fuperieurs,  ôc  qui  ne  recognoif- 
foient  autre  que  luy,  d'autr&s  qui  efïoiét  moin- 
dres^ ôc  d'autres  plus  particuliers  auec  vn  û"  bel 

0d  il 


Hifloire  naturelle 
ordre  &  vne  telle  grauité  qu'ils  ne  s'enhardif- 
foient  pas  de  s'enyurer,  ny  de  prendre  vn  efpic 
de  mays  de  leur  voifin.  Ces  Inguas  tenoient 
pour  maxime  qu'il  conuenoit  toufiours  entre- 
tenir les  Indiens  en  occupation,  de  là  vient  que 
nous  voyons  encor  auiourd'huy  des  chauffées 
des  chemins,  &  des  œuures  d'vn  fort  grand  tra- 
uail ,  lefquels  ils  difent  auoir  efté  faites  pour 
exercerles  Indiens,  de  peur  qu'ils  ne  demeu- 
raient dy  fifs.  Quand  il  conqueftoit  vne  Pro- 
uince  de  riouueau ,  il  auoit  accouftumé  d'en- 
uoyer  incontinent  la  plus  grande  part&  les 
principaux  des  naturels  de  ce  pays  ,  en  d'autres 
Prouinces,  ou  bien  en  fa  court,  &  les  appel- 
lent auiourd'huy  au  Peru,  Mitimas.  Puis  au  lieu 
d'iceux  il  enuoyoit  d'autres  de  la  nation  de  Cuf- 
co,fpecialemcnt  les  Oreiones,  qui  éftoiét  com- 
me les  Cheualiers d'ancienne  maifon.  Ils  cha- 
Ôioient  rigoureufement  les  crimes, &  deli&s, 
ceft  pourquoy  ceux  qui  ont  cogneu  quelque 
chofe  de  celâ,font  bien  d'opinion  qu'il  n'ypeut 
auoir  de  meilleur  gouuernement  pour  les  In- 
èkn$>  ny  plus  affeurc^ue  celuy  des  Inguas, 


desjndes.  Liure  VI.         29? 


De la  diftribution  que  le  s  Inguas  f ai/oient  de 
leurs  vajjaux. 

Chapitre    XIII. 

Our  particularifer  dauantage  ce  que 
pSjj  iay  dit  cy-deiïus,ron doit fçauoir que 
~  la  diftribution  que  faifoient  les  Li- 
guas de  leurs  vaflàux ,  eftoit  fî  exacte 
&  particulière,  quelles  poauoittous  gouuer- 
ner  fort  facilement ,  combien  que  fon  Royau- 
me fuft  de  mil  lieues  d'eftenduë;  car  ayant  cpn- 
quefté vne  Prouince,  il  reduifoit incontinent 
les  Indiens  en  villes  &  communautez,  lefquels 
il  diuifoit  en  bandes.  Sur  chacune  dixaine  d'In- 
diens il  en  cômettoit  vn  pour  en  auoir  la  char- 
ge, fur  chaque  centaine  vn  autre,  fur  chaque 
millier  vn  autre ,  Ôc  fur  dix  mil  hommes  vn  au- 
tre, lequel  ils  appelaient  Humo,  qui  eftoit 
vne  des  grades  charges,  &  par  defTus  tous  ceux- 
là  encor,  en  chaque  Prouince  il  y  auoit  vngou- 
uerneurdelamaifondes  Inguas,  auquel  tou* 
les  autres  obeyflbient,  &  luy  rendoient  conte 
tous  les  ans  par  le  menu,de  tout  ce  qui  eftoit  ar- 
riué,  a  fçauoir  de  ceux  qui  eftoient  nez,  de  ceux 
qui  eftoient  morts ,  des  trouppeaux  ôc  des  fe- 
mences.  Les  gouuerneurs  fortoient  par  chacun 
an  de  Cufco,  où  eftoit  la  courte  y  retournoiét 
pourlagrandefeftedu  Rayme,  en  iaquelleiîs 
apportoient  tout  le  tribut  du  Royaume  à  la 
court,&  n'y  pouuoTent  Centrer  qu'à  cefte  co  fi- 
nition. Tout  le  Royaume  eftoit  diuifé  en  qua- 

Oo  iij 


Hifioire  naturelle 

tre  parties, qu'ils  appelaient  Tahuantinfuyo, 
fçauoir  Chinchafuyo,  Collafuyo,  Aridefuyo  Ôc 
Condcfiiyo,  fuiuant  les  quatre  chemins  qui  for- 
toientde  Cufco  oùrefidoitlacourt,  ôc  fefai- 
foient  les  afremblees  générales  du  Royaume. 
Ces  chemins  ôc  Prouinces  correfpondantes  à 
iceux,  eftoient  vers  les  quatre  coings  du  mode , 
Collafuyo  au  Sud,Cmnchafuyo  au  Nort,Con- 
defuyo  au  Ponent,  &  Andefuyo  au  Leuant.  En 
toutes  les  villes  ôc  bourgades  il  y  auoit  deux 
fortes  de  peuple,  qui  eftoient  de  Hananfaya& 
Vrinfaya ,  qui  eft  comme  dire,  ceux  d'enhaut  & 
ceuxd'embas.  Quand  Ton  cômandoit  de  faire 
quelque  œuure,ou  de  fournir  quelque  chofe  à 
l'ingua  les  officiers  fçauoient  aufti  toft  de  com- 
bien chaque  Prouince ,  ville  Ôc  partialité  y  de- 
uoit  côtribuer,  dot  le  département  ne  fe  faifoit 
point  par  parts  efgales,mais  par  cottifation,  fé- 
lon la  qualité  ôc  moyens  du  pays.  Tellement 
que  s'il  falloir  cueillir  par  manière  de  dire,  cent 
mil  fanegues  de  mays  ,  Ion  fçauoit  aufli  toft: 
cobien  il  fall oit  que  chaque  Prouince  en  bail- 
laft ,  fuft  la  dixiefme  partie ,  la  feptie fme,  ou  la 
cinquiefme.  Autant  en  eftoit  des  villes  &  bour- 
gades ,  &  Aillos ,  ou  lignages.  Les  Qutpoca- 
ttiayos,  qui  eftoient  les  officiers  &  intendans, 
îenoient  le  conte  de  tout  auec  leurs  filetz  & 
neuds,  fans  y  faillir  aucunement, rapportans  ce 
quel'onauoitpayé,iufquà  vne  poulie &vne 
charge  de  bois,  ôc  en  vn  moment  voyoït-on 
|>ar  leurs  regiftres  ce  que  chacun  deuoit  pay  çr. 


âesjnâes.  Dure  VI.         291 


Des  édifices  &  façon  de  baflir  des  InguM. 

Chapitre     XIV. 

Es  édifices  ôc  baftimens  que  les 
nguas  ont  faits  en  temples  ôc  for- 
cerefTes,  chemins,  maifons  des 
.hampsv&*  autres  femblables  qui 
ont  efté  en  c^rand  nombre  ôc  d'vn 
excean  uauail  comme  l'on  peut  voir  encor  au- 
iourd'huy  par  les  ruines  ôc  veftiges  qui  en  re- 
lient, tant  en  Cufco, qu'en  Tyaguanaco,Tam- 
bo  ôc  en  autres  endroits,  où  il  y  a  des  pierres 
d'vnegrâdeurdémefuree  :  de  forte  que  l'on  ne 
peut  penier  corne  elles  furent  couppees ,  ame- 
nées &  aflifes  au  lieu  où  elles  eftoient.  Il  venoiç 
vn  grand  nombre  de  peuple  de  toutes  les  Pro- 
uinces  pour  trauailler  à  ces  édifices  Ôc  forteref- 
fes  que  l'Ingua  faifoit  faire  en  Cufco,  ou  en 
d'autres  parties  de  fon  Royaume  ;  d'autant  que 
tels  ouurages  eftoient  eftranges,&  pour  efpou- 
uenter  ceux  qui  les  contemploient  :  Ils  n'v- 
foient  point  de  mortier  ou  ciment,  ÔC  n'a- 
uoient  point  de  fer,  ny  d'acier  pour  couper  ôc 
mettre  enœuure  les  pierres.  Ils  n'auoientnon 
plus  de  machines,  ny  d'autres  inftruments  pour 
les  apporter:  ôc  toutesfois  elles  eftoient  fi  pro- 
prement mifes  en  ceuure,  qu'en  beaucoup 
d'endroits  à  peine  voyoit-on  la  iointuredes 
vues  auec  les  autres-,  &  y  a  plufieurs  de  ces 
pierres  fi  grandes,  comme  il  eft  dict,  que  ce 
leroitvne  choie  incroyable  fi  on  ne  les  voyoir, 
Iemefuray  à  Tyaguanaço  vnepjerre  de  trente 

O  o  iiij 


ffifloire  naturelle 

huid  pieds  de  long,  de  dix  huid  de  large,&  fix 
d'efpais.  Et  en  la  muraille  de  la  forterefTe  de 
Cufco ,  qui  eft  de  Moallon ,  il  y  a  beaucoup  de 
pierres  qui  font  encor  d' vne  plus  eftrange  gran- 
deur ,  &  ae  qui  eft  plus  efmerueillable,  eft  que 
ces  pierres  n'eftans  point  taillées,  ny  efquarries 
pour  les  accommoder,  maïs  au  contraire  fort 
inégales  les  vnes  aux  autres  en  la  torme  &  gran- 
deur ,  neanemoins  ils  les  ioignoient  Se  enchaf- 
foient  les  vnes  auec  les  autres,  fans  ciment,  dV- 
ne  façon  incroyable.  Tout  cela  fc  faifoit  à  for- 
ce  de'  peuple,  ôc  auec  vne  grande  patience  à 
y  trauailler.  Car  pour  enchafler  vne  pierre  auec 
l'autre,  félon  qu'elles  eftoient  adiuftees,  il 
eftoit  befoing  de  les  eflayer,  &  manier  plu- 
sieurs fois  la  plus-part  d'icelles,  n'eftans  pas 
efgales,  ny  vnies.  L'Ingua  ordonnoit  par  cha- 
cun an  ie  nombre  du  peuple  qui  deuoit  venir 
pour  trauailler  aux  pierres  &  édifices ,  &  en 
faifoient  les  Indiens  le  département  entr'eux 
corne  des  autres  chofes,  fans  qu'aucun  fuft  fou- 
lé. Neantmoins  encor  que  ces  édifices  fuiTent 
grands,  ils  eftoient  communément  mai  ordon^ 
nez  &  incommodes,  &  prefque  comme  les 
Mofquittes,  ou  édifices  des  barbares.  Ils  n'ont 
feeu  faire  d'arcades  en  leurs  édifices  ny  de  ci- 
ment pour  les  baftir.  Quand  ils  virent  drefTer 
des  arcs  de  bois  en  la  riuiere  de  Xaura,  &  après 
quelepontfutacheué  qu'ils  virent  rompre  le 
bois,  tous  commencèrent  à  fuyr,  penfansque 
ie  pont  qui  eftoit  de  pierre  de  taille  deuft  tom- 
ber à  rinftant  j  &  comme  ils  eurent  veu  qu'il 
demeuroit  ferrne,  &  <jue  les  Efpagnols  mar- 


des  Jnâes.  Dure  VL  2P3 

choient  delTus,  le  Cacique  dift  à  fes  compagnes: 
lleHienmfonme  nou*  jemionsà  ceux-cy  qm  Jemblent 
hieneflrea  U  venté  fils  d»Scled.  Les  ponts  qu'ils  fcu- 
foienc  eftoient  de  ioncs  titîus,  qu'ils  attachaient 
au  riuage  auec  de  forts  pieux,  d'autant  qu'ils  ne 
pouuoient  faite  aucuns  ponts  de  pierres ,  ny  de 
bois.  Le  pont  qui  eft-  aujourd'huy  au  cours  de 
Teau  du  grand  lac  de  Chiquirto  en  Coilao ,  eit 
admirable  :  car  ce  bras  d'eau  eft  fi  profond  que 
l'on  n'y  peut  aiTeoir  aucun  fondement  ;  &  ii  lar- 
ge, qu'il  n'eft  pas  poflibk  d'y  faire  vne  arche  qui 
le  trauerfe;  tellement  qu'il  *ait  du  tout  impol- 
fible  d'y  faire  aucun  pont ,  fuft  de  pierre   ou  de 
bois.  Mais  l'entendement  &  induftne  des  In- 
diens inuenta  le  moyen  d'y  faire  vn  pont  allez 
ferme  &  alterne,  eftant  fait  feulement  de  paille; 
chofequifemble  fabuleufe,  &  toutefois  quieifc 
veritable  :  car  comme  nous  auons  dit  cy  deffus, 
ils  amatfent  &  attachent  enfemble  certaines 
bottes  de  joncs  &  d'herbiers  qui  f  engendrent 
au  lac  qu'ils  appellent  Totora-,  &  comme  c'eft 
vne  matière  fort  légère,  Ôc  qui  ne  f  enfonce  pas 
en  l'eau,  ils  iettent  detfusvne  grande  quantité 
de  ioncs,  puis  ay  ans  arrefté  Rattaché  ces  bot- 
tes d'herbiers  d'vn  cofté  &  d'autre  de  la  nuiere 
les  hommes  Se  les befteschargez  panent  par  de  j  • 
fus  fort  à  l'aife.  le  me  fuis  quelquefois  efmerueil- 
lcen  paiTant  ce  pont,  de  l'artifice  des  Indiens 
veuqued'vnechofe  fi  facile  *  fi  commune  ri$ 
font  vn  pont  meilleur,  &  plus  aiTeuré  que  n'eu: 
pas  le  pont  de  batteaux  de  Seuille  à  Tnane.  1  ay 
mefurélalongueur  decepont,  &fibienm'en 
fouuicnt,iieftoit-depltts  de  trois  cents  pieds, 


M 


Hiftoire  naturelle 

&  difent  que  la  profondité  de  ce  courant  eft  u 
très -grande,  &femble  pardeflusque  l'eau  n'a  i 
aucun  mouuement,  toutefois  ils  difent  qu'au  f 
fonds  il  a  vn  cours  furieux  &  violent.   Cecy  fuf- 
fifepour  les  édifices. 


Pu  reuenu  de  llngua ,  &  de  tordre  des  tributs 
qu'il  impofoit  aux  Indiens. 

.Chapitre  XV. 

A  ricSïeâTe  des  Inguas  eftoit  in- 
comparable  :  car  bien  qu'aucun 
Roy  n'heritaft  point  des  moyen* 
Se  thrèfors  de  fon  predecefleur, 
neantmoins  ils  auoient  à  leur  vo- 
lonté toutes  les  richefTes  qui  eftoient  en  leun 
Royaumes,  tant  d'argent  &  d  or,  comme  dV 
ftotfe,  de  cumbi  &  beftiaux,en  quoy  ils  eftoient 
tres-abondansi  &laplusgrade  richefTe  de  tou- 
tes eftoit  l'innumerable  multitude  de  vaflàux 
qui  eftoient  tous  occupez  &  attentifs  à  ce  qui 
plaifoit  au  Roy.  Us  apportoient  de  chaque  Pro- 
uince  ce  qu'il  auoit  choiiï  pour  fon  tribut.  Les 
Çhichas  luy  enuoyoient  du  bois  odoriférant  8c 
riche,  lesLucanas  desbracards  pour  porter  fa 
littiere,  les  Chumbilbicas  des  danceurs;  &  ainu* 
tout  le  refte  des  Prouinces  Juy  enuoyoit  de  ce 
qu'ils  auoient  en  abondance,  &  ce  outre  le  tri- 
but  gênerai  auquel  touscontribuoient.  Les  In- 
diens qui  eftoient  nommez  pour  cet  effe&,  tra- 
iiailloient  aux  mines  d'argét  &  d'or  qui  eftoient 
au  Peru  en  grande  abondance,  lefquels llngua 


des  Indes.  Dure  VI.  29+ 

entretenoit  de  ce  qu'ils  auoient  debefoinpout 
Jleursdefpensi  &tout  ce  qu'ils  tiroient  a  or  & 
L'argent  eftoit  pourluy.  Par  ce  moyen  .1  y  a  eu 
en  ce  Royaume  de  fi  grands  thtefors ,  que  c  eft 
l'opinion  deplufieurs,  que  ce  qui  tomba  entre 
les  mains  des  Efpagnols ,  combien  que  c'ait  elle 
vn  çrand  nombre ,  côme  nous  fçauons  n  eftoit 
paskd.xiefme  pattiedece  que  les  Indiens  en- 
fouyrent  &  cachèrent,  fans  qu'on  1  aye  peu  def- 
couurir,  neantmoinstoutes  lesdil.gencesque 
Pauarice  y  a  enfeignees  pour  «faire.  Mais  la 
plus  grande  richefie  de  ces  barbares  eftoit ,  que 
leurs  valîeaux  eftoiêt  tous  leurs  efclaues,  du  tra- 
uail  defquels  ils  ioiiilToient  à  leur  contentera"}- 
&  ce  qui  eft  admirable,  ils  fe  feruoient  d  eux  d  v- 
ne  telle  façon,  que  cela  ne  leur  eftoit  pas ferui- 
tude,  ma.spluftoft  vneviefottdeliçieufe  Or 
pour  entédre  l'ordre  des  ttibuts  que  les  Indiens 
payoient  à  leurs  Seigneurs,  on  doit  fçauoir  que 
fors  que  l'Ingua  conqueftoit  quelques  villes ,  il 
endiuifoit  toutes  les  terres  en  trois  parties  ;  la 
première  d'icelles  eftoit  pout  la  Religion  &  cé- 
rémonies; dételle  forte  que  le  Pachayachaqm, 
oui  eft  le  Créateur,  &  le  Soleil,  le  Chuquilla, 
qui  eft  le  tonnerre ,  le  Pachamama  &  les  morts 
&  autres  Guacas  &fanftuaires  eullent  chacun 
leurs  propres  terres  ,  &  le  fruid  defquelles  fe 
eaftoit,  &  confommoit  en  facrifices,  &  en  la 
lournture  des  miniftres  &  Preftres:  car  il  auoit 
i  des  Indiens  députez  pour  chaque  Guaca&ian- 
ftuaite,  &  la  plus  grande  partie  de  ce  reuenu  ie 
defpendoit  en  Cufco.où  eftoit  1  vmuerfel &  gê- 
nerai fan<3uaire  ;  &,l'autte  en  la  mefine  ville  ou 


ififtoire  naturelle 
iî  fe  cueilloir,  pource  qu'à  limitation  de  Cufco^  I 
il  y  auoit  en  chaque  ville  des  Guacas  &  oratoi- 1 
res  dumefme  ordre,  &auec  les  rnefmes  fon-  I 
cirions,  qui  eftoient  feruis  de  la  mefme  façon,  ôc  I 
cérémonies,  que  celuy  deCufco,  qui  eftvne'1 
chofe  admirable,  ôc  dont  l'on  eft  bien  informé,  P 
comme  on  Ta  trouué  en  plus  de  cent  villes,  &l 
quelques-vnes  diftantes  deux  cents  lieues  de  ' 
Culco.  Cequeronfemoit  ôc  recueilloit  en  ces  \ 
terres,  eftoit  mis  en  des  maifons  comme  dépoli- 
taires ,  bafties  pour  cet  effecl: ,  ôc  eftoit  cela  vne 
grande  partie  du  tribut  que  les  Indiens  payoiét. 
le  ne  peux  dire  combien  femontoit  celle  par- 
tie, pource  qu'elle  eftoit  plus  grande  en  des  en- 
droits,  qu'en  autres,  Ôc  en  quelques  lieux  eftoit 
prefque  le  tout ,  ôc  cefte  partie  eftoit  la  premiè- 
re que  l'onmettoit  à  profit.  La  féconde  partie 
des  terres  &  héritages  eftoit  pour  i'Ingua,  de  la- 
quelle iuy  ôc  fa  maifon  eftoient  fuftantez ,  mef- 
me  fes  parents ,  les  feigneurs ,  les  garnifons ,  ôc 
fcldats.  C'cftpourquoyc'eftoit  la  plus  grande 
portion  de  ces  tributs,  ainfî  qu'il  appert  par  la 
quantité  delor,  de  l'argent,  ôc  autres  tributs 
qui  eftoient  es  maifons  à  ce  députées,  lefquelleS 
font  plus  longues ,  ôc  plus  larges ,  que  celles  où 
Ton  garde  les  reuenus  des  Guacas.  L'on  portoit 
ce  tribut  fort  foigneufement  en  Cufco,  ou  bien 
es  lieux  où  il  en  eftoit  debefoing  pour  lesfol- 
dats ,  ôc  quand  il  y  en  auoit  quantité ,  on  le  gar- 
doit  dix  ôc  douze  ans,  iufques  au  temps  de  ne- 
ceiîité.  Les  Indiens  cultiuoient  Ôc  approfitoient 
ces  terres  deTïngua,  après  celles  des  Guacas, 
pendant  lequel  te«ips  ils  viuoient,  Ôc  eftoient 


des  fades.  Dure  VL  z9f 

nourris  aux  defpes  de  l'Ingua,  du  Soleil,  ou  dts 
Guacas,  félon  les  terres  qu'ils  labouroient.  Mais 
les  vieillards,  les  femmes  &  les  malades  eftoienr 
,!referuez  &  exempts  de  ce  tribut  ;  &  combien 
-jque  ce  qu'on  recueilloit  en  ces  terres ,  fuft  pour 
iTlngua,   ou  pour  le  Soleil,  ou  Guacas,  neant- 
I  moins  la  propriété  en  appartenait  aux  Indiens, 
I  &  leurs  predecefleurs.  La  troifiefme  partie  des 
|  terres  eftoit  donnée  par  l'Ingua  pour  la  commu- 
I  nauté ,  &  n'a- on  point  defcouuert  fi  cefte  por- 
\  tio  n  eftoit  plus  grande ,  ou  moindre ,  que  celle 
de  l'Ingua,  ou  Guacas:  toutefois  il  eft  certain 
que  l'on  auoit  efgard  à  ce  qu'elle  fuft  militante 
pour  la  fuftentation  &  nourriture  du  peuple. 
Aucun  particulier  ne  pofledoit  chofe  propre  de 
cefte  troifiefme  portion,  nyiamais les  Indiens 
n'en  poflederent,  fi  ce  n'eftoit  par  grâce  fpecial» 
de  l'Ingua,  &  toutefois  cela  ne  pouuoit  élire  en- 
gagé, ny  diuifé  entre  les  héritiers.  On  departoit 
par  chacun  an  ces  terres  de  communauté ,  en 
baillant  à  vn  chacun  ce  qui  luy  eftoit  de  befoing 
pour  la  nourriture  de  fa  perfonne  &  famille. 
Par  ainfi  félon  qu'augmentoit ,  ou  diminuoit  la 
famille,  l'on  hauflbit,  ou  retranchoit  la  part:  cac 
il  y  auoit  des  mefures  déterminées  pour  chaque 
perfonne.  Les  Indiens  ne  payoient  point  de  tri- 
but de  ce  qui  leur  eftoit  departy:  car  tout  leur 
tribut  eftoit  decultiuer  ,  &  maintenir  en  bon 
cftatles  terres  del'Ingua  &  des  Guacas,  &de 
mettre  les  frui&s  d'icelles  aux  depofitaires. 
Quand  l'année  eftoit  fterile,  on  donnoit  de  ces 
mefmes  fruits  ainfi  referuez ,  auxneceffiteux, 
d'autlt  qu'il  y  en  auoit  toufiours  de  fuperabon- 


è 


Hiftoire  naturelle 

dant.  L'Ingua  faifoit  la  diftribution  du  beftial 
ainfi  que  des  terres,  qui  eftoit  de  le  conter  &  di~ 
uifer,  puis  ordonner  les  pafturages  &  limites, 
pour  le  beftial  des  Guacas,  de  l'Ingua,  ôc  de  cha« 
que  ville  j  c'eftpourquoy  vne  partie  du  reuenu 
eftoit  pour  la  religion ,  vne  autre  pour  le  Royi 
&  l'autre  pour  les  mefmes  Indiens.  Le  mefme 
ordre  eftoit  gardé  entre  leschaffeurs,  n'eftanc 
permis  d'enleuer,  ny  de  tuer  des  femelles.  Les)] 
trouppeaux  des  Inguas  ôc  Guacas  eftoient  en 
grand  nombre,  &  fort  féconds;  pour  cefte  eau- 
fe  ils  les  appelloienr  Capaëllama  :  mais  ceux  du 
commun  ôc  public  eftoient  en  petit  nombre,  & 
de  peu  de  valeur ,  parquoy  ils  les  appelloient 
Bacchaîlama.  l'Ingua  prenoit  vn  grand  foing 
pour  la  conferuation  du  beftial,  d'autant  que 
c'eftoit,  &eft  encores  route  la  richefte  de  ce 
Royaume,  &  comme  il  a  efté dit ,  ils  ne facrif  . 
fioient  point  de  femelles,  ôc  ne  les  tuoiét  point* 
nyne  les  prenoient  à  la cha(Te.  Silaelaueleeon 
rongne,  quvils  appellent  catache,  venoit  à  quel- 
que befte  ,  elle  deuoit  eftfe  à  i'inftant  enterrée 
toute  vine,  de  peur  qu'elle  nebaillaftlemalà 
d'autres.  Us  tondoient  le  beftial  en  leur  faifon^ 
Ôc  en  diftnbuoient  à  vn  chacun  pour  filer  Ôc  tir- 
tre  de  la  matière  ôc  eftoffe  pour  le  feruice  de  fa 
famille  ,  y  ayant  des  vifiteurs  pour  f'enquerir 
fils  f  accomplûToient ,  lefquels  chaftioient  les 
négligents.  L'on  tilîoit  ôc  faifoit  des  eftoffes  de 
la  laine  du  beftial  de  l'Ingua ,  pour  luy ,  Ôc  pour 
les  liens,  l'vne fort  fine,  &  à  deux  faces, qu'ils 
appelloient  cûbi  yôc  l'autre  grofliere  Ôc  moyen- 
ne, qu'ils  appelloient  Abafea.  Il  n'y  auoù  aueu»: 


des  Indes.  Liure  Vh  2^^ 

nombre  de  ces  eftoffes  ou  habits  arrefté ,  finon 
ce  que  l'ondepartoit  à  vn  chacun.  La  laine  qui 
reftoit  eftoit  mife  aux  magazins ,  dequoy  les  Lf- 
ipagnols  les  trouuerent  encores  tous  pleins,  & 
jde  toutes  les  autres  chofes  necefTaires  à  la  vie 
humaine.  Il  y  aura  peu  d'hommes  d'entende- 
|ment  qui  ne  foient  efmerueiliez  d'vn  fi  notable 
\ôc  bien  ordonné  gouuernement,  puisque  les 
Indiens  (fans  eflre  Religieux,  ny  Chreftiens) 
gardoient  en  leur  façon  cefte  perfection  ,  de  ne 
tenir  aucune  chofe  en  propre ,  &  de  pouruoir  à 
toutes  leurs  riecefïitez,  entretenans  fi  abondam* 
ment  les  choies  de  la  Religion ,  &  celles  de  leur 
Roy  &  Seigneur. 


Des  arts  &  offices  quexerçoïent  les  Indiens, 

Chapitre    XVI. 

Es  IndiensduPeruauoientvne per- 
fection ,  qui  eftoit  d'enfeigner  à  vn 
chacun  des  petits  enfans  tous  les  arts 
&  les  meftiers  quieftoientvtiles,  & 
neceiïaires  pour  la  vie  humaine  :  la  raifon  eftoiC 
pource  qu'il  n'y  auoit  point  entr'eux  d'artifans 
particuliers,  comme  le  font  entre  nous  autres 
les  coufturiers,  les  cordonniers,  les  tifTerans,  & 
autres  j  mais  tous  apprenoient  tout  ce  qu'ils 
auoient  de  befoin  pour  leurs  perfonnes  &  mai- 
fons,  &fepouruoyoientàeux-mefmes.  Tous 
fçauoient  tiltrc  &  faire  leurs  habits ,  c'eft  pour- 
quoy  llngua  les  fourmifant  de  laine ,  leur  don- 


*J 


Hifioire  naturelle 
noit  des  habits.  Tous  feauoient  labourer  la  ter- 
re, &  l'approfiter ,  fans  loiier  d'autres  ouuriers* 
Tous  baftiiïbient  leurs  maifons ,  &  les  femmes 
eftoient  celles  qui  en  fçauoient  le  plus,  lef- 
quelles  n'eftoient  point  nourries.,  en  délices, 
maisferuoient  leurs  maris  fort  foi gneufement. 
Les  autres  arts  &  meftiers  qui  n'eftoient  point 
pour  leschofes  communes  &  ordinaires  delà 
vie  humaine,  atioïent  leurs  propres  compagnôs 
&  manufa&eurs  ,  comme  eftoient  les  orfèvres, 
les  peintres,  les  pottiers,  les  barquetiers,  les  co- 
teurs,  ÔV  les  ioùeurs  d'inftruments.  Il  yauoit 
aufh*  mefme  des  tifïerans  &  architectes,  pour 
les  œuures  exquifes,  defquels  fe  feruoient  les 
Seigneurs  :  mais  le  commun  peuple ,  comme  il 
a.  efté  dit,  auoit  chez  luy'tout  ce  qui  luy  eftoit  de 
befoing,  pour  fa  maifon,  fans  qu'il  luy  conuinft 
rien  acheter.  Ce  qui  dure  encores  aujourd'huy, 
de  forte  que  nul  n'a  befoing  dautruy  pour  les 
chofesnece(ïaires,pourlaperfonne,  &pour  fa 
maifon,  comme  eft  de  chauiTure ,  veftemenr,  & 
de  maifon,  de  femer,  de  recueillir,  &  de  faire  les 
ferremens  &  instruments  à  ce  neceflaires.  Les 
Indiens  imitent  prefque  en  cela  les  inftitutions 
des  Moines  anciens ,  defquels  il  eft  traitté  en  la 
vie  des  Pères.  A  k  vérité  c'eft  vn  peuple  peu 
auare,  &peu  délicieux;  àraifon  dequoyilsfe 
contentent  de  pafTer  le  temps  aflèz  doucement, 
ôc  certes f'ils  choififlbieni  cefte  faconde  viure 
par  eilection ,  &  non  pas  par  couftume ,  ny  par 
nature,  nous  dirions  que  ce  ieroit  vne  vie  de 
grande  perfe&ion,  veu  qu'elle  eft  aiTez  idoine 
pour  receuoir  la  do&rine  du  fain&  Euangile ,  fi 

con- 


des  Jndes.  Liure  VI.  i9r 

contraire ,  &  fi  ennemie  de  l'orgueil,  de  Tauaii» 
ce,  &  de  la  volupté.  Mais  les  Prédicateurs  ne 
;  donnent  pas  toufiours bon  exemple,  fdonlà 
doctrine  qu'ils  prefcherit  aux  Indiens,  C'çftvne 
chofe  remarquable,  que  combien  que  les  Indies 
!  foient  fi  fimples  en  leur  mode  «5c  habits  ,  toute- 
fois on  y  vôid  vnegrâdé  diuerfité  entre  les  Pro- 
uinces ,  fpecialement  en  leur  Habit  de  tefte  :  car 
|  en  quelques  endroits  ils  portent  vn  loftgtifîu, 
j  duquel  ils  font  plufieurs  tours  ;  en  d'autres  vn 
i  autre  tiflu  large  qui  rie  fait  qu'vn  to  ur  ;  en  d'au- 
;  très  comme  de  petits  mortiers  ou  chapeaux;  eiï 
!  quelques  endroits  comme  des  bonnets  hauts  ÔC 
;  ronds;  &en  d'autres  comme  des  fonds  de  facs, 
iauec  mil  autres  différences,  llsauoient  vneloy 
|  eftroitte  &  inuiolable,  qu'aucun  ne  peuft  chan- 
ger la  mode  ôc  façon  d'habits  de  fa  Prouince, 
encore  qu'il  f  en  allait  viure  eh  vne  autre;  ce  que 
l'Ingua  eftimoit  eftre  de  grande  importance 
pour  Tordre  ,  ôc  bon  gouuerncment  de  forî 
Royaume,  ôc lobferuent encores aujourd'hui 
bien  que  cène  foit pas  auecvn  tel  fôing  qu'ils 
aUoient  accoufturné. 


Despotes  &  Chafqnis  dont  les  Inguns 
fi  fer  votent. 

Chapitre    XVÏL 

L  y  âuoitvn  grand  nombre  de  portes^ 
ôc  courriers,dont  l'Ingua  fe  feruoit  en 
tout  fori  Royaume,  lefquels  ils  appel- 
aient Cha'fquis,  ôc  eftoient  ceux  qui 
portoient  les  mandemens  aux  Gouuerneurs,  & 


-J 


Hifîoire  naturelle 

ràpportoient  leurs aduis  &  aduerti(Tements  à  la 
cour.  Ces  Chafquis  eftoient  mis  &  pofez  à  cha- 
cune courfe  quieftoit  àlieiie  &  demie  l'vnc  de 
l'autre,  en  deux  petites  maifons,  où  ils-eftoient 
quatre  Indiens,  lefquels  on  y  commettoit  de 
chaque  contrée,  &eaoienteichangez  de  mou 
en  mois.  Ayansreceu  le  paquet  ou  meflage,  ils 
couroient  de  toute  leur  force  iufques  à  ce  qu'ils 
l'eulîbnt  baillé  à  l'autre  Chafquis,  eftanstouf- 
jours  appareillez  &  au  guet  ceux  qui  dcuoient 
courir,  lis  couroient  en  vniour  &  vnenuid, 
cinquante  heiies,  combien  que  la  plufpart  de  M 
pays- là  foit  fort  afpre.  Usferuoient  auflipout 
apporter  les  chofes  que  i'Ingua  vouloir  auoit 
promptement;  ceftpourquoy  il  y  auoit  tout- 
jours  en  Cufco  du  poilîon  de  mer,  frais  de  deux 
iours,  ou  peu  davantage ,bien  qu'il  en  fuft  eûoi. 
gné  de  plus  de  cent  lieues.  Depuis  que  les  Efpa- 
gnols  y  font  entrez  ,  l'on  a  encore  vfe  tk  ces 
Chafquis  aux  temps  des  feditions ,  ôceneftoit 
grand  befoing.  Le  Viceroy  Dom  Martin  les  mit 
ordinaires  à  quatre  lieues  l'vn  de  l'autre ,  pour 
porter  &  rapporter  lesdefpefches,  quieftvne 
chofe  forr  neceiTaire en  ce  Royaume,  encore* 
qu'ils  ne  courent  pas  auec  lajegerete  que  fat- 
foient  les  anciens,  &  qu'ils  ne  foient  pas  en  fi 
grand  nombre,  neantmoins  ils  font  bien  payez, 
&feruent  comme  les  ordinaires  d'Eipagne,  ou 
Ion  donne  les  lettres  qu'ils  portent  à  quatre,  ou 
cinq  liciies. 


des  înàes:  Liure  Vl.  iH 


Vêla  iupice,  loixy  &  peines  que  les  Inguas  ont 
ordonnés,  &  de  leurs  mariages. 

Chapitre   XVIII. 

Ovî  àihfî  comme  ceux  quÈ  fal- 
Sfj  foiét  quelque  bon  feruice  en  guer* 
re,  ouàiadminiflration  delaRe- 
pubh  eftoient  hohorefc,  Ôc  recom- 
péfèz  de  charges  publiques,  de  ter- 
res qui  leur  eftoient  données  en  propre,  d'armes 
&  marques  d'honneur  ,  de  mariages  auec  fem- 
mes du  lignage  dei'lngUa:  ainfi  donnoient-  ils 
de  feueres  chaftimens  à  ceux  qui  eftoient  def  o- 
beïiïans  Ôc  couîpables.  ils  puniflbiét  de  mort  leè 
homicides,  les  larcins,  les  adultères,  ôc  ceux  qui 
cômettdient  incèfte  auec  les  afeendans,  ou  def 
cendans  en  droite  ligne ,  eftoient  auffi  punis  de 
mort.  Mais  ils  ne  tenoient  point  pour  adultère 
d'auoirplufieul's  femmes,  ou  concubines,  ocel- 
les n'ericouroient  point  la  peine  de  mort  pour 
eftre  trouuees  auec  d'autres ,  ains  feuleméYcelle 
quieftoitlavraye  ôc  légitime  efpoufe,  auec  la- 
quelle proprement  ils  contractaient  mariage; 
car  ils  n'en  auoient  point  plusd'vne,  laquelle 
ils  efpoufoient ,  &reccubient  âuec  vhe  parti- 
culière iolemhité&  cérémonie,  quieftoitque 
l'efpoux  fe  tranfportoit  à  la  maifon  d'elle,  &  de 
là  lamenoitauecluy ,  luy  ayant  premièrement 
mis  au  pied  vneôttoya.  Ils  appellent  ottoyala 
chaufïure  dont  ils  vfent  par  delà,  qui  eft  vri 
chauiïbn  ou  fouiier  ouuert  comme  ceuxdes  frs* 

Ppfj 


Hiftoire  naturelle 

rés  de  fainft  Frâçois  \  fi  refpoufc  eftoit  pucellcj 
fon  otcoya  cftoit  de  laine:  mais  fi  elle  ne  l'eftoit, 
il  eftoit  fait  de  jonc.  Toutes  les  autres  femmes, 
ou  côcubines  du  mary  honoroient,&  feruoient 
celle- la  comme  femme  légitime,  qui  feule  au/fî 
après  le  deceds  du  mary,  portoit  le  dueil  de  noir 
l'efpace  d'vn  an  ,  &  ne  (e  marioit  point  qu'après 
ce  temps  palfé^  eftoit  communemét  plus  îeu- 
ne  que  le  mary.  L'Ingua  donnoit  de  fa  main  cè- 
de femme  à  (es  gouuerneurs  &  capitaines,  &  les 
gouuerneurs  &  Caciquesaflembloient  en  leurs 
villes  tous  les  ieunes  hommes  &  ieunes  filles  et» 
vne  place,&  leur  donnoient  à  chacun  fa  femme, 
auec  la  cérémonie  fufdite,  de  luy  chauffer  ceft 
ottoya,  &,de  cède  façon  contracltoiét  leurs  ma- 
riages.Si  cefte  femme  eftoit  trouuee  auec  vn  au- 
tre que  le  mary,  elle  eftoit  punie  de  mort,  &  l'a- 
dultère au(fi:&  bien  que  le  mary  leur  pardon- 
flaft,  elles  ne  laifïbient  pas  d  eftre  punies  ,  mais 
elles  eftoient  difpëfees  delà  mort.Ilsdonnoienc 
vre  femblable  peine  à  celuy  qui  commettoit  in- 
cefte  auec  fa  mère ,  ayeule ,  fille ,  ou  petite  fille: 
car  il neftoit deffendu entr'eux de fe marier , ny 
de  cpneubiner  auec  les  autres  parentes  :  mais  le 
premier  degré  feulement  eftoit  deffendu.  Ils  ne 
perraettoient  point  aufîi  que  le  frère  eufteo- 
gnoitfance  auecfafœur,  en  quoy  ceux  du  Pem 
fe  trompoientfort,  croyansque  leslnguas  Se 
Seigneurs  pouuuient  légitimement  contracter 
mariage  auec  leurs  feeurs,  voirtde  père  ^  6c  de 
mère;  car  à  la  vérité  il  a  toufiours  efté  rentt 
pour  illicite  entre  les  Indiens  ,  &  deffendu  de 
contracter  au  premier  degré  >  ce  qui  duraiuf- 


-h| 


des  Jndes.   Liure  Vh         z99 

qu'au  temps  de  Topa  Ingua  Yupangui ,  père  de 
Guaynacapa ,  &  ayeul  d'Atahualpa,  au  teps  du- 
quel lesEfpagnols  entrèrent  au  Peru,  pource 
que  ce  Topa  Ingua  Yupâgui  fut  le  premier  qui 
rompit  celte  couftume,  &  fe  maria  auecMama- 
oello  fa  fœur  du  cofté  paternel ,  &  ordonna  que 
les  Seigneurs  Inguas  Te  peulîent  marier  auec 
leurs fœurs de  père,  &non  point  d'autres.  Ce 
qu'il  fiftdeiapart,  &  de  ce  mariage  eufl:  pour 
fils  Guaynacapa,  &  vne  fille  appellee  Coya  Cuf- 
{îllimay  j  fe  Tentant  proche  de  la  mort,il  com- 
manda que  Tes  enfans  de  père  &  de  mère  fe  ma- 
riaiîent  enfemblc ,  &  donna  permiflion  au  refte 
des  principaux  defon  Royaume ,  de  fe  pouuoir 
marier  auec  leurs  fœurs  de  père.  Et  d'autant  que 
ce  mariage  fut  illicite ,  &  contre  la  loy  naturel- 
le, Dieu  voulut  mettre  fin  au  Royaume  des  In- 
guas, pendant  le  règne  de  Guafcar Ingua,  3c 
Atahualpa  Ingua ,  qui  eftoit  le  fruicl:  procrée  de 
ce  mariage.  Qui  voudra  plus  exactement  en- 
tendre la  façon  des  mariages  entre  les  Indiens 
du  Peru  ,  qu'il  life  le  traître  que  Polo  en  a  eferit 
àl'inftance  de  Dom  Hierofme  de  Loayfa  Arche- 
cheuefque  des  Rois,  lequel  Polo  en  fîft  vne  fort 
curieufe  recherche ,  comme  il  a  fait  de  plufieurs 
autres  chofes  des  Indiens.  Ce  qui  importe  bien 
d'eftre  cogneu ,  pour  euiter  Terreur  &  inconue- 
nient  où  plufieurs  tombent,  qui  ne  fçachans 
quelle  femme  entre  les  Indiens  eftl'efpoufe  lé- 
gitime, ou  la  concubine,  font  marier  l'Indien 
baptizé  auec  fa  concubine ,  en  laiflant  îà  la  legi^- 
timeefpoufe.  Par  là  voit  on  auflile  peuderai- 
fon  qu'ont  eu  quelques-vns  qui  ont  prétend» 

s     Pp  iij 


Hifloire  naturelle 

eKreque  l'ondeuoit  ratifier  le  mariage  de  ceux 
qui  fe  baptifoient,  encore  qu'ils  fuflent  frère  & 
fœur.Le  contraire  a  efté  détermine  par  le  Syno-  I 
deprouincialdeLyma,  auec  beaucoup  de  rai- 
fon,  puis  qu'il  eft  ainfi  qu'entre  les  Indiens  mef- 
me  ce  mariage  n'eftoit  pas  légitime. 

Djs  l'origine  des  Inguas  Seigneurs  du  Peru,  & 
de  leurs  conquêtes  &  yitfoires. 

Chapitre    XIX. 

-, 

Ar  le  commandement  de  la  Majer| 
fté  Catholique  du  Roy  Dom  Philip-  h 
pes,  l'on  a  fait  la  plus  diligente  &  exa- j 
c~fce  recherche  qu'il  a  efté  poflîble ,  de  j 
l'origine,  cquftume,  &  priuileges  des  Inguas, j 
ce  que  Ton  n'a  peu  faire  fi  bien  comme  Ton  euftj 
defiré ,  à  caufe  que  ces  Indiens  nauQient  po'mçj 
d'eferitures  :  toutesfois  l'on  en  a  reçouurc  ccj 
que  j'en  diray  icy>  par  leursquippos  &  regiftre$J 
lefquels,  comme  j'ay  dit,  leurferuent  de  liures.  j 
En  premier  lieu,  il  n'y  auoit  point  anciennemet 
au  Peru  aucun  Royaume,  ny  Seigneur  à  qui  tous 
obeyiïènt  ,maiseftoientcômunautez,  commet 
il  y  a  encor  aujourd'huy  au  Royaume  de  ChilléJ: 
&  prefquc  en  toutes  les  Prouinces  que  les  Es- 
pagnols ont  conquifes  en  ces  Indes  Occiden-j 
taies,  excepté  le  Royaume  de  Mexique.  Par- 
quoy  on  doit  fçauoir  qu'il  feft  trouué  aux  Indesji 
trois  genres  de  gouuernement ,  &  façon  de  vi- 
ure.  Le  premier  &  meilleur  a  efté  de  Royaume, 
pu  Monarchie,  comme  fut  çeluy  des  Inguas,  & 


\ 


des  Jndes.  Liure  Vh  300 

ceiuy  de  Motecuma ,  combien  qu'ils  furent  en 
la  plus-pait  tyranniques.  Le  fécond  eftoit  de 
Coromunautez,  où  ils  fe  gouuernoient  par  1  ad- 
uis  &  authortté  de  plufieurs ,  qui  font  comme 
Confeillers.  Ceux-là  en  tepsde  guerre  ehfoient 
vn  Capitaine ,  à  qui  toute  vne  nation ,  ou  Pro- 
uince  obey  flbit,&  en  temps  de  paix  chaque  vil- 
le ou  congrégation  fe  regiflbic,  &  fegouuer- 
noit  foy-mefme,  y  ayant  quelques  homes  prin* 
Cipaux,  quele vulgaire refpede,  ôcqueLques- 
fois,  mais  peu  fouuét,  aucuns  d'eux  Paflemhlent 
pour  les  affaires  qui  font  d'importace,  ahndad- 
uifer  ce  qui  leur  eft  conuenable.  Letroifiefme 
genre  de  gouuernemét  eft  du  tout  barbare   qui 
eft  compofé  d'indies  fans  loy,  fans  Roy,  &  fans 
lieu  arrefté ,  qui  vont  par  trouppes ,  comme  be- 
ftes  fauuages.  A  ce  que  j'ay  peu  comprendre,^ 
premiers  habitans  des  Indes  eftoient  de  ce  gen- 
re, comme  le  font  ençores  aujourd'hui  vne 
grande  partie  des  Brefilliens  ,    Chyraguanas,, 
■Chunchos,  Yfcaycingas ,  Bïkôçones,  &  la  plus 
grande  partie  des  Floridiens ,  Ôc  tous  les  Chi- 
chimaquas  en  la  neuue  Efpagne.  De  ce  genre  fe 
forma  l'autre  forte  de  gouuernement  en  Com- 
munautez ,  par  l'induftrie  &  fçauoir  de  quel- 
ques principaux  d'entr'eux  ,  efquels  il  y  a  quel- 
que peu  plus  d'ordre,  &  qui  tiennent  vnheu 
plus  arrefté,  comme  lefont  au|ourd'huyceux 
d'Auracano ,  &  de Teucapel en Chillé ;&ce- 
ftoient  au  nouueau  Royaume  de  Grenade  les 
Mofcas,  &  lesOttomittes  en  la  neuue  Efpa- 
gne, &  en  tous  ceux-cy  îUg  a  moins  de  n>r:e,  & 
beaucoup  plus  de  raifon'  qu'es  autres.  De  ce 
r  r  P  p  îiij 


Hifioire  naturelle 
genre  parîavaillantife  Ôc  fçauoir  de  quelques 
excellens  hommes  fortit  l'autre  gouuernement 
pluspuifïànt  quiinftirua  le  Royaume  &  la  Mo- 
narchie que  nous  trouuafmcs  en  M  exique  &  au 
Peru,  ponrce  que  les  Inguas  mirent  toute  cefte 
terre  en  Jeurfubje&ion,  &  y  eftablirent  leurs 
loir  Ôc  gouuernemêt.  Il  fe  rrouue  par  leurs  mé- 
moires que  leur  règne  a  duré  plus  de  trois  cents 
ans,  mais  n  a  pas  atteint  iufques  à  quatre  cents, 
combien  que  leur  feigneurie  ayt  efté  vn  long 
temps  fans  feftendre  plus  auant  que  cinq,  014 
'fîxlieiies  autour  de  Cufeo.  Leur  commence- 
ment &  leur  origine  a  efté  en  la  vallée  de  Cuf- 
eo, d'où  peu  à  peu  ils  conquefterent  la  terre  que 
nous  appelions  Peru,  &  pafTereht  plus  outre 
que  Qujtto ,  iufques  àlariuiere  dePafto,  vers 
le  Nort ,  ôc  paruindrent  iufques  à  Chillc  vers  le 
Sud,  qui  feroientprefque  mil  lieues  de  long.  l\ 
feftendo.it  en  largeur  iufques  à  la  mer  du  Sud, 
qui  leur  eft  auPonenr,  ôc  iufques  aux  grandes 
campagnes  qui  font  de  l'autre  part  de  lachaif- 
ne  des  Andes,  où  Ton  voit  encor  aujourd'huy  le 
chafteau  qui  fe  nomme  le  Pucara  de  l'Ingua, 
qui  eft  vne  fortereflè  qu'il  fift  baftir  pourdef- 
fenfe ,  ôc  frontière  vers  l'Orient.  Les  Inguas  nç 
f'aduancerent  point  plus  outre  de  cefte  part, 
pour  l'abondance  des  eaux,  marefeages,  lacs,  ôc 
riuieres  qui  courent  en  ces  lieux  5  de  forte  que 
la  largeur  de  ce  Royaume  ne  feroit  pas  droitte- 
ment  de  cent  lieues.  Ces  Inguas  furpalTerent 
toutes  les  autres  nations  de  l'Amérique ,  en  po«? 
Jice  &  gouuernemeijt ,  &  beaucoup  dauantage 
en  valeqr  6c  f  n  armes*  combien  que  les  Canaris 


\ 


des  Indes.  Dure  VI.  jox 

qui  eftoient  leurs  mortels  ennemis,  &"  quifa- 
I  uoriferent  les  Efpagnols,  n'ayent  iamais  voulu 
recognoiftre,  ny  confeffer  cet  aduantage  fur 
eux,  de  telle  façon  que  Ci  encor  auiourd'huy  ils 
viennent  à  tomber  fur  ce  difeours  &  compa- 
;  raifons,&  qu'ils  foientvn  peu  inftiguez,&  ani- 
mez, ils  s  entretueront  à  milliers  fur  ceftedif- 
l  pute  qui  font  les  plus  vaillans,  ainfi  qu'il  eft  ar- 
|  riuéen  Cufco.  L'artifice  &  couleur  delaquel- 
!  le  ks  Inguas  fe  feruoient  pour  conquefter  cV  fe 
j  faire  Seigneurs  de  toute  cefte  terre ,  fut  en  fei- 
!  gnant  que  depuis  le  déluge  vniuerfel, duquel 
i  tous  les  Indiens  ont  cognoiffance.  Je  monde 
|  auoiteftéreftauré  &  repeuplé  par  ces  Inguas, 
&  que  fept  diceux  forcirent  de  lacauemede 
Pacancambo,  à  raifon  dequoy  tout  le  refte  des 
homes  leur  deuoient  tribut  &  vaifellage,  com- 
me à  leurs  progeniteurs:  outre  cela,ilsdifoient 
&  affermoienr  que  eux  feuls  tenoient  la  vray e 
Religion,  &  fçauoient comment  Dieu deuoft 
eftreferuy&  honore',  &  que  pour  cefte  occa- 
fion  ils  y  deuoient  inftruire  tous  les  hommes. 
C'eft  vne  chofe  infinie  que  le  fondemét  qu'ils 
4ônent  à  leurs  couftumes&  cérémonies  ,  &  y 
auoit  en  Cufco  plus  de  quatre  cents  oratoires, 
comme  en  vne  terre  fain&e,  &  tous  les  iieux 
yeftoiét  remplis  de  leurs  myfteres.  Comme  ils 
alloient  conqueftans  les  Prouinces ,  aufti  al- 
loient-ils introduifans leurs  mefmesGuacas,6c 
couftumes.  En  tout  ce  Royaume  le  principal 
idole  qu'ils  adoroient ,  eftoit  le  Viracocha 
Pachayachachic,qui  lignifie  Créateur  du  mon- 
4e s  &  après  luy  le  Soleil.  Ceft  pourquoyils 


Hifioire  naturelle 
difoientquele  Soleil  reccnoit  favcttu  8c  fon 
eftredu  Créateur,  ainfî  que  les  autres  Guaca*, 
&  quilseftoient  interceflèurs  enuers  Juy. 


Du  premier  Ingna,  &  àefesfuccejfeurs. 
Chapitre    XX. 

E  premier  home  que  les  Indien!  | 
racontent  eftre  le  cômencement 
&  le  premier  des  Inguas, fut  Man- 
gocapa,  duquel  ils  feignent  qu'a-  j 
près  le  déluge  il  fortit  de  la  cauer-  j 
ne,  ou  feneftre  de  Tambo ,  qui  eft  efloignee  dç  j 
Cufco,  enuiron  de  cinq  ou  fix  lieues.  Ils  difent  | 
que  ceftuy-là  donna  commencement  à  deux  ) 
principaux  lignages ,  êc  familles  d'Inguas,  les  j 
vns  defquels  furent  appeliez  Hanancufco,  &  j 
les  autres  Vrincufco.  Du  premier  lignage  vin- j 
drentles  Seigneurs,  quicôquefterent,  &gou-  I 
uernerent  cefte  Prouince,  &  le  premier  qu'ils  j 
font  chef,  &  fouche  du  lignage  de  ces  feigneurs 
queiedys,  s'appelloit  Ingaroca,  lequel  fonda 
vne  famille,  ou  Aillo,  qu'ils  appellent  >nômee 
Viçaquiquirao.  Ceftuy-là  encor  qu'il  ne  fuft 
pasgrandfeigneur,feferuoitneantmoinsauec| 
de  la  vaiftelle  d'or  &  d'argent ,  &  ordonna  en  | 
rrtourât,  que  tout  fon  threfor  fuft  deftiné  pour 
le  feruice  de  fon  corps,&  pour  la  nourriture  de  j 
fa  famille  :  fon  fuccefleur  en  Ht  de  mefme ,  &  fc  ! 
tourna  cefte  façon  de  faire ,  en  couftume  genc^ 
laie,  corne  i'ay  dit,  que  nul  Ingua  ne  peuft  hçT1 


desjndes.  Dure  VI  3°* 

•riter  des  biens  &  maifondefon  predeceilèur, 
mais  qu'il  fondaft  vne  nouuelle  maifon.  Au 
temps  de  cet  Inguaroça  les  Indiens  auoient  des 
•idoles  d'or,cY  luy  fucceda  Yaguarguaque,hom- 
-medefia  vieil,  &  difent  qu'il  eftoit  appellede 
xenomlà,  qui  lignifie  larme  de  fang,  pourcc 
que  ayant  eftë  vne  fois  vaincu,  &  prins  paries 
i  ennemis,de  dueil  &  ennuyil  en  pleura  du  lang. 
111  fat  enterré  en  vn  bourg  appelle  Polio,  qui 
|eft  au  chemin  d'Omafuyo,  6c  fonda  la  famille 
j  appellee  AocaMipanaca.  A  ceftuy  fucceda  vn 
fiebnls  Viracocha  Ingua,  qui  fut  fort  riche, 
&  fit  faire  beaucoup  de  vahTclled'or  &  d'ar- 
«rent  :  il  fonda  le  lignage,  ou  famille  de  Cocco- 
panaca.  Gonfalles  Pizarre  chercha  le  corps  de 
ceftuy-cy,pour  la  renommée  du  grand  threlor 
qui  eftoit  enterré  auec  luy ,  &  après  auoir  don- 
né de  cruels  tourments  à  plusieurs  Indiens, 
en  fin  il  k  trouua  en  Xaquixaquana,  où  le  mef- 
me  Pizarre  fut  après  vaincu  en  bataille,  pnns 
&  fait  exécuter  par  le  Prefidenc  Gualca.  Gon- 
falles  Pizarre  fit  brufler  le  corps  de  ce  Vira- 
cocha Ingua,  &les  Indiens  prindrent depuis 
ces  cendres  ,  iefquelks  ils  mirent  en  vn  peut 
vafe,  &  les  conferuerent,  y  faifans  de  grands 
facrifices  ,  iufqu'à  ce  que  Polo  y  remédia,  & 
aux  autres  idolâtries  qu'ils  faifoicnt  fur  les 
corps  des  autres  Inguas,  lefquels  auec  vne  ad- 
mirable addreiTe  &  diligence ,  il  tira  des  mains 
des  Indiens  ,  les  trouuans  fort  entiers  ,  & 
fortembaufmez,enquoyiieftdgnit  vn  grand 
^ nombre  d'idolâtries    qu'ils  y  faifoicnt  .   Les 
Indiens  trouuerent  mauvais    que  cet  Ingua 


Hifioire  naturelle 
slntitulaft  Viracocha,  qui  eft  le  nom  de  lent 
Dieu,  Ôc  luy  pour  s'en  exeufer,  il  leur  fit  enten- 
dre que  le  mefme  Viracocha  luy  eftoit  apparu 
en  fonge ,  qui  luy  auoit  commandé  de  prendre 
fon  nom.  A  ceftuy  fucceda  Pachacuti  Ingua 
Yupangui,qui  fut  fort  valeureux,  conquérant, 
Se  grand  politique,  inuenteur  de  la  plus  gran- 
de partie  des  couftumes,  &  fuperftitiôs  de  leur 
idolarrie  comme  ie  diray  incontinent. 


De  Pachacuti  lngua  Tupangui,  &  de  ce  qui 

advint  depuis  fin  temps  iufqua 

Guaynacapa. 

Chapitu    XXI. 

Àchàcvti  Ingua  Yupangui  régna  I 
foixante  ôc  dixans,  &  conquefta  beau- 
S^coupde  pays.  Le  commencement  de 
fes  con quelles  fut  par  le  moyen  d'vn  fien  frère  j 
aifné,  quiayantduviuantde  fon  père  tenu  la 
feigneurie,  ôc  de  fon  confentement  faifoit  la 
guerre,  Fut  defeonfîten  vne  bataille  qu'il  euft 
contre  les  Changuas,  qui  eft  la  nation  qui  pof- 
fedoit  la  vallée  d'Andaguayllas ,  diftante  de  tré- 
te  ou  quarante  lieues  de  Cufco ,  fur  le  chemin 
de  Lima.  Cet  aifné  ayant  ainli  elle  defconfït,  fe 
retira  auec  peu  d'hommes,  ce  que  voyant  fon 
frère  puifné  Ingua  Yupangui  ,  pour  fe  faire 
feigneur,  inuenta  &  mitenauant  qu'vn  iour 
luy  eftant  feul  ôc  ennuyé,  le  Viracocha  Créa- 
teur, auoit  parlé  à  luy,  fe  plaignant  que  côbieç^i 
au'il  fuft  le  feigneur  vniuerfel,  ôc  Créateur  de 


1 


des  fndes.  Liure  V^ï.  30$ 
routes  chofes,&  qu'il  euft  fait  le  Ciel,  le  Soleil* 
jie  monde  &  les  homes ,  &  que  lejtout  fuft  fous 
|fapuifsace,toutefoisilsneluyrêdoienti'obeïf- 
Ifance  qu'ils  deuoient,  au  contraire,  ils  hono- 
Iroient  &  adoroient  efgalement  le  Soleil, M 
jtonnere ,  la  terre ,  &  les  autres  chofes  qui^' a- 
juoient  aucune  autre  vertu  que  celle  qu'il  leur 
|departoit,&  qu'il  luy  faifoit  fçauoir,qu'au  Ciel 
(où  il  eftoit,  l'on  l'appelloit  Viracocha  Pachaya- 
Ichachic,  qui  lignifie  Créateur  vniuerfel,  ôc  afin 
que  les  Indiens  creufTent  que  c'eftoit  chofe 
vraye ,  qu'il  ne  doutaft  bien  qu'il  fuft  tout  feul„ 
de  leuer  des  homes  fous  ce  titre ,  qu'il  luy  don- 
aeroit  la  victoire  contre  les  Changuas,  quoy 
qu'ils  fuflènt  pour  lors  vi&orieux,&  en  fi  grand 
nombre,  &leferoit  Seigneur  de  ces  Royau- 
mes ,  pource  qu'il  luy  enuoyeroit  des  hommes 
qui  luy  ayderoient  fans  eftre  veus,  ôc  fictane 
que  fur  cette  couleur  ôc  fantafie,  il  commen- 
ça d'aiTembler  vn  grand  nôbre  de  peuple ,  dont 
Il  drelTa  vne  puifiànte  armée,  auec  laquelle  il 
obtint  la  vicl:oire,fe  faifant  feigneur  duRoyau- 
me ,  oftant  à  fon  père ,  ôc  à  fon  frère  la  feigneu- 
rie.  Puis  après  il  conquefta^  ôc  defeonfit  les 
Changuas,  Ôc  dés  lors  il  ordonna  que  le  Vira- 
cocha feroit  tenu  pour  feigneur  vniuerfel ,  Ôc 
que  les  ftatucs  du  Soleil  &  du  tonnerre  luy  fe- 
roient  reuerence  Ôc  honneur.  Dés  ce  temps 
auffi  l'on  commença  de  mettre  la  ftatuë  du  Vi- 
racocha plus  haut  que  celle  du  Soleil,  du  ton- 
nerre, &  du  refte  des  Guacas  Et  iaçoit  que  cet, 
Ingua  Yupangui  euft  donné  des  meftairieSj, 
«erres  &  beftiaux  au  Soleil^  au  opnnerie,  &  au- 


Hijloire  naturelle 

hes  Guacas,  il  ne  dédia  toutesfois  aucune  cridi 
fe  au  Viracocha,  donnant  pour  raifon,  qu'il  n'eri 
àuoit  point  de  befoing -,  par  ce  qu'il  eftoit  fei- 
gneur  vniuerfel,  &  créateur  de  toutes  chofes. 
Il  déclara  à  Tes  foldats  après  l'entière  vi&oire 
des  Changuas ,  que  ce  n'auoient  point  efté  eux 
qui  auoient  vaincu^mais  certains  hommes  bar- 
bus iquéie  Viracocha  luy  auoit  enuoyez  ,  6c 
que  perfonne  ne  les  auoit  peu  voir  que  luy,lef- 
quels  du  depuis  s'eftoient  conuertis  en  pierre*, 
parquoyil  cbnuenoit  Jes  chercher,  &  qu'il  les 
rëccgnoiftroit  bien  ,  &  par  ce  moyen  aiTemb 
&  rama  (Ta  aux  montagnes  vne  grande  multi- 
tude de  pierres,  qu'il  choifït ,  &  les  mit  po 
Guacas,  kfquels  ils  adoroient,  &  leur  facri 
fîoient,  ils  les  appellerent  les  Pururaucas,  &  les 
portoient  en  la  guerre  auec  grande  deuotion, 
tenan*  pour  certain  qu'ils  auoient  obtenu  la 
victoire  par  leur  aide.  L'imagination  &fïétiô 
decctlnguaeut  tantdepuiiîance,  que  par  ce 
moyen  il  obtint  de  fort  belles'vi&oires.  Ceftuy 
fonda  la  famille  appeilée  Ynacapahaca,&  fie 
t?ne grande ftatue d'or,  qu'il  appella  Indillapa^ 
laquelle  il  mit  en  vn  brancard  d'or  >■  fort  richej 
ôc  de  grand  prix  ,  duquel  or  les  Indiens  prin- 
drent  beaucoup  pour  porter  àXaxamalca,pour 
la  liberté  ôc  rançon  d'Athahulpâ ,  quand  le 
Marquis  François  Pizarrè  le  tintprifonnier. 
te  licentié  Polotrouua  en  Cufcodansfamai- 
fon,  fes  feruiteurs  &  Mamacomas,quifcruoiét 
à  fa  mémoire,  &  trouua  que  le  corps  auoit  efté 
tranfportédePatallacla,àTotocache,  où  de- 
puis les  Efpagnols  ont  fondée  la  parroiffe  S» 


des  Indes.  Liure  VÎi  30$ 

Blas.  Ce  corps  eftoitfî  entier  y&  bien  accom- 
modé ,  auec  certain  betum ,  qu'il  {embloir  eftre 
tout  vif.  Il  auoit  les  yeux  faits  d'vne  petite  toil- 
'le  d'or,  fi  proprement  agencée  ,  qu'ils  sera- 
;  bloientdes  propres  yeux  naturels.  Il  auoit  en 
;  la  refte  vn  coup  de  pierre  qu'il  euft  en  vne  guer- 
|  re,  &  eftoit  gris,  &  chenu,  fans  auoir  perdu  va 
(eul  cheueu,  non  plus  que  s'il  ne  fuft  mort  que 
de  ce  iour-  là  mefme ,  combien  qu'il  y  euft  plus 
defoixante  &  dixhui&ansquiieftoitdecedé. 
Le  fufdit  Polo  enuoya  ce  corps  auec  ceux  de 
quelques  autres  Inguas,  en  la  cité  de  Lima,  par 
le  commandement  du  Viceroy,  le  Marquis  de 
Canette,  qui  eftoitchofe  fort neceiTaire,  pour 
defraciner  l'idolâtrie  de  Cufco,  &  piuûeurs  Ef- 
pagnols  ont  veu  ce  corps ,  auec  les  autres  en 
rhofpitai  faind  Andié,  que  fonda  ce  Marquis, 
combien  qu'ils  fuiîent  défia  bien  gaftez.  Dora 
Philippe  Caritopa,  qui  fut  arrière- fils *  oubi- 
(arrière  fils  de  cet  Ingua,  affermoit  que  les  ri- 
che/Tes que  celuy  laiffa  à  fa  famille ,  eftoient 
grandes,  &  qu'elles  deuoient  eftre  en  la  puif- 
(ance  des  Yanaconas,  Amaro  &  Toto  ,  &  au- 
tres. A  cet  Ingua  fucceda  Topaingua  Yupan- 
gui,  auquel  vn  fien  fils  appelle  de  mefrae  nom, 
(iicceda,  qui  fonda  la  famille  appelles  Capac 
Aillo. 


Èfifîoire  naturelle 


Du  plus  grand  &  plus  illuftre  Ingud>  a(pdti\ 
Guaynàcapa,. 

Chatitre    XXII. 

Ce  dernier  Ingua ,  fucceda  Guay-  ; 
rracapa  ,  qui  vaut  autant  à  dire^ 
que ieune  homme  ,  riche  6c  va-l 
ieureux,  &fut  tel  à  la  vérité  plus 
quenulde  Tes  predecefTeurs»  ny 
de  Tes  fucceiîeurs.  Ii  fut  fort  prudent,  &  mit  vri 
fort  bon  ordre  par  tous  les  endroits  de  fori  I 
R oyaume ,  fut  bôme  hardy  &  déterminé ,  vail- 
lant &  fort  heureux  en  guerre.   Parqùoy  il  or>- 
tint  de  grades  victoires,  il  eftendit  Ton  Royau- 
me beaucoup  plus  que  tous  (es  predecefTeurS  i 
cnfemble  n'auoient  fait,  ôc  mourut  au  Royau- 1 
nie  de  Quitto,  qu'il  auoit  conquefté^eftât  ell oi- 
gne de  fa  Cour  de  quatre  ces  heiies.  Les  Indiës 
louurirent  après fondecez  ,  &  en  laifTerent  le  j 
cœur  ôc  les  entrailles  en  Quitto ,  Ôc  le  corps  fut  | 
apporté  en  Cufco ,  lequel  fut  mis  au  renomme  \ 
temple  du  Soleil.  L'on  voit  encorauiourd'huy 
plufîeurs edifice$,chauiTees ,  forterelTes,  Ôc  ceu- 
ures  notables  de  ce  Roy,  ôc  fonda  la  famille  de 
Terne  Bamba.  Ce  Gtfaynacapa  fut  adoré  des 
fiens  pour  Dieu,eftant  encor  en  vie ,  chofe  que 
les  vieillards  afferment,  ôc  qui  ne  s'eftoir  point 
faicte  à  l'endroit  d'aucun  de  fes  predecefïeurs. 
Quand  il  mourut ,  ils  tuèrent  mil  perfonnes  de 
fa  maifon  pour  Taller  feruir  en  l'autre  vie ,  lef-  I 
quels  mouroient  ainfî  fort  volontiers  pour  al-  I 
kràfonferuicc.  Tellement  quepluficurss'of-  I 

froyent  i 


iesînâes.  Dure.  VI.  ï°$ 

fonferuice.  Tellement  que  plufieurs  f'offroient 
j  i  la  mort  pour  le  mefme  effed,  outre  ceux  qui  y 
'  eftoientdeftinez.  Et  eftoit  vne  chofe  admirable 
que  fa  richefle  &  fon  threfor.  Et  dautartt  que 
!  peu  de  temps  apresfa  mort  lesEfpagnols  y  en- 
trèrent,  les  Indiens  prirent  beaucoup  de  peine 
pour  faire  difparoiiïre  le  tout,  combien  qu  il 
y  en  euft  vne  grande  partie  qui  fut  portée  i  Xa- 
xamalca  ,  pour  la  rançon  de  Atahulpa  Ion  fils. 
Quelques  hommes ,  dignes  de  foy  ,  afferment 
cmil  auoit  en  Cufco  plus  de  trois  cens  fils  &  ar- 
rière-fils.  Sa  mère  appelleeMamaoello,ruten- 
tr'eux  fort  eftimee.  Polo  enuoya  en  Lyma  les 
corps  d'îcellc,  &  de  Guaynacapa ,  fort  bien  em- 
bauchiez ,  &  defraciha  vne  infinité  d  idolâtrie 
que  l'on  faifoit  en  ceteniroit.  A  Guaynacapa 
fucceda  en  Cufco  vn  fien  fils  nomme  Titoculsi- 
gualpa^uidepuiss'appella Guafpar  Ingua  Ion 
corps  fut  bruslé  par  lés  Capitaines  de  Atahulpa, 
qui  fut  aufsi  fils  de  Guaynacapa ,  &  lequel  le  re- 
bella en  Quitte  contre  fon  frere,&  marcha  con- 
tre luyauec  vnepuiffante  armée.  Ilarriuâque 
Quifquits&  Chilicuchi,  Capitaines  de  Atahul- 
pa: prindrent  Guafpar  Ingua  en  la  Cite  de  Cuf- 
co, après  qu'il  eut  efte'  receu  pour  Seigneur  & 
Rov  (car  il  eftoit  légitime  fuccelïeur)  ce  qui 
caufa  entoutfon  Royaume  vn  grand  dueil,ipe- 
cialement  en  fa  court.  Et  comme  toufiours  en 
leurs  necefsitez  ils  auoient  recours  auxiaenh- 
cesme  fe  trouuans  alors  aflez  puillàns  pour  met- 
ire  leur  Seigneur  e„n  liberté ,  tant  pour  les  forces 
des  Capitaines  qui  le  prindrent ,  comme  pour  1* 
crofle  armée  qui  venait  auec  Atahulpa.  Ils  4el»; 

8    „__     .-t.    Q^ 


\i 


Hifioire  naturelle 
bererent  (voire  quelques- vns  difent  que  Ce  fut' 
par  ie  commandement  de  cet  Ingua  )  de  faire  vn 
grand  &  folemnel  faciificeau  Viracocha  Pa- 
chayachachic,  quHïgnifie  Créateur  vniuerfel,i 
luy  demandant  que  puis  qu'ils  ne  pouuoientde- 
liurer  leur  Seigneur  ,  il  enuoyaft  du  Ciel  des! 
hommes  qui  le  deliuraflent  de  prifon.Et  comme  [ 
ils  eftoient  en  grande  efperance  fur  ce  faci  ifice,il  j 
leur  vint  nouuelle  comme  vn  certain  peuple  qui' 
eftoit  venu  par  mer,  auoit  mis  pied  à  terre  ,  &j 
prinsprifonnier  Atahulpa  :  pour  cefteoccaiicn 
ils  appeilerent  les  Efpagnols  Viracochas,  croyasj 
qu'ils  eftoient  hommes  enuoyezdeDieu*  tant 
pourîe  petit  nombre  qu'ils  eftoient  à  prendre! 
Atahulpa  en  Xaxamalca ,  comme  pource  que 
celaaduint  incontinent  après  learfacritice  fuf- 
ditfaitau  Viracocha.  Et  de  la  vint  qu'ils  com- 
mencèrent d'appeller  les  EfpagnolsViracochas, 
comme  ils  le  font  auiourd'huy.  Et  à  la  vérité ,  fi 
nous  l«ur  eufsions  donné  vn  bon  exemple,  &  tel 
que  nous  deuions ,  ces  Indiens  auoient  bien  ren- 
contré ,  difans  qv>e  c'eftoient  hommes  enuoyez 
de  Dieu  .Et  eft  vne  chofe  fort  confiderable ,  que 
la  grandeur  &  prouidencediuine,  comme  il  dif- 
pofaî  entrée  des  noftresauPeru ,  laq'ietleeuft 
efté  impofsible.  n  eufl  eftéîa  diflenfion  des  deux 
freres,&  de  leurs  pc  rtifans,&  l'opinion  (i  grande 
qu'ils  eurent  des  Chreftiens ,  comme  d'hommes 
du  Ciel,  obligez  certes  en  gagnant  la  terre  des 
Indes  à  prendre  peine  de  faire  gagner  beaucoup 
d'âmes  au  Ciel. 


des  Indes.  Dure  VI.         206 


Des  derniers  fuccejjêurs  des  Inguas. 

Chapitre    XXIIL 

E  refte  de  ce  fubiet  eft  affez  amplement 
traitté  par  les  autheursEfpagnols  aux 
hiftoires  des  Indes,  &  d'autant  que  cela 
eft  outre  la  prefente  intention ,  ie  diray  feule- 
ment de  la  fuccefsion  qu'il  y  eut  des  Ingtias.  Ata- 
hulpa  eftant  mort  en  Xaxamalca ,  &  Guafcar  en 
Cufco,  &  François  Piza,rre  auec  les  fiens  s'eftant 
emparé  du  Royaume,  Mangocapa  filsdeGuay- 
nacapa  les  afsiegéa  en  Cufco,  &  les. tint  fort 
j>reflez,mais  en  fin  il  quitta  tout  le  pays,&  fe  re- 
tira en  Vilca-bamba  aux  montagnes,  efquellesil 
fe  maintint  à  caufe  de  l'afpreté  &  difficile  ac- 
cez  d'iceiles,  &la  demeurèrent  les  fuccefleurs 
InguaSjiufquesi  Amaro,  qui  fut  prins&  exécu- 
te eh  la  place  de  Cufco,  auec^ne  incroyable 
douleur^  regret  des  Indiens, voyans  publique- 
ment faire  iufticede  celuy  qu'ils  tenoient  pour 
Seigneur.  Apres  cela  l'on  en  emprifonna d'au- 
tres du  lignage  de  ces  Inguas  ;  i'ay  cogneu 
Dom  Charles,  petit  fils  de  Guaynacapa ,  8t. 
fils  de  Polo ,  qui  fe  fit  baptifer ,  &  fauorifa  touf- 
iours  les  Efpagnols  contre  Mangocapa  fon 
frère.  Lors  que  le  Marquis  de  Canette  gou~ 
uernoit  en  ces  pays  .  Sarritopaingua  fortit  de 
Vilca  bamba  j  8c  Vint  foubs  aifeurance  à  ia  Cité 
desRoys,  oùluy  fut  donnée  la  vallée  Yucay* 
&  d'autres  chofes ,  à  quoy  fucceda  vrïé  fiennê 


Hiftoire  naturelle 

fîile.  Voila  la  fuccefsion  qui  eft  auiouf  d'huy  co- 
gneiïe  de  cefte  fi  grande  &  riche  famille  desln- 
guas,  defquelsle  règne  dura  plus  de  trois  cens 
ans, où  l'on  conte  onze  fucceiTeurs  en  ce  Royau- 
me, iufquesàcequ'il  ceifa  du  tout.  En  l'autre 
partiallite  &  Vrincuïco,  qui  comme  a  efté  dit  cy 
defïus,  eut  Ton  origine  mefme  du  prem  ierMan- 
gocopa,l'on  conte  huicl:  fuccefTeursen  cefte  ma* 
niere.  AMangocapafuccedaCinchoroc;,  ace-* 
ftuy,CapacYupanguy5àceftuy,LuquyYupan- 
guy,à  ceftuy,Maytacapaefte  Tarcogumam,au- 
quel  fu cceda  vn  fien  fils,qu 'ils  ne  nomm et  point, 
a  ce  fils  fucceda  Dom  IeanTambo  Maytapa- 
naca.  Cela  fuffife  pour  1  origine  &  fuccefsion 
deslnguas  quigouuernerent  la  terre  duPeru, 
auecce  quiaefté  dit  de  leurs  loix.  gouuerne- 
ment,&  manière  de  viure. 


De  U  manière  de  République  qtiauoient  les 
Mexiquains. 

Chapitre    XXIIIL 

Ombien  que  Ton  pourra  voir  par; 
l'hiftoire  qui  fera  eferite  du  Royau- 
me, fuccefsion,  &  origine  des  Mexi- 
quains,leur  manière  de  Republique 
&  gouuernement ,  û  eft-ce  toutesfois  que  ie  di  - 
ravicy  fommairement  ce  qui  me  fembleraplus 
remarquable  en  gênerai  ,  dôntil  fera  cy  après 
plus  amplement  difeouru  en  l'hiftoire.  La  pre- 
mière chofe  par  laquelle  on  peiît  iuger  quel* 


des  Jndes.  Liure>  VI.  307 

gouuernement  des  Mexiquains  aefté  fort  poli- 
tic,eft  l'ordre  qu'ils  auoient,  &  gardoientinuio- 
lablement  d'eslire  vn  Roy.  Pource  que  depuis 
le  premier  qu'ils  eurent,  appelle'  Acamapach, 
iulques  au  dernier  qui  fut  Moteçuma/econd  de 
ce  nom ,  il  n'y  en  eut  aucun  qui  vint  au  Royau- 
me par  droit  de  fuccefsion,  ains  feulement  y  ve- 
noient  par  vne  légitime  nomination, &  esîeâion, 
Cette  esledion  au  commencement  eftoit  aux 
voix  du  commun,  combien  que  les  principaux 
fuifentceux  qui  conduifoient  l'affaire.  Du  de- 
puis au  temps  d'Yfcoalt  quatriefme  Roy,  par  le 
confeil  &  ordre  dvn  fage  &  valeureux  homme, 
qu'ils  auoient  appelle  Tlacael  ,  il  y  eut  quatre 
eslecteurs  certains  &  arreflez,lefquels  auec  deux 
Seigneurs,  ouRoys,  fujetsauMexiquain,  qui 
eftoient  celuy  de  Teicaco,  &celuyde  Tacu- 
ba,  auoient  droit  de  faire  cefteesle&ion.  Ilsef- 
lifoient  ordinairement  pour  Roys ,  des  ieunes 
hommes,pource  que  les  Roys  alloient  toujours 
âlaguerre,&eftoitprefque  la  principale  occa- 
lîon  pourquoy  ils  les  vouloient.C'eft  pourquoy 
ils  prenoient  garde  qu'ils  fuffenr.  propres  & 
idoines  a  k  guerre ,  &  qu4ispriniient  plaifir ,  & 
fe  glorifiaient  en  icelle.  Apres  l'esleclion  ils  fai- 
ioient  deux  manières  de  feftes,  l'vne  en  prenant 
polTefsion  de  l'eftat  Royal ,  pour  laquelle  ils  al- 
loient au  temple,  &faifoient  de  grandes  céré- 
monies ,  Ôc  facrifices  fur  le  brader  appelle  diuin3 
puilyauoit  toufiours  du  feu  deuant  l'autel  de 
l'idole,  &  après,  quelques  Rhetoriciens  qui  f  e- 
ftudioient  en  cela ,  faifoient  pluîleurs  oraîfons  & 
harangues.  L  autre  fefte  &  la  plus  folemneile, 


. 


Hîftoire  naturelle 
eftoit  de  Ton  couronnement ,  pour  laquelle  il 
deuoit  premièrement  vaincre  en  batail!e,&  ame- 
ner vn  certain  nombre  de  captifs,que  l'on  deuoiç 
facrifier  a  leurs  dieux,  &  entroit  en  triomphe 
auec  vne  grande  pompe ,  luy  faifans  vne  folem- 
nellc  réception ,  tant  ceux  du  temple ,  lefquels 
alloienttousen  procefsion  ,  touchans  &  ioiïans 
de  plufieurs  fortes  d'inftrumens ,  &  encenfans  ôç 
chantans  comme  les  feculiers,  &  lescourtifans, 
qui  fortoient  auec  leurs  inuentions  à  receuoir  le 
Roy  vi&orieux.  La  courons  &  enfeigne  Roya- 
le eftoit  *en  façon  de  mitre  pardeuant,&  eftoit 
par  derrière  coupée,  de  forte  quelle  n'eftoit  pas 
toute  ronde,car  le  deuant  eftoit  plus  haut,  &  al- 
loit  s'esleuant  comme  en  poin&e.  Le  Roy  de 
Tefcucoauoit  le  priuilege  de  couronner  de  fa, 
main  le  Roy  de  Mexique.  Les  Mexiquains  ont 
efté  fort  loyaux  &  obeyifans  à  leurs  Roys ,  &  ne 
fe  trouue  point  qu'ils  leur  ayent  fait  de  trahifon. 
Les  hiftoires  racontent  feulement  qu'ils  tafehe- 
rent  de  faire  mourir  par  poifon  leur  Roy  ap- 
pelle Ticocic ,  pour  auoir  efté  couard  &  de  peu 
d'effed.  Mais  il  ne  fe  trouue  point  qu'il  y  ait  eu 
cntr'euxdediuenfiqns,  &  partialitezparambi- 
tion,  combien  que  ce  foit  chofe  aflez  ordinaire  es 
commanautez:  au  contraire  elles  raçôtent  com- 
me l'on  verra  en  fun  lieu,  qu  vn  homme  le  meil- 
leur des  Mexiquains,  réfuta  le  Royaume,  luy 
femblant  qu'il  eftoit  expédient  à  la  République 
d'auoir  vn  autre  Roy.  Au  commencement  que 
les  Mexiquains  eftoient  encor  pauures,  &  aifez 
petits  corn  pagnons ,  les  Roys  eftoient  fort  m  odte- 
irez  i  leur  entretien,  &  en  leur  cour3mais  comme 


*■  des  Indes  Dure  VI.  308 

îîs  augmentèrent  en  pounoir ,  ils  augmentèrent 
aufsien  appareils  &  en  magnificence ,  iufquesa 
paruenira  la  grandeur  de  Motecuma,  lequel 
luan i  il  n'euft  eu  autre  chofe  que  la  maifon  des 
gnimaux,c'eftoit  vnechofeaife*fuperbe,&  tel- 
le qu'on  n  en  a jamais  veu  d'autre  femblable.Car 
il  y  auoit  en  cefte  Tienne  nuifon  de  toutes  fortes 
de  poiflbns.  d'oyfeaux  deXaeamamas,  &  de  be- 
ftes5comme  en  vne  autre  arche  de  Noe'.  Pour  les 
poiflbns  de  mer,  il  y  auoit  des  eftangsdealteia- 
iee>&r  pour  ceux  des  riuieres ,  des  eftangs  d'eaue 
douce.  Les  oyfeaux  de  proye  y  auoient  leurs 
viandes,&  les  beftes  fieres  aufsi  en  fort  grande 
abondance ,  &  grand  nombre  d'Indiens  eftoient 
occupez  à  entretenir  ces  animaux.   Quand  il 
voyoit  qu'il  n'eftoit  pas  pofsible  <Tentretenir,ott 
nOumr quelque  forte  de  poifsô,di>yfeau,ou  de 
befte  fauuagcii  en  faifoit  faire  l'image  &  la  fem- 
blance  richement  tailiee  en  des  pierres  precieu- 
fes  en  argent ,  en  or ,  en  marbre  ou  en  pierre  :  & 
pou  r  toutes  fortes  d'entretiens ,  il  auoit  des  mai-. 
ïbns&  palais  diuers,  les  vnsieplaiGr,  les  autres 
dedueil&  trifteffe,  &r  les  autres  pour  y  traitter 
les  affaires  du  Royaume.  Il  y  auoit  en  ce  palais 
plufieurs  chambres  ,  félon  la  qualité  des  Sei- 
gneurs qui  le  feruoientauec  vn  eftrange  ordre 
&  diftin&ion, 

Qq  iijj 


f/ifloire  naturelle 


Des  filtres  &  dignitez,  qui  eftoient  entre  les 
Mexiquains. 

Chapitre     XXV. 

Es  Mexiquains  ont  eflé  fort  curieux  I 
de  départir  les  grades  &  dignitez  entre  I 
les  nobles  &  les  Seigneurs,  afin  que  G 
Ton  recogneuft  ceux  d'entreux  auf- 
quelsl'on  deuoit  faire  plus  d'honneur.  La  digni- 
té" des  quatre  esle&eurs  eftoit  celle  qui  eftoit  la 
plus  grande  &  la  plus  honorable  après  le  Roy, 
&  leseslifoit-on5  incontinent  après  l'eslection  du 
Roy.  Ils  eftoient  ordinairement  frères ,  ou  fort 
proches  parens  du  Roy  ,  &  les  appelloient  Tla- 
cohecalcalt ,  qui  fignine  Prince  de  laces  que  Ton 
ïette,  ou  darde ,  qui  efl  vne  forte  d'armes ,  dont 
ils  v&ient  fouùent.La  dignité  d  après  eftoit  cel- 
le de  ceux  quilappelloient  Tlacatecati ,  qui  eft 
a  dire,  circoncifeurs ,  ou  coupeurs  d'hommes, 
La  troifiefme  dignité  eftoit  de  ceux  qu'ils  ap- 
pelloient Ezuahuacalt,qui  fignifie,efpandeur  de 
fang  par  efgratignement.Tous  lefquelstiltres  8c 
dignitez  eftoient  exercez  par  des  hommes  de 
guerre.  Ilyauoit  vn autre  quatriefme  intitulé 
Tlilancalqui ,  qui  vaut  autant  adiré,  que  Sei- 
gneur de  la  maifon  noire ,  ou  de  la  noirceur,  à 
caufe  dvn  certain  encre  ,  duquel  les  Preftres 
soignoient  ,  &  qui  feruoit  en  leurs  idolâtries. 
Toutes  ces  quatre  dignitez  eftoient  du  grand 
Confcil,  fansl'aduis  defquelsle  Roynefaifqit^ 


V 


des  Indes.  Liure.   VI.  309 

nv  pouuoit  faire  aucune. chofe  d'importance,& 
le  Kov  eftant  mort,  l'on  en  deuoit  eslire  en  la 
place  vn  qui  fuft  en  quelqu'vne  de  ces  quatre  di- 
enitez-  Ilyauoit aufsi, outre  ceux-là, d'autres 
confeils,&  audience,&  difent  quelques-vns  qu  il 
y  en  auoit  autant  comme  en  Efpagne  ,  &  qu'il  y 
auoit  diuers  fieges  &  iurifdidions  auec  leurs 
;Confeillers  &  Alcades  de  court ,  &  d'autres  qui 
leur  eftoient  foubmis,  comme  corngidors,alca- 
desMaieurs,Lieutenans&  AlguafitsMaieurs  & 
d'autres  qui  eftoient  encor  inférieurs  &  loub  - 
|  mis  à  ceux-cy  auec  vn  fort  bel  ordre .  Tous  lel- 
:  quels  defpendoient  des  quatre  premiers  Princes 
qui  afsiftoient  au  Roy.  Ces  quatre  tant feule- 
ment auoient  iurifdiaion&  puiflance  de  con- 
damner à  la  mort ,  &  les  autresleur  enuoyoïent 
des  mémoires  des   fentences  qu'ils  donnoient: 
Au  moyen  dequoy  en  certain  temps A  on  tailoit 
entendre  au  Roy  tout  ce  qui  fe  paffoit  enfon 
Royaume.  Il  y  auoit  mefme  vnbon  ordre  6c 
police  eftablie  fur  le  reuenu  du  Royaume  :  car 
il  y  auoit  des  officiers  départis  par  toutes  les 
Prouinces ,  comme  des  Receueurs ,  &  T  hrelo- 
riers.qui  recueilloie't  les  tributs  &  rentes  Roya- 
les. L'on  portoit  le  tribut  en  la  court  pour  le 
moins  de  mois  en  mois ,  lequel  eftoit  de  tout  ce 
qui  croift  &  s'engendre  en  la  terre,  &  en  la  mer, 
tant  de  loyaux  &  d'habits  ,  que  de  viandes.  Us 
eftoient  fort  foigneux  de  mettre  vnbon  ordre  en 
ce  quitouche  leur  religion ,  fuperftition  &  ido- 
lâtrie :  &  pour  cefte  occahony  auoit  vngranu 
nombre  de  miniftres  qui  auoient  la  charge  d  en  - 
feignerau  peuple  les  couftumes  &  cérémonies 


ijtoire  naturelle 

*!eIeiir!oy.  C'eft  pourquoy  fur  ce  qu'vn  Pre-? 
ftre  Chreftien  vn  iour  fe  plaignoit  que  les  In- 
diens nettoient  pas  bons  Chreftiens,  &  ne  profi- 
taient pointàlalov  de  Dieu:  vn  vieillard  Indien 
Juy  refpondit  fort  à  propos  en  ces  termes:  Que  Us 
PrefiresrKdit  il)  employ  nt  autant  defim  £r  de  diligence  4 
faire  les  Indiens  chreftiens,  que  les  mtmflres  des  Mes 
employ  et  k  enfeigner  leurs  cerememes%c*rauec  U  moitié dm 
foin  qu'ils  y  prendront  >ds  nou*  rendront  les  meilleurs  chre- 
fiiensdu  monde ,  pource  que  l'a  Uy  de  Iesvs-Christ 
tf  beaucoup  meilleure  :  mais  Us  Indiens  ne  l'apprennent 
foint  a  faute  de  gens  qui  U  leur  en  feignent.  En  quoy  \" 
certainement  il  dit  vérité  ,  anoftre  grand  honte 
&  confufion. 


Comment  les  Mexiqtiains  faij 'oient  la gne) 
&de  leurs  ordres  de  Cheualerie. 

Chapitre   XXVI. 


Es  Mexiquains  donnoientlepre< 
mier  lieu  d'honneur-à  l'art  &  pro»| 
fefsion  militaire  ?  c  eft  pourquoy 
les  nobles  eftoient  les  principaux 
foldats,  &  les  autres  qui  nettoient 


point  nobles  par  la  valeur  &  réputation  qu'ils 
acqueroient  en  guerre ,  paruenoient  en  desdi- 
gnitez  &  honneurs.-  de  forte  qu'ils  eftoient  tenus 


pournobles.  Ils  donnoient  de  belles recompen-| 
fesà  ceux  qui  auoient  fait  valeureufement ,  lef-1 
quelsiouyflbient  depriuilegesque  nul  autre  ne! 
pouuoit  auoir  :  ce  qui  les  encourageoit  beau«j 
coup*  Leurs  armes  eftoient  des  razoirs  de  catf* 


des  Indes.  Liur>.  VI.         ?P 

Ilous  aigus  &  trenchans  ,  qu'ils  mettoîent  des 
îdeuxcoftez  d'vn  bafton ,  qui  eftoitvne  arme  « 
furieufe  ,  qu'ils  afferment  que  d  vn  feul  coup  ils 
!  en  coupaient  le  col  à  vh  cheual.Ilsauotét  de  for- 
te. &  pelantes  malfués,  des  lances  en  façon  de  ?i  ■ 
eues  &  d'autres  façons  de  dards  a  letter ,  a  quoy 
ils  eftoient  fort  adroits,  &faifoient  la  plus-part 
de  le  ,rcombatauecdes  pierres.  Il  auoient  pour 
armes  deffenfiues  de  petites  rondelles  ou  efcus,& 
quelque  façon  de  falades  &  morions  enuironnez 
de  plumes.  Ils  fe  veftoient  de  peaux  de  tigres  ou 
lyons,&  d'autres  animaux  fauuages.  Us  venoient 
incontinent  aux  mains  auec  l'ennemy,&  eftoient 
fort  exercez  a  courir  &a  luifter.Car  leur  princi- 
pale façon  de  vaincre  n'eftoit  pas  tant  en  tuant, 
comme  en  prenant  des  captifs ,  dcfqueb  ilsfe 
feruoient  en  leurs  facriftees ,  comme  il  a  elle  dit. 
Motecuma  mit  la  à  eualerie  à  fon  plus  haut 
poinct,  eninftituant  certains  ordres  militaires, 
tomme  de  Commandeurs,  auec  certaines  mar- 
ques &  enfeignes.  Les  plus  honorables  d'entre  les 
Cheualiers  eftoient  ceux  qui  portoient  la  cou- 
ronne de  leurscheueuxattachee  auec  vr>  petit  U- 
zet  rouee,&  auec  vn  riche  plumache,d  ou  pen- 
doient  fur  leurs  efpaules  des  rameaux  de  plu- 
mes, &  des  bourlets  de  mefme.  Ils  portoient  au- 
tant de  ces  bourlets  corne  ils  auoient  tait  d  actes 
fcnalez  en  guerre.  Le  Roy  mefme  efto'.t  deceu 
oïdrede  cheualerie  ,  comme  l'on  peut  voir  en 
Chapultepec  ,  ou  eftoient  Motecuma  &  ion  tus 
accouftrez  de  ces  façons  de  plumaches,  taillez  en 

vne  roche,  qui  eft  vne  chofe  digne  de  voir.   H  y 
auoitvn  autre  ordre  de  cheualene  ,  qu'ils  ap- 


ï/îftoire  naturelle 

petloièntleslyons&lestigres.lefquelseftoien, 
communément  les  plus  valeureux ,  &  qu'on  re  i 
marquoitleplus  en  guerre,  oùilsalloien^poN 
tans  coufiours  leurs  marques  &  armoiries.  IK 
auo,td  autres  Cheualiers ,  comme lesCheua 
hers  Gns    qui  n  eftoient  en  telle  eftime  comme 
ceux-cy,lefquelsauoientles  cheueux  coupez  er 
rond  par  deflus  l'oreille.  Ilsalloient  i  la  guerre 
portai»  de  mefmes  marques  que  les  autres  Che- 
ual.ers.toutesfoisilsn'eftoientpointarmezqu, 
wlquesala  ceinture  ,  mais  les  plus  honorables 
s  armoiententiereme't.  Tous  les  Cheualiers  pou- 
uoient  porter  de  1  or  &  de  l'argent ,  &  fc  Veflu 
de  riche  cotton,  fe  ferùir  de  vafes  peints  &do- 
rez,  &  porter  des  louliers  aleurmode;  mais  le 
commun  peuple  ne  pouuoit  fe  feruir  que  de 
vafes  de  terre.ne  leur  eftant  pas  permis  de  porter 
des  fouhers,&  ne  pouuoient  fe  veftir  que  deNe. 
quen  qui  eftvne  matière  grofsiere.  Chacun  or» 
dre  de  ces  Cheualiers  auoit  fon  logis  au  Palais 
marquedeleurs  marques,  le  premier  eftoitap-l 
pelle,le  logis  des  Princes,le  fecond,des  Aigles.le 
troifiefme,deslyons  &  tygres, &  le  4.  desGris. 
Les  autres  officiers  communs  eftoient  en  bas 
logez  en  oes  moindres  logis  :  &  fi  quelquVnfê 
logeoit  hors  de  fon  lieu ,  il  encouroit  peine  de 
mort.  r 


i 


des  îndes.  Liure.    VI         31* 


J)u  wand  ordre,  &  diligence  que  les  Mext- 
quains  employ  oient  à  nourrir 

PU  ieunejfe. 
Chapitre.    XXVII. 

L  n'y  a  chofe  qui  m'aye  doné  plus 
doccafiô  d'acimirer,  ny  que  i'aye 
trouuee  plus  digne  de  louange  & 
de  mémoire  ,  que  Tordre  &  le 
foing  quelesMexiquainsauoient 


'm 


â  nourrir  leurs  enfans.  Car  ils  recognoffoient 
bien  que  toute  la  bonne  efperance  d'vne  Repu- 
blique  confifte  en  la  nourriture  &  inftitutio  de 
laieuneffe;ce  que  Platô  trai&c  afTez  amplement 
enfesliures>/<g'^  Et  pour  cefte  occafion  ils 
s'eftudierent  &  prindrent  peine  d'esloigner  leurs 
enfans,  des  délices,  &  de  la  liberté ,  qui  font  les 
deuxpeftesdecétaage  ,  enlesoccupans  en  des 
exercices  honne(tes,&  profitables.  Pour  cet  et- 
fedily  auoit  aux  Temples  vne  maifon  parti- 
culière d'enfans,comme  des  efcholles ,  ou  colle - 
ges,quieftoit  feparée  de  celle  des  ieunes  hom- 
mes,&  des  filles  du  Temple,dont  nous  auos  am- 
plement traiaécy-deuant.  ïi  y  auoit  en  ces  ef- 
cholles vn  grand  nombre  d'enfans  ,  que  leurs 
pères  y  menoient   volontairement  ,    lefquels 
auoient  des  pédagogues  &  maiftres ,  qui  les  en- 
feignoient  en  tous  louables  exercices ,  à  eltre 
bien  nourris,  porter  refped  aux  fuperieurs,  a 
feruir&r  â  obéir,  leur  donnaris  à  cefte  fin  cer- 
tains préceptes  &  enfeignements.  Et  afin  qu'ils 


ififtoire  naturelle 

furent  agréables  aux  Seigneurs,  ils  leur  appre- 
noient  a  chanter,&d  dancer,&  lesdreiïoientau] 
exercices  de  la  guerre,  qui  a  tirer  vne  flefche,  Vfl 
dard,  ou  bafton  bruslé  par  le  bout,&  à  bien  ma. 
hier  vne  rondelle  &  vne  efpeè.IIs  ne  ks  laifloient1 
gaeres  dormir,  i  fin  qu'ils  Paccouitumaifent  au 
trauaildés  l'enfance,  &  qu'ils  ne  fufset  point  ho- 
mes  dedelicesi  Outre  le  nombre  cômundeces 
enfans,  ilyauoitaux  mefmes  collèges  d'autres 
enfans  des  Seigneurs  ,&  nobles,  lefquelseftoienc 
plus  particulièrement  traidez.  On  îeur  portoit 
leur  manger  &  ordinaire  de  leurs  maifons,  & 
eftoient  recommandez  à  des  vL  ilhrds  &  anciens 
pour  auoir  efgard  fur  euxjefquels  continuelle^ 
ment  ks  admônefroient  d'eftre  vertuéux,de  vi- 
urechaftementjd'eftre  fobres  au  manger,  de 
kufner,&  de  marcher  pofé.mêt,  &  auec  mefure* 
Ils  auoient  accouftumé  de  les  exercer  au  trauail^ 
&  en  des  exercices  laborieux  :  &  quand  ils  les 
voyoient  inftruits  en  tous  ces  exercices  ils  confî  - 
deroient  attentiuemët  leur  inelinatiori,&  s'ils  en 
voyoient  quelques  vns  auoir  l'inclination  a  la 
guerre ,  après  qu'ils  au  oient  atteint  1  aage  fuffi- 
fant ,  ilsrecherchoient  l'occafion  de  les  efprou- 
uer,  en  les  enuoyant  à  la  guerre,  fou  bs  couleur 
de  porter  des  viures,  &ç  des  munitions  aux  fol- 
dats,  à  fin  qu  'ils  vifTent  là  ce  qui  syy  paiîbit ,  &  le 
trauaii  que  l'on  enduroit*  Et  à  fin  qu  ils  perdif- 
fentlacrainte,ilsleschargeoientauisidepefants 
fardeaux ,  à  fin  que  monftrans  leur  courage  en 
cela,i]sfuilent  plus  facilement  receus  en  la  com- 
pagnie des  ioldats.  Par  ce  moyen  il  aduenoit  a 
plufieurs  d'aller  chargez  a  1  armée,  &  retournée 


des  Indes.  Lime  V\.  3  là 

I  Câpitaïnes,auecmarques  d'honneur.  Q^eîques- 
{  vnsd'iceuxfe  vouloient  tellement  faire  piroi- 
,  ftre  ,  qu'ils  demeuroient  prins  ou  morts,  &  te- 
noient  pour  moins  honorable  de  demeurer  pri- 
fonniers.  C'eft  pourquoy  ils  fefaifoient  pluftofl 
mettre  par  pièces,  que  de  tomber  captifs  entre 
Jes  mains  de  leurs  ennemis.  Voila  comment  les 
enfans  des  Nobles  qui  auoient  l'inclination  à  la 
guerre, yeftoiét  employez. Les  autres  qui  àuoiet 
leur  inclination  aux  chofes  du  temple,&  pour  le 
dire,à  noftre  mode  à  eftre  Ecclefiaftiques,  après 
qu'ils  auoient  atteint  l'aage  fuffifant ,  eftoient  ti- 
rez du  collège,  &  les  mettoit  on  au  logis  du 
temple,  quieftoit  pour  les  Religieux,  &  leur 
donnait -on  alors  leurs  ordres  &  marques  d'Ec- 
clefiaftiqucs.  La  ils  auoient  leurs  Prélats  &  mai- 
ftres,quileurenfeignoiétce  quieftoit  de  la  pro- 
fefsion  où  ils  deuoient  demeurer ,  y  ayants  efté 
dédiés.  Ces  Mexiquams  prenoient  vn  grâ  d  foing 
%  nourrir  le  >  enfans  ;  quefiauiourd'Luy  ilsfui- 
uoientencor  cet  ordre, en  fondant  lesmaifons&: 
collèges ,  pour  1  inftru&ion  de  la  ieunelfe ,  fans 
«loubte  que  la  Chreftienté  floriroit  beaucoup 
«ntreles  Indiens.  Quelques  perfonnes  pieufes 
l'ont  commencé ,  &  le  Roy  &  fon  Confeil  l'ont 
fauorifé,  mais  d'autant  que  c'eft  vne  chofe  où  il 
n'y  a  point  de  profit ,  il  s'aduancej>ien  peu  ,  &  y 
va  l'on  a*iTez  froidement.  Dieu  .nous  vueille  ef- 
clarcir  les  yeux ,  a  fin  que  nous  voyons  que  cela 
eft  à  noftre  côfufion,  veu  que  nous  autres  Chre- 
ftiensnefaifons  point  ce  que  les  enfans  des  ténè- 
bres faifoient  a  leur  perdition  ,  en  quoy  nous 
©ous  oublions  de  noftre  deuoir« 


Hifîoire  naturelle 


Desfeftes ,  &  dances  des  indiens. 
Chapitre    XXVIIL 

'Autant  que  c'eft  vne  cfcofe  qui 
defpend  en  partie  du  bon  gouuer- 
nement ,  d'auoir  en  la  Republi- 
que quelques  ieuX ,  &  récréations, 
quand  il  en  efl  temps;il  ne  fera  ma 
£  propos  que  nous  Facontions  fur  cette  matière, 
ce  que  faifoient  les  Indiens ,  principalement  les 
Mexiquains.  Lonn'a  point  dèfcouuert  es  Indes 
aucune  nation  qui  viue  en  communautez ,  qui 
n'ayt  Ton  entretien, &  fa  recreation,en  ieux.  dan- 
ces,^  exercices  deplaifir.  I'ay  veu  au  Peru  des 
ieux  qu'ils  faifoient  en  façon  de  combat,  aux- 
quels les  hommes  des  deuxcoftezs'enflamboiét 
quelquesfoisd'vne  telle  façon,  que  bien  fouuent 
leur  Paella  (qui  eftoit  le  nom  de  cet  exercice) 
venoità  eftre  dangereufe.  I'ay  veu  aufsi  plu* 
fleurs  fortes  de  dances,  efquellesils  contre-fai- 
foient,&  reprefentoient  certains meftiers ,  &  o£ 
fices,comme  de  bergers,  laboureurs,  pefcheurs, 
&  chaffeurs ,  &  faifoient  ordinairement  toutes 
ces  dances,  auec  vn  fon  &  vn  pas  fort  pefant ,  & 
fortgraue.Ilyauoit  d'autres  dances  &  mafeara- 
des,qu'ilsappelloiêtguacones3dontlesmafquesf 
&  les  geftes  eftoient  pures  reprefentations  du 
diable.  Il  y  auoit  mefme  des  hommes  qui  dan- 
çoientfur  les  efpaulles  lesvns  des  autres  en  la 
* fajonf 


des  Indes.  Dure  Vt  3*5 

Façon  qu'ils  portent  en  Portugal ,  ce  qu'ils  ap- 
pellent les  Paellas.  La  plus  grande  partie  de  ces 
dances  eftoient  fuperititions  &  efpeces  d'ido- 
lâtrie ,  pource  qu'ils  honoroient  leurs  idoles 
&Guacasencefte  façon-  Pour  cefte'occafion 
les  Prélats  fe  font  efforcez  dele'ir  ofter-,  le  plus 
qu'ils  ont  peu,  de  ces  dances ,  combien  qu'ils  les 
laiflentà  caufequ'vne  partie  ne  font  que  ieux 
de  récréation,  car  touf  jours  ils  dancents  &  bal- 
lent  à  leur  mode.  Ils  vfem  en  ces  d ances  de  plu- 
sieurs fortes  d'inftruments  ,  dont  les  vris  font 
comme  fluftes  ou  petits  canons,  les  autres  com- 
me tambours,  &  les  autres  comme  cornets  en- 
tortilles :  mais  communément  ils  y  chantent 
tousa  la  voix,&  y  en  a  vn  ou  deux  qui  chantent 
premièrement  la  chanfon  ,  puistousles  autres 
luyrefpondent.  Quelques-^nes  de  ces  chan- 
fons  eftoient  fort  ingénie  ufement  compofeès, 
.&  contenants  des  hiftoires  :  d'autres  eftoient 
pleines  de  fuperftitions,&  les  autres  n'eftoient 
que  pures  folies.  Les  noftres  qui  conuerfent 
entr'eux,  ont  effayé  de  mettre  leschofes  deno- 
flre  fàinéte  Foy  en  leur  façon  de  chant.  Ce  qui 
a  afTez  bien  profité,  d'autant  qu'ils  employait 
les  iours  entiers  à  les  chanter  &  réciter,  pour 
le  grand  plaifir  &  contentement  qu'ils  pren- 
nent à  ce  chant,  ïlsontmismefmesà  leur  lan- 
gue de  nos  comportions  de  mufique,.  commet 
desHuic>ains,Chanfons  &  Rondeaux,lefquels- 
ils  ont  fort  proprement  tournez,  quieft  à  la  vé- 
rité vn  beau&  fort  neceffaire  moyen  pour  in- 
firuire  le  peuple.  Iîsappelloient  communemet^ 
au  Peru  des  àmcQs^gu.ï  ,  ésautres  Prouirices 
w"       ~    ~~  ~  lk.t 


fcfifloire  naturelle 
Arèîttos  ,  &  en  Mexique  Mittotes.  Et  n'y  2 
point  eu  en  aucun  autre  lieu  vne  telle  curiofité 
de  ces  ieux  &  dances ,  comme  en  la  neuue  Ef- 
pagae  ,  où  l'on  voit  encore  auiourd'huy  des 
Indiensfibrauesfauteurs,  quec'eft  vne  chofe 
admirable.  Les  vns  dancent  fur  vne  corde,  les 
autres  fur  vn  pieu  haut  &  droit  en  mille  façons. 
Les  autres  auec  la  plante  des  pieds  &  lesiarets, 
manientyiettentenhautj&r  reçoiuent;  vn  tronc 
fort  pefant:  ce  qui  femble  incroyable,  Ci  ce  n'eft 
en  le  voyant.  Ils  font  plufieurs  autres  démon- 
ftrations  de  leur  grande  agilité,  en  fautant,vol- 
tigeant,  faifans  des  foupîes-fauts  ,  tantoft  por- 
tans  vn  grand  &  pefant  frix,  tantofl  endurans 
de*coupsqui  feroient  fuffifants  pour  rompre 
du  fer.  Mais  fexercke  de  récréation  le  plus 
vfité  entre  les  Mexiquains  ,  eft  le  folemnel 
Mittoté  ,  qui  eft  vne  forte  de  bal  qu'ils  efti- 
soient  fibraue  &  fi  honorable  ,  que  le  Roy 
mefmey  dançoit  quelques  fois ,  non  pas  tou- 
tesfoispar  force,  comme  le  RoyDom  Pedro 
d'Arragon  auec  le  Barbier  de  Valence.  Cebai 
ou  Mittoté  fe  faifoit  ordinairement  es  cours 
du  temple  ,  &  en  celles  des  maifons  Royales 
qui  eftoient  les  plus  fpacicufes.  Ils  pofoient  au 
milieu  de  la  cour  deuxdiuersinftruments,  vn 
quieftoit  en  façon  de  tambour  ,  &  l'autre  en 
façon  d'vn  baril  fait  tout  d Vne  pièce,  &  creu- 
fe' par  dedans,  lefquels  ils  mettoient  fur  vne  fi- 
gure d'homme,  ou  d'animal,  ou  deflfus  vne  co* 
lomne.  Ces  deuxinftruments  eftoient  fi  biea 
accordez  enfemble  ,  qu'ils  rendoient  en  leur 
fon  vne  affez  bonne  harmonie^  faifoient  auec 


desfndes.  LiureJ^L         314, 

éës  inftrumens  plufîeurs  Ôc  diuerfes  fortes  d'airs 
&dechanfons.  Ilschantoient&  baloienttous 
au  fon  &  à  la  cadence  deces  infirumens5d'vn  fi 
bel  ordre  Ôc  dVn  fi  bel  accord ,  tarit  aux  voix, 
qu'au  mouuemenr  des  pieds,  que  c'eftoit  vné 
chofeplaifante  avoir.  Ils  faifoient  en  ces  dan- 
ces  deux  cercles  ou  rôties,  Pvn  defqueîs  eftoit 
au  milieu,  proche  des  inftrumens  ,  auquel  les 
anciens  &  Seigneurs  chantoient  &  dançoient 
fansprefquefe  mouuoir:  l'autre  eftoit  du  relie 
du  peuple  à  rentour3afFez  efloigné  du  premier, 
auquel  ils  dançoient  deux  à  deux  plus  légère- 
ment, ôc  taifoient  diuerfes  façons  de  pas,  aueç 
certains  fauts  à  la  cadence.  Tous  lefquels  en- 
femble  faifoient  vn  fort  grand  cercle.  Ils  fe  ve- 
ftoient  pour  ces  dances,de  leurs  plus  précieux 
habits  ôc  ioyaux,  &  félon  le  moyen  ôc  pouuoic 
d'vn  chacun,  efximans  cela  vnechofe  fort  ho- 
norable: ôc  pour  cette  occafîon  ils apprenoient 
ces  dances  dés  leur  enfance.  Et  combien  que  la 
plus  grande  part  d'icelhs  fe  faifoiét  à  l'honneur 
de  leurs  idoles  ,  neantmoins  cela  n'eftoit  pas? 
d'inftitution ,  mais  comme  il  a  efte  dit,  ceftoit 
vne  récréation  ôc  pafîe-tempspourle  peuple. 
C'efl:  pourquoy  iln'eft  pas  propre  de  hs  oiter 
du  tout  aux  Indiens ,  mais  on  doit  bien  prendre 
garde  qu'ils  n'y  méfient  parmy  quelques  fuper- 
ftitions.  l'ay  veu  faire  ce  bal  ouMittottéenla 
cour  de  TEgîife  de  Topetzotlan  ,  qui  eft  vn 
bourg  à  fept  lieues  de  Mexique,  ôc  mefembla 
de's  lors  que  c'eftoit  chofe  bonne  d'y  occuper 
&  entretenir  les  Indiens  es  iours  de  feftes ,  puis 
Qu'ils  ont  befoin  de  quelque  recreatiô:&  éW 


ffiftoires  naturelle 

tant  plus  que  celle-là  eft  publique  ,  &  fans  le, 
preiudice  d'autruy,il  y  a  moins  cTinconuenient 
qu'en  d'autres  qu'ils  pourroient  faire  eux  feuls,  ! 
fi  l'on  leur  oftoit  celle-là.    C'eft  pourquoy  il! 
faut  conclure,  (uiuantleConfeildu  PapeGre-j 
goire ,  que  c'eft  vne  chofe  fort  propre  de  laiiTer 
aux  Indiens  ce  qu'ils  ont  de  couftume  &  vfa-i 
gçs ,  pourueu  qu'ils  ne  (oient  point  méfiez  de 
leurs  erreurs  anciens  ,  &  défaire  en  forte  que 
leurs  feftes  ôcpaiTe-téps  f'acheminent  à  l'hon- 
neur de  Dieu ,  &  des  Sain&s  defquels  ils  célè- 
brent les  feftes.  Cecy  pourra  fufhre  en  gênerai 
des  mœurs  Ôc  couftumes  politiques  des  Mexi- 
quains.  Et  quant  à  leur  origine  ,  accroiilement 
&  Empire,  d'autant  que  c'eft  vne  matiereplus 
ample ,  &  qui  fera  belle  ôc  plaifante  d'entendre 
désfon  commencement ,  nousentraitterons 
au  liure  fuiuant. 


m 


LIVRE      SE  PTIESME 

DE     I/HISTOIRE     NATV- 
relle  &  morale  des  Indes. 


<0  ne  c'eftvne  chofe  vtile  d'entendre  les  actes 
& geftes  des  Indes  >  çrincip dément  ceux 
des  Uexiquains. 
Chapitre    premier. 


Mïk 


Ovte  hidoire  véritable  bien  ef- 
crite  en:  toufiours  profitable  au 
Le&eur.  Car  comme-dit  le  Sage: 
Ce  qui  4  efié,eft>  gr  ce  qui  fera ,  efi  ce        ,    ^ 
qui  a  efté.  Les  chofes  humaines 
ont  entr  elles  beaucoup  de  refîemblance,  &  les 
vns  fe  font  fages  par  ce  qui  arriue-aux  autres.  U 
n'y  a  peuple  Ci  barbare  qui  n'ait  en  foy  quelque 
chofe  de  bon ,  tk  digne  de  louange  -,  ny  Repu- 
blique fi  bien  ordonnée,  où  il  n'y  ait  quelque 
chofe  à  reprendre.  C'eft  poùrquoy  quand  il 
n'y  auroit  autre  fruicl:  en  l'hiiloire  &  narration 
des  faits  des  Indiens,  que  ceftecommane  vti- 
lité  d'eftre  vne  hifioire  &  relation  des  chofes, 
lefquelles  en  effedr  de  vérité  font  aduenues ,  el- 
le mérite  allez  d'eftre  receiie  comme  chofe  vti- 
ls,  &  ne  la  doit-on  pas  reietter ,  pourtant  fi  ce 

Rr.    iij 


Hifloire  naturelle 
font  choies  des  Indiens.  Comme  nous  voyons 
que  les  autheursqui  traittent  des  chofes  natu- 
relles ,  efcriuenc  non  feulement  des  animaux 
généreux,  des  plantes  (îgnaleës  Ôc  des  pierres 
precieufes,  mais  aulîî  des  animaux  vils3des  her- 
bes communes,  des  pierres  ôc  chofes  v  ulgaires, 
d'autant  qu'il  y  a  toufiours  en  icelles  quelques 
proprietez  dignes  d'efTre  remarquées.  Ainfî 
quand  il  n'y  auroit  autre  chofe  en  cecy  queie 
traitte,que  d'eftre  vne  hiftoire  Ôc  non  point  des 
fables  ôc  fi  et  ionê3  c'eft  touilousvn  fubie&qui 
a'eft  pas  indigne  d'eftre  eferit.  ny  d'eftre  leu.ll  y 
a  ençor  vne  autre  raifon  plus  particulière  :  c'eft 
que  Ton  doit  dauantage  eftimer  en  cecy  ce  qui 
eft  digne  de  memoirejd'autant  que  c'eft  vne  na- 
tion peu  eftimee,  &  d'autant  mefme  que  c'eft 
vne  matière  différente  de  celle  de  noftie  Euro- 
pe, cômeauiTi  lefontcesnations:enquoy  nous 
deuçns  prendre  plus  de  plailir  ôcdt  contente- 
ment d'entendre  le  fond  de  leur  origine,  leur 
façon  de  viure ,  leurs  heureufes  &  malheureu- 
fes  aduantures.  Et  n'eft  pascefte  matière  feule- 
mét  plaifante &  agréable,  mais  auflî  eft  vtile  8c 
profitable,  principalement  à  ceux  qui  ont  la 
charge  de  les  régir  ôc  gouuerner:car  la  cognoif- 
fance  de  leurs  adtes  inuite  à  donner  crédit  aux 
rioftres,  ôc  enfeigne  en  partie  comment  ils  doi- 
uent  eftre  traittez,  voire  elle  ofte  beaucoup  du 
commun  &  fol  mefpris,auquel  ceux  de  l'Euro- 
pe les  ont,ne  iugeans  pas  que  ces  peuples  ayenc 
aucune  chofe  de  raifon.  Car  certainernec  on  ne 
peut  mieux  trouuer  l'cfclarciiTement  de  celle 
«ppinion;que  par  la  yray  e  narration  des  faits,  Sç 


desJndes.Liure.  VIL  i4 

geftes  de  ce  peuple.  le  trai&eray  donc  auec 
l'aydedu  Seigneur,  le  plus  breuement  que  îc 
pourray  ,  de  l'origin^progres,  &  faits  notables 
des  MeXiquains,  par  où  Ton  pourra  cognoiftre 
le  temps,  &  la  difpofuion  que  le  haut  Dieu 
voulut choifir  pour  enuoycr  aces  nations  la 
kmicrcdertuangiledcIisvs-CHRisTfcai 
filsvnique  noùre  Seigneur,  lequel  iefupplie 
acheminer  noflre  petit  trauail,  de  forte  qu'il 
puiflereuffir  à  la  gloire  de  fa  diuine  grandeur, 
&  à  quelque  vtilité  de  ces  peuples ,  aufquels  il  a 
communique  fa  fain&e  loy  Euangelique. 


Des  anciens  habitant  de  la  neuue  Bfiagne^ 

&  comment  les  Nauatliicas y 

vindrent. 

Chapitre    II, 

Es  anciens,  &  premiers habitans  des 
Prouinces  que  nous  appelions  neuue 
Efpagne  ,  furent  des  hommes  fore 
barbares,&  fauuages,qui  viuoient  & 
s'entretenoient  feulement  de  la  chafTe.  Acefte 
occafioneftoient  appeliez  Chichimeequas.  lis 
ne  femoiét,ny  ne  cukiuoient  point  la  terre ,  6c 
ne  viuoient  point  enfemble ,  d'autant  que  tout 
leur  exercice  eftoit  de  châtier  ,  en  quoy  ils 
eftoient  fort  adroits.  Ils  habitoient  aux  plus  ai- 
près  lieux  des  montagnes,  viuâts  bcftialleraenr, 
fans  nulle  police  &  alloient  tous  nuds.Us  fai- 
(bientlachaiTeaux  belles  roulTes,  aux  lièvres,. 

Kt  iiij 


Hiftoire  naturelle 

çonmns,bellettes, taupes,  chats  fauuagcs,  ÔC 
aux  oyfeaux,  voire  aux  beftes  immondes,  com- 
me aux  couleuures,  lézards,  locuftes,  &  vers, 
donc  ils  fe  nourri  (oient ,  auec  quelques  herbes 
ôc  racines.   Ils  dormoient  aux  montagnes  en 
des  cauernes ,  &  en  des  huilions:  Ôc  les  femmes 
mefmes  alloientàla  chalTe   auec  leurs  maris, 
laifîa  ns  leurs  petits  en  fans  attachez  aux  ra- 
meaux dVn  arbre,  dans  quelque  petit  pannier 
de  ionc,  qui  fe  palToient  d'eftre  allaittez  iufques 
à  ce  qu'elles  retournaient  de  la  chaile.  Ils  n'a- 
uoient  aucuns  fuperieurs,  &  ne  recognoiiîoiét, 
îiy  n'adoroient  aucuns  dieux,&n'auoient  point 
de  coutumes  ,  ny  de  religion.  Ilyaencorau- 
iourd'huy  en  la  neuue  Efpagne  de  cefte  forte 
de  gens ,  qm  viuent  de  leur  arc  &  flefehes ,  hC^ 
quels  font  fort  dommageables:  pour  autant 
qu'ils  Paftemblent  par  compagnies ,  pour  faire 
quelque  mâl,ou  vollerie,&  n'ont  peu  les  Efpa- 
gnols  par  force,  nyfintfïe,  les  réduire  à  quel- 
que police  &  obeyifance.  Car  comme  ils  n  ont 
point  villes,ny  de  refidêces ,  côbattre  auec  eux_ 
eft  proprement^chafler  aux  beftes  fauuages,qui 
Pefcartent ,  ôc  fe  cachent  aux  lieux  le.-  plus  af- 
pres,&  coiiuerts  de  la  Sierre.  Telle  eft  la  flacon 
de  viure  encor  auîourd'huy   en  beaucoup  de 
Prouinces  des  Indes,  &  efttraittc  principale- 
ment de  cefte  forte  d'Indiens,  aux  liures ,  defre* 
cwandt  Jndiomm  fklute.  Au  lieu  où  il  eft  dit ,  qu'ils 
ont  de  befoing  d'eftre  contraints  ôc  aflujeclis 
par  quelque  force  honnefte ,  ôc  qu'il  eft  neceC 
faire  de  les  enfeigner  premieremét  à  eftre  hom- 
mes puis  après  à  eftre  Ghreftiçs.  L'on  veut  dire  • 


des  Indes.  Dure  P77.       _  31? 

que  ceux  qu'ils  appellent  en  laneuueEfpagne, 
Ottomies,  cftoient  de  celle  forte,  iefqueis  corn- 
munement  font  de  pauures  Indiens  hàbitans  en 
vne  terre  afpre  &  rude  ,  &  neantmoins  font  en 
allez  grand  nombre,  &  viuent  enfemble ,  ay ans 
entr'eux  quelque  police -,  &  ceux  qui  les  co- 
gnoiflent,  ne  les  trouuent  pas  moins  idoines  ÔC 
capables  es  chofes  de  la  Chreftienté,  que  les  au- 
tres qui  font  plus  opulents ,  &  qtf  on  tient  pour 
mieux  poHccz.  Venansdonc  ànoftrefujet,  les 
Chichiraecas  &  Ottomies  qui  cftoient  les  pre- 
miers hàbitans  delà  neuue  Efpagne,  d'autant 
qu'ils  ne  femoient,  ny  labouraient  la  terre,  laii- 
ferent  le  meilleur,  &  le  plus  fertile  de  cette  con- 
trée fans  le  peupler  ;  ce  que  les  nations  qui  vin- 
drent  de  dehors  occupèrent,  Iefqueis  ils  appel- 
loient  Nauatalcas,  d'amant  que  c'eftoit  vne  na- 
tion plus  ciuile,  &  plus  politique,  &  fignifie  ce 
mot,  peuple  qui  parle  bien,  au  refpecT:  des  au- 
tres nations  barbares,  &  fans  raifon.  Ces  fecôds 
peupleurs  Nauatalcas  vindrent  des  autres  ter- 
res eiloignees,  quigifentversleNort,  où  l'on  a 
maintenant  defcouuert  vn  Royaume,  qu'ils  ap- 
pell  -  nt  le  nouueau  Mexique.  Il  y  a  en  cette  con- 
trée deux  Prouinces,i'vne appellee  Aztlan,  qui 
veut  dire,  lieu  de  hérons j  l'autre  Tuculhuacan, 
qui  fignifie ,  terre  de  ceux  qui  ont  les  ayeuls  di- 
pins.  Les  hàbitans  de  cesProuinces  ont  leurs 
maifons,  leurs  terres  labourables,  dieux,  cou- 
ftumes ,  &  cérémonies,  auec  le  mefme  ordre  & 
police  que  les  Nauatalcas,  &  font  dîuifez  en  lent 
lignages,  ou  nations  ;  &  pource  qu'il  y  a  vn  vfa- 
ge  en  cette  Pcouince,  que  chacun  de  ces  ligna- 


Hiftoire  naturelle 

gesafonlieu,  èVfon  territoire  feparé,  lesNa- 
natlacas  peignent  leur  origine  de  premier  terri- 
toire en  figure  decauerne,  &  difent  qu'ils  for- 
tiret  de  fept  cauernes  pour  venir  peupler  la  ter- 
re de  Mexique,dequoy  ils  font  mention  en  leur 
hiftoire,  où  ils  peignent  fept  cauetnes ,  &  les 
hommes  qui  enfortent.  Parla  fupputationde 
leurs liures  il  y  a  plus  de  800.  ans  que  ces  Nauat> 
laças  fortirent  de  leur  pays ,  qui  feroit,  le  redui- 
fant  à  noftre  conte, l'an  de noftre  Seigneur  820.I 
Quand  ils  partirent  de  leur  pays  pour  venir  eni 
Mexique,  ils  tardèrent  80.  ans  en  chemin ,  &  la 
caufe  qu'ils  demeurèrent  il  longtemps  en  leur 
voyage,  fut  que  leurs  dieux  (lefquels  fens  doute 
eftoient  diables  qui  parloient  vifiblemétà  eux) 
leur  auoient  perfuadé  qu'ils  allalTent  recherchas 
de  nouuelles  terres  qui  euflent  de  certains  n- 
gnes.  Ceft  pourquoy  ils  venoient  recognoil- 
fans  toute  la  terre,  pour  rechercher  lesfignes 
que  leurs  idoles  leur  auoient  donné ,  &  es  lieux 
qu'ils  trouuoient  de  bonne  habitation ,  ils  peu- 
ploient,  ôc  labouroient  la  terre ,  &  corne  ils  de£- 
couuroient  toufîours  de  meilleures  contrées,  ils 
delaifTbient  celles  qu'ils  auoient  ainfi  première- 
ment peuplées,  y  lailTantneantmoins  toufîours 
quelques-vns,  principalement  les  vieillards  ma- 
lades Se  fatiguez,  mefmes  y  plantoient  &  baftif- 
foient,  dont  on  void  encoraujourd'huy  des  re- 
lies par  le  chemin  qu'ils  tindrent,  &  employè- 
rent 80 .  ans  en  celle  façon  de  cheminer  fi  à  loi- 
fir,  ce  qu'ils  culîent  peu  faire  en  vn  mois,  par  cq 
moyen  ils  entrèrent  en  la  terre  de  Mexique  en 
Tannée  de  neuf  cents  deux ,  félon  noftre  contCj 


des  Indes.   Liure  VIL        3^ 


Comment  les  fîx  lignages  de  Nauatlacas  f  ex- 
pièrent la  terre  de  Mexique* 

Chapitre    III. 

E  s  fept  lignages  que  j'ay  dit,  ne 
fortirent  pas  tous  enfemble  ;  les 
premiers  furent  lesSuchimilcQS, 
quifignifie,  gent  defemencesde 
„  fleurs.  Ceux-là  peuplèrent  le  ri- 
uage  du  grand  lac  de  Mexique  vers  le  Midy,  & 
fondèrent  vne  Cité  de  leur  nom,  &  plusieurs 
bourgades.  Longtemps  après  arriuerent  ceux 
du  fécond  lignage  ,  appeliez  Chalcas,  qui  figni- 
fie ,  gent  des  bouches ,  lefqucls  fondèrent  aufll 
vne  autre  Cité  de  leur  nom ,  departans  leurs  H- 
rnites  &  territoires  auec  lesSuchimilcos.  Lz$ 
troifefmes  furent  les  Tepanecas,  qui fignifîe» 
gent  du  pont ,  lefquels  peuplèrent  le  riuage  du 
lac  versl'Occidenr,  &  f'accreurent  tellement, 
qu'ils  appellerent  le  chef  &  métropolitaine  de 
leur  Prouincc,  Azçapuzalco  ,  qui  vaut  autant  à 
dire  que  fourmillrere,  &  furent  vn  longtemps 
fort  puiiTans.  Apres  ceux-là  vindrent  ceux  qui 
peuplèrent  Tefcuco  ,  qui  font  ceux  de  Culhua, 
qui  veut  dire ,  gent  courbée ,  pource  qu'en  leur 
pays  il  y  auoit  vne  montagne  fort  recourbée.  Ec 
decefte  façon  fut  ce  lacenuironné  de  ces  qua- 
tre nations,  peuplans  ceux-cy  l'Orient,  Ôc  les 
Tepanecas  le  Nort.  Ceux  de  Tefcuco  furent 
çftimez  fort  courtifans:  car  leur  langue  &  pra- 


^  '  Hifioire  naturelle 
noncîation  eft  fort  douce ,  &  mignarde.  Apres 
arriueïent  les  Tlalluicas,  qui  figmfie ,  gen  t  de  la 
Sierre.  Ceux-là  eftoient  ks  plus  rudes ,  &  grof- 
ïîers  de  tous;  Ôc  comme  ils  trouvèrent  toutes  les 
plaines  occupées  au  tour  du  lac  iuiqu'aux  Sier- 
res,ils  pafTerent  de  l'autre  codé  de  la  Sierre,  où 
ilstrouuerent  vne  terre  fort  fertile,  fpacieufe  Ôc 
chaude ,  en  laquelle  ils  fonderont  &  peuplèrent 
plufieurs  grands  bourgs,  appellans  la  Metropo| 
litaine  de  leur  Prouïnce,  Çkiahunachua,  qui  eft 
autant  à  dire  que  lieu  oùionne  la  voix  de  l'ai- 
gle, que  noftre  vulgaire  appelle,  &  par  corru- 
ption, Quernauaca-,  '&  eft  cette  Prouince  celle 
qu'on  appelle  aujourd'huy  le  Marquizat.  Ceux 
de  la  fixiefme  génération  ,  qui  font  les  Tlalcal- 
fecas^  qui  vaut  autant  à  dire  que  gent  de  pain^ 
paiferenc  la  Sierre  vers  l'Orient,  trauerfans  ton 
te  laSierreMenade,  où  eft  le  fameux  Vulcan, 
entre  Mexique  &  la  Cité  des  Anges,  où  ils  trou 
lièrent  de  bon  pays  ,  &  P y  eftendirent  bien  auât 
plufieurs  édifices.  Us  y  fondèrent  plufieurs  vil- 
les &  Citez,  dont  la  Métropolitaine  fappellad^T 
leur  nom  Tlafcala.  Celle-  cy  eft  la  nation  qui  fa- 
uorifales  Efpagn*>ls  à  leur  entrée,  ôc  par  l'aydel- 
defquels  ils  gagnèrent  ce  pays;  parquoy  iufques' 
aujourd'huy  ils  ne  payent  point  de  tribut,  ÔC 
iouyiTent  d'vne  exemption  générale.  Lorsque 
routes  ces  nations  peuplèrent  cçs  pays ,  les 
Çhinchiraecas  anciens  habitans  ne  leur  nrenc 
aucune  refiftance,  miis ils f  enfuyoient,  ôc  com- 
me tous  efpouuantez.  ils  fecachoient  au  plus; 
couuert  des  rochers.  Maisceux  qui  habito:ent 
fie  l'autre  coftéde  la  Sierre,  où  les  Tlafcaltecas 


: 


1 


des  Indes.  Liure  VIL  ji-9 

f  habituèrent ,  ne  permirent  point  ce  que  le  re- 
lie des  Chichimecas  auoient  permis  ;  au  con- 
traire ils  femirent  endcffenfe  pour  conferu*r 
leur  pays, &  comme  ilseftoient  géants,  comme 
raconte  leur  hitloire,  ils  voulurent  îetter  par 
force  les  derniers  venus ,  m  ai*  ils  furent  vaincus 
par  la  rufe  &  fineiTe  des  1  iafcaltecas ,  lefquels 
feignirent  de  faire  paix  auec  eux,  puis  les  conq- 
uièrent  en  vn  grand  banquet  \   &  lors  qu'ils 
eftoient  occupez  à  leurs  y  nrongneries,  iiyeut 
des  hommes  qui  auoienreiré  mis  en  crabufclœ 
à  celle  fin,  qui  leur  defroberent  finement  leurs 
armes,  qui  eftoient  de  grandes  mailucs,  des  ron- 
delles ,  des  efpees  de  bois ,  ôc  autres  telles  fortes 
d'armes.  Cela  fait,  ils  fe  ietterent  à  i'impourueu 
fur  eux,  &  les  Chichimecas  fevouîans  mettre 
en  deffenfe,  &  ne  trouuans  point  leurs  armes, 
f'enfuyrent  aux  montagnes  &  foreûs  prochai- 
nes ,  oùmettans  la  main  aux  arbres,  lesrorn- 
poient  &  arrachoient,  comme  fic'euifentefté 
"feuilles  de  laictuëes.    Mais  en  fin  comme  les 
Tlafcaltecas  alîoient  armez,  &  en  ordre,  ils  dé» 
firent  tous  les  géants,  fansenlailfervn  feulen 
Vie.  Ce  qu'on  ne  doit  trouuer  eitrange,  ny  pour 
fable  de  ces  géants  :  car  on  y  trouue  encores  au- 
jourd'huy  des  os  d'hommes  morts  dVne  in- 
croyable grandeur.  Lors  que  j'eftois  en  Mexi- 
que, en  l'année  quatre  vingts  &fix,  ontrouua 
ljvn  de  ces  géants  enterré  en  vne  de  nosmeftai- 
lies,  que  nous  appelions  Iefus  du  mont,  duquel 
on  nous  apporta  vne  dent  à  voir,  laquelle  fans 
y  adjouiter,  eftoitauifi  grande  que  le  poignet 
i'vn  homme,  &  félon  celle  proportion  tout  ie 


£fi(loire  naturelle 

refte  lequel  ieveis,  &  m'efmerueillayde  ceftè 
difforme  grandeur.  Les  Tlafcalrecas  donc  par 
cefte  vi&oire  demeurèrent  paifibles,  ôc  tous  les 
autres  lignages  aufli.  Ces  fix  lignages  que  j'ay 
dit,  conferuerent  toujours  amitié  entr'eux, 
marians  leurs  enfans  les  vns  auec les  autres,  ôc 
departans  leurs  limites  paisiblement,  puis  fe- 
ftudîoient  par  vne  honnefte  émulation  d'ac- 
croiftre&d'illuftrerleur  Republique.  Les  bar- 
bares Chichimecasvoyans  ce  qui  pallbit,  com- 
mencèrent de  prendre  quelque  police,  &àfe 
veftir,  ayans  honte  de  ce  qu'auparauant ,  &  iuf- 
ques  alors  ,  ils  n'auoient  efté  honteux,  &  ayans 
perdu  la  crainte  par  la  communication  de  ces 
autres  peuples,    commencèrent  d'apprendre 
d'eux  plufieurschofes,  ôc  faifôient  défia  leurs 
maifonnettes,  ayans  quelque  police  ôc  gouuer- 
nement.  Ils  efleurent  auffi  des  Seigneurs ,  qu'ils 
recognoifloient  pour  chefs  ôc  Supérieurs  ;    au 
moyen  dequoy  ils  forcirent  prefque  entière- 
ment de  cefte  vie  beftiale,  toutesfois  ilsrefï- 
doient  toujours  aux  montagnes,  &  enlaSierrc 
feparez  des  autres.  Neantmoins  ie  tiens  pour 
certain  que  cefte  crainte  eft  prouenué  des  au- 
tres nations  ôc  Prouinces  des  Indes,  dont  les 
premiers  furent  hommes  fauuages,  lefquelsne 
viuans  que  dechalîe,  entrèrent,  penerrans les 
terres  Ôc  pays  fort  afpt es ,  defcouurans  vn  nou- 
ueau  monde  ,  ôc  habitans  en  iceluy  prefque 
comme beftes  fauuages,  fans  toids  ôc  fansmai- 
fons ,  fans  terres  labourables ,  fans  beftial ,  fans 
Roy,  loy,  ny  Dieu,  ny  raifon.  Du  depuis,  quel- 
ques autres  cherchans  de  meilleures  &  nouuek 


■ 


des  Jndes.  Dure  VIL         320 

[es  terres,  peuplèrent  le  pays  fertile,  introdui- 
ts vn  ordre  politic ,  &  quelque  façon  de  Ré- 
publique ,  encoses  qu'elle  fuft  fort  barbare.  Par 
japres  ces  mefmer  hommes ,  ou  d'autres  nations 
!qui  eurent  plus  d'entendement  Ôc  d'induftrie 
que  les  autres,  remployèrent  à  aiîujettir,  &  op- 
primer les  moins  puiiîans,  iufques  à  fonder  des 
Royaumes,  ôc  des  grands  Empires .  Ainfi  en  ad- 
uint  en  M  exique ,  au  Peru ,  ôc  en  quelque  en- 
droit, où  fetrouuent des  Citez,  Ôc  des  Répu- 
bliques fondées  parmy  ces  barbares.  Ge  qui  me 
confirme  en  mon  opinion ,  laquelle  fay  ample- 
ment déduite  au  premier  liure,  que  les  pre- 
miers habitansdes  Indes  Occidentales  vindrent 
parterre,  de  que  par  confequent  toute  la  terre 
des  Indes  fe  continue  auec  celle  d'Afie,  d'Euro- 
pe &  d'Afrique,  &le  nouueau  monde  auec  Je 
vieil,  combien  que  l'onn'ayt  encores  defeou- 
uert  à  prefent  aucun  pays  qui  touche,  &fe  joi- 
gne auec  les  autres  mondes,  ou  que  fil  y  amer 
entre  deux,  elle  elt  fi  eftroitte,  que  les  beftes  fîe- 
res  ôc  fauuages  la  peuuent  facilement  patfer  à 
nage,  &leshommesendesmefchansbafteaux. 
MaislaûTans  cefte  Philofophie,  retournons  à 
noftre  hiftoire. 


Hifioire  naturelle 


De  la/ortie  des  Mexiquains  ,  de  leur  chemin^ 
ejr  dépeuplement  de  ceux  de  Mechouacan\ 

Chapitre    IV. 

Rois  cents  deux  ans  après  que 
lesilx  lignages  fufdits  furent  for- 
tis  de  leur  pays  pour  peupler  la 
neuue  Efpagne  ,  le  pays  eftant 
défia  fort  peuplé  ,  &  réduit  à 
quelque  forme  de  police,  ceux 
delà  feptiefme  cauerne  ou  lignée  y  arriuerent, 
qui  eft  la  nation  Mexiquaine,  laquelle,  comme 
les  autres,  fortit  de  laProuince  de  Aztlan,  & 
Teucuîhuacan,  nation  politique,,  cournlane  & 
fort  belliqueule.  Ils  adoroient  l'idole  VitziK- 
putzîi ,  duquel  a  efté  fait  ample  mention  cy  de- 
liant;  &  le  diable  qui  eftoit  en  cet  idole,  parloir,- 
ôc  regi(Toit  allez  facilement  cette  nation.  Cet 
idole  donc  leur  commanda  de  fortir  de  leur 
pays ,  leur  promettant  qu'il  les  feroit  Princes  & 
Seigneurs  de  toutes  les  Prouinces  qu'a uoient 
peuplé  les  autres  fix  nations  3  qu'il  leur  don n'e- 
roit  vne  terre  fort  abondante ,  beaucoup  d  or, 
cTargent,de  pierres  precieufes,  de  plumes,  &  dé 
riches  mantes  i  fuiuantquoy  ils  forment,  por— 
tans  auec  eux  leur  idole  dans  vn  coffre  de  jonc, 
qui  eftoit  porté  par  quatre  des  principaux  Pre- 
ftres,  aufquels  ilfecommunîquoit,  &leurre- 
ueloit  en  fecret  le  fuccez  de  leur  chemin,  8c 
voyage,  les  aduifant  de  ce  qui  leur  deuoit  ad- 
venir. Il  leur  donnoit  meûnes  des  loix ,  &  leur 

enfei- 


desfndes.  Dure  VIL         521 

enfeignoit  les  couftumes ,  cérémonies  ôc  fa-cri? 
JEces  qu'ils  deuoient  obferuer.  Us  n'aduâçoient* 
jiyne  fe mouuoient  aucunement,  fansl'aduis 
&  commandement  de  cet  idole.  Il  leurdifoit 
quand  ils  deuoient  cheminer,  &  quand  en  quel- 
que lieu  ils  deuoient  f'arrefter,  enquoy  ilsluy 
Dbeyflbient  du  tout.  La  première  chofe  qu  ils 
faifoient,  où  que  ce  fuft  qu'ils  arriuaflenr,  eftoic 
i'edifier  vne  maifon ,  ou  tabernacle ,  pour  leur* 
faux  Dieu,  quilsdreflbient  touliours  au  milieu 
iu  camp,  ôc  y  mettoient  l'arche  fur  vn  autel ,  de 
ta  mefme  façon  qu  on  en  vfe  en  la  fainc~te  Eglife 
Chreftienne.  Cela  fait,  ils  faifoient leurs  fe- 
tnences  de  pain,  Ôc  des  légumes  dont  ils  vfoienr, 
8c  eftoient  tant  addonnez  àl'obeyirancc  de  leur 
eieu,  que  fil  leur  commandoit  de  recueillir ,  ils 
recueilloient:  mais  fil  leur  commandoit  de  le- 
uerlecamp,  tout  demeuroitlà  pour  femence 
&  nourriture  cks  vieillards,  malades,  &  fati- 
guez, qu'ils  alloient  laiflfans  à  tout  propos  de 
lieu  en  autre,  afin  qu'ils  peuplaient*  pretendans 
par  ce  moyen  que  toute  la  terre  demeureroit 
peuplée  de  leur  nation.  Cette  fortie&  pérégri- 
nation des  Mexiquains  femblera  parauenture 
femblable  à  la  fortie d'Egypte,  ôc  au  chemin 
que  firent  les  enfans  d'Ifrael,  veu  que  ceux-là 
comme ceux-cy,  furent  admonneftez  de  fortir, 
&  chercher  la  terre  de  promiflion  ,  &  les  vns  & 
les  autres  portoient  pour  guide  leur  Dieu,  con- 
fiaient l'arche,  ôc  luy  faifoient  tabernacle,  ôc 
illesaduifoit,  leur  donnant  desloix  ôc  des  cé- 
rémonies 5  ôc  les  vns  &les  autres  confomme-. 
rent  vnsrand  nombre  d'années  fur  ce  voyage 
-  --  -    b       :  Sf 


;■; 


; 


Hifloire  naturelle 
cîe  leur  terre  promife,  où  Ton  recognoift  de  la 
reflemblance  deplufieurs  autres  choies,  en  ce 
queleshiftoires  des  Mexiquains  racontent,  & 
ce  que  la  diuine  Efcriture  rapporte  des  Ifraélites.j 
Et  (ans doute  c'eftvne  choie  véritable,  quele! 
diable  Prince  d'orgueil  l'eft  efforce  par  les  fa 
perditions  de  cette  nation,  de  contrefaire  &  en 
fuiure  ce  que  le  très-haut  &  vray  Dieu  fift  auec 
fon  peuple:  car  comme  il  a  efte  traittccydcf-| 
fus,  Satan  a  vne  eftrange  enuie  de  fe  comparer, 
&f'efgaler  à  Dieu,  d'où  cétennemy  mortel  a 
prétendu  faulfementvfurper  la  co  m  municationp 
&  familiarité  qu'il  luy  a  pieu  auoir  auec  les 
hommes.  S'eft  il  iamaisveu  diable  qui  conuer- 
faft  ainfï  auec  les  hommes,  comme  ce  diable 
Virzilipuztli?  L'on  peut  bien  voir  quel  il  eftoit, 
parce  que  Ton  n'a  iaraais  veu  ,  ny  ouy  parler  de 
couftumesplus  fuperftitieufes ,  ny  de  f acrifices 
plus  cruels ,  &  inhumains,  que  ceux  que  ceftuy 
enfeigna  aux  fîens.  En  fin  elles  furent  inuentees 
par  Fennemy  du  genre  humain.  Le  chef  &  capi- 
taine que  ceux-cyfuiuoient,  auoit  nomMexi, 
d'où  vint  par  après  le  nom  de  Mexique,  &ce- 
luydefa  nation  Mexiquaine.  Ce  peuple  donc 
cheminant  ainfi  à  loifîr,  comme  auoient  fait  les 
fix  autres  nations,  penplans  &  cultiuans  la  terre 
en  diuers  endroits,  dont  y  a  encore  aujourd'huy 
des  apparences  8c  ruines ,  8c  après  auoir  enduré 
beaucoup  de  trauaux  &  de  dangers: vindrent  en 
fin  arriuer  en  laProuince  deMechoacan,  qui 
vaut  autant  à  dire  ,  que  terre  de  poi(Ton,  pource 
qu'il  y  en  a  grande  abondance  en  de  beaux  &l 
grands  lacs,  où  fe  contentans  delafituationôç 


i 


des  Indes.  Liure  VU.  322. 

Fraifcheur  de  la  terre,  ils  T'y  voulurent  repo- 
ser &arrefter  :  toutefois  ayans  confulté  km 
Idole  fur  ce  point,  &voyans  qu'il  n'eneftoic 
jpas  content,  ils  luy  demandèrent  qu'il  leur  per- 
imift  à  tout  le  moins  d  y  lai/fer  de  leurs  hommes 
jqui  peuplaiTent  vne  il  bonne  terre  ;  ce  qu'il  leur 
jiccorda ,  leur  enfeignant  le  moyen  comment  ils 
[ieferoient  -,  qui  fut  comme  les  hommes  &  les 
iremmes  ieroient  entrez  pourfe  baigner  envn 
lac  fort  beau,  qui  f  appelloit  Pafcuaro,  ceux  qui 
refteroient  en  terre,  leur  defrobafTent  tous  leurs 
habits,  Se  incontinent  leuatTent  le  camp,  &f'erx 
flairent  fans  faire  aucun  bruit.  Ce  qui  fut  ainfî 
:ak,  &  les  autres  qui  nepenfoiert  en  la  trom- 
perie ,  pour  le  contentement  qu'ils  prenoient  à 
c  baigner,  quand  ils  fortirent,  &  fe  trouuerent 
îefpouillez  de  leurs  habits,  &  ainfi  mocquez  Se 
lelaiflTez  de  leurs  compagnons,  ils  demeurèrent 
brt  mal  contents,  Se  indignez  de  cela  ;  de  forte 
3[ue  pour  faire  demonftrarion  de  la  haine  qu'ils 
:onceurentcontr'eux,  ils  difent  qu'ils  changè- 
rent de  façon  de  viure  ,  voire  de  langage.  A 
put  le  moins  c'eft  vne  chofe  certaine  que  tou-< 
jours  les  Mechoacanes  ont  efté  ennemis  des 
Mexiquainsj  c'eft  pourquoy  ils  vindrent con- 
gratuler le  Marquis  de  Vallc,  après  la  vidtoire 
îbtenue,  quand  il  gagna  Mexique. 

Sfij 


De  ce 


Hifîoire  naturelle 


arriua  en   Malwalco>  en  Tula,  é* 
en  chapultepec. 

Chapitre  V. 


L  y  a  deMexouacquan  en  Mexique, 
plus  de  cinquante  lieues,  ôc  fur  le  che- 
min eftMalinalco,  où  il  leuraduint 
que  fe  plaignants  à  leur  idole  d'vnc 
femme  très  grande  forcieie,  quivenoitenleur 
compagnie,  portant  le  nom  de  fœur  de  leur 
pieu,  poureequ'auee  fes  m  auuais  arts  elle  leur 
faifoit  de  grands  dommages,  pretendât  par  cer- 
tains moyens  fe  faireadorer  d'eux  comme  leur 
deeiïe  i  l'idole  parla  en  fonge  à  l'vn  de  ces  vieil- 
lards qui  portoient l'arche,  &  luy commanda 
que  de  (a  part  il  confolaft  le  peuple,  leur  faifant 
de  nouueau  de  grandes  promelTes ,  &  qu'ils  laif- 
faflent  cette  Tienne  fœur  auec  ia  famille,  comme 
cruelle  &  mauuaife ,  en^leuant  le  camp  de  nuict 
en  grand  filence ,  fans  faifler  aucune  apparence 
par  où  ils  alloient.  Ils  le  rirent  ainfî,  &  la  forcie- 
re  fe  trouuant  feule  auec  fa  famille ,  delahTee  de 
la  façon,  peupla  là  vne  ville  qui  fut  appelle© 
Mahnalco,  &leshabitans  de  laquelle  font  te- 
nus pour  de  grands  forciers ,  eïtans  yfîus  dVne 
tellemere.  Les  Mexiquains,  d'autant  qu'ils  fe- 
ftoient  beaucoup  diminuez  par  ces  diuifions,  ÔC 
pour  le  nombre  des  malades,  &  gens  fatiguez 
qu'ikalloient  lailfans,  fe  voulurent  refaire,  far- 
reftans  en  vn  lieu  appelle  Tula,  qui  fîgnifie,  lieu 
de  ioncies,  Là  leur  idole  leur  commanda  qu'ils 


des  Jndes.  Liure  Vil.  3x3 

frrettafTent  vne  grande  riuiere,  afin  quelle  fe 
refpandill  dedans  vne  grande  plaine,  &auecle 
moyen  qu'il  leur  enfeigna,  ils  enuironnerent 
d'eau  vne  colline  appeileeCoatepec,  &  en  fi- 
rent vn  grand  lac,  lequel  ils  plantèrent  tout  à 
Pentour  de  faulx ,  d'ormes ,  lapins ,  &  autres  ar- 
bres il  commença  à  Py  engendrer  beaucoup  de 
poifîon,  ^f-y  venir  plufieursoyfeaux;  delorte 
qu'il  f'jKfîft  vn  lieu  délicieux.  C'eftpourquoy 
1  affiette  de  ce  lieu  leur  femblant  affez  agréable, 
&  eftans  laflTez  de  tant  cheminer,  plufîeurs  par- 
lèrent de  peupler  là ,  &  ne  palfer  plus  outre  ;  de- 
quoy  le  diable  fe  fafcha  fort,  ôcmenaifantles 
Preftres  de  mort,  leur  commanda  qu'ils  remif- 
fent  la  riuiere  à  fon  cours,  &  leur  dift  qu'il  don- 
nèrent  cette  nuict  le  chaftiement  à  ceux  qui 
auoient  efté  defobeyiîàns,  tel  qu'ils  le  meri- 
toient.  Or  comme  lemal-faire  eftfî  propre  au 
diable,  &  que  la  ïuftice  diuine  permet  bien  fou- 
uent  que  ceux-là  foient  mis  entre  les  mains  d'vn 
tel  bourreau,  quilechoififlent  pour  leur  Dieu: 
ilarriua  que  fur  laminuict  ils  ouyrent  en  cer- 
tain endroit  du  camp,  vn  grand  bruit,  &  au  ma- 
tin allans  celle  part ,  ils  trouuerent  morts  ceux 
qui  auoient  parlé  de  demeurer  là,    La  façon 
comme  ils  auoient  efté  occis  5  fut,  qu'on  leur 
auoit  ouuertl'eftomach,  &enauoit-ontiré!e 
cceur.  Et  de  làcebonDieu  enfeigna  à  cespau- 
lires  malheureux   les  façons  des  facri  fi  ces  qui 
luy  plaifoient,  qui  eftoit  en  ouurant  l'eftomach 
&  leur  tirer  le  cœu^ainfi  qu'ils  l'ont  depuis  pra- 
tiqué en  leurs  horribles  facrifices.  Ayànsveu 
ce  chaftiment  ainfi  fait,  Ôc  que  la  campagne 

Sf  ui 


Hifloire  naturelle 

f  eftoit  dcfechee,à  caufe  que  le  lac  f'eftoit  vuidé*, 
ils  confulterent  leur  Dieu  de  fa  volonté,  lequel  | 
leur  commanda  de  pafler  outre,  ce  qu'ils  firent,  | 
Se  peu  à  peu  aduancerent,  iufques  à  arriuerà  ! 
Chapultepec,  à  vne  lieiie  de  Mexique ,  lieu  ce-  ! 
îebre  pour  fa  récréation  &  fraifeheur.  Us  fe  for- 1 
tifîerent  en  ces  montagnes  pour  crainte  des  na-  ' 
tîons  qui  habitoient  cède  contrée,  lefquellesj 
leur  efloient  toutes  contraires ,  principalement { 
d'autant  qu  vn  nommé  Copil ,  fils  de  cefte  for- 
ciere  laiflee  en  Malinalco ,  auoit  blafm  é,  &  mal 
parlé  des  Mexiquains  :  car  ce  Copil,  par  le  com- 
mandement de  fa  mère,  quelque  temps  après 
vint  à  la  fuitte  des  Mexiquains,  &f  efforça  d'in» 
citer  contr'eux  les  Tapanecas ,  &  les  autres  cir- 
conuoifins,  iufques  aux  Chalcas  $  de  forte  qu'ils 
vindrent  en  main  armée  pour  deftruire  les  Me- 
xiquains. Le  Copil  cependant  fe  mit  en  vne 
colline  qui  eft  au  milieu  du  lac,  appelleeAco- 
pilco,  attendant  la  deftru&ion  defesennemisj 
ôc  eux  par  l'aduisde  leur  idole,  allèrent  contre 
îuy,  &  Le  prenans  au  defpourueu,  le  tuèrent,  ôc 
en  apportèrent  le  cœur  à  leur  Dieu,  lequel  com- 
manda qu'on  le  iettaft  au  lac.  Et  feignent  que  de 
là  f'eft  engendrée  vne  plante  appelleeTunal,  où 
du  depuis  fut  fondée  Mexique.  Ils  vindrent  aux 
mains  auec  les  Chalcas,  &  autres  nations,  ôc 
auoient  les  Mexiquains  efleu  pour  leur  Capitai- 
ne vn  vaillant  homme  appelle  Vitzilonilti ,  qui 
en  vne  charge  fut  pris,  ôc  tué  par  les  ennemis: 
mais  pour  cela  les  Mexiquains  ne  perdirent  pas 
courage,  ains  combatans  valeureufement,  maU 
gré  leurs  ennemis  rompirent  leurs  efcadrons,& 


(i 

des  Indes.  Dure  VIL  3*4 
nenans  au. milieu  &  corps  de  la  bataille,  les 
irieillards,  femmes,  &  petits  enfans,pa{Terent 
autre  iufques  à  Atlaçuyauaya,  ville  des  Cul- 
auas,  lefquels  ils  trouuerent  folemnifans  vnc 
ferle,  auquel  lieuilsfe  fortifièrent.  Les  Chal- 
cas,  ny  les  autres  nations  nelesfuiuirentplus, 
mais  eftans  defpitez  de  fe  voir  deffaits  par yn  il 
petit  nombre  de  gens  ,  eux  qui  eftoient  en  Ci 
grande  multitude ,  fe  retirèrent  en  leurs  villes. 


J)e  la  guerre  que  les  Mexiqiïahs  eurent  contre 
ceux  de  Culhuacan, 

Chapitre   VI. 

E  s  Mexiquains,  par  le  confeil  de 
l'idole,  enuoyerent  leurs  mefla- 
^  gers  au  Seigneur  de  Culhuacan, 
*  luydemandansvn  lieu  pour  habi- 
ter, lequel  après  en  auoir  commu» 


nique  auec  les  fiens ,  leur  accorda  le  lieu  de  Ti- 
çaapan,  qui  fignifie,  eaux  blanches,  en  inten- 
tion qu'ils  le  pcrdiffcnt ,  &  y  moururent  tous, 
pour  autant  qu'il  y  auoit  en  ce  lieu  yn  grand 
nombre  de  vipères,  decouleuures,  $cd  autres 
animaux  venimeux  qui  f'engendroient  en  vne 
colline  quieftoit  proche  de  là.  Mais  eux  eftans 
perfuadez,  &  enfeignez  de  Feur  diable,  receu- 
rent  de  fort  bonne  volonté  ce  qui  leur  fut  of- 
fert, &addoucirent  par  art  diabolique  tous  ces 
animaux ,  fans  qu'ils  leur  fiflent  aucun  domma- 
ge, voire  les  conuertirent  en  viande,  &  en  rnar^ 

;-_""  s  r  iiij 


w, 


Hifloire  naturelle 

geoienta  leur  contentement,   de  appétit.  Ce; 
que  voyant  le  Seigneur  de  Culhuacan ,  &  qu  ils! 
auoient  femé&cultiué la  terre,  ilferefolutdej 
îesreceuoir  en  fa  Cité ,  &  de  contracter  amitié  j 
aueceux.  Mais  le  DÎeu  que  les  Mexiquains  ado-t 
roient  (comme  ilaaccouftumé  de  ne  faire  au- 
cun bien,  finon  pour  en  tirer  du  mal)  dift  àfesj 
Preftresque  cen'eftoit  pas  là  le  lieu  où  il  vou- 
îoit  qu  ils  demeuraient ,  &  qu'ils  en  deuoient 
fortir  en  faifant  la  guerre.  Ceft  pourquoy  ils 
deuoient  chercher  vne femme,  qu'ils  nomme- 
roient  ladeetrededifçorde,  &  pourtant  ils  adr 
uiferent  d'enuoyer  demander  au  Roy  de  Cul- 
huacan ,  fa  fille ,  pour  eftre  la  Royne  des  Mexi- 
quains, &  mère  de  leur  Dieu,  lequel  receut  vo- 
lontiers cefte  ambaïTade  ,  &  incontinent  leur 
cnuôya  fa  fille  bien  ornee&  bien  accompagnée, 
la  mefme  nuict  qu'elle  arriua,  par  l'ordonnance 
de  l'homicide  qu'ils  adoroient ,  ils  la  tuèrent, 
cruellement.  Et  après  l'auôir  efeorchee  fore 
proprement,  comme  ils  fçauent  faire,  ils  en  ve- 
ftirentde  la  peau  vn  ieune  homme ,  qu'ils  cou- 
urirent  par  delfus  des  habillements  d'elle  \  &  de 
cefte  façon  le  poferent  auprès  de  l'idole ,  le  de- 
dianspour  deefle  &mcrcdeleur  Dieu,  &  tou- 
iiouts  depuis  l'adorèrent,  en  faifans  vn  idole 
qu'ils  appelloient  Toccy ,  qui  veut  dire ,  noftre 
ayeule.  Non  contens  de  cefte  cruauté ,  ils  inui- 
terent  malicieufement  le  Roy  de  Culhuacan, 
père  de  la  ieune  fille,  de  venir  adorer  fa  fille, 
qui  eftoit  défia  confacree  deefTe ,  lequel  venant 
auec  de  grands  prefens,&  bien  accompagné  des 
QenSj  fut  mené  envnechappellefortobfcure, 


' 


âesjnâes.  Dure  VU.         31/ 

j*ùeitoitleuridole,afin  qu'il  offcift  facrificeà  fa 
!  fille  qui  eîtoit  en  ce  lieu/Mais  il  arriua  que  1  en- 
cens qui  eftoic  en  vn  brader,  &  fouyer ,  f  don 
I  leur  couftume ,  s'allumajde  forte  que  par  celte 
clarté,il  recongneut  le  poil  de  Ta  fille ,  &  ayant 
parce  moyen  defcouuerc  la  cruauté,  &  la  trom- 
perie, fortit  delà,s'efcriant  hautement,  puis 
auec  tous  fes  gens  frappa  furieufement  furies 
Mexiquains5iufques  à  les  faire  retirer  au  ^tel- 
lement que  peu  s  en  fallut  qu'ils  ne  s'y  noyai- 
fent.  Les  Mexiquains  fe  deffendoient ,  îettans 
certaines  dardiiies,  dot  ils  fe  feruoiet  à  la  guer- 
re, defquelsils  ofFenfoient  beaucoup  leurs  en- 
nemis/Mais en  fin  ils  gagnèrent  terre,  &  délai  f- 
fensce  lieu  la,s'en  allèrent  coftoyans  de  lac, fort 
karàflez  &  moûillez.les  femmes  &  petits  enfans 
pleurans  &'  iettans  de  grands  cris  contr'eux  3c 
contre  leur  Dieu ,  quiles  auoit  mis  en  telles  de  - 
ftreffès.  Ils  furent  contrains  de  paffer  vne  nuie- 
re,qui  ne  fe  pouu.it  gueyer ,  c  eft  pourquoy  ils 
s'aduiferent  de  faire  de  leurs  ronde  les,  &de 
ioncs,certams  petits  batteaux,efquelsils  pâlie - 
rent.Puis  après  en  tournoyant,  eftansjjartis  de 
Culhuacan,arriuerentà  Iztacalco,  &  finalcmec 
au  lieu,  où  eft  auiourd'huy  l'Hermite  fainct 
Anthoine  à  l'entrée  de  Mexique  ,  Seau  quar- 
tier qu'ils  appellent  auiourd'huy  (aindU  aul. 
pendant  lequel  temps  leur  idole  lcsconfoloit 
en  leurs  trauaux,  &les  animait ,  leur  fiufanç 
promenés  de  grandes  chofes. 


Hifloire  naturelle 


De  la  fondation  de  Mexique. 
Chapitre    VIL 

E  temps  eftant  défia  venu ,  que  le 
père  de  menfongedeuoit  accom* 
plir  la  promeiTe  qu'il  auoit  faire  à 
Ton  peuplcjequel  ne  pouuoitplus 
fupportertantde  tournoycment, 
<le  trauaux,&  de  dangers,  aduint  que  quelques 
vieillards  Preftres,ou  foreiers,  eftans  entrés  dis 
vn  lieu  plein  de  glaïeuls  efpais ,  rencontrèrent 
vn  coursd'eau  fort  claire  ôc  belle,  qui  fembloic 
argentée,  &  regardans  à  i'entour,  veirét  que  les. 
arbres ,  le  pré ,  les  pbiflbns,  &  tout  ce  qu'ils  re- 
gardoient  eftoit  fort  blanc.Eftans  efmerueillez 
de  cela ,  ils  leur  fouuint  d'vne  prophétie  de  leur 
Dieu^par  laquelle  il  leur  auoit  donné  cela  pour 
fignal,du  lieu  où  ils  deuoient  repofer,&  fe  faire 
Seigneurs  des  autres  nations.  Alors  pleurans 
<ie  ioye,  retournèrent  vers  le  peuple  auecces 
bonnes  nouuelles.  La  nuict  enfuiuante  Vitzili- 
puztli  sapparut  en  fonge  à  vnPreftre  ancien,& 
îuy  dift ,  qu'ils  cherchalTent  en  ce  lac  vn  Tunal, 
qui  nailîbit  d Vne  pierre  (qui  eftoit  à  ce  qu'il  luy 
dift,le  lieu  mefme,  où  par  fon  commandement 
ils  auoient  ietté  le  cœur  de  Copil  fils  de  la  for- 
ciere  leur  ennemie. )Et  que  fur  ceTunal  ils  ver- 
roientvn aigle  fort  beau,  quifepaifïbitlà,  de 
certains  beaux  petits  oyfeaux ,  &  que  quand  ils 
verroienteela,  qu'ils  creuflent  que  c'eftoitle 
lieu  où  leur  Cité  deuoit  eftrebaftie,  lacjuellç 


des  Jndes.Liure  Vil.  3*6 

iieuoit  furmonter  les  autres,&  eftre  remarqua- 
ble  aa  monde. Le  matin  venu,le  vieillard  aiïem- 
Ma  tout  le  peup!e,depuis  le  plus  grand,  iufques 
jau  plus  petit,  &leur  fît  vne  longue  harangue 
fur  le  fubied  de  la  grande  obligation  qu'ils 
iauoient  à  leur  Dieu,  Ôc  de  la  reuelation  que  luy 
indigne  en  auoit  eue  cette  nuicl:>concluant  que 
tous  deuoient  fe  mettre  à  rechercher  ce  lieu 
bien  heureux  qui  leur  eftoit  promis.  Ce  qui 
caufa  telle  deuotio  ôc  allegreffe à  tous,que  fan? 
dilay er  ils  fe  mirent  incontinent  à  Tentroprin- 
fe,  &fe  diuifans  en  bandes  commencèrent  à 
rechercher,  fuiuant  les  lignes  de  la  reuelatiô,  le 
lieu  defiré.  Parmy  l'efpaifTeur  desioncs  &  gla- 
ïeuls de  ce  lac,  ils  rencontrèrent  ceiour  là  le 
cours  d'eaiie  du  iour  de  deuant ,  fort  différent 
toutesfois,d'autant  qu'il  n'eftoit  pas  blanc,mais 
vermeil  comme  fang,lequel  fe  feparoit  en  deux 
ruifTeaux,dôt  il  y  en  auoit  vn  qui  eftoit  de  cou- 
leur azuree,fort  obfcure,ce  qui  les  fit  beaucoup 
efmerueiller ,  ôc  dénota  vn  grand  myftere  à  ce 
qu'ils  difoient.   En  fin  après  auoir  beaucoup 
cherché  çà  &  là ,  apparut  le  Tunal  naiffant  d'v- 
ne  pierre*,  fur  lequel  il  y  auoit  vn  aigle  Royal, 
ayant  les  aides  ouuertes  ôc  eftéducs,tourné  de- 
ûers  le  foleil ,  en  receuant  fa  chaleur.  Alentour 
de  cet  aigle ,  il  y  auoit  beaucoup  de  plumes  ri- 
ches,blanches,'rouges ,  iaunes ,  bleues ,  ÔC  ver- 
tes, de  la  mefme  forte  de  celles  dont  ils  font 
des  images ,  lequel  aigle  tenoit  en  fes  griffes  vn 
fort  bel  oyfeau.   Lefquels  le  virent  ,  ôc  re- 
cogneurent  que  c'eftoit  le  lieu ,  qui  leur  auoit 
efté  prédit  par  l'oracle  ;  ilsfe  mirent  a  genoux 


; 


Hifîoire  naturelle 
tous  faifans  grande  vénération  à  l'aigle, laquel- 
le leur  inclina  la  tefte ,  en  regardant  de  rous  co. 
ftez.  Il  y  eut  alors  de  grands  cris  &  demonftra- 
tions,&  a&ions  de  grâces  au  Créateur,  &  à  leur  ' 
grand  Dieu  Vitzilpipuztl^qui  en  tout  leur  eftoit 
père  ^  &  leur  auoit  toujours  dit  vérité.  Ils  ap- 
pellerent  pour  cefte  occafion  la  Cité  qu'ils  fon- 
derentlà,TenoxtiItan  ,  qui  fignifîe  Tunal  en  \ 
pierre  ,  ôc  iufques  auiourd'huy  ils  portent  eh 
leurs  armes  vne  aigle  fur  vn  Tunal,  auec  vn  oy- 
feau  en  vue  griffe,  &afîîs  de  1  autre  fur  vn  Tu- 
ml.  Le  iour  fuiuajir,par  la  commune  opinion 
ils  firent  vn  hcrmitage  foignant  le  Tunal  de 
iaigle,àfîn  que  l'arche  de  leur  Dieu  y  repofànV 
iufques  à  ce  qu'ils  euffent  le  m  oy  en  de  luy  faire* 
vnfomptueux  temple,  écainfi firent  ceftherj 
mitage de gnazons  ôc  de  mottes  qu'ils  couuriJ 
rent  de  paille,  puis  après  ayans  confultc  leur.™ 
Dieu,  ils  délibérèrent  d  acheter  de  leurs  voirais 
de  la  pierre ,  du  bois  ôc  de  la  chaux  ,  en  troc  de 

poiObns,de  grenouilles  &  de  chevrettes,mefme 
auffîde  canards,  poules  d'eaûc,  courlieux  ôc 
autres  diuers  genres  d'oy  féaux  marins.  Toutes 
lefquelles  chofes  ils  pefchoient  &  chafToienc 
auec  grande  diligence  en  ce  lac ,  auquel  il  y  en  a 
en  grande  abondance.  Ils  alloient  auec  ces  cho- 
fes es  marchez  des  villes  &  Citez  des  Tapane- 
quas,  ôc  de  ceux  de  Tezcuco  leurs  circôuoifïns, 
ôc  auec  beaucoup  d'artifice  aflèmblerenr  peu  à 
peu  ce  qu'ils  auoientde  befoing  pour  l'édifice 
de  leur  Cite  :  de  forte  qu'ils  battirent  de  pierre 
&  de  chaux  vne  meilleure  chappellepourleur 
Mok,Ôc  s'employèrent  à  remplir  auec  des  plan- 


i 


des  Indes.  Hure.  VII.         3*7 

Les  &  du  bloc,vnc  grande  partie  de  ce  lac.Ce- 
la  fait,l'idole  paria  vne  nuid  à  vn  de  fesPreftres 
(en  ces  termes  2  Vy  aux  Mexicains  que  les  futurs 
h  âmïfertt  chacun  amc  fes  parens  G*  Amis ,  CT  q»  thfe 
Uparent  en  quatre  quartiers  principaux  4  ÏMourdcU 
Uaifin  que  m  aue\faite  pour  mon  repos ,  p-  que  chaque 
huartier  édifie  enfin  quartier  félon  fa  volonté.  Ce  qui 
lut  mis  en  exécution,  &  ceux  là  font  les  quatre 
Iquar tiers  principaux  de  M exique,que  Ton  ap- 

ïpelle  auiourd'huy  fain&  Iean ,  fainde  Marie  la 
JRonde ,  faind  Paul ,  &  faine*  Sebaftien.  Apres 
1  cela,  les  Mexiquains  eftans  ainfi  diuifez  en  ces 
1  quatre  quartiers,  leur  Dieu  commanda  qu  Us 
îrepartiffent  entr'eux  les  dieux  qu'il  leurdecla- 
5  reroit ,  &c  qu'ils  nommaiTent  à  chaque  quartier 
"  principal  des  quatr^d'autres  quartiers  particu- 
liers où  leurs  dieux  fuffent  adorez.  Par  ainh 
fous  chacun  de  ces  quatre  quartiers  principaux 
il  y  en  auoit  plufieurs  petits  qui  y  eftoient  com- 
prins,felon  le  nombre  des  idoles  que  leur  Dieu 
leur  commanda  d'adorer,  lefquels  ils  appelè- 
rent Calpultetco,  qui  vaut  autant  à  dire  que 
Dieu  des  quartiers.  En  cefte  manière  la  Cite  de 
Mexique  Tenoxtiltan  fut  fondée  ,  Ôc  vint  a 
grande  augmentation. 


Hifioire  naturelle 


De  la  [édition  de  ceux  de  Tlatelulco,  &  du  pre- 
mier Roy  que  les  Mexiquains  e/leurcnt. 

Chapitre  VIII. 

Efte  diuiïïon  desquartiers  eftant  fai- 
&e  en  l'ordre  defTufdit,  quelques 
vieillards  &  anciens  eurent  opinion 
,  qu'au  département  des  lieux  l'on  né 
leur  auoit  pas,pof  té  le  refpecT:  qu'ils  meritoient, 
pour  cefte  occafion  eux  ôc  leurs  parens  fe  mu- 
tinèrent ^allèrent  rechercher  vne  nouuelle  re- 
lïdence:&  comme  ils  alloient  par  le  lac,ils  trou- 
uerét  yne  petite  terre  ou  terraffè  qu'ils  appelléc 

Tlotelol^oùilspeuplerentjuydonnanslenora: 
deTlate!ulco,qui  eft  à  dire  lieu  de  terra/Te.  Cela' 
rut  la  troifiefme  dïuifiô  dés  Mexiquains  depuis 
qu'ils  partirent  deleùr  paysrcelle  de  Mechoua- 
can  ayant  efté  la  premiere,&celle  de  Malmalco 
la  ieconde.Ceux-1^  qui  fe  feparerent  &  s'en  al- 
lerent  en  Tlatelulco  eftoientdes  hommes  re- 
nommez &  d'vn  mauuais  naturel  :  par  ainfî  ils 
exerçoient  enuers  les  Mexiquains  leurs  voifins, 
le  pire  voifinagc  qu'ils  pouuoicnt.  Ils  ont  eu 
touiiours  des  débats  contr'eux    &  iufques  au* 
iourd'huy  durer  encor  leurs  inimitiez  &  ligues 
anciennes  Voyans  donc  ceux  de  Tenoxtiltan, 
que  ceux  de  Tlatelulco  leur  eftoientfort  con- 
traires,&qu'ils  alloient  multiphâs^urent  crain- 
te qu'auec  le  temps  ils  ne  vmflent  à  les  formon- 
ter ,  &  fur  ceft  arîaire  s'aflemtlcrcnt  en  confeil 
ou  ils  aduiferent  qu'il  cfloit  b6  d'eflire  vn  Roy* 


âeslnâes.  Liure.  VII.  328 

auquel  ils  obeyflent ,  &  qui  fuft  craint  de  leurs 
ennemis,d'autant  que  par  ce  moyen  ils  feroiens 
plus  vnis  &  plus  forts  entr'eux ,  &  les  ennemis 
ne  fehazarderoient  tant  en  leur  endroit. Eftans 
ja  délibère  d'eflire  vn  Roy,  ils  prindrent  vn  au  - 
tre  aduis  fort  vtile  &  a{reuré,de  ne  l'eilire  point 
d'entr'eux,  poureuiter  les di (Tentions,  6c  pour 
gagner  auec  le  nouueau  Roy  quelqu  vne  des 
autres  natiôs  voifines.defquelles  ils  fe  voyoienfc 
circuits ,  ôc  eux  deftituez  de  tout  fecours.  Tout 
côfiderc,tant  pour  appaifer  le  Roy  de  Culhua- 
can,  qu'ils  auoient^grandement  offenfé ,  ayans 
tué&efcorché  la  fille  de  fon  predèce  fleur,  &: 
luy  ayâs  fait  vne  fi  lourde  moquene,c5memef- 
mc  pour  auoir  vn  Roy  qui  fuft  de  leur  fang  Me- 
xiquain ,  de  la  génération  defqueîs  il  y  en  auoit 
beaucoup  en  Çulhuacan,  qui  y  reft  oient  encor 
du  temps  qu'ils  vefeurenten  paix  aiiec  eux,  ils 
arrefterét  d'eflire  pour  Roy  vn  ieune  home  ap- 
pelle Acamapixtlijfils  d'vn  grand  Prince  Mexi- 
quain  ,  &  d'vne  Dame  fille  du  Roy  de  Gulhua- 
can.  Incontinent  ils  luy  enuoy  erenr  A^mbaiïa  • 
deurs  auec  vn  grand  prefent}pour  demader  cefè 
Tiôme,lefquels  firent  leur  Ambafïàde  en  ces  ter- 
mes :  Grand  Seigneur  ^nous  autres  vo  s  vafmx  er  fer- 
uiteurs.les  Mexicains 3mis  ÇT  reprre\dedans les  héri- 
tiers erro[èaux  du  lac  ,  feuls.CT  délai ffi\  de  toutes  les 
nations  du  monde ,  mais  feulement  conduits  &*  achemi- 
neTpar  noflreVieuau  lieu  ou  femmes ,  quitomheenU 
'  iunfdiiïion  de  vos  limites  d'^fcapufalco  <&>  de  Teftu- 
'  €0  itresque  vom  nom  aut\permu  d'eftre^er  de  demeu- 
rer en  iceluy,  mws  ne  voulons point ',  ny  rfejlpas  raifinna- 
lie  de  viwefins  chef  CT  {ans  Seigneur  f*  nous  corn- 


I/iftoire  naturelle 

pjanâe ,  mus  corrige  gr  gmuerne  ^nousïnfirutfanten 
nofire  façon  de  vture ,  cr  nous  âtffenàe  de  nos  ennemis* 
Partant  nous venons  à  vous ,  fcachans  qu'en  voflre  cour 
&  maifen  H  y  a  des  enjans  de  nofire  vénération ,  apparen» 
tel^&  allte%  auec  la  vofire ,  qui  font  fortis  de  nos  en- 
trailles çr  des  vôtres  >  de  nofire  ping  £r  du  vofire  ,  entre 
lesquels  nous  auons  cognoijfance  d'vn  petit  fils  vofire  & 
noï'îre ,  appelle \sfcamapixth.  Nmsvom  fupplions  donc 
que  vous  nous  le  donnie%j>our  Seigneur ,  lequel  nous  efii-, 
nierons  comme  il  mente ,  puis  qu'il  cfi  de  la  lignée  det 
Seigneurs  Mexiquams  £r  des  Fjysde  Culhuacan.  Le 
Roy  ayant  mis  l'affaire  en  délibération,  &  trou* 
uant  que  ce  ne  luy  eftoit  point  chofe  mal  à  pro- 
pos de  s  allier  auec  les  Mexiquainsqui  eftoienej 
vaillas,  leur  refpondit  qu'ils  menaflent  Ton  pe- 
tit fils  à  la  bonne  heure,  combien  qu'il  adiou-j 
itaft,quefi  c'eufteftévne  femme,  qu'il  ne  leur] 
euftpas  baillée,  lignifiant  l'a&e  fi  énorme  racô-1 
té  cy  deffus,  ôc  acheua  Ton  difeours  en  olifants; 
S*  en  Aille  mon  petit fils ,  qu  il  férue  vofire  Dieu,  çrfiitfon 
Lieutenant ,  quil  régime  &* gouuerne  les  créatures  dece- 
luypour  qui  nous  viuons ^Seigneur  delà  nutft^du  tour  o*' 
des  vents  ,  qu'il  aille  0*/oit  Seigneur  de  l'eau  0"  de  U 
terre ,  cy-'  qu'dpojfede  la  nation  Mexiquatne,  emmenez- 
le  à  la  bonne  heure ,  cy  ayel^efiin  de  le  traitter  corne  fils 
cr  petit  fils  mien.  Les  Mexiquains  luy  rendirent  ' 
grâces, &  tout  cnfemble  luy  demandèrent  qu'il 
le  manaft  de  fa  main,à  raifon  dequoy  il  luy  dô- 
na  pour  femme  vneDame  des  plus  nobles  d'en» 
tr'eux.  Ils  menèrent  le  nouueau  Roy  &  la  Roy- 
ne auec tout  l'honneur  qui  leur  eftoit  pofîlble, 
&  leur  rirent  vne  folemnelle  reception?iortans. 
tous  iufques  aux  plus  petits  è  à  voirie  Roy ,  le- 
quel 


" 


I 

des  Indes.  LiureVlt  Sl9 

[  quel  ils  menèrent  en  des  Palais  ,  quipourlors 
[  eftoient  allez  pauures.Et  les  ay ans  a  (lis  en  leurs 
throfnes  Royaux,incontinent  fe  leua  vn  de  ces 
viellards  &  Rhetoriciens  qu  ils  eftimoiét  beau* 
'jcoup,  quileur  parla  en  cette  manière:  Monfils, 
feigneur,  a"  ^y  noïtre,  tu  fois  le  bien  venu  À  ce  fie  paume 
I  maifon  CT  Cite Centre  ces  herbiers  (y  fanges  ou  tes pauures 
feres ,  ayeulx  <CT 'parents endurent  ce  que  fiait  le  Seigneur 
des  chofes  créées.  Regarde ,  Seigneur ,  que  tu  viens  kypoui 
eftre  U  dejfenfej  ombrage  tr  ïabry  de  ce(te  nation  Mexi  « 
auame ,  GTpw  eftre  la  refemblancede  nofîre  pieu  Fit* 
%ïlipu\tli,  kVoccafiondeqwy le  commandement  cm*- 
nfdiiïion  tcfi  donne.  Tu  fiais  que  nous  nffommespomt  en 
no/ire pay s  ,puvs  que  la  terre  que  nouspojfedos  amourd'huy 
efidUutruy ,  ctnefiauinscequiferadenous^demain.oiè 
vn  autre  tour:  par  amfi  confidere  que  tu  ne  vies  point  pour 
te  repofer ,  ny  recréer  y  mais  pluftofi pour  endurer  vn  nou- 
veau travail  en  vne  charge  fi  pejante ,  qui  te  doit  tonfeoun 
faire  trauaifler,  ejtant  ejclaue  de  toute  cefïè  multitude  qui 
t'efl tombée en  fort ,  €T  de  tout ce  peuple  circonuoifin ,  le- 
quel tu  dois  mettre  peine  de  le  gratifier  >  cries  rendre  con* 
tensyputfque  tufcats  que  nous  viuos  en  leurs  terres %  er  de- 
dans leurs  limites.Et  acheua  repérant  ces  mots:  Ttê 
fois  le  bien  venu.toy  <£T  U  Royne  mÛre  maifirejfe  a  cettuj 
vofire  i^«»«.Telle  fut  la  harangue  du  vieillard,' 
laquelle3&  les  autres  harangues  que  célébrée  les 
hiftoires  Mexiquaines,  les  enfans  auoiét  accou  * 
ftumé  d'apprendre  par  cœur ,  &  ainfî  le  confei- 
lièrent  par  tradition,&  y  en  a  quelques  vnes  d'i- 
celles  qui  meritét  biê  cT  eftre  rapportées  en  leurs 
propres  termes.Le  Roy  leur  refpondit  en  les  re- 
merciant &  leur  offrant  fa  diligence ,  &  foucy  à 
Ui  deffendre ,  &  Ton  ayde  en  tout  ce  qu  $0&ê* 


Fiïftoim  naturelle 

roit.Ën  après  ils  luy  firent  le  ferm  ent,&  luy  mi- 
rent félon  leur  mode  la  couronne  Royale  fur  la 
teftc  ,  qui  eft  femblable  à  la  couronne  de  la 
feigneurie  de  Venifé.  Le  nom  d'Acamixtli  pre- 
mier Roy  ,  lignifie  poignée  de  rofeaux  :  c'eft 
pourquoy  ils  portent  en  leurs  armes  vne  main 
tenant  plufieurs  fagettes  de  rofeau . 


De  lefirange  tribut  que  les  Mexiquains 

payoienta  ceux  d'Azcapu^alco. 

Chapitre    IX. 

Es  Mexiquains  rencontrèrent  fi  bien 
en  Tefleétion  de  leur  nouueau  Roy, 
qu'en  peu  de  temps  ils  commenceréc 
à  prendre  forme  de  Republique,  ôc 
à  fe  faire  renommer  parmy  les  eftrangers  ,  à\ 
caufe  dequoy  leurs  voifins  meus  d'enuie  &dc 
crainte, traitterent de  lesfubjuguer,  fpeciale- 
ment  les  Tapanecas  ,  qui  auoient  pour  Cite 
Métropolitaine  Azcapuzalco,aufquelsles  Me- 
xiquains payoient  tribut  comme  nommes  ve- 
nus de  dehors ,  &  demeurans  en  leur  terre.  Car 
le  Roy  d'Azcapuzalco  craignant  leur  puifTan- 
ce  qui  alloitcroilFant, voulut  opprimer  les  Me- 
xiquains^ en  ayant  délibère  auec  les  fiens,en- 
uoya  dire  au  Roy  Acamixtli  que  c'eftoit  trop 
peu  de  chofe  que  le  tribut  ordinaire  qu'ils  luy 
payoient ,  ôc  que  de  là  en  auant  ils  luy  deuoient 
aufîî  apporter  desfapins&  desfaulx,  pour  les 
édifices  de  fa  Cité,  &  outre  cela  qu'ils  luy  de- 
Ë&oiçnt  faire vnurdin  en  l'caiie,  femédediuer- 


des  Indes.  Liure.  VII.  330 

Ces  herbes  &  de  légumes ,  (k  luy  deuoient  ame- 
ner par  eau,  ainfï  accommodé  par  chacun  an, 
fans  y  manquer  :  que  s'ils  y  failloient ,  il  les  de  - 
clareroir  fes  ennemis ,  &  les  raferoit  du  tour. 
Les  Mexiquains  receurent  beaucoup  d'ennuy 
&de  fafcherie  de  ce  commandement,  renanc 
pour chofe impoflïble  ce qu'il leur  demandoit, 
&que  ce  n'eu"  oit  autre  chofe  que  de  chercher 
vne  occafïon  pour  les  ruiner  :  mais  leur  Dieu 
Vitzilipuztli  les  confola  ,  s'apparoiffant  celle 
nuict  à  vn  viellard,  auquel  il  commada  qu  il  dift 
de  fa  part  au  Roy  fon  fils ,  qu'il  ne  fift  point  de 
difficulté  d'accepter  le  tribut,  &  qu'il  leur  ay  de- 
roit,&rendroit  letoutfacilerce  qui  aduint  de- 
puis. Car  eflant  venu  le  temps  du  tribut ,  les 
Mexiquains  portèrent  les  arbres  que  l'on  leur 
auoit  commandé ,  Ôc  qui  plus  eft }  le  iardin  fait 
cnl'eaiïe,  &  porté  en  icelle,  auquel  y  auoic 
beaucoup  de  mays ,  qui  eft  leur  bled  délia  gre- 
né  aucc  les  efpics.  Il  y  auoit  auffi  du  chih,ou 
axi.des  blettes,  tomates,  fnfoiles ,  chias ,  cour- 
ges, &  beaucoup  d'autres  choies  toutes  par* 
creiies  &  en  leur  faifon.  Ceux  qui  n'ont  point 
veu  les  iarcrkis  qui  fe  font  au  lac  en  Mexique  au 
milieu  de  l'eaue,ne  croiront ,  ôc  tiendront  peur 
contes  ce  que  i'eferis ,  ou  s'ils  le  croy  ent ,  ils  di- 
ront que  c'eft  vn  enchantement  du  diable  qu'ils 
adoroient.  Mais  reallement  ôc  de  fait  ceft  cho- 
fe fort  faifable ,  &  à  l'on  veu  plufieurs  fois  faire 
decesiardinsmouuans  enTeau.  Carilsiettent 
delà  terre  deflus  duionc  ôc  du  glaieul,  d'vne 
telle  façon,  qu'elle  ne  fe  deffait  point  en  feau^ 
&  fement  ôc  cultiuent  cette  terre  :  de  forte  que 


j/iftoire  naturelle 

îe  grain  y  croift&  meurit  fort  bien.  Puis  après 
ils  l'enleuent  dvn  lieu  en  autre.  Mais  il  eft  bien 
vray  que  de  faire  facilement  ce  iardin  grand ,  & 
que  les  fruidtsy  croiflent  bien,eft  chofe  qui  fait 
iuger  qu'il  y  auoit  du  fait  deVitzilipuztiilequel 
ils  appellent  autrement  Patillas5principalement 
n'en  ay  at  iamais  fak.ny,veu  de  séblables.LeRoy 
d'Azcapuzalco  s'elmerueilla  beaucoup  quand 
ils  vid  accomply  ce  qu'il  auoit  tenu  pourimpof- 
fîble  ,  &  dift  aux  iîens  que  ce  peuple  auoit  vn 
grand  Dieu  qui  leurrendoit  tout  facile ,  difant 
aux  Mexiquains,que  puifque  leur  Dieu  leur  do  - 
noit  toutes  chofes  parfaites ,  qu'il  vouloit  que 
l'année  enfumant  au  temps  du  tribut,ilsluy  ap- 
portaient dans  le  iardin  vne  cane  &  vn  héron 
auec  leurs  œufs  couuez  ,  quideuoierit  eftredc 
telle  forte,  qu'elles  efcloûiifent  leurs  petits  en 
arriuant,  fans  y  faillir  aucunement,  fur  peine 
d'encourir  fon  indignation.  Les  Mexiquains 
furent  fort  troublez  &  trilles  d'vn  fî  fuperbe  & 
difficile  commandement  qu'illeurfaifoit:  mais 
leur  DieUjComme  il  auoit  accouftume,  les  con- 
forta de  nuid  par  vn  des  fiens ,  &  leur  dift  qu'il 
prenoit  tout  cela  en  fa  charge ,  qu'ils  ne  perdif- 
fent  point  courage  ,  mais  qu'ils  creuflent  pour 
certain  qu'il  viendroit  vn  tempsque  les  Azca- 
puzalcos  payeroientde  leurs  vies  ces  defirs  de' 
nouueaux  tributs.Le  temps  du  tribut  eftant  ve- 
nu, comme  les  Mexiquains  portoient  tout  ce 
que  Ton  leur  auoit  demâdé  de  leurs  iardinages, 
l'ontrouua  parmyles  ioncs  &  glaïeuls  duiar- 
din,fans  fçauoir  comment  ils  y  eftoientdemeu- 
*ez,vne  cane  &  yn  héron  cojuuans  leurs  oeufs^ 


des  Indes.  Liure.    VII  331 

cheminans3arriuerent  à Azcapuzalco,  où  incon- 
tinent leurs  œufs  furent  efclos.  Dequoy  le  Roy 
d'Azcapuzalco  estant  efmerueillé  outre-mefu- 
re,dift  derechef  aux  fiens.que  ces  cb  ofes  eftoient 
plus  qu'humaines,  &q  :e les Mexiquains corn- 
mençoient  comme  pour  fe  faire  Seigneurs  de 
toutes  ces  Prouinces.  Neantmoins  il  ne  dimi- 
nua aucunement  l'ordre  de  ce  tribut,  &  les  Me- 
xiquains ,  pour  r  e  fe  trouuer  aiTez  puiffans ,  en- 
durèrent &  demeurèrent  en  ceftc  fubie&ion  ÔC 
feruitude  l'efpace  de  cinquante  ans.En  ce  temps 
le  Roy  Acamapixth  mourut,  ayant  augmenté 
fa  Cité  de  Mexique  de  plufieurs  édifices,  riies, 
conduits  d'eaiïes  ,  &  de  grande  abondance  de 
munitions.  Il  régna  en  paix  &  repos  quarante 
ans  f  ayant  toujours  efté  zélateur  du  bien  ôc 
augmentation  de  fa  Republique.  Comme  il 
l  eftoit  proche  de  fa  fin  ,  il  fit  vne  chofe  mémora- 
ble, qui  fut  qu  ayant  des  enfans légitimes,  aux- 
quels il  euft  peu  laùTer  lafuccefîion  du  Royau- 
me, neantmoins  ne  le  voulut  pas  fa-ire,mais  au 
contraire  il  dift  librement  a  la  Republique,que 
comme  ils  l'auoient  librement  eileu,  ainfi  qu'ils 
efltuiTent  celuy  qui  leurfembleroit  eftre  le  plus 
propre  pour  leurbon  gouuernement,les  admo- 
neftant  qu'en  ce  faifant  ils  eufTent  efgard  au 
bien  de  la  Republique,  &  fe  monftrant  fafché 
de  ne  les  laiiTer  libres  du  tribut  &  fubiedion, 
trefpaira ,  leur  ayant  recommandé  fa  femme  8c 
fes  enfans,  &  laiffa  tout  fon  peuple  defeon forte 
pour  fa  mort- 

Tt  iij 


Hiftoire  naturelle 


Dufecod Roy,  &  de  ce  qui  aduint  enfin  règne* 
Chapitre    X. 

Es  obfeques  du  Roy  deffuncl: 
acheuees ,  les  anciens ,  les  princi- 
paux du  Royaume,  ôc  quelque 
partie  du  peuple  ,  s'aflemblerent 
pour  eflire  vn  Roy,où  le  plus  an- 
cien propoia  la  necefîîté  en  laquelle  ils  eftoient, 
&  qu'il  conuenoit  dlire  pour  chef  de  leur  Cité 
vneperfonne  qui  euft pitié  des  vieillards,  des 
femmes  veufues  &  des  orphelins,  &  qui fuft  pè- 
re de  la  Republique,  pource  qu'ils  deuoiét  dire 
les  plumes  de  fes  aifles^les  (ourdis  de  fes  yeux,& 
la  barbe  de  fon vifage: qu'il  eftoit  nccefTaire  qu'il 
fuft  valeureux,  pource  qu'ils  auoient  befoin  de 
bien  toftfepreualoir  de  leurs  bras,  felô  que  leur 
auoitprophetifé  leur  Dieu.  Leur  refolutionen 
lin  fut  d'eflire  pour  Roy  vn  fils  du  predecefleur, 
vfans  enuers  luy  d'vn  auffi  bô  office,en  luy  don- 
nant fon  fils  pour  fucce{Teur,comme  il  fit  enuers 
fa  Republique,  fe  confiant  enicelle.  Ce  ieune 
homme  s'appelloit  Vitzilouitli3qui  lignifie  plu- 
me riche.  Ils  luy  mirent  la  couronne  Royale  ôc 
l'oignirent,  comme  ils  ontaccouftume  de  faire 
à  tous  leurs  Roys,  auec  vne  onction  qu  ils  ap- 
pelaient diuine,  d'autant  que  c  eftoit  la  mefme 
onction,  de  laquelle  ilsoignoient  leur  idole. 
Incontinetvn  Rhetoricienfitvne  élégante  ha- 
rangue, l'exhortant  d'auoirbon  courage  pour 
les  tirer  des  trauaux,feruitude  Ôc  mifere,efqueU 
les  ils  viuoient  eftans  opprimez  des  Azcapuzal- 
cos,&icelleacheuee,tous  luy  firent  l'hommage 


des  Indes.  Dure  VIL  331 
&  la  recognoiffance.  Ce  Roy  neftoit  point  ma- 
rié, &  fon  Confeil  fut  d  opinion  qu'il  ieroit  bon 
de  le  marier  auec  la  fille  du  Roy  d'Azcapuzal- 
<x>,afinderauoirpouramy,&d  obtenir  par  ce- 
tte alliance  quelque  diminution  de  la  pefante 
charge  des  tributs  qu'il  leur  impofoit,  combien 
qu'ils  eurent  quelque  crainte,  qu'il  ne  defdai- 
gnaft  de  leur  donner  fa  fille,à  caufe  qu'ilseftoiet 
fes  vaffaux  :  toutesfois  le  Roy  d'Azcapuzalco 
Çy  accorda ,  après  qu'ils  luy  eurent  demande 
fort  humblement,  &  auec  des  paroles  honne- 
ftes,  lequel  leur  donna  vnefienne  fille  appellee 
Ayanchigual,  laquelle  ils  menèrent  auec  gran- 
de fefte  & refiouïflance  en  Mexique,  &  rirent 
la  cérémonie ,  &  folemnité  du  mariage  ,  qui 
eftoit  d'attacher  &  nouer  vn  coing  du  manteau 
de  l'homme  auec  vn  autredu  voile  de  la  femme 
enfîgnede  lien  de  mariage.  Cefte  Royne  en- 
gendra vn  fils,  le  nom  duquel  ils  furent  deman- 
dera fon  ayeul,le Roy  d'Azcapuzalco, &  iet- 
tans  les  forts  comme  ils  auoient  accouftumé, 
(pource  qu'ils  obferuoient  fort  les  augures, 
principalement  fur  le  nom  de  leurs  enfans)  il 
voulut  que  fon  petit  fils  f'appelîaft  Chimalpo- 
poca,  qui  lignifie  rondelle  quiiette  fumée.  La. 
Royne  fa  fille  voyant  le  contentement  que  le 
Roy  d'Azcapuzalco  monftra  de  ce  petit  fils, 
print  de  là  occafion  de  luy  demander ,  qu'il  luy 
pleuftde  foulagerles;  Mexiquains  de  la  charge 
li  pefante  des  tributs,  puis  qu'il  auoit  défia  vn 
petit  fils  Mexiquain,ce  que  le  Roy  fit  de  bonne 
volonté',  par  le  Confeil  des  fiens,  leur  lahTant 
au  lku  du  tribut  qu'ils  pay oient,  vne  fubie&ion 

*      f  Ttiiî; 


* 


Hifioire  naturelle 
deluy  porter  chacun  an  vne  couple  de  canards 
Se  des  pohTons5en  recognoifïànce  qu'ils  eftoient 
fes  fubie&s  &  qu'ils  habitoient  en  fa  terre.  Par 
ce  moyen  les  Mexiquains  demeurèrent  fore 
fouiagez  8c  contens,  mais  le  contentement  leur 
dura  bien  peu ,  pource  que  la  Royne  leur  pro- 
tectrice mourutpeu  de  temps  après,  &  l'année 
cnfuiuante  mourut  aufïï  le  Roy  de  Mexique, 
Vitziiouitli ,  laifTant  fon  fils  Chimalpopoca  aa- 
gc  de  dix  ans.il  régna  treize  ans5&  mourut  aage 
de  trente  ans,  ou  peu  plus.  Il  fut  tenu  pour  vn 
bon  Roy  6c  diligent  au  feruicc  de  fes  dieux,def- 
quels  ils  auoient  opinion  que  les  Roy  s  eftoient 
lesreffemblances,&  que  l'honneur  que  l'on  fai- 
foit  à  leur  Dieu ,  fe  faifoit  au  Roy ,  qui  eftoit  fa 
femblance.  C'eil  pourquoy  les  Roys  ont  efté  il 
affectionnez  au  feruice  de  leurs  dieux.  Ce  Roy 
fut  curieux  de  gaignerles  volontez  de  fes  voi- 
fîns,  &  de  trafficquer  auec  eux ,  enquoy  il  aug- 
menta fa  Cité,faifant  que  les  fîcns  sexerçafTent 
en  chofes  de  guerre  parmy  le  la^preparants,^ 
difpofans  les  hommes  pour  ce  qu  ils  preten- 
doient  obtenir,  comme  bien  toft  Ton  verra. 

Vu  troifiefme  Roy  chimalpopoca ,  de  fa  cruelle 
mort  ^  &  de  Ùoceajion  de  la  guerre  que 
frentles  Mexiquains. 

Chapitre   XL 


EsMexiquains  pour  fuccefTeur  du  n  oy 
mort,efleurét  fon  fils  Chimalpopoca, 
par  vn  racur  aduis  ôc  delibcratiô  eom« 


des  Indes.  Dure  Vit  333 

mune,  encores  qu'il  ne  fuft  qu'vn  enfant  de  dix 
ans,  ayâs  opiniô  qu'il  eftoit  toufiours  neceflaire 
de  conferuer  la  grâce  du  Roy  d'Azcapuzalco,  en 
faifant  Ton  petic  fils  Roy.  Par  ainfi  ils  le  mirent 
en  fonthrofne,  luy  donnant  des  enfeignes  de 
guerre  auecvnarc  &  des  flefches  en  vne  main, 
&vneefpeederazoirs,  dont  ils  ontaccouftu- 
mé  d'vfer,  en  la  droite,  fignifians  par  cela,  com- 
me ils  difent,  que  par  les  armes  ils  pretcndoienc 
femettre  en  liberté.  Ceux  de  Mexique  auoient 
grande  difette  d'eau,  pource  que  celle  du  lac 
eltoit  bourbeufe  &  fangeufe ,  &  par  confequëc 
mauuaife  à  boire.  Pour  à  quoy  remédier  ils  fi- 
rent que  le  Roy  enfant  enuoyaft  demander  à 
fon  ayeul  le  Roy  d'Azcapuzalco  ,  l'eau  de  la 
montagne  de  Chapultepec ,  qui  eft  à  vne  lieue 
de  Mexique,  comme  il  a  eue  dit  cy  delTusj  ce 
qu'ils  obtihdrent  facilement,  &  par  leur  dili- 
gence firent  vn  aqueduct  de  fafcines,  glaieul,  ôc 
gazon,  par  lequel  ils  firent  venir  l'eau  en  leur 
Cité.  Mais  d'autant  que  la  Cité  eftoit  fondée 
fur  le  lac,  &que  l'aqueduc!:  letrauerfoit,  il  fe 
rompoit  en  beaucoup  d'endroits,  &  ne  pou- 
uoient  f'efiouyr  de  l'eau  comme  ils  defiroient, 
&■  auoient  debe(oing.  Sur  celle  occafion,  foie 
qu'ils  la  recherchaient  tout  exprès  pour  que- 
reller les  Tapanecas ,  ou  fuit  qu'ils  f'efmeuilent 
fur  peu  d'occafion;  enfin  ils  enuoyerent  vne 
ambafTade  au  Roy  d'Azcapuzalco,  fort  refolue, 
difans  qu'ils  ne  pouuoient  f  accommoder  de 
l'eau  dont  il  leur  auoit  fait  grâce ,  à  caufe  que  le 
canal  f  eftoit  rompu  en  beaucoup  d'endroit^ 
partant  luy  demandoieht  qu'il  les  pourueuft  de 


Hifioire  naturelle 
bois,  dechaulx,  Ôc  de  pierre,  &  qu il  leur  en^ 
uoyaftfesouuriers,  afin  que  par  leur  moyen  ils 
fîiTent  vn  canal  de  pierre  &  de  chauix ,  qui  ne  fc 
peuft  rompre.  CemeiTage  nepleuit  gueres  au 
Roy ,  &  encore  moins  aux  liens ,  leur  femblanc 
que  c'eftoit  vn  meiïage  outrecuidé ,  &  des  pro- 
pos fortinfolencs  pour  des  valfauxàlendroict 
de  leur  Seigneur.  Les  principaux  du  Confeil 
doncques  eftans  indignez  de  cela ,  difoient  que 
c'eftoit  defîa  beaucoup  de  hardiefle,  puis  que 
ne  fe  contentans  de  ce  qu'on  leur  auoit  permis 
de  demeurer  en  terre  d'autruy,  &  qu'on  leur 
auoit  donné  de  l'eau,  ils  vouloient  dauantage 
qu'on  les  allaft  feruir.  Quelle  chofe  eftoit  cela, 
Se  dequoy  prefumoit  vne  nation  fugitiue  &  en- 
ferrée entre  les  bourbiers,  qu'ils  leur  feroient 
bien  entendre,  fils  eftoient propres  poureftre 
ouuriers,  &  que  leur  orgueil  Pabbailîèroit ,.  eu 
leur  oftantla  terre  &  la  vie.  Sur  ces  termes& 
cholere  ils  fortirent ,  lailTans  le  Roy ,  lequel  ils 
auoient  vn  peu  pour  fufpe&,  àcaufe  dupetic 
61s.  Et  eux  feparément  confulterent  de  nou- 
ueau  ce  qu'ils deuoient faire,  eu  ils  délibérè- 
rent de  faire  crier  publiquement  que  nul  Ta- 
paneca  euft  àtraitter,  ny  faire  commerce  auec 
aucun  Mexiquâin  ,    qu'ils  n  allaffent   en  leur 
Cité,  &ne  les  receufTent  en  la  leur,  fur  peine 
de  la  vie.  Par  où  Ton  peut  entendre  que  le  Roy 
ne  commandoit  pas  abfolument  fur  ce  peu- 
ple, &  qu'il  gouuernoit  plus  en  façon  de  Con- 
ïul,  ou  de  Duc,  que  de  Roy,  combien  que  de- 
puis auec  la  puifTance  T'augmenta  aullî  le  com- 
mandement des  Roys,  iu%ues  à  deuenjr  tyrans 


des  fndes.  Liure  VIL         334 

parfai&s,  comme  l'on  verra  aux  derniers  Rois. 
Car  c'a  efté  toufiours  vne  chofe  ordinaire  en- 
tre les  barbares ,  que  telle  qu  a  efté  la  puifTance, 
tel  a  efté  le  commandement,  voire-mefmeer* 
nos  hiftoires  d'Efpagne  fe  trouue  en  quelques 
Roys  anciens  la  façon  de  régner  dont  cesTa- 
panecas  vferent.  Et  les  premiers  Roys  des  Ro- 
mains furent  de  mefme,  fauf  que  Rome  des 
Roys  déclina  aux  Confuls  &  vn  Sénat ,  iufques 
à  ce  que  du  depuis  elle  vint  à  la  puifTance  des 
Empereurs.  Mais  ces  barbares  de  Roys  modé- 
rez déclinèrent  à  Tyrans.  Et  eftant  l'vn  &  Tau  - 
tregouuernement,  le  meilleur,  &leplusfeur 
cft  le  règne  modéré.  Or  retournans  à  noftrc. 
hiftoire,  le  Roy  d'Azcapuzalco  voyant  la  de* 
libération  des  Cens,  qui  eftoit  de  tuer  les  MeT 
xiquains,  les  pria  que  premièrement  ils  defro- 
balTent  fon  petit  fils  le  ieune  Roy,  &  après 
qu'ils  fiffent  aux  Mexiquains  ce  qu'ils  vou- 
droient.Prefque  tous  T'accordèrent  en  cela  pour 
donner  contentement  au  Roy,  &  pour  la  pitié 
qu'ils  auoient  de  l'enfant:  mais  deux  principaux 
y  contredirent  bien  fort,  affermans  que  c  eftoit 
vn  mauuais  confeil ,  pource  que  Chimalpopo- 
ca,  bien  qu'il  fuftde  fonfang,  eftoit  du  codé 
de  la  mère,  &quelecofté  du  père  deuoiteftrc 
préféré.  Parquoyils  conclurent  que  le  premier 
qu'il  conuenoit  tuer  ,   eftoit  Chimalpopoca 
Roy  de  Mexique ,  ôc  protefterent  d'ainfi  le  fai- 
re. Le  Roy  d'Azcapuzalco  fut  fi  fafchc  de  cefte 
refiftance  qu'ils  luy  firent,  &du  confeil  &re- 
folution  qu'ils  prindrent,  que  de  là  à  peu  de 
temps,  de  douleur  &  de  defpit  il  tomba  malade, 


£fiftoire  naturelle 
dont  il  mourut.  Par  la  mort  duquel  les  Tapane- 
cas  facheuans  de  refoudre ,  commirent  vne 
grande  trahifon  :  car  vnenuiéfc le  ieune  Roy  de 
Mexique  dormant  fans  garde ,  &  fans  fe  douter 
de  rien,  ceuxd'Azcapuzalco  entrèrent  en  fon 
Palais,  &  le  tuèrent  (oudainement,  f'en  retour- 
nans  fans  eftre  apperceus.  Le  matin  venu  que 
les  nobles  de  M  exique  furet  faliier  le  Roy  com- 
me ils  auoient  accouftumé,  ils  le  trouuerent 
mort  auec  de  cruelles  bleiïures,  &  lors  ils  fef- 
crierent,  efleuans  vn  pleur  qui  remplit  toute  la 
Cité,  &  tous  aueuglez  de  cholere ,  fe  mirent  in- 
continent en  armes  pour  venger  la  mort  de  leur 
Roy<  Comme  ils  marchoient  défia  pleins  de  fu- 
reur, &  fans  ordre ,  leur  fortit  au  deuant  vn  des 
principaux  Cheualiers des  leurs  ,tafchant  de  les 
appaifer  par  vne  fage  remonftrance  :  où  alle^ 
vous  (  dit-il )  o Mexiquâins,  repofe\yos cœurs , regarde! 
que  les  chojês  qui  fint  faiBes  fans  confident  tien ,  ne  font  fat 
bien  conduises  >  ny  ri  ont  point  de  bon  fucce^  B^prime^ 
voflre  douleur ,  tonfidtrans  qu  encores  que  vofireRoy  fiip 
mort ,  ïiïïufire  fang  des  Mexiquâins  rie  fi  pasfiny  en  luy. 
Nous  aums  desenfans  des  %eys  dejfunBs  ypar  la  conduire 
defquelsfuccedans  au  Royaume ,  vous  fere\mieux  ce  que 
prétende^  ayans  vn  chef  qui  vous  guide  a  vofire  entre- 
frife.  N'aleijasàmfiaueugleK^  deportel^yow ,  ejr  eflj* 
fi\premierement  vn  Eoy  çr  Seigneur  qui  vous  guide,  ey* 
encourage  contre  vis  ennemis.  Cependant  difiimule\difi 
çrettement ,  faifans  les  obfeques  de  vofire  Roy  mort ,  dont 
vous  voyelle  corps  prefent  :  car  par  cy  après  il  fi  trcuuer* 
vne  meilleure  occafion  d'en  faire  ta  vengeante.  Par  ce 
moyen  les  Mexiquâins  nepafïèrentpointplus 
outre,  &  f'arrefterent  pour  faire  las  obfequt s  de 


des  Indes.  Liurc  VIL        331 

leur  Roy.  A  quoy  ils  conuierent  les  Seigneurs 
deTefcuco  &ceux  deCulhuacan,  ôc  leur  ra- 
contèrent rade  fi  énorme  &  cruel  que  les  Ta- 
panecas  auoient  commis ,  les  inuitans  à  auoir 
pitié  d'eux,  &  à  f'indjgner  contre  leurs  enne- 
mis; à  quoy  ils  adjoufterent,  que  c'eftoit  leur  in* 
tennon  de  mourir,  ou  de  venger  vne  fi  grande 
mefehanceté  ,  leur  demandans  qu'ils  ne  fauori- 
fartent  le  party  fi  injufte  de  leurs  contraires ,  6c 
que  de  leur  part  ils  ne  les  requeroient  point 
qu'ils  leur  aydafTent  de  leurs  armes  &  hommes, 
mais  feulement  qu'ils  fuiïent  attentifs  à  regar- 
der ce  qui  fe  patïeroit,  &  qu'ils  defirercient 
pour  leur  entretien,  qu'ils  ne  leur  bouchaflenr, 
ny  empefehaflent  le  commerce,comme  auoient 
fait  les  Tapanecas.  A  ces  railons  ceux  de  Tcfcu- 
eo&Culhuacan  leur  demonflrerent  beaucoup 
de  bonne  volonté ,  &  qtuls-en  eftoient  fort  fa- 
tisfaits,  leur  offrant  leurs  Citez,  &  tout  le  com- 
merce qu'ils  en  defireroient,  afin  qu'à  leur  vo- 
lonté ils  fe  pourueufïent  de  prouifions  &  de 
munitions  par  terre  &  par  eau,  Apres  cela  ceux 
de  Mexique  les  prièrent  qu'ils  demenraiTent 
auec  eux,  &  affiftafient  à  Tefledtion  du  Roy 
qu'ils  vcmloient  faire  \   ce  qu'ils  accordèrent 
auflî  pour  leur  donner  contentement. 


Hiftoire  naturelle 


Du  quatriefme  Roy  nommé  Izcoalt,  &  de  la] 
guerre  contre  les  Tapanecas. 

Chapitre    XI î. 

E  v  x  qui  fe  deuoient  trouuer  en  Pefle* 
&ion,  eftans  tous  afTemblez,  fe  leua  vn 
vieillard,  tenu  pour  vn  grand  orateur, 
lequel ,  félon  que  racontent  les  hùtoi- 
res,  parla  en  cefte  manière  :  La  lumière  de  vos  yeux 
ww  manque,  o  Mexiquains ,  mais  non  pas  celle  du  cœur: 
car  pofé le  cas  que  vous  auel^perdu  celuyqut  efloit  lalu- 
nttere ,  (y  le  guide  de  ce  fie  République  Mexiquaine ,  celle 
du  cœur  néanmoins  vous  efi  demeurée ,pour  confîderer  que 
s  ils  ont  tué  vn  homme,  d'autres  font  demeure!  après  luy, 
qui  pourront  fûppleer  fort  aduantageufiment  la  faute  que 
nous  auens  de  luy.  Lawblejfe  de  Mexique  nefi  pas  finie 
four  cela,  nylefang^oyalefieint,  Tourne\les  yeux ,  O* 
regardeXjtutour  de  vous,  &  vous  verreTJa  nohlejfeMe- 
xiquaine  mïfe  en  ordre,  non  point  vn,  deux,  mais  plujteurs 
CT  excellens  Princes,  fils  du  I(py  ^tcamapaxtli ,  mfire 
vray  £r  légitime  Seigneur.  Icy  vous  pourre\choifir  a  vo- 
ftre  volonté,  difant ,  te  veux  cefluy  -cy ,  çr  non  cet  autre. 
Que  fi  vous  aue^perdu  vn  père ,  icy  vous  trouuerelpere 
CT  mère.  Faites  efiat,  oMexiquams,  que  le  Soleil  s'eji 
eclipfé  &  obfcurcyfur  la  terre  pour  vnpeu  de  temps  ,  O* 
qu'incontinent  retournera  la  lumière  fur  icelle.  si  Mexique 
a  efiéobfcurcie  par  la  mort  de  voftre  %oy ,  fortebien  tofi  le 
Soleil,  eflifé\yn  autre  fyy.  J{egarde\bien  a  qui,  crfùr 
qui  vous  tettere^  les  yeux  ,  £r  enuers  qui  s'incline  voftre 
tœur,  car  cefluy-là  eft  celuy  que  voftre  Dieu  Vitldipul^ 
&*$<*•  Et  ^?!ant  encorç  ce  difcours a  cet  ora« 


I 

des  Indes.  Liure  VIL  356 

iteuracheua  au  contentement  d'vn  chacun.  Eu 
[fin  parlarefolution  dececonfeil  futefleuRoy 
I  Ifcoalt,  qui  lignifie  couleuure  de razoirs,  lequel 
leftoic  fils  du  premier  Roy  Acamapixtli,  qu'il 
I  auoit  eu  dVne  fienne  efclaue  j  &  bien  qtriine 
Ifuft  pas  légitime,  ilslechoifirent,  pource  qu'il 
I  eftoit  plus  aduatageux  que  hs  autres  en  meurs, 
valeur  &  magnanimité  de  courage.  Tous  mon- 
trèrent quilsen  eftoient  fort  contens,  &fur 
tous,ceux  deTefcuco;  pour  autant  que  leur  Roy 
eftoit  marié  auecvnefœurd'Ifcoalt.  Apres  que 
ce  Roy  fut  couronné,&  mis  en  fon  fîege  Royal, 
fe  leua  vn  autre  orateur,  qui  traitta  de  lobliga- 
jtion  que  le  Roy  auoit  à  fa  Republique,  &  du 
courage  qu  il  deuoitmonftrer  auxtrauaux,  di~ 
fant  entre  autres  chofes  :  Regardes  quamourXhuy 
nous  fimmes  dipendans  de  toy ,  parauanture  laifièras-tt* 
tomber  la  charge  qui  t >ft  fur  tes  effl aides  ;  laijferas-tu  périr 
le  vieillard  CT  U  vielle ,  l'orphelin  O*  l*  vefue  ?  ^îyei 
piHe  dtsenfms  qutvont  grapinant  par  my  l'air  e ,  lefquels 
périront, fi  nos  ennemis  nom Jurmontent ;  Or  fa  donc,  Sei~ 
gneur ,  commence  à  de/ployer  O*  efiendre  ton  manteau* 
pour  prendre  fur  tes  épaules  tes  enfans,  qui  font  les  paumes 
£T  le  commun  populaire  y  lefquels  font  afeure^de  l'ombra- 
ge de  ton  manteau  y  c^en  la  fraifiheur  de  ta  bénignité. 
Continuant  furcefujet  beaucoup  d'autres  pa- 
roles ,  lesquelles  (  comme  en  fon  lieu  a  efté  dit) 
ils  apprenoient  par  cœur,  pour  l'exercice  de 
leurs  enfans,  &  après  les  enfeignoient  comme 
vne  leçon ,  à  ceux  qui  commençaient  d'appren- 
dre cefte  faculté  d'orateurs.  Cependant  les  Ta- 
panecas  eftoient  refolus  de  deftruire  la  nation 
Mexiquaine-,  &  pour  cet  effet  ils  auoient  drçffé 


Hiftoire  naturelle 

beaucoup  d'appareils.Parquoy  le  nouueau  roj« 
traitta  de  déclarer  la  guerre ,  ÔC  venir  aux  mains 
auec  ceux  qui  les  auoient  tellement  orTenfezl 
JMais  le  commun  peuple  voyant  qucleursconb 
traires  les  furpaiîbient  beaucoup  en  nombre 
d'hommes,  &  en  machines  de  guerre,  eftans  cf 
pouuentez,  vi-ndrent  vers  le  Roy,  &  luy  dei 
mandèrent  par  importunité  qu'il  n'en treprinfll 
point  vne  guerre  fidangereufe,  quiferoitde-j 
ftruire  leur  pauure  Cité  ôc  nation.  Surquo^l 
eftans  interrogez  quel  aduisil  conuenoit  pren- 
dre; refpondirent  que  le  Roy  d'Azcapuzalca 
eftoit  fort  pitoyable,  qu'ils  luy  demandaient 
paix,  &  f'orrrifîènt  de  le  feruir,  en  les  tirant  hor< 
de  ces  glaïeuls,  ôc  qu'il  leur  donnaft  des  maifom 
&des  terres  parmy  les  llenneSj  afin  que  par  ce 
moyen  ils  défpendnTent  tous  d'vn  Seigneur.  Et 
pour  obtenir  cecy,  ils  portafTent  leur  Dieu  en  fa 
littiere,  pourinterceffeur.  La  clameur  du  peu- 
ple euft  tel  pouuoir,  principalement  y  ayanc 
quelques  nobles  qui  approuuoient  leur  opi- 
nion, que  l'on  fîft  incontinent  appeller  les  Pré- 
fixes ,  ôc  apprefter  la  littiere,  ôc  leur  Dieu,  pour 
faire  ce  voyage.  Comme  cela  fapprefloit,  ôc 
que  toUsconfentoient  à  cet  accord  de  paix,  ÔC 
de  f  affujettir  aux  Tapanecas  ->  vn  ieune  homme 
gaillard,  &de  bonne  façon,  fefleua  parmy  le 
peuple  ,  lequel  auec  vne  fort  bonne  grâce  parla 
ai n fi  :  £]*jft  cecy  ,  e  Mexicains  >efies  vow  fols?  com- 
ment telle  couardifi  efl  elle  entrée  ftrmy  non*  ?  non*  de» 
uons  nous  aller  rendre  tinjtaux  ^Xu^uTl^dcoi  f  Puis  fe 
tournant  vers  le  Roy,  luy  dift  :  Commet,  Seigneur, 
fermette'ZjVQfM  tejle çbofc? permettent  cefehfle,  O* 


des  fndes.  Dure  Vil.         "337 

:  Uy  dites  qu'il  Utflè  rechercher  vn  moyen  four  noftrehon* 
\  neur  O*  four  no(he  deffenfe ,  çr  que  mm  ne  nous  met* 
tions  fùnt fi follement ',  vrfi  honteusement  entre  les  mains 
de  nos  ennemis.  Ceicune  homme  f'appelloit  Tla- 
caellec,  nepueu  dumefmcRoy,  Ôc  fut  le  plus 
Valeureux  Capitaine,  &  du  plus  grand  confeil, 
que  iamais  les Mexiquains  ont  eu,  comme  cy 
lapres  Ton  verra.  Animé  donc  Ifcoalt,  parce 
lique  fon  nepueu  luyauoit  dit  fi  prudemment, 
détint  le  peuple,  en  difant  qu'ils  luy  laiflàflent 
[premièrement  efprouuer  vn   autre  meilleur 
moyen.  Et  puis  fe  tournant  vers  la  nobjeiïe  des 
fiens,  leur  dift  :  Vtm  eftes  icy  tôt*  qui  efies  mes  farens^ 
tr  le  meilleur  de  Mexique:  celuy  qui  dur*  le  courage  de 
ïforter  vn  mefageaux  Tafamcas,  qu  dfileue,  Eux  fe  re-> 
igardans  les  vns  les  autres,  ne  fe  remuoient 
point,  &ny  eut  aucun  quivouluft  f'offrir  au 
coufteau.  Alors  ce  iêune  homme  Tlacaellec  fe 
leuant  Coffrit  à  y  aller,  difant  que  puis  qu  il  de- 
uoit  mourir,  qu'il  importoitpeu  que  ce  fuft  au- 
iourd'huy ,  ou  demain  :  car  pour  cmelle  occa- 
fion  fe  deuoit-il  tant  conferuer?  qu'il  eftoit  touc 
preft ,  &  qu'il  luy  commandait  ce  qu'iliuy  plai- 
roit.  Et  iaçoit  que  tous  iugeaffent  cet  a&e  pour 
Vne  témérité ,  neantmoins  le  Roy  fe  tefolut  de 
l'enuoyer ,  afin  qu'il  cogneuft  la  volonté  &  dif- 
pofitionduRoyd'Azcapuzalco,  &defes  hom- 
mes, eftimant  qu'il  eftoit  meilleur  daduanturer 
la  vie  de  fon  nepueu,  que  l'honneur  de  fa  Re- 
publique. Tlacaellec  eftantapprefte,  printfon 
chemin  ,  &  paruenu  aux  gardes  qui  auoient 
commandement  de  tuer  quelconque  Mexi- 

quain  qui  vinft  v  ers  eux  *  par  artifice ,  ou  autre* 
*- y  a 


Hiftoire  naturelle 
ment,  leurperfuada  qu'ils  lelaifTafTent  entre* 
vers  le  Roy  3  lequel  fefmerueilla  de  le  voir ,  ôc 
ouyt  fon  ambaflade,  qui  eftoit  de  luy  demander 
paix foushonneftes conditions; lequel  refpon- 
dit  qu'il  le  communiqueroit  auec  les  liens,  Ôc 
qu'il  retournait  l'autre  iour  pour  la  refponfc. 
LorsTlacaellec  demanda  feuretc,  mais  il  n'en 
peut  obtenir  d'autre,  finon  qu'il  vfaft  de  fa  bon* 
ne  diligence.  Aucccela  il  retourna  en  Mexique, 
donnant  parole  aux  gardes  de  retourner.  Le 
Roy  de  Mexique  le  remerciant  de  fon  bon  cou* 
rage  ,  le  renuoya  pour  auoir  la  refponfe ,  &  luy 
commanda  que  fi  elle  eftoit  de  guerre  ,  qu'il 
donnait  au  Roy  d'Azcapuzalco  certaines  armes 
pour  fe  deffendre,  ôc  luy  oignift ,  ôc  emplumatë 
la  telle  comme  ils  faifoientauxhonimes  morts, 
luydifant,  que  puis  qu'il  nevouloit  point  la 
paix,  qu'ils  luy  ofteroient  la  vie,  ôc  aux  nens.  Et 
encores  que  le  Roy  d'Azcapuzalco  euftdeilrc 
la  paix,  pour  eftre  de  bonne  condition,  lesfiens 
neantmoins  Tefguillonnerent  de  forte,  que  la 
refponfe  fut  de  guerre  déclarée.  Ce  qu'eftant 
ouyparlemeiïager,  ilfîuVtoat  cequefonRoy 
luy  auoit  commandé,  déclarant  par  cefte  céré- 
monie de  donner  armes ,  ôc  oindre  le  Roy  auec 
l'onction  des  morts,  que  de  la  part  de  fon  Roy 
il  le  déffioit.  Parquoy  ayant  tout  acheuc ,  celuy 
d'Azcapuzalco  fe  laiftant  oindre,  &  em plumer, 
donna  au  meiTager  en  payement  de  bonnes  ar- 
mes ,  ôc  cependant  l'aduifa  de  ne  retourner 
point  par  la  porte  du  palais,  pource  que  plu- 
fleurs  iattendoient  là  pour  le  mettre  par  pièces, 
mais  qu'il  fortift  en  fecret  par  vne  petite  faute 


1 


des  Indes.  Littre  VU.  33$ 

?orte  quieftoitouuerte,  envne  des  courts  de 
on  Palais.  Ce  ieune  homme  le  Rtl  ainfi  \   ôc 
ournoyant  par  des  chemins  cachez  i  vintàfe 
lettre  en  fauueté  ,  à  la  veiie  des  gardes,  &  de  là 
es  défila,  difant  :  Tapmeus  cr^\cafu'Xdcosy  vous 
ùtes  md  vojhe office  àe garder ,  fcache\donc  que  vous 
eue\  tous  mourir,  er qu'il  ne  demeurera  vn-Tapaneca 
»  vie.  Cependant  les  gardes  fe  ietterent  fur  luy, 
:  fe  porta  fi  valeureufément  en  leur  endroit, 
u'il  en  tua  quelques-  vns,  &  voyant  qu'il  y  ac- 
Durroit  beaucoup  dépeuple,  fe  retira  gaillar- 
ementà  fa  Cité,  où  il  porta  nouuellesquela 
uerre  eftoit  déclarée  auec  les  Tapanecas,  ôc 
u'il  auoit  déifié  leur  Roy. 


e  la  bataille  que  les  Mexiquains  donnèrent 
mx  TapxQfas ,  &  de  la  grande 
*vi£foire  qu'ils  obtindrenL 

Chapitre   XIII. 

E  deffy  entendu  parle  vulgaire  dé 
Mexique ,  ils  vindrent  vers  le  Roy 
auecques  leur  coiiartlife  accoutu- 
mée, pour  luy  demander  congé 
de  fortir  de  fa  Cité,  tenans  pour 
rtain  leur  ruine  &  leur  perdition.  Le  Roy  les 
»nfula  &  anima  tant  qu'il  peut,leur  promettais 
ji'il  leur  dôneroit  liberté ,  en  furmontant  leurs 
memiSj  &  qu'ils  ne  doutaient  point  d'eftre 
meus.  Le  peuple  répliqua  :  Et  fi  nom  fommes 
imus,  quefmm-mui?  Si  non* fommes  vaincus (ref- 

Vu  ij 


des  Indes.  Dure  VIL  3*3 

pondit  le  Roy  )  dés  maintenant  nom-nom  obligeons  de  j 
nom  mettre  envosmains ,  afin  que  vom  non  mettre 
mort,  ^rningie\no^chmsend^Uts,cr^tvom 
vous  venotelde  nom  Autres,  il  feu  donc  amfi  (  dirent- 
ils)tvo%perdeXLvMotre:  quefevomlobtene\,  des 
MJntenantnom-nom  offrons  ïefire  vos  tributaires  ,  tra- 
vailler en  vos  maifins ,  faire  vos  Cémentes ,  CT  porter  ws 
«mes  CT  héfége  ^and  vous  ire^k  U guerre ,  pur  touf- 

iours ,  CT  *  ftWMtf  ™*  «*«  >  f  m\  Wcen™ns-  ,V? 

accords  faits  entre  le  peuple  &  les  nobles  (leC 

quels  ils  accomplirent  depuis  de  grc,ou  par  ror- 

ce  entièrement,  comme  ils  le  promirent)  le  Roy 

nomma  pour  Ton  Capitaine  generalTlacacllec, 

&  tout  le  camp  eftant  mis  en  ordre ,  &  par  elca- 

drons,  donna  les  charges  de  Capitaines  aux  plus 

valeureux  de  fes  parens  &  amis ,  puis  leur  ntt 

vne  belle  harangue,  par  laquelle  il  les  anima,  & 

leur  accreut  de  beaucoup  Courage  qui! 

auoicnt  défia  bien  prépare,  1<  ordonna qu il 

obeyffent  tous  au  commandement  du  Gênera 

qu'il  auoit  eftably  :  lequel  fepara  Ces  gens  et 

deux ,  &  commanda  aux  plus  valeureux  &  har 

dis  qu'en  fa  compagnie  ils  aflailliffent  les  pre 

miers,  &  que  tout  le  refte  demeuraft  arreft 

auec  le  Roy  Ifcoalt ,  iufques  à  ce  qu  ils  viflcn 

les  premiers  donner  fur  leurs  ennemis.  Mat 

chansdonc  en  ordre,  ils  furent  defcouuertsd 

ceux  d'Azcapuzalco ,  lefquels  incontinent io 

tirent  furieufement  de  leur  Cite,  portans  d 

grandes  richeffes ,  d  or,  d'argent ,  &  d'armes  d 

beaucoup  de  valeur  ,  comme  ceux  qui  auoierl 

l'Empire  déroute  cefte  contrée,  lfcoaltdonr, 

lefignal  de  la  bataille,  auec  vn  petit  tarnboi 


des  Indes.  Dure  Vit         33? 
qu'il  portoit  fur  fes  efpaules ,  6c  incontinent  ef- 
leuerent  vn  grand  cry ,  f  efcrians,  Mexique,  Me- 
|  xique,donnerent  fur  les  Tapanecas-,  &  bien  que 
lesTapanecas  fuflenr  en  bien  plus  grand  nom- 
!  bre  qu'eux  fans  comparaison,  toutefois  ils  ne 
biffèrent  de  les  rompre ,  &  les  firent  retirer  en 
leur  Cité.   Puis  venans  ceux  qui  eftoient  de- 
meurez derrière,  criansTlacaelIec,  victoire, 
victoire,  tous  dvn  coup  entrèrent  en  la  Cité,  où 
par  le  commandement  du  Roy  ,  ne  pardonnè- 
rent à  hommes ,  ny  vieillards ,  femmes ,  ny  en- 
fans  :  car  ils  les  mirent  tous  au  trenchant  de 
l'efpee,  pillèrent  &  faccagerent  la  Cité,  qui 
eftoit  très- riche.  Et  non  contens  de  cela,  ils  for-» 
tirent  à  la  pourfuittede  ceux  qui  f'en  eftoient 
fuys,  &  retirez  en  l'affrété  des  Sierres,  ou  mon- 
tagnes qui  eftoient  proches  de  là ,  frappans  fur 
iceux,  dont  ils  firent  vne  cruelle  boucherie.  Les 
Tapanecas  d'vne  montagne  où  ils  f'eftoient  re- 
tirez, ietterent  les  armes,  &  demandèrent  les 
vies,  f'offrans  à  feruir  les  Mexiquains,  leur  don- 
ner des  terres  &  des  iardins ,  de  la  pierre ,  de  la 
chaulx  &du  mefrain,  &  de  les  tenir  toufiours 
pour  leurs  Seigneurs.   A  cefte  occafion  Tla- 
caellecfift  retirer  fes  gens,  &  ceffer  la  bataille, 
leur  donnant  les  vies  foubs  les  conditions  def- 
fufdites,  lefquelles  ils  iurerent  folemnellement, 
Puis  après  ils  retournèrent  à  Azcapuzalco ,  & 
auec  leurs  defpouilles  fort  riches  &vi&orieu- 
fes  à  la  Cité  de  Mexique.  Leiour  enfuiuant  le 
Roy  fift  aflèmbler  les  principaux  &le  peuple, 
aufquels  il  remit  en  auant  l'accord  qu'auoit  fait 
commun,  leur  demanda  f'ils  eftoient  contens 
-      —■  Vu  iij 


mis 


Hiftoire  naturelle 
d'y  perfifte^le  commun  dit  qu'ils Fauoicnt  pro*  I 
&  que  les  nobles  l'auoient  bien  mérité;  I 


parquoy  ils  eftoient  cpntens  de  les  feruir 


perp< 


tuellement ,  dequoy  ils  firent  vn  ferment  qu'ils 
ont  depuis  gardé  fans  y  contreuenir.  Cela  fait, 
Ifcoalt  retourna  à  Azçapuzalco,  &parlecon- 
feil  des  fiens ,  départit  toutes  les  terres  des  vain- 
cus &  leurs  biens,  entre  les  vainqueurs-,  la  prin- 
cipale partie  tomba  au  Roy,  puis  à  Tlacaellec, 
ôc  après  *  au  refte  des  nobles  ,  félon  qu'ils, 
f  eftoient  fignalez  en  la  guerre.  Us  donnèrent 
me(me  des  terres  à  quelques  plébéiens,  pour 
f'eftre  portez  vaillamment ,'  aux  autres  diftri- 
buerent  du  pillage  ,  &  en  firent  peu  d'eftat, 
comme  de  gens  coiiards.  Ils  deftinerent  mefmc 
des  terres  en  commun  pour  les  quartiers  de 
Mexique,  &  à  chacun  les  fiennes,  afinqu'aueç 
ïcelles  ils  aydalïent  au  feruice  ôc  facrifices  de 
Içurs  Dieux.  Ce  fut  Tordre  qu'ils  gardèrent  tou- 
jours de  là  en  auant,  au  département  des  ter- 
res &  defpoiïilles  de  ceux  qu'ils  auoient  vain- 
cus^ aflujettis.  Par  ce  moyen  ceux  d'Azcapu? 
zalco  demeurèrent  fi  pauures,  qu'il  ne  leur  re- 
ftoit  aucunes,  terres  pour  labourer,  &  le  pire 
fut,  que  l'on  leur  ofta  le  Roy,  &'le  pouupif 
4'çn  eflire d'autres  que  celuy  de  Mexique, 


des  Indes.  Dure  Vit.         340 


De  h  guerre  &  victoire  que  les  Mexiquains 
eurent  contre  h  Cité  de  Cuyoacan. 

-Chapitre    XIV. 

Ombien  que  laprincipale  Cite 
des  Tapanelcoasfuft  celle  d'Azca- 
puzalco,  toutesfois  ils  en  auoient 
d'autres  qui  auoient  leurs  Sei- 
gneurs particuliers,  comme  Ta- 
cuba,  Ôc  Cuyoacan.  Ceux  là  ayans  veu  Tefchec 
paMé  ,  eufTent  bien  voulu  que  ceux  d'Azcapu- 
-zalco  euiTent  renouuellé  la  guerre  contre  les 
Mexiquains,  ôc  voyans  qu'ils  ne  f'y  preparoient 
point,  comme  vne  nation  du  tout  rompue  & 
desfaite,  ceux  de  Cuyoacan  délibérèrent  de  fai- 
re à  part  foy  la  guerre,  pour  laquelle  ils  ^effor- 
cèrent d'inciter  ies  autres  nations'  circonuoifî- 
îies ,  lefquelles  ne  voulurent  point  fe  mouuoir, 
ny  quereller  les  Mexiquains.  Cependant  croif- 
fant  la  haine  ÔC  enuie  de  leur  profperitc  ,  ceux 
de  Cuyoacan  commencèrent  àmal-traideries 
femmes  qui  alloient  à  leurs  marchez,  fermoc- 
quans  d'elles ,  &  en  faifans  autant  aux  hom- 
mes fur  lefquels  ils  auoient  la  domination. 
Pour  laquelle  occafion  le  Roy  de  Mexique 
dépendit  qu'aucun  des  fîens  n*allaft  en  Cuyoa- 
can ,  &  qu'ils  ne  receiuTent  en  Mexique  au» 
çuns  d'eux.  Ce  qui  donna  occafion  àceuxde 
Cuyoacan  de  fe  refoudre  du  tout  à  la  guerre. 
Mais  premièrement  ils  les  voulurent  prouo- 
quer  par  quelque  honteufe  mocquerie,  qui  fuft 

Vu  iijj 


Hiftoire  naturelle 
de  les  cônuier  en  vne  de  leurs  feftes  folcm* 
nelles,  où  après  leur  auoir  fait  vn  beau  baquet, 
Se  les  auoir  feftoyez  auecvne  grande  dance  à 
leur  mode,  ils  leur  enuoyerent  pour  ledefïert 
des  habits  des  femmes ,  &  les  contraignirent  de 
les  veftir ,  8c  retourner  ainfi  veftus  en  femmes, 
en  leur  Cité ,  leur  reprochans  qu'ils  n'eftoient 
que  des  couards ,  ôc  des  efFeminez ,  de  n'auoir 
ofé  prendra  les  armas,  y  ayans  efté  a(Tez  prouo- 
quez.  Ceux  de  Mexique  difent  qu'en  recom- 
penfe  ils  leur  firent  vne  autre  lourde  m ocque- 
rie ,  en  leur  mettant  aux  portes  de  leur  Cite  de 
Cuyoacan ,  certaines  chofes  qui  fumoient,  par 
le  moyen  defquelles  plufieurs  femmes  auorte- 
rent*  &  plufieurs  tombèrent  malades.  En  fin  le 
tout  vintiufques  au  poincl;  de  guerre  declareej 
de  force -qu'ils  fe  donnerenc  vne  bacaille,  où  ils 
employèrent  couce  leur  puiflance  de  part  6c 
d'autre,  &  eh  icelle ,  Tlecaellcc  par  fa  magnani* 
mite,  &rufe  de  guerre,  obtint  la  victoire:  car 
ayanc  laiflc  le  Roy^fcoalr  combacant  auec  ceux 
de  Cuyoacan ,  f  alla  mettre  en  embufeade  auec 
quelque  peu  de  vaillâs  foldats ,  &  en  tournoyât 
leur  vint  donner  en  queue  ,  où  chargeant  fur 
eux ,  il  les  flft  retirer  en  leur  Cité.  Mais  voyant 
qu'ils  pretendoienc  fe  retirer  au  Temple ,  qui 
eftoit  bien  fore,  feietca  fur  eux  accompagné  de 
trois  valeureux  foldacs,  &  leur  gagna  le  deuanr, 
fe  faififtanc  du  Temple,  où  ilmitlefeu,  &les 
força  de  f'en  fuyr  parmy  les  champs ,  où  faifant 
grand  efchec  fur  les  vaincus ,  les  fuiuirent  deux 
fieiies  dans  le  pays,  iufques  à  vne  colline ,  où  les 
^aiacus  iettans  les  armes,  &  çroifans  les  bras 


dei  Indes.  Liure.  VIL         34* 
fi.  tendirent  aux  Mexiquains,*  auec beaucoup 

daueT  fi  bTen'qÎen  finies  Mexiquains  leur 

de  capur».   c  ,  •  v  ndtent  aydec 

principaux  de  Culhuacan  qui  ,  'f 

Lx  Mexiquains,  pourgaigner  honneur,  lei 

quels  furelt  ^^^X**^ 

où  ils  combatirent  en  tous  lieux  v^uteui 
"ent.L'ontecogneutbienquetouteUv,ao 

re  aeuoit  eftte  attribuée  au  gênerai  oc  a  ce 
ttot  Car  entre  tant  de  captifsqu'il  y  auoit,  .1  y 
en  aûoit  les  deux  tiers  qui  furent  gagnez 
«s  auatre,  cequife  pteuua facilement  parla 
rSndlsvfeLt: car en  P™rvn«pnf 
incontinent  ils  luy  coupoient  vn  P« i  de  che 
,„..ix     &  les  bailloient  aux  auttes.  Ainli nie 

t>ez  reuenoientà  ce  nombre ,  d  ou  ils  acquircnc 
G  grande  réputation  &  renommée,  de  va ta* 

Ieuxg  Us  furent  honorez  comme  W^g1- 

&  desrerres  ,  ^  W"  {g ^  donnoit 
tout  temps  «couftume  défait^  qu 
occafion  à  ceux  qui  combattoient  %  ac 


'« 


Hiftoire  naturelle 
^mœ«.&gag„erdCIarepUt«ioftataér:| 

turent  contre  les  Suchimikos. 
Chapitre   XV. 

Éffc  *,  na"°n  des  Tapanecas  eftant 
iuhjuguce,  JesMexiquainscu. 
rent  occafion  d'en  faire  autant 

aux  Suchimikos,  hfquels  corn. 
.  mcJaefté  dit,  forent  les  pre- 
miers de  ces  fepteauernes  ou  hgnagesqui  Peu- 
p  etent  cefte  terre.  Us  MexiqLuS  toutefois 
ne  recherchèrent  pas  loccafîon.combien  qu'il, 
pouuo.et  prefumer  comme  vainqnenrs.de  pafc 
fer  plus  outre  ,  mais  les  Suchimilcos  les  efnfeul 
rent,  ponr  leur  malheur,  commeil  arriueaux 
hommes  de  peu  de  fçauoir,  &  qui  regardent  de 

troppreS,lefqueIspournepreuoirleirama« 
quils  imaginaient,  tombèrent  en  iceJuy.  L« 
■Suchimikos  forent  d'opinion  que  pour  les  vi 

aoireSpafees,IesMexiqPuainse1ltre7renaS 
de  les  allubjettir ,  &  délibérèrent  entr'eux  ceft 

la   a   J  "f^r^q^-vns  qui  dirent  qu'd 
euft  elle  bon  dés  lors  de  les  recognoiftre  pour 

fuper,eUrs)&d'apProuuerleurbo„heUr,„ePa„tw 
moins  le  contraire  fut  refoin ,  &  s'aduancerent 

ffcoak  r'  *T5  batail,e'  Ce  ^"tendupa 
Ifcoalt  Roy  de  Mexique,  il  enuoya  contre  eux 
fon  gênerai  Tlacaellec,auec  fon  armée ,  &  vin! 

fenaroi  .0nnC.r  batâi,leaU  "^™ champ,  n* 
feparoirleurshmites,  lefquelles  deux  «râles 


1 


des  Indes,  Livre.  VIT.         342. 

eftoient  atfez  efgalesen  hommes  &  en  armes, 
imais  elles  furent  bien  diuerfes  en  Tordre  &  ma- 
nière de  combattre;  pource  que  les  Suchimilcos 
chargèrent  tous  enfemble  en  vn  monceau  fans 
iordre,&  Tlacaellec  diuifa  les  Tiens  par  efcadrôs 
auec  vn  bel  ordre:par  ainfi  ils  rompirent  incon- 
tinent leurs  contraires,les  faifans  retirer  enieuc 
iCité,en  laquelle  ils  entrèrent  alors,  &  les  failli- 
rent iufques  à  les  enfermer  au  temple,où  ils  mi* 
rent  le  feu.&  les  firent  fuyr  aux  motagnes56V  en 
fin  les  reduifirent  à  ce  point  9  qu'ils  fe  rendirent 
les  bras  croifez.  Le  Capitaine  Tlacaellec  retour- 
nant  en  grand  triomphejes  Preftres  allèrent  au 
deuâtle  receuoir,  auec  leur  mufique  deiîuftes, 
en  encenfqnt  deuantluy,  les  Capitaines  princi- 
paux faifans  d'autres  cérémonies  &  monftres 
d'allegrelle,  qu'ils  auoient  accouftumé  de  faire, 
&  le  Roy  auec  eux ,  s'en  allèrent  tous  au  tem- 
ple,rendre  grâces  à  leur  faux  dieu.  Car  Le  diable 
a  toujours  efte  fort  defireux  de  cela ■>  &  de  s'at- 
tribuer l'honneur  de  ce  qu'il  n'a  point  mérité, 
attendu  que  ceft  le  vray  Dieu  qui  donne  la  vU 
&oire,&:  qui  fait  régner  ceux  qu  il  luy  plaift,  & 
jîô  pas  luy.Le  iour  enfuiuantle  Roy  Iicoaltfut 
en  la  Cité  de  Suchimilco ,  &  là  fe  fift  iurer  Roy 
des  Suchimilcos,&  pour  les  confoler,leur  pro- 
mit faire  du  bié,en  figne  dequoy  il  leur  côman- 
da  qu'ils  fiiïentvne  grade  chauiTce,qui  trauerfaft 
de  Mexique  à  Suchimilco,qui  sot  quatre  lieues, 
afin  qu'il  y  eut  plus  de  commerce  &  cômunica- 
tionentr'eux.Ce  que  firent  les  Suchimilcos,^ 
en  peu  de  temps  le  Gouuernement  des  Mexi- 
cains leur  femblafi  bon,  qu'ils  s'eftimerear 


H 

Republi, 


JFfiftoire  naturelle 
heureux  d'auoir  change  de  Roy&  de  Republi 
que,  &  quelques  circonuoifîns  poufTez  d'en- 
uie,  ou  de  crainte  a  leur  perdition,  ne  fuirent 
pas  fai&s  fages  du  malheur  de  ces  autres ,  com- 
me ils  deuoient. Cuitlauaca  eftoit  vne  Cite  dans 
le  lac,  laquelle  (encor  que  le  nom  &  habitation 
foit  changée)  dure  encor.  Ils  eftoiet  fort  adroits 
ànauiger  par  le  lac,  &  pourtant  illeurfembla 
qu'ils  pourroient  endommager  beaucoup  les 
Mexiquains  par  eau.  Ce  que  le  Roy  ayant  en- 
tendu ,  il  euft  voulu  y  enuoyer  incontinent  fon 
armée  pour  combattre  contr'eux  :  mais  Tla- 
caellec  eftimantpeu  cette  guerre,  fcreputant 
chofe  honteufe  de  mener  vne  armée  contre 
ceux-là,  il  s'offrit  de  les  vaincre  auec  lesenfans 
feuls ,  &  le  mit  à  efFe&.  Il  s'en  alla  au  temple,& 
tira  du  Conuent  ceux  d'entre  les  enfans  qu'il 
trouua  propres»  ceft: affaire,  aagez depuis  dix 
ans  iufques  à  dix-  hui& ,  lefquels  fçauoient  gui* 
der&  mener  des  batteaux  ou  canoës  ,  &  leur 
enfeigna  certaines  rufes.  L'ordre  qu'ils  tindrent 
à  cette  guerre ,  fut,  qu'il  s'en  alla  en  Cuitlauaca 
auec  ces  enfans  ,  où  par  fes  rufes  il  preffa  fes 
ennemis  en  telle  façon  qu'il  les  fit  fuyr,&  com- 
me il  ks  pourfuiuoit ,  le  Seigneur  de  Cuitlaua- 
ca luy  vint  au  deuant ,  &  fe  rendit,  luy ,  fa  Cité, 
&  fon  peuple:  par  ce  moyen  cefla  la  pourfuitté. 
Les  enfans  retournèrent  auec  beaucoup  de  deC 
poiiillescV  plufîeurs  captifs  pour  leurs  facrhî- 
ces ,  qui  furent  receuz  folemneUement  auec  vne 
grande  procefïion,  mufîque&  parfums,  &  al- 
lèrent adorer  leurs  dieux  en  prenant  delà  ter- 
te  qu'ils  raangeoient,  &  fe  tirant  du  fang  du 


desUes.  Liure.  VIL         54$ 

le  confeil  de  TlacaeUeC*°"  fortiroiéc 

rant  le  règne  duquel  les  tips       .  / 
Ayant  aflubjetty  la  terre  &  la  Ciçe  de 


.  Hifloire  naturelle 

parla  valeur  &co„fé  I  aTc  '  blenaugme«t4 

trouua  meilleur  que  S  eLfflfUt  dadu''S  * 
««^«^^  Roy: 

fuma,  premier de  ce  nom! 
Chapitre    XVI. 

'Autant  quel'e/Ieaiô  dunoûueau  R™  ' 

'appartenoitauxquatreEfleaëUSprin! 
-  .aP»«  («mme  il  a  efté  dit)&  auecP"" 
au  Roy  de  Tezcuco  &  au  R  ™  A*  -f      l  ' 

.«pré»  de„t,,  ,„t„&d£  ™|S«  "I» 

«u ,  ils  le  menèrent  auec  erandernm« 

«£5îï  (0ul,yauolt  ^«ours  du  feu  iour& 
«**»)  le mirent en  vn  throf  7B,£°  * 

nra  du  fang  des  oreilles  &  des  iambes  auec 


1 


I 

desjnâes.  Liure  VII.         344 

ongles  ou  griffes  de  tigres,  qui  eftoit  le  facrifice 
auquel  le  diable  feplaiioit  d'eftre  honoré.  Les 
Preftres,  les  anciens&  les  Capitaines  luy  firent 
leurs  harangues,  le  congratulans  tousde  fort 
eflection.  Ils  auoient  accouftumé  en  telles  ef- 
lections  de  faire  de  grands  banquets  $c  des  dan- 
ces,  où  ils  coniommoient  beaucoup  de  lumi- 
naires. Du  temps  de  ce  Roy  fut  indroduite  la 
couftumt  qu'ils  auoient  qu  le  Roydeuoit  aller 
en  perlonne  faire  la?  guerre  à  quelque  Prouin- 
ce,  d'où  ïl amenait  des  captifs  pour  folemnifer 
la  fefte  de  fon  couronnement ,  &  pour  lesfo- 
lemnels  facrifices  de  ce  iour  là.  Pour  cefte  eau- 
fe  le  Roy  Moteçuma  alla  en  la  Prouince  de 
Chalco ,  les  habitans  de  laquelle  s'eftoient  dé- 
clarez fes  ennemis,  où  ayant  combatu  valeuteu- 
fement ,  il  amena  vn  grand  nombre  de  captifs, 
defquels  il  offrit  &  célébra  vn  notable  facrih- 
ce  le  iour  de  fonrouionnement ,  combien  que 
pour  lors  il  nefubiugua  pas  toute  la  Prouince 
de  Chalco  ,  d'autant  que  ceftoit  vne  nation 
fort  belliqueufe.  Plufîeurs  venoientàce  cou- 
ronnement de  diuerfes  Prouinces,  tant  pro- 
ches,qu  eflcignees,pour  voir  cefte  fefte ,  en  la- 
quelle tous  ceux  qui  y  venoient,  eftoient  abon- 
damment &  magnifiquement  nourris  &  reue- 
ftus,  principalement  les  panures,  aufqueisTon 
donnoitdes  habits  neufs.  Pour  cefte  caufe  l'on 
apportoit  ce  iour  là  en  la  Cité  les  tributs  du 
Royauecvn  bel  ordre  &  appareil ,  quiconfi- 
ftoiten  des  eftoffes  à  faire  des  habits  de  toutes 
fortes,du  Cacao ,  de  l'or,  de  l'argent ,  de  riches 
plumachés,  de  grands  fardeaux  de  coiton  ,  ds 


tjlftoire naturelle 
îacî ,  des  concombres ,  de  plufîeurs  fortes  de  id 
gumes ',  de  plufîeurs  fortes  de  poiffons  de  merj 
&  de  riuiere ,  d'vne  quantité  de  frui&s ,  &  de  J;i| 
venaifonfans  nombre,  fans  faire  compte  d'vij 
nombre  infiny  de  prefents  queles  autres  Roy« 
Se  feigneursenuoyoiet  au  nouueau  Roy.  Touu 
ce  tribut  marchoit  de  rang  félon  les  ProuincesJ 
&audeuant  les  maiftres  d'hoftel,  &  les  rece- 
ueursauec  diuerfes  marques  &  enfeignes  d  vij| 
fort  bel  ordre ,  tellement  que  c'eftoit  vne  de« 
plus  belles  chofes  de  -la  fefte  ,  que  de  voir  ren- 
trée des  tributs.  Le  Roy  eftant  couronné,  ij 
s'employa  à  conquefter  plufîeurs  ProuincesJ 
&  d'autant  qu'il  eftoit  vaillant  &  vertueux  ,  il 
alla  toufîours  augmentant  de  plus  en  plus ,  & 
fe  feruoit  en  toutes  Ces  affaires  du  confeil  &  de 
rinduftrie  de  fon  gênerai  Tlacaellec,  lequel  il 
ayma  &  eftima  toufiours  beaucoup ,  corne  il  en 
auoit  aufsi  bien  occafion.  La  guerre  ou  ils'oc-* 
eu pa|le  plus,  &  qui  luy  fut  plus  difficile,fut  cel- 
le de  la  Prouince  de  Chalco,en  laquelle  luy  ad- 
fcint  de  grandes  chofes ,  dont  il  y  en  a  vne  entre 
autres  fort  remarquable,  qui  fut  queles  Chal- 
cfias  ayans  prins  en  guerre  vn  frère  de  Mote- 
cuma,  ilss'aduiferentde  le  créer  &  eflire  pour 
leur  Roy,  parquoy  ils  lu  y  firent  demander  fort 
courtoifement  s'il  vouloit accepter  cefte  char* 
ge.  Il  leur  refpondit  après  qu'ils  l'en  eurent 
fort  importuné,  &  qu'ils  y  perfiftoient  touf- 
iours, que  fi  âbonefeient  fis  le  vouloient  esli\# 
jre  pour  Roy  ,  qu'ils  plantafTent  en  la  place  vr* 
arbre  ou  pieu  fort  hault,  auquel  ils  fifïènt  ac- 
commoder &  jdrefler  comme  vn  petit  théâtre 
7-      "~  "  a« 


Bém 


des  Indes.  Liure  Vil.  3ff 
ïûcoùpeau  où  l'on  peuft  monter.  Les  Chalcas 
penfans  que  ce  fuit  quelque  cérémonie  pour  fë 
faire  dauantage  valoir ,  le  mirent  incontinent  à 
sffecl:,  Ôc  luy  aflemblant  tous  Tes  Mexiquains  au 
cour  du  pieu ,  monta  au  coupeau  auec  vn  chap- 
peau  de  fleurs  en  fa  main,  ôc  de  là  il  parla  aux 
(iens  en  celle  façon  :  0  valeureux  Mexiquams,  ceux* 
y  me  veulent  ejlirefour  Um  Rvy  :  mais  les  Dieux  ne  ven- 
ant jxos  permettre  que  pmr  e{ire  Rjy  te  commette  aucune 
'ra-mjon  contre  mon  pays ,  au  contraire  ie  veux  que  vous 
affremelde  moy  quil  conment  plujloft  endurer  la  morf, 
jue  d'ayder  afes  ennemis.  Difant  cela,  fe  iettadu 
jhautenbas,  fe  brifant  en  mille  pièces  ;  duquel 
fpe&acle  les  Chaicas  eurent  telle  horreur  ôc 
delpit, qu'incontinent  ils  fe  ietterent  fur  les  Me- 
xiquains j  qu'ils  mirent  tous  à  mort  à  coups  de 
lances,  comme  hommes  qu'ils  eltimerent  trop 
hautains,  fuperbes,  ôc  inexorables,  difans  qu'ils 
auoient  les  cœurs  endiabiez.  Il  aduint  que  la 
nuicl;  enfumante  ils  ouvrent  deux  chathuants 
qui  crioient  de  trilles  cris  >  ce  qu'ils  interprétè- 
rent pour  figne  malheureux,  ôc  pour  vn  prefage 
de  leur  prochaine  dtflructipn  ,  comme  il  ad- 
uint :  car  le  Roy  Moteçuma  alla  en  perfonne 
contr'eux  auec  toute  fa  puiifance ,  où  il  les  vain- 
quit, ôc  ruina  tout  leur  Royaume,  ôc  pafïant  ou- 
tre la  Sierre  Menade  ,  il  alla  touliours  conqué- 
rant iufques  à  la  mer  du  Nort.  Puis  retournant 
vers  celle  du  Sud,  il  gagna  Ôc  allii  jettit  plufieurs 
Prouinces  >  tellement  qu'il  fe  fift  tres-puiiîànt 
Roy,  le  tout  auecTayde  ôc  confeil  de  Tlacael- 
lec ,  qui  a  prefque  conquis  tout  l'Empire  Mexi- 
cain. Toutefois  il  futd  opinion  (  ce  qui  fut  as* 

Xx 


Hijioire  naturelle 

cbmpiy)  que  l'on  ne  conqueftaft  point  UPrd- 
uince  de  Tlafcalla,  afin  que  les  Mexiquains  euf- 
fentvne  frontière  d'ennemis,  où  ils  exerçaient  f 
ôc  tinflenr  toufiours  en  allarme  la  ieuncfîe  Me- 
xiquaine ,  &c.  afin  mefme  qu'ils  cufîent  quantité 
de  captifs  pour  faire  les  facrifices  à  leurs  idoles, 
efquels ,  comme  il  a  efté  dit ,  ils  confommoienc 
vn  grand  nombre  d'hommes  qui  deuoient  eftrc 
prins  en  guerre,  &  par  force.  L'honneur  fe  doit 
attribuer  à  ce  Moteçuma,  ou  pour  mieux  dire, 
à  ce  Tlacaellec  fon  gênerai,  du  bel  ordre  &  po- 
lice qui  eftoit  en  ce  Royaume  Mexiquain,  com- 
me aufïî  des  confeils  &  belles  entreprifes  qui  f'y 
font  exécutées,  mefme  du  grand  nombre  des 
luges  &c  Magiftrats  qui  y  eftoient  autant  bien 
ordonnez,  qu'en  aucune  Republique,  voire  qui 
fuft  des  plus  floriiïantes  de  l'Europe.  Ce  mef- 
me Roy  augmenra  beaucoup  la  maifon  Roya- 
le ,  Se  luy  donna  beaucoup  d'authorité ,  ordon- 
nant plufieurs  &  diuers  officiers ,  defquels  il  fc 
feruoit  auecvn  grand  appareil  &  cérémonie.  Il 
ne  fut  pas  moins  remarquable,  touchant  la  de- 
uôtion  ôc  feruice  de  fes idoles,  d'autant  qu'il  ac- 
creut  le  nombre  des  minières,  leur  inftituant  de 
nouuelles  cérémonies ,  aufquelles  il  portoit  vn 
grand  refpecl:.  Il  édifia  ce  grand  temple  dédié  à 
leur  Dieu  Vitzilipuztli,  duquel  il  a  efté  faidk 
mention  en  l'autre  liure.  Il  facrifia  en  la  dedica- 
tion  de  ce  temple  vn  grand  nombre  d'hommes 
qu'il  auoit  prins  en  diuerfes  victoires.  Finale- 
ment iouylïant  de  fon  Empire  en  grande  pro- 
fperiré,  il  tomba  malade ,  &  m  ourut ,  ayant  ré- 
gné vingt- huicl:  ans,  bien  autre  que  ne  fut  fon 


i 


des  Indes.  Dure  VI  /.         34% 

fucceflTeur  Ticocic,  qui  ne  luy  refTembla,  ny  en 
valeur,  ny  en  bon-heur  ; 


Comme  Tlacaellec  refufa  ieflre  Roy  3  &  dé 
l'ejleciion  &  gefies  de  Ticocic. 

Chapitre    XVII; 

E  s  quatre  députez  fafTembîerent 
en  confeil  auec  les  Seigneurs  de 
Tezcuco,&deTacuba,  oùprefi- 
doit  Tlacaellec,  &  procédèrent  à 
l'efledion  d'vn  Roy,  en  laquelle 
Tlacaellec  fut  efleu  par  toutes  les  voix ,  comme 
méritant  mieux  celle  charge  que  nul  autre.  Il  là 
refufa  pourtanr,  leur  perfuadant  par  raifons  per- 
tinentes, qu'ils  en  deuoient  eflire  vn  autre,  par- 
ce qu'il  difoit  qu  il  eftoit  meilleur,  &  plus  expé- 
dient qu  vn  autre  fuft  Roy ,  &  que  luy  fuft  fort 
exécuteur  &  coadjuteur ,  corne  il  auoit  efté  iu£- 
qu'alors,  que  non  pas  de  le  charger  de  tout,  puis 
que  fans  eftre  Roy ,  il  ne  fe  tenoit  pas  moins 
obligé  de  trauailler  pour  fa  Republ.  que  f'ill'e- 
ftoit.  C'eft  vne  chofe  fort  rare  de  refufer  la  prin- 
cipauté &  le  cômandement,  &  de  vouloir  bieri 
porter  la  peine  &  le  foucy  i  fans  en  auoir  l'hon- 
neur &  la  puifïance.  Et  y  en  a  bien  peu  qui  veu- 
lent quitter  à  vn  autre  la  puiffanee  &  l'authori- 
té  qu'ils  peuuét  feulement  retenir  en  leur  main* 
eneor  que  ce  fuft  chofe  profitable  à  la  Republi- 
que. Ce  barbare  furpaifaen  cela  les  plus  fagesi 
4'entre  les  Grées  &  les  Romains,  &  eft  vfce  k  j 

Xx  ») 


Hifloire  naturelle 

çon  qu'on  peut  faire  à  Alexandre,  &  à  Iules  Ce* 
i~ar,d'efquels  l'vn  eftimoit  peu  de  chofe  décom- 
mander à  tout  vn  momie,  &  flft  cruellement 
perdre  la  vie  à  Tes  plus  chers,  &  plus  ridelles  fer- 
uiteurs,pour  quelques  légers  îbupçons  qu'ils 
vouloient  régner  j  &  l'autre  fe  déclara  ennemy 
de  fa  patrie,  difant  que  f'il  eftoit  permis  à  l'houi- 
me  de  faire  quelque  chofe  contre  le  droict  &  la 
raifon,  ce  deuoiteftre  pour  régner.  Telle  eft  la 
foif  &  le  defir  que  les  hommes  ont  de  comman- 
der. Bien  que  cet  a&e  de  Tlacaellec  pouuoit 
auftî  procéder  dVne  trop  grande  confiance  de 
foy ,  luy  femblant  que  fans  eftre  Roy  il  Teftoit 
allez ,  veu qu'il commandoit prefque aux  Rois; 
&eux  luy  permettoient  porter  certaines  en  fei- 
gnes, comme  vntyare,  qu'il  leur  appartenoic 
de  porter  feulement.  Neantmoins  cet  a&e  mé- 
rite beaucoup  de  louange,  &  d'eftre  bien  confi- 
deré,  en  ce  qu'il  auoit  opinion  de  pouuoirda- 
uantage  ayder  à  fa  Republique ,  eftarit  fubjed, 
qu'eftât  fouuerain  Seigneur.  Et  tout  ainfî  qu'en 
vne  Comédie  celuy-4à  mérite  plus  de  gloire  qui 
reprefente  le  perfonnage  qui  importe  le  plus, 
encores  qu'il  foitd'vnpafteur,  oud'vnpayfan* 
&  laiife  celuy  du  Roy ,  &  du  Capitaine ,  à  celuy 
qui  le  fçait  faire.  Ainn*  en  bonne  Philofophie 
les  hommes  doiuent  auoir  efgard  fur  tout  au 
bien  public,  &  {'appliquer  en  l'office  &  eftac 
qu'ils  entendent  le  mieux.  Mais  cefte  Philofo- 
phie eft  la  plus  efloigneede  cequifepradique 
aujourd  huy.  Cependant  venons  à  noftre  dif- 
cours ,  &  difons  qu'en  rçcompenfe  de  fa  mode- 
ftie,  &  pour  le  refpect  que  luy  portoient  le* 


des  Indes.  Dure  VIL         34-7 

Efle&eurs  Mexiquains ,  ils  demandèrent  à  Tla- 
caellec,  que  puis  qu'il  ne  vouloir  régner,  qu'il 
dift  celuy  qui  luy  fembleroir  propre;  &  il  don- 
na fa  voix  à  vn  fils  du  Roy  dcffanâ: ,  qui  pour 
lors  eftoir  encores  fort  ieune ,  appelle  Ticodc. 
Sur  quoy  ils  répliquèrent   que  fes  efpaules 
eftoient  bien  foibles  pourvn  fi  grand  taideau. 
Tlacaellec  refponditque  les  Tiennes  eftoient  là 
pour  luy  ayde'r  à  porter  la  charge,  comme  il 
auoit  fait  auxdefFun&s.  Au  moyen  dequoy  ils 
pnndrcnc leur refolution,  &  fut cfleuTicocic, 
auquel  furent  faites  toutes  les  cérémonies  ac- 
couftumecs.  Ils  luy  percèrent  la  narine,  &  pour 
ornement  ils  y  mirent  vne  efmeraude  ;  qui  eft  la 
caufe  pourquoy  aux  Hures  Mexiquains'ce  Roy 
eft  dénoté  par  la  narine  percée.  Il  fut  fort  diffé- 
rent defonpere  &  predeceffeur,  ayant  efté  re- 
marque pour  homme  couard,  &  peu  belli- 
queux. Il  alla  faire  la  guerre  pour  fon  couron- 
nement ,  en  vne  Prouince  qui  f'eftoit  rebellée^ 
où  il  perdit  beaucoup  plus  des  fiens,  qu'il  ne 
print  de  captifs.  Neantmoinsil  retourna,  difanc 
qu'il  amenoit  le  nombre  des  captifs  qu'il  eftoit 
requis  pour  les  facrifices  de  leur  coronnemenr, 
êc  ainfi  il  fut  coronné  auec  vne  grande  folemni- 
té.  Mais  les  Mexiquains  mal  cofitensd'auoirvn 
5  Roy  fi  peu  guerrier,  traitterent  de  luy  aduancer 
la  mort  parpoifon.  Pour  cefte  occafion  il  ne 
dura  point  au  Royaume  plus  de  quatre  ans, 
d'où  l'on  void  bien  que  les  enfans  ne  fuiuent  pas 
toufiours  le  fâng  &  la  valeur  de  leurs  pères;  & 
que  tant  plus  grande  a  efté  la  gloire  desprede 
celieurs ,  plus  abominable  eft  la  lafeheré  de  pu- 
r  Xx  iij 


Hifloire  naturelle 
fillanimité  de  ceux  qui  leur  fuccedent  au  com- 
mandement, 8c  non  pas  au  mérite.  Maisceftc. 
perte  fut  bien  reftauree  par  vn/reredu  deffunft, 
qui  efloit  auflï  fils  du  grand  Moteçuma ,  appelle 
Axayaca,  &  lequel  fut  eileu  par  lopinion  de 
Tlacaellec ,  où  il  rencontra  mieux  qu  au  précè- 
dent. 


pela  mort  deTlacaellec,  &  des  attesd* Axaya- 
ca ,  feptiefme  Roy  des  Mcxiquains. 

Chapitre  XVIII. 

N  ce  temps  Tlacaellec  eftoit  défia  fort 
vieil ,  &  à  caufe  de  fa  viellefle  l'on  le 
portoit  en vne  chaire  fiirlesefpaules, 
pour  fe  trouuer  au  Confeil ,  &  aux  af- 
faires qui  fe  prefentoient.  En  fin  il  tomba  mala- 
de, où  le  nouueau  Roy ,  qui  n  eftoit  pas  encore 
couronne,  le  vifitoit  fouuent,  ôc  refpandoit 
beaucoup  de  larmes  ,  d'autant  qu'il  luy  fem- 
bloit qu'il  perdoit  en  luy  fon  père ,  &  le  père  de 
la  patrie.  Tlacaellec  luy  recommanda  afFedtueu- 
rf  ACnt fCS enfa,ns »  principalement l'aifné , qui 
reftoitmonftrc  valeureux  aux  guerres  paiîees, 
le  Roy  luy  promit  del'auoir  pourrecomman-  ' 
de,  cVpour  confoler  dauantage  le  vieillard,  il 
luy  donna  enfaprefence  la  charge  &  les  enfei- 
gnesde  fon  Capitaine  gênerai ,  auec  toutes  ks 
prééminences  defonperc,  dequoy  le  vieillard 
demeura  tellement  content ,  que  fur  ce  conten- 
tement il  acheuafesiourç.  Que  f  ils  ne  fufTene 


des  Indes.   Dure  FIL         34$ 

partez  decefte  vieenl'autre ,  ils  enflent  pcufe 
cenitbien-heureux,  attendu  que  d'vne  fi  poute, 
&  fi  pauute  Gité  en  laquelle  il  nafquit,  il  bit,  Ce 
eftablit ,  pat  fa  valeut  &  magnammite ,  vu  11 
erand,  fi  riche  &  fi  puirtant  Royaume.  Les  Me- 
Luains  luy  firent  des  obfeques  comme  au  fon- 
dateur de  cet  Empite,  plus  fomptueufes,  &  plus 
magnifiques ,  qu'ils  n'auoient  fait  a  aucun  des 
Royspredeceffeurs,  &  incontinent  après  Axa- 
vaca,  pourappaiier  le  deiiil  que  tout  le  peuple 
Lexiquain  pottoit  de  la  mott  de  (on  Capitaine 
délibéra  de  faire  le  voyage,  comme  il  efto.t  de 
befoingpour  fon  coutonnemtfit,  Ceft  pout- 
quoy  il  mena  (on  armée  auec  grande  diligence 
en  la  Prouince  de  Tequantepec  d.ftante  de  M  e- 
xique  de  deux  cents  lieues  ,  &  la  il  donna  la  ba- 
taille àvn  puiiïant  exercite,  &  nombre  infiny 
d'hommes  qui  f  eftoient  aflemblez ,  tant  de  ce- 
tte Prouince ,  comme  des  citconuoifines,  pour 
-  f  oopofet  aux  Mexiquains.  Le  ptemiet  delon 
camp  qui  faduança  pour  fe  métier  au  combat, 
fut  le  mefme  Roy  défiant  fes  ennemis,  defquels 
il  feignit  fuyr  lors  qu'ils  le  chargèrent ,  lulques 
à  les  attirer  en  vne  embufche   ou  il  y  auoit  plu- 
fieurs  foldats  cachez  fous  de  la  paille,  lefquels 
fottirent  à  l'impourueu,.  &  ceux  qui  a  loient 
f uvans ,  tournèrent  tefte  ;  tellement  qu  ils  arre  • 
fterent  au  milieu  d'eux  ceux  deTequantep.ee, 
&  les  chargèrent  fort  viuement,  en  faiiant  d  eux 
vne  ctuelle  boucherie.  Etpoutfuiuant  leutvi- 
ftoite ,  ils  razerent  leur  Cité  &  leur  temple,  & 
chaftierentrigoureufementtouslescirconuo!- 

fins,  puisils  tirèrent  ouvre,  &  fans  f  arre  (1er  m- 

■'■■    **'         '     -~  Xï  1HJ 


Htfloire  naturelle 

cunement, allèrent  conqueftansiufqacsàGua- 
uilco ,  qui  eft  vn  port  aujourd'huv  fort  cognai 

enlamer  du  Sud.  Axayaca retournée  cevoya- 
ge  a  Mexique  auec  de  grandes  defpouilles  &  ri- 
chefles,  ou  il  fut  honorablement  coronné  auec 
defomptueux,  &  magnifiques  appareils  de  fa- 
cnhces,  de  tributs  &  autres  chofes,  où  plusieurs 
vindrent  voir  fon  couronnement.  Les  Rois  de 
Mexique  receuoient  la  couronne  de  la  main 
des  Rois  deTezcuco,  qui  auoient  cette  préé- 
minence. Il  fift  beaucoup  d'autres  entreprinfes, 
ou  il  obtint  de  grandes  victoires,  eitant  touf- 
lours  le  premier  qui  conduisit  fon  armée,  & 
aflailloit  fes  ennemis;  d'où  il  acquit  le  nom  de 
très- valeureux  Capitaine.  Et  non  content  de 
inbjuguer  les  eft  rangers,  il  reprima,  &  mit  le 
rrein  aux  tiens  qui  Peftoient  rebellez,  ce  que  ia- 
mais  aucun  de  Ces  predecefifeurs  n'auoit  peu ,  ny 
ofe  faire   Nousauons  defiadit  cydeuant  com- 
me quelques  feditieux  f  eftoient  feparez  de  la 
République  Mexiquaine,qui  fondèrent  vne  Ci- 
te proche  de  Mexique,  laquelle  ils  appellerez 
T  ateiulco,  &  fut  à  l'endroit  où  eft  aujour- 
d  huy  fainct  lacques.  Ceux-là  f eftans  reuoltez, 
tindrent  vn  party  à  part,  &  f'accreurent  &  mul- 
tiplièrent beaucoup,  ne  voulans  iamais  reco- 
gnoiftre  les  Seigneurs  de  Mexique,  ny  leur  pre- 
ftcrobeyflahce.  Le  Roy  Axayaca  lesenuoya 
donc  requérir  qu'ils  ne  fuffent  diuifez,  mais  que 
pins  qu'ils  eftoient  d  vn  mefme  fang,  &  vn  peu- 
pie,  qu'ils  fe  ioigniflènt,  &  recogneuflent  le 
Koy  de  Mexique.  Surquoy  le  Seigneur  de  Tla* 
tmiço  fift  vnerefponfe  pleine  de  grand  mef. 


des  Indes.  Lime.  VII.         349 

pns&  orgueil,  deffiant  le  Roy  de  Mexique  à 
combattre  en  duel  ,  &  incontinent  affembla. 
fes  hommes,  commandant  à  vne  partie  d'iceux 
qu'ils  allaient  fe  cacher  dans  les  herbiers  du 
lac  ,  afin  d'eftre  mieux  couuerts*  Où  pourfe 
mocquer  danantage  des  Mexîquains ,  il  leur 
commanda  prendre  des  figures  de  corbeaux, 
d'oyes,  &  d'autres  animaux,  comme  des  gre- 
nouilles ,  &  autres  femblables,  penfans  par  ce 
moyen  furprendre  les  Mexiquains,  lorsqu'ils 
pafferoientparles  chemins  &  chauffées  du  lac. 
Ayant  entendu  le  derTy  ôc  la  ru£e  de  Ton  con- 
traire ,  il  partit  fon  armée ,  donnant  vne  partie 
à  Ton  gênerai, fils  de  Tlacaellec,&  luy  comman- 
da de  rompre ,  ôc  de  charger  fur  celle  embufea- 
de  du  lac.  Luy  d'autre  cofté ,  auec  le  refte  de  Tes 
gens  par  vn  chemin  qui  n'eftoit  point  hanté, 
s  alla  camper  deuant  Tlatelulco.  Incontinent  il 
fît  appeller  celuy  qui  l'auoit  défié ,  afin  qu'il  ac- 
complir! fa  parole ,  ôc  corne  les  deux  Seigneurs 
de  Mexique  ôc  de  Tlatelulco  s'aduancerent ,  ils 
commandèrent  chacun  aux  liens ,  qu'ils  ne  fe 
remuaflent  iufques  après  auoir  veu  lequel  des 
deux  feroit  le  vainqueur,ce  qui  fut  fait ,  &  tout 
auffi  toft  ces  deux  Seigneurs  vindrent  Tvn  con- 
tre l'autre  valeureufement,  où  ayans  longue- 
ment combattu ,  en  fin  celuy  de  Tlatelulco  fuft: 
contraint  tourner  les  efpaules,  d'autant  que 
celuy  de  Mexique  les  chargeoit  plus  furieufe- 
ment  qu'il  ne  pouuoit  fupporter.  Ceux  de  Tla- 
telulco voyans  fuyr leur  Capitaine,  perdirent 
çourage,&  tournèrent  auflî  le  dos:mais  les  Me- 
«iquains  lesfuyuantsdeprés  les  chargèrent  tu-. 


jftfloire  naturelle 
ricufcment.  Neantmoins  le  Seigneur  de  Tla- 
telulco  n'efehappa  pas  des  mains  d'Axayaca. 
Car  fe  penfant  fauuer,ils  fe  retira  au  haut  du  té* 
plexm  Axay aca  le  fuiuit  de  prés ,  qui  l'attaignit 
&  le  faifit  d'vne  grande  force,  puisleiettadu 
hautçlu  temple  en  bas,  &  fit  mettre  le  feu  puis 
après  au  temple,&  à  la  Cite  Cependant  que  ce* 
la  fe  pafloit  à  Tlatelulco,  le  G eneral  Mexiquain 
eftoit  fortefehauffé  à  la  vengeance  de  ceux  qui 
l'auoient  pretédu  déffaire  par  rufe,  &  par  trom- 
perie, &  après  les  auoir  forcez  par  armes  de  fe 
rendre,&  de  luy  demâder  mifericorde,  le  Gene- 
ral leur  dift  qu'il  ne  leur  pardôneroit  point,  que 
premièrement  ils  n  euilent  fait  les  offices  des  fi- 
gures qu'ils  reprefentoient ,  parquoy  il  vouloit 
qu'ils  criaiTent  corne  les  grenouilles ,  &  les  cor- 
beaux^ chacun  félon  les  figures  qu'ils  auoient 
prinfeSjd'autant  qu'ils  nauroient  point  de  côpo- 
fïtion  qu'en  ce  faifant.  Ce  qu'il  hft  pour  les  af- 
fronter, &  mocquer  de  leur  rufe.  La  crainte  & 
rïeceffité  enfeigne  toutes  chofes,  tellemét  qu'ils 
chanterent,&  crièrent  auec  toutes  les  differéces 
de  voix  que  l'on  leur  cômanda,  pour  auoir  leurs 
vies  fauues ,  combié  qu'ils  fulTent  fort  defpitez 
du  pafTetéps  que  leurs  ennemis  prenoient  d'eux. 
Ils  difent  que  iufques  auiourd'huy  durent  encor 
les  brocards  des  Mexiquainsenuersles  Tlate- 
lulcos,  qui  le  portent  impatiemment ,  lors  que 
Ton  leur  ram  entoi  t  ces  châ  ts  &  cris  d'animaux. 
Le  Roy  Axayaca  prit  plaifir  à  cefte  rifec ,  &  in- 
continent après  s'en  retournèrent  en  Mexique 
en  grade  rehouy (Tance.  Ce  Roy  fut  eftimé  pour 
vn  des  meilleurs  qui  ayent  commande  en  MexU 


des  Indes  t  Liure,  VIL  350 

!jùc.  Il  régna  onze  ans,  6c  luy  fucceda  vn  qui  fut 
[beaucoup  moindre  que  luy  en  valeur  &  vertus. 


J>es  faiffs  &  affesd' Autzol  y  huiffiefme 
Roy  de  Mexique. 


Chapitre    XIX. 


Ntre  les  quatresE (lecteurs de- 
]VIexique,qui,  comme  il  a  efté  dir, 
auoiéde  droit  d'eflire  au  Royau- 
me celuyqu  ils  vouloient  ,  il  y  en 
auoit  vn  doué  de  plulieurs  per- 
fections, nomme  Autzol.  Ceftuy  futeileudes 
autres,  6c  fut  celte  élection  fort  agréable  à  tout 
le  peuple  :  car  outre  ce  qu'il  eftoit  fort  vaillanr, 
tous  l'eftimoiét  courtois,&  officieux  enuers  vn 
chacun3qui  eft  vnedes  principales  côditions  re- 
quifesàceuxquigouuernent,  pour  fe  faire  ay- 
mer&  obeyr.  Or  pour  célébrer  la  feftedefon 
couronnement,  il  s'aduifa  de  faire  le  voyage ,  ôc 
aller  chaftier  l'outrecuidance  de  ceux  de  Qua- 
xulatlaa,Prouince  fort  riche  &  abondante,,  qui 
eft  auiourd'huy  la  principale  de  la  neuueEfpa- 
gne.  Ceux  là auoient  voilé  les  officiers  &  mai- 
ftres  d'hoftel  qui  apportoient  le  tribut  à  Me- 
xique, 6c  auec  celas'eftoient  rebellez.   Il  eut 
de  grandes  difficultez  à  réduire  cefte  nation, 
pource  qu'ils  s'eftoient  mis  en  vn  lieu,  où  vn 
grand  bras  de  mer  empefehoit  le  palFage  aux 
Mexiquains.  Pour  lequel  trauerfer  Autzol  fit 
auec  vn  effrange  trauail  6c  induflrie  fonder  ea 


il 


: 


jfiftoires  naturelle 

l'eaiïe ,  comme  vne  iflette  de  fâCcincs ,  de  terre, 
&  autres  matériaux,  par  le  moyen  duquel  ceu- 
ureil  peut  luy  &  Tes  gens  pafTervers  fes  enne- 
mis, Ôc  leur  donner  bataille ,  où  il  les  vainquit, 
ôc  chaftia  à  fa  volonté  ,  puis  s'en  retourna  à 
Mexique  en  triomphe ,  &  auec  grandes  richef- 
fes,  poureftre  couronné  Roy,  félon  leur  cou- 
tume. Autzol  eftendit  fon  Royaume  par 
pluiîeurs  conqueftes  qu'ilfit,  iufquesà  parue- 
niràGuatimalla,  quieftà  trois  cents  lieuè's de 
Mexique.  Il  ne  fut  pas  moins  libéral ,  que  vail- 
lant, car  lors  que  les  tributs  arriuoient^  les- 
quels comme  il  a  efte  dit ,  venoient  auec  vn 
grand  appareil ,  ôc  abondance  )  il  fortoit  de  fon 
Palais  ,  ôc  faifoit  alfemblcr  en  quelque  lien1 
tout  le  peuple,  puiscommandoit  que  l'on  ap- 
portait là  tous  fes  tributs,  lefquels  il  departoit  à 
ceux  qui  auoiéc  necefîîté.  Il  dônoit  aux  pauures 
deseftoffesa  faire  des  habits ,  des  viandes,  Ôc 
de  tout  ce  qu'ils  auoient  de  befoingen  grande 
quantité,  ôc  les  chofes  de  prix,  comme  l'or, 
l'argent,  lesioyaux,  &lesplumaches  eftoient 
départis  entre  les  Capitaines ,  foldats ,  &  ferui- 
teurs  de  fa  maifon  ,  félonie  mérite d'vn cha- 
cun. Cet  Autzol  fut  mefme  grand  politic,  ôc  fie 
abbatre  les  édifices  mal  ordonnez  ,  &  en  re- 
edifîerde  nouueau  d'autres  fort  fomptueux.  Il 
îuy  fembla  que  la  Cité  de  Mexique  auoittrop 
peud'eaiie  ,  &quelelaceitoit  fort  bourbeux, 
parquoy  il  fe  délibéra  d'y  faire  venir  vn  gros 
cours  d'eaue,  dont  fe  feruoient  ceux  de  Guyoa- 
can.  A  cette  fin  il  fit  venir  vers  luy  le  principal 
de  cefte  Cité ,  qui  eftoit  vn  fameux  forcier  >  ôc 


~ 


desjndes.  Liure.   VII.         35* 

jluy  ayant  propofé  fon  intention ,  le  forcier  luy 
idift  qu'il  regardait  bien  ce  qu'il  faifoit  ,  pource 
.quecefte  affaire  eftoitde  grande  difficulté,  ÔC 
jqu'il  entendra  ,  que  s'il  tiroir  ce  tuifleau  de  fon 
cours  ordinaire,  &  le  faifoit  aller  en  Mexique, 
jtfnoyeroitlaCitc.  Il  fembla  au  Roy  que  ces 
jexeufes  nettoient  que  pour  euiter  l'efred  de 
jfon  deffein,  parquoy  en  eftant  irrité  le  renuoya, 
\6c  quelques  iours  après  enuoya  à  Cuyoacan 
[vn  Preuoft  pour  prendre  le  forcier,lequel  ayant 
[entendu   pour    quelle  occafîon  venoient  les 
miniftres  du  Roy,  les  fît  entrer  en  fa  maifon, 
puisfe  transforma  &fe  prefenta  à  eux  en  for- 
me d'vn  aigle  terrible ,  dequoy  le  Preuoft  &  Ces 
gens  efpouuentez  ,  s'en  retournèrent  fans  le 
prendre.  Autzol  irrité  en  renuoy  a  d'autres,  auf- 
quels  il  fe  prefenta  en  figure  d'vn  tigre  tres- 
furieux,  &  ne  luy  oferent  non  plus  toucher. 
Lestroifiefmes  y  furent ,  Se  le  trouuerent  en 
forme  d'vn  ferpent  horrible,  dont  ils  eurent 
grande  frayeur.  Le  Roy  efmeu  dauantage  de 
ces  façons  de  faire  ,  enuoya  dire  à  ceux  de 
Cuyoacan,  que  s'ils  ne  luy  amenoient  le  ior- 
eierlié  ,  ilferoit  rafer  leur  Cité:  pour  crainte 
dequoy,  oufoit  que  luy  de  fa  volonté  ,  oufoit 
qu'il  y  euft  efté  forcé  des  fiens ,  en  fin  fe  laifTa 
emmener  au  Roy,  qui  le  fit  incontinent  eftran- 
gler  )  puis  après  il  accomplit  fon  deflèm ,  fai- 
fant  cauer  vn  canal,par  où  cette  eaiie  peuft  cou- 
ler à  Mexique,  par  le  moyen  duquel  il  fit  vemt 
vn  gros  cours  d'eaiïsaulac,  lequel  ils  condui- 
rent  auec  de  grandes  cérémonies  &  fuperfti- 
tions,oùilyauokde$  Preftresqui  alloient  en- 


Htfioire  naturelle 

cenfanslejong  du  riuage,  les  autres  facrifiW 
descailles,du  fang  de  fqu  elles  ils  oignoient  les 
bordsducanal,  &les  autres  fonnantsdes  cor- 
nets,accompagnoientl'eaue  de  leur  mufique, 
Vndes  principaux  alloit  veftud'vn  habit  delà 
façon  qu'ils  attribuoient  à  la  Dectfe  de  l'eaiie,  & 
touslafalùoient,  luydifans  quelle  fuftlabien 
venue.  Toutes  lefquelles  chofes  font  peintes  & 
figurées  es  annales  de  Mexique,le  liure  defqueb 
Jes  eft  auiourd'huy  à  Rome ,  qui  a  efté  mis  en  la 
facree  Bibliothèque,  ou  Librairie  Vaticane,ou 
vnPerede  noftre  Compagnie  quiefloit  venu 
deMexique  le  vid,  &  les  autres  hiftoires  lefquek 
les  il  expliquoitj  &  faifoit  entendre  au  Biblio- 
thécaire de  fa  Saincteté,  quife  plaifoit  infini, 
met  d'entendre  ce  liure ,  lequel  il  n'auoit  iamais 

peu  comprendre-Finalementleaue  fut  amenée 
en  Mexique  ,  mais  elleyfourdit  en  telle  abon- 
dance, quepeus'en  falluft  qu'elle  ne  noyaft  là 
Cité,  comme  l'autre  auoit  prédit,  &  en  effe&  el- 
îeruina  vne  grande  partie  d'icelle,  à  quoy  in- 
continent ils  remédièrent  par  l'indultrie  d'Âut- 
zol  j  d'autant  qu'il  fit  faire  vn  canal  &  ifluëj 
pour  en  faire  couler  les  eaux,au  moyen  dequoy 
il  repara  les  baftimens  qui  eftoient  tombez,d'vn 
ouurage  exquis,eftans  auparauant  de  mefchans 
édifices.  Par  ainfi  il  laiila  fa  Cité  enuironnee 
d'eaue,  comme  vne  autre  Venife,  &  fort  bien 
baflie.Son  règne  dura  onze  ans,qui  s'acheua  au 
dernier  &  plus  grand  fuccerTeur  de  tous  les  M«« 
xiquains* 


" 


desjndes.  Liure  VII.  351 

De  l'ejlefîion  du  grand  Moteçuma,dernier 
Roy  de  Mexique. 

Chapitre    XX, 

V  temps  que  les  Efpagnols  entrèrent 
en  la  neuue  Efpagne,  qui  fut  en  l'an 
du  Seigneur,rml  cinq  cents  dix-huicl;, 
Moteçuma fécond  de  ce  nom,&  der- 
nier Roy  des  Mexiquains ,  ie dy  dernier ,  car  ia* 
çoit  que  ceux  de  Mexique ,  après  fa  rnort,en  ef- 
leurent  vn  autre,voire  de  viuant  rnefme  de  Mo- 
teçurna,  qu'ils  déclarèrent  ennemy  delà  patrie, 
comme  l'on  verra  cy  après-  Mais  ceiuy  qui  luy 
fucceda  &  celuy  qui  vint  captif  entre  les  mains 
du  Marquis  de  Vallé,n'eurent  que  le  nom  &  tii- 
tre  de  Roys ,  d'autant  que  le  Royaume  eftoit  ja 
prefque  tout  rendu  aux  Efpagnols.  Tellement 
quauec  raifon  nous  contons  Moteçuma  pour 
le  dernier  Roy,&  corne  tel,il  vint  au  période  de 
la  puifïànce  &  grandeur  des  Mexiquains ,  ce  qui 
eft  admirable  poureftre  arriué  entre  barbares. 
Aceftecaufe,&  que  celle-là  eftoit  la  faifon  que 
Dieu  auoit  choifie  pour  enuoyer  la  cognoiiTan- 
cedefonEuâgile,^  règne  de  Iesvs  -Christ  en 
cefte  contree,ie  racôteray  plus  diftin&ement  lès 
actes  de  Moteçuma,que  des  autres.  Auparauant 
qu'il  fuit  Roy ,  il  eftoit  de  fon  naturel  fort  gra- 
ue,&  fort  pofe ,  &  parloir  peu,  tellement  que 
quand  il  opinoit  au  priué  Confeiî,où  il  afliftoit, 
(es  propos  &  difeours  taifoient  admirer  vn  cha- 
cun, fibienquedeflorsiL  eftoit  craint,  &re£- 


1    .  N 


Hiftoire  naturelle 

pe&é.  Ilfcretiroit  ordinairement  en  vne  cha-* 
pelle ,  qui  luy  eftoit  deftinee  au  temple  de  Vit- 
zilipuzt[i,  où  ils  difoient  que  leur  idole  par- 
tait auec  luy,  &à  cefte  occafion  eftoit  eftimé 
fort  religieux,  &  deuot.  pour  Tes  perfections 
donc,&"  pour  eftre  tref  noble,  &  de  grand  cou- 
rage3(on  efledtion  futbriefue,&  facilc,comme 
d'vne  perfonne  fur  laquelle  tous  au  oient  le$ 
yeux  fichez,  pour  eftre  digne  d'vne  telle  char7 
ge.  Ayant  entendu  fon  efledion ,  il  fe  cacha  au 
temple,  en  cefte  chapelle  ;  fuft  qu'il  le  fiftpa* 
difcours  ,  ôc  qu'il  apprehendaft  vne  charge  fi 
ardue ,  &  difficile ,  comme  eftoit  de  régir  vn  tel 
peuple  :  ou  fuft,  comme  ie  croy,par  hypocrifie, 
&  pour  monftrer  qu'il  ne  deiiroit  en  rien  l'Hmv 
pire.  En  fin  ils  le  trouuerent  là ,  &  le  prindrent 
ôc  menèrent  à  fon  coniiftoire,  l'accompagnant 
auec  toute  la  refiouyfîance  qui  leur  fut  poffiî 
ble.  Ji  marchoit  auec  vne  telle  grauité,  qu'ils 
difoient  tous,  que  le  nom  de  Moteçuma  luy 
conuenoit  fort  bien ,  qui  vaut  autant  à  dire  que 
Seigneur  courrouce.  Les  Efle&eurs  luy  firent 
vne  grande  reuerence ,  luy  faifans  entédre  qu'il 
auoit  efté  eileu.  De  là  il  fut  mené  deuant  le 
fouyer  des  Dieux  pour  encenfer,où  il  leur  offrit 
facrifices,en  frtirantdu  fang  des  oreilles,  &A 
des  mollets  des  ïambes,  félon  leur  couftume* 
Ils  le  reueftitent  de  fes  ornements  Royaux ,  ôc 
luyayans  percé  les  narines  par  le  cartilage  ,  ils 
y  pendirent  vne  efmeraude  tres-riche ,  couftu- 
me  certes  barbare  &  fafcheufe ,  mais  le  delîr  de 
commander  empefche  defentir  telles  chofes. 
Apres  qu'il  fut  aflis  en  fon  ihrofne>  ilouyt  les 

orai- 


des  Indes,  taure.  VÎÎ.         353 

draifohs& harangues quel'on  luy  fit,  lefquel- 
les  au(ïi,felon  qu'ils  auoiec  accouftuméVftoieni 
!elegantes3&  anificieufes.  La  première  fut  pro- 
noncée par  le  Roy  de  Tefcuco ,  laquelle  ayant 
tué  conferuee  pour  la  fraifche  mémoire  ,  6c 
'eftant  bien  digne  d'eftre  ouye:iela  refereray  icy 
!de  mot  àmot ,  8c  dit  ainfî  :  La  concordance  ey  vnitt 
de  voix  fur  ton  eflettion  ,  donne  affilia  entendre  (très- 
noble  adolefcent  )  le  grand  heur  que  tout  le  Royaume  en 
doit  receuoir ,  tant  pour  auoir  mente ,  cr  eflé  digne  que  tus 
luy  commandâmes  que  pur  la  refiouyjfanceft  gêner  aile  que 
tous  demonfirent  j  a  cauft  d'icelle.  En  quoy  à  la  vérité  ils 
ont  bien  de  la  raifin  :  car  défia  l'Empire  de  Mexique  Ci 
va  tellement  dilatant,  que  pour  gouuemer  vn  monde y 
tomme  ileft,  &- porter  v  ne  charge  fi  pefante,  ilrieflpas 
de  befoing  d'vne  moindre  dextérité  >  0*  magnanimité, 
que  de  celle  qui  refideen  ton  ferme  £r  valeureux  cœur,  ny 
jvn  entendement  moins  repofe3  o*  de  moindre  prudence 
que  delà  tienne,  le  voy  er  recogmy  clairement,  que  le 
Dieu  tout-puttfant  ayme  ce  fie  Cité,  puis  quil  luy  a  donné 
la  clarté,  de  choifir  ce  qui  luy  efiott  convenable.  Car  (put 
tfl  celuyqm  ne  croira  qu'vn  Prince,  quiauant  quedere* 
mer  ,  auott  pénétré  les  neuf  voûtes  du  Ciel ,  ne  doiué 
aufsibien  obtenir  amour d'buy  les  chofes  qui  font  terrien  - 
tics ,  pour  fecourir fin  peuple ,  en  s  aidant  a  ce/le  fin  de  fin 
entendemetfibon  Crfifubtil,  veu  qùily  efi  obligé  par  le 
deuoir  HT  U  charge  de  RoyïQui  ne  croira  aufit  que  legrad 
courage  que  tu  as  toufiours  valeur  eu fiement  monfire  en 
4f  aires  d'importance ,  ne  te  manquera  point  auiourd'huy 
es  chofes  où  tu  en  as  tant  de  befoing  f  Qm  penfera  qu'en 
vne  telle  valeur  puiffe  dejfaillir  l'ayde  er  leficours  a  là 
veufue  O'à  f  orphelin  ?  Quinefe  perfuadeta  que  l'Em- 
(ire  Mexiqua'm  ne  [oit  parueuu  aufimmet  de  fin  tuthi* 


À 


Hifloire  naturelle 

ritéjuis  que  le  Seigneur  des  chofes  créées ,  t'a  departy  vit 
telle  <r  fi  grande  grâce,  que  par  ton  féal  regird,  tu  fus 
efmerueiller  ceux  qui  te  contemplent  ?%efiouy  toy  donc ,  o 
terre  heureu/è ,  a  qui  le  Créateur  a  donné  vn  Prince ,  qui 
teferavne  coulonne  ferme  s  fur  laquelle  tu  feras  appuyée, 
qui  fera  ton  père,  çy-  ta  dejfenfe  ,  duquel  tu  feras  fe-  I 

courue  aubefiing,  qui  feraplm  que  frère  enuers  les  fient, 
par  pitié <CT  fa  clémence.  Tu  as  -vn  Koy ,  quia  caufi  de  fin 
eïlatjiefi  donnera  point  aux  délices tcr  qui  ne  demeurer* 

'  point  eftëndu  en  vn  lift  occupé  en  vices.cr  enpafetéps:  au 
contraire  ,au  melieu  de  fin  plus  doux  CT  plu*  profond  fom- 
tnetl,  fin  cœur  irejfaiilira ,  £T  fe  refueillera ,  pour  lefoucy 
qu'il  doit auoir  de  toy  s  çrne  fenttra point  le goufl  du  plut 
Jauoureux  mets  de  fin  difné \  ayant  l'efpritfufpendu  en  ft, 
magination  de  ton  bien.  Dy  moy  donc ,  fyyaume  bien  heu-, 
reux,fiie  n  'ay  pas  raifin  de  dire  que  tu  te  refimyffes,  &  te 
recrées  àprefint,  d'auoir  trouuévn  tel  B^y  :  Et  toygene* 
reux  adole fient,  cr  trefpuifant  Seigneur  no/Ire,  ayes  con* 

fiance  cr  bon  courage ,  quepuifque  le  Seigneur  des  chofes 
créées  t'a  donné  cefh  charge ,  il  le  donnera  aup  laproiiejfe 
&  U  magnanimité  requifipour  l'exercer ,  £rpeux  bien 
efperer  que  celuy  qui  au  tempspaffea  vfé  de  fi  grandes  U- 
hralite\jnuers ^  toy  >  ne  te  déniera  point  fis  plus  grands 
dons, puis  qùilta  mis  en  vne  charge  fi  grande,  de  laqueU 
lepmfes tu iouyrplufieurs années .Le  Roy  Moteçuma 
fut  fort  ententif  à  ce  difcours  ,  lequel  eftant 
achetais  difent  qu'il  fe  troubla  dVnc  telle  for- 
te, que  voulant  par  trois  fois  refpondre,  il  ne 
peut  parler,  eftant  vaincu  des  larmes  quel'aife 
&  le  contentement  a  bien  fouuent  accouftumé 
decauferen  démonstration  de  grade  humilité. 
En  fin,  eftant  reuenu  à  foy ,  il-dift  brefuement: 
lejèws  trop  aneuglé,  bon  Ity  de  Tel^uco/iie  ne  cogmifi 


H 


âesjnâes.  Liure  VIL  354 

fàs^Ç?  entendus ,  queleschofès  que  vms  m '  aue\dittes \ 
font  vne  pure  foueur  qu  il  vous  platfl  me  pe fier  ,  fms 
au  entre  tant  d'hommes  fi nobles ,  gr  fi généreux  qu'il 
\y  a  en  ce  Royaume  %vom  aut\efieu  le  moins  fuffifant ,  qui 
eft  moy^O"  à  la  venté  je  me  Cens  tellement  incapable  d'v~ 
ne  charge  de  fi  grande  importance  ,  que  ie  nefcay  que  faire 
autre  chofe  que  dejùfflier  le  Créateur  des  chofis  créées  ^qu  il 
mefauonfe,  £r  demande  a  tous  qu'ils  le fuplient par  moy* 
Ces  paroles  dites,  il  recommença  de  rechef  à 
pleurer» 


Comment  Moteçuma  ordonna  le  fèruice 
de  fa  maifon>  &  de  la  guerre  qu'il 
ftpour  fin  couronne* 
menti 

Chapitre  XXL 


Eluy-Ià  quleri^foh  efledion  fît  vne  . 
telle  démonstration  d'humilité ,  Se 
douceur, fe  voyant  Roy  commença 
incontinent  à  defcouurir  fes  hau- 
tes peniees.  La  première  fut  qu'il  commanda 
qu'il  n'y  euft  aucun  Plébéien  qui  feruift  en  fa 
maifon  ,  ny  euft  office  Royale^ainfl  que  les  pre- 
decefTeurs  en  auoient  vfé  iufques  alors^lefquelg 
il  blafma  de  s'eftre  feruis  de  gens  de  ba(Te  con- 
dition ,  &  voulut  que  tous  les  Seigneurs  &  plus 
illuftres  perfonnages  de Ton  Royaum  e  ,demeu« 
raflent  en  fon  Palais,  &  exerçaient  les  office 


jfjyioire  naturelle 

de  fa  court  Se  de  fa  maifon.  A  quoy  s'oppofa  vh 
Vieillard  de  grande  authorité  ,  qui  auoit  efte 
fon  précepteur,  luy  di fan t  qu'il  regardaftbien 
à  ce  qu'il  faifoit ,  &  qu'il  fe  mettoit  en  danger 
d*vn  grand  inconuenient,  d'autant  que  c'eftoit 
feparer  âe  foy  ,  &  efloigner  tout  le  vulgaire,  & 
gent  populaire,  tellemenc  qu'ils  ne  l'oferoient 
regarder  en  la  face,  fevoyansainfireiettez  de 
luy.  Il  répliqua,  que  c'eftoit  ce  qu'il  entendoit 
faire,  &  qu'il  ne  permettroit  pas  que  les  Plé- 
béiens allaient  ainfi  méfiez  parmy  les  nobles, 
comme  ils  auoient  fait  iufques  alors,difant  que 
le  feruice  qu'ils  faifoient  eftoit  félon  leur  con- 
dition, quicaufoitque  les  Roysnegagnoient 
aucune  réputation  ,  &ainfî  demeura  ferme  en 
fa  refolution.  Aufîi  toft  il  fit  commander  à  ceux 
de  fon  Côfeil ,  qu'ils  oftalTent  tous  les  Plébéiens 
des  offices  &  charges  qu'ils  exerçoient,  tant 
en  fa  maifon  qu'en  fa  court ,  &  qu'ils  en  pour- 
ueufTent  des  Cheualiers ,  ce  qui  fut  fait.  Âpres 
il  alla  en  perfonne  à  Tentreprife  necefTaire  pour 
fon  couronnement.  En  ce  temps  s'eftoit  reuol- 
té  contre  la  couronne,  vne  Prouince  fort  efloi- 
gnee ,  vers  la  mer  Occeane  du  Nort,où  il  mena 
auec  luy  la  fleur  de  ces  hommes ,  fort  leftes  & 
bien  accommodez.  Ilyfula  guerre  auecvnc 
telle  valeur  cV  dextérité  ,  qu'en  fin  il  fubiuga 
toute  la  Prouince,&  chaftia  rigoureufement  les 
rebelles,  retournant  auec  vn grand  nombre  de 
captifs  pour  les  facrifices ,  &  beaucoup  d'autres 
defpouilles.  Toutes  les  Citez  luy  firent  de  fo- 
lemnellcs  réceptions  à  fon  retour,  &les  Sei- 
gneurs d'icelle*  luy  donnèrent  l'eaiie  à  lauer, 


des  Indes. Liure  VIL         355 

i  luy  faifans  offices  de  feruiteurs;  chofenonen- 
I  cor  vfitee  par  aucun  de  fespredeceiTeurs.  Telle 
eftoit  la  crainte  &  le  refped  qu'ils  luy  portoiet. 
L'on  fît  en  Mexique  les  feftes  de  fon  courons 
J  nement  auec  vn  tel  appareil  de  danfes,  comé- 
dies, entremets ,  luminaires,  &  inuennons  par 
plufieurs  &  diuers  iours .  Et  y  arriua  vne  li  gran- 
de richeflè  de  tributs,  apportez  de   tous  Tes 
Royaumes,  qu'il  y  vint  des  eftrangers  mco~ 
gneus  à  Mexique,  &c  leurs  ennemis  meimesy 
vindrent  en  grand  nombre ,  en  habit  diflimule, 
pour  voir  ces  feftes ,  comme  ceux  de  Tlafcalla, 
&ceuxdeMechouacan.  Ce  qu'ayant  eftedeU 
couuert  par  Moteçuma,ii  commanda  qu  on  les 
logeait  &  traiftaft  berngnement,  &  honorable- 
ment ,  comme  fa  propre  perfonne.  1  leur  ht 
mefme  faire  de  belles  galleries,  pareilles  aux 
Tiennes,  defquelles  ils  peuvent  voir  &  contem- 
pler les  feftes.  Parainfiils  entroient  de  nuicfc 
en  ces  feftes ,  comme  le  Roy ,  faifans  leurs  leux 
&mafcarades,  Etpource  que  i'ay  fait  mention 
de  ces  Prouinces ,  il  ne  fera  mal  à  propos  d'en- 
tendre, que  iamais  ceux  de  Mechouacan  ,  de 
Tlafcalla,&  de  Tapacca,  ne  fe  voulurent  ren- 
dre aux  Mexiquains ,  mais  au  contraire  comba- 
«rent  toufiours  valeureaiement  contr'eux,voi- 
re  quelquesfois  les  Mechouacans  vainquirent 
ceux  de  Mexique,  comme  firent  auffi  ceux  de 
Tapaeca.  Auquel  lieu  le  Marquis  Dom  Fernade 
Cortés  ,  après  que  luy  &  les  Efpagnols  eurent 
eft*  chaffez  de  Mexique,  prétendit  fonder  la 
première  Cite  d'Efpagnols,qu'il  appella,fi  bie* 
în'enfouuient,  Segurade  la  Frontière  ,  mais 


Hifloire  naturelle 
cefte  peuplade  dura  peu  de  temps  ,  parce  que 
ayant  depuis  reconquefté  Mexique,  tous  tes  Ef- 
pagnols  y  allèrent  habiter.  En  fin  ceux  de  Ta- 
paeca3deTlafcaila,ôcde  Mechouacan  ont  tou- 
jours eftc  ennemis  des  Mexiquains,  encor  que 
MoteçumadiftàCortés,  qu'il  ne  les  auoitpas 
iubiuguez  tout  à  propos,  afin  d'auoir  en  eux  vn 
exercice  de  guerre,  &  nombre  de  captifs. 

Des  mœurs  &  grandeur  de  Moteçuma. 

Chapitre   XXII. 

JE  Roy  s'adonaà  fe  faire  refpe&er^ 
'  voir  quafî  adorer  corne  Dieu.  Nul 
plebeïen  ne  le  pouuoit  regarder 
| en  face-,  que  s'il  le  faifoit,  il  eftoit 
puny  de  mort.ll  ne  mettoit  iamais 
ies  pieds  en  terre,mais  eftoit  toujours  porté  fur 
les  efpaules  de  quelques  Seigneurs,&  s'ildefce- 
doit,ils  luy  mettoict  de  riches  tapis ,  fur  lefquels 
il  marchoit.  Quand  il  faifoit  quelque  voyage, 
luy  &  les  Seigneurs  de  fa  compagnie,  alioienc 
comme  dans  vn  parc,  ou  circuit  qui  eftoit  fait 
toutapropos,  fclerefte  du  peuple  alloithors 
du  parc,  l  enuironnant  dvn  codé  &  d'autre.  la- 
maisilneveftoitvn  habit  deux  fois,  ny  man- 
geoit,  ny  beuuoit  en  vn  vafe  ou  plat  plus  dVne 
fois,  tout  y  deuoit  eftre  toufiours  neuf,  &  don- 
nouàfes  feruiteurscequiluy  auoit  feruy  vne 
fois,de  façon  qu'ils  eftoient  ordinairement  riches 
&  magnifiques.  Il  eftoit  extrememet  diligent  à 
taire  obferuer  ies  loix,&  quâd  il  retournoit  vi- 


• 


des  Indes .  Uure.  V II.  35 6 

tlorieux  de  quelque  guerre ,  il  faignoit  aucu- 
ncsfois  de  s'aller  esbattre,puis  Ce  defguifoit  pour 
voir  fi  les  fiens,penfans qu'il  ne fuft  prefent,laif- 
foienr&  obmettoient  à  faire  quelque  chofe  de 
la  fefte  ou  recepuon;que  s'il  y  auoit  quelque  ex- 
cez  ou  quelque  deffaulc,  il  en  faifoit  la  punition 
rigoureufement.  Et  à  fin  de  cognoiftremefme. 
comment  Tes  minières  faifoient  leurs  offices ,  il 
fe  defguifoit  bien  fouuent ,  6c  enuoyoit  offrir 
des  dons  &  prefens  aux  luges  ,les  prouoquant  à 
faire  quelque  chofe  de  mal.Que  s'ils  tomboicnt 
en  faute,  ils  eftoient  incontinent  punis  de  mort 
fans  rcmiflîon,  '&  les  faifoit  mourir  fans  auoir 
efgard  quilsfufiènt  Seigneurs ,  oufes  parens, 
voire  de  {es  propres  frères.  Ilconuerfoit&fe 
familiarifoit  peuaueclesfiens,  &peufouuene 
fe  laiflbit  voir,eftant  ordinairement  retiré  pour 
penferaugouuernement  de  fon  Royaume. Ou- 
tre ce  qu'il  eftoit  grand  iufticier  &  fort  braue,il 
fut  fort  belliqueux  &  bien  fortuné,  au  moyen 
dequoy  il  obtint  de  grades  vi&oires,  &Lparuint 
à  cefte  grandeur  ,  qui  eft  deferite  aux  hiftoires 
d'Efpagne.  De  laquelle  il  me  femble  que  ce  fe- 
roit  chofe  inutile  d'eferire  dauantage:  feule- 
ment i'auray  foin  de  reciter  cy  après  ce  que  les 
liures&  hiftoires  des  Indiens  racontent,  Ôc  de- 
quoy nos  efcriuains  Efpagnols  ne  font  aucune 
mention  ,  pour  n'auoirfufhTamment  entendu 
les  fecrets  de  cefte  contrée,  qui  font  chofes  fore 
dignes  d'eftre  cogneiïes,  comme  l'on  verra  cy 

après.  '■         .... 

■  Y  y  ni) 


Hifloire  naturelle 


tnonft. 
wonfi.%. 


Ï.Mach4.fJ 


Vesprefages  & prodiges étranges qui aduiZ 
drenten  Mexique  auantque  leur 
Empire prinfijïn. 
Cbatitre    XXIII. 

Ombien  que  rEfcriturefain&e  nous 
deffende  dadjoufter  foy  aux  augures 
k  prognofticatiôs  vaines,queS.Hie. 
rofmenous  aduertiffe  de  ne  craindre 
point  les  figncs  du  Ciel  comme  font  les  Gétils: 
NeantmoinsIamcfmeEfcritureenfeigne,  que 
les  fignes  monftreux  &  prodigieux  ne  font  pas 
du  tout  à  mefprifer,&  que  hicn  fouuent  ils  ont 
m  aççouftuméde  précéder  quelques  changeméts 
vmuerfels,  &  les  chaftieméts  que  Dieu  veut  fall 
re,ainfi  que  le  remarque  fort  bië  Eufebe  de  Ce- 
laree ,  d'autant  que  le  mefme  Seigneur  du  Ciel 
&dela  terre  enuoye  de  tels  prodiges  Se  nou- 
ueautez  au  Ciel,  aux  eleroes,aux  animaux,&  en 
tes  autres  créatures,  à  fin  qu'en  partie  cela  férue 
d'aduertifTerqent  aux  homes,  ôç  en  partie  qu'il* 
ioient  vn  commencemet  de  la  peine  &  du  cha- 
ftiement,par  la  peur  &  refpouuentement  qu'il* 
apportent.Il  eft  eferit  au  fecod  Hure  des  Mâcha- 
bées,  quauparauant  ce  grand  changement  & 
perfecuçiÔ  du  peuple  d'f  frael,qui  fut  caufee  par 
la  tyrannie  d'Antiochus,furnommé  Epiphanes 
lequel  les  fain&es  lettres  appellent,  racine  de 
pèche,  îlarriuaque  par  quarante  iours  entiers 
Ion  vid  par  tout  Hierufalci»  de  grands  efea- 
dronsdeCheualiersenl'air  ,  lefquelsauecdes 
armes  dorées ,  Içurs  lances  &  efeus,  &fur  4e$ 


1 


des  Indes.  Liure  VIL  5S7     < 

cheuaux  furieux,  ayans  leurs  eTpees  tirées,  fc 
frappoient ,  &  oftenfoient ,  efearmouchans  les 
vns  contre  les  autres,  &  difent  que  ceux  de  Hie- 
rufalem  voyans  cela ,  fupplioient  Dieu  qu'il  ap~ 
paifaftfonire,  &  que  ces  prodiges  tournaient 
en  bien.  Ilcft  efcritmcfme  au  hure  deSapien-  s^  l?o 
ce,  que  quand  Dieu  voulut  tirer  Ton  peuple  d'E- 
gypte ,&  chaftier  les  Egyptiens,  quelques  vi- 
vons terribles  &  efpouuentablesf'apparurentà 
eux  ,  comme  des  feux  qui  furent  veus  hors  heu- 
re en  formes  horribles.  Iofephe  au  Hure  delà 
guerre  des  Iuifs,  raconte  plufieurs  &  grands 
prodiges  qui  précédèrent  la  deftru&ion  de  Hie- 
rufalem,&  la  dernière  captiuité  de  fon  malheu- 
reux peuple  ,  que  Dieu  eut  en  horreur  pour  ia- 
fteoccafion,  duquel  Eufebe  de  Cefaree,  &les  Euçey^.\. 
autres  racontent  les  m efm es  palîages,  authori-  dehijt.Mul. 
fans  fesprognoftics.  Les  Hiftoriens  font  pleins 
de  femblables  obferuations  aux  grands  change- 
rons d'Eftats,  ou  Republiques,  comme  Paul 
Orofe,  qui  en  raconte  plufieurs,  &fansdoute 
cefte  obferuation  n'eft  pas  vaine,  ny  inutile  :  car 
iaçoit  que  ce  foit  vanité,  voire fuperitition  def- 
fenduë  par  la  loy  de  noftre  Dieu,  de  croire  légè- 
rement à  ces  prognoftics  &  fignes ,  toutefois  es 
çhofes  fort  grandes ,  comme  es  changemens  de 
nations,  Royaumes,  &  loix  fort  notables  *  ce 
ji'eft  pas  choie  vame,mais  bien  pluftoft  certaine 
Ôc  bien  alïeuree,  de  croire  que  la  fagefle  du  Très- 
haut  ordonne ,  &  veuille  permettre  ces  chofes, 
qui  donnent  quelque  nouuelle  &  prefage  de  ce 
qui  doit  arriuer,  pourferuir,  comme  j'ay  dit,  % 
d'adttertiffementaux  vas,  &  dechaftiment  aux 


Jrfiftoire  naturelle 
autre*,  &  à  tous  de  tefmoignage  que  le  Roy  des 
Cieux  a foucy  des  affaires  des  hommes,  lequel 
tout  ainfi  qu'il  a  ordonne  de  très  grands  &  ef- 

pouuentablesprefagespourle  plus  grand  chan- 
gement  du  monde  ,  qui  fera  le  iour  du  Juge- 
ment, ainfîluy  plaift-il  de  donner  de  merueil- 
leuxprefages,  pour  dénoter  d'autres  change- 
mens  moindres  en  diuers  endroits  du  monde, 
qui  font  toutefois  remarquables,  krquels il  dif' 
pofe  félon  laloyde  Ion  éternelle  fagefle.  L'on 
doit  auffi  entendre,  que  combien  que  le  diable 
ion  père  demenfonge,  neantmoinsIeRoyde 
gloire  luyfait  bienfouuent  confefîer  la  vérité 
contre  fa  volonté,  laquelle  il  a  déclarée  plu- 
heurs  fois  de  pure  crainte,  comme  il  fift  au  de- 
iert  par  la  bouche  desdemoniacles,  criant  que 
Iefus-Chrift  eftoit  leSauueur,  quieftoitvenu 
pour  le  deftruire.  Comme  il  fift  par  la  Py  thonif- 
fe,  quidifoit  que  Paul  prefehoit  le  vray  Dieu. 
Comme  quand  il  f apparut,  Ôc  tourmenta  la 
femme  de  Pilate ,  laquelle  il  fift  intercéder  pour 
Iefus,  homme  iufte.  Et  comme  plufieurs  hiftoi- 
res,  outre  les  facrees,  rapportent  diuers  tefmoi- 
gnzges  des  idoles,  en  approbation  de  la  Reli- 
gion Chreftienne,  dequoy  La&ance,  Profpere 
&  autres  font  mention.  Que  Ion  lifeEufebe* 
aux  liuses  de  la  préparation  Euangelique,  Ôc 
ceux  de  fa  demonftration ,  où  il  efttraitté  am- 
plement de  cefte  matière.  I'ay  dit  cecy  tout  à 
propos,  afin  qu'aucun  ne  mefprife  cç  que  racon- 
tent, les  Hiftoires  Ôc  Annales  des  Indiens,  tou- 
chant les  prefages  Ôc  prodiges  eftranges  qu'ils 
curent  de  la  prochaine  fin  ,  ôc  ruine  de  leur 


des  Indes.  Dure  VIL         îfS 

Royaume,  &  du  Royaume  du  diable  qu'ils  ado- 
roient  tout  enfemble.  Lefquels  me  femblent 
dignes  d'eftre  creus ,  &  que  l'on  y  adjoufte  foy, 
tant  pour  eftre  aduenus  y  a  peu  de  temps,  ôc 
que  la  mémoire  en  eft  encores  toute  fraifche; 
quepource  que  c  eft  vne  choie  fortvray-fem- 
blable,  que  le  diable  felamentaft  d'vnfi  grand 
changement,  &  que  Dieu  par  vn  mefme  moyen 
commençait  à  chaftier  des  idolâtres  fi  cruels  & 
abominables.  C'eft  pourquoy  ie  les  racontera/ 
icy  comme  chofes  vrayes.  Il  aduint  donc  que 
Moteçuma  ayant  régné  plufieurs  années  en 
grande  profperité ,  &  tellement  eileué  en  Tes 
fantaiîîes,  qu'il  fefaifoit  feruir  &  craindre,  voi- 
re adorer  comme  fil  euft  elle  Dieu  -,  le  Seigneur 
Tout-puitfant  commença  de  le  chaftier,  &de 
l'aduertir  auflî,  permettant  que  les  mefmes  dia- 
bles qu'il  adoroit,  luy  annonçaient  les  triftes 
nouuelles  de  la  perdition  de  fon  Royaume,  &  le 
tourmentaient  par  des  prognoftics  qui  n'a- 
uoient  iamais  efte  veus,  dequoy  il  demeura  fi 
trifte  &  Ci  troublé  ,  qu'il  en  deuint  tout  hors  de 
fon  fens.  L'idole  de  ceux  de  Chollola ,  qu'ils  ap- 
pelaient Quetzacoalt ,   annonça  qu'il  venoit 
vne  gent  efttange  pour  pofieder  Tes  Royaumes. 
Le  Roy  de  Tezcuco,  qui  eftoit  grand  Magicien, 
&  auoit  accord  auec  le  diable,  vint  vn  iour  vifi- 
ter  Moteçuma  à  heure  extraordinaire,  &  Taf- 
feura  que  Ces  Dieux  luy  auoient  dit  qu'il  y  auoit 
de  grandes  pertes  qui  f  appreftoient  pour  luy,& 
pour  tout  fon  Royaume.  Plufieurs  forciers  8c 
enchanteuts  luy  en alioient  dire  autant,  entre 
lefquels  il  y  en  eut  vn  qui  luy  annonça  fort  par- 


Hifîoire  naturelle 
îiculicrement  ce  qui  luyaduint  du  depuis.  Et 
comme  il  eftoit  auec luy, l'aduertit  que  les poul-j 
ces  des  pieds  &  des  mains  luy  defFailloient.  Mo! 
îeçuma  ennuyé  de  relies  nouuelles,  faifoit  pren. 
dre  tous  ces  forciers ,  mais  incontinent  ils  dif- 
paroifloient  en  la  prifon ,  dequoy  il  prenoit  tel- 
le  rage,  que  ne  les  pouuant  tuer ,  il  faifoit  mou- 
rir leurs  femmes  Ôc  leurs  enfans,  &  deftruirc 
leurs  maifons  &  leurs  moyens.  Or  fe  voyant 
importune,  ôc  agité  de  cesaduertiiïèmens,  il 
voulut  appaifer  Tire  de  Ces  Dieux ,  ôc  pour  celle 
caufe  il  {'efforça de  faire  apporter  vne grande! 
pierre ,  pour  fur  icelle  faire  de  grands  facnfices. 
Pour  en  venir  à  bout',  il  enuoya  grand  nombre 
de  peuple  pour  l'amener ,  auec  des  engins  ôc  in- 
ôruments,  lefquelsne  la peurent aucunement 
xnouuoir,  bien  que  f*y  eftans  obftinez,  ils  y  eut- 
fent  rompu  plusieurs  engins.  Mais  comme  ils 
perfeueroient  toujours  de  la  vouloir  enleuer, 
ils  ouvrent  vne  voix  ioignantlapierre,  quidi- 
foit  qu'ils  ne  trauaillairent  point  en  vain,  Ôc 
qu'ils  ne  la  pourroient  point  enleuer,  pource 
que  le  Seigneur  des  chofes  créées  ne  vouloir 
plus  que  Ton  fîft  ces  chefes  là.  Moteçuma  ayant 
entendu  cela,  commaMa que  Ton  fï&les  facri- 
fices  en  ce  lieu  ;  ôc  dffent  que  la  voix  parla  dere- 
chef, di  fan  t:  Nevousay-iep4s  dit  que  ce  n'eft  point  U 
volonté  du  Seigneur  des  chofis  créées,  que  cela  fi  fafe  ,  CT 
*fin  que  vous  croye^  qu'il  efi  ainfi ,  te  me  htjferay  for  ter 
quelque  feu  ,  fuis  afres  vous  ne  me  fourre\mouuolr* 
Ce  qui  aduint  ainfi  :  car  incontinent  ils  la  me- 
nèrent quelque  peu  d'efpace  aflez  facilement, 
puis  après  ils  n'y  peurent  que  faire ,  iufques  à  ce 


des  Indes.  Hure  VIL         3S9 

que  par  beaucoup  de  prières  elle  fe  biffa  porter 
iufques  à  l'entrée  de  la  Cité  de  Mexique ,  oufu- 
bitement  elle  tomba  dans  le  lac,  &  la  recher- 
chai, nelapeurentrettouuer,  mais  fut  trou- 
uee  depuis  au  mefme  lieu  d'où  ils  l'auoient  tirée, 
dequoy  ils  demeurèrent  tous  confus,  &  efpou- 
uantez.  En  ce  mefme  temps  apparut  au  ciel  vne 
flambe  defeu  très-grande,  &  fort  luifante ,  en 
façon  de  pyramide,  laquelle  commençait  à  ap- 
paroiftre  à  la  minuit ,  &  alloit  toujours  mon- 
tant, iufques  au  matin  leuer  du  foleil  qu  elle  de- 
roeuroit  aumidy,  où  elle difparoiffoit.  Elle  le 
monftra  de  cette façon  chaque  nuid  par  l'eipa- 
ce  dvn  an  entier,  &  toutes  les  fois  qu  elle  appa- 
roiffoit,  le  peuple  iettoit  de  grands  cris,  comme 
ilsauoient  accouûumé,  croyans  que  c  eftoit  vn 
prefage  de  grand  malheur.  Il  aduint  mefme  que 
le  feu  fe  print  au  temple,  fans  qu'il  y  euft  aucun 
au  dedans,  ny  hors  proche  d'iceluy ,  nyquily 
fuft  tombé  aucun  efclair,  ny  tonnerre.  Surquoy 
les  gardes  Peftanscfcriees,  il  y  accourut  grand 
nombre  dépeuple  auec  de  l'eau,  mais  rien  n  y 
peut  remédier  ;  tellement  qu'il  fut  du  tout  cou» 
fommé,  &difent  qu'il  fembloit  que  le  feu  for- 
tift  des  mefmes  pièces  de  bois,  &  qu'il  f'enflam. 
boit  dauantage  par  l'eau  que  l'on  y  iettoit.  L  on 
vid  fortir  vne  cornette  en  plein  îour ,  qui  cou- 
roit  du  Ponent  vers  l'Orient  ,  iettant  grande, 
quantité  d'eftinceUes ,  &  difent  que  fa  figure 
eftoit  comme  d'vne  queue  fort  longue,  ayant 
au  commencement  trois  teftes.  Le  grand  .ac 
qui  eftoit  entre  Mexique  &  Tezcuco,  fans  qu  il 
y  euft  aucun  vent,  &  fans  tremblement  de  terre, 


Hifioire  naturelle 
ou  aucune  autre  caufe  apparente,  commençai 
foudamement  a  bouillir,  &  «eurent  tellement 
ces  bouillons    que  tous  les  édifices  qui  eftoientl 
prochesdiceluy.tomberentparterre.Usdifcnt 
quel  on  ouyt  en  ce  temps  plufieurs  voix,  com- 1 
me dvne  femme angoiilèe,  qui  difoit  quelques 
fois  :o  mes  infins,  tk  i/l  venu  le  temps  de  veflre  deftm. 
Sm.  Et  d  autres  fois  difoit  :  o  mes  enfin* ,  ii  vm  I 
P'Xrty-'e^fin^evMnevotisackemelde  perdredu 
tout?  «  apparut  mefme  diuers  monfttes  aucc 
deux  teftes.qm  eftans  portez  deuant  le  Rov.dif- 
patoiffoient  auffi  toft.  Tous  ces  monutes  fu. 
rent  furpal.tz  par  deux  autres  fort  effranges, 
dont  lvn  tut  quelespefeheutsdulacprindfenc 
vn  oyfeau  grand  comme  vne  grue,  &  delà  cou- 
leur mefme,  mais dVne effrange  façon,  &  non 
Jamais  veue   Us  le  portèrent  à  Motecuma,  qui 
pour  lorsçftoit  an  Palais  qu'ils  appelaient  de    i 
pleurs  &  dedeiiil,  lequel  eftoit  tout  tendu  de 
noir;  d  autant  que  comme  il  auoit  plufieurs  Pa- 
iai  s  pour  la  récréation,  il  en  auoit  auffi  plufieurs 
pour  le  temps  d'affMion,  dont  il  eftoitalots 
afiez  charge  &  tourmenté ,  à  càufe  des  menaffes 
que  fes  Dieux  luyfaifoient  par  de  fitriftesad- 
uermTenieM.  Les  pefcheurs  arriuerent  fur  le 
poinû  de  midy ,  &  mirent  deuât  luy  cet  oyfeau 
qui  auoit  au  faifte  de  latefte  vne  chofe  comme 
imfante  &  tranfparente,  en  façon  de  miroir,  ou 
avloteçama  vid  les  deux  &  les  eftoilles,  dequoy 
U  demeura  tout  eftonné,  puis  tournant  les  yeux 
aucel,  &  ne  voyant  point  d-eftoilles,  recom- 
mença a  regarder  en  ce  miroir,  où  il  vid  qu'il  ve- 
noir  vn  peuple  en  guerre  deuers  l'Orient,  Se 


msm 


,         des  Indes.  Liure  VIL  360 

qu'il  venoit armé,  combatant,  &  tuant,  lifift 
appeller  Tes  deuins  &  prognoftiqueurs ,  dont  il 
en  auoit  vn  grand  nombre ,  lefquels  ayans  veu 
toutes  ces  chofes,  Se  ne  fçachans  donner  raifon 
de  ce  qui  leur  eftoit  demandé  ,  incontinent 
l'oyfeaudifparut,  tellement  qu'ils  ne  le  virent 
oneques  depuis,  dont  Moteçuma  demeura  fort 
trifte  &  defeonfortc.  L'autre  prodige  qui  luy 
aduint,  fut  qu'vn  laboureur  qui  auoit  le  renom 
d'homme  de  bien,  le  vint  trouuer,  &luy  ra- 
conta qu  eftant  le  iour  de  deuant  à  faire  labou- 
rage,vngrand  Aigle  vint  volant  vers  luy,  qui 
le  print  en  Ces  griffes ,  &  fans  le  bleffer ,  le  porta 
en  vne  certaine  cauerne,  où  il  le  IaùTa ,  pronon- 
çant cet  Aigle  ces  paroles:  Très- pmjfant  Seigneur, 
t'ay  apporté  celuy  que  tu  m'as  commandé.  Et  l'Indien 
laboureur  regarda  de  tous  coftez  à  qui  il  par- 
Boit,  maisilnevidperfonne.  Alors  il  ouyt  vne 
voix  qui  luydift:  Cognois-tu  cet  homme  que 
tu  voids  là  eftendu  en  terre?  Et  regardant  en 
icelle ,  vid  vn  homme  endormy ,  &  fort  vaincu 
du  fommeil,  auec  lesenfeignes  Royales,  des 
fleurs  en  la  main,  &vnbafton  defenteursôc 
parfum  ardent ,  comme  ils  ont  accouftumé  d'v* 
1er  en  ce  pays,  lequel  le  laboureur  regardant^ 
recogneut  que  c  eftoit  le  grand  Roy  Moteçu- 
ma.  Parquoy  il  refpondit  incontinent,  après 
Tauoir  regardé  :  Grand  Seigneur ',  ceftuy-cy  refemhle  a 
noftreRoy  Moteçuma.  La  voix  recommença  à  dire: 
Tu  dis  vray>  regarde  quel  il  e/l,  &*  comme  tu  le  voids  en- 
dormy CT  ajfoupy ,  fins  auoirfeing  des  grands  maux ,  O* 
des  trauaux  qui  luy  font  préparés,  il  eft  maintenant  temps 
qu'il  paye  le  grand  nombre  des  ojfenfes  qu'il  a  faites  k 


tiiftoire  naturelle 

Pieu ,  O*  f*d  reçoive  la  peine  défis  tyrannies ,  &  de  fort 
grand  orgueil ,  &  neantmoms  tu  voids  tomme  il  a  fi  peu 
defiucy  décela,  Çf  quil eftfi aueuglétnfies  mifieres ,  qu'il 
n'a  défia  plus  de  (èntiment.  Mais  afin  que  tu  le  puijpi 
mieux  voir ,  prends  cebafion  de  fenteurs  qu  d  tient  ardent 
en  fia  mamy  ey  luy  mets  contre  le  vifiage,  0*  lors  tu  verra* 
quil  ne  le  fientira  pas.  Le  pauure  laboureur  n'ofa 
approcher ,  ny  faire  ce  que  Ton  luy  difoit ,  pour 
la  grande  crainte  qu'ils  auoient  tous  de  ce  Roy: 
inaisla  voix  recommença  à  dire:  N*ay es  point  de 
crainte ,  car  te  fiuis  fans  comparai  fin  plus  que  ce  %oy ,  tek 
fuis  defirutre ,  &ledeffendrey  parquoy  fiais  ce  quetetè 
comande.  Sur  ce  commandement  le  payfan  prend 
ce  bafton  d'odeurs  de  la  main  du  Roy,  6V:  luy 
mit  ardent  contre  le  nez,  mais  il  ne  fc  meut,  ny 
rnonftra  aucun  fentiment.  Cela  fait,  la  voix  luy 
dift,que  puis  qu'il  voyoir  combien  ce  Roy  eftoit 
endormy ,  qu'il  Tallaft  refueiller ,  ôc  luy  racon- 
tait ce  qu'il  auoitveui  Alors  l'Aigle  parlerne£- 
me  commandement  reprit  l'homme  en  fes  gnf- 
feSj  le  remettant  au  propre  lieu  où  il  l'auoit  pris, 
&  pour  accompIifTement  de  cequi  luy  aUoit  eftë 
dit,  venoitlàpour  l'enaduertir.  Ils  difent  qu'a- 
lors Moteçuma  fe  regarda  au  vifage ,  &  trouuà 
qu'il  l'auoit  bruilé,  ce  qu'il  n'auoit  iufques  alors 
fenty;  dequoy  il  demeura  extrêmement  trifte, 
Se  ennuyé.  Il  peut  eftrequcce  que  le  ruftic  ra- 
conta ,  luy  eftoit  arriué  en  imaginaire  vifion,  Ôc 
n'eft  pas  incroyable  que  Dieu  ordonna  parle 
moyen  d'vn  bon  Ange,ou  permit  par  le  moyen 
du  mauuais,  qu'on  donnait  cet  aduertiflement 
au  ruftic,  pour  le  chaftiment  du  Roy,  quoy 
eju'infidellej  veu  que  nous  lifons  enladiuinc 

Efcrt- 


des  Jndes.  Liure  Vit»         ^gi 

Eferiture  que  des  hommes  infidelles  &  pécheurs 
ont  eu  de  femblables  apparitions  cVreuelations,  Ddtu  - 
comme  Nabuchodonofor,  Balaam  8c  la  Pytho-  jyum.  li- 
hiiTe  de  Saiil.  Et  quand  quelque  ehofe  de  ces  ap-  j.  i?£g.  i8, 
paritions  ne  feroit  arriué  fi  expreflement,  à  tout 
le  moins  il  eft  certain  que  Moreeuma  eut  beau- 
coup de  grades  triftefles  cV  fafcheries,  pour  plu- 
fîeurs  &diuerfesreuelations  qu'il  eut,  quefon 
Royaume  &  fa  loy  fe  deuoiét  bien  tofl  acheuer. 


De  la  nouuelle  que  Moteçtima  receutdelarrwe* 

des  Effagnols  en  fa  terre,  &  de  l'Ambaf- 

fade  quil  leur  enuoya. 

Chapitre    XXIV; 

3^/A||rV  quatorziefme  an  du  règne  de  Mote- 
^^^^çuma,  qui  fut  l'an  de  floftre  Sauueur, 
zQgS^iyij.  apparurent  en  la  mer  du  Nort  des 
rauires,  &  des  hommes  defeendans;  dequoyles 
"fubjets  deMoteçuma  furent  beaucoup  efmer- 
ueiliez,  de  voulans  f'enquerir,  &  fe  fatisfaire  da- 
uanrage  qui  ilseftoient,  ils  furent  auxnauires 
dans  des  canoës,  portans  plufieurs  rafraifchitîe- 
mens  de  viandes ,  &  d'eftoffes  à  faire  des  habits* 
feignans  de  les  leur  aller  vendre.  Les  Efpagnols 
les  recueillirent  en  leurs  nauires,  &  en  paye- 
ment de  leurs  viandes  &  eftoffes  qui  leur  furent 
agréables ,  ils  leur  donnèrent  des  chaifnes  de 
pierres  faufîes  ,  rouges ,  azurées ,  vertes  &  iaul- 
nes,  que  les  Indiens  croyoient  eftre  pierres  pre- 
cieufes.  Et  les  Efpagnols  finformans  qui  eftoif 
leur  Roy,  &  de  fa  grande  puiffance,  ieurdo^ 


Hijïoire  naturelle 
lièrent  congé,  en  leurdifant  qu'ils  portaient 
ces  pierres  à  leur  Seigneur,  &:  luy  difTeni  que 
pour  le  prefent  ils  ne  pouuoient  l'aller  voir, 
mais  qu'incontinent  ilsretourrieroient,  ôc  levi- 
fltcroient.  Ceux  de  la  code  allèrent  incontinent 
a  Mexique  auec  ce  mdfage,  portans  la  reprefen- 
tation  de  tout  ce  qu'ils  auoient  veu,  dépeinte  en 
des  draps  qu'ils  auoient,  tant  des  nautres,  Ôc  des 
hommes,  que  des  pierres  qu'ils  leur  auoient  don- 
nées. Le  Roy  Moteçuma  demeura  par  ce  meiïa- 
ge  fort  penfif,  Ôc  leur  commanda  qu'ils  ne  le  di- 
uuîgaiïènt ,  ôc  ne  le  difTent  à  perfonne.  Le  iour 
enfumant  il  ailembla  Ton  Confeil ,  Ôc  leur  ayant 
monflré  les  draps  Ôc  les  chaifnes,  mit  en  délibé- 
ration ce  qu'il  deuoit  faire,  où  il  fut  refolude 
donner  ordre  à  toutes  les  coftes  de  la  mer  ,  que 
les  habitans  y  fuffentauguet,  &  que  quelque, 
chofe  qu'ils  vifTent,  ils  en  aduifailent  incontinét 
le  Roy.  L'année  enfuiuante,  qui  fut  au  cômen- 
cement  de  l'an  151 8.  ils  virent  paroiftre  en  la  mer 
ta  flotte  où  eftoit  le  Marquis  de  la  Vallé,  Dom 
Fernande  Cortés  auec  Ces  compagnons.  Nou- 
uelle  qui  troubla  beaucoup  Moteçuma,  ôc  con« 
fultant  auec  les  fiens,ils  dirent  tous  que  fans  fau- 
te leur  ancien  &  grand  Seigneur  Quezalcoaît 
eftoit  venu,  lequel  leur  auoit  dit  qu'il  retourne- 
roit  du  cofté  d'Orient ,  où  il  f'en  eftoit  allé.  Il  y 
auoit  entre  Us  Indiens  vne  opinion ,  qu'vn  grad 
Prince  les  auoit  au  temps  paiTé  laiflez,  &  pro- 
mis qu'il  retourneroit,  de  l'origine  ^fonde- 
ment, de  laquelle  opinion  fera  dit  en  vn  autre 
lieu.  C'eftpourquoy  ils  enuoyerent  cinq  prin- 
cipaux Ambafladeurs,  auec  des  prefens  riches,, 


des  Indes.  Dure  Vit.         3^ 

pour  le  côgratuler  de  fa  venue,  leur  difant  qu'ils 
içauoient  bien  que  leur  grand  Seigneur  Quet- 
Zàlcoalr  venoitlà,  &  que  Ton  feruiteurMote- 
çuma  l'enuoyoit  viiîter ,  fe  tenant  pour  fon  fer- 
uiteur.  Les  Efpagnols  entendirent  ce  meiTage 
par  le  moyen  de  Marina  Indienne  qu'ils  me- 
noient  auec  eux,  &  fçauoit  la  langue  Mexiquai- 
&  Fernande Cortés  trouuant  que  c'eftoit 


ne 


vne  bonne  occafion  pour  leur  entreei  comman- 
da qu'on  luy  ornaftfort  bien  fa  chambre,  ôé 
eftant  ailis  auec  grande  authorité  6c  ornement, 
fift  entrer  les  Ambafladeurs,  lefquels  n'obmi- 
rent rien  de f'humilier ,  finori de l'adorer  pour 
leur  Dieu.  Ils  luy  firent  leur  ambaftade ,  difans 
quefonferuiteurMoteçuma  l'enuoyoit  vifiter, 
&  qu'il  tenoit  le  pays  en  fon  nom,  comme  fo ri 
Lieutenant;  qu'il  fçauoit  bien  que  c  eftoit  le  To- 
pilcin  qui  leur  auoitefté  promis  il  y  auoit  plu» 
fieursans,  lequel  les  deuoit  venir  reuoir.Par  ain- 
fi  qu'ils  luy  apportoierit  les  habits  qu'il  auoit  ac- 
coutumé déporter,  quand  il  conuerfoitauec 
eux,  le  fuppliât  qu'il  les  receuft  pour  agréable^ 
en  luy  offranr  plusieurs  prefens  de  grade  valeur. 
Gortésrefpondir,  receuant  les  prefens,  ordon- 
nant à  entendre  qu'il  eftoit  celuy  qu'ils  diloient$ 
dequoy  ils  demeurerét  fort  contens*  &  .fe  voyâs 
receus  &  traittez  de  luy  amiablemét  (  car  en  ce- 
la ,  auflî  bien  qu'es  autres  chofes ,  ce  valeureux 
Capitaine  aefté  digne  de  louange)  que  il  l'en- 
treprinfe  euftpaflc  outre,  qui  eftoit  de  gagner 
par  amitié  ce  peuple,  il  femble  qu'il  f'eftoit  of- 
fert la  meilleure  occafion  que  l'on  fe  pourroié 
imaginer ,  pour  aflubjettir  cefte  terre  à  l'Huai 

Zaij 


'  • 


Rom.  xi. 


Hifloire  naturelle 

giïe  par  paix ,  &  par  amitié  :  mais  les  péchez  de 
ces  cruels  homicides  8c  efclaues  de  Satan ,  vou- 
loient  eike  chaitiezduciel,  comme  aufïî  ceux 
de  plufieurs  Efpagnols  qui  n'eftoient  pas  en  pe- 
tit nombre.  Ainfiles  hauts  iugemens  de  Dieu 
dirpoferent  le  falut  de  ces  peupleSjayans premiè- 
rement retranché  les  racines  endommagées ,  8c 
comme  dit  P  Apoftre ,  la  mauuaiftic  & aueugle- 
mentdesvns  fut  la  faluation  des  autres.  Enfin 
le  iour  d*apres  l'ambaffade  fufdite ,  tous  les  Ca- 
pitaines &  principaux  de  la  flotte  vindrent  dans 
l'Admiralie ,  &  entendans  l'affaire ,  &  combien 
ce  Royaume  de  Moteçuma  eftoit  puiiTant  &  ri- 
che ,  il  leur  fembla  que  c'eftoit  chofe  conuena- 
ble  d'obtenir  réputation  d'hommes  braues  8c 
vaillans  enuers  ce  peuple ,  &  que  par  ce  moyen 
encores  qu'ils  fulTent  peu ,  ils  feroient  craints  8c 
receus  en  Mexique.  A  celle  fin  ils  defchargerent 
toute  l'artillerie  des  nauires  ;  8c  comme  c'eftoit 
chofe  qui  iamais  n'auoit  efté  oiiie  par  les  Indiés, 
ils  demeurèrent  aufli  efpouuentez ,  que  Ci  le  ciel 
fuit  tombé  fur  eux.  Apres ,  les  Efpagnols  fe  mi- 
rent à  les  défier,  afin  qu'ils  côbatiiTent  auec  eux, 
8c  les  Indiens  ne  f'y  ofans  hazarder,  ils  les  batti- 
rent &mal~traitterent,  leur  monftrans  leurs 
efpees,  lances,  pertuifanes  8c  autres  armes  dont 
ils  les  efpouuenterét  beaucoup.  Les  pauures  In- 
diens furent  pour  cet  effet  fi  craintifs  &  efpou- 
uentez ,  qu'ils  changèrent  d'opinion,  difans  que 
leur  Seigneur  Topicin  ne  venoit  point  en  celle 
tro  upe,  mais  que  c  eftoient  quelques  dieux  leurs 
ennemis  qui  venoient  là  pour  les  deftruire.  Quad 
Us  Ambalfadeurs  retournèrent  en  Mexique, 


des  Indes,  Liure  VIL         365 

Moteçuma  eftoit  en  la  maifon  de  l'audience,  ôç 
auant  qu'ils  luy  donnaient  l'ambalTade,  le  mal- 
heureux commanda  de  facrifier  en  faprefence 
vn  nombre  d'hommes ,  puis  auec  le  fang  des  fa- 
cnfiez  arroufer  les  AmbafTadeurs,  penfantpar 
cefte  cérémonie  (  qu'ils  auoient  accoufturaé  de 
faire  en  de  folemnelles  ambatfades  )  auok  bon- 
nerefponfe.  Mais  ayant  entendu  le  rapports- 
information  de  la  forme  des  nauires  [  hommes, 
&  armes,  il  demeura  tout  confus  &  perplexe 
puis  ayant  eu  confeillàdeiîus,  ne  trouua  autre 
meilleur  moyenque  procurer  d'empefcher  ren- 
trée à  ces  eftrangers ,  par  les  arts  magiques,  & 
coniurations.  Ils  auoient  acçouftume  fouuertt 
de  fe  feruir  de  ces  moyens, d'autant  qu'ils  aûoiét 
grande  cômunication  auec  le  diable ,  par  1  ayde 
duquel  ils  obtenoient  quelquesfois  des  effets 
eftranges.  Ils  afTemblerét  donc  tous  les  forciers, 
magiciens  &  enchanteurs,  &  perfuadez  de  Mo- 
teçuma, prindrét  en  leur  charge  de  faire  retour- 
ner  ces  gens  là  en  leur  pays.  Pour  cet  effecl:  ils 
furent  en  certain  lieu  qui  leur  fembla  eftre  pro- 
pre pour  inuoquer  les  diables,  &*xercer  leurs 
arts,  chofe  digne  de  confideration.  Ils  firet  tout 
ce  qu'ils  peurcnt ,  &  fceurent ,  mais  voyans  que 
nulle  chofe  ne  pouuoit  empefcher  les  Chre- 
{liens,  ils  furent  vers  le  Roy  ,  luy  difans  que 
ceux-là  eftoient  plus  qu'hommes,  pourceque 
rien  ne  les  endômageoit,  pour  toutes  leurs  con- 
iurations  &  enchantemens.  Alors  Moteçuma 
faduifa  d'vne  autre  rufe,  qui  fut  que  feignant 
deftre  fort  content  de  leur  venue ,  il  enuoya 
commander  à  tous  fes  Royaumes  qu'ils  feruif- 

Zz  il] 


f  Hiftoire  naturelle 

ent  ces  dieux  celeftes  qui  eftoient  venus  en  leur 
terre.  Tout  le  peuple  eftoit  en  grande  rrifteife 
&furfaut,  &venoient  fouuent  nouuellesqus 
lesEfpagnols  f'enqueroient  fouuent  où  eftoit 
le  Roy,  de  fa  façon  de  viure,  de  fa  nuifon,  &  de 
fes  moyens.  Il  eftoit  extrêmement  fafché  de  ce- 
la, 8c  luy  confeilloîent  les  fïens,  &  d'autres  Ne- 
gromanciens ,  qu'il  (e  cachaft,  luy  offrant  à  ce- 
tte fin  de  le  mettre  en  lieu  ou  créature  ne  le 
pourroitiamaistrouuer.  Cela  luy  femblacho- 
fe  vile  3  parquoy  il  fe  détermina  à  les  attendre, 
encores  que  ce  fuft  en  mourant.  En  fin  il  fortit 
de  (es  maifons  &  Palais  Royaux ,  pour  loger  en 
d'autres,  les  laitons  pour  loger  ces  dieux,  com- 
me ils  difoient. 


De  l'entrée  des  Ejpagnols  en  Mexique. 
Chapitre    XXY. 

E  ne  prétends  point  traitter  les  faits  8c 
geftes  des  Efpagnols  qui  conquefterét 
la  ncuueEfpagne,  ny  lesaduentures 
eftranges  qui  leur  arriuerent ,  ny  le 
courage  8c  valeur  inuincible  de  leur  Capitaine 
Dom  Fernande  Cortés ,  d'autant  que  de  cela  il  y 
a  beaucoup  d'hiftoires  &  relations,  corne  celles 
que  le  mefme  Cortés  efcriuit  à  Charles  V.  Em- 
pereur ,  bien  qu'elles  foient  d'vn  ftile  rond  ,  ÔC 
aflèz  efloigné  darrogâce;  le{quellcs  dônentfuf- 
fifante  cognoifsâce  de  ce  qui  fe  pafta,  en  quoy  il 
fut  digne  d'éternelle  mémoire.  Mais  feulement 
pour  accôplir  mon  intention,  il  refte  de  dite  çç 


<»_~_Xii'!laLg:i71 


des  Indes.  Liure  VIL  5^4 

que  les  Indiens  racontent  de  cet  affaire,  ce  qui 
naefté  iufqu'aujourd'huy  rédigé  par  efcnt  en 
noftre  vulgaire.  Motecuma  donc  ayant  enten- 
du les  victoires  du  Capitaine,  Se  qu'il  venoit, 
f aduancant  pour  fa  coquette  ,  qu'il  i'eftoit  con- 
fédéré à  joint  auec  ceuxdeTlafcalla  fes  capi- 
taux ennemis,  &auoitchaftié  rudement  ceux 
deCholiolafesamis-,  f'imagina  de  le  tromper, 
ou  efprouuer  enluy  enuoyant  vn  homme  prin* 
ciual ,  vertu  ,  Raccommodé  des  mefmes  orne- 
mens,  &  enfeignes  Royales,  qui  feignit  eftre 
Motecuma  :  laquelle fi&ion  ayant  efté  defeou- 
uerte  au  Marquis  par  ceux  de  Tlafcalla  qui  Fac- 
eompagnoient ,  le  renuoya après l'auoir  douce- 
ment  ôc  prudemment  reprins  de  l'auoir  ainii 
voulu  tromper  i  dequoy  Motecuma  demeura 
tellement  confus ,  que  pour  la  crainte  de  cela  il 
retourna  à  fes  premières  imaginations-de  vou- 
loir faite  retirer  les  Chteitiens,  par  le  moyen  ÔC 
inuoeation  des  enchanteurs  &  forciers.^  Par- 
quoy  il  aiTembla  vn  plus  grand  nombre  d'iceux 
quiln'auoit  fait  la  première  fois ,  tn les  menaf- 
fant  que  f'ils  retournoient  vers  luy  fans  accom- 
plir fon  commandement ,  il  n'en  r'efchapperoïc 
vn  feul ,  à  quoy  ils  promirent  d'obtempérer.  Et 
pour  cet  effed  tous  les  officiers  du  diable  fen 
allèrent  au  chemia  de  Chalco,  quieftoitparou 
deuoient  pafTer  les  Efpagnols,  oùmontansau 
faifte  d  vne  cofte,  leur  apparut  Tezcalipuca,  vn 
de  leurs  principaux  dieux ,  comme  venant  de- 
uers le  camp  des  Efpagnols ,  en  1  habit  de  Chat- 
cas,  qui  audit  lestetins  ceints  auechm&toms 
dvne  corde  de  ionc;  il  venoit  comme  hors  de 

Z  z  hij 


Hiftoire  naturelle 
foy,  &  comme  vn  homme  infenfé,  &enyuté 
de  rage  &  de  furie.  Arriué  qu'il  fut  à  lefcadron 
oes  Negromanciens  &forciers,  ilfarrefta,  & 
leur  dift  en  grand  cholere  :  Pmrquoy  v*»,  autre,  re- 
nmet-vm  uy  ?  Q^efl-ce  que  ntupm*  frètent fa.re- 
Varv.ftremoyen  Use?  mfurdaàuu'e:  car  defiatleti 
determme  quehnluy  ofe  fo»  Royaume &>  finhonneu,, 

«erneinfetgneurwu  comme  twfire  &  tyran.  Les  en- 
chanteurs a  ors  oyans  ces  paroles  ,  cogneurenc 
que  c  eftoit  leur  idole,  &  fhumilians  deuât  luy 
Juy  battirent  àl'inftant  aumefmelieu  vn  autel 

de  pierre,qa'ils  couurirent  de  fl  eurs  qu'ils  cueil- 
firent  al  entour  ;  luy  au  contraire  ne  faifant  pas 
deltatdeceschofes,  commença  derechef  à  les 
tancer,  difant  :  ^eftes-vm  venmfatre.cy,  tmftres, 
retourne^  retmrneXincmtment,  cr  regarda  Mexique, 
f»  que  vw  entendre  qutd„,  advenir  telle.  Et di- 
lent  quils  fe  retournèrent  deuers  Mexique  pour 
la  regarder,  &  qu'ils  h  vireiu  brudante  &  toute 
enHambee  de  viues  fiâmes.  Alors  le  diable  dif- 
parut,  &  eux  n'ofans  pa/Ter  plus  outre,  firent 
fçauoircelaàMoteçuma;cequ'ayant  entendu, 
il  fut  vn  long  temps  fans  parler,  regardant  pen- 
hf  en  terre,  puis  dift ,  que  ferons-nous  donc,  fi 
les  dieux  &  nos  amis  nousdelaiflenr,  &  qu'au 
contraire  ils aydent  &  fauotifent  nos  ennemis} 
le  luis  défia  refolus,  &  nous  deuons  tous  refou- 
orea  ce  point,  qu'arriue  ce  qui  pourra  arriuer, 
nousnedeuonspointfuyr.ny  nous  cacher.n, 
monftrer  aucun  figne  de  coiiardifc.  l'ay  feule, 
tnent  prtié  des  vieillards,  &  des  petits  enfans 


des  Indes.  Dure.  VIL         $6$ 

qui  n'ont  ny  pieds,ny  mains  pour  fe  defFendre, 
ôc  difant  cela,fe  teut,  pource  qu'il  commençoit 
à  fe  cràfporter  en  extafe.  En  fin  le  Marquis  Rap- 
prochant de  Mexique,  Mote.çuma  s'aduifadc 
faire  de  neçefîné  vertu,  &fortitpour  lerece- 
uoir  comme  à  trois  ou  quatre  lieues  de  la  Cité, 
allant  d'vne  graue  majefté,porté  fur  les.efpaules 
de  quatre  Seigneurs^  eftant  couuert  d'vn  riche 
poëlle  d'or  <5c  de  plumeries.  Lors  qu'ils  Centre* 
rencontrèrent ,  Moteçuma  defcendit ,  &  tous 
deux  fe  faliierent  l'vn  l'autre  fort  courtoifemét: 
Dom  Fernande  Cortés  luy  dift  qui! ne  fefou- 
ciaftderien,  ôc  qu'il  n'eftoit  là  venu  pour  luy 
ofter  fon  Royaume,ny  diminuer  fon  authorité. 
Moteçuma  logea  Cortés  &  Ces  compagnons  en 
fo  n  Palais  Royal,  qui  eftoit  fort  magnifique ,  &: 
luy  s'en  alla  loger  en  d'autres  maifons  priuees 
qu'il  auoit.    Les  foldats  defehargerent  cefte 
nuict-là  l'artillerie  par  refiouy  (Tance,dequoy  les 
Indiens  s'efpouuenterentbeaucoupjn'eftans  pas 
accouftumez  d'ouyr  vne  telle  nautique.  Le iour 
enfuiuant  Cortés  fit  aïTembler  Moteçuma  Se 
les  Seigneurs  de  fa  Court  en  vne  grande  fale,où 
luyeftant  a(îis  en  vne  haute  chaire,  leur  dift 
qu'il  eftoit  feruiteur  dVn  grand  Prince  qui  les 
auoit  enuoyez  en  ce  pays  pour  faire  de  bonnes 
ceuures,  &  qu'ayant  trouuc  eniceluyeeux  de 
Tlafcalla  qui  eftoient  fes  amis ,  lefquels  fe  plai« 
gnoiét  fort  des  torts  &  griefs  que  ceux  de  Mexi- 
que leur  faifoient  continuellement,  à  cefte  oc- 
cafion  il  vouloit  entédre  lequel  d'entr'eux  auoit 
le  tort,  à  fin  de  les  appointer  enfemble ,  pour  de 
ïàenauaatnefetrauaiiler  &  guerroyer  les  vas 


'ii 


Lftftoire  naturelle  ' 

les  autres,  &  que  cependant  luy  ôcfes  freret 
(qui  eftoient  les  £fpagnols)demeureroient  tou- 
jours  là  fans  les  endommager,  au  contraire  les 
ayderoient  en  ce  qu'ilspourroient.Il  mit  peine 
de  faire  bien  entendre  ce  difcours  à  tous,  fe  fer- 
liât  de  ces  interprètes  &  truchemëts.  Ce  qu'en- 
tendu par  le  Roy  &  les  autres  Seigneurs  Mexi- 
quains.ils  furent  extrêmement  contés,  &mon- 
ftrerent  grands  fignes  d  amitié  à  Cortés  &  aux 
fiens*  Plufieursfont  d'opinion  que  s'ils  euffent 
fui u y  l'affaire  comme  ils  J'auoient  commécéce 
iour  là,  ils  euiTent  peu  facilement  ordonner  du 
Roy  &  du  Royaume  pour  leur  donner  la  loy  de 
Σsv*s-CHRiTfansgrandeeffufiondefang.Mais 
îesiugementsdeDieu.font  grads,&  les  péchez 
dts  deux  parties  eftoient  en  grand  nombre  -,  par 
ainii  n'ayans  fuiuy  leur  pointe ,  l'affaire  fut  dif- 
fère, combien  qu'en  fin  Dieu  fitmifericordeà 
celle  nation, luy  cômuniquant  la  lumière  de  fon 
faincl:  Euangile,  après  auoir  fait  iugemet  ôc  pu- 
nition  de  ceux  qui  le  meritoient,  &  qui  auûient 
trop  énormément  ofFenfé  la  diuine  reuerence. 
Tanty  a  que  quelques  occafiôss'efmeurent,dôt 
pjufieursplaintes,griefs  &  foupçons  nafquiréc 
dvn  cofté,&  d'autre.Ce  que  voyant  Corte's ,  ôc 
quelesvolontez  des  Indiens  commençaient  à 
fe  diftraire  d'eux,il  luy  fembîa  neceifaire  de  s  af- 
feurer ,  en  mettant  la  main  fur  le  Roy  Moteçu- 
ma,lequel  fut  faifi,&  mis  les  fers  aux  pieds,  aéte 
certes  efpouuentable  au  monde,  &  qui  eft  efgal 
à  l'autre  fîen,d'auoir  bruflé  Ces  nauires,  &  s'eftre 
enclos  au  milieu  de  fes  ennemis,  pour  vaincre 
ou  pour  mourir.  Xe  pire  fut  que  à  caufe  delà 


desjrides.  Uure.  VII.  S^ 

venue  inopinée  dvn  Pamphilo  Naruaesenla 
Ueré  Crux,  pour  altérer  &  mutiner  le  pays  fut  de 
!  befoing  que  Cortés  s'abfentaft  de  Mexique ,  & 
qu'il  laiiaft  le  pauure  Moteçuma  entre  les 
mains  de  {es  compagnons,  qui  n  auoient  pas  la 
diferetion,  ny  la  modération  telle  que  luy ,  par 
ainfi  l'affaire  vint  à  telle  diiTenfion, qu'il  n'y  eut 
plus  aucun  moyen  de  faire  paix. 

De  la  mort  de  Moteçuma  ,  &  for  tic  des  : 
Efpagnols  de  Mexique. 


Chapitre    XXVI, 


Ors  que  Cortis.eftoit.abfent.de 
Mexique,  celuy  qui  eftoit  demeu- 
ré fon  Lieutenant,fut  d'opiniô  de 
donner  vn  rude  chafliement  aux 
Mexiquains,  &  fit  ruer  vtt  grand 
nombre  de  la  nobleiTe  en  vn  bal  qu'ils  firent  au 
Palais  vs  qui  fut  fi  exceffif ,  que  tout  le  peuple  le 
mutina,  &  dVnefurieufe  rage  prindrent  les  ar- 
mes pour  fe  véger  &  tuer  les  Efpagnols.Par  aimi 
Jes  aflîegerétau  Palais,  les  preflans  de  fi  presque 
le  dommage  que  Jes  Efpagnols  leur  faifoient  de 
leur  artillerie  &  de  leurs  arbaleftes ,  ne  les  pou- 
uoit  diftraire  ,  ny  faire  retirer  dé  leur  entre- 
prinfe,à  quoy  ils  perfift erent  par  plufieurs  îou rs 
leur  empefehant  les  viures,fans  permettre  qu'il 
y  entrait  ou  fortift  aucune  créature.  Ils  febat- 
toient  auec  des  pierres,des  dards  à  ietter ,  à  leur 
façon,des  efpeccs  de  lances  qui  font  comme  des 
flefehes ,  ou  il  y  a  quatre  ou  fix  razoirs  très  -ay  » 


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Hiftoire  naturelle 
gns, quifont telles  queles hiftoires racontent. 
qu  en  ces  guerres  vn  Indien  dvn  coup  de  ces  ra- 
zoirs  emportaprefque  tout  le  col  dvn  cheual.  SA 
comme  ils  combattoient  vniouren  cefterefoJ 
Jution  &  furie,  ks  Efpagnols  pour  les  faire  cef \ 
fer,rirent  monter  Moteçuma,  auec  vn  autre  <fa| 
principaux  Seigneurs  Mexiquains ,  au  haut  dV 
ne  platte  forme  de  la  maifoh,  couuerts  des  ronj 
délies  de  deux  foldats  qui  eftoient  auec  euxXcs 
Mexiquains  voyans  leur  Seigneur  MoteçumaJ 
sarrefterent&fîrentgrandfilence.  Alors  ko- 
feçuma  leur  fît  dire  parce  Seigneur  principal, 
qu  ils  s'appaifafîent,  &  qu'ils  ne  fiflèntia  guerre 
aux  Efpagnols,  puis  qu'ils  voyoiet  que  luy  eftat1 
pnfonmer  ,  cela  ne  leur  pouuoit  profiter.  Ce 
qu'eftant  entendu  par  vn ieune  homme  appelle 
Quicuxtemoc,  lequel  ils  parloient  défia  d'eflire 
pour Jeur  Roy ,  diU  haute  voix  à  Moteçuma, 
qu  il  feretiraft  comme  vn  vilain  ,  que  puis  quil 
auoit  efté  fi  couard  que  de  fe  laifler  prendre ,  ils 
neluy  deuoient  plus  obeyr,maispluitoft  luy  do- 
nerlechaftiementqu'ilmeritoi^rappeliâtfem- 
me.pour  plus  grade  ignominie,  &  cômencaa- 
lors  à  enfoncer  fon  arc,  &  à  tirer  cotre  luy,&  lç 
peuple  recomença  à  ietter  des  pierres,  &  pour- 
fumre  leur  combat.  Plufieurs  difent  qu'alors 
Moteçuma  fut  frappé  d Vn  doup  de  pierre,dont 
il  mourut;  les  Indiens  de  Mexique  afferment  le 
contraire,  mais  qu  il  mourut  depuis  de  la  façon 
queiediray incontinent.  Aluaro&le  reftedes 
Bfpagnols  fe  voyans  û  prenez,  enuoyerent  don- 
ner aduis  au  Capitaine  Cortés ,  du  grand  dâeer 


ou  ils  eftoient,  lequel  ayant  auec  vnernerueik 


ks  ïnâes.  LiureVlt         367 

leufe  dextérité  &  valeur,  donné  ordre  en  l'affai- 
re de  Naruacs,&  recueilly  pour  luy  la  plus  gran- 
de partie  defes  hommes ,  vintà  grandes  iour- 
nees  fecouiir  les  fîens  en  Mexique^ù  attendant 
le  temps  que  les  Indiens  ferepofoient  (carc'e- 
ftoit  leur  vfageenla  guerre  ,  de  Te  repofer  de 
quatre  iour s  en  quatre  iours)  il  s'aduanca  vn 
iour  par  grande  rufe  &  magnanimité ,  tellemét 
que  luv  &  les  gens  entrèrent  au  Palais  où  les  Ef- 
pagnofès'eftoient fortifiez,  parquoy ils  mon- 
ilrerét  plufieurs  lignes  de  refiouyiîance,  en  def- 
chargeant  l'artillerie  :  mais  comme  la  rage  des 
Mexiquains  s'augmentoit,  &  qu'il  n'y  auoit  nul 
moyen  de  ks  appaifer  ,  meimes  quelesviures 
leur  deffailloient  du  tout ,  fans  qu'ils  en ifentef- 
perance  de  pouuoir  plus  fe  deffendre ,  le  Capi- 
taine Cortés  délibéra  de  fortir  vne  nuicl:  fans 
bruit.  Parquoy  ayant  fait  des  ponts  de  bois, 
pour  paiTer  deux  grands  courants  d'eaiïe  fort 
dangereux,  il  fortitfurlaminuiclauec  tout  le 
plus  grand  filence  qu'il  peut,  &  ayant jà la  plus 
part  de  (es  gens  palTé  le  premier  pont , lis  furent 
apperceus  d'vne  Indienne  auant  que  de  palier  le 
{econd,qui  s'en  alla  criât  que  leurs  ennemis  s'en 
fuyoient,  à  laquelle  voix  s'aiTembla&  accourut 
tout  le  peuple  d'vne  terrible  furie^ellemet  que 
paffant  le  fécond  pont,  ils  fureat  tellemét  char- 
gez &  preflez,  qu'il  demeura  plus  de  trois  cents. 
hommes  morts  &  blefl'ezenvnlieu  oùcftau- 
iourd'huy  vn  petit  hermitage,  que  fort  mal  à 
propos  l'on  appelle  auiourd'huydes  Martyrs. 
Plufieurs  des  Efpagnols  pour  conferuer  l'or  ÔC 
Us  ioyaux  qu'ils  auoient,ne  peurenc  efchap^er, 


<?* 


il 


£fifîoire  naturelle 

&  d'autres  retardas  pourle  recueillir,  8c  apport 
ter,furent  prins  par  ks  Mexiquains ,  &  cruelles 
mét  facrifiez  deuât  leurs  idoles.Les  Mexiquains 
trouuerent  le  Roy  Moteçuma  mort ,  &  blefié 
comme  ils  difent  de  coups  de  poignards,  qui  eft 
leur  opiniô,que cefte  nuid  les  Efpagnols  le  tue- 
rentauec  d'autres  Seigneurs.  Le  Marquis  en  la 
relation  qu'il  enuoya  à  l'Empereur,  dit  au  con- 
traire ,  &  que  les  Mexiquains  luy  tuèrent  celle 
Juiict  vn'rlls  de  Moteçuma,qu?il  emmenoit  auec 
d'autres  Seigneurs  ,  difant  que  toute  la  riche/Te 
d'or3pierres,&  d'argét,qu'ils  emportbienr,tôba 
au  lac,ou  iamais  du  depuis  ne  parut  Quoy  qu'il 
enfoit,MoteçuinaHnitmife-rahlement,&paya 
au  iufte  iugement  du  Seigneur  des  cieux  ce  qu'il 
meriroit ,  pour  fort  grand  orgueils  tyrannie. 
Car  Ton  corps  eftât  venu  en  la  puiiïance  des  In- 
diens,ils  ne  voulurent  luy  faire  les  obfeques  de 
Roymon  pas  d'homme  commun,  ains  le  iette-. 
rent  par  grand  raefpris  &  collere.  Vn  lien  ferui- 
teur  ayant  pitié  du  malheur  de  ce  Roy  qui  auoit 
efté ;  auparauant  craint,  &  adoré  côme  Dieu,  luy 
fît  là  vn  feu,  8c  mit  ks  cendres  où  il  peut, en  vn    I 
iieu  aflfez  mefprifé.  Retournant  donc  aux  Efpa- 
gnols  qui efchapperët,ils furent  grandemét  fa- 
tiguez &  trauaiilez ,  pource  que  ks  Indiens  les 
Hïyuirentobltinémentdeuxou  trois iours,  fans 
ks  laifler  repofer  vn  moment,  &  alloient  fi  fati- 
guera caufe  du  peu  de  viures ,  que  bien  peu  de 
grains  de  mays  eftoient  départis  entr'eux  pour 
leur  manger.  Les  relations  des  EfpagnoIs,&  des 
Indiens  s'accordét,que  noftre  Seigneur  les  déli- 
vra en  cet  endroit  miraculeufemem,  la  mère  de 


i 


des  Indes  ^  Bure.  V 1 1.         3  6  % 

tnifericoide,&  Royne  des  Cieux,Marie  les  def- 
fendant  en  vne  môtaignette,ou  à  trois  lieues  de 
Mexique  eft  auiourd'huy  fondée  vne  Fglife  en 
mémoire  de  cela ,  auec  tiltre  de  noftre  Dame  de 
fecours.lls  fe  recirerét  vers  leurs  anciés  amys  de 
Tiafcalla5où  ils  fe  retirerét  par  leur  ay de ,  cV  par 
la  valeur,&  rufe  de  Fernade  Cortés,puis  retour- 
nerét  faire  la  guerre  en  Mexique  par  eau,&  par 
terre,  auec  l'inuention  des  brigantins  qu'ils  mi- 
rent dans  le  lac,&  après  plufieurs  côbats  ôc  plus 
de  foixante  dangereufe  batailles,ils  gagnerét  du 
tout  la  Cité  de  Mexique  leiourde  fainct  Hip- 
polyte,treziefme  du  mois  d'Aoufr,mil  cinq  cêts 
vingt  &  vn.Le  dernier  Roy  des  Mexiquains  ayât 
obftinément  fouftenu  la  guerre,en  fin  fur  prins 
en  vne  grâdeCanoe,où  il  s'enfuyoit,lequel  eftât 
amené,  auec  quelques  autres  des  principaux 
Seigneurs,deuant  Fernande  Cortés,le  roy tellet 
d'vne  eftrange  magnanimité,facçant  vne  dague 
s'approcha  de  Cortés ,  &  luy  dift ,  lufyues  autour- 
d'huy  t'ay  faitî  ce  que  tayfeu  four  Udeffenfe  des  fntens,- 
maintenant  ie  nejuuflns  obligea  faire  âauïtage  que  ds.u 
donner  cejîe  dague  four  me  tuer  d'icelle.Conès  luy  ref- 
pondit  qu'il  ne  le  vonloit  pas  tuer,&  que  ce  n'a- 
uoit  point  elle  fon  intention  de  les  endômager, 
mais  que  leur  obftination  fi  folle  eftoit  coupa- 
ble de  tant  de  mal ,  &  de  la  perfecution  qu'ils 
auoient  foufferte;  qu'ils  fçauoient  bien  combien 
de  fois  il  les  auoit requis  de  paix,  &d'amitié9 
puis  cômanda  qu'on  les  gardaft,&  qu'on  le  trai- 
ctaft  fort  bié  luy  Se  les  autres  qui  eftoiéc  efchap- 
pez.  Plufieurs  chofes  aduindrent  en  cette  con- 
quefte  de  Mexique^ftranges  &  admirabks.car 


ffifîoires  toaturt 
îc  ne  tiens  point  pour  menfipnge,  ny  pour  addi- 
tionne que  difent  plufîeurtf ,  qui  efcriuent  que 
Dieufauorifa  l'affaire  des  Efpagnols  par  plu- 
fleurs  miracles,  d'autant  cju'il  leur  eftoit  impof- 
iible  de  vaincre  tât  dedifhcultez,  fans  la  faueur 
du  Ciel  y  Ôc  de  safïubje&ir  au  commencement 
cefte  terre,auec  fi  peu  d'hommes.  Car  combien 
que  nous  autres  fuflions  pécheurs,  &  indignes 
de  telle  faueur  ,  toutesfois  la  caufe  de  noftre 
Dieu,  la  gloire  de  noftre  foy,  le  bien  de  tant  de 
milliers  d'ames,comme  eftoient  ces  natiôs,  que 
le  Seigneut  auoit  predeftinees,requeroient  que 
pour  paruenir  à  ce  changement  que  nous  voyôs 
à  prêtent  arriué,il  y  furuinft  des  moyens  fuper- 
naturels ,  ôc  propres  à  ceiuy  qui  appelle  à  la  co- 
gnoiiTance  de  luy  les  aueugles,&  prifonniers,& 
leur  done  la  lumière  &  liberté  par  Ton  S.  Euâgi- 
le}&  afin  que  Ton  puilTe  mieux  entédre  cecy,  ôc 
y  adioufter  foy  ,  ie  raconteray  quelques  exem- 
ples qui  me  femblent  à  propos  de  cefte  hiftoire. 

De  quelques  miracles  que  Dieu>  amonflreZes 

Indes  en  faneur  delafoyy  fans  le 

mérite  de  ceux  qui  les  firent. 

Chapitre    XXVII. 

Ainde  Croix  de  la  Syerre  efl  vne  Prcr- 
uince  fort  grande ,  ôc  fort  eilongnee, 
au  Royaume  du  Peru ,  quis'auoifine 
auec  diuerfes  nations  d'infidèles,  les- 
quels n'ont  point  encor  la  lumière  de  l'Euan- 
gilea  depuis  le  temps  (juei'ea  fuisparty  fi  les 

Père? 


âes  fndes.  Dure.  Vît  3  ty 

Itères  de  noftrc  Compagnie,qui  font  là  pour  cet 
effc<a,ne  leur  ont  enfeigné.  Toutesfois  celle 
Prouince  de  (aincle  Croix  eft  Chreftienne,  ôc 
yaplufieurs  Efpagnols  &  Indiens  baptifez  eii 
grand  nombre.  La  façon  comment  le  Chri- 
ftianifme  y  entra ,  fut  telle-  Vn  foldat  de  maii- 
uaifevie,  refident  en  la  Prouince  de  Charcasj 
craignant  laiuftice*  qui  pour  fes  deli&s  kre- 
cherchoit,entra  bien  auant  dans  le  pays,  &  fut 
recueilly  gracieufement  des  Barbares  de  cefte 
contrée  ■  ÔC  voyant  l'Efpagnol  qu'ils  endu- 
roient  alors  vne  grade  neceffite  par  faute  d'eaux 
&  que  pour  faire  pleuuoir  ils  faifoient  beau- 
coup de  cérémonies  fuperftitieufes  ,  comme 
ils  ont  accouftume  ,  il  leur  dift  que  s'ils  vou- 
loient  faire  ce  qu'il  leur  diroit,  qu'incontinent 
ilsauroientde  l'eau,ce  qu'ils  s'offrirent  de  fai- 
re fort  volontairement.  Alors  le  foldat  fit  vne 
grande  Croix,  qu'il  planta  en  vn  lieu  emment* 
leurdifant  qu'ils  fiffent  là  leur  adoration  ,  ôc 
qu'ils  demandaient  de  l'eau  ,  ce  qu'ils  firent, 
chofe  merueilleufe,incontinent  tomba  de  l'eau 
fi  abondamment  ,  que  les  Indiens  prindrenc 
telle  deuotion  à  la  fainéfce  Croix  ;  qu'ils  auoient 
recours  à  iceîle  pour  toutes  leurs  neceflîtez, 
&obtenoienttoutce  qu'ils  demandoient,  tel- 
lement qu'ils  rompirent  leur  idole  v&  com- 
mencèrent à  porter  les  Croix  pour  enfcigncs* 
&  à  demander  des  Prédicateurs  qui  les  enfei- 
gnaiîent,&  baptifafïent.  Pour  cefte  occafion 
la  Prouince  aefté  iufques  auiourdhuyappel- 
lee  fainfte  Croix  de  la  Syerre.  Mais  afin  que 
l'on  voye  par  qui  Dieu  foifoit  ccsmerueilUs^il 


£fiftoire  naturelle 

ne  fera  mal  à  propos  de  dire  comment  cefoU 
dat,apres  auoir  quelques  années  fait  ces  mira- 
cles d'Apoflre ,  n'ayant  point  toutesfois  amen* 
dé  fa  vie,  fortit  delaProuince  desCharcas,  & 
continuant  fes  mauuaifes  façons  de  faire  ,  fut 
mis  publiquement  au  gibet  en  Pottofi.  Polo 
qui  le  cognoiiîoit,  efcrk  tout  cecy  comme  cho- 
fe  notoire,&:  qui  arriua  de  fon  temps*  Cabeca 
deVaça,qui  fut  depuis  gouuerneur  auParaguey, 
efeript  en  la  pérégrination  eftrange  qui  luy 
aduint  en  la  Floride  ,  auec  deux  ou  trois  autres 
compagnons  qui  réitèrent  feuls  dVne  armée; 
où  ils  pafTerent  dix  ans  auec  les  Barbares,  che- 
minans,  &penctrans  iufques  à  la  mer  du  Sud, 
&eftautheur  digne  de  foy  ,  que  les  Barbares 
les  forceâs  de  guarir  certaines  maladies  5  les  me- 
naçant quejs'ils  ne  le  faifoient,  qu'ils  leur  ofle- 
roientlavie,  d'autre  part  ne  fçachans  aucune 
partie  de  Médecine  3  &  n'ayans  aucuns  appa- 
reils pour  l'exercer,  forcez  de  la  necefîité  ,  fe 
iïrent  Médecins  Euangeliques,  difans  lesorai- 
fons  de  l'Eglife ,  &  fahans  le  figne  de  la  Croix, 
au  moyen  dequoy  ils  guarirent  ces  malades, 
pour  le  bruit  ôc  renommée  dequoy  ils  furent 
contraints  d'exercer  cefte  office  par  toutes  les 
villes  où  ils  paiToient,  qui  furent  innumcrables, 
enquoy  le  Seigneur  les  ayda  miracuieufement, 
de  forte  qu'ils  eftoient  eux-mefmes  efmerueil- 
lez  poureftrede  vie  commune,  voire Tvn  d'eux 
va  nègre  ;  Lancero  eftoit  vn  foldat  au  Peru,du- 
quelon  ne  fçait  d'autres  mérites,  que  d'eftre 
foldat,  il  difoitfur  les  playes certaine* bonnes 
paroles ,  &  f aifant  le  fîgne  de  la  Croix  les  gua- 


des  Indes .  Liure.  VÎT.         3  fd 

f  iflbit  incontinent  ;  d'où  Ton  difok  comme  par 
prouerbe,lePfalmede  Lancero.  Eftant  exami- 
né par  ceux  qui  tiennent  rang  &  ont  authorité 
en  TEglife ,  (on  office ,  &  Tes  œuure|/urent  ap- 
prouuces.Quelques  perfonnes  dignes  de  foy  ra- 
content^ l'ay  ouy  dire  mefmes,  qu'en  la  Cité 
deCufco,  lors  que  les  Efpagnôîs  yeftoientaf- 
fiegez  cV  prefTez  de  fi  près  ,  que  fans  l'ayde  du 
Cieljil  leur  eftoit  impofîîble  d'en  pouuoir  ef- 
chapper  ,  les  Indiens  iettoient  du  feu  fur  les 
toi&sdesmaifons  ,  où  s'eftoient  retirez  les  Es- 
pagnols, qui  eft  l'endroit  où  eft  auiourd'iiuy  bar 
ftie  la  grande  Eglife  :  &  bien  que  le  toi&  fuft  de 
certaine  paille,qu'ils  appellent  là  chicho,  &  que 
les  flamoeaux  qu'ils  y  iettoient  defïus  eftoient 
de  bois  de  pin  fort  fameux  ôc  fort  gros ,  toutes- 
fois  iamais  aucune  chofe  ne  pnnt  en  feu,ny  né 
futbruflée,  à  caufe  qu'il  y  auoit vne Dame era 
haut  qui  eftaignoit  le  feu  incontinent,  &  cela 
fut  vifiblement  apperceu  des  Indiens ,  qui  lé 
référèrent  depuis,  eneftans  fort efmerueillez, 
-t/on  fçait  de  certain  par  les  relations  de  plu- 
fleurs ,  &  par  les  hiftoires  qui  en  font  eferites, 
qu'en  diuerfes  batailles  que  les  Efpagriolseurétj 
tant  en  la  neuue  Efpagne  qu'au  Peru,les  Indiens 
contraires  veirét  en  l'air  vn  cheualier  monté  fur 
vn  cheual  blanc,vne  efpce  en  la  main,  combat- 
tant pour  les  Efpagnols,  d'où  eft  venue  la  grade 
vénération  qu'ils  porter  aux  Indes  au  glorieux 
Apoftre  S.  Iacques;  D'autresfois  ils  veirent  erî 
quelques  batailles  l'image  de  noftre  Dame ,  dé 
laquelle  les  Chreftiens  ont  receuen  ces  parties 
d'incomparables  faucurs  &benefices,que  Ci  l'on 


j/ifîoire  naturelle 

fâcontoit  par  le  menu  toutes  les  ceuures  du  Ciel 
comme  elles  font  aduenuës  ,  ceferoitvn  dif- 
cours  fort  long.,  Il  fufïu  d'auoir  dit  cecyàToo 
cafîon  de  l^grace  que  laRoyne  de  gloire  fît  aux 
noftresjlors  qu'ils  eftoient  prefTez  &  pourfuiuis 
des  Mexiquair*S,ce  quei'ay  mis  en  auant,afîn  de 
faire  entédre  que  noftre  Seigneur  a  eu  foucy  de 
fauorifer  la  foy  &  Religion  Chreftienne,defen- 
dant  ceux  qui  la  tenoient,  encor  que  paraduan- 
ture  ils  nemeritafTent  pas  par  leurs  ceuures  de 
telles  faueurs  &  bénéfices  du  Ciel.  C  eft  pour- 
quoy  Ton  ne  doit  pas  condamner  fi  abfolument 
toutes  ces  chofes  des  premiers  conquerans  des 
Jndes,ainfi  que  quelques  Religieux  &  hommes 
doctes  ont  fait  par  vn  bon  zele,fans  doute3mais 
par  trop  affecté;  car  combien  qu'en  la  plus-part 
ils  furent  homm  es  auares,afpres,&  fort  ignoras 
de  la  façon  de  procéder  que  l'on  deuoit  obfer- 
uex  entre  les  infidèles ,  qui  iamais  n'auoient  of- 
fenfé  les  Chreftiens ,  toutesfois  Ton  ne  peut  pas 
nier  que  de  la  part  des  infidèles,  il  n'y  ayt  en 
beaucoup  de  mauuaiftié  contre  Dieu,  &  contre 
les  noftres^e  qui  les  côtraignitvfer  de  rigueur 
êc  de  chaftiment.Et  ce  qui  eft  dauantagesle  Sei- 
gneur de  tous  y  encor  que  les  fidèles  fufTent  pé- 
cheurs ,  voulut  fauorifer  leur  caufe  &  party, 
pour  le  bien  des  infidèles  mefmes,  qui  depuis  fe 
deuoient  conuertir  au  faindfc  Euangile  par  ce- 
fte  occaiîomcar  les  chemins  de  Dieu  font  hautst 
&  leurs  traces  meru^eilleufes. 


des  Indes.  Dure.  VU.         17* 

Delà façon  quTïadmne  providence  dipfa  les 
Indesypoury  donner  entrée  à  la  Re-* 
ligion  chrefiienne. 
Chapitre    XXVIII. 
E  mcttray  fin  à  cette  hiftoire  des  In- 
des,declarant  le  moyen  admirable  par 
lequel  Dieu  difpofa  &  prépara  l'en- 
_  trée  de  l'Euangile  en  iceiles,  Ce  que 
Ton  doit  bien  confiderer ,  afin  de  louer  &re- 
cognoiftre  la  prouidence  ôc  bonté  du  Créa- 
teur.   Chacun  pourra  entendre  par  la  relation 
éc  difeours  que  l'ay  eferit  en  ces  liures  ,  tant  au 
Peru,comme  en  la  neuue  Efpagnc ,  lors  que  les 
Chreftiens  y  mirent  premièrement  le  pied,  ces 
Royaumes  &  Monarchies  eftoient  paruenues 
au  fommet  &  période  de  leur  puiffanec  -,  veu 
que  les  Inguas  poffedoient  au  Peru,depuis  le 
Royaume  de  Chillé  iufques  plus  outre  que 
Quitto,qui  font  mil  lieues  de  pays  miuy  .Eftans 
fi  abondans  en  or  &  argent,fomptueux  fermées, 
&  autres  chofes,que  rien  plus ,  comme  en  Me- 
xique Moteçuma  commando.it  depuis  la  mer 
Occeane  du  Nort,iufques  à  la  mer  du  Sud,eftat 
craint  &  adoré,  non  pas  comme  homme,  mais 
pluftoft  comme  Dieu.   Ce  fut  alors  que  le  très- 
haut  Seigneur  iugea  que  cette  pierre  de  Daniel 
qui  rompit  les  Royaumes  &  Monarchies  du 
monde,  rompift  aufll  ceux  de  cet  autre  nouueau 
monde.  Et  tout  ainfi  comme  la  loy  de  Chriit 
vint  quand  la  Monarchie  Romaine  eftoit  par- 
venue à  fon  fommet ,  ainfi  en  aduint-il  es  Indes 

Aa  a  uj 


! 


Hifloke  naturelle 
Occidentales  ,  ôc  vrayemenc  apperçoit-on  en 
cela  vne  vraye  prouidénce  du  Seigneur.  Car 
n'y  ayant  lors  au  monde,  c'eft  à  dire  en  Europe, 
qu'vnchef&feigncur  temporel ,  ainfi  que  les 
Jacrez  Do&eurs  le  remarquent ,  cela  futcaufc 

que  l'Euangile  fe  peut  facilemét  communiquer 
à  tant  de  peuples  &  nations ,  ce  qui  eft  auffi  ar- 
nue  es  Indes,  ou  ayans  donné  la  cognoifTance 
de  Chrifl:  aux  chefs  &  Monarques  de  tant  de 
Royaumes,cela  fut  caufe  que  par  après  plus  fa- 
cilement Ion  communiqua  I'Euangile  à  tout  le 
peuple  ,  voire  y  aicyvnechofe  particulière  à 
noter,que  comme  les  feigneurs  de  Mexique  &r 
de  Cufco   alloient  conqueftans  de  nouuelles 
terres,  ils  y  alloient  auffi  introduifans  leur  lan- 
gue; car  iaçoitqu'ily  euft,commeilyaencor 
de  prefent,vne  grande  diuerfîté  de  langues  par- 
ticulières Ôc  propres  ,  neantmoins  la  langue 
courtifanede  Cufco  courut,&  court  encor au- 
iourd'huy  plus  de  mil  lieues,  &  celle  de  Mexi- 
que^ nés  eftendoitgueres  m  oins  ,  ce  qui  n'a  pas 
cite  de  petite  importance,mais  a  beaucoup  pro- 
fité pour  faciliter  la  prédication  en  cetéps  que 
les  Prédicateurs  n'ont  pas  le  don  de  plufieurs 
Iangues,commeils  auoient  anciennement.  Oui 
voudra  fçauoir  quelle  ayde   ça  efté  pour  la 
prédication &conuerfîon de  ces  peuples,  que 
la  grandeur  de  ces  deux  Empires  que  iay  dit, 
pour  la  grande  difficulté  que  l'on  a  expérimen- 
tée à  réduire  en  Chrift  les  Indiens ,  qui  ne  reco- 
gnoifToient  point  vn  Seigneur,  s  en  aille  en  la 
Floride,  auBrefîl,  aux  Andes,  &  en  plufieurs 
autres  endroits,  où  par  la  prédication  Ion  n  'j 


' 


desfydes.Liure  VIL         pi 

pas  faiâ:  vntel  efFe&  en  cinquante  ans,  com- 
me on  a  fait  au  Peru  ,  &  en  la  neuue  Efpagne 
en  moins  de  cinq.    S'ihnreulent  dire  que  la  n- 
cheffedecefteterreenaefté  caufe,  ie ne  le  me 
pas  dutout,toutesrbisileftoit  impoffible  qu'il 
y  euft  tant  de  richeffe,  &  qu'ils  l'eufTentpeu  cô- 
feruer,s'ii  n'y  euft  eu  Monarchie.  Cela  mefme 
eft  vn  acheminement  de  Dietrpour  ce  temps 
cy,auquelles  Prédicateurs  de  l'Euangile  font  fi 
froids  &  fi  peu  zelez,  qu'il  y  aye  des  marchands 
lefqueïs  auec  la  chaleur  de  l'auarice,  &  le  défit 
du  commandement ,  cherchent,*  defcouurenE 
de  nouueaux  peuples ,  où  nous  partions  auec  ^ 

noftre  marchandife.Car  comme  dit  S.  Auguftin,  y*£  M-- 
la  prophétie  d'Efaye  eftaccomplie,  en  ce  que  *«»5»* 
l'Eglife  de  Chrift  s'eft  dilattée ,  non  feulement  •»  - 
en  la  dextre,mais  auffi  en  la  feneftre  >  qui  eft  cô- 
meii  déclare  ,  s'accroiftre  parles  moyens  hu- 
mains &  terriens  ,  que  l'on  cherche  plus  ordi* 
nairement  que  Iefus-  Chrift.  Ca  efté  auffi  gran- 
de prouidence  du  Seigneur,  que  quand  les  pre- 
miers Efpagnols  y  arriuerent ,  ils  trouuerent  à& 
Taydc  entre  les  mefmes  Indiens,à  caufe  de  leurs 
partialitez  &  grandes  diuilîons.  Cela  eft  tout 
cogneu  au  Peru,que  la  diuifion  d'entre  les  deux 
frères  Arahulpa,&  Guafca,  eftat  nouucllement 
decedé  le  grand  Roy  Guanacapa  leur  père,  fuit 
caufe  de  donner  l'entrée  au  Marqui^Dom  Fran- 
çois Pizarre,& aux  Efpagnols,  d'autant qtfvn 
chacun  d'eux  defiroit  fon  alliance  ,  &quils 
cftoient  occupez  àfe  faire  la  guerre  l'vn  à  i'au- 
tre.Lon  n'a  pas  moins  expérimenté*  en  la  neuue 
Efpagne ,  que  Tay  de  de  ceux  de  la  Prouince  é« 

^aaiiij 


Hiftoire  naturelle 
Tlafcalîa,  à  caufe  4e  la  perpétuelle  inimitié 
qu'ils auoient  contre  les  Mexiquains,caufa  au 
Marquis  Fernande  Cortçs  ,  ôc  aux  fiensja  vi- 
ctoire &  feigneurie  de  Mexique  ,  &  fans  eux  il 
leur  euft  efté  impoflible  de  la  gagner,  voire  feu- 
lement de  fe  maintenir  au  pays.   Ceux-là  Ce 
trompent  beaucoup  qui  eftiment  peu  les  In- 
diens^ quiiugent  que  par  laduantage  queles 
Efpagnois  ont  fur  eux  de  leurs  perfcnnes,  che- 
uaux  ÔC  armes  orTenfiues  &  derTenfîues3ils  pour- 
ront conquefter  quelconque  terre  ôc  nation 
d'Indiens.  Chilléeft  encor  là  ,  ou  pour  mieux 
dire  Aranco  ,  ôc  Teucapel,qui  font  deux  villes, 
furiefquellesnos  Efpagnois  nont  pasfçeu  ga- 
gner vn  pied  de  terre ,  combien  qu'il  y  aye  plus 
de  vingt-  cinq  ans  qu'ils  y  font  la  guerre,fans  s'y 
efpargner.  Car  ces  Barbares  ayans  vne  fois  per- 
du la  crainte  des  cheuaux  ôc  des  arquebufes  >  ÔC 
fçachans  que  l'Efpagnol  tombe  aufli  bien  qu'vn 
autre  dVn  coup  de  pierre,  ou  aueç  vne  flèche, 
ils  fehafardent&  entrent  dans  les, piques,  fai- 
fans  leurs  entreprinfes.  Combien  d'années  y  a- 
il  quel'onleuedes  hommes  en  la  neuue  Efpa- 
gne  que  Ton  mené  contre  les  Chychymequos, 
qui  font  vn  petit  nombre  d'Indiens  tous  nuds, 
armez  feulement  de  leurs  arcs  ôc  flefches ,  tou- 
tesfois  iufques  auiourd'huy  ils  n'ont  peueftre 
vaincus,au  contraire  de  iour  en  iour  ils  deuien- 
nent  plus  hazardeux  &  déterminez?  Mais  que 
dirons  nous  des  Chucos,des  Chyraguanas  ,  ôc 
des  Pilcocones,  êc  de  tous  les  autres  peuples 
des  Andes  ?  Toute lafleur  du  Peru  n'y  a-elle  pas 
Ip*  menant  aueç  foy  fi  grand  appareil  d*arme$ 


1 


des  Indes.  Dure  FIL         m 

&  hommes,  comme  nous  auonsveu?  Que  fi- 
rent- ils  î  Auec  quel  profit  retournerent-ils  >  lis  > 
en  reuindtent  certainement  bien  heureux  de 
n'y  auoir  laiffé  la  vie,  y  ayans  pctdu  leur  baga- 
ge   &  ptefque  tous  leuts  cheuaux.  Qnaucun 
n'eftime  pas  qu'en  parlant  des  Indiens  l'on  do.- 
ue  entendre  des  hommes  de  rien:  mais  lil  ie 
penfe,  qu'il  vienne ,  &  en  faflel'efpreuue.  Il  en 
Faut  donc  attribuer  la  gloire  à  qui  elle  appar- 
tient, qui  eft  principalement  à  Dieu,  &àlon 
admirable  difpofition  :  car  fi  Motecuma  en 
Mexique,  &  l'ingua  au  Peru  ,  le  furent  em- 
ployez à  refifter  aux  Efpagnols ,  &  leur  empef- 
cher  l'entrée ,  Cortez  Se  Pyzarre  y  euflent  peu 
profité,  encore  qu'ils  fuffent  excellents  Capital- 
nés,  d'auoir  mis  feulement  pied  enterre.  U 
efté  mefme  vn  grand  ayde  pour  faire  receuoir 
aux  Indiens  la  loy  de  iefus-Chrift ,  que  la gran- 
de fubjedion  qu'ils  auoient  à  leurs  Rois  &  Se  - 
gneurs,  &  mefme  la  fujedion  &  feruitude  qu  ils 
auoient  au  diable ,  à  fes  tyrannies  &  à  fon  ioug 
fi  pefant.  Ce  fut  vne  excellente  difpofition  de  la 
Sapiencediuine,  laquelle  tire  du  profit  du  ma 
d'autruy  qu'elle  n'a  pas  femé.  Il  eft  certain  qu  il 
n'y  a  aucun  peuple  des  Indes  Occidentales,  qui 
avt  efté  plus  idoine  à  l'Euangile,  que  ceux  qui 
ont  efté  plus  fujets  à  leurs  Seigneurs,  &  qui  ont 
efté  chargez  de  plus  grandes  charges ,  tant  de 
ttibuts  &feruices,  comme  de  couftumes&  v  a- 
ces  fanguinolents.  Tout  ce  que  poflederent  les 
Rois  Mexiquains ,  &  ceux  du  Peru,  eft  aiqour- 
îhuy  le  plus  cultiué  de  la  Chreftiente,  &  ou  il  y 
a  moins  de  difficulté  au  gouuernemét,  &  police 


ffifioire  naturelle 

Ecclefiaftique.  Les  Indiens  eftoient  défia  fi  lafTés 
d  endurer  le  ioug  tres-pefanc,  &  InfuppoItable 
des  loix  de  fatan ,  des  .acrifices ,  &  cérémonies, 
dont nousauons parlé cy-defos,  qu'ils  conful- 
toient  entre  eux  de  chercher  vne  autre  loy,  Si 
vn autre  Dieu,  à  qui  ils  fermiTent.  C'eftpout- 
quoy  la  loy  de  lefus  Chrift  leur  fembla,  &  fera- 
Ne  encor  aujourd'huy  iufte,  douce,  nette,  bon- 
ne, &  toute  pleine  de  biens.  Et  ce  quieft  diffici- 
leen  noftreloy,  qui  eft  de  croire  desnwfteres 
ii  hauts  &  fouuerains,  aefté  bien  facile  entre 
■  «x ,  d  autant  que  le  diable  leur  auoit  fait  com- 
prendre d  autres  chofes  plus  déciles.  Et  ce* 
«lehnes  chofes  qu'il  auoit deftobees  denoftre 
ioy  Euangelique ,  comme  leur  façon  decom- 
mumon    &  confeflîon ,  leur  adoration  de  trois 
envn,  &  telles  autres  chofes  femblables,  lef- 
quellescontrela  volonté  de  l'ennemy,  ont  aydé 
a  raireplus  facilement  receuoir  la  vérité  à  ceux 
quilesauoient  receuzen  lamenterie.  Dieu  en 
toutes  fes  œuures  eft  fage ,  &  admirable,  lequel 
furmonte  l'aduerfaire  auec  fes  propres  armes, 
1  arrefte  auec  fon  lacs ,  &  l'efgorge  auec  fa  pro- 
pre elpee.  Finalement  noftreDieu  (qui  auoit 
crée  ces  peuples,  &  qui  fembloit  fi  longtemps 
les  auoir  misenoubly  )  quand  leur  heure  a  efté 
venue,  a  voulu  faire  que  les  mefmes  diables  en- 
nemis des  hommes  qu'ils  tenoient  fautivement 
pour  dieux  donnaffent  témoignage  contre  leur 
yoloté,  defa  vrayeloy,  dupouuoirdeChrift,& 
du  tnomphe  de  fa  Croix ,  ainfi  qu'il  appert  clai- 
'«""ïpar J esprefages,  prophéties -,  iSgnes  ÔC 
grodiges  cy  deiTus  racontez ,  auecplafieurs  au» 


'ies'lnâes.  Unit  VIL         374 

«es  qui  font  aduenus  en  diuers  endroits,  ôc 
que  les  mefmes  miniftres  dcfatan,forciers,ma- 
giciens,  &  autres  Indiens  l'ont  confeflc.  Et  ne 
peut-on  nier  (  car  c'eft  chofe  tres-euidente,  & 
notoire  par  toutlemonde)  que  le  diable  noie 
fiffler,  &  que  les  pratiques ,  oracles,  refponles, 
&  apparitions  vifibles,  qui  cftoient  fi  ordinai- 
res en  toute  celle  infidélité,  ont  ce(?c  çs  lieux 
où  le  figne  de  la  croix  a  efté  planté ,  ou  il  va  des 
Eglises,  &  où  l'on  a  confeflc  lenoradeC-hnlt, 
Que  fil  y  a  encor  aujourd'huy  quelque  fien  mi- 
nutre  maudit^qui  participe  encores  dequelque 
chofe  de  cela ,  ce  n  eft  que^dedansles  cauernes, 
fommets  des  montagnes,  &  aux  lieux  cachez, 
&  du  tout  eiloignez  du  noiu&  communion  des 
Chreftiens.  Le  Seigneur  fouuerain  fou  bemt, 
pour  Tes  grandes  mifericordes,  &  poaria  gloi- 
re de  fonfainclnomj  &  à  la  venté  filongou- 
uernoit ,  &  regûToit  ce  peuple,  tant  teœpoielle- 
ment  que  fpirituellement ,  de  la  façon  que  por- 
te la  loy  de  Ief us-Chrift  a  aec  vn  io  ug  h  doux,& 
vne charge  Ci  légère,  &  qu'on  ne  Leur  donnait 
point  plus  dé  poids  &  de  charge ,  que  ce  qu  ils 
peuuent  porterai!  qu'il  eft  porté  &  comman- 
dé par  les  patentes  du  bon  Empereur  de  bonne 
mémoire,  &  qu  auec cela  ils  priniîent  la  moi- 
tié du  foucy  qu'ils  employent  à  faire  profit  de 
leurs  pauures  fueurs ,  &  trauaux ,  pour  leur  ay- 
der  àleurfalut,  ceferoit  la  Chreftiente  la  plus 
paifible  &  heureufe  de  tout  lemonde.  Mais  nos 
péchez  bien  fouuent  font  occafion  que  Dieu 
ne  départ  pas  fes  grâces  fi  abondamment  quil 
f  erpit.  Toutefois  ie  dis  vne  chofe  qui  eft  vray  e, 


Hifroire  naturelle 
&  le  tiens  pour  certain,  que  jaçoitque  la  pre- 
mière entrée  del'Euangile  en  beaucoup  d'en- 
droits n'a  pas  efte  accompagnée  de  fîneerité,  Se 
de  moyens  Chreftiens,  defquels  l'on  fedeuoit 
feruir  ,  Ci  eft-ce  que  la  bonté  de  Dieu  a  tiré  dij 
Bien  de  ce  mal ,  &  a  fait  que  la  fujetion  des  In- 
diens leuraye  efté  vn  parfait  remède  &  falua- 
fcion.  Qjie  1  on  confîdere  vn  peu  ce  que  de  no- 
Ure  temps  Ton  a  de  nouueau  conuerty  en  la 
Chreftienté,  tant  en  Orient  qu'au  Ponent,  & 
combien  il  y  a  eu  entr'eux  peu  de  feureté ,  &  de 
jçerfeuerance  en  la  foy  &  Religion  Chreftienne, 
es  lieux  où  les  nouueaux  conuertis  ont  eu  entiè- 
re liberté  dedifpofer  de  foy,  félon  leur  libérai 
arbitre.  La  Chreftienté  fans  doute  va  croiiïant 
Se  augmentant,  &  rapporte  chaque  iour  plus  de 
fruict  entre  les  Indiens  afîujettis,  ôc  au  contrai- 
re fe  va  diminuant,  ôc  menaçant  ruine  es  autres 
qui  ont  eu  descommencemensplus  heureux;  ôc 
encore  que  les  commencemens  ayent  efté  labo- 
rieux ésjndes  Occidentales,  toutesfois  le  Sei- 
gneur n'a  JaifFé  d'enuoyer  incontinent  de  bons 
ouuriers  Ôc  fidèles  miniftres  fiens  ,   hommes 
fàinéte  ôc  Apoftoliques,  comme  furent  Frère 
Martin  de  Valence  de  l'ordre -de  fainét  François, 
Frère  Dominique  de  Getançois  de  Tordre  de 
fainft  Dominique,  Frère  Iean  de  Roa  de  l'ordre 
«le  fainct  Auguftin ,  auec  d'autres  feruiteurs  du 
Seigneur, qui  ont  vefcufain&ement,  ôc  y  ont 
ouuré des  chofesplus  qu'humaines.  Des  Prélats 
mefmetfages,  &  des  Preflres  fort  faincls,  ôc  di- 
gnes de  mémoire,  defquels  nous  oyons  des  mi- 
racles remarquables  y  &  propres  actes  d'Apa- 


àes'lnâes.LweVll         B7S 

ftres,  voire  en  noftte  temps  en  auons  cogneu  8c 

mon  intention  n'a  efté  plus  outre  que  de- «ai- 
dter  ce  qui  touche  l'hiftoire  propre  des  mefmes 
Indiens,  &  de  venir  iufques  au  temps  que  le  Pè- 
re de  noftre  Seigneur  lefus-Chrift  voulut  leur 
communiquer  la  lumière  de  fa  parole,  le  ne  paT- 
fcray  plus  outre,  laiffantpour  vn  autre  temps. 
Sur  vn  meilleur  entendement,  ledifcours 
de  i'Euangile  aux  Indes  ©ccidentales  ,  lup- 
pliant  le  fouuerain  Seigneur  de  tous  &  priant 
L  feruiteuts  qu'ils  fupphent  humblement  fa 

uent,  &  augmenter  par  fes  dons  du  ciel,  la  nou- 
uelle  Chreftienté  que  les  derniers  fiecles  ont 
plantée  aux  bornes'de  la  terre.  Sou  au  Roy  des 
Lcles  gloire,  honneur,  &  empire  pour  toul- 
jours.&àiamais.  Amen. 

FIN. 


•  : 


Table  des  choses   plvs 

REMARQUABLES      CÔNTENVES 
en  cefte  Hiftoire  naturelle  &;  morale 
des  Indes* 


►'  Bôdâce  d'eaux 
fous  la  Zone 
Torride     §■/ 
Abfurditez  de 
Tlfle  Atlanti- 
que  de  Platon  46.  a 

Abus  des  Èfpagnols  auTe- 
ru,prenans  1  efte  pour  l'hy- 
"e*  jj.b 

Acamapach  I.  Roy  de  Me- 
xique 307.  a 
Accord  fait  entre  le  Roy  de 
Mexique  &  fon  peuple,dë- 
uant  qu'entreprendre  vne 
guerre               .     358.  a.b 
Adlaguagi  efpece  de  mona- 
ftere  d  e  fem  m  es  233 .  b.  23  4 
Actes  généreux  de  Fernan- 
de Cortez                366.  a 
Action  de  grâces  folemnel- 
les  après  vne  vidioire 3  4 1  .a 


Adoration  des  morts  corai 
mencee&  augmentée  2180 
b.  219 

Adultères  punis  de  mort 
25>8.  b 

Agilité -des  guenons,  &  de 
leurs  traicïs  prefque  in- 
croyables 200.  a.  b 

l'Aigle  fus  vnTanal,  armoi- 
ries de  Mexique,  &pour- 

yquoy  $16.  a  b 

1  Ail  fort  eftime  des  Indiens 

l'Air  combien  necefFaire  à 
la  vie  de  l'homme        71.  b 

l'Air  efmeu  de  moauemenc 
cêlefte ,  f  uffit  foubs  la  ligne 
Equinoxiale  pourcôduirc 
vnnauire  86.  b.88.b 

Aleos  petits  chiens  dont  les 
ïndiçs  ont  gdd  foing  191M 


êtes  matières.  . 

Àmàrb  tngua  exécuté  par  fetrouuent  es  Indes,  dont 

les  Efpagnols  dans  Cufco  il  n'y  en  a  point  en  l'Euro- 

3o6.b  PC                            i5>M-b 

Ambre ,  efpece  de  gomme  Annona,  fruidl:  appelle  par 

médicinale  j    &  odorife-  les  Efpagnols,  blanc  man- 


rente  182.  a.  b 

Amendes  croiffans  dans  les 

Cocos  1^8.  a.b 

Amendes  de  Chacapoyas, 

tenues  pour  le  plus  rare 


ger  ,  à  caufe  de  quelque 
reflemblance  \-j6.h 

l'An  des  Indiens  diuifé  en 
dix-huicl:  mois         275.  b 

l'An  des  Perufiens  plus  par^ 


fruiét  qui  foit  au  monde      fait  &  plus  approchant  du 


i78.b 

les  Anciens  n'ont  peu  fai- 
re vn  voyage  de  propos 
délibère ,  faute  d'aiguille 
37.  a 

les  Anciens  ne  nauigeoient 


noftre ,  que  celuy  des  Me- 

xlquains  27y.a.b 

Apopanaca  ,   qui  eftoit  le 

fuperintendant  des  Mo- 

nafteres  des  femmes 

235.  b 


quauecrames  37-b    Apachitas  ,     fommets   de 


Anciens  Docteurs  plus  (tu 
dieux    des   fainàes  let- 
tres, que  des  démonstra- 
tions de  Philofophie 
2.b 

Animaux  venimeux   con- 


montagnes  adorez      216*  i 

Ôi2î7 

Arbre   d'ecorme  grandeur  1 

l'Arc  du  ciel  auec  deuxco-1 
leuures  ,  eftoient  les  armes   ! 


uertis  par  art  du  diable,      de  Tlngua  Roy  duPeru 
en  bonne  nourriture  .214.  a 

224.1  Arcades  aux baftimens,  in- 

cogneiïes  aux  Indiens 
i9i.a.b 
l'Argent  ,  pourquoy  âpre; 
l'or  eft  prifé  fur  tous  le  • 
autres  métaux  156. 1] 

l'Argent  plus  prifé  en  çei 4 


Animaux  parfaits  ne  peu- 
uent  pas  eftre  engendrez 
de  mefmeque  les  impar- 
faits, félon  l'ordre  de  na- 
ture     _  4°  -b 

fluûpurs  efpeces  d'Animaux 


/'      Tablé 
tains  endroits ,  que  non       meuuent  d'eux- mefmeé 
pas  l'or  136.  b       1.  b 

l'Argent  plus  commun  or-    Auantage  que  les  Chrefties 
dinairement  que  non  pas      eurent  aux  Indes  pour  y 


for 


136.  b 


l'Argent  comment  eft  affi- 
né par  le  feu  137.  a.  ôc 
comment  auec  le  vif- ar- 
gent 137.  b.  1J4.  Ôcifr. 

Argent  de  diuerfes  fortes 
147  a 


planter  hfcy  147.  a.b 
fain&  Auguftin  doute  fi  le 
ciel  circuit  la  terre  de  tou- 
tes parts  2.  a 
fainct  Auguftin  beaucoup 
plus  fubtil  que  La&ancé 


efîay  de  l'Argent  comment    Aufteritez  exercées  par  les 


^f  fait  ij£.b 

Ariftotenon  réfute  par  Là- 
chance,  touchant  le  lieu 
de  la  terre  1  j,  b 

Armes  des  Mexiquains  309. 

[Armée  en  l'air,  prefages  d  V- 
ne  grande  ruine  3/6.   ôc 

357 


Mexiquains  pourconfer- 
uer  leur  pudicité         238 

cupide  Auarjce  d'vn  certain 
Preftre  ,  penfant  tirer  de 
l'or  d'vn  Vt>Ican         123.  a 

Axi,  efpicerie  d'Inde      16 7. 

l'Amant  trace  comme  vn 
chemin  en  Peau  3/.  a 


rt  militaire  fort  honoré    l'Aymant  communique vne 
des  Mexiquains       309.  b       vertu  au  fer,  de  regarder 

toujours  vers  le  Nort 

3J.a 
1  vfage  de  la  pierre  d'Ay- 

mant  ànauiger,  n'eft  an- 


|Art    de    recognoiftre    les 

I  efloilles  ,  inuenté  par  les 

[Phéniciens  34^ 

haque  Indien  fçauoit  tous 

les  Arts  necefîaires  à  la  vie 

humaine  ;  fans  qu'il  luy 

fuit  befoing  de  £e  feruir 

d'autruy  196. b 

Ls  Aftres ,  félon  quelques 

po&eurs  de  l'Eglife  ,  fe 


ciea 


36*  a 


B 


BAI  folennel  en  Mexique 
où  le  Roy  mefmc  dan* 


çoit.  313.  b 

Balance  terrible  où  le  dia- 
ble faifôit  confeiïer  les 
lappnois.  3/j.  a.  b 

Balaine  comment  prife  par 
les  Indiens,&  auec  quel- 
le induftrie.  104.  a.b 
comme  ilslaraangent^à 
mefme. 

Barques  des  Indiens  arfpel- 
leerCanoes.  42.  b 

Bataille  fans  efpandre  fang, 
faite  feulement  pour  cé- 
rémonie à  la  reddition 
deTefcucb.  343.  a 

Baufmede  Paleftinè,  &ce- 
luy  des  Ihdes,fort  diffé- 
rents. 181.  Iifert  de  chref- 
me  es  Indes  aux  Sacre- 
mens  de  Baptefme,  Con- 
firmation,&  autres. i8i;b 
Leblanc  meilleur  que  le 
rouge.  182.  a 

Èclle  occafion  aiix  Efpa- 
gnols  d'ailîibj  e&ir  les 
Indiens  par  douceur  5  fî 
leurs  péchez  Teuiïent 
permis.  2.61.  a.b 

Befaar  pierre  qui  fe  trdûue 
en  l'eftomach  de  quel-  - 


ques  animaux  >  tres-fou- 
ueraine  contre  le  poi- 
fon.    20J,   b*   d'où  elle 


Des  matières. 

naift.  106.  b-.  comme 
elles  s'appliquent,&quel- 
les  font  les  plus  excellen- 
tes. 207. a  furquby  elles 
fe  forment.  207. b 

Beftail  foigneufement  con- 
ferué  par  les  Inguas» 
2^5.  b  . 

Belles  fauuages  adorées  par 
les  Indiens, &  pourquoi 
217. a 

Betum  dit  Coppey  en  In- 
dien. 108. a 

BifTexte  fncogneu  aux  In- 
diens, 2j%,  i 

Bochas  ôc  Suches  poiiîbns 
fignallez  du  lac  de  Titi- 
cacâ.  io6.à 

Boncos  Religieux  du  dia- 
ble es  Indes.  25j.a.  b 

Bourrellet,  marqué  du  Kùy 
Ingùa,  comme  font  icy  le 
feeptre  ôc  la  couronne, 
241. b.&  289-b 

Bois    rares  Ôc  odoriférant 
qui   nàidënc  es  Indes. 
1$;.  a.b 

Brancars  d'or  rnaflîf.    134,  % 

les  Brifes  Ôc  ytntï  dabas 
font    deux  noms  géné- 


raux  qui  comprennent 
les   vents  dVri  cofté  Ô& 
d'autre.  84,^ 

?bb 


Table 
Bruine  fort  profitable  aux 
Lanes  du  Peru.        117. 
a.b 


terres  mcogneues 


CAcao,  fruit  fort  efti- 
mé  es  Indes  >  de  qui 
fertde  monnoye     171.  b 

Cacaui  ,  pain  fait  d Vne  ra- 
cine $£.  b 

Calahafîes  ou  Citrouilles 
dinde  ,  &dc  leur  gran- 
deur  .  167.  a.b 

Calcul  des  Indiens  fort  in- 
génieux &  fort  prompt 
z-S_p  a.b  . 

Camey  ,  fécond  mois  des 
indiens  161b 

Canards  en  grande  abon- 
dance au  lac  de  Titicaca, 
Ôc  comme  on  les  chalTe 
106.  a 

Cannes  de  fucre  de  grand 
reuenu  îS^.a 

Canopus,  eftoille  qui  fe 
void  au  ciel  du  nouueau 

,   monde  10. a 

Cap  de  Comorni   autres* 


"  ;,.1 


pourquoy 

Caufe  des  inondations  du 
Nil  54.b 

Caufe  aiTeuree  de  l'Hyuet 
&del'Eftc  '$6.z 

Caufe  des  tremblemens  de 
terre  i*4«V 

Caymans  ou  lézards  ,  refy 
femblans  aux  Crocodi- 
les dont  Pline  parle. 103. a 

Cendre iettee  en  abondant 
ce  par  ies  Volcans.  122.' 
a-b 

Cérémonie  Mexiquaine  de 
fe  tirer  du  fang  endiuers 
endroits.  343,.  b.&  34i.b 
Ôc  $52.  b 

Cérémonies  des  Indiensen 
la  fepulture  des  morts 
.221. b  Se  111. 

Cérémonies  qui  fe  faifoient 
aux  facrifices  des  hom-, 
mes  243.  2  4  4_ 

Chachalmua ,  premiers   <Scî 
fuprefmes  Preflres,6c  des* 
habits    dont  ils    vfoient 
aux  facrifices      244.8.  b 

Charge  des  moutons  d'In- 


fois  appelle  le  Promon-         de  combien  grande  ,  Se 

toirede  Cori  23. a        quelles  iournees  ils  font 

les     Carthaginois    derTen- -       ainfi  chargez        204.  b 

dirent  de   nauiger    aux    Çhafquis  -pofles    des   In- 


les  matières. 


tîiens,qui  portoient  les 
nouuelles  par  tout  .187 
b.de  leur  eitabliifement. 

ChaiTe  des  Lyonsvfltee  en- 
tre les  Indiens  191.  b 

Chemin  des  Efpagnols  pour 
aller  aux  Indes  ,  &  leur 
retour  80.  a.  b 

Cheuaux  beaux  Se  fores  fe 

:  trouuent  es  ïndes      i.94  a 

Cheneux  des  Preftres  hor- 
rible m  et  longs,  &:  oinels 
de  refine  2/6. a.b 

Ghiea.boiilbn  fort  bonne 
pour  le  mal  de  reins 
162,  a 

Chichimequas  anciens  ha- 
birans  de  la  neuue  El- 
pagne  ,  6c  de  leur  vie  bar- 
bare 216, a.  b 

Ghicocapote,  fruit  reliem- 
blantaucotignac  17  6 
a.b 

Chiens  dangereux,  &au(îi 
pernicieux  que  les  loups 
191. a  b 

Chiens  dangereux  en  llfle 
de  Cuba,  Efpagnolle ,  & 
autres  43. b 

Chillé  Royaume  de  mef- 
me  température  que  ce- 
luydHpagnç  54„b 


Chinchilles,pet!ts  animaux 
dont  la  peau  eft  exquife 
195?,  a.b 

Chochoîate,boifTon  des  In- 
diens dont  ils  font  grand 
eftac  t  i;i.  b 

le  Ciel  eft  rond,  &  fe  tour- 
ne furies  deux  pôles  5,3; 
prouuë  plus  par  expé- 
rience que  par  demon- 
ftrarion.  ibief, 

le  Ciel  entoure  la  terre,fe- 
lonlésHfcritures  'S-.& 

le  Ciel  de  tous  coftezeften 
haut  15. à 

le  Ciel  n'efloîgne  pas  plus 
la  terre  d'vn  codé  que 
d'autre  n.a 

Cinabre  ou  vermeillo'n  ap- 
pelle par  les  Indiens  Ly- 
rapi  ijo.b 

-Coca,frui€b  qui  féru  oit  de 
monnoye  aux  Mexi- 
quains  132  b 

Goca,certaine  feuille  donc 
les  Perufiés  fe  feruojenc 
pourmonnoye        132. b 

Coca  petite  fueille  dont  les 
Indiens  font  grand  traf- 
flc  172.  a.-  il  encourage 
6V  renforce  ~  173^.  & 

Cocas ,  Palmes  des  Indes, 
§ç  4e  '  leurs  rares  pro, 
Bbb   i) 


prierez.         î77:b,&  178 
Cochenille  ,  graine      qui 
croift  en  l'arbre  de  Tu- 
nal.  174.  b 

O&ur  arraché  aux  hommes 
facriijez,  &d'où  vient  la 
cérémonie.  315.  a 

Collèges  de  Mexique  or- 
donnez pour  apprendre 
des  harangues  bien  di- 
ctes aux  ieunes  enfans. 
284.  a 
Colomnes    d'Hercules    li- 
mites de  l'Empire   Ro- 
main ,  êc  du  monde  an- 
cien. 16.  ôc  17 
Combat   du   Caymant  ôc 
d'vnTygre.  103,  a 
Combat  dVn  Indien  con- 
tre vn  Caymant.      103.  b 
Combien  de  contentement 
apporte    la   contempla- 
tion des  oeuures  de  Dieu, 
au  pris  de  celles  du  mon- 
de. 8 
Combien  chaque  Samedy 
s'enregiftroit  d'argent  à 
Pottozi  ,  du   temps  du 
Gouuerneur  Polio.  i42.a 
Polio.                     142.  a 
Comédies    fort     fréquen- 
tes à  la  Chine.        282.  a 
les  Comètes    en    lair  fe 


ble    ' 

fneuueht  de  l'Orient  en 

Occidcnr.  8j.a 

Comment  les  hommes  onc 

peu  palferaux  Indes.  31/ 

^&32. 

Comment  fe  font  peu  peu* 
pler  les  Indes.  49*  a 

Comment  les  Indiens  peu- 
uent  defigner  les  noms 
propres  auec  leurs  cha- 
ra&eres.  281.  a 

Communion  imitée  par  les 
efclaues  de  Satan.  249.  a 
b  &2ji.b 
Côparaifon  familière  pour 
prouuer  l'effecvb  naturel 
des  pluyes  en  la  Zone 
Torride.  61. b 

Comparaifondu  Royaume 
de  Mexique  auec  celuy 
duPeru.  288.  b 

Concile  de  Lyma  rompt 
Je  mariage  fait  entre  le 
frere  &  la  fœur ,  ôc  pour- 
quoy.  299.  b 

Concombre  d'Inde.   6£.a.b 
Confefîion  des  Indiens. 2/3. 
&2J4.  Mnguanefecon- 
feiïbit  point.  2/4 

péchez  dont  fe  ConferToiét 
les  Indiens,  ^  2/3.  b 

bain  après  la  Confeifion 
de  l'Ingua.  2/4.  a 


des  matières. 


Onpetr  ,  comment  fe  peut 
efcrire,  en  efcriture  de 
Mexique.  284.0 

le  Conte  des  Indiens  dont 
ils  fe  feruent  pour  let- 
tres, ne  peut  aller  plus 
outre  que  quatre  cents 
ans.  5° 

le  Cotton  croift:  es  arbres. 
174. &  175.il  fert  pour  fai- 
re de  la  toiile.         17/.  a 

Corps  mort  extrêmement 
bien  conferué.  304^ 

Courone  de  Mexique  fem- 
blabie  à  celle  de  la  Sei- 
gneurie de  Venife.  329  a 

Couronnement  des  Roys 
de  Mexique  fait  en  gran- 
de folemnité  ,  &  auec 
ertufion  d'vne  infinité  de 
fang  humain»         344.  a 

Courriers  des  Indes  fort 
viftes,bien  que  fefuiTent 
piétons.  287.  b 

Coya ,  principalle  femme 
de  flngua  ,  de  laquelle 
le  fils  luy  fuccedoit  au 
Royaume  ,  mais  après 
l'oncle  feulement. 28 9. a;b 

auant  la  Création  il  n'y 
auoit  ny  temps,  ny  lieu, 
chofe  difficile  à  l'Imagi- 
nation. iy% 


il  n'y  a  point  eu  de  Créa- 
tion depuis  la  première, 
40,  b 

Crimes  punis  de  mort  par 
les  Indiens-  2$%.  a 

Croifee,eftoille  notable  du 
nouueau  Ciel.  10.  a 

Cruauté  des  Indiésen  leurs 
facrifices.  22S.  a 

Cruautez  exécrables  en  la 
tuerie  des  hommes,  244. 
245-.  246. 

Cruelle  cérémonie  d'ar^ 
rofer  les  ambaffadeurs 
de  fang  ,  penfant  pour 
cela  auoir  meilleure  ref- 
ponfe.  263.3 

Çu  grand  temple  de  Me- 
xique ,  ôc  de  fes  fingula- 
ritez.  236. a.b 

Cugno,  certain  pain  de 
quelques  Indiens  fait  de 
racines.  116.  a 

Cufchargui  eft  vne  chair 
fechee  dont  vfent  les  In- 
diens. 204.2 

Cufco  ancienne  habitation 
des  Roys  de  ce  pays-là» 
11 5. b 

D 

DÀnfes   &  récréations 
publiques  nécessai- 
res en  toutes  Republi- 
Bbb  ii) 


Table 
3.&214        le  anciennement  Goîômi 
ncs  d'Hercules         94.* 
habitans   d'autour   le    de- 
ftroit de  Magellan, quels, 
&:  comment  veftus   99.  b 
le    Diable    ialoux    contre 
Dieu  ,  hayt  les  hommes  à 
mort  210.  èc  in.  Idolâ- 
trie diuifee  en  plulleurfj 
chefs  2.1 1  a.b 

le  Diable  parloit  es  Gua- 
cas  des  Indiens  223.  b 
-22.9.  a  /l 

vidoire  obtenue  par  If-    Différence  de  lettres ,  pein- 
coalc  coures  ,  »  ôc   characteres 

Peicouuerte  des  Indes  Oc-         27S.  b 

cidentales     prophetifee    Difficulté  de  fçauoir  d'où 
par  Senecjue  25.b        font  venus  les  Indiens ,  à 


.ques 

Dantes,animaux  fauuages, 
prefque  fembîables  à 
des  mulets  ,  &  de  leurs 
cuirs  I9c).  a 

Déluge  allégué  par  les  In- 
diens ,  dont  il  fe  void 
quelque  apparence  49. 
a.b 

Dent  de  Géant  dVne  énor- 
me grandeur  319.  b 

Département  des  terres 
d  Azcapuzalco   après  la 


Defcouuertes  de  nouuel- 
les.terres  ,  faictes  plus 
par  tempefte  qu'autre- 
ment  38.3 

pefTein  de  Tautheur    73.  b 
Deftroit  de  Magellan  def- 
couuert  par  yn    gentili- 
Jiomme  Portugais  ,  qui 


caufe  qu'ils  n'ont  point 
vfc  de  lettres  48 

Difcours  delà  delcouuerte 
du  Magellan  par  Sar- 
miento  $6.Ôc  97 

Diuifion  du  Peru  es  La- 
nos  ,  Sierras  ,  &  Andes 
ii4.b 


portoit  le  melme  nom  Diuifion   du   peuple    291, 

»M  a.b 

Deftroit  du  Pôle  Aréique,  Diuifion  de  la  ville  de  Me- 

quon    s'imagine    en   la  xique    en   4.  quartiers, 

Floride,  non  encore re-  fiidte  par  le  comman- 

çogneu                 9g.a.b  demenc   de    leur   Dieu 

Peltroit  de  Gibaltar  appel-  -  $i7.  a 


tr aires  9$t a*  " 

les     Eléments    participent 

mefmes  diTmouuemcnt 

du  premier  mobile. 

S4.b 
Enfans  facriflez  au  Soleil 
22;. b 


des  matières. 
Diuifions  des  terres  con-    EfFecls  naturels  procédez 

quelles  par  les  Inguas 

294..  a.  b 
Diuinations   exercées    par 

les  Indiens  ,&  comment 

257-a.b 
Diuorces  pratiquez   entre 

les  Mexiquains,  &c  com- 
ment 257.  a.b 
Diuorces   pratiquez  entre    Enfans    de  llngu a  dédiez 

ks  Mexiquains,&com-        pour  eftre  Cheuahers. 

ment  2^o.b        262.  a 

les    fain&s  Dodeurs  non    Entrée  des  Efpagnols  en  la 

à  reprendre   pour  eftre        neuue  Efpagae  fut  1  an 

différents    en    opinions        1518       ■.  -J}*-* 

Philofophiques         2.  b    Entrée  de  Cortes  en  Mcxi- 
Dorado  grande  terre  inco-       que  3^-a-b 

gneiie  iao.a    Erreur  des  Anthropomor- 

leDrachÀnelois,denoftre       phites  5>S 

temps  a  paffé  le  deftroit    Erreurs    de    l'imagination 


de  Magellan  , 


&  d'au- 
tres depuis  luy.       £5-& 

E 
PTJAu  de     rrier    rafraif- 
Xli    chitjbien  qu'elle  foie 
fallee  67.  a 


14 

paiTage  d'Efaye  ,  explique 
pour  l'amplification  de 
l'Euangile        130.  &  151 

Efchelles  de  cuir  de  vache 
pour  monter  hors  des 
mines  146.  a 


lanec  v/.  ~         --  -  - 

Eauès  de  Guayaquil  très-    hiftoire  dEfdras     apocry- 

fouueraines  pour  le  mal        phe  48.  a 

les  Electeurs  du  Rcy  de 
Mexique  eftoknt  ordi- 
nairement fes  parens 
308.  b 

Bbb    iii] 


Napolitain  208,  b 

Eclipfe  de  la  Lune,preuue 

certaine  de  la   rondeur 

du  eiel  4< a 


Tablt 


EïïecHon  desRoys  de  Me- 
xique 9  ôc  des  feftes  qui 
fe  faifoienc  à  leur  efta- 
blifîèment.    307.  &30S. 
Efle&ion  du  premier  Roy 
de  Mexique.    328.  &  319 
î'Efcriture    des      Chinois 
eftoitdu  haut  en  bas  ,  ôc 
celle  des  Mexiquainsdu 
bas  en  haut.    286.  Ôc  287 
es  Efcritures  faillites  faut 
fuiure  Tefprir  qui   viui- 
fie  ,  non  la  lettre  qui 
tue.  i-  5,.b 

FEfmeraude  anciennement 
plus  prifée  quauiour- 
d'huy.  1/7. a b 

rare  ioyau  dVn  plat  d'Ef- 
meraude  qu'ils  ont  à 
Gennes.  jjg,a 

les  Mexiquainsfeperçoient 
les    narines  ,    pour     y 


Indiens,  Viracôchas  enl 
fans  de  Dieu,  ôc  à  quelle 
occafîon.  3oj.b 

l'Efguille,  feul  guide  du  Na- 
uire.  3, 

trois  fortes  d'Eftoffes   fai- 
tes de  laine.  296.  a 
Eftoilles  adorées   des    In- 
diens pour  diuerfes  râi~ 
tons-                    2i4.a.  b 
Eftrange  différence  de  deux 
régions  proches  ,   dont 
lVne    faicl:   le    Diman- 
che, quand  l'autre    fait 
le   Samedy.    120.    b  Ôc 
12/. a.  b 
1  Euangile  enfeigné  aux  In- 
diens lors  qu'ils  ont  efté 
plus  puifîans   ,   comme 
il  fut  aux  Romains,  leur 
empire  citant  à  fonplus 
haut  période.        371.  b 


pendre  des  Efmeraudes.    Euangile  accreu  à  dextre  ôc 


1/8.  a 

l'Efpagnol  chaque  an,  1-vn 

portant  l'autre,  tire    vn 

million  d'argent  de  Pot- 

I   tozi-  143»  a 

jEfpagnols  nays  aux   Indes 

appeliez  Crollos.    176.  b 

îfpagnols      tenus      pour 

Dieux.       4$. a262.fr  263 

Ifpagnols    appelle^     des 


feneftre  ,    que  fîgnifie. 
37i.  a  . 

Exercices   aufquels  on  ap- 
prenoit    la     ieuneflh 
3ii.b 

Explication  d'vn  paiTagc 
de  faint  Paul  allégué  con- 
tre la  rotondité  du  ciel 
S>.  a 

Explication     du     Pfalme 


des  matières. 

ïO),  fur  lemefmefubjeâ:    Feu  du  Ciel  quiconfomma 

2#b  quelques  Geans  pour  leurs 

F  péchez  39.  a 

Fontaine  merueiileufe ,  iet- 

tant  l'eau  chaude,  laquelle 

fe    conuercit   en  rocher 

107.  b 

Figuier  admirable,  dont  la 

moitié  porte  fruict  en  vns 

iaifon ,  &  l'autre  partie  en 

l'autre  i£8.b 

Fille  du  RoydeCulhuacan 

maflacré  par  les  Indiens, 

qui  fut  occafion  de  guerre 

^4-32J 

Fleuue  de  la  Magdeleine ap- 
pelle grande  riuiere,  en- 
tre fortauant  dans  la  mer 
fans  méfier  fon^au  en  au- 
cune façon  57.a.b 

Fleuue  des  Amazones  ,  Ôc 
fon  emboucheure  large  de 
foixante  &  dix  lieues  no.a  j 

Fleuues  fort  grands  le  moin- 1 


FAmiliere  raifon  ,  pour 
prouuer  à  vn  Indien  que 
le  Soleil  n'eft  point  Dieu 
217.  b.&n8 

Fertilité  infertile  des  lues 
de  la  neuue  Efpagne  118.  b 

Fers  de  cheual  d'argent  y  à 
faute  de  fer  i34.a 

Fefte  des  marchands,  ac- 
compagnée de  diuerfes 
fortes  de  ieux  270.271.&: 

Ï73- 

Fefte  de  l'idole  Tlafcalla 
216.  a.  b 

Fefte  pour  demander  de 
l'eau  2éj 

Feftes  ordinaires  &  extraor- 
dinaires des  Indiens  261.  a 

Feftes  de  chaque  mois  263. 
264 

Feuille  duplanemerueilleu- 
fement  grande  270.a 

Feuille  de  plane  propre  à  ef- 
crire  /7i.a 

Feu  tire  de  deux  baftôs  frot- 
tez l'vn  contre  l'autre  par 
les  Indiens  74- a 

Feu  d'enfer  fort  différent  du 
noftre  114. a 


l 


dre   furpatfant    les   plus; 
grands  de  tonte  l'Europe  I 

HO.a  ;.] 

Fleurs  de  l'Lurope  viennent  I 
mieux  aux  Indes  ,  qu'icjr  I 
mefme  N    179*2>:k 

Floridiens  ont  efté  (ans  au-j| 
cune  cognoiiTance  de  l'on 
130.  b  ■; 


Tabh 


1  le  Flux  Se  reflux  h'eft  point 

mouuement  local ,  mais 

vne  altération  ôc  ferueur 

des  eaux  loi.b 

diuerfué  de  Flux  ôc  reflux 

des  mers  ioo.b 

Fontaine  de  betum      io8.a 

Fontaine  de  fel  en  Cufco 

loS.b 

Forefts  horriblemét  efpaif- 

fes  es  Indes  i84.ab» 

Foreft  d'orangers  es  Indes 

1 87.  les  cerifes  ont  peu  pro  » 

fîcé  aux  Indes  ,  (ôc  pour- 

quoy  187.  a 

Forme  de  ce  qui  cft  defeou- 

tiert  en  la  terre  du  Peru 

127. a.b 

François   Hernandes,  Au- 

theur  dVn  rare  Hure ,  où 

toutes  les  plantes,  racines 

ôc   liqueurs   médicinales 

des  Indes  font  pourtraites 

Froidure  de  îaZoneTorri- 
de,  qui  rend  digne  de  mo- 
querie l'opinion  d'Ariftote 
63.  a 

Frui&s  d'Europe  qui  ont 
très-bien  multiplié  es  In- 
des i8<>.  a 


GEansarriuez  ancienne- 
ment au  Peru         .9.  a 
Gommes  ôc  huilles  médici- 
nales ,  ôc  odoriferentes, 
auec  leurs  noms  ib2.  b.  Ôc 

185 

Gonzallez  Pizarre  vaincu, 
ôc  défFaiéb ,  où  fon  auance 
luy  anoit  fait  commettre 
tant  de  cruautez  fur  les  In- 
diens 502.  a 

Gouuerneurs  des  Prouinces 
comment  eftabhs  par  les 
Inguas  29o.b 

Guacas,  ou  fan&uaires  fort 
bien  entretenus         29  jra 

Guaca,  adoratoires  des  In- 
diens 21?.  b 

Guaneos,  ôc  Occunas,  che- 
ures  fauuages  44.  a 

Guayac appelle,  lignum  fan- 
Ût*m  118.  a 

Guayaquil  ,  chefne  d'Inde 
qui  eft  fort  odoriférant 
185.  a 

Guayauos  fruicl:  d'Inde  affes 
bon  i7J.b 

Guaynacapa,  grand  &  va- 
leureux Ingua,  &  de  la  vie 
304. b.  &30;.  ilfutaàoré 


H 

'Abit  de  tefte  fort  di- 
uers  en  diuerfesPro- 


des  matières. 

comme  Dieu,  eftantenco-  Harangue  du  Roy  de  Ter- 
res en  vie                    ibid.  cuco  faite  à  Moteçuma, 
Guayras ,  fourneaux  pour  touchant  foneiledfcion  au 
affiner                        i47-b  Royaume              35;.  a.  b 
Guerres  des  Mexiquains  le  HardiefTe  merueilleufe  des 
plus    fouuent    nettoient  hommes   au   paiïage    de 
qu'afin  de  prendre  les  cap-  Pongo                        io6.b 
tifs  pour  facrifier  243. a.b.  Hatuncufqui  Aymorey,  li- 
ft: 246.  b  xiefme  mois  des  Indiens, 

refpondant  à  noftre  mois 
de  May  262.  b  I 

Hiftoire  des  Indiens  n'efl  pas 

H  Abit  de  teite  fort  di-  à  mefprifer,  &pourquoy 

uers  en  diuerfesPro-  315. a.b 

uinces  des  Indes  197.  a.  vn  Hiftoire  de  Mexique ,  mife  | 

Indien  ne  pouuoit  chan-  pour  fingularité  en  la  Bi- 

ger  l'habit  delà  Prouince,  bliotheque    du     Vatican 

encore  qu'il  f'en  allait  vi-  3;i.b 

ure  en  vn  autre           ibid.  Hiftoire  de  Mexique  corn- 1 

Harangue  des  Mexiquains  pofee                        285. bi! 

auRoydeCulbuacan,  de-  Hommes  &  femmes  factï-Jj! 

mandas  Ton  petits  fiispour  fiez  à  la  mort  des  Inguas, 

Roy                            32&.a  pour  les  aller   feruir  étil 

Harangue  dVn  vieillard  fai-  l'autre  vie             220a  H 

te  à  Acamapixtii ,  premier  Hommes  faits  dieux  ,  puis} 

Roy  de  Mexique       329.  a  facrifiez                  22/.  a.  bk 

f-Iarangue   dvn    Cheualier  Hommes  facrifiez,  en  après1, 

Mexiquain,  pour  retenir  mangez  par  ]es  Preàreaj 

le  peuple  irrité  du  cruel  24J.  a 

rnafTacredeleurRoy  534.b  Humeur  des  Iuifs  du  touâ 

Harangue  dVn  vieillard  Me-  contraire  à  celle  des  InJ? 

xiquain,  pour  refle&ion  diens                         47.  m 

dVn  Roy  nouueau    33/. b  i 


Ta 

Hypocrifle  de  Moteçuma 
dernier  Roy  de  Mexique 
îj*.  a.  b 


IAloufie  des  Indiens  les 
vns  contre  les  autres, 
pour  Je  renom  de  la  vail- 
lantife  3oi.a 

Iardins  portez  fur  l'eau  au 
milieu  d'vn  lac  107.  a 

Iardins  fai&s  fur  l'eau  d'vn 
merueilleux  artifice  ,    Se 
qui  fèpeuuent  mouuoir, 
Se  mener  où  Ton   veut 
550a 
[dole  porté  par  quatre  Pre- 
ftres  pour  conduite,  lors 
que  les  Mexiquains  cher- 
choient  vne  meilleure  ter- 
re, comme  d  autres  enfans 
d'Ifraëel  1*0.321 

idoles  des  Roys  Inguas  re- 
uerees  comme  eux-mef- 
mes  227 

îcunefle  fort  foigneufemét 
inftruite  en  Mexique   311. 

;ufnes  des  Indiens  deuant 
la  fefted' Yca  238.  b 

leufnes  des  Indiens  fe  fai- 
ibient  fans  toucher  à  leurs 


bîe 

femmes  264 

Ignorante   &  abfurde  do- 
ctrine des  Philofophes  an- 
ciens 2.3 
Imagination  vieille  &  folle 

14.  D 
Immortalité  de  Famé  aeftç 
creiie  par  les  Indiens 
220. a 
Indes ,  que  lignifie  ,  &  ce 
que  nous  entendons  parvn 
tel  mot  ^7.28 

Inde  Occidentale  a  efte  la 
plus  grande  partie  gou- 
uernee  par  le  peuple  feule- 
ment, &  ny  a  eu  en  tout 
que  deux  Royaumes  2&8, 
a.b 
les  Indes  font  des  terres  lai- 
des ,   richement    dorées 
de  Dieu,  pour  eftre  ma- 
ries  au  faind   Euangile 
131.  a 
Indiens  fortpeudefîreuxde 
l'argent  47. b 

les  Indiens  ont  vefeu  en 
trouppes ,  fans  Republi- 
que, comme  font  ceux  de 
la  Floride,  du  Brelil  &  au- 
tres 50.  b 
Indiens  fort  braues  nageurs 

ioj.2 
les  Indiens  en  toutes  feftes 


des 


des  matières 

bouquets 


portent 
179.D 

les  Indiens  n  ont  point  eu 
de  mot  propre  pour  dire 
Dieu  2ii.b 

les  Indiens  font  de  plus  grâd 
entendement  qu'on  ne  les 
eftime  275,a 

ïnguas  Rois  duPeru,  ado- 
rez après  leur  mort    219.  b 


Ingua,  pour  auoir  occa- 
ilon  d'ofler  le  Royaume  à 
Ton  père ,  &  à  fon  frère 
303.  a.b 

Ioncs  appeliez  Totora  par 
les  Indiens  8j.  b 

Ioiier  le  foleil  auparauant 
qu'il  naùTe,  Prouerbe,  ÔC 
d'où  il  efl  venu  229. 

&Z30 


les  ïnguas  eftoient  merueil-    Iours  &  nuicts  tous  efgaux 

leufement  refpe&ez   du 

peuple ,     &     pourquoy 

298.a 
le  règne  des  ïnguas  a  duré 

plus  de   trois    cents  ans 

300. b 
les  ïnguas  efpoufoient  leurs 

fœurs  289.  a.     ils  n  heri- 

toient  point  des  meubles 

dev    leurs  predecefîeurs, 

mais  faifoient  vn  raefna- 

fenouueau  ibid.  b.  ôc 301 
.302. a 
Inondation  du  Nil,  chofe 


toute  Tannée  fousTEqui- 
noxe  ji.a.b 

Iours  â'EÙ.c  fort  courts  au 
Peru  Cf 

cinq  Iours  de  Tannée  fu- 
perflus ,  aufquels  les  In- 
diens ne  faifoient  rien 
27J«b 

Ifle  de  Sumatre  3  célébrée 
foubs  le  nom  de  Tapr»- 
bane  23. a 

Ifle  Atlantique  de  Platon, 
où  elle  fe  peut  prendre 
25.  a 


naturelle  ,    quoy  qu'elle    Ifle  Atlantique  de  Platon,*; 

n'eft    quvne  pure  fablc^ 
quoy  qu'il  fembie  Tauoir 
deferite  comme  véritable,', 
4/.b 
Ifle  de  fafeines  faiéle  auec\ 
vn  grand  ôc  excetTû  tra 


fembie  contre  la  nature 

5J.  a 
Intégrité  des  femmes  forç 

honorée  des  Mexiquains 

260.  a 
Inuentions  grandement  fu- 

peiftirieufes  de  Yupangui 


uail,  pour  palier  vnear- 


Ta 
inee  fur  mer  350.  a.b 

Ifles  fortunées,  pour  quel- 
le caule  appeliees  Cana- 
ries  23.  b 

Iuflice  par  qui  exercée  en 
Mexique  -..3  09,  a 

Iuflice  fort  exacte  de  Mote- 
çuma  dernier  Roy  de  Me- 
xique 356.  a 


LAc  très -chaud  au  mi- 
lieu dVne  terre  froide 

206.  b 
Lac  de  Mexique  .ayant  de 

deux  fortes  d'eau       107.  a 
reuenu  du  lac  de  Mexique 

107. a 
grands  lacs  au  hautdes  mon- 
tagnes, &  d'où  ils  naiiTent 

io6.a.b 
Laitance  fe  rit  & Te  rriocque 

de  l'opinion  des  Pen'pa- 

teticiens ,  touchant  le  ckl 

2.  a 
Laitance  refuté  5  touchant 

les  Antipodes  14.15. 

Langue  Mandarine  efl  i'ef- 

criture  des  Indiens  ,  qui 

n'eft  que  par  characleres 

280V 

es  Legiflateurs  ies  plus  fa- 


blé 

m  eux  ont  erre  274 

Lîberahtez  d'Autzol,  hui» 
éUcfee  Roy  de  Mexique 
&h 

Linres  des  Indiens  commet 
peuuent  eftre  faits  fans  let- 
tres 28o.b 

Lyons  duPeru  fort  dùTem- 
blables  à  ceux  d'Afrique 
4$J> 

Lyons  gris  &  fans  crins  ibid. 

M 

MAgie  vaine  contre  les 
Chrefhens  563.  a.b. 
364 

Maifon  admirable  remplie 
de  toutes  fortes  d'animaux 
comme  vne  autre  arche  de 
Noé  308.  a 

Malacaautresfois  appelle  le 
doré  Cherfonefe         23.  à 

Mamacomas  eftoient  les 
anciennes,  &  comme  mè- 
res des  filles  renfermées 

Mameys  ,    fruiâ:    reflem- 

biant  aux  pefches  175.  a. 

àquoyilfert  ibid» 

Monati,  monftrueux  poif« 

fon  qui  paift  aux  champs 

ïo^.  a9  il  reffemble  fon 


-/- 


des  ma 
à  la  chair  lors  que  Ton  en 
mange  102.  b 

Mandarins,of]iciers  Indiens 
auecques  combien  de  dif- 
ficulté fe  peuuent  rendre 
capables  de  tels  eftats 
280. a 

Mangocapa  premier  Ingua, 
Ôc  ce  qu'Us  feignent  de  iuy 
49. b.  3-oi.b 

Manguez,  aibre  de  grandes 
merueilles  173.  a.  combien 
de  chofes  il  fournit,  &c 
quelles  15  ;.b 

Mariage  illicite  des  Inguas 
auecques  leurs  feeurs 
299. 

Mariages  des  Indiens,  &:  en 
quelle  façon  ils  le  celé- 
broient  260. a 

Mariages  entre  hs  Indiens 
deffenuus  tant  feulement 
au  premier  degré        298. 

Marque  certaine  ôc  a/Teurée 
pour  difeerner  ce  qui  a 
efté  porté  aux  Indes  de- 
puis quelles  font  defeou- 
uertes  ,  ôc  dont  il  n'y  en 
auoit  point  auparauant 
129.  a 

Marques  ôc  lignes  de  quel- 
ques nauigations  des  an- 


UefeL 

ciens  $S 

le  Matin  plus  agréable  en 
Europe,  ôc  le  plus  fafcheux 
auPeru  71 

Matines  de  minuicl  prati- 
quées par  les  miniftres  du 


diable 


232.  233 


Mays, bled  d'Inde  160.  a.  b. 

comment   ils  le  mangent 

161.  a.  comment  ils  f  en  fer- 

uent  à  faire  l'eur  boifion 

i6i.b 
leMays  ôc  Iebeftaiî  feruent 

de  mille  chofes  aux  Indes 

i6i.  a 
Mechoacanes  ennemis  des 

Mexiquains,  Ôc  pourquey 

321.  a 
Médecins  fort  experts 

trefois  es  Indes 

la  Mer  aux  anciens,  renuc!; 

p o u r  n  o n  na ui gable  o u-jj; 

tre  le  deilroit  de  Gibaltar1:; 

16,1  { 

le  mal  que  Ton  endure  fur", 

Mer ,  d'où  caufé         90.  a& 
Mer  OcceanePrinceiTedeS). 

eaux  94- af 

Mers  chaudes,  ôc  d'autres 

froides  ^9. 7Qjl 

deux  grandes  Mers  ,  pro-r* 

ches  de  fepr  lieues  94.  bm 

prefomptueux  deileing!* 


d  e  1  es  faite  joindre  en  fem-  vnlac                      ioj.à 

ble                              ibid.  Miel  d'Inde  fort  afpre  ,  & 

diuerfitédeMers            n.à  comme  il  naift           i42.b 

la  Mer  iamais  ne  f'efloigne  les  Minéraux   imitent  les 

de  la  terre  déplus  de  mille  plantes  en  leur  façon  de 

lieues                           i2.a  croiftre                  128.  a.b 

!  Mefnage  des  Indiens  pour  Mines  efgarecs,  &  d'autres 

ladrapperie          203.2.04  fixes                           i37.a 


|  Métal  panure  5&  métal  ri- 
che, quels  137.  b 
le  Métal  plus  il  eft  proche 
de  la  fuperficie  de  la  terre, 
plus  il  eft  riche,  &  plus 
profond  il  eft  au  contrai- 
re 14.J.  a 


richeiTe  de  quelques  Mi- 
nes anciennes,  qui  n'ap- 
proche pas  neantmoins  à 
celle  de  Potofî         141.  ÔC 

H*-  . 

trauaiï  trop  excefïïf  de$  Mi- 
nes 145.146 


les  Métaux  pourcjuoy  font    Mines  de  vif  argent  enEf 
129. b       pagne  ijo.  b 

Moquerie  plaifante  des  Me- 
xîquains  contre  les  Tlate- 
Iulcos,apres  les  auoir  vain- 
cus 349-fr 
Moine  de  Mexique  >  de  leur 
veftement,  office,  &  difci- 


creez 
es  Métaux  ne  re  trouuent 
qu'en    terres  fteriles  ,  ôc 
pourquoy  131. 132? 

J'eau  empefche  fort  latrai- 
,  de  des  Métaux,  ÔC  pour- 
quoy ï42-b 


Meuriers  plantez  par  les  Ef-       pline  ibid. 

I  pagnols  en  la  neuueEfpa-    Mois  âcs  Indiens  de  vingt 


['  gne,ontmerueilleufement 
profité  pour  les  vers  à  foye 
ibS^b 
iexi,  chef  des  peuples  qui 

I  vindrent  peupler  la  Mexi- 

I  qu/  ,    duquel  ils  ont  tiré 
ïeurnom  231.  b 

Uexique  ,  ville  fondée  fur 


îours  27J*b 

Molins  à  moudre  les  mé- 
taux ij/.b 
Monde  nouueau,  félonies 
anciens,  inhabitable  1.  a. 
imaginé  d'eux  ,  comme 
vne  maifon  couuerte  dit 
ciel  ibid.  b 
granr- 


des  matières* 

^grandfc  partie  du  Monde 
encor  à  defcouurir 


N 


13.  a. 

Monnoyc*  mefure  de  tou- 
tes chofes  130.   a 

la  Mort  eftoit  la  punition 
des  filles  referrees  qui 
Failloient  134.&13J 


NArine  percée  à  vn  Me* 
xiquain,  pour  y  pen- 
dre vne  Efmeraude  347. 
a.$ji.b 
la  Nature  inférieure  fert 
toujours  d'entretien  à  la 
iuperieure  228.  b 

Mort  volontaire  de  plu-  Nauatalcas,peupîesquipo- 
ïleurs  Indiens  pour  aller  licerent  la  heuue  Efpa- 
feruir  leurs  Roys  en  Tau-        gne  517.  â 

tre  monde  304.     Nauire    appelle   Victoire, 

More  de  Chimalpopoca,  fit  tout  le  tour  de  la  ter- 
ieune  Roy  de  Mexique        ie  *  b 

tué  traiftreufement  par    Nauigatiô  auiourd'huy  fort 
les  Tapanecas  334.        facile  34-&3J 

at>  Nauigation    de    Salomoo, 


Mort  de  Moteçuma  dernier 
Roy  de  Mexique  367. 
a.b 

Moutons  au  Peru  feruans 
d'afnesà  porter  des  char- 
ges 44.b 

Moutons  d'Indes  profita- 
bles fur  tous  autres  ani- 
maux 203.  a.b 


quelle  peut  eftre    37.  a.b 
Nauires    Efpagools   tenus* 
des  Indiens  pour  rochers 
à  la  première  Veuë 
43. a 
Neuue  Efpâgne  quelle 

117.  b 
le  Nitrc  refroidit  l'eau 
6j.a 


trouppes  de  Moutons  char-    NoblefTe  Mexiquaine  maf- 


gez  de  diuerfes  marchan- 

difw  ainfi  que  des  mulets 

204.  a 

Moyenne  regio  de  l'air  plus 

ftoide,&  pourquoy  68.a 


facree  en  vn  bal  par  les 
Efpagnols  $C6 

Noix  des  Indes  fort  mal 
plaifantes,  fontappelleèë 
par  les  Indiens ,  empoi- 
fonnees  177.  a> 

Gcc 


Table 


Nort,vent  fec  3c  froid 

4S.  b 
.Noftre  Dame,  fecours  des 
Efpagnols  pourfuiuis  des 
Indiens  368.  a 

Nordefter,que  fîgnifie  ,  &C 
Nortoefter  /      $6.b 

Nouueau  monde  prefque 
tout  iîtué  fur  la  2fone 
Torridc.  ji.a 


les  Indiens  pour  fe  ren- 
dre capables  de  parler  au 
diable  X57.a.  ce  mefme 
oignement  armoit  de 
cruauté  les  Preftres  ,  & 
leur  faifoit  perdre  toute 
crainte  ibid. 

Onction  de  Vitzilouitli  fé- 
cond Roy  de  Mexique 
331.  b 


au  Nouueau  monde  ne  s'eft    Onguent  fait  de  petites  be 


ftes ,  dont  les  Preftres  In- 
diens eftoient  omets 
257.  a 

Opnir  eft  en  l'Inde  Orienta- 
le 27.a 

Opinion  d'aucuns  que  le 
Paradis  terreftre  eft  fous 
l'Equinoxe ,  non  fans  rai- 
fon         65.ab.cV  71. a. b 

l'Or  fe  trouue  en  trois  fa- 
çons ,  en  paille ,  en  pé- 
pins, &  en  pierre  134.  & 

dote  fans   folution  lOr  deCarauanalepluscc- 

68.  b  lebreduPeru             i3;.a 

Occafîon  de  guerre  entre  l'Or  ôc  l'argent  eftimé  par 

les  Tapenecas  &  Mexi-  tout  le  monde         rço.a 

quains                  333.  a.  b  lOr  &  l'argent  ne  feruoic 

l'Occean  aux  Indes  eft  diui-  aux  Indiens  que  d'orne» 

fc  en  la  mer  du  Nort ,  &  ment                       132.& 

la  mer  du  Sud          J3J.a  les  Indiens  n'vfent  point 

Oignement   dont  vfoient  d'autre    rnonnoye    que 


point  defcouuert  de  mer 

Mediterannee 

94.a 
Nuids  d'Eftcfort  fraifehes 

au  Peru.au  refpcâ:  de 

celles  del'Europe 

70.  b 
Nuicl:  de  fix  mois  en  la  ré- 
gion Pollaque  18.  b 
lawNui6t  comment  caufee 

4. a 

O 
.Bie&ion  contre  Ari- 


o 


des  matières. 
d'Ôrfc  d'argent        ï35.a    images  de  plume  d'Ôyfeaujè 

lOr   pôurquoy   prift    fur        faits  d'vn  artifice  admi- 
rons les  métaux        133.  b         table  j^.&  I9? 

lOr  &  l'argent  en  nature    Oy féaux  laids  à  merueille 
combien   de  degrez  au        mais     fort     profitables 
deflous  de  1  homme  uB        pour  leur  fiente      i9j  h 
b.&i^.a  J      &I5j8ià 

comme  on  raffine  l'Or  e&    Oyfiueté  chaffee  ,  comme 


poudre 
d  Orient 


i3;.b 
au  Ponent  fur 
mer  ,  on  a  toufïours  le 
vent  en  pouppe,  du  Po- 
nent à  l'Orient  au  con- 
traire, &  pourquoy    %6 

*: b    ..^  :  T>Achacamac,c;randSari 

Ordres  ^fTerents  des  Pre-    jf    duaire  Jes    indie" 
ltresde  Mexique,  &  de        m.b 


fort  dangereufe  par  ks 
Inguas  ,  pour  contenir 
plus  facilement  le  peu- 

pk  15,0.1* 

P 


Indiens 


leur  office  ordinaire  231.    Pajos',  animaux  opiniailres, 


a.b 

Ordre  de  la  Cheualerie 
Mexiquaine  ,  &  des 
marques  qu'ils  auoient 
310 

les  Oyfeaux  endurent  fa- 
cilement   de    demeurer 


&  comme  oh  les  gou* 

Pain  de  mays  que  ks  Pre- 
nnes donnoient  folem- 
nettement  aux     eftran- 
gers,  image  de  la  Com- 
munion 24oa 
dans  1  eau ,  &  pourquoy    Palais  diuers  de  récréation 
^V*3                  „     i                &daffliaioh.           5;9.b 
Gyfcaux  rterueilleufement    Pallifîade  horrible  courette 
petits  i  &  d  autres  mer-       teftede  morts  lv  a. 
ueilleufement      grands.    Papas  ,  racines  dont  quel- 
*£*'a                        |              que*  Indiens    font    dé 
Gyfcaux  extrêmement  bien        certain  pain   qu'ils   ap- 
varxez  en  couleurs  i^b        pellent  Cogne        n/a 

Ccc  ii 


Tabh 


Papas  efpece  de  pain  i6j.b 
i64«a   .  ■;■ .  r  . 

Papas  en  Mexique  eftoient 
les  fouuerains  Preftres 
des  Idoles  ijo.b 

252.  b 

Paraguey,fleuue  de  l'Amé- 
rique, inonde  comme  le 

Nil  5/«â 

Paraguey ,  fleuue  grand  à 
merueille  57-* 

Partage  de  Pariacaca  fore 
dangereux  pour  le  mal 
que  le  vent  y  fait  endu- 
rer ?o-5>i 


i8s>.b 

Palaas  ,  fruit  délicat  &  bon 
àTeftomach  176.  a 

Peinture,  liure  des  idiots 
279.3 

Pénitences  enioïn&es  par 
les  ConfefTeurs  Indiens 
2j4.a  b 

les  Perdrix  ne  fe  voyét  point 
au  Peru  44.  a 

vn  Perc  perdant  fes  enfâns, 
eftoit  tenu  pour  grand 
pécheur  *J4«a 

il  tuoit  fes  enfans  pour  fe 
fauuer  la  vie  ibid. 


Pariacaca,vn  des  plus  hauts    Pericoligero  ,  animal  fort 


endroits  de  la  terre 
91.  a 

Paroles  d'vn  homme  qui 
auoitdcfîale  coeur  arra- 
ché 248.  a 

Pafte  de  mays, appelle  par 
les  Indiens,  chair  de  leur 
Dieu  Vitzilipuztli  iji. 
.  b.  celle  pafte  deuoit 
eftre  mangée  au  point 
du  iour  ,  &  eftoit  def- 
fendu  de  ne  manger  rien 


pefant  199  •  b 

la  Perle  anciennement  plus 
prifee   qu'auiourd'huy 
ij9.a.b.  combien  l'abon- 
dance rend  les  chofes  vi- 
les i57-b 

les  Perles  s'engendrent  dans 
leshuiftres  159. a 

diuerfes   fortes   de    Perles 
i;?.a 

Perroquets  qui  vont  par 
bande 


44:a 
autre  iufques  après  mi-  Perroquets  volants  parba- 
<jy  2.52.  a        des     comme     pigeons, 

Pafturages  communs  es  In-        ip3-  D 

des>  qui  rendent  toutes    Peru  abondant  en  vin  117.D 
chairs    à  bon   marche,    Peru  abondant  en  rnints 


d'or  &  d'argent  plus  que 
toute  autre  terre  des  In- 
des 131.  a 

Peru^quelle  partie  du.mon- 
de  c  eft  h  4.  a 

le  Peru  ,  nom  deriué  d'vn 
ileuue  du  pays ,  non  pas 
d'Ophir  ,  comme  quek 
quesvnseftimcnt        16 

Perufiens  fort  foigneux  d'é- 
tretenir  &  confeeuerleur 
hiftoire  par  traditio ,  fans 
lettres  ,  ny  chara&eres 
a8j.  a 

le  trauail  excefîîfquiiy  a  à 
pefcher  les  perles  155?. 
b  &  160. a 

Plaifante  façon  de  pefcher 
des  Indiens  104.  b 


des  matières. 

grandeur ,  &  def'artifîcc 
des  Indiens  aies  ioindre 
en  leurs  baftimens  ,  fans 
ciment  25)2. 

a.b 

Pourquoy  auîourd'huy  les 
Pilotes  font  affis  fur  la 
pauppe ,  &  non  pas  fus  la 
proue  comme  ancienne* 
ment  34. b 

Pines,. pu  pommes  de  pin 
d'Inde  i6j»  &  166 

Pinchao,  idole  du  Soleil, 
de  l'artifice  dont  il  eftoit 
pofé  229. b 

Plàifan  traiet  d'vn  Portu- 
gais ,par  lequel  il  s'exem- 
pta d'eftre  facrifié 

220.b  -. 


Pierres    fuperititieufement  *  le  Plane  produit  fruit  toute 
offertes     aux    patTages, 
pour  auoir  beau  chemin 

%1-J'Â 

Pierre  qui  fe  taille  &  coup- 

pe  comme  bois        108. a 
Pierres  my-ôr,  &my-pier- 

res  ^  154-  k 

Pierres  fignifi  catiuos  /■  auec 

lefquellesles  Indiens  ap-         4,  &  5 
-    prennent  quelque  chofe    Pourquoy  nos  plantas  prof j 

par  cœur  fitent  mieux  aux  Indes; 

286,2.  que  relies  de  delà  en  Eu" 

Pierres  d'vne  snerueilletife        rope  16;.; 

~  C  c  c  iij 


l'année  170.  b 

refTcmbbnce  &  diifemblan- 
ce  des  Planes  des  In- 
des ,  aux  Planes  anciens, 
iép.a.  b 
les  Planètes  ne  fe  meuuent 
d'eux-mcfmes  en  \m 
corps  corruptible 


Plébéiens  exclus  du  feruicc 
du  Roy ,  &  de  tout  office 
parMoteçuma  354.  a.  b 
ils  n'ofoient  regarder  le 
Roy  en  face  fur  peine 
de  mort  35J- b 

Pline  meurt  en  vne  trop  cu- 
rieufe  recherche     iz$.  b 

Pluyes,  caufeespar  la  cha- 
leur en  la  Torride  "      jj.b 

il  ne  Pleut,  neige,  tonne,  ny 
ne  grefle  iamais  au  Pe- 
™  114.  b 

Plufîeta  chofes  rares  en 
nature  ,  cogneiies  plus 
par  hazard  que  par  indu^ 
(trie.  35> 

Ponsvolans  103,  a 

le  Pôle  du  S ud'n'eft  marqué 
d  aucune  eftoille  fixe 
10.  b 

;  Pôles  Arctique  ,  &  Antar- 
ctique. 3.  a.  ceftuy  cy  re- 
uoqué  en  doute  par  S. 
Auguftin  cod. 

aux  deux  Pôles  il  y  a  terre 
6c  mer  15,b 

jPongo ,  pafTage  des  plus  dâ- 
gereux  du  monde  fur  le 
fleuue    des     Amazones 
i05>.b 

toont  de  paille  for*  afîèu- 


TM 


fc  pour  paflfer  vn  courait 
d'eau  rapide  j8.a 

Portugais  fort  experts  en 
l'art  de  nauiger  io.b 

Pottozi, montagne  célèbre 
pour  fes  riches  mines  138 
comment  fes  mines  fu- 
rent defcouuertes  &  en- 
registrées 140.&141 

Poulies  trouuees  aux  In* 
des  à  la  defcouuerte ,  les- 
quelles ils  appelloienc 
Gualpa  ,  &  leurs  œufs 


Ponto 


I5>4.a 


Prefages  menaçans  la  rui- 
ne des  Eftats  ,  ne  font 
point  à  mefprifer  com- 
me chofes  vaines  3/7 
a.b 

Prcftres  comme  aumofniers 
près  de  chaque  Seigneur 
Indien  ziz.z 

comment  les  Preftres  des 
idoles  confultoient  leurs 
Dieux  229.  a 

Prétexte  des  Inguas  pour 
aggrandir  leur  feigneu- 
rie. ,  fut  leur  Religion* 
qu'ils  difoient  laroeilleu- 
re  30/.  a 

Principes  des  vents  infi- 
niment cachez  aux  hom- 
mes 7  76.  b 


des  matières. 

Indiens. 


Proceflîons   des 
*yo.b 

Proceffion  penitencieiie, 
faicte  pour  obtenir  par- 
dondespechez    %6j. a. b 

Prodiges  horribles  ,  &  en 
grand  nombre ,  arriuez 
deuant  la  ruine  de  Mec- 
que 359.  &  360 

profits  qui  fe  peuuent  tirer 
de  la'le&ure  de  ces  exe- 


QValitcz ,  fymboles,  & 
diffymbolesimprou- 


uees  à*-® 

Quantité  d'or  qui yient  tous 
les  ans  des  Indes  en  Ef- 
pagne  13J.  ôc  i>6 

Quatre  principales  veines 
à  pottozi,  &  leur  profon- 
ditc  *;*  *44-b 

crables  fuperftitions  In-     Quetzaalcoalt,   Dieu    des 
diennes  273. a,b       marchands,  ôc  où  il  eftoi* 

Propriété  plus  rare  de  l'Ai-       adoré  *-5-  b 

manc  ignorée  des   An-    Quippos , rameaux  feruans 
ciens  33.  b        comme  de  regiftres  pour 


prouince  proche  de  Mexi- 
que, lailTee  fans  conque- 
iter  ,  pour  exercer  touf 
iours  la  ieunerTe  à  la 
guerre  ,  &  pour  auoir 
auflï  où  prendre  des  ca 


mémoire  de  ce    qui    fe 

paiToitauPeru   i8r.a.b. 

R 

diuerfes  TJ  Acines     fott 

X\,     profitables 

es  Indes  64«b 


ptifspourfacrifîer  345^    Racines  adorées  par  les  In- 


ptolomee  ôc  Auicenne  ont 
tenu  la  Torride  fort  ha* 
bitable  64.  a 

Punas  ,  defertdù  peru,  où 
l'air  tue  les  hommes  ,  Ôc 
les  animaux  mefme  93.  b 

pyramide  de  feu  apparue  au, 
ciej  Tefpace  d'vn  an ,  de- 


diens  2i7«a; 

noftre  Raifon  ignorante 
mefme  es  choses  natu- 
relles 37.  | 

Rayme,  premier  mois,  de< 
Indiens  ,  &  Te  rapport 
au  mois  de  Deccrnbj 
262.  a 


uant  la  ruine  de  l'Empire    Régions    fort    delicieufi 
Mexiquain  3/5  •  a      des  fades 

Ccc  iiij 


il 


Table 
Régions  fous  l'Equinoxe    Roches  efleuees  au  milieu 


fort  tempérées  63.  b 

h  Religion  feruoit  aux  In- 
diens de  prétexte  pour 
faire  la  guerre  50.  a 

Remède  contre  le  change- 
ment que  caufe  le  vent 
en  Pariacaca.  <>i.b 

Rencontre  de  deux  riuieres 
honorées  des  Indiens, 
par  vn  particulier  ref- 
pecl:  241.  a.b 

RicheiTe  de   quelques   If- 
les  de  la  neuùe  Eipagne 
11S 
RicheiTe    incroyable     des 


de  la  mer  ,  fans  qu'on  y 
puifîe  trouuer  fond  au- 
tour i27.a 
Rofes  comment  venues  es 
Indes     ?                 l?9.^ 
Rotondité   du   ciel   inco- 
gneiie  a  quelques  Do- 
cteurs dei'Eglife  1.&1. 
de  mefme  le  mouuement 
ibid. 
Roiie  des  Indiens  où  eftoiéc 
marquées  les  années  276 
a.  leur  opinion  que  le 
monde  deuoit  finir  à  la 
findecefteRoûe  276.  b 


Perufîens  lors  qu'ils  fu-    Royauté    outrageufeme'nt 
rent  prins  par  les  Efpa-        par  vn  Mexiquain  ,  qui 

aima  mieux  fe  précipiter 
cruellement  à   la 


mois  294. a 

.is    fort  commun  es  In- 
des 164.2 
Liuiere     des    Amazones, 
nommée  diuerfement  57. 
h.  dicte  Monarque  des 
fleuues  ibid. 
[leuues   admirables  en  la 
jVorride                  57.a.h 
Liuiere  des  Amazones  ,  di- 
&e  Maragnon        106.  a 
[iuieres,  collines, grandes 
pierres ,  Se  fommets  de 
montagnes   adorez   par 
les  Indiens             226,  b 


mort 

Roys  des  Indiens  >  tenus 
pour  femblances  1  des 
Dieux  332.  b 

Ruine  efmerueillable  d'vn 
gros  bourg  plein  d'en- 
chanteurs 126. b 


SAcrifices  des    hommes 
comment  fe  faifoienc 
^i.b.343,&f244 
Sacrifices  diuers  que  fai- 


?s  matiem.  * 

foient  les  Indiens  pour  di-    Soing  incroyable  des  Mexi- 


uerfes  occafions  i$$.  240. 

&241 
Sacrifices  fort  couftumiers 
aux  Indiens  en  leurs  necef- 
fitez  305.a.b 


quains  à  faire  apprendre  à 
leurs  enfans  leurs  idolâ- 
tres cérémonies    3o^.a.b 
Solanus,  vent  de  Leuât  79.a 
le  Soleil  plus  il  eft  proche  de 


Sagefle  de  ce  fiecle  foible  es      nous ,  plus  il  efchauffe ,  Ôc 


çhofes  diuines  r'ÔC  mefme 
es  humaines  20 

Sainos ,  eftranges  animaux 
dechafTe,  &  comme  on  les 
peut  tuer  198.  a.b 

Salce  pareille,  herbe  falutai- 
taire  pour  le  mal  de  Na- 
ples  io8.b 

Sang  humain  beu  par  l'ef- 
claue  qui  deuoit  eftrefa- 
crifié  27i.a 

Sciences  cogneiies  des  Chi- 
nois ;  282. a 
la  SecherefTe  ne  fuit  pas  la 
proximité  du  folcii       53. a 
faincte  Croix  de  la  Sierre, 
Prouince  de  Charcas ,  & 
comment  conuertie  à  la 
foy                         36?.a,b 
Singeries  du  diable  à  l'imita- 
tion de  Iefus-Chrift    228. 
a.b 
Soccoboncs  dextrementin- 
uentees  pour  tirer  le  me- 
tail  plus  facilement     14/. 
a.b 


brufle  ri.b 

contraires  erTedts  du  Soleil 
en  la  Zone  Torride,  &  aux 
terres  hors  les  Tropiques 
54.a.b 

la  grande  force  du  Soleil 
caufe  l'humidité  fous  l'E- 
quinoxe  59.  a 

Soleil  adoré  fort  commune, 
ment  par  les  Indiens  213. b 

Sorcière,  fœur  de  l'idole  qui 
fonda  la  ville  de  Malinal- 
co ,  ou  n'y  a  rien  que  de* 
forciers  322,b 

effects  admirables  d'vn  Sor- 
cier îji.a 

Sorciers  en  grand  nombre, 
&  de  l'empefchemét  qu'ils 
ont  dôné  à  l'amplification 
del'Euangile  259.  a 

Source  du  Nil  recherchée 
par  Cefar  19.  a 

Source  comme  bleue,  autre 
rouge  comme  fang      109 

Sources,  chaude  ôc  froide 

l'yne  .contre  l'autre  ,   aux 


— 


Table 
bairîgs  de  lTngfia     io8.b       pour  vne  rnefme  Prouîn- 
5uje&  du  quatriefme  liurc       ce  en  la  fain&e  Efcriture 

Succhrlles,  bouquets  des  In  -    Tlafcaltccas,  fixicfme  gène 


diens37^.a.  ils  en  font  fort 
amateurs,&  en  offrent  par 
honneur  aux  grands ,  &  à 
leurs  hoftes  i7p.a.b 

Supcrftitions  faiEes  à  la  con- 
duite dyvm  eau  au  trauers 
de  Mexique  3/i.a.b 


ration  des  M  auatalcas,  & 
fut  celle  qui  donna  entrée 
aux  Efpagnols  318,0.  com- 
ment ils  vainquirent  les 
geansdelaSierre       319. a 

Tlacaellec,  le  plus  vaillant 
(Capitaine  qu  ayent  eu  les 
Mexiquains,  &  de  fa  belle 
refolution  337.338.  fa  va- 
leur, &  fa  rufe  guerriera 
contre  les  CuyojcanS340. 
a.b 

deffy  de  Tlacaellec  faicl:  au 
Roy  d'Afcapuzalco  337.  b 
fa  fubtilité  pour  remar- 
quer le  nombre  de  prifon- 
Tbarfîs  enquelques  endroits  niers  qu'il  auoit  pris  341.  a 
£gnifje  la  pierre  Chryfoli-       fa  conquefte  dVne  ville, 


TAbaco  ,  arbrifTeau  qui 
porte  vn  contre-poi- 
&n  i83»b 

Taches  noires  en  la  voye  la- 
ctée ducoftcduSud  10. 
&11 


te,  ou  Jacinthe ,  autresfois 
la  mer  qui  eft  de  cefte  cou- 
leur à  la  rcuerberation  du 
folèil  58.  b 

Tharfïs  de  l'Efcriturc  n  en- 
pas  Tharfo  ville  de  Cilicie 
28.  a 


auec  des  enfans  feulement 
342.  a.b. comme  ilrcfufa 
la  coronne  346. a.b 

Tembos  ,  félon  l'opinion 
des  Indiens,  race  la  plus 
ancienne    des    hommes 


49.  b 

Tharfis  &  Ophir ,  mots  ge-  Trame  le  plus  commun  des 
nerauxenlafain&eEfcri-  Indiens  n'eftoit  quef- 
ture  27.  b       change  fans  argent  tou- 

harfîs  &  Ophir  entendus       tefois  I32.b 


des  matières. 
Tauaco,  herbe  qui  endort  la    Ifles  fort  efloïgnees  de  la 


chair  ^7, a 

Température    toute   con- 
traire en  moins  de  cin- 
quante lieues  nj.a 
Temple  de  Cufco  fembia- 
ble  au  Panthéon  de  Ro- 
me                          2iy.b 
lieux  maritimes  plus  fubjets 
aux  Trem  blêmes,  &:  pour- 
quoy                116.3. 

Tremblemens  de  terre  fort 
eftranges  ny.a.b 

la  Terre,  comment  foufte- 
nuë  6.b 

la  Terre  du  Pôle  Antarcti- 
que n'eft  pas  toute  couuer- 
te  d'eaux  u.  b 


Terre  ferme  nefontpoinc 

habitées  ^i.b 

Terres  du  Prcfte-Ian  fort 

chaudes  66.b 

Terres  encores  incogneiies 

iip.a.b 
Tezcailipuca>  dieu  des  iubi- 

lés  de  Mexique,  &  de  fes 

ornemens  xi^b 

Tiburon,  poifTon  merueiU 

leufementgourmâd  ioi.b 

Titicaca,  lacdefmerueilla- 

blc  grandeur  88.a.b 

Trinité  imitée  par  le  diable, 

&  adorée  par  les  Indiens 

en  trois  ftatués  du  foleil 

i6i.b 


h  Terre  en  fa  longitude  eft  la  Torride  peuplée ,  &  d'à- 

toufiours  de  femblable  té-  greable  demeure ,  contre 

perature,  mais  en  fa  latitu-  l'opinion  des  Philofophes 

action                        ,8.a  32.  b 

Terre  d'excellente  tempera-  la  Torride  pourquoy  tein- 
ture encore  à  defcouurir  peree64.a  b>66.  a.b.69.a 
20 •  D  en  la  Torride  on  nauige  fa* 

la  Terre  auec  l'eau  fait  vn  cilement  d'Orient  en  Oc- 

g*°be                          6$.b  cident,  non  au  contraire, 

lé  continent  des  Terres  fe  &  pourquoy             81.82 

joint  en  quelque  endroit,  qu'en  la  Torride  mefme  la 

oupourlemoinsfauoifi-  proximité  du  foleil  ne  cau- 

nc  de  fort  près            4.  b  fe  pas  toufiours  tant  d'hu- 

Terrcs  encores  à  defcouurir  miditez                   fo.a.b 

41,  a  la  Torride  fort  habitée  zo.a 


,  Table 
quelques  endroits  de  la Tor-    Tygres  furfeux  contre  les 

Indiens ,  &  non  contre  les 
Efpagnols  i^i.b 


ride  extrêmement  fecs,  en 
cores  que  le  reftefoit  fort 
humide  61.  a 

qui  a  meu  les  anciens  de 
croire  laTorride  inhabi- 
table 21.  a 
la  Torride  eft  pluuieufe  lors 
que  le  foleil  en  eft  plus 
proche                        j$.a 
Trois  fortes  d'animaux  qui 
fe  trouuent  es  Indes  i89.b 
Trois  fortes  de  terres  es  In- 
des m.  b.      leurs  quaiitez* 
m.  a 
Tozi,  principale  deeiïe  des 
Mexiquains                n6.z 
Trois  chofes  ordinairement 
méfiées  en  toutes  les  céré- 
monies des  Indiens     260. 
161 
Trois  genres  de  gouuernc- 
mens  recogneuz  es  Indes 
299.300 


VAches  recherchées  feu* 
lement  pour  le  cuir 

Vaches  domeftiques  ôc  fau- 
uages  190.  a.  b.  de  ces  Va- 
ches fauuages  fc  tire  vn 
grand'reuenu  en  cuirs  190. 

trouppeaux  de  Vaches  fans 
maiftre  es  Illes  de  Cuba, 

Jamaïque  &  autres  43. b 
Valeurs  des  Indiens  572.  b 
Vallées  plus  chaudes  que  les 

montagnes,  &  pourquoy 

67.b 
Vallées,  meilleures  habita- 
tiens  du  Peru  115.  b 
Variété  de  température  des 


Tunal,  arbre  d'eftrange  for-  terres  Equinoxiales    66,b 

me  174.  a.  de  combien  de  Vents  d'abas  contraires  aux 

forte  il  y  en  a              ibid.  versàfoye                  89.  a 

Tygres  au  Peru  plus  cruels  Vent  dangereux  qui  tue,  & 

enuers  les  Indiens  que  les  conlerue  les  corps  fans  cor- 

Efpagnols                45.  b  ruption                  25.  a*  b 

le  Vent  du  Ponent  ne  fouf- 


Tygres  peuuentpaiïerfepr, 
Se  hui&  lieues  de  mer  à 
nage  441b 


fie  point 

79.  a 


en  la  Torridç 


des  matières. 
Vents  appeliez  brifes  en  la    Viétoiredes  Mexiquains  fur 

Torride  ,   viennent  d'O-      lesTapaneças  339.a 

rient  75>.a    Vicugnes,  efpece  de  mou- 

quatre   Vents    principaux      tonsfauuages2oi.vertude 

82.  b  leur  laine  201.  a.  la  chaic 

/huict  Vents  en  huidfc  points      eftfort  fouueraine  pour  le 
.  notables  du  ciel,  &  leurs      mal  des  yeux 

noms  83. a 

les  Vents  déterre  enlaTor- 

ride  foufïlent  plulioft  de 

nuict  que  de  iour  ,  &ceux 

de  mer  au  contraire  ,  & 


pourquoy 


i.a. 


ibid, 
le  Vif-argent  fuy  t  les  autres 
métaux  ,  hormis  l'or  & 
l'argent  I49.b 

le  Vit- argent  fe  tourne  en 
fumée  ,  puis  la  fumée  fe 
tourne  en  vif- argent  ijo.a 


le  Vent  corrompt  mefme  le  le  Vif- argent  &  le  vermil- 

fer                            89.90  Ion  nauTent  en  vne  mef- 

proprietë  d'vn  Vent  /lequel  me  pierre                 i/o.  a 

foufflant  fait  pleuuoir  des  le  Vif-argent  vray  métal,  ôc 

pulces                       74.  b  plus  pefant  que  tous  au- 

le  Vent  du  Sud  rend  la  coite  très                             1 48 

du  Peru  habitable        214  propriété  merueilieufe  du 


214 

vn  mefme  Vent  f'acquiert 
diuerfesproprietez,  félon 
le  lieu  où  il  court         7j.a 
diuers  Vents  en  la  terre  de  la 
Torride  88.  a 

trente  deux  Vents  pofez  par 
lespilores  82.  a.b 

trois  principales  caufes  de  la 
différence  &  diuerfespro- 
prietez  des  Vents  7  7. a 
«ftranges  diuerfucz  de  tem- 
pérature caufces  par  les 
Vents  70 


Vif- argent  à  fe  joindre  au« 
tour  de  l'or  148. b 

combien  l'Efpagnol  tire  des 
mines  du  Vif  argent  i$2.a 

Vignes  fans  fruid  en  la  neu- 
ue  Efpagne  117.  b 

Vignes  du  Peru  &  de  Chillé 
portent  tresbon  vin  187. b 

Vignes  de  la  vallée  d'Yca, 
qui  viennent  fans  eftreia- 
mais     arrofees    d'aucune' 
pluye  ,  &  comment  il  fe 
peut  faire  i88.a 


0$ 


Table  des 
Vignes  qui  portent  fruidfc 
tous  les  muis  de  l'année 
~i88.b 

pourquoy  on  ne  fai&  point 
de  Vin  du  raifm  quicroift 
enlaneuueEfpagne  187. b 

Viracocha,  nom  que  les  In- 
diens dônoient  au  dieu  iu- 
prême,auec  d'autres  excel- 
Jens  &  iîgnificatifs  d'vn 
grandpouuoir  211. a 

Vitzilipuztli ,  principal  ido- 
le de  Mexique  3  &  de  tous 
fes  ornemens  i24.b 

Viurcs  pofez  au  tombeau 
des  morts  pour  les  nour- 
rir après  la  mort        221.3 

Voix  entéduë,  prefàgeant  ia 
ruine  de  Moteçuma3j8.b 

Voracité  desTiburonsio2.b 

Volcan  de  Guatimala  plus 
admirable  que  tout  autre 

I22.b 

matière  qui  entretient  les 
Volcans  124. a. b 

Voyage  d'Hannon  Cartha- 
ginois y  admirable  en  Ton 
temps  22.b 

Voyela&ee,  appellec  che- 
min faind  Iacques         y.a 

Vros,  peuples  brutaux  qui 
ne  Pefliment  pas  hommes 
j8.b 


ii 


matières. 

Vtilité  de  toute  hiftoirc  na- 


turelle 


71 


XAmabois,  pèlerins  côn 
train&s  de  dire  leurs 
péchez  furvne  roche  2^4. 

Y 

YCa&Arica,  &  leur  fa- 
çon de  nauiger  en  des 
cuirs  jp.a 

Ytu ,  grande  fefte  des  In- 
diens, qu'ils  faifoient  eA 
neceflite\  &  des  prépara- 
tifs à  icelle  2^4 
Yupangui  Ingua  a  elle  en 
Mexique  comme  vn  autre 
Numa  à  Rome,  pour  Pe- 
ftablûTement  des  loix  24?; 
i6t 

Z 


ZEphyre ,  vent  doux  éc 
fain  y  9.  a 

Zone  Torride  aux  anciens 
inhabitable,  &  les  raifons 
pourquoy  17.^ 

la  Zone  Torride  en  des  en- 
droits tempérée,  en  d'au- 
tres froide,  &en  d autres 
chaude  Cryh 


,     1 


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